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mardi 13 octobre 2026

Un chemin avec Emmanuel Desjardins

 Une très belle vidéo à découvrir...

Un chemin avec Emmanuel Desjardins



Dans cet entretien réalisé à Hauteville, l'ashram fondé par Arnaud Desjardins en Ardèche, j'ai eu le plaisir de rencontrer Emmanuel Desjardins, fils de Denise et Arnaud Desjardins, auteur de plusieurs ouvrages et actuel responsable spirituel du centre.
Ayant grandi au contact de l'enseignement de Swâmi Prajnânpad, le maître indien de ses parents, qu'il a rencontré dès l'âge de trois ans, Emmanuel Desjardins a suivi un chemin singulier. Après avoir longtemps baigné dans cet univers spirituel, il a lui-même traversé une profonde crise intérieure qui l'a conduit à s'engager pleinement dans cette voie.
Au cours de notre conversation, nous revenons sur son parcours, ses souvenirs d'Arnaud Desjardins et de Swâmi Prajnânpad, mais aussi sur les fondements de leur enseignement, une voie de connaissance de soi qui invite à accueillir la réalité telle qu'elle est, à comprendre ses mécanismes intérieurs et à se libérer progressivement de ses conditionnements.
🙏 Un grand merci à Emmanuel Desjardins pour son accueil, sa disponibilité et la richesse de cet échange.

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vendredi 9 octobre 2026

Pratique spirituelle

 ET SI NOTRE PRATIQUE SPIRITUELLE NE MARCHAIT PAS ?

Quinze ans de pratique. Et bordel, je ne change pas. Voilà une phrase dure à oser se dire. 

Le retour de stage, on sait tous le raconter : l'ouverture, la clarté, cette impression rare que les choses se mettent enfin en place. Il est beaucoup plus difficile d'avouer qu'après des années d'engagement, on ne sait pas très bien si sa vie en a été transformée.

Surtout quand d'autres semblent franchir un palier à chaque séminaire.

Alors on continue, on s'inscrit au niveau suivant en espérant y trouver la pièce manquante, et le doute s'installe en silence : est-ce que j'avance, ou est-ce que je me suis attaché à l'idée d'avancer ?

Les milieux spirituels ont une réponse toute prête à l'absence de résultats : vous ne pratiquez pas assez, vous n'avez pas lâché prise, vos résistances bloquent le processus. C'est parfois juste, car un travail réel demande du temps et de la rigueur.

Mais cette réponse a un défaut de fond : elle rend la méthode infaillible. Quand ça marche, c'est grâce à l'enseignement ; quand ça ne marche pas, c'est la faute de l'élève.

La tradition chinoise est sur ce point d'un pragmatisme rafraîchissant. Elle parle de gōngxiào 功效, l'efficacité.

Gōng 功, c'est l'effort patient, le travail de l'artisan sur sa matière. Xiào 效, c'est l'effet produit, ce qui se vérifie à l'épreuve des faits. Ensemble, ils posent une question simple : ce que j'investis produit-il quelque chose de réel, et que faut-il ajuster ?

Dans les arts taoïstes, cette question ne trahit pas le chemin, elle en fait partie.

Une pratique qui nourrit la vitalité doit se voir dans le corps, pas seulement dans le bien-être ressenti pendant le cours. Un travail sur l'esprit se mesure à nos réactions ordinaires : l'attention, la patience, la façon dont on encaisse l'imprévu.

Vingt minutes de calme parfait sur un coussin, suivies d'un emportement à la première contrariété, ce n'est pas un progrès. C'est une pause.

Quand la stagnation dure, elle mérite quelques questions franches.

Est-ce que je pratique avec rigueur, ou est-ce que je répète une routine devenue confortable ?

La méthode convient-elle encore à mon tempérament, à ce que je vis aujourd'hui ? Et ne suis-je pas en train de demander à la méditation de régler ce qui relève d'une décision, d'une conversation difficile ou d'un médecin ?

Évaluer sa pratique n'a rien d'une défiance.

On peut commencer simplement : choisir un critère concret, le sommeil, la clarté dans ses choix, le temps qu'il faut pour retrouver son calme après un conflit, et l'observer honnêtement pendant quelques semaines.

Puis en parler à son enseignant, faits à l'appui. De son côté, un enseignant qui entend « ça ne m'aide pas » devrait y voir une information précieuse plutôt qu'une attaque. C'est souvent l'angle de la transmission qui doit s'ajuster, pas l'élève qui est en faute.

Un artisan qui travaille le même bois depuis quinze ans sans que rien ne prenne forme ne se dit pas qu'il manque de foi. Il regarde son outil, son geste, sa matière. Puis il change quelque chose.

Rester fidèle à une méthode qui ne nous transforme pas, c'est parfois de l'habitude, parfois de la loyauté, parfois la peine d'admettre des années sans retour.

Mais du gōng sans xiào, ce n'est plus une pratique, c'est une routine.

Quinze ans d'engagement ne sont pas perdus parce qu'on ose les évaluer. Ils risquent par contre de le devenir quand on refuse de le faire.

Bonne pratique et réflexion

Fabrice Jordan

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jeudi 24 septembre 2026

Expérience et observation


Quelle expérience voulez-vous vivre — celle de mes enseignements ou votre expérience propre ? J'espère que vous faites bien la différence. Si c'est celle de mon enseignement, vous aboutirez nécessairement à la question : "Et maintenant, que faire ?" parce que vous tentez de parvenir à un résultat que vous croyez être en ma possession. Vous croyez que je possède quelque chose qui vous manque et qu'en faisant l'expérience que je décris, vous allez l'acquérir vous aussi. 

Voilà comment réagissent la plupart des gens : en approchant cela avec une mentalité mercantile — faire ceci pour obtenir cela. "Je vais prier, méditer et me sacrifier pour obtenir quelque chose".

Vous ne pratiquez pas mes enseignements. Sachez que je n'ai rien à vous dire, sinon ceci : observez votre propre esprit, découvrez-en la profondeur. Ce n'est pas mon enseignement qui compte, mais vous-même. Il importe que vous découvriez votre propre façon de penser et ce que celle-ci implique. 

Et si véritablement vous regardez votre propre pensée, si vous l'observez, si vous la ressentez, si vous la découvrez, et si vous lâchez prise en mourant jour après jour à tout ce que vous avez acquis, amassé, vous n'aurez plus jamais à poser la question : "Et maintenant, que faire ?" 

~ Jiddu Krishnamurti

Tel que vous êtes,

Libérer l'esprit de tout conditionnement

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mardi 8 septembre 2026

NE DOUTEZ PAS DE VOUS !


Un nouvel épisode de la série Une lignée vivante intitulé " Ne doutez pas de vous ". 

Témoin des pérégrinations américaines d’Arnaud Desjardins et réalisé par Guillaume Darcq, cet épisode clôt la saison « Un phare aux Amériques » par un foisonnement d’actes d’amour.



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vendredi 28 août 2026

Connaître l'émotion

 "La preuve que vous n’êtes pas libres, puisqu’il s’agit de libération, ce sont les émotions. Grandes ou petites, intenses ou minimes, fréquentes ou plus rares, éphémères ou durables, ce sont les émotions. Et pourquoi est-ce que vous n’êtes pas libres de vos émotions ? Parce que vous ne les connaissez pas. Libération par la connaissance signifie qu’on est libre de ce qu’on connaît réellement ; et connaître, c’est être – consciemment. Si vous voulez être libres de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle, immédiate, de vos émotions. Et c’est ce qu’il y a de plus rare. Quelqu’un peut avoir passé sa vie dans les désespoirs, les angoisses, les anxiétés, les colères et les jalousies, sans connaissance réelle de ses émotions. Et on peut pratiquer beaucoup d’ascèses yogiques ou méditatives sans avoir la connaissance réelle des émotions, parce que, lorsque les émotions sont là, il n’y a plus de méditation et, quand la méditation est là, il n’y a pas d’émotion. (...)

Comment pouvez-vous être vraiment libre de ces émotions en les connaissant ? Comment pouvez-vous les connaître ? En étant, sans dualité, ému. Là je soulève une grosse question. Pratiquement, depuis votre enfance, on vous a empêchés d’être émus. On vous a reproché vos émotions. L’expression de vos émotions gênait les uns et les autres, les mettait mal à l’aise. On vous a fait honte de pleurer. On vous a répété : « Allons souris, ne sois pas triste, si tu voyais quelle tête tu as quand tu es triste ! Si tu veux être aimable et charmant, sois souriant ! Quelqu’un de triste ennuie tout le monde. » Ce qui fait que, tout en étant toujours emporté à longueur d’année par les émotions, on ne les vit plus jamais pleinement, totalement, consciemment – « sans un second », c’est-à-dire sans créer autre chose que l’émotion : je ne devrais pas être ému, je ne suis pas content d’être ému ; que c’est pénible d’être malheureux ; j’en ai assez d’être toujours triste, j’en ai assez de souffrir. Je suis en train de me ridiculiser, etc.

Je suis bien d’accord que les conditions de l’existence ne permettent pas d’exprimer les émotions n’importe où, n’importe quand, à tort et à travers. Autant que possible, vous cherchez à éviter de montrer votre désespoir à vos propres enfants ou d’avoir des colères trop violentes dans l’entreprise où vous travaillez car elles finiraient par vous faire du tort. Mais vous arrivez à cette impasse, de fuir perpétuellement les émotions qui continueront à s’accrocher à vous d’autant plus que vous les fuirez.

Il faut que vous voyiez en face cette vérité : je ne peux être libre des émotions que si j’en ai la connaissance véritable ; et connaître, c’est être. Je ne peux avoir la connaissance de la tristesse que si je suis pleinement, parfaitement triste. Et, plus difficile : je ne peux avoir la connaissance de la colère que si je suis pleinement, parfaitement en colère. Comment allez-vous être pleinement et parfaitement en colère sans exprimer celle-ci – par conséquent sans risquer de frapper, de blesser et vous retrouver devant un tribunal où vous aura traîné votre victime ?

Quelle que soit la difficulté de connaître les émotions, de connaître la colère en étant en colère, de connaître l’angoisse en étant angoissé, vous devez vous rendre compte qu’il n’y a pas d’autre issue. Alors... est-ce vraiment sans issue ? Tout dépend de votre certitude à cet égard et de votre attitude intérieure. Et vous pouvez sentir la valeur de ces trois termes, que j’ai bien souvent utilisés : expression, répression et contrôle. L’expression, le mot le dit bien, c’est ex – au dehors – pression : pousser au-dehors ce qui nous opprime ou nous oppresse. Réprimer, c’est l’enfouir à l’intérieur.

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres possibilités que l’expression ? Dans certains contextes, dans certaines conditions, il faut exprimer et une ascèse complète comprend toujours, parmi ses différentes parties, une possibilité de connaître les émotions en les laissant s’exprimer. Mais ce n’est pas la seule possibilité d’être ému, donc de connaître réellement l’émotion. Ce qui doit être éliminé, c’est le mensonge de la répression, la tentative de suppression car c’est une tentative vaine. Toute émotion – un bonheur momentané ou une souffrance – est toujours une forme prise par l’énergie fondamentale en vous, comme une grande vague qui se lève avant de retomber. Si vous pouvez être ému, tout en contrôlant, c’est-à-dire en ne manifestant pas ou peu – mais sans refuser – vous pourrez être consciemment ému et avoir une connaissance de l’émotion. Simplement, vous ne l’exprimerez pas au-dehors. La tragédie de l’émotion, c’est le refus ; c’est le denial – la négation ; c’est la tentative de répression. Et cette tentative est à peu près permanente ; c’est pour cela qu’il y a si peu de progrès sur le chemin. Les émotions pénibles ou douloureuses sont fondamentalement refusées ; par conséquent, vous n’êtes plus unifié dans l’émotion. Une dualité se crée ; je ne devrais pas être ému. 

L’émotion est elle-même le fruit d’un premier refus : ce fait ne devrait pas être ce qu’il est. Et l’émotion pénible est à son tour refusée, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment ; tout votre être souffre de souffrir et crée un second conflit entre l’émotion et vous.

Dans le conflit, il n’y a aucune connaissance possible de l’émotion. (...) Si vous pouvez, quand vous êtes ému, être vraiment ému – c’est-à-dire accepter complètement la réalité de l’émotion, sans créer un second (je ne devrais pas être ému) –, vous pouvez être ému sans dualité et, dans la plupart des cas, vous pouvez en même temps contrôler. Seulement, aujourd’hui, vous confondez encore le contrôle et la répression. Ce que vous appelez contrôler, c’est réprimer. Vous réussissez à ne pas vous mettre en colère ou à sourire malgré vos malheurs, sur la base irrémédiablement mensongère d’une dualité : je ne devrais pas être ému ; je suis triste, mais je ne suis pas d’accord pour être triste. (...) 

Il n’y a pas que l’expression pleine et entière des émotions qui permet de s’en libérer (...) Si vous le voulez vraiment, vous pourrez être ému tout en contrôlant. Cela n’a rien à voir avec la répression. Je suis triste – un, sans un second ; je suis triste et il n’y a rien à rajouter à cette tristesse. Ici, maintenant, je suis triste. De cette façon seulement, vous pouvez avoir une connaissance réelle des émotions ; et seule cette connaissance conduit à la liberté. Vous n’avez pas la preuve que c’est vrai parce que vous ne l’avez pas tenté. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez vécu vos émotions sans en avoir la connaissance réelle puisque vous ne les avez pas vécues unifié et conscient, et que vous êtes entouré de gens qui les ont toujours vécues divisés, souffrant de souffrir et rajoutant dualité sur dualité. Je souffre, je souffre de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir de souffrir de souffrir... L’émotion n’est faite que de refus. Ou, au contraire, dans les émotions dites heureuses, je suis heureux ; je suis heureux d’être heureux, je suis heureux d’être heureux d’être heureux – vous en rajoutez également. 

Donc, réentendez cette phrase : « libération par la connaissance ». Et entendez-la dans son sens concret, réel : c’est la connaissance qui nous libère. Nous ne sommes pas libres et nous ne serons jamais libres de ce que nous ne connaissons pas."

Arnaud Desjardins, extraits de "Au Delà du Moi", pp. 86-90 

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samedi 8 août 2026

Enseignement spirituel

 Traduction d'un post de Jeff Foster :


Je veux mettre certaines choses parfaitement au clair :
Si quoi que ce soit de ce que je dis ou écris vous contrarie, c'est que vous êtes dans votre ego. Un jour, votre ego disparaîtra complètement, et vous ne serez plus jamais contrarié !
(Moi, je ne suis jamais contrarié.)
Si vous ressentez la moindre résistance à ce que je dis, ce n'est pas parce que j'ai tort. C'est parce que vous devez encore purifier votre négativité.
Ici, seules les vibrations positives sont les bienvenues.
(Moi, je n'émane que des vibrations positives.)
Si vous éprouvez de la colère envers moi, c'est simplement que vous ne voyez pas clairement. Tant que quelque chose de ce que je dis ou fais peut encore vous « déclencher », quoi que ce soit, vous n'êtes pas encore libre.
(Pas comme moi.)
Tant que vous ressentez encore de la peur, de la colère, du manque, du chagrin ou du désir, c'est que l'illusion du « moi séparé » ne s'est pas encore complètement dissoute.
(La mienne, si.)
Si vous avez encore des doutes, des peurs, ou si vous remettez cet enseignement en question, c'est que vous ne vous êtes pas encore désidentifié du corps-esprit.
(Moi, si.)
Si vous voyez encore une personne ici... ou un « moi »...
... c'est que vous vous vautrez dans votre propre ignorance.
Il n'y a personne ici.
Il n'y a pas de « moi » ici.
Il n'y a personne ici qui puisse, en aucune circonstance, vous juger.
(Moi, je suis totalement incapable de juger.)
Il n'y a pas de souffrance.
Pas de traumatisme.
Pas de dépression.
Pas de tristesse.
Rien de tout cela n'est réel.
Ce ne sont que des histoires fabriquées par la pensée, auxquelles l'esprit humain ignorant croit.
Une fois que vous voyez au-delà de toutes les histoires, toute votre souffrance disparaît. Pour toujours.
(Moi, je n'ai plus souffert depuis des années. Je me souviens à peine de ce que la souffrance signifie.)
En réalité, je n'existe plus.
Et vous non plus.
Si vous croyez le contraire, c'est que vous êtes perdu.
Et que vous avez besoin de mon aide.
SUIVEZ-MOI.
*
[Vous pouvez respirer maintenant. RIEN de tout cela n'était réel. Je faisais une parodie. 🤣 Si un enseignant spirituel parle réellement comme ça... sauvez-vous, et COUREZ !]

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jeudi 4 juin 2026

Conscience vivante


 "On ne reproduit jamais un éveil ; on ne fait que collaborer étroitement au processus éveillant qui s’est mis en route. Dans la mesure où l’on y collabore de façon profonde, sincère, intelligente, on devient de plus en plus conducteur de ce processus, et on l’incarne de plus en plus. 

Il faut reconnaitre que la lumière, l’intelligence de l’éveil n’éclairent en fait que les lieux dont on a ouvert les portes en nous. Ensuite tout le travail consiste à coopérer avec cette dynamique de l’éveil, à ouvrir une à une les portes de toutes les zones obscures pour y faire s’engouffrer la lumière de l’éveil, la lumière de cette intelligence que l’on conserve en soi. Elle est vivante en moi. Au cœur de mon être, je me sais éveillé, je me sais libre, indéniablement. Pourtant, je sais que ce n’est pas suffisant, que je ne suis pas ce qu’en Inde on appelle un « réalisé », c’est a dire un homme définitivement établi dans l’éveil, et qu’il reste encore bien des domaines de ma conscience qui doivent être investis de cette qualité, visités par cette intelligence.

Il m‘est alors apparu évident que ce qui était au cœur de la voie du monde, dans la vie quotidienne, c‘était la relation, et que la pratique consistait à faire de cette relation un travail constant. C’est ce que j’ai appelé la pratique de la « relation consciente ». 

Je me suis rendu compte à quel point l’enseignement qui mettait en avant l’éveil comme le but ultime avait tendance a individualiser la démarche et à renforcer l’égoïsme de chacun. Dans mon enseignement, j’ai voulu au contraire que les personnes entrent en relation les unes avec les autres, qu’elles oublient un objectif personnel d’éveil, de libération, et reconnaissent qu’on ne peut grandir qu’ensemble, en prenant le risque de l’autre, en entrant en relation profonde avec l‘autre dans la mesure où celui-ci est l‘occasion d’aller voir ce qu’on n’est pas capable de voir tout seul. (...)

ll se passe quelque chose a partir du moment où l’on n’est plus obsédé par l’éveil et où l’on entre vraiment en relation avec ce qui est. C’est d’ailleurs là que j’ai compris la vraie signification du mot satsang, qui tient une grande place en Inde cela ne se limite pas à la fréquentation du guru, mais c’est élargir le guru à tout ce qui est et fréquenter le réel en tout et partout. Le grand enseignement, le vrai satsang, consiste à vivre en relation consciente avec tout ce qui est ; c’est l’occasion d’un grandir qui, par nature, est de la nature de l’éveil.

En sanskrit, Brahman signifie « grandir », « croître «. Cette dynamique, du fait qu’elle devient prioritaire, nous libère de l’objectif de l’éveil ; on prend peu a peu conscience de la nature réelle du grandir et on se rend compte que cette nature est la réalité. Quand le Christ dit : "Je suis le chemin, la vie, la vérité ", il ne dit pas " Je suis le bout du chemin ", mais " je suis le chemin ". C’est quand on entre dans un grandir constant, qu’on ne cherche plus à atteindre une destination finale, un but, qu’on l’appelle « éveil » ou autrement, que le grandir devient lui-même la conscience vivante dans laquelle tout est inclus. Saint Jean de la Croix disait : « Celui qui s’arrête en quelque chose cesse de se jeter dans le tout. » 

Yvan Amar

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jeudi 21 mai 2026

Réactions ou actions ?


Ne pas avoir d’émotions, c’est ne pas réagir. Car la réaction n a rien a voir avec l’action. La réaction est l’expression du jeu des forces mécaniques. Le mouvement de la vie ou la manifestation est simplement une rupture d’équilibre et une tentative de retour à l’équilibre. Une force agit. Elle rencontre une autre force qui réagit, cette réaction rencontre une autre force encore qui réagit à la réaction. La libération du sage est une libération du jeu de la réaction. La cause essentielle de notre aveuglement est que nous prenons toujours nos réactions pour des actions. Pour être libéré de l’enchaînement des réactions, il faut reconnaître chaque réaction comme une réaction, et être un avec cette réaction comme le sportif l’est avec le torrent. Alors la réaction suivante ne se produit pas, la non réaction ou neutralité s’établit peu à peu et l’action devient possible. Un exemple concret sera plus clair. Je lève le bras à l’horizontale. Il y a rupture de la position de repos ou d’équilibre (le relâchement total). La réaction est la retombée du bras. Si cette retombée se fait mécaniquement, le bras vient frapper la cuisse et ce choc détermine une nouvelle réaction. La jambe bouge, la main est de nouveau déplacée, etc. Au contraire si le retour du bras à la normale a été un geste conscient, accompagné par la conscience, la main prend sa place doucement contre le corps et aucune autre réaction ne se produit. Le retour à l’équilibre est effectué. Il en est de même dans toutes les circonstances de l’existence.

Ces termes de neutralité, absence de réaction, acceptation risquent d’ailleurs d’être fort mal compris et ils nécessitent des précisions importantes. Le sage n’a plus d’émotions, il ne juge pas, il ne condamne pas, il ne refuse pas, il accepte tout, il est un avec tout. Le disciple accepte tout ce qui est en lui pour pouvoir accepter un jour tout ce qui est hors de lui. Mais « j’accepte » ne veut pas dire: « J’accepte que ce qui est à l’instant même sera encore demain, sera encore dans une minute. » Non. Simplement : « J’accepte que ce qui est à l’instant même, soit. » Dans une seconde ce sera toujours ou ce ne sera plus. En vérité, dans une seconde ce ne sera plus, car tout est toujours, fût ce imperceptiblement, en mouvement, en changement. Et cette acceptation n’empêche pas d’agir. La réconciliation avec les faits n’est pas la résignation passive. Au contraire. Vous pouvez, si vous préférez, remplacer le mot acceptation par le terme vision scientifique.

Voir ce qui est sans émotion, cela signifie : sans se couper de ce qui est en pensant que cela devrait être autrement, donc sans comparaison ou référence à un autre possible. Aucun voile mental ne s’interpose entre moi et le reste de la manifestation. Mais il faut justement que cette acceptation soit totale, c’est-à-dire embrasse tous les éléments d’une situation donnée. Et c’est une des grandes impossibilités de l’ego qui ne voit jamais que certains facteurs d’une situation et ne voit absolument pas les autres ou, même s’il les voit, les refuse. Si tous les éléments d’une situation donnée sont vus, sans émotion, sans jugement, sans se demander si c’est bien ou si c’est mal, mais si c’est ou si ça n’est pas, le fruit de cette vision totale est une action qui apparaît alors comme une réponse rigoureuse à la situation donnée, comme la seule réponse possible, celle qu’exige la justice de cette situation particulière.

Arnaud Desjardins - Les chemins de la sagesse

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mercredi 20 mai 2026

Interdépendance

[...] si l'on voulait résumer l'enseignement du Bouddha en un seul mot, on dirait que c'est l'interdépendance universelle, dont la non-violence n'est qu'une conséquence naturelle : puisque nous sommes tous dépendants les uns des autres et que tous les êtres désirent comme nous-même être heureux et ne pas souffrir, mes bonheurs et mes malheurs personnels sont indissociablement liés à ceux des autres. Cette non-violence n'est pas assimilable à une faiblesse ou une passivité. C'est le choix délibéré de l'altruisme dans toutes nos pensées et tous nos actes, de sorte qu'il devient inconcevable de nuire sciemment à autrui.

XIVe Dalaï-lama, enseignements donnés à Amaravati, Inde, 2005.

📸 : Elèves de l’école de Shèchèn au Tibet oriental. 2014

Partagé par Matthieu Ricard

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mercredi 6 mai 2026

Remettre au lendemain, fatigue

 REMETTRE AU LENDEMAIN, FATIGUE

(extrait de Le Jardin du Dedans, couverture ci dessous)

Un précepte de base de l’écologie est de ne pas gaspiller les ressources énergétiques.
Dans la perspective de l’écologie intérieure, nous gagnons à nous interroger quant à notre gestion de nos énergies « subtiles ».
Les pensées inutiles sont grandes consommatrices d’énergie, la division intérieure l’est tout autant. Toute démarche écologique s’attache à identifier les racines de la pollution et du gaspillage. Pour ce qui est de la division intérieure et de la production de pensées inutiles, l’un des facteurs majeurs reste ce mécanisme fort répandu qu’on nomme la « procrastination ». je suis frappé de constater, au fil de mes relations amicales et professionnelles, à quel point cette « maladie » a pris des proportions endémiques. Beaucoup d’êtres humains s’engagent à faire quelque chose et tout simplement ne le font pas, ou tardent tant à le faire que cela en devient inepte.
Remettre au lendemain fatigue
Il n’y a pas de petite procrastination : que la « chose à faire » soit jugée « importante » ou anodine, le simple fait de ne pas respecter un engagement constitue une violence vis-à-vis de nous-même (sans compter la nuisance qu’elle peut causer aux autres). une violence si « ordinaire », si courante qu’elle passe inaperçue et que les conséquences en sont constamment minimisées, comme dans le cas des pollutions de tous les jours.
Que j’en sois pleinement conscient ou non, le fait de ne pas faire ce qu’il m’est demandé de faire, ce que je me suis engagé à faire, produit en moi une division intérieure sous forme de malaise diffus (« je devrais faire et je ne fais pas ») et de pensées « tendues vers » (« il faut que je fasse... »). Ce malaise et ces pensées, si vagues soient-ils, sont grands consommateurs d’énergie psychique. Chaque engagement non tenu, chaque acte procrastiné est un peu comme une casserole attachée à un fil, lui-même accroché à notre pantalon... de casserole en casserole, nous en venons à avancer dans un bruit psychique assourdissant. L’engagement non tenu, l’action demandée non accomplie et demandant toujours à l’être, ralentissent notre marche en avant et nous tirent vers l’arrière. Plus je procrastine, moins je peux être en paix, et tout simplement disponible à l’instant.

Jeune, j’étais comme tant d’autres un adepte du grand vague et de la procrastination. Le déclic s’est produit quand j’ai compris que faire ce que j’avais à faire dès que possible ne relevait pas d’une injonction morale mais d’une gestion intelligente de mon énergie, donc de mon intérêt profond et même de ma vie spirituelle. Toute personne ayant tenté de s’asseoir pour méditer remarquera un afflux de pensées ; elle remarquera aussi qu’une grande proportion de ces pensées a trait à des choses à faire...
il y a cinquante ans, quand j’ai commencé à la pratiquer, la méditation n’était pas à la mode, mais le mécanisme de procrastination étant, lui, indémodable, j’ai assez vite compris le lien concret entre ma manière de traiter mes petites affaires au quotidien et la qualité de ma vie intérieure.
« Ce que vous avez à faire, faites-le maintenant », disait Swami Prajnanpad.
Cette parole, en elle-même de bon sens, prononcée par un grand spirituel a eu sur moi un impact décisif. je ne prétends pas être devenu à cent pour cent fiable : l’erreur est humaine, l’humanité ne souffre pas la perfection. Mais avoir pris cette parole au sérieux a beaucoup contribué à ma possibilité de jouir de la paix ici et maintenant.
Faire ce qu’on doit faire maintenant ne signifie pas nécessairement tout de suite, toutes affaires cessantes, ce qui serait bien difficile dans un contexte où courriels, messages et appels ne cessent d’allonger la fameuse « liste » au fur et à mesure.
Le secret, très simple, consiste à ne pas laisser les choses dans le vague : tout noter, puis envisager même approximative- ment quand l’action pourra réalistement être accomplie. je peux être en paix ici et maintenant non pas parce que j’ai « tout fait » – ce qui relève de l’impossible, nous mourrons sans doute avec une longue liste de choses à faire – mais parce que ce que j’ai à faire,
Je sais que je le ferai et quand, ou à peu près quand.
On n’imagine pas l’énergie subtile ainsi économisée, la disponibilité à l’instant ainsi retrouvée et donc, oui... l’aptitude à la joie dans la relation non polluée à ce qui est ici et maintenant.

Gilles Farcet

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mercredi 29 avril 2026

Vous n'êtes pas libres


"La preuve que vous n’êtes pas libres, puisqu’il s’agit de libération, ce sont les émotions. Grandes ou petites, intenses ou minimes, fréquentes ou plus rares, éphémères ou durables, ce sont les émotions. Et pourquoi est-ce que vous n’êtes pas libres de vos émotions ? Parce que vous ne les connaissez pas. Libération par la connaissance signifie qu’on est libre de ce qu’on connaît réellement ; et connaître, c’est être – consciemment. Si vous voulez être libres 
de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle, immédiate, de vos émotions. Et c’est ce qu’il y a de plus rare. Quelqu’un peut avoir passé sa vie dans les désespoirs, les angoisses, les anxiétés, les colères et les jalousies, sans connaissance réelle de ses émotions. Et on peut pratiquer beaucoup d’ascèses yogiques ou méditatives sans avoir la connaissance réelle des émotions, parce que, lorsque les émotions sont là, il n’y a plus de méditation et, quand la méditation est là, il n’y a pas d’émotion. (...)

Comment pouvez-vous être vraiment libre de ces émotions en les connaissant ? Comment pouvez-vous les connaître ? En étant, sans dualité, ému. Là je soulève une grosse question. Pratiquement, depuis votre enfance, on vous a empêchés d’être émus. On vous a reproché vos émotions. L’expression de vos émotions gênait les uns et les autres, les mettait mal à l’aise. On vous a fait honte de pleurer. On vous a répété : « Allons souris, ne sois pas triste, si

tu voyais quelle tête tu as quand tu es triste ! Si tu veux être aimable et charmant, sois souriant ! Quelqu’un de triste ennuie tout le monde. » Ce qui fait que, tout en étant toujours emporté à longueur d’année par les émotions, on ne les vit plus jamais pleinement, totalement, consciemment – « sans un second », c’est-à-dire sans créer autre chose que l’émotion :je ne devrais pas être ému, je ne suis pas content d’être ému ; que c’est pénible d’être malheureux ; j’en ai assez d’être toujours triste, j’en ai assez de souffrir. Je suis en train de me ridiculiser, etc.

Je suis bien d’accord que les conditions de l’existence ne permettent pas d’exprimer les émotions n’importe où, n’importe quand, à tort et à travers. Autant que possible, vous cherchez à éviter de montrer votre désespoir à vos propres enfants ou d’avoir des colères trop violentes dans l’entreprise où vous travaillez car elles finiraient par vous faire du tort. Mais vous arrivez à cette impasse, de fuir perpétuellement les émotions qui continueront à s’accrocher à vous d’autant plus que vous les fuirez.

Il faut que vous voyiez en face cette vérité : je ne peux être libre des émotions que si j’en ai la connaissance véritable ; et connaître, c’est être. Je ne peux avoir la connaissance de la tristesse que si je suis pleinement, parfaitement triste. Et, plus difficile : je ne peux avoir la connaissance de la colère que si je suis pleinement, parfaitement en colère. Comment allez-vous être pleinement et parfaitement en colère sans exprimer celle-ci – par conséquent sans risquer de frapper, de blesser et vous retrouver devant un tribunal où vous aura traîné votre victime ?

Quelle que soit la difficulté de connaître les émotions, de connaître la colère en étant en colère, de connaître l’angoisse en étant angoissé, vous devez vous rendre compte qu’il n’y a pas d’autre issue. Alors... est-ce vraiment sans issue ? Tout dépend de votre certitude à cet égard et de votre attitude intérieure. Et vous pouvez sentir la valeur de ces trois termes, que j’ai bien souvent utilisés : expression, répression et contrôle. L’expression, le mot le dit bien, c’est ex – au dehors – pression : pousser au-dehors ce qui nous opprime ou nous oppresse. Réprimer, c’est l’enfouir à l’intérieur.

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres possibilités que l’expression ? Dans certains contextes, dans certaines conditions, il faut exprimer et une ascèse complète comprend toujours, parmi ses différentes parties, une possibilité de connaître les émotions en les laissant s’exprimer. Mais ce n’est pas la seule possibilité d’être ému, donc de connaître réellement l’émotion. Ce qui doit être éliminé, c’est le mensonge de la répression, la tentative de suppression car c’est une tentative vaine. Toute émotion – un bonheur momentané ou une souffrance – est toujours une forme prise par l’énergie fondamentale en vous, comme une grande vague qui se lève avant de retomber. Si vous pouvez être ému, tout en contrôlant, c’est-à-dire en ne manifestant pas ou peu – mais sans refuser – vous pourrez être consciemment ému et avoir une connaissance de l’émotion. Simplement, vous ne l’exprimerez pas au-dehors. La tragédie de l’émotion, c’est le refus ; c’est le denial – la négation ; c’est la tentative de répression. Et cette tentative est à peu près permanente ; c’est pour cela qu’il y a si peu de progrès sur le chemin. Les émotions pénibles ou douloureuses sont fondamentalement refusées ; par conséquent, vous n’êtes plus unifié dans l’émotion. Une dualité se crée ; je ne devrais pas être ému. L’émotion est elle-même le fruit d’un premier refus : ce fait ne devrait pas être ce qu’il est. Et l’émotion

pénible est à son tour refusée, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment ; tout votre être souffre de souffrir et crée un second conflit entre l’émotion et vous.

Dans le conflit, il n’y a aucune connaissance possible de l’émotion. (...) Si vous pouvez, quand vous êtes ému, être vraiment ému – c’est-à-dire accepter complètement la réalité de l’émotion, sans créer un second (je ne devrais pas être ému) –, vous pouvez être ému sans dualité et, dans la plupart des cas, vous pouvez en même temps contrôler. Seulement, aujourd’hui, vous confondez encore le contrôle et la répression. Ce que vous appelez contrôler, c’est réprimer. Vous réussissez à ne pas vous mettre en colère ou à sourire malgré vos malheurs, sur la base irrémédiablement mensongère d’une dualité : je ne devrais pas être ému ; je suis triste, mais je ne suis pas d’accord pour être triste. (...) 

Il n’y a pas que l’expression pleine et entière des émotions qui permet de s’en libérer (...) Si vous le voulez vraiment, vous pourrez être ému tout en contrôlant. Cela n’a rien à voir avec la répression. Je suis triste – un, sans un second ; je suis triste et il n’y a rien à rajouter à cette tristesse. Ici, maintenant, je suis triste. De cette façon seulement, vous pouvez avoir une connaissance réelle des émotions ; et seule cette connaissance conduit à la liberté. Vous n’avez pas la preuve que c’est vrai parce que vous ne l’avez pas tenté. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez vécu vos émotions sans en avoir la connaissance réelle puisque vous ne les avez pas vécues unifié et conscient, et que vous êtes entouré de gens qui les ont toujours vécues divisés, souffrant de souffrir et rajoutant dualité sur dualité. Je souffre, je souffre de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir de souffrir de souffrir... L’émotion n’est faite que de refus. Ou, au contraire, dans les émotions dites heureuses, je suis heureux ; je suis heureux d’être heureux, je suis heureux d’être heureux d’être heureux – vous en rajoutez également. Donc, réentendez cette phrase : « libération par la connaissance ». Et entendez-la dans son sens concret, réel : c’est la connaissance qui nous libère. Nous ne sommes pas libres et nous ne serons jamais libres de ce que nous ne connaissons pas."

Arnaud Desjardins, extraits de "Au Delà du Moi", pp. 86-90

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dimanche 29 mars 2026

Se détacher ?


Quand vous êtes attaché à quelque chose, c'est que vous en avez besoin. Quand vous n'en avez plus besoin, vous êtes naturellement détaché. Il ne s'agit pas de quelque chose que vous pouvez fabriquer. Vous êtes détaché d'un tas de choses auxquelles vous étiez attaché à une époque. Ce détachement s'est fait sans effort. 

Chercher à être détaché est une forme d'anticipation. Vous devez respecter vos attachements : ils sont là parce qu'ils sont nécessaires. Sinon vous rentrez dans une forme de violence. Vous voulez vous détacher de quelque chose, mais vous allez compenser par autre chose. C'est une forme de perte d'énergie.

Ce que vous appelez "le monde" est une représentation. Une projection de votre imaginaire affectif. Plus vous devenez intime avec votre fabrication, moins il y aura de dichotomie. Quand quelque chose ne vous est plus nécessaire, cela vous quitte. 

Quand un amour, une maladie ou une attraction ne vous est plus nécessaire, cela vous quitte. Mais vouloir quitter quelque chose est une forme d'ajournement. Quand vous avez 18 ans vous ne pouvez rien faire pour avoir 20 ans, cela se fait tout seul.

Donc, si vous vous dites : "Je voudrais me détacher mais je suis encore attaché"... c'est que ce n'est pas le moment. Vous voulez quitter cette femme, mais, euh... vous ne le voulez pas vraiment. Et bien ce n'est pas le moment. Un jour vous allez vous réveiller et vous regardez votre femme et c'est fini. Il reste l'affection mais c'est fini. À ce moment-là, vous allez découvrir une fonctionnalité.

~ Éric Baret

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Le vrai détachement vient quand les choses nous quittent d'elles-mêmes. Et elles nous quittent dès qu'on a vraiment compris qu'elles ne tiennent jamais leurs promesses. 

~ Jean Klein

(photo : Éric Baret)

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lundi 16 mars 2026

Sur la route spirituelle avec Véronique Desjardins

  Véronique Desjardins, son parcours, sa sadhana, et à son rôle spécifique dans la transmission de l'Adhyatma Yoga tel que véhiculé à Hauteville.



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jeudi 12 mars 2026

Infantilisme


Aucune chaîne n’est plus solide que le plus faible de ses anneaux, aucun homme n’est plus fort que sa plus grande faiblesse. Voilà la vérité.

Le commencement de la transformation en adulte, c’est le goût de la vérité, qui vient de vous-même, pas qui vous est imposé du dehors, le goût et l’amour de la vérité. Car l’enfant n’aime pas la vérité ; l’enfant aime bien mieux, vous le savez tous, des rêves, des imaginations. Je suis Zorro, je suis le chef des Indiens, je pilote des avions... Swâmiji m’avait donné l’exemple d’un enfant qui prenait le stéthoscope de son père médecin et se promenait en affirmant : « Je vais soigner les malades pour gagner de l’argent. » Les enfants ne cherchent pas la vérité ; ils aiment faire semblant, ils aiment prétendre. Et un adulte qui n’a pas le goût personnel de la vérité, de la vérité coûte que coûte et à n’importe quel prix, est encore un adulte infantile. Le commencement du passage de l’enfant à l’adulte s’accomplit quand cette nécessité devient plus forte que prétendre, plus forte que se rassurer, plus forte que faire semblant, plus forte qu’être aimé – plus forte que tout le reste je veux la vérité. C’est la promesse de l’adulte un jour.

Regardez-vous vous-même, avec une grande exigence et une grande lucidité parce que ce n’est pas tellement facile, j’en parle en connaissance de cause. Où suis-je totalement vrai ?

Où est-ce que je me mens à moi-même ? Où suis-je empêtré dans mes illusions ? Et vous découvrirez que la vérité a été tellement perdue de vue – la vraie vérité, pas celle qu’on arrive à faire croire aux autres parce qu’on est un peu plus habile – que vous ne la retrouvez plus.

Vous êtes, dans une certaine acception du mot, « aliénés », c’est-à-dire « étrangers à vous-mêmes ». Je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus ce que j’aime, ce que je veux ; je me suis perdu de vue.

Tout l’enseignement de Swâmiji peut être vu dans cette ligne, à condition de ne pas la prendre au sens figuré ou allégorique. Ce ne sont ni des paraboles, ni des figures de rhétorique. C’est tout à fait réaliste : l’enfant fait la loi en vous. On ne peut vraiment comprendre les adultes, les autres êtres humains autour de nous, qu’en termes d’infantilisme. Et en termes d’infantilisme, tout s’explique. Au fond nous le savons bien, nous nous en rendons compte plus ou moins. Mais ce dont j’avais besoin, moi, c’est que quelqu’un avec l’autorité de Swâmiji me le dise.

Je peux regarder n’importe lequel d’entre vous dans les yeux et lui demander : « Dans quel domaine n’êtes-vous encore qu’un enfant, que l’expression d’un enfant ? Auprès des femmes ? Dans la vie professionnelle ? Dans vos relations avec l’argent ? Dans votre peur du qu’en-dira-t-on ? Dans votre besoin d’être aimé ? Dans votre crainte d’être critiqué ? »

Cet infantilisme, cherchez-le bien ; cherchez-le même dans ce que vous considérez comme un de vos atouts majeurs dans la vie. Ce n’est pas parce qu’une vedette de cinéma ne peut faire le voyage de Rome à Hollywood sans son ours en peluche qu’elle est infantile.

C’est certainement une marque d’infantilisme mais ce n’est probablement pas la plus flagrante ni la plus tragique. Ne vous trompez pas. Ne vous dupez pas.

Arnaud Desjardins - A la Recherche du Soi - IV. Tu es Cela

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lundi 19 janvier 2026

Balayer la cour du temple


Traditionnellement, c’est ce qui arrivait lorsqu’on demandait à un maître de devenir son disciple.
Il fallait balayer la cour du temple. Jour après jour, parfois pendant trois ans.
Nourrie de ce romantisme spirituel, j’ai cru que j’étais prête à ce genre d’épreuve.
Prête à prendre le balai pendant trois ans.
Enfin faire ce qui devait être fait et traverser l’épreuve.
Au fond, une part de moi espérait qu’une fois l’épreuve traversée, je deviendrais enfin une véritable disciple.
Que je serais digne de recevoir l’Amour du Ciel, l’Amour du maître et les secrets capables de me sauver.
Que le sens de la vie et de la mort me serait enfin dévoilé et me libérerait de mes souffrances.
Si l’on transpose cet acte dans le monde d’aujourd’hui, balayer une cour pendant trois ans n’a plus vraiment de sens.
Pourtant, les épreuves existent bien.
Elles sont simplement d’une autre nature.
Et surtout, elles sont rarement celles que l’on imagine.
Aujourd’hui, on ne nous demande pas de répéter le même geste,
mais de désapprendre ce que l’on croyait avoir compris,
d’ouvrir les yeux sur nos mécanismes de défense et autres petits fonctionnements merdiques,
de traverser l’incertitude,
de rester engagés sans validation,
de persister sans garantie,
de faire confiance,
de continuer quand les repères s’effondrent,
de trouver le courage de changer ce que l’on dit vouloir changer,
de devenir nous-mêmes.
Les véritables épreuves ne sont plus visibles.
Elles touchent l’ego, le rapport au sens, à la patience, à la confiance.
Elles demandent une maturation intérieure.
Et en réalité, en avançant, on découvre qu’il n’y a pas d’épreuve unique.
Certaines sont sans doute plus intenses, mais d’autres passages ou crises se présenteront encore.
Le secret tant attendu n’a plus vraiment d’importance.
Ce qui cherchait à être sauvé change de forme, sans que l’on sache vraiment comment.
Et à force de persister, de douter, de tomber, puis de continuer malgré tout, le manque, peu à peu, se défait.
On ne demande plus de transmission cachée.
On n’attend plus de révélation.
On découvre que ce que l’on croyait être un secret n’était qu’un prétexte pour tenir, jusqu’à ce que l’on devienne capable de se tenir soi-même.
Le maître cesse d’être vu comme un sauveur.
La confiance s’ancre solidement.
Le véritable travail commence.

Mélissa Sureau

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