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mardi 31 mars 2026

Insaisisable


C'est pourquoi la simple contemplation de l'insaisissable est génératrice d'amour. 

Regardons une fleur, sans cupidité, sans vouloir la saisir, regardons-la absorber le soleil. 

Qu'aucune pensée d'égoïsme ne brouille le dialogue qu'elle entretient avec nous, et bientôt l'âme même de sa vie florale rejoindra notre plus intime sensibilité. 

D'elle à nous l'amour se réfléchira comme entre deux miroirs.

Roger Godel - "Essais sur l'expérience libératrice"


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samedi 18 octobre 2025

En l'honneur de Pierre Dhainaut

Quelques bribes en retour du colloque en cours abordant l'œuvre de poète Pierre Dhainaut, présent à l'occasion de ces 90 ans.


 - Le miroir n'ajoute pas la lumière,
à ton visage de l'épanouir au-delà 
du cadre.

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- Suivons-nous un chemin ? L'inventons-nous ?
Par amitié nous léguerons
quelques indices à ceux qui viendront
après nous.

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- Tant que tu seras incapable de reconnaître
un arbre au bruissement de son feuillage,
en hiver, tu te tiens à l'écart.

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- Naissance qui se recrée à tout moment, 
sois disponible

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Entre deux paroles comme entre deux silences,
permettre aux fruits de mûrir.

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A Sabine Dewulf & Sabine Zuberek qui ont proposé la centième ligne :

Entre nos traces l'air frémit
des noms aimés : La source
nous traverse.

Pierre Dhainaut - "Mais toi, rien ne t'annonce"
Extraits tirés de ce recueil publié à l'occasion du colloque "Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut"

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mardi 18 mars 2025

Projections pour nous connaître


 « Tout ce qui nous irrite chez les autres peut nous mener à une meilleure compréhension de nous-mêmes » - Jung

Une fois de plus, les projections améliorent notre auto-connaissance. En même temps que nous nous projetons, nous générons l’opportunité de voir très clairement chez l’autre ce que nous ne sommes pas capables de voir en nous-mêmes. Ou ce que nous ne voulons pas voir… Le paradoxe réside dans le fait que, même sans miroir, nous sommes capable de reconnaître des choses qui nous concernent.

Les projections peuvent se faire par rapport à ce que nous détestons chez l’autre ou par rapport à ce que nous admirons chez d’autres personnes ; ce sont dans tous les cas des choses que nous ne voyons pas en nous. Quand vous vous sentez profondément irrité-e par quelque chose qui, a priori, ne devrait pas vous toucher, demandez-vous si cela peut avoir un lien avec une chose que vous détestez aussi chez vous mais que vous n’acceptez pas.

Il ne s’agit pas d’en arriver à se détester, ce n’est pas du tout ce que voudrait Jung. Il s’agit de comprendre ses propres points obscurs et de les accepter pour pouvoir les changer. Si nous ne passons pas par cela, nous projetterons toujours chez l’autre ce que nous n’acceptons pas de nous-mêmes. Et, une fois de plus, nous serons condamnés à une vie de tromperie et de non-authenticité.

(source : site "Nos Pensées")

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vendredi 13 décembre 2024

Pointe de flamme

 JULES SUPERVIELLE – Poète et écrivain français -1884 - 1960


POINTE DE FLAMME
Tout le long de sa vie
Il avait aimé à lire
Avec une bougie
Et souvent il passait
La main dessus la flamme
Pour se persuader
Qu'il vivait,
Qu'il vivait.
Depuis le jour de sa mort
Il tient à côté de lui
Une bougie allumée
Mais garde les mains cachées.
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(Extrait de Le miroir des morts in Gravitations, Gallimard, 1966)
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chandelle, tableau de Andrew Hemingway (peintre américain né en 1955)

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lundi 4 novembre 2024

Identifications à travailler

 LA DESIDENTIFICATION EST UN DESEQUILIBRE (SUITE DE LA SERIE AUTOUR DU DESEQUILIBRE SUR LA VOIE)


il ne s’agit pas de travailler sur « l’identification », mais sur les identifications, les miennes, les vôtres. Et cela s’avère bien plus déstabilisant que de prétendre dissiper « directement »  l’illusion de l’ego… 

Nous en arrivons ainsi à cette notion de déséquilibre volontaire sur la voie. 

Il importe de comprendre et constater à travers sa propre expérience que  par nature , l’ego fuit tout déséquilibre et, ne pouvant l’éviter puisque le changement fait son œuvre, cherche constamment et en toutes circonstances à se rééquilibrer. C’est un réflexe immédiat , dès que survient la moindre amorce de déséquilibre, y compris des plus anodins. 

Pour nous en convaincre, observons notre comportement quotidien, non seulement le nôtre mais celui de tous sauf exception. 

Quelques exemples banals suffiront. Si, au volant, je commets une petite erreur qui me vaut un coup de klaxon ou un geste agacé d’un autre conducteur, vais je tout bonnement m’excuser ? La plupart du temps, je vais immédiatement réagir d’un autre coup de klaxon ou d’un autre geste agacé, ce alors même que je me sais en tort - si tant est que je puisse même être assez honnête pour le reconnaitre. 

Si un proche, conjoint, enfant, me fait une réflexion , même très pertinente et bienveillante, à propos d’une maladresse ou erreur domestique, vais je immédiatement et sans broncher l’accepter et le remercier ? Non, la plupart du temps, je vais de suite me défendre, argumenter, dire que ce n’est pas grave, que je n’ai pas fait exprès, etc. etc. 

L’usage des réseaux sociaux et notamment des « commentaires » met ce fonctionnement en évidence jusqu’à la caricature. X, souvent déjà sous le coup d’une réaction émotionnelle non conscientisée, poste quelques lignes exprimant son opinion ; Y, sans recul ni réelle réflexion, exprime de suite son désaccord ce à quoi, X, Z et W réagissent au quart de tour … 

Autant  de manifestations de cette universelle pulsion au rééquilibrage. Cette frénésie de commentaires et de polémique est d’autant plus piquante de la part de personnes se proclamant par ailleurs « éveillées » , suprêmement « détachées » … 

En pratique, l’ego se tient constamment sur la défensive, prêt à bondir à la moindre des remises en question de sa perfection immuable. L’ego et le mental ne sont pas « de mauvaise foi » , ils sont la mauvaise foi. Laquelle mauvaise foi procède d’une tentative de rééquilibrage. Tentative pulsionnelle, aveugle et sourde. 

Naturellement, cette pulsion de rééquilibrage à l’œuvre dans les plus insignifiantes péripéties du quotidien l’est d’autant plus que l’identification touchée s’avère plus importante, plus sensible, l’enjeu plus significatif. 


Si la pulsion à me rééquilibrer suite à une remarque domestique - ou un commentaire sur Facebook- est forte, qu’en sera-t-il lorsque, à travers un échantillon plus sensible, c’est toute l’image que je me fais de moi même qui se trouve remise en cause ? 

Car il s’agit bien aussi d’une question d’image. Chacun de nous avance pour ainsi dire avec un petit miroir tenu à bout de bras devant lui dans lequel il se regarde constamment afin de se rassurer. Miroir, miroir, dis moi que je suis quelqu’un de bien, dis moi que j’ai raison,  dis moi que je sais, dis moi que je contrôle quand même … 

Il nous est en vérité très difficile, sans travail conscient, de supporter tout écorchement de notre si chère image de nous même. 

Notre obsession est de ne surtout pas perdre la face, y compris vis à vis de celui que nous considérons comme notre ami spirituel, sans parler du groupe et, au final, à y bien regarder , principalement de nous même. Le « masque » que « Swamiji arrache », c’est toujours celui de ce que nous prétendons être, d’abord à nos propres yeux. 

C’est là une dimension de ce que Swami Prajnanpâd appelle « vivre dans son monde plutôt que dans le monde ». Le maintien, parfois envers et contre toute évidence, d’une certaine image de moi même parait indispensable à mon « équilibre ». Nous ne nous voyons pas a priori tel que nous sommes, c’est à dire en partie tel que ceux qui nous connaissent de près nous voient, mais tel que nous prétendons être et gare à qui prétendrait démentir cette construction à laquelle nous tenons comme à la prunelle de nos yeux.

Gilles Farcet

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samedi 17 février 2024

Se détacher du miroir

 


Désolé si cette pépite – sous-titrée « Reflecting a lifetime » – vous semble un peu rude pour commencer une année … qui s’annonce difficile :

« Il raconte l’histoire d’un homme qui passe de l’enfance au statut de vieillard, le temps d’un brin de toilette. … Si ce récit paraît être une fiction, il est pourtant bel et bien réalité puisqu’il est tout simplement l’histoire de chacun d’entre nous. »

Comme nous sommes tellement « ignorants de ce dont nous sommes le plus assuré, notre essence transparente comme le cristal », nous avons besoin de « réveils » sans cesse plus puissants. D’autant plus que, généralement, « nous n’aimons point les réveils … ».

Il existe deux manières radicalement différentes de regarder « Le miroir » & de se regarder dans un miroir :

  • l’habituelle : l’objet reflète ce que nous sommes, constate les inexorables effets du temps sur nos corps … Entretien machinal d’une commune léthargie, si bien résumée par Christian Bobin dans Le Très-Bas : « Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. … L’enfant va à l’adulte et l’adulte va à sa mort. Voilà la thèse du monde. Voilà sa pensée misérable du vivant : une lueur qui tremble en son aurore et ne sait plus que décliner. C’est cette thèse qu’il te faut renverser. »
  • celle de la Vision du Soi, le véritable cadeau :

Voilà ce que Douglas écrit dans « Vivre sans stress » à quelqu’un qui se regarde dans un miroir tenu à bout de bras :

« Votre visage humain, votre visage acquis, votre apparence est là-bas, à un mètre environ. C’est une chose. Mais ici, de ce côté-ci de votre bras, se trouve votre visage non-humain, votre Visage Originel, votre Réalité. Ce n’est pas une chose. […] Il est bénéfique de bien faire la différence entre nos deux visages et de bien mettre chacun à sa vraie place. […] Utilisez maintenant votre miroir pour vous débarrasser du stress – en le regardant pour voir ce que vous n’êtes pas. »

Ne vous contentez surtout pas de lire ce passage, faites réellement l’expérience devant un miroir, vérifiez ce qu’il en est pour vous-même !

Elle coïncide bien entendu avec celles que proposent la plupart des véritables spiritualités, le Zen notamment :

Connaissez-vous le kôan : « Vous êtes l’image au miroir, mais l’image au miroir n’est pas vous » ? Le moi n’est que votre image, celle que vous présentez aux autres et à laquelle par erreur vous vous identifiez. Votre moi est aléatoire, il n’est que provisoire, il naît et il meurt, il meurt parce qu’il est né. Or vous, vous étiez avant et vous serez après. Voilà ce que signifie l’expression « visage originel ». Jacques Brosse « Pratique du zen vivant » (page 85)

Elle s’inscrit dans le droit fil de la logique de la Vie « surabondante », la Grande Vie : « Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé, chaque fois une première fois. » (Christian Bobin, Le Très-Bas).

Et l’observation & constatation soigneuses de ce qui est vu permettent – simplement, concrètement, joyeusement – d’adopter cette nouvelle & très ancienne façon de Voir :

d’où sort la dent de lait ?

où vont la brosse à dents, le rasoir, la cigarette ?

où disparaissent le gant de toilette, l’eau dont s’asperge l’adolescent, la gorgée effervescente ?

les lunettes ne s’ajustent-elles pas en un « œil unique » ?

les nombreux « R » inversés dans le titre et le générique de début ne sont-ils pas autant d’invitation à retourner le regard vers sa source ?

 Jean-Marc Thiabaud

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dimanche 27 août 2023

Accueil du miroir

 

Lors de la méditation... j'ai repris la comparaison classique de notre esprit et du miroir. Nous ne pouvons jamais voir la surface d'un miroir. La surface d'un miroir est toujours recouverte d'un reflet.

Le reflet n'est pas la surface du miroir. La surface du miroir est par elle-même, par essence, vide et ne contient aucune image, aucune forme, aucune couleur. La nature du miroir est de refléter.

De par le fait que la surface du miroir n'a aucune caractéristiques, aucune formes et aucune couleurs, elle est capable de refléter toutes les formes et les couleurs qui se présentent à elle. A chaque instant la surface du miroir reflète quelque chose de différent, l'analyse fine nous montre que ce n'est identique à aucun moment.

Le miroir ne choisit à aucun moment ce qu'il reflète, il accueille tout avec la même équanimité. Bien qu'il soit capable de tout refléter, le miroir ne garde aucune trace de ce qu'il a reflété.

L'image qui est reflétée dans le miroir est vide de toute existence en elle-même, c'est la raison pour laquelle elle ne peut laisser aucune trace. Notre esprit a des caractéristiques très semblable au miroir, sans être un miroir, car notre esprit n'est pas une chose.


Nous ne pouvons pas voir notre esprit directement, mais seulement au travers de tout ce dont il est conscient. Ce dont l'esprit est conscient, toutes les perceptions (les cinq sens et les perceptions mentales), ne sont pas l'esprit, l'esprit est ce qui perçoit les perceptions. L'esprit est par essence vide de tout et ne contient rien. Et perce qu'il ne contient rien, il peut tout accueillir.

La nature de l'esprit est d'être animé et connaissant. Au sein de l'esprit apparaissent toutes les perceptions, ce surgissement est l'aspect animé de l'esprit. Le fait d'en prendre connaissance est l'aspect connaissant et auto connaissant de l'esprit.

Tout ce qui apparaît dans l'esprit à chaque instant est nouveau et n'a jamais eu lieu à un autre moment que maintenant. Notre esprit ne choisit pas ses perceptions, elles surviennent, elles émergent, elles surgissent sans aucun chois de notre part. Notre esprit est par nature totalement équanime. 

La conscience ne garde aucune trace de ce qui a surgi dans l'instant précédent, si ce n'est une nouvelle pensée qui surgit et fait suite à la précédente. Mais c'est une nouvelle pensée, ce n'est pas une trace. Chaque pensée est vide d'existence autonome et ne peut être saisie, elle n'est qu'un flux, un mouvement de l'esprit. Sachons laisser le flux de la vie nous traverser sans chercher à le saisir. Sachons être rempli de gratitude que tout cela puisse survenir afin que nous puissions réaliser notre véritable nature.

Philippe Fabri

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jeudi 7 janvier 2021

Sans visage...

 


"Imagine que tu aies vécu dans un monde où n'existent pas de miroirs. Tu aurais rêvé de ton visage, tu l'aurais imaginé comme une sorte de reflet extérieur de ce qui se trouvait en toi. Et puis, suppose qu'à quarante ans on t'ai tendu une glace.
Imagine ton effroi.
Tu aurais vu un visage totalement étranger.
Et tu aurais nettement compris ce que tu refuses d'admettre :
ton visage, ce n'est pas toi."
Kundera

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samedi 29 février 2020

Miroir du monde extérieur à réfléchir

Profitons de ce jour, le prochain est dans 4 ans ;-)


"Tout ce qui est à l'extérieur de vous vous donne continuellement l'occasion de vous voir et de vous observer. Le monde extérieur vous donne une chance de vous transformer. L'extérieur n'est qu'un miroir"

Swami Prajnanpad



Oeuvre de Jade, sculpteur

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vendredi 20 avril 2018

Le miroir du mental...


Nous pouvons déjà faire certaines observations, dans cette direction. Pas « je regarde le bouquet de fleurs » – auquel cas je vois « mon » bouquet de fleurs, celui de mon mental – mais « le bouquet de fleurs est regardé », et momentanément nous entrevoyons ce que pourrait être, au moins en partie, le silence de l'ego. De même pour écouter. Dans une conversation qui ne vous implique pas trop, vous pouvez tenter cet effacement : non pas « j'écoute Simone » – moi je suis là et j'écoute attentivement Simone – mais « Simone est écoutée ». Il y a une écoute, il y a une possibilité de répondre, il y a une mémoire de ce qui aura été dit, mais ahamkar, « ce qui fait le moi », momentanément n'est plus présent. Vous verrez aussi combien c'est inhabituel. 

Et si vous pouvez vivre cette expérience, ce changement d'attitude intérieure, relativement facile à effectuer ne fût-ce que pendant quelques instants, cela vous en dira déjà plus sur l'effacement de l'ego que bien des paroles de sages. Une bonne opportunité pour tenter ce renversement de perspective, c'est de vous rendre dans un grand café, à une heure d'affluence. Vous vous asseyez tranquillement à une table, personne ne fait attention à vous, et vous regardez autour de vous les clients aux autres tables, les gens qui entrent ou s'en vont, les serveurs, la caissière. Vous observez le mouvement, la vie alentour et, avec une certaine attention pour ne pas être complètement repris, identifiés, vous pouvez faire la différence : est-ce moi, avec tout ce qu'inclut ce pronom, qui regarde ou est-ce qu'il y a ce regard pur qu'on a depuis toujours comparé à un miroir (s'il ne s'agit pas d'une glace déformante, le miroir réfléchit parfaitement tout objet présent devant lui) ? 

Vous allez pouvoir faire d'instructives constatations. Ça y est, de nouveau « je » ou « moi, ego », suis réapparu et ma vision est de nouveau colorée, je n'ai plus vu la dame qui entrait mais « ma » dame qui entrait, celle de mon mental. Ce mental, vous le savez, est constitué de toutes les marques du passé, de toutes les influences que nous avons reçues, qui se sont groupées autour de quelques prédispositions héréditaires. Autrement dit, s'il y a effacement au moins relatif du sens de l'ego, je commence à vivre dans le monde (le monde des apparences) tel qu'il est mais, tant que le sens de l'ego subsiste, je ne peux vivre que dans un monde irréel. Il faut que ces paroles entendues tant de fois deviennent pour vous une conviction vécue, confirmée car pour l'instant, sauf à de rares moments de grande vigilance, cet ego est omnipotent, omni-envahissant et bien plus terrible, désastreux et aveuglant que nous ne l'imaginons. 

Vous voyez que j'emploie à dessein des mots emphatiques...

Arnaud Desjardins
La Voie et ses pièges

mercredi 15 novembre 2017

Regard de nature.




"La nature est inimitable;
Et quand elle est en liberté,
Elle brille d'une clarté
Aussi douce que véritable.
C'est elle qui sur ces vallons,
Ces bois, ces près et ces sillons
Signale sa puissance;
C'est elle qui par leurs beautés,
Sans blesser l'innocence,
Rendent nos yeux comme enchantés."

Racine

dimanche 14 mai 2017

Le miroir sans tache... avec Philippe Mac Leod

Que vient dire la conscience dans l'ordre du monde ? Non point cette faculté de raisonner, si prompte à se mettre en branle, ni même cette propension à tirer des plans sur la comète, imaginer, projeter, calculer, supputer, mais cette insaisissable proximité de la connaissance, cette sorte de toile de fond qui nous soutient et nous tient en éveil, comme on parle d'un bruit de fond dans l'univers, un rayonnement dont la diversité tirerait son origine.
En cette fin d'après-midi, d'une douceur comme suspendue, d'une paix qu'on reçoit toujours comme un don d'exception, je suis comme immobilisé par la lumière que je contemple en son étalement, incapable de me lever de la chaise, d'amorcer un vouloir quelconque, de susciter une action dans cet espace que je ne voudrais pas froisser, qui ne semble avoir éclos que pour les yeux, le silence, l'amour. Des entrelacs de la porte vitrée, les rayons obliques jouent avec un bonheur sans cesse renouvelé, se plaisant à marier le bois et la pierre, à marcher sur le carrelage comme Jésus sur les eaux, à s'attarder sur la porcelaine d'une vieille théière ou à chevaucher les barreaux de la cage d'escalier, d'un effleurement qui transforme la matière sans la renier, dans l'offrande de l'un à l'autre.
Si je ne bouge pas, c'est que quelque chose en moi s'ouvre, avec lenteur et délicatesse. Je n'ai plus besoin d'agir dans un espace, l'espace lui-même a pris possession de tous mes recoins et m'habite comme si un rayon égaré - aussi fin, aussi pénétrant, aussi subtil et rapide que l'esprit dans le livre de la Sagesse - avait poussé loin sa progression, pour ouvrir les scellés d'une âme encore trop confinée sous les replis de réflexions sans lendemain.
La pensée qui s'opère alors - car c'en est une - ne se saisit d'aucun concept, d'aucune notion, elle est celle d'un regard qui s'arrondit comme un miroir du monde, miroir tendu au mystère, à l'invisible qui est la trame du visible, vaste parabole captant les tremblements d'une profondeur de la vie depuis les commencements, miroir de l'être à travers les mille soubresauts du créé, ses infinies variations, ses inflexions dans le silence.
L'instant se prolonge, d'une ampleur, d'une vastitude de l'infime se déployant tel un bouton, une fleur lumineuse portant au jour le monde qui se cache en celui-ci et en se prolongeant éveille des clartés toujours plus loin en moi, sans qu'il soit possible de bien définir ce qui est dedans ou dehors, tant l'unité est grande, l'équilibre entre le réel et l'âme d'une perfection rare, la paix pouvant se traduire en plénitude, en joie discrète, et comme dans la Bible accompagner les temps messianiques d'un accord premier enfin retrouvé.
Oui, qu'est-ce que la conscience ? Car c'est au fond une question qui surgit en même temps que l'émerveillement, comme si cet accord retrouvé nous offrait une autre connaissance de nous-même. N'est-elle pas essentiellement contemplative, réalisant non seulement notre unité intérieure mais l'unité de l'homme et du monde ? Et la contemplation, n'est-elle pas ce moment de conscience rendue à sa pureté originelle, comme un œil qui s'ouvre, l'être au fond de cet œil suffisant à la plénitude de la vision ? 
On pleurerait devant tant de beauté, tant de grandeur dans un seul moment d'être. On aurait envie de s'y accrocher comme à une certitude infaillible au milieu de la confusion des mots et des sentiments.
Mais on n'emporte rien. On a vu, une fois. On a touché terre comme pour la première fois, d'une manière unique, et c'est pour jamais.

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jeudi 19 janvier 2017

Projection et réflexion...





Le monde n'est qu'une projection du mental dans votre état de veille. Il n'est donc qu'une idée et rien d'autre. Quant à la paix, c'est l'absence d'agitation.....

Qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui est mal ? Il n'y a pas de critère qui permette de juger si une chose est bonne et une autre mauvaise. 
Les opinions diffèrent selon la nature de l'individu et selon son environnement. Ce sont des idées et rien de plus....

Le mal que l'on voit chez l'autre, c'est son propre mal. La distinction du bien et du mal est à l'origine du péché. On projette hors de soi son propre péché et, par ignorance, on le surimpose sur l'autre."


L'enseignement de Sri Ramana Maharshi, 

éditions Albin Michel

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vendredi 2 décembre 2016

Miroir malin...



dessin de Jean Claude Marol

Un exercice à pratiquer  
extrait du jeu des miroirs de Sabine Dewulf

25 – CARTE « MIROIR » : ETRE SANS MASQUE


« Penchés sur le miroir trop humain de la lune
Touchant soudain le fond de notre propre brume
Avec tous ces glaciers sans formes et sans noms
Nous prenons peur d’être si loin de la maison
Et de notre raison errante, désertée,
Gisant derrière nous, toute déchiquetée.
Saurons-nous retrouver sur terre notre abri […] ».[1]

Le symbole
La Lune est le symbole de la personne individuelle. Masque du soleil (la conscience lumineuse), l’astre lunaire offre une lumière trompeuse. A force de s’identifier à son visage personnel, on fait de celui-ci un voile qui cache l’être véritable…

Quel est votre visage ? 
¨    Observez votre visage dans un miroir : regardez ce paysage de plis et de sillons plus ou moins marqués, ce reflet opaque comme une lune éclairée du dehors, et non de l’intérieur… Voyez combien vous êtes irrésistiblement attiré par ce reflet lunaire. Est-ce là votre véritable je ? N’est-il pas déraisonnable de limiter notre identité à cet ovale de chair ?
¨    Continuez à observer votre visage dans la glace mais en revenant à vous-même, là où vous êtes situé. Quel qu’il soit, ouvrez-vous à sa beauté propre, à la lumière de votre regard, de votre sourire… Qu’est-ce qui vous plaît le plus en lui ? 

Pour accueillir ce que vous êtes…
A présent, cessez d’être dans la lune. Revenez sur terre, à l’endroit précis où vos pieds se posent. Sentez l’énergie qui monte en vous, par le canal de la colonne vertébrale, jusqu’à vos épaules. Sentez vibrer votre champ de conscience, votre vrai visage. Ici et maintenant, détendez-vous dans cet espace nu, immensément transparent, assez vaste pour accueillir tous vos autres visages.







[1] « A la nuit… », A la nuit, p. 476. Jules Supervielle



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vendredi 25 novembre 2016

Une occasion à goûter :



Pour votre information, avant les fêtes, les éditions du souffle d'or, propose le coffret du jeu des miroirs à moitié prix en cliquant sur le lien :

http://www.souffledor.fr/boutique/produits_jeu-des-miroirs-coffret-livre-cartes__3369.html


À travers le Survivant, la Guérisseuse, la Méditante, l’Animal, la Paysanne, libérez-vous peu à peu de l’identification et devenez aussi ouvert et accueillant pour vous-même que ne l’est n’importe quelle glace réfléchissante vis-à-vis de ce qu’elle reflète !...

mardi 23 août 2016

Un homme remarquable, Swami Prajnanpad


 Extraits de "Portrait d'un homme remarquable" de Frédérick Leboyer



Le génie de Swâmi Prajnânpad était de nous offrir une possibilité – certes pas « bon marché » –, de nous libérer en quelques années de désirs qui paraissent tout-puissants et non pas en dizaines et dizaines d’existences.

Arnaud Desjardins



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lundi 22 août 2016

Le luxe de s'asseoir avec Christiane Singer



Ces longues enclaves que je me ménage depuis quelques années et ou je m'assois pour ne me préoccuper de rien - où je lâche leur bride à mes pensées pour les laisser brouter plus loin - sont désormais le plus grand luxe de ma vie, le seul. (Car peut-on parler de luxe quand il s'agit d'acquérir des choses qui s'achètent! Dérision suprême de ce luxe là!) Pourquoi même ne pas oser dire que je me coule entière dans une matrice - mieux, dans un moule qui tient ensemble la cire fondante que je suis, lui donne forme. - Oui je prends une posture. "Attitude particulière du corps (surtout lorsqu'elle est peu naturelle et peu convenable)", dit le Robert. Je (re)trouve - malgré le Robert - une forme qui m'est devenue naturelle et me convient, un ordre originel, la colonne vertébrale droite et fichée dans la coque du bassin comme un mat portant l'ample voilure des poumons qu'enflent l'inspir et l'expir. Elle court sur les flots, ma superbe frégate, quand la respiration est devenue le seul horizon que je fixe, la seule merveille où reposent mes yeux mi-clos.

Alors il m'arrive parfois - une seconde? dix secondes? - d'être en mesure de contempler le vide. Si vraiment un moment, aucune image ne se faufile par mes yeux entrouverts, aucune sensation porteuse d'un nom aucun message passé en fraude - si je suis un moment TOUTE vigilance, tous les sens en alerte comme chien de garde - alors dans cet espace que j'ai vidé de ma présence, le Réel se déploie et j'ai le goût de Dieu sur la langue. Un instant j'ai alors reflété ce qui EST. Ou plutôt ce qui EST à trouvé en mon absence où se refléter. Un instant il n'y a eu personne pour troubler l'eau. Un instant, je n'ai pas occupé tout l'espace du miroir. Un instant, j'ai su de quel infini j'étais le frémissement ténu.
Christiane Singer.

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vendredi 13 mai 2016

Le miroir du cœur de Rumi

Histoire de la discussion entre les Byzantins et les Chinois sur l’art de peindre et de faire des portraits
 
Les Chinois disaient : « Nous sommes les meilleurs artistes » ; Les Byzantins disaient : « C’est à nous qu’appartiennent le pouvoir et la perfection. »
« Je vous mettrai à l’épreuve en cette affaire, dit le sultan, et je verrai lequel de vous deux a raison dans cette prétention. »
Les Chinois et les Byzantins se mirent à discuter. Les Byzantins quittèrent le débat.
Les Chinois dirent alors : « Attribuez nous une certaine salle, et qu’il y en ait une pour vous aussi. »
Il y avait deux pièces dont les portes se faisaient face : les Chinois prirent l’une, les Byzantins l’autre.
Les Chinois prièrent le roi de leur donner cent couleurs ; le roi ouvrit son trésor afin qu’ils reçoivent ce qu’ils désiraient.
Chaque matin, par sa libéralité, les couleurs étaient octroyées de son trésor aux Chinois.
Les Byzantins déclarèrent : « Aucune teinte ni couleur ne convient à notre travail : il ne faut rien que retirer la rouille. »
Ils fermèrent la porte et se mirent à polir : ils devinrent clairs et purs comme le ciel.
Il y a un « chemin » de la bigarrure à l’absence de couleurs, la couleur est semblable aux nuages, et l’absence de couleurs à la lune.
Quelque lumière et splendeur que tu vois dans les nuages, sache qu’elle provient des étoiles, de la lune et du soleil.

Quand les Chinois eurent achevé leur tâche, de joie ils se mirent à battre du tambour.

Le roi entra et vit les peintures : cette vision, lorsqu’il l’aperçut, ravit ses esprits.
Ensuite il alla vers les Byzantins : ils retirèrent le rideau qui les séparaient.
Le reflet de ces peintures et œuvres d’art des Chinois vint frapper ces mûrs qui avaient été purifié de toute souillure.
Tout ce que le sultan avait vu (dans la salle des Chinois) semblait plus splendide ici : cela ravissait le regard.
Les Byzantins, ô mon père, sont les soufis : ils sont sans études, sans livres, sans érudition.
Mais ils ont poli leurs poitrines et les ont purifié du désir, de la cupidité, de l’avarice, des haines.
Cette pureté du miroir est, sans nul doute le cœur qui reçoit d’innombrables images...

Mathnawî, la quête de l'absolu : 
Tomes 1, Livres I à III, Volume 1 
Par Djalâl-od-Dîn Rûmî
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Merci à Marie-Françoise