lundi 19 janvier 2026

Balayer la cour du temple


Traditionnellement, c’est ce qui arrivait lorsqu’on demandait à un maître de devenir son disciple.
Il fallait balayer la cour du temple. Jour après jour, parfois pendant trois ans.
Nourrie de ce romantisme spirituel, j’ai cru que j’étais prête à ce genre d’épreuve.
Prête à prendre le balai pendant trois ans.
Enfin faire ce qui devait être fait et traverser l’épreuve.
Au fond, une part de moi espérait qu’une fois l’épreuve traversée, je deviendrais enfin une véritable disciple.
Que je serais digne de recevoir l’Amour du Ciel, l’Amour du maître et les secrets capables de me sauver.
Que le sens de la vie et de la mort me serait enfin dévoilé et me libérerait de mes souffrances.
Si l’on transpose cet acte dans le monde d’aujourd’hui, balayer une cour pendant trois ans n’a plus vraiment de sens.
Pourtant, les épreuves existent bien.
Elles sont simplement d’une autre nature.
Et surtout, elles sont rarement celles que l’on imagine.
Aujourd’hui, on ne nous demande pas de répéter le même geste,
mais de désapprendre ce que l’on croyait avoir compris,
d’ouvrir les yeux sur nos mécanismes de défense et autres petits fonctionnements merdiques,
de traverser l’incertitude,
de rester engagés sans validation,
de persister sans garantie,
de faire confiance,
de continuer quand les repères s’effondrent,
de trouver le courage de changer ce que l’on dit vouloir changer,
de devenir nous-mêmes.
Les véritables épreuves ne sont plus visibles.
Elles touchent l’ego, le rapport au sens, à la patience, à la confiance.
Elles demandent une maturation intérieure.
Et en réalité, en avançant, on découvre qu’il n’y a pas d’épreuve unique.
Certaines sont sans doute plus intenses, mais d’autres passages ou crises se présenteront encore.
Le secret tant attendu n’a plus vraiment d’importance.
Ce qui cherchait à être sauvé change de forme, sans que l’on sache vraiment comment.
Et à force de persister, de douter, de tomber, puis de continuer malgré tout, le manque, peu à peu, se défait.
On ne demande plus de transmission cachée.
On n’attend plus de révélation.
On découvre que ce que l’on croyait être un secret n’était qu’un prétexte pour tenir, jusqu’à ce que l’on devienne capable de se tenir soi-même.
Le maître cesse d’être vu comme un sauveur.
La confiance s’ancre solidement.
Le véritable travail commence.

Mélissa Sureau

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