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samedi 17 février 2024

Se détacher du miroir

 


Désolé si cette pépite – sous-titrée « Reflecting a lifetime » – vous semble un peu rude pour commencer une année … qui s’annonce difficile :

« Il raconte l’histoire d’un homme qui passe de l’enfance au statut de vieillard, le temps d’un brin de toilette. … Si ce récit paraît être une fiction, il est pourtant bel et bien réalité puisqu’il est tout simplement l’histoire de chacun d’entre nous. »

Comme nous sommes tellement « ignorants de ce dont nous sommes le plus assuré, notre essence transparente comme le cristal », nous avons besoin de « réveils » sans cesse plus puissants. D’autant plus que, généralement, « nous n’aimons point les réveils … ».

Il existe deux manières radicalement différentes de regarder « Le miroir » & de se regarder dans un miroir :

  • l’habituelle : l’objet reflète ce que nous sommes, constate les inexorables effets du temps sur nos corps … Entretien machinal d’une commune léthargie, si bien résumée par Christian Bobin dans Le Très-Bas : « Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. … L’enfant va à l’adulte et l’adulte va à sa mort. Voilà la thèse du monde. Voilà sa pensée misérable du vivant : une lueur qui tremble en son aurore et ne sait plus que décliner. C’est cette thèse qu’il te faut renverser. »
  • celle de la Vision du Soi, le véritable cadeau :

Voilà ce que Douglas écrit dans « Vivre sans stress » à quelqu’un qui se regarde dans un miroir tenu à bout de bras :

« Votre visage humain, votre visage acquis, votre apparence est là-bas, à un mètre environ. C’est une chose. Mais ici, de ce côté-ci de votre bras, se trouve votre visage non-humain, votre Visage Originel, votre Réalité. Ce n’est pas une chose. […] Il est bénéfique de bien faire la différence entre nos deux visages et de bien mettre chacun à sa vraie place. […] Utilisez maintenant votre miroir pour vous débarrasser du stress – en le regardant pour voir ce que vous n’êtes pas. »

Ne vous contentez surtout pas de lire ce passage, faites réellement l’expérience devant un miroir, vérifiez ce qu’il en est pour vous-même !

Elle coïncide bien entendu avec celles que proposent la plupart des véritables spiritualités, le Zen notamment :

Connaissez-vous le kôan : « Vous êtes l’image au miroir, mais l’image au miroir n’est pas vous » ? Le moi n’est que votre image, celle que vous présentez aux autres et à laquelle par erreur vous vous identifiez. Votre moi est aléatoire, il n’est que provisoire, il naît et il meurt, il meurt parce qu’il est né. Or vous, vous étiez avant et vous serez après. Voilà ce que signifie l’expression « visage originel ». Jacques Brosse « Pratique du zen vivant » (page 85)

Elle s’inscrit dans le droit fil de la logique de la Vie « surabondante », la Grande Vie : « Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé, chaque fois une première fois. » (Christian Bobin, Le Très-Bas).

Et l’observation & constatation soigneuses de ce qui est vu permettent – simplement, concrètement, joyeusement – d’adopter cette nouvelle & très ancienne façon de Voir :

d’où sort la dent de lait ?

où vont la brosse à dents, le rasoir, la cigarette ?

où disparaissent le gant de toilette, l’eau dont s’asperge l’adolescent, la gorgée effervescente ?

les lunettes ne s’ajustent-elles pas en un « œil unique » ?

les nombreux « R » inversés dans le titre et le générique de début ne sont-ils pas autant d’invitation à retourner le regard vers sa source ?

 Jean-Marc Thiabaud

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samedi 4 février 2023

Une belle personne

 

Chacun rêve, parfois dans le secret de son âme, parfois en l’exprimant,
parfois en se regardant dans le miroir en se brossant les dents,
de devenir une « belle personne ».
 
Quelle image nous faisons-nous d’une « belle personne » ?
C’est quelqu’un d’honnête, qui ne ment pas, qui se dévoue devant une personne souffrante physiquement ou moralement. Elle s’abstient de tout critiquer.
Au contraire, elle est bienveillante face à l’erreur, même à l’emportement,
à la critique à son égard.
Tout ceci lui confère une certaine grâce, quels que soient son physique et son âge.
Cela donne envie de la côtoyer.
 
Chacun pressent qu’être une « belle personne » procure une qualité de vie toute autre, qui pourrait se résumer par la joie de vivre.
 
Comment passer de : être une personne à être une « belle personne » ?
En fait le problème n’est pas là. Il est dans le choix.
Comment se fait-il que nous ayons tant de mal à décider de nous mettre en route pour réaliser cet appel si profond de l’âme ?
Là réside le mystère pour chacun.
 
La décision prise, il est facile de trouver un accompagnement, laïque ou religieux. Mieux encore, un accompagnateur qui corresponde à notre aspiration.
Évidemment, la voie commencée, elle s’avère semée d’embûches. Cependant cette quête, devenue concrète, avec ses outils de pratique, rend la vie passionnante, aventureuse, et finalement – ce que nous cherchions – magnifique et aimante.
 
Reste le mystère de chacun :
Qu’est-ce qui fait que je me décide ou non ?
 
 
Christian Rœsch


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vendredi 11 mars 2022

vendredi 3 décembre 2021

"Si on ne respecte pas plus la nature, on partira avec elle"

 Pour Boris Cyrulnik, il n'y a pas d'une part les plantes, et les animaux, et de l'autre, nous les humains. Et notre avenir dépend beaucoup du vivant. 



La catastrophe, mode de l'évolution humaine

Boris Cyrulnik : "La catastrophe est un mode d'évolution de l'humanité. Le tsunami de Lisbonne, autour de 1755, provoque l'avancée de l'urbanisme. L'épidémie de peste de 1348 de Marseille transforme les règles sociales. La guerre de 1914-1918 a été une métamorphose en particulier pour les femmes… En cas de catastrophe, ou de grand changement, les réformettes politiques ne suffisent plus. Il faut engager des bouleversements sociaux importants. Le grand bouleversement actuel, et la découverte qu'on a palpée pendant presque deux ans, est qu'on ne peut plus ne pas respecter la nature. 

On fabriquera des virus tous les ans. Il faudra recommencer à se confiner avec un prix humain exorbitant.

Mieux comprendre les animaux

Le jour où l'on comprendra qu'une pensée existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans les zoos, et de les avoir humiliés. J'ai côtoyé l'écologie animale dans les années 1970. On a appris que les animaux comprennent beaucoup plus de choses que ce qu'on croyait. Descartes nous a joué un vilain tour en parlant "d'animal machine". Et cette idée a infusé notre culture occidentale.  

Je fais partie d'une génération où lorsque j'étais étudiant en médecine, des maîtres nous disaient tant que l'enfant ne parle pas, il ne peut rien comprendre. Beaucoup de mères étaient étonnées : "Mais moi, j'ai l'impression que mon bébé comprend", disaient-elle. On a plaqué ce raisonnement sur les animaux aussi. 

On fabrique des animaux dans des élevages faramineux. Pour nourrir ces animaux, on détourne les végétaux. On en aura bientôt plus. Souvent, on mange des animaux inutilement…  

Tous les êtres vivants doivent être respectés. Si on ne respecte pas les plantes, on va abîmer notre vie quotidienne. Si on ne respecte pas les animaux, on va créer des déséquilibres dans le système... Mais pour respecter le vivant, il faut le comprendre. 

Un programme : ralentir la consommation, la circulation, l'école pour aller à la rencontre des autres 

Si on remet en place l'ancienne société avec son hyper consommation et son hyper circulation tous les ans, de nouveaux virus apparaîtront. Nous devons ralentir. Ralentir la consommation, ralentir la circulation, et même ralentir l'école… On veut vivre 100 ans si on perd un an ou deux à l'école, qu'est-ce que ça peut faire ?

Ralentir pour éprouver le plaisir de rencontrer l'autre. Il faut aller découvrir les personnes de différentes cultures, de diverses religions… On peut alors expliquer notre culture. Et ne pas être toujours d'accord. On peut se disputer. Et la dispute fait partie de la relation humaine.

Je dis que notre corps est un carrefour de pression climatique sensoriel. Notre âme est un carrefour de récits. On ne sépare plus le corps et l'âme. Les deux fonctionnent ensemble. Si on abîme le corps, on abime l'âme et vice-versa. Puis on abime la société, et on ne peut plus vivre ensemble. Ce raisonnement écosystémique commence à être accepté. Il y a encore des gens qui s'y opposent, mais cela ne fait rien. L'évolution dans les mois qui viennent va imposer cette idée globale."

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mercredi 24 avril 2019

Tout au long de notre vie, nous évoluons...


Pas besoin d’être fan d’existentialisme pour le reconnaître : quel que soit notre héritage (certains diraient notre karma), nous naissons en partie comme une page blanche, sur laquelle une infinité d’histoires peuvent s’écrire. Certes, la vie se charge vite de refermer le champ des possibles. Mais rien n’est jamais acquis pour toujours. Une part de nous demeure jusqu’à la fin comme un manuscrit en écriture. Et comme nous appartenons au cercle des vivants, cette écriture obéit à la loi de toute évolution, que l’on pourrait ramener à une suite de trois verbes : récapituler, mémoriser, innover. Contrairement à ce que s’imaginent les esprits juvéniles, on ne fait jamais « du passé table rase ».

Qui que vous soyez, vous venez forcément de quelque-part, et quel que soit votre regard sur vos ancêtres et votre culture, que vous les aimiez ou pas, c’est de là que vous venez et votre destin se greffe forcément dessus. Mais à partir de là, que d’inventions possibles ! Il en va ainsi de tout ce qui vit. Les reptiles sont nés des poissons, on pourrait dire qu’ils ont en quelque sorte mémorisé et récapitulé l’« état poisson », avant de se lancer dans l’immense innovation qu’a constitué l’avènement des premiers animaux à poumons.
Cette loi de l’évolution vaut pour les humains, pour les groupes comme pour les individus. Tout au long de notre vie, nous évoluons. Notre corps « récapitule et mémorise » tout ce que nous avons vécu et c’est à partir de là que nous pouvons éventuellement nous lancer dans l’innovation, le changement, la création.  


Certes, il arrive aussi que le passé nous paralyse, que la mémoire soit celle du traumatisme et que la récapitulation fonctionne comme un disque rayé, ce qui, pour le coup, interdit toute innovation, et même, comme l’explique le grand psychiatre Bessel van der Kolk, toute présence. Heureusement, il existe des méthodes – corporelles et psychiques à la fois –, pour permettre de dissoudre les « nœuds » du passé non digéré, rendant possible l’accomplissement du destin de la personne. L’accomplissement abouti se déploie jusqu’à la vieillesse, où il peut se fondre dans la joie de la tâche accomplie et dans ce que l’on pourrait appeler la reconnaissance transpersonnelle, où tout humain se voit en quelque sorte dans l’autre. Ayant dépassé les soixante ans (mais pas encore malade), l’écrivaine Christiane Singer nous disait ainsi : « Il y a désormais des pays dont j’ai rêvé et où je sais que je n’irai jamais, mais cela me fait incroyablement plaisir que d’autres y aillent. Et quand je vois de jeunes amoureux s’embrasser, je ne les envie pas, je suis envahie de joie. »  

source : Nouvelles Clés

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mercredi 15 août 2018

L'évolution de l'idée du bonheur avec Frédéric Lenoir (1)

À travers ses 50 livres à succès, le philosophe Frédéric Lenoir essaye de répondre à la question fondamentale : qu'est-ce qui nous rend heureux ? Son dernier ouvrage, le Miracle Spinoza (Fayard, 2017), où il raconte l'itinéraire de ce « grand penseur de la joie », n'y coupe pas. Pour La Vie, le docteur de l'École des hautes études en sciences sociales livre, avec son art de la pédagogie, quelques clés inspirées des grands philosophes.

Le bonheur est-il une addition de moments ?
C'est un état de satisfaction de l'existence. Pour comprendre ce concept, les philosophes grecs, comme Platon, Épicure ou Aristote, l'ont comparé avec un autre état, le plaisir. Celui-ci est la satisfaction donnée rapidement à un besoin ou un désir. J'ai envie de voir un ami et j'ai du plaisir lorsque j'y parviens. Je souhaite voir un film, je le vois et j'en retire du plaisir. Mais le plaisir possède des inconvénients. D'une part, il ne dure pas : dès que j'ai bu, j'ai à nouveau soif. Il dépend aussi de causes extérieures. Il faut toujours renouveler les événements qui nous procurent du plaisir, et nous savons mal le modérer. Nous avons tendance à rechercher toujours plus de plaisir. Et cela peut procurer du malheur à long terme. A contrario, le concept de bonheur n'est pas une émotion passagère, mais un état d'être global et durable. On est bien dans sa vie, dans son corps et dans sa tête. Le bonheur est un état, le plaisir est un moment.

Est-ce l'opposé du malheur ?
Beaucoup de philosophes contemporains, comme Luc Ferry, préfèrent cette approche. Pour avoir une meilleure compréhension de l'état du bonheur, qui reste une ambition assez forte, on se tourne vers l'état dans lequel on n'est pas malheureux. Cette vision me fait penser à la phrase de Jacques Prévert : « J'ai reconnu le bonheur au bruit qu'il a fait en partant. »

Être heureux est-il le fruit de la chance ou procède-t-il d'une démarche rationnelle ? 

Les deux. Si vous êtes issu d'une famille où les parents vous aiment, vous avez plus de chances d'être heureux que dans une famille maltraitante. Même chose si votre penchant naturel est plus tourné vers l'optimisme que si vous êtes doté d'un tempérament colérique ou anxieux. Et puis il y a des moments dans la vie qui conditionnent le fait d'être heureux ou non. Des études états-uniennes démontrent que le bonheur est déterminé pour moitié par notre capital génétique et les événements extérieurs et, pour l'autre moitié, par nos choix et le travail que nous avons fait sur nous.

Chercher une satisfaction globale et durable est universel.

à suivre
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lundi 6 juin 2016

De la névrose à la quête intérieure... avec Christophe Massin

Christophe Massin, est psychiatre-psychothérapeute. 
Sa pratique, le lying, est inspirée par l'enseignement d'Arnaud Desjardins et de son maître, Swami Prajnanpad.

Chaque fois que nous n'osons pas être nous-même, nous souffrons et c'est, je crois, la souffrance fondamentale, celle qui nous accompagnera jusqu'à nos derniers instants. Pour mieux apaiser cette souffrance et devenir nous-même, deux approches nous sont proposées : voie spirituelle et psychothérapie. Pourtant les buts et les moyens de ces deux démarches diffèrent radicalement. Sont-elles complémentaires ?

À l'âge de vingt ans, lorsque je me suis mis en quête de réponses à mon mal-être, j'ai préféré instinctivement un enseignement spirituel qui comportait un travail sur l'inconscient à une psychanalyse classique. 
Pourquoi ? Parmi les personnes que j'accompagne aujourd'hui dans leur thérapie, certaines viennent pour résoudre des difficultés et d'autres, avec le même genre de problèmes, ont en outre une aspiration spirituelle. 

Où réside la différence entre les deux approches. 
Théoriquement, la distinction est claire. La thérapie permet de mieux fonctionner dans l'amour et dans le travail - un fonctionnement plus harmonieux du moi, conciliant plaisir et réalité. La spiritualité vise à trouver une sérénité indépendante des aléas de la vie, au-delà des préférences du moi. C'est d'ailleurs la définition de la santé en sanskrit : svastha, littéralement “soi” stable.

Pratiquement, les limites sont beaucoup plus floues, et j'ai souvent observé un passage spontané d'une approche à l'autre, et même une véritable synergie. En cela, je ne partage pas davantage le point de vue de thérapeutes qui tiennent la spiritualité pour une fuite dans l'irréalité, que celui d'enseignants spirituels qui considèrent avec suspicion la thérapie - folie, à leurs yeux, que de se risquer à patauger dans les marécages de l'inconscient... 
Dans les deux cas, on recherche la fin de la souffrance, mais de quelle souffrance s'agit-il et quels sont les moyens mis en œuvre ? 
Nous commençons une thérapie avec l'espoir de panser nos plaies, de nous délivrer de nos inhibitions ou de répétitions désastreuses, d'affirmer ce que nous sommes, enfin. 
Nous avons souffert de manques ou de chocs de l'existence que nous n'avons pas su intégrer, et avons tendance à incriminer la vie, les autres ou une part de nous jugée “mauvaise”. Nous attendons du thérapeute écoute et compréhension. Peu à peu, nous découvrons que la source de notre malheur se trouve dans nos jugements, nos exigences et dans les deuils que nous avons refusés. Cette souffrance que l'existence nous a infligée dans l'enfance, nous la perpétuons, adulte, en conservant des réactions infantiles où nous nous croyons toujours impuissants et dépendants, victimes en un mot. Notre moi recouvre peu à peu son unité, assouplit son fonctionnement, prend confiance en ses ressources et peut enfin assouvir ses désirs véritables. La joie apparaît et un bonheur plus durable naît de ces accomplissements. Pourtant, au terme de cette démarche, certains se sentent encore insatisfaits, il manque quelque chose d'indéfinissable ; ou bien leur vie tarde à prendre le tournant qu'ils escomptaient,ils piétinent... Arrive alors le questionnement existentiel, spirituel : que manque-t-il ?

L'Absolu ? l'Amour ? Et là intervient le cheminement spirituel qui va examiner notre attitude à chaque instant, avec l'aide compétente d'un maître. Cette présence attentive met en évidence ce qui nous sépare de la vie : l'obstination du moi qui veut la vie à son idée et non telle qu'elle est. Et le chemin consiste à cesser de se fermer, à lâcher la prétention du moi à commander la vie. Le bonheur qui découle de cette pratique inlassable est discret, puis il grandit et devient émerveillement et gratitude lorsque la certitude de n'être séparé de rien s'affirme. Aucun aspect de la vie n'en est exclu. Comme un courant d'eau, il ne fait que se renforcer avec le temps. On comprend progressivement la différence avec le simple bonheur d'un moi plus épanoui, sujet à des revirements dès que la vie se montre plus dure.

À l'inverse de ceux que la thérapie n'avait pas comblés, nombre de disciples de voies spirituelles se sentent freinés par un moi souffrant, frustré, et auraient besoin d'une thérapie pour se réconcilier avec eux-mêmes comme avec la vie. Sinon, les refus qui les habitent les dominent, malgré leurs efforts sincères : la colère, les désirs réprimés au nom de l'idéal spirituel grondent dans la profondeur, la peur, la tristesse du manque tendent à se projeter sur le maître et ils nourrissent envers lui une dépendance infantile.

Au mieux, ils “planent” au-dessus des réalités de la vie ; au pire, ils deviennent des proies pour le dogmatisme et le sectarisme, et rien ne changera s'ils n'en passent par un travail sur l'ombre et les désirs. Certes, nous connaissons l'exemple de sages ou de saints qui, après une jeunesse marquée par la souffrance, ont vécu un complet retournement ; pour eux, la force de l'expérience spirituelle a transcendé les disharmonies du moi, sans passer par la thérapie. Chacun aussi a pu rencontrer des hommes “ordinaires” simplement heureux dans leur vie, qui n'ont néanmoins suivi aucune espèce de chemin. Je suis maintenant convaincu qu'hormis ces cas minoritaires, nous avons besoin, pour trouver un bonheur durable - un soi stable -, d'œuvrer à pacifier les blessures de notre ego grâce à la compréhension psychologique, tout en cherchant à dépasser ses limites et ses exigences, par une pratique spirituelle bien incarnée. Sinon, nous risquons fort de rester soumis à une névrose enjolivée de spirituel ou de tourner en rond dans une thérapie sans fin.

Mais, surtout, l'expérience de la psychothérapie m'a montré à plusieurs reprises qu'en profondeur ces deux approches tendaient à se rejoindre. Lorsqu'une personne touche le fond d'une émotion, qu'elle retrouve de tout son être - corps, cœur et esprit réunis - une souffrance aiguë du passé, il se produit une bascule d'ordre spirituel. Je pense par exemple à certains revécus de naissance, où la terreur panique d'un étouffement mortel, le désespoir sans nom d'une absolue solitude, amène l'être aux confins de l'insupportable. 
Si, dans cet instant, la personne a le courage de ne pas fuir, le noyau de son ego se fissure, elle dépasse ses limites habituelles et touche dans son intériorité la réalité indestructible de la vie, la paix simultanément à la douleur. Il arrive aussi que la thérapie fasse resurgir des instants privilégiés de l'enfance : le bébé, l'enfant jouit d'une proximité naturelle avec le sacré, expériences du silence, de la lumière, de la nature, de la joie sans cause qui avaient été enfouies en même temps que la souffrance par le refoulement. 

Ces moments guérissent d'une manière plus radicale qu'une simple compréhension psychologique : le contact avec la vie nous fait percevoir nos tourments comme des manifestations de cette vie, et celle-ci les traverse en demeurant intacte. Son attrait nous encourage à nous y abandonner davantage, nous pousse à nous réaliser, autant à travers notre personnalité que dans la dimension impersonnelle qui nous dépasse. Là, le bonheur devient passion de la vie, pour le meilleur comme pour le plus confrontant...

source : Clés


mardi 16 septembre 2014

Témoignages éternels...

Je souhaite vous dire que le potentiel de l'existence est extraordinaire. 
Que cette vie est un partage d'expériences et que chaque geste, chaque parole
 fait partie d'un collier de pierres précieuses innombrables. 
Je vous remercie de votre présence même silencieuse. 
Sentons le message imperceptible d'un bruissement de feuilles 
pour ensuite apprécier de tourner la page...




samedi 3 décembre 2011

mardi 27 septembre 2011

Le bébé, un être déjà développé !

Quels perceptions ont les bébés ? Quelques propos sur le développement de l'enfant :