jeudi 17 septembre 2026
Guerre et bruits de guerre
dimanche 12 juillet 2026
Cheminement spirituel
La tapisserie de Bayeux sera exposée au British Museum de Londres après un voyage dans un caisson spécialement conçu pour éviter les vibrations du transport.
Cette immense broderie du XIe siècle, 70 m de longueur sur 50 cm de hauteur, qui montre des centaines de personnages et d’animaux, est exceptionnelle de créativité, de mouvement, un chef-d’œuvre inestimable qui fait partie depuis 2017 de la mémoire du monde à l’Unesco.
Lutte sanglante
On ne connaît pas l’artiste qui conçut le carton, mais les historiens s’accordent sur une armée de brodeurs, peut-être des artisans du sud de l’Angleterre. Et d’armée, de bataille, il en est question puisque la tapisserie présente une série de scènes racontant une lutte sanglante pour le trône d’Angleterre après la mort du roi Édouard le Confesseur. Prévoyant sa fin proche, le roi envoie son beau-frère Harold signifier à Guillaume, duc de Normandie, qu’il devient son héritier.
Plusieurs scènes montrent le voyage de Harold, ses mésaventures avec le duc de Bretagne, qui le retient prisonnier, et sa libération par Guillaume, à qui il prête serment de vassalité sur des saintes reliques. Mais, à la mort du roi, Harold s’empare du trône anglais, provoquant la guerre avec le duc de Normandie. Les scènes deviennent guerrières, les cavaliers et soldats en armure incendient des villes, coupent des têtes et des membres. Les images sont terribles, sanglantes, réalistes jusqu’au dégoût. La bataille de Hastings de 1066 donne la victoire à Guillaume le Conquérant, qui deviendra roi d’Angleterre.
Que devons-nous retenir de cette broderie troublante par sa beauté alors qu’elle montre un massacre ? Que peut-elle nous apprendre que nous ne sachions déjà sur la capacité des hommes à se battre pour exercer le pouvoir sur les autres ? Peut-être que la tapisserie, dans notre monde secoué par les conflits, tombe à pic.
La guerre, une métaphore
Elle est plus qu’un document sur une bataille historique. Certes, son réalisme est une mine de renseignements sur la façon de faire la guerre – les cavaliers, les fantassins, les armures, les casques –, mais elle cache son jeu. Son commanditaire serait le demi-frère de Guillaume, un évêque nommé Odon, qui inaugure la cathédrale de Bayeux avec la tapisserie. Un lieu sacré expose et met en avant une vision guerrière ! En réalité, ce qui est montré est moins la défaite anglaise que celle d’un homme félon qui trahit son serment sur les reliques et reçoit en retour une punition divine. Les soldats ennemis ne sont jamais ridiculisés et la broderie laisse une large place à l’histoire anglaise qu’elle honore.
Une autre épopée guerrière, celle du Mahabharata en Inde, montre deux clans opposés malgré des liens familiaux. La guerre devient une métaphore de ce qui se passe dans chaque cœur humain et de ce conflit universel que nous devons affronter en faisant un chemin de connaissance de nous-mêmes. D’une épopée à l’autre, il y a peut-être le partage d’un même cheminement spirituel qui nous permet de regarder la tapisserie de Bayeux avec d’autres yeux.
Paule Amblard- Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne
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lundi 30 mars 2026
Forces désarmées
Peut-on imaginer de très forts niveaux de puissance désarmés par la conscience et par l’amour ?
Quand notre niveau de puissance est coupé, séparé, de notre niveau de conscience, cela ne peut nous conduire qu’à la catastrophe.
Aujourd’hui, nous observons un niveau de puissance très élevé technologiquement, capable de réduire en cendres ceux que nous considérons comme nos ennemis ou nos adversaires.
Ce niveau de puissance ne correspond pas à un niveau de conscience où l’on découvre que tout est Un, interrelié, comme nous le rappelle la physique contemporaine et les êtres évolués de toutes grandes cultures d’Orient et d’Occident.
Pour ce niveau de conscience, la guerre est impossible. On ne peut pas utiliser l’intelligence humaine à créer des armes avec lesquelles elle ne peut et ne veut que se détruire elle-même, il y a trop à faire pour la sauvegarde et l’embellissement de la planète.
Le déploiement des niveaux de puissance que nous observons peuvent être utilisés et utilisables que par des niveaux de conscience faibles ou dualistes qui ne voient qu’oppositions et séparations entre les êtres, les choses, les sociétés et les nations.
Consciences qui voient les choses en surface où tout est multiple, jamais en profondeur où tout est Un.
Il s’agit d’être conscient de l’un et de l’autre, ne pas opposer l’un et l’autre et ne pas oublier l’un ou l’autre : l’un en profondeur, le multiple en surface, c’est l’unique Réel.
Comment éveiller ce niveau de conscience, qui rendra non nuisible leur niveau de puissance, chez nos « dirigeants » ? Sans doute faut-il commencer par observer que ce qui dirige nos dirigeants peut nous diriger nous-mêmes.
Ce qui dirige et oriente notre vie, est-ce la volonté de puissance à laquelle nous soumettons notre volonté de conscience, ou est-ce la volonté de conscience qui peut éclairer nos différents niveaux de puissance ?
Si nous avons plus de plaisir à nous soumettre les autres et à nous soumettre aux autres plutôt qu’à nous accueillir et nous respecter, sans doute sommes-nous malades, en tout cas nous ne sommes pas heureux.
Faut-il rappeler la sagesse de Rabelais, « Science (puissance), sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Oser même aller au-delà : puissance, conscience, « sans amour » n’est que ruine de l’âme, perversion de l’humain véritable, oubli de l’Être, du Vivant, qui a besoin de bras désarmés pour se rencontrer et vivre.
L’histoire sur le temps long nous le rappelle : à la fin, ce sont « les forces désarmées » qui l’emportent. On appelle cela le printemps…
Jean-Yves Leloup, mars 2026
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mardi 14 octobre 2025
Le club des jeunes hommes riches
samedi 10 mai 2025
Espace de paix
Par temps de guerre, il faut prendre en considération, l’épouvantable liberté du moineau, l’indifférence généreuse et parfumée de la rose…
Tant de vies et de sang perdus dans l’immensité heureuse du printemps,
Tous ces innocents écrasés par des chars,
Tous ces hommes enflammés par des drones…
Qui osera dire encore que la guerre est juste ?
Cela est juste absurde, contagieux comme le virus que seul le rien arrête.
Pourquoi obéissons-nous à des ordres qui nous tuent, qui détruisent tout ce qu’on peut détruire…
On ne lutte pas avec le ciel bleu !
Y a-t-il un seul obus qui ne nous retombe pas sur la tête ?
Seul l’espace en chacun de nous n’est pas atteint par la grande mitrailleuse,
là où respire l’épouvantable moineau,
la sérénité de la rose et l’invincible printemps.
Jean-Yves Leloup, Mai 2025
mardi 25 mars 2025
Guerre et bruits de guerre ?
mardi 14 janvier 2025
La gnose ou la guerre
Entre les hommes, il n’existe que deux relations, la gnose ou la guerre. Par gnose, j’entends l’amour intelligent ou l’intelligence de l’amour. Par guerre j’entends, mépris de l’intelligence, ignorance de soi et de l’autre.
On ne peut pas être intelligent de cette intelligence particulière qui intègre la sensibilité et l’affectivité qu’on appelle la gnose et se faire la guerre entre hommes, femmes, nations…
La gnose est la santé et l’accomplissement de l’esprit, comme l’amour et la générosité est la santé du cœur.
« Bonne année, bonne santé » dit-on, santé de l’esprit et du cœur, mais aussi du corps.
Il faut donner raison à la Vie qui veut vivre en nous.
Ces vœux de santé peuvent-ils mettre fin à la guerre ? Évidemment non, s’ils restent des vœux. Évidemment oui, si nous décidons immédiatement de les mettre en pratique.
La Vie ne veut pas avoir raison de l’autre, ni être contre lui, mais elle veut vivre avec lui (d’ailleurs, elle ne sait pas faire autrement). Personne n’ose dire qu’il aime la guerre et tout ce qu’elle réduit en souffrances et en poussières et pourtant, si peu ont la force, le courage et l’intelligence, non pas de s’y opposer (cela serait encore la nourrir) mais de proposer une autre façon de vivre, sans armes et sans larmes.
En 2025, il nous faudra de nouveau répondre à la question : « Vivre, pourquoi faire ? » Vivre intelligemment pour ne plus faire la guerre ?
Pourquoi je me lave les dents chaque matin ? Pour mordre ou pour sourire ? Pour nous détruire davantage (la guerre), ou pour mieux nous connaitre (la gnose) ?
Jean-Yves Leloup, Janvier 2025
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dimanche 18 février 2024
La « pulsion de mort », fatale ou pascale ?
Yeshoua envoie ses disciples annoncer l’Évangile de vérité (alétheia), vérité qui est Amour/Agapè, conscience du Réel infini, un et diversifié.
dimanche 5 novembre 2023
La guerre quotidienne
Les palestiniens souffrent d’enfermement à en mourir. Les Israéliens d’encerclement à en mourir.
Si nous examinons notre émotion face aux massacres des deux camps, nous nous apercevons qu’elle évoque notre propre peur de mourir. Ce qui permet la compassion.
Poussons le bouchon plus loin si nous admettons que ces deux peuples ont autant le droit de vivre et qu’ils s’entretuent pour survivre.
Dans les deux camps, ils ont oublié le sacré de la vie humaine. Et comble de la déraison, parfois et souvent, ils tuent au nom de Dieu.
Dieu n’est pas Dieu s’il n’est pas universel, s’il n’est pas amour.
Tuer est une profanation de Dieu, une ignorance de la nature divine de l’homme. Seulement la miséricorde pour leur lutte de survie permet de les comprendre (ce qui ne veut pas dire justifier).
« TU NE TUERAS POINT »
Ce commandement universel est au futur. L’humanité n’est pas encore prête.
Cette proposition nous invite au présent à remplacer nos réactions de haine, par des pensées de miséricorde. Et même, dans le quotidien, être fâché contre quelqu’un, contre soi-même, réclame un acte de tendresse, un acte anti-guerre. Le futur commence maintenant.
Christian Rœsch (revue Reflets)
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jeudi 3 mars 2022
Méprisant et méprisé
La guerre est aux portes de l’Europe impliquant un pays majeur.
La guerre est comme un barrage qui lâche. On ne sait pas jusqu’où cela peut aller.
Les chefs d’état occidentaux font ce qu’ils peuvent. Ils essaient d’éviter la confrontation directe avec la Russie. Et nous citoyens, que pouvons-nous faire ? Chacun se débrouille.
Cependant, je sais ce que je peux faire :
Essayer d’arrêter la guerre. Oh, pas celle en Ukraine. Je ne peux rien faire directement.
Arrêter MA guerre. Vilipender Poutine, penser, dire du mal augmente la violence en moi. Tôt ou tard, elle sortira. Elle justifiera des représailles belliqueuses. Et la guerre ne fera que croître.
Ce que je peux faire, quand je pense du mal et pas seulement de Poutine, c’est me tourner vers mes proches, leur dire un compliment, un mot d’amour, faire un petit acte de bienveillance, de paix familiale, de paix de voisinage.
Le but est de substituer à l’état de guerre, la NON-guerre active.
Active car pour qu’elle soit efficace, elle doit être incarnée dans les mots et les actes. Cesser le mépris que j’éprouve pour ce dictateur, qui nous renvoie son mépris pour les occidentaux dans une escalade mortifère.
Christian Rœsch
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lundi 28 février 2022
Conseils du Cœur : à ceux qui font la guerre.
Sa Sainteté le Dalai Lama
Dans toute société humaine apparaissent des êtres malfaisants qui causent un grand nombre de problèmes, et il est nécessaire de disposer de moyens efficaces pour les empêcher de nuire. Lorsqu’il ne reste aucun autre choix possible, il faut bien se résoudre à utiliser la force armée.
Pour moi, une armée ne doit pas servir à propager une doctrine ou à envahir un autre pays, mais simplement à mettre fin, en cas d’absolue nécessité, aux agissements de ceux qui détruisent le bien-être de l’humanité et sèment le chaos. Le seul objectif acceptable d’une guerre est le bonheur de tous, et non des intérêts particuliers.
La guerre n’est donc qu’un pis-aller. L’Histoire nous montre que la violence engendre la violence et résout rarement les problèmes. En revanche, elle crée d’insondables souffrances. On voit aussi que lorsqu’elle paraît sage et logique pour mettre fin à des conflits, on ne peut jamais savoir si au lieu d’éteindre un feu on n’est pas en train d’allumer un brasier.
Aujourd’hui, la guerre est devenue froide et inhumaine. Les armes modernes permettent de tuer des milliers d’êtres sans prendre de risque soi-même ni voir les souffrances qu’on a provoquées. Ceux qui donnent l’ordre de tuer se trouvent souvent à des milliers de kilomètres du champ de bataille. Et les innocents, les femmes et les enfants qui ne demandent qu’à vivre sont ceux qui meurent ou sont mutilés. On se prend presque à regretter les guerres d’autrefois, où le seigneur marchait à la tête de ses troupes ; sa mort signifiait en général la fin des hostilités. Il faudrait au moins redonner à la guerre une dimension humaine.
À partir du moment où ils ont des armes, les hommes sont enclins à s’en servir. Mon point de vue est qu’il ne devrait plus y avoir d’armée nationale. Le monde devrait être démilitarisé, à l’exception d’une force multinationale qui interviendrait uniquement lorsque certains menaceraient la paix dans une région du monde.
Tout le monde parle de la paix, mais on ne peut réaliser la paix à l’extérieur si l’on héberge en soi la colère ou la haine. On ne peut pas non plus concilier le désir de la paix et la course aux armements. L’arme nucléaire est considérée comme un moyen de dissuasion, mais cela ne me semble pas une méthode sage ni efficace à long terme.
Un certain nombre de pays consacrent des sommes colossales au développement de ces armes. Tant d’argent, d’énergie, de talent sont gaspillés alors que les risques de dérapage ne peuvent qu’engendrer de plus en plus de peur.
Mettre fin aux guerres est l’affaire de tous. On peut certes trouver le nom de gens qui sont à l’origine des conflits, mais on ne peut pas prétendre qu’ils ont surgi de nulle part ou ont agi seuls. Ce sont des membres de la société dont chacun de nous fait partie et dont chacun porte une part de responsabilité. Si nous voulons créer la paix dans le monde, créons-la d’abord en chacun de nous.
La paix dans le monde ne peut passer que par la paix de l’esprit, et la paix de l’esprit par la prise de conscience que tous les êtres humains sont comme les membres d’une même famille, malgré la diversité des croyances, des idéologies, des systèmes politiques et économiques. Ces derniers ne sont que des détails, au regard de ce qui nous rapproche. Le plus important est que nous sommes tous des êtres humains habitant une même petite planète. Ne serait-ce que pour survivre, nous avons besoin de coopérer les uns avec les autres, à l’échelle des individus comme à celle des États.
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samedi 26 février 2022
Comment faire face à la misère du monde ?
Une douceur à partager...
vendredi 3 avril 2020
Coronavirus : les jours barbares
Par René Frégni
Publié le 19/03/2020 à 21:00
Marianne lance une série littéraire intitulée "La vie et le virus à travers ma fenêtre", ou les battements du cœur d'un écrivain dans la tempête. Le corps est confiné mais les mots et l'esprit vivent.
J’ai passé ma journée à refendre des bûches, sous les quatre grands chênes devant la maison. Ma petite chatte était assise à côté, ses yeux bleus et ronds suivaient chacun de mes gestes. Quand mes épaules étaient plus dures que le bois, je m’appuyais sur la hache et nous échangions quelques mots.
LA LUMIÈRE N’AVAIT JAMAIS ÉTÉ AUSSI BELLE
Autour de nous la lumière n’avait jamais été aussi belle. Les prés sont déjà d’un beau vert très gras, piqués de géraniums sauvages et de minuscules myosotis. Plus bas, vers le village, les flaques blanches des pâquerettes éclairent le chemin, les épervières allument mille soleils sur les talus. Les collines ont encore leur fourrure de renard.
Il y a trente-six ans je travaillais dans un hôpital psychiatrique de Marseille, mon corps se couvrait d’eczéma, mes mains, mes bras, mon dos… Un matin je ne suis pas retourné à l’hôpital, je suis parti vers les collines. J’ai posé mon sac dans un minuscule cabanon abandonné.
J’ai ouvert un cahier et je me suis mis à écrire, sous une tonnelle bourdonnante d’abeilles, dans une odeur de miel et de genêts. Je n’avais pas un sou. Huit jours plus tard mes mains étaient propres, mes bras aussi. L’eczéma avait disparu. J’avais récupéré mon corps, ma tête, mon temps. J’étais pauvre et libre. Ma vie enfin m’appartenait. Il y a trente-six ans que j’écris chaque jour, que je marche et que je fends du bois. Il y a trente-six ans que j’évite mes semblables.
NOUS ÉCRASONS TOUT CE QUI EST VIVANT
Si je n’avais pas deux filles, une femme dont je rêve et trois vrais amis, je penserais que l’homme doit disparaître le plus vite possible de la surface de cette terre. Il a fait tellement de mal…
En quarante ans, nous avons massacré soixante pour cent des vertébrés et nous ne sommes qu’au début de la sixième extinction de masse, la première attribuée à l’homme, l’anthropocène disent certains… Nous avons massacré les baleines, les aigles et les faucons pèlerins, le cheval sauvage de Mongolie, le daim de Mésopotamie, nous avons traqué en jeep l’onyx, aux confins du désert, exterminer les derniers rhinocéros de Java, l’ibis du Japon, la grue blanche américaine, les petits paresseux sont au bord de l’extinction. Nous écrasons tout ce qui est vivant, pour notre jouissance ou pour entasser dans des caves blindées des pyramides de billets de banque.
Partout la main de l’homme, l’œuvre de l’homme. Les vrais rapaces, c’est nous ! Nous avons appelé ces massacres la civilisation. Nous succomberons, broyés par cette civilisation.
LE VIRUS DE NOTRE TOUTE PUISSANCE
Coronavirus… Serait-ce le début de la fin ? Nous avons dominé la rage, la poliomyélite, la fièvre jaune, dominerons-nous cette fièvre de l’argent, de la possession, du profit, cette maladie contagieuse du pouvoir, cette certitude que nous sommes plus intelligents que tout ce qui est vivant autour de nous, les forêts, les rivières, les océans, l’air et tous les animaux qui sautent, rampent, volent.
Je suis agnostique, je n’ai jamais mis les pieds dans une église sauf quand elle était très belle, qu’il faisait très chaud. Je ne crois pas au châtiment divin, à la punition dernière, à l’expiation. Je crois à une réaction cosmique, une saine réaction. Une réaction non préméditée, ni religieuse, ni vengeresse, le début du soulèvement de tout ce qui est vivant, face à notre impérialisme cynique et aveugle.
CHACUN DE NOUS EST L’ÉGAL D’UN FIGUIER
Le virus de notre toute puissance a fait mille fois plus de dégâts, de souffrances, de morts que ce pauvre coronavirus. Nous sommes, sur cette terre merveilleuse, l’espèce la plus criminelle, la plus prédatrice, la plus dangereuse. La vie lentement s’écarte de nous, se méfie de nous, sécrète ses anticorps dans les profondeurs des racines et les molécules de l’eau, de l’air.
Le mot virus vient de venin, poison. Nous sommes le venin et le poison, nous sommes la contagion. Nous nous sommes pris pour les dieux de cette planète. Tout ce qui tentait de vivre nous l’avons méprisé, mis en esclavage. Chacun de nous est l’égal d’un figuier, d’un caillou, d’un ruisseau, d’un ver de terre. Nous avons besoin du ver de terre, il n’a pas besoin de nous. C’est un infatigable laboureur qui travaille jour et nuit pour qu’explose la vie, comme les abeilles, les hérissons, les oiseaux et les nuages.
LE VIRUS REDOUTABLE DE LA VERTU
Le coronavirus est peut-être notre dernière chance. « Il lui avait inoculé le virus redoutable de la vertu. » écrit Victor Hugo. Puisse ce virus nous contraindre à cette vertu. Nous avons quelques mois pour ouvrir les yeux, pour nous rendre compte que dans les banques il n’y a rien, que les vraies richesses sont autour de nous, ces géraniums sauvages, ces bourgeons qui éclatent partout, cette lumière unique qui n’existe nulle part ailleurs. Le paradis est partout. Nous y sommes.
La seule intelligence, c’est la vie. Tout ce qui pousse vers la mort est bête, les guerres, la frénésie de l’argent, notre consommation effrénée, la lumière morte de nos écrans, les bonheurs virtuels, l’ère du plaisir instantané. Ce n’est pas le virus qu’il faut combattre désormais mais notre rapacité, notre démence qui nous ont éloignés des rivières car nous leur préférions les fleuves d’argent.
MONTER DANS UN TRAIN QUI N’EXISTE PAS
Notre vie nous appartient, notre corps nous appartient, notre temps si précieux nous appartient. Chaque jour depuis trente-six ans j’écris le mot gare et je monte dans un train qui n’existe pas. L’imagination ne consomme aucune goutte de kérosène et m’emmène tellement plus loin. J’ai passé ma vie à lire, écrire, marcher, rêver, fendre du bois et caresser la tête d’un chat.
Je vis de presque rien et rien ne me manque. J’ouvre les volets le matin, tout est sous mes yeux, l’herbe pailletée de rosée, la brume rose et verte à l’est, les amandiers couverts d’une neige de fleurs qui éclairent les collines. Ma journée sera semblable à celle d’hier, celle de demain. J’aimerais que cela dure encore mille ans, je ne m’ennuie jamais, je n’ai besoin que de douceur et de beauté.
LE PARADIS ET LA MORT SONT PARTOUT
Je sais pourtant que la mort rôde dans les rues de chaque ville, pousse des portes, escalade à pas de loup des escaliers, se glisse sans bruit dans les maisons des hommes. Quand je pousse mes volets, je ne vois que le printemps, insouciant, jeune à nouveau, lumineux, si heureux de vivre, ivre de sa beauté. Chaque chose est à sa place, la nature est sereine, modeste, équilibrée. Nous nous sommes octroyé une place démesurée et le droit de tout détruire, de tout saccager.
Nous n’avons que quelques mois pour regarder le printemps, écouter le printemps, marcher dans le printemps. Nous n’avons que quelques mois pour entrer dans l’été et vivre comme les oiseaux, les feuilles, les nuages et les vers de terre.
LA BEAUTÉ CONTRE LA GUERRE
Nous ne sommes pas en guerre. Nous devons tuer la guerre. Nous devons nous ranger du côté du printemps, de la beauté, sinon nous serons balayés et la terre se refermera sur nous, nous oubliera pour ne se concentrer que sur la vie et les saisons qui passent. Nous n’aurons été pour elle qu’un simple virus parmi des millions d’autres, dans ces milliards d’années.
Il y a trente-six ans, j’ai fait un choix. Je vais descendre fendre mes bûches, caresser la tête de mon chat et j’irai marcher un peu dans la colline, au moins, si je pars demain, j’aurai profité du printemps.
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lundi 14 janvier 2019
Témoignage de la seconde guerre...
mardi 8 mai 2018
vendredi 1 avril 2016
Hommage à Imre Kertész
"Celui qui survit n'est pas le coupable, mais il représente l'erreur, le grain de sable, car toute la machinerie nazie, ce que Raul Hilberg nomme la « destruction des juifs d'Europe », est conçue pour fabriquer un phénomène de masse : la mort en masse. Le survivant, c'est la panne imprévisible du fonctionnement ! Quand on m'a retrouvé à moitié mort dans une flaque d'eau gelée sur le béton de Buchenwald, je ne peux toujours pas considérer comme rationnel le fait d'avoir été sauvé. Pourquoi moi ? Pourquoi pas un autre ? C'est cela, être sans destin. Si vous voulez vraiment apprendre quelque chose d'Auschwitz, interrogez donc les morts ! Eux seuls savent. Nous autres survivants, nous n'avons participé que d'une manière infime à l'extermination, même si nous en avons payé le prix fort moralement. Dans la dynamique de l'extermination, le bourreau et sa victime vont la main dans la main. Ils ont le même but, la mort."
(interview : Le Point)
Je l'avais déjà entendu dire, et je pouvais désormais en témoigner : en vérité, les murs étroits des prisons ne peuvent pas tracer de limite aux ailes de notre imagination.
Le fait est que, même en captivité, notre imagination reste libre.
Etre sans destin
« Parfois, comme une martre pelée qui aurait survécu à la grande extermination, je traverse encore la ville. A certains bruits, certaines images, je dresse l’oreille comme si mes sens engourdis et encroûtés étaient agressés par l’odeur des bribes de souvenirs. A côté de certaines maisons, à certains coins de rue, je m’arrête, terrifié, les narines dilatées, je scrute les alentours d’un œil effrayé, je veux m’enfuir mais quelque chose me retient. Sous mes pieds bouillonnent les égouts, comme si le torrent sale de mes souvenirs voulait sortir de son lit pour m’engloutir. Qu’il en soit ainsi ; je suis prêt. Dans un dernier grand résumé j’ai montré ma vie faillible, opiniâtre – je l’ai montrée pour ensuite, portant le baluchon de cette vie dans mes deux mains tendues, m’en aller et, comme dans l’eau noire et tempétueuse d’un torrent,
sombrer,
mon Dieu !
faites que je sombre
pour l’éternité,
Amen. »
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas
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vendredi 29 janvier 2016
Christophe André : « C’est l’après-guerre qui prépare la paix véritable »
« Quand on a échappé à la souffrance ou traversé des épreuves, on peut se préparer à affronter les souffrances ou les épreuves suivantes (il y en a toujours dans nos vies) : on reste en guerre. Ou bien on peut prendre le temps de savourer l’apaisement et de jeter sur nos existences un regard différent, de construire avec elle un rapport différent : c’est l’après-guerre, qui prépare la paix véritable. Ni amnésie ni insouciance ; juste la conscience que l’adversité nous a appris à mieux savourer la non-adversité. »
extrait de "Trois amis en quête de sagesse".

















