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jeudi 17 septembre 2026

Guerre et bruits de guerre


« Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d'être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. »  Matthieu 24:6
revient le temps
le temps
déjà venu déjà vécu
puis oublié
recouvert si vite
par les couches de cette poussière d’oubli
sécrétée par nos habitudes
ce quotidien que pas grand chose
ne parait pouvoir ébranler
au sein duquel nous ne voulons qu’être tranquille
et que nous meublons
de petits soucis
de rêves mous
d’enjeux tièdes
ponctués de récriminations sans lendemain
de doigts pointés ailleurs que vers notre poitrine
en laquelle palpite obstinément ce cœur fêlé
dont nous ne voulons rien savoir
de peur qu’il ne se brise
alors même que l’urgence
serait justement
qu’il éclate
revient le temps
ce temps
où il va s’agir de faire face
où il ne sera plus faisable
de détourner la tête du brasier
de se rendre sourd au vacarme des reptiles
qui rampent chez les voisins
et pourraient bien en venir à franchir
notre seuil préalablement entrouvert
par celles et ceux d’entre nous
qui ne savent ce qu’ils font
revient ce temps toujours lui
si identique en somme
à ses versions précédentes
car il faut que ces choses
périodiquement
arrivent
non pas une fois qui serait finale
mais à la façon de ces fléaux
à l’issue desquels l’on reconstruit
et dont cependant subsiste une vague mémoire
comme un rongeur à l’œuvre
dans la charpente de notre oubli
revient ce temps où l’individu
se fracasse contre le collectif
où les opinions affolées grillent
afin que subsistent seulement
les valeurs
les valeurs immémoriales
maintenues vivantes dans le sanctuaire
de chaque cœur qui consent
à se savoir brisé

Gilles Farcet

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dimanche 12 juillet 2026

Cheminement spirituel

 La tapisserie de Bayeux sera exposée au British Museum de Londres après un voyage dans un caisson spécialement conçu pour éviter les vibrations du transport.

Cette immense broderie du XIe siècle, 70 m de longueur sur 50 cm de hauteur, qui montre des centaines de personnages et d’animaux, est exceptionnelle de créativité, de mouvement, un chef-d’œuvre inestimable qui fait partie depuis 2017 de la mémoire du monde à l’Unesco.



Lutte sanglante

On ne connaît pas l’artiste qui conçut le carton, mais les historiens s’accordent sur une armée de brodeurs, peut-être des artisans du sud de l’Angleterre. Et d’armée, de bataille, il en est question puisque la tapisserie présente une série de scènes racontant une lutte sanglante pour le trône d’Angleterre après la mort du roi Édouard le Confesseur. Prévoyant sa fin proche, le roi envoie son beau-frère Harold signifier à Guillaume, duc de Normandie, qu’il devient son héritier.

Plusieurs scènes montrent le voyage de Harold, ses mésaventures avec le duc de Bretagne, qui le retient prisonnier, et sa libération par Guillaume, à qui il prête serment de vassalité sur des saintes reliques. Mais, à la mort du roi, Harold s’empare du trône anglais, provoquant la guerre avec le duc de Normandie. Les scènes deviennent guerrières, les cavaliers et soldats en armure incendient des villes, coupent des têtes et des membres. Les images sont terribles, sanglantes, réalistes jusqu’au dégoût. La bataille de Hastings de 1066 donne la victoire à Guillaume le Conquérant, qui deviendra roi d’Angleterre.

Que devons-nous retenir de cette broderie troublante par sa beauté alors qu’elle montre un massacre ? Que peut-elle nous apprendre que nous ne sachions déjà sur la capacité des hommes à se battre pour exercer le pouvoir sur les autres ? Peut-être que la tapisserie, dans notre monde secoué par les conflits, tombe à pic.


La guerre, une métaphore

Elle est plus qu’un document sur une bataille historique. Certes, son réalisme est une mine de renseignements sur la façon de faire la guerre – les cavaliers, les fantassins, les armures, les casques –, mais elle cache son jeu. Son commanditaire serait le demi-frère de Guillaume, un évêque nommé Odon, qui inaugure la cathédrale de Bayeux avec la tapisserie. Un lieu sacré expose et met en avant une vision guerrière ! En réalité, ce qui est montré est moins la défaite anglaise que celle d’un homme félon qui trahit son serment sur les reliques et reçoit en retour une punition divine. Les soldats ennemis ne sont jamais ridiculisés et la broderie laisse une large place à l’histoire anglaise qu’elle honore.

Une autre épopée guerrière, celle du Mahabharata en Inde, montre deux clans opposés malgré des liens familiaux. La guerre devient une métaphore de ce qui se passe dans chaque cœur humain et de ce conflit universel que nous devons affronter en faisant un chemin de connaissance de nous-mêmes. D’une épopée à l’autre, il y a peut-être le partage d’un même cheminement spirituel qui nous permet de regarder la tapisserie de Bayeux avec d’autres yeux.

Paule Amblard- Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne

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lundi 30 mars 2026

Forces désarmées

 Peut-on imaginer de très forts niveaux de puissance désarmés par la conscience et par l’amour ?

Quand notre niveau de puissance est coupé, séparé, de notre niveau de conscience, cela ne peut nous conduire qu’à la catastrophe.

Aujourd’hui, nous observons un niveau de puissance très élevé technologiquement, capable de réduire en cendres ceux que nous considérons comme nos ennemis ou nos adversaires.

Ce niveau de puissance ne correspond pas à un niveau de conscience où l’on découvre que tout est Un, interrelié, comme nous le rappelle la physique contemporaine et les êtres évolués de toutes grandes cultures d’Orient et d’Occident.

Pour ce niveau de conscience, la guerre est impossible. On ne peut pas utiliser l’intelligence humaine à créer des armes avec lesquelles elle ne peut et ne veut que se détruire elle-même, il y a trop à faire pour la sauvegarde et l’embellissement de la planète.

Le déploiement des niveaux de puissance que nous observons peuvent être utilisés et utilisables que par des niveaux de conscience faibles ou dualistes qui ne voient qu’oppositions et séparations entre les êtres, les choses, les sociétés et les nations.

Consciences qui voient les choses en surface où tout est multiple, jamais en profondeur où tout est Un.  

Il s’agit d’être conscient de l’un et de l’autre, ne pas opposer l’un et l’autre et ne pas oublier l’un ou l’autre : l’un en profondeur, le multiple en surface, c’est l’unique Réel.

Comment éveiller ce niveau de conscience, qui rendra non nuisible leur niveau de puissance, chez nos « dirigeants » ? Sans doute faut-il commencer par observer que ce qui dirige nos dirigeants peut nous diriger nous-mêmes.

Ce qui dirige et oriente notre vie, est-ce la volonté de puissance à laquelle nous soumettons notre volonté de conscience, ou est-ce la volonté de conscience qui peut éclairer nos différents niveaux de puissance ?

Si nous avons plus de plaisir à nous soumettre les autres et à nous soumettre aux autres plutôt qu’à nous accueillir et nous respecter, sans doute sommes-nous malades, en tout cas nous ne sommes pas heureux.

Faut-il rappeler la sagesse de Rabelais, « Science (puissance), sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Oser même aller au-delà : puissance, conscience, « sans amour » n’est que ruine de l’âme, perversion de l’humain véritable, oubli de l’Être, du Vivant, qui a besoin de bras désarmés pour se rencontrer et vivre.

L’histoire sur le temps long nous le rappelle : à la fin, ce sont « les forces désarmées » qui l’emportent. On appelle cela le printemps…

Jean-Yves Leloup, mars 2026

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mardi 14 octobre 2025

Le club des jeunes hommes riches

« Affligé de cette parole, cet homme s’en alla tout triste car il avait de grands biens »
Evangile selon Marc
Dieu merci
il n’a pas été dans mon destin
de faire la guerre
celle
sans cesse recommencée
de siècle en siècle
de contrée en contrée
de chef en chef
de peuple en peuple
matière des livres dits d’histoire
mécanique de mort
en mode éternel retour
Dieu merci
il a été dans mon destin
d’en faire une autre
bien moins connue
pas moins récurrente
mais touchant moins d’appelés
la guerre invisible
celle
dont les livres d’histoire ne disent mot
de siècle en siècle
de contrée en contrée
d’ami spirituel en ami spirituel
d’élève en élève
matière de récits obscurs
inintelligibles à la plupart
dynamique de la grâce
de cette guerre
entamée comme toutes les guerres
fleur au fusil
illusions en berne
rêves de gloire
et de hauts faits
de cette guerre
qui comme toutes les guerres
s’est avérée âpre
romantisme fracassé
sur la cruauté de la bataille
de cette autre guerre
pour mon plus grand bien
je suis sorti
sinon anéanti,
du moins proprement défait
bel uniforme en lambeaux
démarche hésitante
quelques séquelles
et souvenirs incommunicables
cependant neuf
reconnaissant
d’avoir été acculé à la reddition
au terme d’une résistance pied à pied
défense d’un ordre ancien
de toutes façons condamné
vieux soldat désormais
je savoure une paix balbutiante
ici et là traversée de résurgences
de combats
périmés
mais si tenaces
en leur volonté
de se perpétuer dans le vide
depuis ma retraite
mes médailles remisées
de mon œil amène
mais à qui on ne la fait pas
j’observe les recrues d’aujourd’hui
beaucoup se contentent
d’observer de loin la bataille
parfois fournissent ravitaillement
acclamations et harangues
d’aucuns se rapprochent
rôdent aux confins des combats
au risque de prendre une balle perdue
ou d’être assourdi par le grondement du canon
quelques uns
dont c’était le destin
n’ont pu faire autrement
que d’avancer en première ligne
je les vois charger
ici et là reculer
pour repartir à l’assaut
je reconnais sur leurs visages la foi
la peine
la rage
parfois l’effroi
à ceux là je dis
il n’est plus temps de reculer
même si dans cette guerre là
les apparences donnent à croire
qu’il serait facile
à tout moment de se retirer
ramasser son paquetage
regagner sans trop de dommages
son petit carré tranquille
d’aucuns le font
tels le jeune homme riche de l’Evangile
ils tournent les talons
à jamais tristes en profondeur
en surface soulagés
s’ils s’en vont
c’est qu’ils ont de trop grands biens
dont le plus précieux à leurs yeux
leur image
ce récit
qu’ils dévident à l’envi
rarissimes
ceux qui confessent
leur simple trouille
déserteurs, eux ?
tout au contraire se récrient ils
peaufinant leur narratif
eux combattants plus lucides
que les vieux officiers
dont il est entendu qu’ils se sont égarés
et de vivre désormais
peinards
autant que hantés
eux qui, oui, ont donné
observé tous les commandements
Si je déplore
qu’ils terminent ainsi mi cuits
je ne m’octroie pas licence de juger
chacun n’a t-il pas droit
à son camp retranché ?

Gilles Farcet

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samedi 10 mai 2025

Espace de paix


Par temps de guerre, il faut prendre en considération, l’épouvantable liberté du moineau, l’indifférence généreuse et parfumée de la rose…
Tant de vies et de sang perdus dans l’immensité heureuse du printemps,
Tous ces innocents écrasés par des chars,
Tous ces hommes enflammés par des drones…
Qui osera dire encore que la guerre est juste ?
Cela est juste absurde, contagieux comme le virus que seul le rien arrête.
Pourquoi obéissons-nous à des ordres qui nous tuent, qui détruisent tout ce qu’on peut détruire…
On ne lutte pas avec le ciel bleu !
Y a-t-il un seul obus qui ne nous retombe pas sur la tête ?
Seul l’espace en chacun de nous n’est pas atteint par la grande mitrailleuse,
là où respire l’épouvantable moineau,
la sérénité de la rose et l’invincible printemps.

Jean-Yves Leloup, Mai 2025



mardi 25 mars 2025

Guerre et bruits de guerre ?


Poème écrit il y a quelques années et semble-t-il toujours d'actualité, tout juste publié dans le recueil "Dernière Pluie"

soleil de printemps marche le long des champs conscient que
oui
réchauffement guerre
et bruits de guerre
galop insensé vers l’abîme
tel ce moine zen
dans le précipice
agrippé à une branche
en train de craquer
je cueille les baies sauvages et les trouve délicieuses

Gilles Farcet

--------------------un autre extrait :

il faut parfois demander pardon
au crépuscule
pour les chagrins causés
les peines infligées
dans l’insouciance des commencements la fébrilité des premiers pas
l’ivresse de la cueillette
il faut parfois demander pardon
dans la pénombre
pour ce que l’on ne savait pas pour ce que l’on ne voyait pas dans l’éblouissement du plein jour
tout étant consommé
il faut parfois demander pardon
pour ce sur quoi on ne peut plus rien hormis demander pardon
invoquer les visages, les noms mesurer sa misère
et simplement
demander pardon
et au final s’aviser que c’est à soi-même qu’il faut
demander pardon
car c’est l’intégrité
de soi-même
que l’on a blessée c’est sa dignité propre à qui l’on a manqué c’est son intime vérité que l’on a évitée
à travers cet autre
que je n’ai pas honoré c’est bien mon innocence qui a été bafouée
c’est bien ma personne que je n’ai pas su aimer
ma personne, la tienne
la vôtre
la leur
et
quand tout est vu la personne
dont la mienne la tienne
la vôtre
la leur
sont autant
d’uniques déclinaisons
la personne
hors laquelle
il n’est pas de pardon

Gilles Farcet

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Parait chez maelstrÖm reEvolution ce nouveau recueil qui rassemble bien des poèmes partagés ici même ces dernières années. Trouvable dans de bonnes librairies et commandable sur www.maelstromreevolution.org

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mardi 14 janvier 2025

La gnose ou la guerre

 


Entre les hommes, il n’existe que deux relations, la gnose ou la guerre. Par gnose,  j’entends l’amour intelligent ou l’intelligence de l’amour. Par guerre j’entends, mépris de l’intelligence, ignorance de soi et de l’autre.

On ne peut pas être intelligent de cette intelligence particulière qui intègre la sensibilité et l’affectivité qu’on appelle la gnose et se faire la guerre entre hommes, femmes, nations…

La gnose est la santé et l’accomplissement de l’esprit, comme l’amour et la générosité est la santé du cœur.

« Bonne année, bonne santé » dit-on, santé de l’esprit et du cœur, mais aussi du corps.

Il faut donner raison à la Vie qui veut vivre en nous.

Ces vœux de santé peuvent-ils mettre fin à la guerre ? Évidemment non, s’ils restent des vœux. Évidemment oui, si nous décidons immédiatement de les mettre en pratique.

La Vie ne veut pas avoir raison de l’autre, ni être contre lui, mais elle veut vivre avec lui (d’ailleurs, elle ne sait pas faire autrement). Personne n’ose dire qu’il aime la guerre et tout ce qu’elle réduit en souffrances et en poussières et pourtant, si peu ont la force, le courage et l’intelligence, non pas de s’y opposer (cela serait encore la nourrir) mais de proposer une autre façon de vivre, sans armes et sans larmes.

En 2025, il nous faudra de nouveau répondre à la question : « Vivre, pourquoi faire ? » Vivre intelligemment pour ne plus faire la guerre ?

Pourquoi je me lave les dents chaque matin ? Pour mordre ou pour sourire ? Pour nous détruire davantage (la guerre), ou pour mieux nous connaitre (la gnose) ?

Jean-Yves Leloup, Janvier 2025

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dimanche 18 février 2024

La « pulsion de mort », fatale ou pascale ?


Yeshoua envoie ses disciples annoncer l’Évangile de vérité (alétheia), vérité qui est Amour/Agapè, conscience du Réel infini, un et diversifié.

Cet Amour/Agapè n’est pas un acte de volonté mais de lucidité : la prise de conscience ou la reconnaissance que tout est interrelié, inter-indépendant et intriqué. Cela devrait rendre la guerre impensable avant d’être impossible : tuer un autre c’est se tuer soi-même.

Tout « service » « militaire » est une contradiction dans les termes, on ne sert pas avec des armes à la main.
Toute fabrication d’armes est déjà un crime, l’argent investi dans ce commerce mortifère suffirait largement à éradiquer les problèmes de la faim dans le monde, sans parler des urgences climatiques.

Tuer les hommes est sans doute plus facile que de les nourrir, plus lâche surtout.

« La guerre est l’état naturel de nos sociétés, la paix est un temps d’exception » disait avec beaucoup d’assurance le général, comme si la guerre qui est son métier et son choix était le choix et le métier de tous.

N’est-ce pas la paix qui est notre vraie nature, l’harmonie, l’union dans la différence ?
N’est-ce pas la guerre qui est plus qu’une exception, une perversion, réduction de l’autre au même, séparation, exclusion etc.?

C’est la « pulsion de mort » disait Freud, au-delà du principe de plaisir et de toute pulsion vitale ; ne faut-il pas distinguer une pulsion de mort « fatale » et une pulsion de mort « pascale » ? : le désir de mort et de destruction (de soi et de l’autre) c’est l’homme du ressentiment qui n'accepte pas sa faiblesse, veut tout dominer et cache dans son sein « les vanités qu’il ne saurait voir… ».

Le désir de vie, d’Amour/Agapè, c’est la pulsion de mort « pascale », qui ne craint pas la mort, qui aspire à l’effacement de son ego ou de son égocentrisme pour vivre une vie plus vaste, une intelligence plus éveillée, un amour plus universel : son « Je suis » véritable.

La lâcheté et la bêtise, n’est-ce pas de dire « oui » à la guerre et « non » à la paix ?
Le courage et l’intelligence, n’est-ce pas de dire « non » à la guerre et « oui » à la paix ?

Être assez fort pour ne pas répondre à la violence par la violence, libéré des engrenages du mépris, de la menace et de la terreur, n’est-ce pas là, un « devoir » d’humanité qui justifie « les droits de l’homme » ?

René Girard parlait de ces engrenages comme ceux d’un mimétisme primaire ; le Christ venant briser ces engrenages. Peut-on lire alors sa passion, son ensevelissement et sa résurrection comme expression d’une « pulsion de mort pascale », fin de l’ego, éveil au soi et à l’Être nouveau ?
 
Jean-Yves Leloup, février 2024

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dimanche 5 novembre 2023

La guerre quotidienne

Comme il est difficile d’admettre qu’Israéliens et Palestiniens ont la même souffrance anthropologique !

Les palestiniens souffrent d’enfermement à en mourir. Les Israéliens d’encerclement à en mourir.

Si nous examinons notre émotion face aux massacres des deux camps, nous nous apercevons qu’elle évoque notre propre peur de mourir. Ce qui permet la compassion.

Poussons le bouchon plus loin si nous admettons que ces deux peuples ont autant le droit de vivre et qu’ils s’entretuent pour survivre.

Dans les deux camps, ils ont oublié le sacré de la vie humaine. Et comble de la déraison, parfois et souvent, ils tuent au nom de Dieu.

Dieu n’est pas Dieu s’il n’est pas universel, s’il n’est pas amour.

Tuer est une profanation de Dieu, une ignorance de la nature divine de l’homme. Seulement la miséricorde pour leur lutte de survie permet de les comprendre (ce qui ne veut pas dire justifier).

 « TU NE TUERAS POINT »

Ce commandement universel est au futur. L’humanité n’est pas encore prête.

Cette proposition nous invite au présent à remplacer nos réactions de haine, par des pensées de miséricorde. Et même, dans le quotidien, être fâché contre quelqu’un, contre soi-même, réclame un acte de tendresse, un acte anti-guerre. Le futur commence maintenant.

 Christian Rœsch (revue Reflets)




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jeudi 3 mars 2022

Méprisant et méprisé

 


La guerre est aux portes de l’Europe impliquant un pays majeur.

La guerre est comme un barrage qui lâche. On ne sait pas jusqu’où cela peut aller.

Les chefs d’état occidentaux font ce qu’ils peuvent. Ils essaient d’éviter la confrontation directe avec la Russie. Et nous citoyens, que pouvons-nous faire ? Chacun se débrouille.

Cependant, je sais ce que je peux faire :

Essayer d’arrêter la guerre. Oh, pas celle en Ukraine. Je ne peux rien faire directement.

Arrêter MA guerre. Vilipender Poutine, penser, dire du mal augmente la violence en moi. Tôt ou tard, elle sortira. Elle justifiera des représailles belliqueuses. Et la guerre ne fera que croître.

Ce que je peux faire, quand je pense du mal et pas seulement de Poutine, c’est me tourner vers mes proches, leur dire un compliment, un mot d’amour, faire un petit acte de bienveillance, de paix familiale, de paix de voisinage.

Le but est de substituer à l’état de guerre, la NON-guerre active.

Active car pour qu’elle soit efficace, elle doit être incarnée dans les mots et les actes. Cesser le mépris que j’éprouve pour ce dictateur, qui nous renvoie son mépris pour les occidentaux dans une escalade mortifère.

Christian Rœsch

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lundi 28 février 2022

Conseils du Cœur : à ceux qui font la guerre.

 Sa Sainteté le Dalai Lama 


Dans toute société humaine apparaissent des êtres malfaisants qui causent un grand nombre de problèmes, et il est nécessaire de disposer de moyens efficaces pour les empêcher de nuire. Lorsqu’il ne reste aucun autre choix possible, il faut bien se résoudre à utiliser la force armée.

Pour moi, une armée ne doit pas servir à propager une doctrine ou à envahir un autre pays, mais simplement à mettre fin, en cas d’absolue nécessité, aux agissements de ceux qui détruisent le bien-être de l’humanité et sèment le chaos. Le seul objectif acceptable d’une guerre est le bonheur de tous, et non des intérêts particuliers.

La guerre n’est donc qu’un pis-aller. L’Histoire nous montre que la violence engendre la violence et résout rarement les problèmes. En revanche, elle crée d’insondables souffrances. On voit aussi que lorsqu’elle paraît sage et logique pour mettre fin à des conflits, on ne peut jamais savoir si au lieu d’éteindre un feu on n’est pas en train d’allumer un brasier.

Aujourd’hui, la guerre est devenue froide et inhumaine. Les armes modernes permettent de tuer des milliers d’êtres sans prendre de risque soi-même ni voir les souffrances qu’on a provoquées. Ceux qui donnent l’ordre de tuer se trouvent souvent à des milliers de kilomètres du champ de bataille. Et les innocents, les femmes et les enfants qui ne demandent qu’à vivre sont ceux qui meurent ou sont mutilés. On se prend presque à regretter les guerres d’autrefois, où le seigneur marchait à la tête de ses troupes ; sa mort signifiait en général la fin des hostilités. Il faudrait au moins redonner à la guerre une dimension humaine.

À partir du moment où ils ont des armes, les hommes sont enclins à s’en servir. Mon point de vue est qu’il ne devrait plus y avoir d’armée nationale. Le monde devrait être démilitarisé, à l’exception d’une force multinationale qui interviendrait uniquement lorsque certains menaceraient la paix dans une région du monde.

Tout le monde parle de la paix, mais on ne peut réaliser la paix à l’extérieur si l’on héberge en soi la colère ou la haine. On ne peut pas non plus concilier le désir de la paix et la course aux armements. L’arme nucléaire est considérée comme un moyen de dissuasion, mais cela ne me semble pas une méthode sage ni efficace à long terme.


Un certain nombre de pays consacrent des sommes colossales au développement de ces armes. Tant d’argent, d’énergie, de talent sont gaspillés alors que les risques de dérapage ne peuvent qu’engendrer de plus en plus de peur.

Mettre fin aux guerres est l’affaire de tous. On peut certes trouver le nom de gens qui sont à l’origine des conflits, mais on ne peut pas prétendre qu’ils ont surgi de nulle part ou ont agi seuls. Ce sont des membres de la société dont chacun de nous fait partie et dont chacun porte une part de responsabilité. Si nous voulons créer la paix dans le monde, créons-la d’abord en chacun de nous.

La paix dans le monde ne peut passer que par la paix de l’esprit, et la paix de l’esprit par la prise de conscience que tous les êtres humains sont comme les membres d’une même famille, malgré la diversité des croyances, des idéologies, des systèmes politiques et économiques. Ces derniers ne sont que des détails, au regard de ce qui nous rapproche. Le plus important est que nous sommes tous des êtres humains habitant une même petite planète. Ne serait-ce que pour survivre, nous avons besoin de coopérer les uns avec les autres, à l’échelle des individus comme à celle des États.

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vendredi 3 avril 2020

Coronavirus : les jours barbares


Par René Frégni
Publié le 19/03/2020 à 21:00

Marianne lance une série littéraire intitulée "La vie et le virus à travers ma fenêtre", ou les battements du cœur d'un écrivain dans la tempête. Le corps est confiné mais les mots et l'esprit vivent.

J’ai passé ma journée à refendre des bûches, sous les quatre grands chênes devant la maison. Ma petite chatte était assise à côté, ses yeux bleus et ronds suivaient chacun de mes gestes. Quand mes épaules étaient plus dures que le bois, je m’appuyais sur la hache et nous échangions quelques mots. 

LA LUMIÈRE N’AVAIT JAMAIS ÉTÉ AUSSI BELLE
Autour de nous la lumière n’avait jamais été aussi belle. Les prés sont déjà d’un beau vert très gras, piqués de géraniums sauvages et de minuscules myosotis. Plus bas, vers le village, les flaques blanches des pâquerettes éclairent le chemin, les épervières allument mille soleils sur les talus. Les collines ont encore leur fourrure de renard.

Il y a trente-six ans je travaillais dans un hôpital psychiatrique de Marseille, mon corps se couvrait d’eczéma, mes mains, mes bras, mon dos… Un matin je ne suis pas retourné à l’hôpital, je suis parti vers les collines. J’ai posé mon sac dans un minuscule cabanon abandonné.

J’ai ouvert un cahier et je me suis mis à écrire, sous une tonnelle bourdonnante d’abeilles, dans une odeur de miel et de genêts. Je n’avais pas un sou. Huit jours plus tard mes mains étaient propres, mes bras aussi. L’eczéma avait disparu. J’avais récupéré mon corps, ma tête, mon temps. J’étais pauvre et libre. Ma vie enfin m’appartenait. Il y a trente-six ans que j’écris chaque jour, que je marche et que je fends du bois. Il y a trente-six ans que j’évite mes semblables.


NOUS ÉCRASONS TOUT CE QUI EST VIVANT
Si je n’avais pas deux filles, une femme dont je rêve et trois vrais amis, je penserais que l’homme doit disparaître le plus vite possible de la surface de cette terre. Il a fait tellement de mal…

En quarante ans, nous avons massacré soixante pour cent des vertébrés et nous ne sommes qu’au début de la sixième extinction de masse, la première attribuée à l’homme, l’anthropocène disent certains… Nous avons massacré les baleines, les aigles et les faucons pèlerins, le cheval sauvage de Mongolie, le daim de Mésopotamie, nous avons traqué en jeep l’onyx, aux confins du désert, exterminer les derniers rhinocéros de Java, l’ibis du Japon, la grue blanche américaine, les petits paresseux sont au bord de l’extinction. Nous écrasons tout ce qui est vivant, pour notre jouissance ou pour entasser dans des caves blindées des pyramides de billets de banque.

Partout la main de l’homme, l’œuvre de l’homme. Les vrais rapaces, c’est nous ! Nous avons appelé ces massacres la civilisation. Nous succomberons, broyés par cette civilisation. 


LE VIRUS DE NOTRE TOUTE PUISSANCE
Coronavirus… Serait-ce le début de la fin ? Nous avons dominé la rage, la poliomyélite, la fièvre jaune, dominerons-nous cette fièvre de l’argent, de la possession, du profit, cette maladie contagieuse du pouvoir, cette certitude que nous sommes plus intelligents que tout ce qui est vivant autour de nous, les forêts, les rivières, les océans, l’air et tous les animaux qui sautent, rampent, volent.

Je suis agnostique, je n’ai jamais mis les pieds dans une église sauf quand elle était très belle, qu’il faisait très chaud. Je ne crois pas au châtiment divin, à la punition dernière, à l’expiation. Je crois à une réaction cosmique, une saine réaction. Une réaction non préméditée, ni religieuse, ni vengeresse, le début du soulèvement de tout ce qui est vivant, face à notre impérialisme cynique et aveugle. 


CHACUN DE NOUS EST L’ÉGAL D’UN FIGUIER 

Le virus de notre toute puissance a fait mille fois plus de dégâts, de souffrances, de morts que ce pauvre coronavirus. Nous sommes, sur cette terre merveilleuse, l’espèce la plus criminelle, la plus prédatrice, la plus dangereuse. La vie lentement s’écarte de nous, se méfie de nous, sécrète ses anticorps dans les profondeurs des racines et les molécules de l’eau, de l’air.

Le mot virus vient de venin, poison. Nous sommes le venin et le poison, nous sommes la contagion. Nous nous sommes pris pour les dieux de cette planète. Tout ce qui tentait de vivre nous l’avons méprisé, mis en esclavage. Chacun de nous est l’égal d’un figuier, d’un caillou, d’un ruisseau, d’un ver de terre. Nous avons besoin du ver de terre, il n’a pas besoin de nous. C’est un infatigable laboureur qui travaille jour et nuit pour qu’explose la vie, comme les abeilles, les hérissons, les oiseaux et les nuages.


LE VIRUS REDOUTABLE DE LA VERTU 

Le coronavirus est peut-être notre dernière chance. « Il lui avait inoculé le virus redoutable de la vertu. » écrit Victor Hugo. Puisse ce virus nous contraindre à cette vertu. Nous avons quelques mois pour ouvrir les yeux, pour nous rendre compte que dans les banques il n’y a rien, que les vraies richesses sont autour de nous, ces géraniums sauvages, ces bourgeons qui éclatent partout, cette lumière unique qui n’existe nulle part ailleurs. Le paradis est partout. Nous y sommes.


La seule intelligence, c’est la vie. Tout ce qui pousse vers la mort est bête, les guerres, la frénésie de l’argent, notre consommation effrénée, la lumière morte de nos écrans, les bonheurs virtuels, l’ère du plaisir instantané. Ce n’est pas le virus qu’il faut combattre désormais mais notre rapacité, notre démence qui nous ont éloignés des rivières car nous leur préférions les fleuves d’argent.

MONTER DANS UN TRAIN QUI N’EXISTE PAS
Notre vie nous appartient, notre corps nous appartient, notre temps si précieux nous appartient. Chaque jour depuis trente-six ans j’écris le mot gare et je monte dans un train qui n’existe pas. L’imagination ne consomme aucune goutte de kérosène et m’emmène tellement plus loin. J’ai passé ma vie à lire, écrire, marcher, rêver, fendre du bois et caresser la tête d’un chat.

Je vis de presque rien et rien ne me manque. J’ouvre les volets le matin, tout est sous mes yeux, l’herbe pailletée de rosée, la brume rose et verte à l’est, les amandiers couverts d’une neige de fleurs qui éclairent les collines. Ma journée sera semblable à celle d’hier, celle de demain. J’aimerais que cela dure encore mille ans, je ne m’ennuie jamais, je n’ai besoin que de douceur et de beauté.


LE PARADIS ET LA MORT SONT PARTOUT
Je sais pourtant que la mort rôde dans les rues de chaque ville, pousse des portes, escalade à pas de loup des escaliers, se glisse sans bruit dans les maisons des hommes. Quand je pousse mes volets, je ne vois que le printemps, insouciant, jeune à nouveau, lumineux, si heureux de vivre, ivre de sa beauté. Chaque chose est à sa place, la nature est sereine, modeste, équilibrée. Nous nous sommes octroyé une place démesurée et le droit de tout détruire, de tout saccager.

Nous n’avons que quelques mois pour regarder le printemps, écouter le printemps, marcher dans le printemps. Nous n’avons que quelques mois pour entrer dans l’été et vivre comme les oiseaux, les feuilles, les nuages et les vers de terre. 


LA BEAUTÉ CONTRE LA GUERRE
Nous ne sommes pas en guerre. Nous devons tuer la guerre. Nous devons nous ranger du côté du printemps, de la beauté, sinon nous serons balayés et la terre se refermera sur nous, nous oubliera pour ne se concentrer que sur la vie et les saisons qui passent. Nous n’aurons été pour elle qu’un simple virus parmi des millions d’autres, dans ces milliards d’années.

Il y a trente-six ans, j’ai fait un choix. Je vais descendre fendre mes bûches, caresser la tête de mon chat et j’irai marcher un peu dans la colline, au moins, si je pars demain, j’aurai profité du printemps.


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lundi 14 janvier 2019

vendredi 1 avril 2016

Hommage à Imre Kertész

L'écrivain hongrois Imre Kertesz est décédé le 31 mars 2016 à l'âge de 86 ans. 

  "Celui qui survit n'est pas le coupable, mais il représente l'erreur, le grain de sable, car toute la machinerie nazie, ce que Raul Hilberg nomme la « destruction des juifs d'Europe », est conçue pour fabriquer un phénomène de masse : la mort en masse. Le survivant, c'est la panne imprévisible du fonctionnement ! Quand on m'a retrouvé à moitié mort dans une flaque d'eau gelée sur le béton de Buchenwald, je ne peux toujours pas considérer comme rationnel le fait d'avoir été sauvé. Pourquoi moi ? Pourquoi pas un autre ? C'est cela, être sans destin. Si vous voulez vraiment apprendre quelque chose d'Auschwitz, interrogez donc les morts ! Eux seuls savent. Nous autres survivants, nous n'avons participé que d'une manière infime à l'extermination, même si nous en avons payé le prix fort moralement. Dans la dynamique de l'extermination, le bourreau et sa victime vont la main dans la main. Ils ont le même but, la mort." 
(interview : Le Point)

Je l'avais déjà entendu dire, et je pouvais désormais en témoigner : en vérité, les murs étroits des prisons ne peuvent pas tracer de limite aux ailes de notre imagination.
Le fait est que, même en captivité, notre imagination reste libre.
Etre sans destin

« Parfois, comme une martre pelée qui aurait survécu à la grande extermination, je traverse encore la ville. A certains bruits, certaines images, je dresse l’oreille comme si mes sens engourdis et encroûtés étaient agressés par l’odeur des bribes de souvenirs. A côté de certaines maisons, à certains coins de rue, je m’arrête, terrifié, les narines dilatées, je scrute les alentours d’un œil effrayé, je veux m’enfuir mais quelque chose me retient. Sous mes pieds bouillonnent les égouts, comme si le torrent sale de mes souvenirs voulait sortir de son lit pour m’engloutir. Qu’il en soit ainsi ; je suis prêt. Dans un dernier grand résumé j’ai montré ma vie faillible, opiniâtre – je l’ai montrée pour ensuite, portant le baluchon de cette vie dans mes deux mains tendues, m’en aller et, comme dans l’eau noire et tempétueuse d’un torrent,

sombrer,
mon Dieu !
faites que je sombre
pour l’éternité,
Amen. »
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas

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vendredi 29 janvier 2016

Christophe André : « C’est l’après-guerre qui prépare la paix véritable »



« Quand on a échappé à la souffrance ou traversé des épreuves, on peut se préparer à affronter les souffrances ou les épreuves suivantes (il y en a toujours dans nos vies) : on reste en guerre. Ou bien on peut prendre le temps de savourer l’apaisement et de jeter sur nos existences un regard différent, de construire avec elle un rapport différent : c’est l’après-guerre, qui prépare la paix véritable. Ni amnésie ni insouciance ; juste la conscience que l’adversité nous a appris à mieux savourer la non-adversité. »


extrait de "Trois amis en quête de sagesse".