lundi 5 octobre 2026
lundi 21 septembre 2026
Répétitions et transmission
CE QUI SE RÉPÈTE DANS NOTRE VIE A-T-IL COMMENCÉ AVEC NOUS ?
Des mains qui soutiennent un être humain. Une personne qui porte une charge. Ces deux images se trouvent à l’origine de cheng fu, 承負, un concept taoïste qui éclaire la question de ce que nous héritons des générations précédentes.
Le premier caractère, cheng 承, représentait deux mains soulevant une personne agenouillée. Nous y retrouvons les composants 廾, les deux mains, et 卩, la personne ; une main supplémentaire, 手, est venue renforcer le geste dans une écriture plus tardive. Soutenir, prendre en charge, recevoir : le sens s’est étendu jusqu’à celui d’hériter.Dans fu 負, nous trouvons une personne, 人, dont la forme s’est transformée au sommet du caractère, et un coquillage, 貝. Ce coquillage servait autrefois de monnaie. Le caractère évoque le fait de porter une charge, puis d’assumer une responsabilité ou une dette.
Recevoir et porter. Le Taiping Jing, le Livre de la Grande Paix, développe à partir de ce terme une idée dérangeante : nous pouvons subir les conséquences d’actes que nous n’avons pas commis. Les désordres accumulés par une génération peuvent peser sur les suivantes. La mort de leurs auteurs ne remet pas les compteurs à zéro.
Dans cette conception taoïste, cela concerne les familles autant que la société. Nous arrivons dans un monde déjà façonné par d’autres. À une époque où l’on nous répète que chacun crée sa réalité, cette pensée rappelle qu’une partie de nos conditions d’existence nous précède.
Prenons une situation familiale. Notre grand-mère a dû se débrouiller seule parce qu’elle ne pouvait compter sur personne. Elle a élevé ses enfants avec cette règle : ne jamais dépendre des autres. Deux générations plus tard, nous refusons encore de l’aide, même lorsque quelqu’un de fiable nous la propose. Nous continuons à nous protéger d’une situation qui était la sienne.
Cet exemple donne une traduction quotidienne de la transmission. Le cheng fu va plus loin : dans la vision du texte, les actes humains engagent un ordre moral et cosmique dont les conséquences dépassent une existence individuelle. Ce que nous faisons compte aussi pour des êtres que nous ne connaîtrons jamais.
Nous pouvons passer beaucoup de temps à chercher ce que nos ancêtres nous ont laissé. Mais nous sommes déjà en train de laisser quelque chose aux suivants, jusque dans notre façon de traverser une dispute.
Dans une famille où personne ne revient jamais sur une parole blessante, nous pouvons commencer par là. Revenir le lendemain, même maladroitement : « Ce que j’ai dit hier était injuste. » Il faudra peut-être un effort considérable pour prononcer une phrase que nous n’avons jamais entendue de nos propres parents.
La prochaine fois qu’un « chez nous, ça a toujours été comme ça » nous viendra aux lèvres, regardons ce que cette habitude coûte à ceux qui vivent avec nous. Nous trouverons peut-être là quelque chose à réparer. Nos enfants auront peut-être moins de mal à demander pardon s’ils ne doivent pas, eux aussi, être les premiers de la famille à le faire.
Bonne réflexion et pratique.
Fabrice Jordan
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lundi 9 mars 2026
Hauteville sur la route spirituelle
A la rencontre de Hauteville : l'Adhyatma Yoga tel que transmis à Hauteville par Véronique Desjardins, Thierry Martin et Emmanuel Desjardins.
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lundi 1 septembre 2025
Rentrée et transmission
mardi 9 avril 2024
Gilles Farcet, Qu'est-ce que la transmission spirituelle? (1)
Pour écouter l'interview sur RCF, cliquer ici (19 min.)
Gilles Farcet est un écrivain français et enseignant spirituel promoteur d'une spiritualité à la fois inspirée de l'enseignement d'Arnaud Desjardins et de l'énergie de la contre-culture américaine, du Rock et de la Beat Generation. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur la Littérature américaine et Thoreau en 1984. De 1984 à 1986, il vit à Montréal où il travaille pour une organisation universitaire internationale et écrit régulièrement des articles de critique littéraire pour la revue Spirale.
De retour en France, il enseigne brièvement à l'université catholique de l'Ouest avant de s’installer à Paris. Producteur à France Culture, il y réalise des émissions sur des thèmes littéraires ou spirituels, notamment dans le cadre des «Chemins de la Connaissance » sous l’égide de Claude Mettra, ou « Une Vie, une Œuvre » sous la direction de Michel Cazenave. Journaliste, il collabore à diverses revues.
Avec Marc de Smedt, il dirige les dossiers Question de littérature, chez Albin Michel, pour lesquels il interviewe longuement des écrivains tels que Lawrence Durrell, Jacques Lacarrière, Allen Ginsberg, Philippe Sollers ou Kenneth White. Il participe à la fondation du magazine Nouvelles Clés auquel il collaborera régulièrement pendant des années.
Il tient aujourd'hui la chronique Ecologie intérieure pour le magazine Kaizen, dans la mouvance de Cyril Dion et Pierre Rabbhi. Éditeur, il fonde à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse » où il publie notamment Christian Charrière, Eric Edelmann et les premiers livres de Daniel Roumanoff sur Swami Prajnanpad. Il est également pour une période de transition directeur littéraire des Éditions Dervy où il publie notamment Bernard Montaud (La vie et la mort de Gitta Mallasz), Jodorowsky, Denise Desjardins…
Son premier livre, une biographie de l’écrivain et philosophe américain Thoreau paraît en 1986, avec une préface d’Arnaud Desjardins et une postface de Kenneth White. Ce livre sera suivi d’une quinzaine d’ouvrages, publiés chez Albin Michel, Dervy Livres, la Table Ronde, L’originel, le Relié. Il a cosigné deux ouvrages avec Arnaud Desjardins et deux avec Alexandro Jodorowsky. L’homme se lève à l’Ouest, paru en 1992 chez Albin Michel, fera notamment découvrir au public français l’existence de Lee Lozowick dont il traduira par ailleurs plusieurs ouvrages. L’Irrévérence de l’Éveil, publié la même année, révélera Stephen Jourdain.
Au début des années 1990, parallèlement à ses activités d'écrivain, journaliste et traducteur, il commence à s’investir dans l’animation de stages (notamment dans le cadre de Terre du Ciel, ainsi qu’en coanimation avec Marie de Hennezel) et fonde des groupes parisiens inspirés de l’enseignement d’Arnaud Desjardins, groupes qui fonctionnent encore aujourd’hui. En 1996, Arnaud Desjardins lui propose de rejoindre l’équipe de Hauteville, le lieu qu’il a fondé en Ardèche où séjournent chaque semaine pour une retraite une cinquantaine de personnes. Il y consacre l’essentiel de son temps pendant près de onze ans, tout en poursuivant l’animation de groupes parisiens, ainsi que son travail d’écrivain et de traducteur. En 2002 parait Le Manuel de l’Anti-Sagesse, puis en 2004, Allen Ginsberg, poète et Bodhisattva Beat, où l'auteur relate ses rencontres et entretiens avec le grand écrivain américain puis La joie qui avance chancelante le long de la rue en 2017, récit d'entretiens avec un Diogène sauvage passé de l'autre côté du désespoir, Hank alias Henry Warshowsky.
Ces deux livres serviront de base au superbe roman graphique spirituel d'Etienne Appert, Au crépuscule de la Beat Generation, paru en 2023. Deux En septembre 2007, il s'installe à nouveau à Paris où il donne un enseignement sous une forme originale dans la lignée d’Arnaud Desjardins et Swami Prajanpad tout en continuant à écrire. Il continue à intervenir à Hauteville. En 2011, parallèlement aux activités régulières organisées à Paris et à la suite d'une impulsion donnée par Arnaud Desjardins, il anime régulièrement avec son épouse Valérie des séminaires dans le beau village d'Angles sur l'Anglin dans la Vienne, où sa famille possède une maison depuis cinq générations. En 2015, il cesse de résider principalement à Paris pour s'établir en Poitou et y développer son école de transmission spirituelle tout en composant du Rock à vocation spirituelle dans des groupes comme Gestion des restes ou Survie, groupe qui interprète des chansons de Lee Lozowick, enseignant spirituel transgressif et subversif qui a marqué son parcours.
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jeudi 28 mars 2024
21 messages
21 messages à transmettre à chaque membre de la génération suivante :
1. – Tu es un être désiré. Tu es ici parce que l’Univers l’a décidé.
2. – Ressens que tu es libre d’être ce que tu es, ne laisse personne te mettre d’étiquette, ni t’imposer de scénario qui ne correspond pas à ton authenticité.
3 . – Chaque ancêtre de ton arbre est un cadeau à l’intérieur de toi qui doit être utilisé en ta faveur et en faveur de tout l’Univers.
4. – Apprend à ne pas demander d’amour, aime simplement.
5. – Crois aux petits miracles quotidiens et sois attentif aux coïncidences, car il y a en elles des messages cachés qui peuvent te guider sur le bon chemin.
6. – Chaque jour, fais un acte généreux envers un proche.
7. – S’il y a eu des traumatismes dans ton arbre généalogique, guéris-les en agissant.
8. – Laisse-toi guider par ton corps, il est sage. Il t’alertera dans les situations que tu dois éviter, en te faisant ressentir de la tension ou du malaise. Il te dira aussi quand tu seras aligné avec ce que tu es, en te faisant ressentir une relaxation et du bien-être.
9. – Ne contamine pas ton corps avec des toxines ou une mauvaise alimentation.
10. – Quand tu le pourras, sois indépendant. Travaille en utilisant ta créativité et deviens adulte.
11. – Écris un poème chaque jour.
12.- Cherche et provoque des situations qui te font rire.
13. – Aie tendance à partager, à collaborer et à être solidaire.
14. – Quand tu as des problèmes, tu peux les analyser, tu peux en parler, mais sois certain que tant que tu n’agis pas, la transformation ne se produit pas.
15. – Ressens de la GRATITUDE pour tous les cadeaux que l’Univers te fais.
16. – Rappelles-toi qu’en ce plan d’existence, rien ne périt, mais se transforme.
17. – Lis, étudie, connais… expérimente par toi-même.
18. – Ne t’attache pas au matériel. Ne consomme que ce dont tu as besoin.
19. – Ne t’attache pas non plus à quelque croyance que ce soit. Ton corps se renouvelle chaque jour, fais en sorte que tes idées aussi.
20. – Sème chaque jour les graines qui te viennent du dedans ou de l’extérieur. Ces graines peuvent être des mots, des caresses, de la beauté, des actions. De ces graines germent plus de sagesse, d’amour, d’art et de santé.
21. – Que le territoire qui est au-delà de ton corps, de ta maison, de ton quartier, de ta ville… de la planète et de l’Univers, fasse l’objet de tous tes soins.
Alejandro Jodorowsky
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samedi 2 septembre 2023
Du côté de l'instructeur par Gilles Farcet
Au lieu de quoi, il s’est d’abord littéralement épuisé les neuf premières années de son activité d’enseignant au Bost. Après la période intermédiaire de Font d’Isère, ashram plus grand mais de dimension encore restreinte, il prit sur lui à soixante dix ans de fonder un grand lieu pour y accueillir beaucoup plus de personnes, tout en pouvant, notamment par le recours à des collaborateurs élèves de longue date, dont j’ai fait partie, continuer à proposer une forme de « travail » suivi à celles et ceux qui le demandaient.
vendredi 15 octobre 2021
Partage d'un chemin
En tant qu’enseignants spirituels, nous nous trouvons bien souvent confrontés à nombre de projections. Il n’est pas simple de s’en extraire, mais il est indispensable d’essayer, et si possible, de réussir. Bien entendu, dans un monde idéal, ce devrait être un des critères principaux d’évaluation d’un enseignant spirituel. Oui mais voilà, nous ne sommes pas dans un rêve, ni dans un monde idéal. Nous devons donc nous confronter à l’épreuve du réel.
vendredi 19 février 2021
Transmission directe
L'opinion de mon professeur était que les textes taoïstes n'ont jamais été destinés à être la seule source d'apprentissage. Il disait plutôt qu'il s'agissait de livres de notions clés, d'aides à la mémoire pour aider un maître à exposer le Tao. Dans une culture où le professeur et la tradition orale sont primordiaux, cela semble juste. Cela renforce également le penchant traditionnel pour le secret - seul l'initié pouvait déchiffrer les paroles des sages.
vendredi 2 octobre 2020
Feu à transmettre...
vendredi 5 avril 2019
Le présent offert par Taisen Deshimaru...
De toute façon, quoi qu’il en soit, vous devez pratiquer la grande assise, ici et maintenant Si vous n’entretenez pas une pensée, celle-ci ne reviendra pas d’elle-même. Si vous vous abandonnez à l’expiration et laissez votre inspiration vous remplir en un harmonieux va-et-vient, il ne reste plus qu’un zafu20 sous le ciel vide ; le poids d’une flamme.
Complètement précipiter son corps et son esprit dans zazen, la grande assise, shikantaza, seulement s’asseoir, sans laisser dévier son esprit dans ses pensées personnelles.
Shikantaza, être assis, concentré ici et maintenant, sur sa posture et sa respiration, sans attente, dans le calme. La respiration va et vient harmonieusement et nos pensées perdent leur importance. Comme les nuages dans le ciel, elles passent si on ne les entretient pas.
La Lumière du Satori
De Evelyn de Smedt
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mercredi 27 février 2019
Richesse
"Ce ne sont pas des contenus qu’il faut transmettre. Les Dieux se rient de nos théories. C’est une manière intense d’être. Ce qui manque le plus à notre vie d’aujourd’hui, c’est cette intensité surgie de l’intérieur. C’est dans la rencontre de personnes vivantes qu’on en donne le goût. Chacun est dans une telle richesse! Mais il faut que cette richesse soit réveillée. La transmission, c’est cette attention portée à un autre qui fait qu’en lui surgit le meilleur de lui-même".
Christiane Singer
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mercredi 21 novembre 2018
« Lâcher prise pour créer »
Marie Leonetti, créatrice de bijoux
lundi 31 juillet 2017
Intensité d'être
mercredi 21 décembre 2016
Quand la science démontre la psychogénéalogie
Comment des traumas modifient l'épigénétique qui peut se transmettre sur au moins trois générations. Heureusement, le gène est vivant et ces séquences traumatiques peuvent être reprogrammées grâce à plusieurs instruments.
D'où le travail sur soi et la nécessité de transformation !
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lundi 28 septembre 2015
Survivre pour témoigner avec Pierre Rolinet
En arrivant devant la grande porte du camp de concentration de Natzweiler-Struthof, en Alsace, l'odeur du four crématoire qui crachait sa fumée de cadavres m'a pris à la gorge. Dans cette atmosphère lourde, j'ai vu des hommes qui marchaient. J'en ai reconnu certains, résistants comme moi, croisés à la prison de Besançon. Leur visage avait changé, leur corps semblait brisé, ils ne ressemblaient déjà plus à des hommes. Une question m'a assailli : comment transforme-t-on des êtres humains ainsi en si peu de temps ? À 93 ans, ce souvenir de ma déportation est toujours inscrit en moi.
J'étais jeune quand je me suis engagé dans la résistance. À 20 ans, en 1942, après avoir grandi dans une famille protestante d'Allenjoie, en Franche-Comté, j'ai découvert la résistance lors d'un camp d'été de l'Union chrétienne des jeunes gens (UCJG). C'est le pasteur qui nous en a parlé et cela a fait écho à ma vision de la foi : une espérance active. Je ne suis pas du genre à me mettre à genou dans le recueillement et à demander à Dieu de résoudre mes problèmes. La prière, à mes yeux, doit s'accompagner d'une mise en pratique, sinon elle est vide.
Dessinateur industriel à l'usine de Peugeot, j'étais bon pour le service du travail obligatoire (STO). Grâce au responsable de la résistance de Montbéliard, un pasteur lui aussi, j'ai changé de nom et suis devenu surveillant dans un établissement scolaire protestant à Glay, à 18 km de chez moi. Avec un professeur et quelques jeunes de l'internat, nous avons organisé un groupe. Mais la Wehrmacht nous a contrôlés alors que nous transportions des armes.
« La loi allemande est claire : vous serez fusillés. » Le verdict est tombé le 24 décembre 1943. Cette condamnation ne m'a pas surpris ni même attristé : j'ai accepté la possibilité de cette mort-là quand j'ai choisi de résister. En attendant le jour fatidique dans notre cellule, je sortais parfois ma petite Bible tolérée par la sentinelle, et nous fredonnions des cantiques avec mes camarades, persuadés de la fin de notre combat.
Je n'ai jamais pensé que c'était une autre sorte de « mort » qui m'attendait. Et pourtant... nous n'avons finalement pas fait face au fusil, ensemble, en chantant la Marseillaise, comme nous le pensions. Nous avons été envoyés en camp de concentration. « Vous rentrez par la porte, vous sortirez par la cheminée », ont dit les SS à notre arrivée. Deux N ont été peints en rouge sur les vêtements qu'on nous a donnés à l'entrée du camp de Natzweiler-Struthof : nous sommes devenus « Nacht und Nebel », destinés à mourir dans la « nuit et le brouillard ». Tout nous a été enlevé. Jusqu'à notre nom. Nous étions engloutis dans les 12 heures de travail par jour, sous les morsures de la faim : celle-ci brise les hommes. L'objectif des SS était de se débarrasser de nous.
C'est un effort énorme que de résister à cela : chaque geste doit être pensé pour éviter la réprimande. Le danger est partout, garder une santé psychologique est un combat constant. J'ai prié... jusqu'à ce que j'en oublie les mots. On vivait avec les morts : un matin, je me suis réveillé, et mon voisin était décédé. On mourait de faiblesse, d'avoir été battu... Puis, je suis tombé malade, atteint de la diphtérie à peine deux mois après être arrivé. Nous avons été 15 à entrer dans le Revier, une baraque où la plupart des malades agonisaient. Je suis un des rares à en être sorti vivant.
Je n'ai jamais cessé de croire en Dieu, je n'ai jamais perdu espoir. Et quand je me suis cru mort, c'est l'acte de solidarité de mes camarades qui m'a sauvé et m'a transformé à jamais. Car en sortant de ma maladie, avec 25 kg en moins, je ne tenais pas debout seul. Face à la déshumanisation du camp, nous avions quand même réussi à mettre en place un système d'entraide. Chaque prisonnier prélevait sur sa ration de pain une petite partie, de la taille d'un ongle, pour aider ceux qui traversaient une « mauvaise période ». Avant d'être malade, j'en avais récolté pour les autres. Mais recevoir cette solidarité, tenir dans mes mains trois fois ma ration normale de pain... peu de mots peuvent traduire ce sentiment. Si je suis encore sur terre, c'est parce que les copains se sont privés pour moi.
La force que cette période m'a donnée ne m'a plus quitté. Dans les camps, il n'y avait plus de classes sociales : nous avons vécu une fraternité qui dépasse toutes les frontières que l'on retrouve dans la société. Parfois, avec quelques protestants, nous nous cachions pour une petite prière, ultime défiance à l'interdiction de se regrouper.
Au Revier, j'ai été auprès d'un général mourant pendant une semaine. Il était catholique et ne connaissait pas le protestantisme ! Nous avons discuté des différences entre nos religions et de leurs points communs jusqu'à son dernier souffle. C'est à Dachau, en 1944, que j'ai ressenti ce lien indestructible entre des hommes qui vivaient l'expérience de la résistance jusque dans leur chair. Avec 18 autres personnes de mon baraquement, le jour de notre libération, en mai 1945, nous nous sommes promis de nous revoir. Chaque année, nous nous retrouvons chez l'un ou chez l'autre. J'ai fait le tour de la France comme ça !
Cette amitié a été d'autant plus importante que rentrer n'a pas été facile. Pendant 20 ans, je n'ai pas parlé de ma déportation. J'ai pu l'exprimer à Jacqueline - qui est devenue mon épouse en 1946 -, car elle savait que j'en avais besoin pour me « désintoxiquer » des camps, pour me libérer. Mais l'émotion m'assaillait quand les collègues de chez Peugeot, où j'ai fait toute ma carrière jusqu'à devenir cadre, me posaient des questions. Depuis que je suis à la retraite, je rencontre régulièrement des élèves dans les écoles. Dans les camps, on disait souvent qu'il fallait survivre pour raconter. J'essaie de transmettre aux enfants la foi que la déportation n'a pas brisée en moi.
Les étapes de sa vie
1922 Naissance à Allenjoie (Doubs).
Été 1942 S'engage dans la résistance avec l'Organisation civile et militaire (OCM).
Mars 1943 Devient Pierre Georges.
Novembre 1943 Arrêté et emprisonné à Montbéliard puis à Besançon.
24 décembre 1943 Condamné à mort.
13 avril 1944 Déporté à Natzweiler-Struthof, en Alsace.
Septembre 1944 Transféré à Dachau, en Allemagne.
27 mai 1945 Rentre à Allenjoie, chez ses parents.
3 août 1946 Épouse Jacqueline, avec qui il aura trois enfants.
Depuis 2007 Président de l'Amicale nationale de Natzweiler-Struthof.
2015 Élevé au grade de commandeur dans l'Ordre de la Légion d'honneur.
jeudi 26 juin 2014
Intensité d'être...
mercredi 5 février 2014
mardi 18 juin 2013
Swami Prajnanpad et Arnaud Desjardins
C’était un Indien — j’ose à peine dire un Hindou tant son enseignement (adhyatmayoga ou en anglais adhytmic tradition), même fondé sur les Upanishads, le Yoga Vashishta et d’autres écritures moins connues, transcendait les formes religieuses.
Par tradition familiale, il fut un grand sanscritiste, puis un professeur de sciences avant d’abandonner le monde pour devenir sannyasin et atteindre la perfection du guru. C’est lui qui m’a guidé année après année, sur le chemin de l’expérience vécue.
Arnaud Desjardins - Les Chemins de la Sagesse
Swâmi Prajnânpad, je l’ai dit souvent, avait fait des études correspondant au niveau universitaire de physique et de chimie et il employait cette comparaison : si, dans une solution, on augmente la quantité d’un sel jusqu’à ce qu’on atteigne la saturation, à ce moment-là se produit brusquement un phénomène qui a été lentement préparé et qui s’appelle la cristallisation, c’est-à dire la formation des cristaux. Cette loi naturelle se retrouve à tous les niveaux.
Les lois du monde physique sont aussi les lois du monde subtil : les matières subtiles peuvent s’accumuler à l’intérieur d’un être humain par la pratique de la vigilance et du non-conflit émotionnel (le oui à ce qui est) et, quand une certaine saturation est atteinte, elles cristallisent.
Nous sommes encore sur le plan du monde phénoménal, mais phénoménal subtil, et cet homme a donc un corps subtil autonome à l’intérieur du corps physique qui imprègne (to permeate) le corps physique mais qui est d’un niveau de réalité plus subtil. Il peut exister par lui-même au lieu d’être amorphe, informe, formé – déformé – reformé comme un kaléidoscope, suivant ce qui entre ou ce qui sort des énergies qu’on n’est pas capable de conserver faute de vigilance.
Arnaud Desjardins - A la Recherche du Soi - IV. Tu es Cela














