mardi 10 août 2021

Ego en disparition

 


L’autre, quel que soit cet « autre », est un autre. Il est peut-être moi en tant qu’atman ou que brahman mais, en tant qu’ego, il n’est certainement pas moi. Le chemin du dépassement de l’ego et de la libération passe par cette nécessité de rendre à « l’autre » sa pleine liberté d’être lui-même, ce qui n’exclut pas le fait, tout en reconnaissant l’autre comme un autre, d’agir si vous sentez cette action utile et juste. Vous en tant qu’ego, vous pouvez disparaître complètement ; la Conscience demeure, les phénomènes continuent mais l’ego, qui fait des phénomènes une affaire personnelle, a disparu. Vous êtes là en tant que témoin immuable, permanent et les phénomènes sont là – sans confusion.

Les phénomènes ont existé pour vous depuis la conception ; ils ont même existé dans ce que nous appelons les vies antérieures ; ils existeront encore ce soir, demain, après-demain, jusqu’à votre mort – et ils existeront encore après la mort de votre corps physique. Laissez-les exister ! Et vous, vous en serez le témoin, le spectateur. Pour le spectateur, l’histoire est achevée. Vous, vous sentez que vous avez une histoire, un devenir, que vous avez eu des moments heureux, des moments malheureux, que vous avez eu l’impression de progresser, de ne plus progresser, peut-être même de rétrograder, de descendre la pente, de la remonter.

Cette histoire personnelle n’existe que pour l’ego. Les phénomènes ne vous concernent pas réellement. Mais quand je dis : « vous », faites bien attention ; tantôt « vous » désigne l’atman, tantôt « vous » désigne l’ego. Soyez attentifs et ne confondez pas.


C’est ce sens de l’ego qui vous donne l’impression d’avoir une histoire individuelle, avec un passé et un avenir, et que vous avez changé, progressé, pas progressé. Quand l’ego disparaît, pour vous, au sens le plus profond du mot « vous », le devenir est terminé. Vous avez atteint le but, vous avez atteint « l’autre rive », et, par conséquent, le voyage de l’existence est achevé. Mais, en vérité, pour la Conscience, cette histoire n’a jamais existé. Cette histoire personnelle n’a existé que pour l’ego et cet ego est un malentendu, une illusion, qui s’interpose entre le monde phénoménal (ou la réalité relative) et vous en tant que Conscience immuable.

Pour l’instant, cet ego est là. Quand vous dites : « je », vous vous confondez avec les chaînes de causes et d’effets, avec les phénomènes. Vous êtes pris, identifié, sujet au désir, sujet à la peur, sujet à la souffrance ; vous vous souvenez d’avoir eu un passé par lequel vous vous sentez très concerné et qui vous donne la conviction que vous avez un futur. Pour l’atman il n’y a aucun futur. L’atman est immuable. Il ne changera pas, quoi qu’il puisse arriver ou ne pas arriver. Mais, tant que votre conscience est celle de l’ego et non celle de l’atman, vous projetez le passé sur le futur et vous vous représentez, vous, comme ayant encore une histoire devant vous, qui sera peut-être heureuse, peut-être malheureuse ; certaines perspectives vous rassurent, d’autres perspectives vous inquiètent, alors que, pour la Conscience non-dépendante, il ne peut être question ni d’être rassuré ni d’être inquiet.


Voyez-le, cet ego, voyez-le à l’œuvre. Il y a un enseignement à suivre, il y a des découvertes à faire ; il y a des vérités que vous ignorez aujourd’hui et que vous n’ignorerez plus demain. Et dans cette connaissance ou prise de conscience se trouve tout un aspect de ce qu’on peut appeler « chemin », chemin qui concerne en fait une irréalité : cette illusion de l’ego. Pour l’atman, pour la Conscience, il n’y a aucun chemin : la Conscience est déjà là, mais elle n’est pas encore réalisée en plénitude. Attention, méfiez-vous, aujourd’hui vous êtes soumis à cette conscience de l’ego et l’ego s’imagine quelque chose sur cette libération dont il ne peut en fait rien se représenter, puisque la libération est la disparition de l’ego. Un ego libéré, cela n’existe pas. Un ego qui a disparu, oui. Comment cet ego peut-il disparaître, c’est toute la question.

Cet ego ne disparaît pas par la suppression, la répression, la négation – certainement pas. Cet ego disparaît en devenant de moins en moins contraignant, de plus en plus fin, jusqu’à ce que tout d’un coup, la rupture de niveau ait lieu, pareille à un éveil – le sommeil est de plus en plus léger et brusquement se produit l’éveil.

Arnaud Desjardins, extrait de Au-delà du moi, À la recherche du soi, tome  II



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lundi 9 août 2021

Le parlement qui parlemente

 


Dans son très remarquable livre sur le bouddhisme, Mme Alexandra David-Neel rapporte une parabole tibétaine qui compare l’homme à un parlement. C’est une comparaison très juste. Un être humain n’est pas unifié, n’a pas une volonté unique qui l’engage entièrement. Il change de moment en moment comme dans une assemblée où des députés divers, avec une majorité et une opposition, prennent la parole et se querellent. Un député, un moment, a la cote ou la vogue. Ses discours enflamment tout le monde. Ensuite, il perd son crédit, il retourne à l’obscurité. Les députés du centre sont prêts à s’allier avec l’opposition ou à s’allier avec la majorité. Combien d’actions ne vous engagent que partiellement. Au moment où vous accomplissez l’action, la majorité de ces nombreux éléments qui vous composent est d’accord pour accomplir cette action, mais l’opposition n’est pas d’accord et ensuite l’opposition en vous fera tout pour que vous ne teniez pas une décision que vous aurez prise, ou que vous sabotiez vous-mêmes une action que vous aurez commencé à entreprendre.

Vous avez tous entendu parler de ce que l’on appelle les actes manqués en psychanalyse qui sont des actes manqués du point de vue du conscient, et qui sont des actes, au contraire, tout à fait réussis du point de vue de l’inconscient. Quand il s’agit d’un parlement, on connaît les forces en présence, on voit bien ce qui est la majorité, ce qui est l’opposition, comment certains députés de l’opposition seront parfois d’accord avec la majorité, et la situation n’est encore que relativement grave. Par exemple, vous pouvez intellectuellement prendre une décision : je vais faire de la gymnastique tous les jours pour me maintenir en bonne santé, mais votre corps lui-même et sa paresse représentent l’opposition et vous ne ferez jamais cette gymnastique que vous avez décidé de faire. Vous pouvez décider de ne plus fumer mais votre corps devient l’expression d’une émotion qui est comblée par le fait de fumer et vous ne tiendrez pas non plus cette décision. Tout cela se passe au grand jour et vous reconnaissez bien que vous êtes un parlement.

Certes, l’habileté avec laquelle le député qui, en vous, prend la parole réussit à vous faire oublier tous les autres, l’habileté avec laquelle une partie de vous peut vous faire croire qu’elle parle au nom de la totalité de vous-même, est immense.


Certains hommes, certaines femmes ont deux, trois, quatre personnages qui cohabitent en eux et ne communiquent pas. Certains hommes qui ont une double vie sentimentale et sexuelle sont absolument un autre suivant qu’ils se trouvent en face de leur épouse légitime ou de leur maîtresse. En toute sincérité, en toute sincérité apparente, ils vont dire certaines choses à leur maîtresse et certaines choses à leur épouse qui ne concordent et ne coïncident à aucun égard. On pourrait donner bien des exemples pris dans l’expérience courante de la vie humaine.

Ce qui est plus grave, c’est que non seulement vous êtes un parlement, mais c’est qu’une bonne part des forces qui agissent en vous agissent dans la clandestinité, exactement comme, dans un État, un parti politique qui n’est pas représenté au parlement parce qu’il est interdit et qui agit en cachette, se réunit en cachette, imprime les tracts en cachette, sabote les chemins de fer en cachette, fait exploser les bombes en cachette. Il y a une partie de l’être humain qu’on ne peut même plus représenter comme la cacophonie d’un parlement dont les députés ne sont pas d’accord mais comme un parti politique interdit et clandestin – ce qui est absolument censuré, réprimé, refusé, refoulé et qui, pour vous, est véritablement inconscient, non conscient, pas momentanément oublié mais réellement inconscient et inconnu.

Et ce parti politique clandestin peut être extrêmement efficace pour vous contraindre à agir, en se déguisant, en prenant des masques différents, en vous trompant, en vous mentant, en vous aveuglant, en sabotant les actions qu’une partie apparemment plus consciente de vous a décidées.


Arnaud Desjardins, extrait de Adhyatma yoga, À la recherche du soi, tome I

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dimanche 8 août 2021

Dix ans déjà... pour le 10 août

 


Dix ans déjà qu'Arnaud Desjardins a "quitté son corps", son décès ayant eu lieu le 10 aout 2011.

Une commémoration particulière de cet événement était prévue à Hauteville et nous avions l'intention d'y associer les membres des Amis de La Bertais en les invitant à participer à un programme spécial lors de cette journée. La nouvelle dégradation des conditions sanitaires vient de contraindre Hauteville à annuler l'événement en présentiel et nous avons donc choisi de faire de même en ce qui concerne La Bertais [...]

Si vous vous sentez concerné(e) par la célébration de cet anniversaire, voici quelques suggestions :

Vous pouvez caler tout ou partie de votre journée du 10 août sur le rythme habituel soit d'Hauteville (si vous êtes familier du lieu), soit de La Bertais. 

Vous pouvez consacrer un temps de votre journée pour lire ou relire un passage d'un livre d'Arnaud susceptible de vous inspirer.

Vous pouvez écouter ou visionner l'un ou l'autre des documents audio ou vidéo disponibles (sur le site d'Hauteville)

Arnaud étant décédé vers 23h, vous pouvez vous joindre à distance au temps spécifique de recueillement qui aura lieu ce jour à La Bertais comme à Hauteville à partir de 22h45.

Enfin, la meilleure façon d'honorer la mémoire d'Arnaud étant encore de mettre en pratique son enseignement, vous pouvez faire en sorte de vivre cette journée anniversaire en vous appliquant d'une façon toute particulière à prendre conscience de vos états d'âme et à transformer en acceptation les différents refus que la vie fera lever en vous...

Dans le souvenir de la présence lumineuse d'Arnaud et dans la gratitude pour tout ce que nous avons reçu de lui !

Jaï âtman !

(Victoire au Soi)

Yann et Anne-Marie Le Boucher

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samedi 7 août 2021

Les antennes de l'empathie

 


L'empathie c'est, à la vitesse de l'éclair, sentir ce que l'autre sent et savoir qu'on ne se trompe pas, comme si le cœur bondissait de la poitrine pour se loger dans la poitrine de l'autre.
C'est une antenne en nous qui nous fait toucher le vivant : Feuille d'arbre ou humain. Ce n'est pas par le toucher qu'on sent le mieux mais par le cœur. Ce ne sont pas les botanistes qui connaissent le mieux les fleurs, ni les psychologues qui comprennent le mieux les âmes, c'est le cœur....
Christian Bobin
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vendredi 6 août 2021

jeudi 5 août 2021

Je sors de cette retraite en silence... apaisé !

 


Cet abrégé, conclusion de l’expérience faite par une personne qui participait pour la première fois à une retraite en silence, vaut plus que toutes les théories qui tentent d’objectiver les avantages de la pratique méditative appelée zazen.

« Je sors de cette retraite en silence ... apaisée ! »

Lorsque A.M. m’a dit cela je n’ai pas douté un instant de l’authenticité de son expérience. Sa manière d’être en tant que personne, sa manière d’être en tant que corps-vivant (IchLeib) confirmait son expérience intérieure. Sa manière d’être et de s’exprimer, particulièrement sobre, donnait l’impression qu’elle ne tombait pas dans le piège souvent tendu par l’ego : l’idée que ce pourrait être définitif.

Lorsque je lui ai dit « voilà une bonne raison pour reprendre l’exercice demain », son éclat de rire rendait compte de sa compréhension du mot Chemin et confirmait sa détermination.

Une autre participante à cette première retraite post-confinement, résumait son expérience par ces mots :« Au cours de ces quelques jours, les exercices que nous avons pratiqué m’ont permis de rompre cette urgence permanente qui gangrène mon existence quotidienne ! »

J’avais orienté la retraite en silence en invitant chacun « à tout faire un petit peu plus lentement ». Tout ! S’habiller, marcher du parking au Dojo, passer de la cuisine à la salle à manger, faire la vaisselle. Briser la culture du tout faire vite, plus vite qui emmène bon nombre de nos contemporains au burn-out ou à la dépression.

Un autre commentaire m’a particulièrement touché. « La retraite en silence que vous animez est vraiment une réponse à ce besoin vital de souffler, de se ressourcer. Je vous suis reconnaissant de ne pas nous assommer de promesses surabondantes et illusoires dont la plupart des ouvrages qui ont pour thème la méditation sont truffés. Merci de nous avoir donné quelques clés pour trouver en soi les moyens de traverser les épreuves de la vie ».

Se sentir apaisé ! Rompre avec ce sentiment d’urgence qui gangrène notre existence quotidienne ! Trouver en soi les moyens de traverser les épreuves de la vie !

Ces témoignages devraient nous interpeller ; d’autant plus en cette période de pandémie. Ils m’invitent à concevoir qu’il est possible d’assumer les conséquences d’une telle épreuve sans être attaché au désir du retour à une vie extérieure qui serait comme avant. Une telle adversité peut au contraire être l’opportunité de rompre avec les normes réclamées ou dictées par le monde extérieur et à contrario de se centrer ou se recentrer sur l’essentiel.

Se centrer sur l’essentiel ! Comment ?

La réponse donnée à cette question par K. Graf Dürckheim à son retour du Japon (1947), suite à son immersion d’une dizaine d’années dans le monde du Zen est résumée dans cette ordonnance : « Le Chemin est la technique ; la technique est le Chemin ».

Zazen, technique qui consiste à ne rien faire mais à fond (comme le disait André Comte-Sponville après avoir participé une sesshin au Centre) est très certainement l’exercice le plus simple et accessible au plus grand nombre. Il est vrai que le plus simple n’est pas toujours ce qu’il y a de plus facile à réaliser. Voici ce que me disait Graf Dürckheim suite à ma toute première expérience de cet exercice qu’est la pratique méditative sans objet : « Vous savez, l’exercice appelé zazen sera toujours un peu difficile pour ce qu’on appelle l’ego. Mais il faut savoir que le démantèlement du ‘’moi’’ est la condition fondamentale de la réalisation du vrai soi-même. Il ne s’agit pas d’anéantir le ‘’moi‘’ mais de transformer un ego uniquement centré sur lui-même afin de nous ou ouvrir à ‘’ce plus que l’ego‘’ que nous sommes déjà au plus profond de nous-mêmes ». (1)

L’usage du kanji ZAZEN m’oblige à réaffirmer ce qui apparaît comme étant fondamental sur la Voie tracée par Graf Dürckheim et dans l’enseignement qui nous est proposé depuis quelques années par le maître Zen Hirano Katsufumi Rôshi (2) : « ZAZEN EST DIFFÉRENT DE LA MEDITATION ».

« Il y a mille et une manière de méditer ; il n’y a qu’une manière de pratiquer zazen ».(H.R.)

« On ne pratique pas zazen avec le mental ». (H.R.)

« Laisser le corps, le corps vivant (Leib), prendre le dessus sur le mental ». (K.G.D.)

« En pratiquant zazen, le corps (Leib) prend la forme du calme ». (H.R.)

 

« Comment fait-on pour devenir calme ? »

Question posée par Graf Dürckheim à un maître zen au début de son séjour au Japon. Avec un sourire malicieux le maître répond : « Simplement laisser sortir le calme qui est en soi ... oui, simplement laisser sortir ... »

 Jacques Castermane

 (1) La Sagesse exercée — Jacques Castermane — Ed du Relié (2013)

(2) Lire : ENSEIGNEMENTS — propos du maître Zen Hirano Katsufumi Rôshi

Propos recueillis par Jocelyne Derudder www.tenchijin-zen-kai.fr


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mercredi 4 août 2021

Hexagrammes du Yi Jing et organisation fractale

Je me forme actuellement au Yi Jing. C'est un monde de sagesse qui peut nous emmener loin en nous...

Via Dominique Bonpaix


Les hexagrammes, en tant que figures à six traits superposés, font preuve d’une organisation fractale. Les fractales sont des figures qui possèdent une invariance d’échelle (ou autosimilarité) : le même objet est observable même en augmentant la taille, c’est à dire que les proportions restent les mêmes. De plus, il se répète à l’infini : en zoomant sur une partie, le tout refait son apparition.
Qu’un seul trait change de nature (le Yin se transformant en Yang ou inversement, c’est le cas du trait mutant), un autre hexagramme entier fait surface. C’est l’hexagramme dérivé (celui qui « habite la ligne », comme disent les chinois), ce dernier nous permettant de mieux comprendre de quoi il retourne précisément à cet endroit. Chacun des six traits est donc « habité » par un hexagramme. Or, cet hexagramme lui-même comporte six traits, habités eux-mêmes par un autre hexagramme qui comporte lui-même six traits habités par… et cela à l’infini. La structure entière du Yi Jing se retrouve en chaque point du système.
Et nous constatons que les hexagrammes n’ont pas d’échelles variables… : un hexagramme a toujours la même proportion.
Patterns et « situations types » du Yi Jing
Une fractale illustre le fait que des phénomènes de la vie se répètent continuellement à des niveaux différents. Nos vies, aussi bien individuelles que collectives, sont également constituées de motifs qui se répètent. Une expérience qui arrivera à une personne à un moment de sa vie se répercutera en écho à un autre moment. Ce qui arrive à une personne dans une culture donnée se retrouvera en écho chez un autre individu dans une autre culture… Ces expériences répétitives peuvent se transformer mais elles gardent toujours leur essence, telles les fractales et les patterns.
Ce sont les « situations types » des hexagrammes du Yi Jing, vous l’avez deviné.
Le Livre des Changements est lui-même à la fois un système déterminé et aléatoire. Des formes visibles vont apparaître (les hexagrammes-réponse), qui étaient enfouies dans la structure même du changement. Mais ceci n’est pas nouveau. Hermès Trismégiste, personnage de l’Antiquité gréco égyptienne, disait déjà : « Les mots sont comme des nœuds et le cosmos est tissé comme un vêtement ».
Les hexagrammes obtenus par le jet des pièces sont des agrégations momentanées, corrélées au questionnement qui les a générés, comme des nœuds issus des courants souterrains inhérents à la situation vécue. On les appelle « bian hua » 变化 en chinois, le jeu des incessantes transformations.


Image : Deep Sea 2018, by Kirell Benzi, créé à partir de données issues des mouvements de l'eau de l'océan Atlantique, près de Bordeaux.

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mardi 3 août 2021

Pour la nuance sans nuance...

 

Fabrice Jordan : "C'est la nuance et la gestion tranquille de la conscience de multiples complexités interdépendantes qui sauvera le monde. Ni le nivellement des propos, ni aucune position figée ne permettent de comprendre l'aujourd'hui, ni de tisser un demain qui respire. 
Et Etienne Klein l'exprime à merveille."


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lundi 2 août 2021

Le conte des deux cygnes

 La nonne bouddhiste nous offre un de ces récits de sagesse, appelés Jatakas, qui retracent les vies antérieures du Bouddha. Foisonnants d'images propres à l'Inde ancienne, ils se veulent riches d’enseignements sur l’Éveil, la réincarnation et le karma. 

Des contes où il est question, comme dans tous les contes, de rois, de pouvoir, de promesses tenues ou brisées, des responsabilités de nos actes : ainsi sont racontées, dans les pays d’Asie, les vies antérieures du Bouddha, tantôt être humain, tantôt animal : daim, tortue, singe, lièvre, éléphant et plus encore.

Sous de multiples formes, il est montré comment, d’existence en existence, le futur Bouddha approfondit la moralité et la sagesse, et surtout le don sous toutes ses formes et la compassion. Ces contes, appelés « Jatakas » sont récités, chantés ou mis en scène ; ils sont connus de tous, et chacun a ses préférés. Voici l’Histoire des deux cygnes.


La volonté de posséder

Il était une fois près d’un lac bleu au fond de l’Himalaya, un couple de cygnes si beaux que même les boutons de lotus palissaient à côté d’eux ; à la voix si douce, qu’elle surpassait même la musique des bracelets de chevilles des jeunes femmes. Les dieux eux-mêmes les admiraient, et petit à petit leur réputation atteignit le royaume de Varanasi. 

Lorsque le roi entendit parler d’eux, il voulut absolument les posséder : il donna l’ordre de creuser un lac près de son palais, de le parer des plus belles plantes, des plus délicieux ombrages. Bercé par la brise, le pollen des lotus recouvrait les rives d’un voile doré ; l’eau en était si limpide que les pierres de son fond scintillaient comme des joyaux. La nuit, le lac devenait un immense miroir pour la lune et les étoiles brillantes.

Une beauté ambiguë

Bientôt, la beauté du lac rivalisa avec celle du ciel bleu traversé de ravissants petits nuages blancs. Le roi proclama alors que tous les oiseaux pouvaient venir sans crainte, qu’ils y seraient protégés. Un beau jour d’automne, un couple de cygnes de l’Himalaya survola cette merveille, et de retour, ils en firent si bien la description que tous leurs amis voulurent s’y rendre.

Mais le roi des cygnes, et son ministre, essayèrent de les en dissuader. Ils dirent : « Les animaux, les oiseaux, expriment leurs sentiments par des chants ou des cris, mais ces créatures que l’on appelle “hommes” savent mentir avec de belles paroles. » Mais comme les autres ne changeaient pas d’avis, ils les accompagnèrent.

Des cygnes solidaires

Lorsque le roi de Varanasi apprit l’arrivée de ces oiseaux dorés, aux yeux de saphir, d’une beauté inégalée, il loua aussitôt les services d’un chasseur pour qu’il pose des pièges et attrape plusieurs de ces cygnes. Le lendemain de leur arrivée, méfiant, le roi des cygnes fit le tour du lac, et hélas ! il fut attrapé par un collet. Il poussa alors un cri pour prévenir les autres, afin qu’ils s’envolent. Tous partirent à tire d’aile, sauf le ministre, qui insista pour rester près de son roi.

Le chasseur, lorsqu’il arriva, fut surpris : l'un des cygnes était attrapé, mais l’autre, à côté de lui, était libre ! Il ne s’envolait pas et ne montrait aucune marque de peur.

Plus encore, lorsqu’il fut devant eux, le second cygne lui demanda de le prendre lui à la place et de laisser partir le roi des cygnes. Touché par cette loyauté, et au risque de sa vie en s’opposant à la volonté de son roi, le chasseur libéra le cygne prisonnier. Mais les oiseaux ne s’envolèrent pas : ils se perchèrent sur les épaules du chasseur et lui dirent de les emmener voir le roi, pour le sauver de sa colère.

Joshin Luce Bachoux

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dimanche 1 août 2021

Pour moi, l’escalade est une école de vie.

 Claude Compagnone nous explique comment l'escalade et l'effort physique lui permettent de se rapprocher de Dieu. 


S'ajuster dans l'effort commun

Escalader une paroi de montagne ou de haute montagne, c’est s’engager, encordés, à deux, dans un parcours vertical dans lequel chacun va dépendre de l’autre et va compter sur l’autre. La cordée devient un lieu de vie singulier et transitoire où l’entraide et l’attention mutuelle sont alors primordiales. Il faut s’ajuster dans l’effort commun pour mener à bien le projet d’ascension et faire face aux évènements imprévus.

Recevoir un don

Ce parcours vertical pour être accompli demande au corps et à l’intelligence de se plier à un environnement naturel que l’homme n’a pas créé et qui s’offre comme un don à recevoir et à découvrir. Cet environnement s’impose à moi de manière massive, et, en cheminant, j’en découvre la diversité et la beauté. Je ne fais que passer et il m’accepte, en transit. Je découvre humblement ma petitesse par rapport à l’immensité et à la force de la Création. L’avancée prudente, pas à pas, se fait ainsi pérégrination et contemplation.

Garder ses sens en éveil

L’implication du corps et de l’esprit y est totale. Ici, il ne m’est pas possible de faire semblant et de penser à autre chose qu’à ce que je fais. Il faut être pleinement éveillé. Le risque est constamment présent et doit être apprécié et géré. Corps et esprit se font alors intelligence et mouvement. Mes sens sont tout en éveil pour « lire » le rocher, trouver le cheminement et anticiper les problèmes.

Mon corps déploie tout entier et amplement son agilité et sa puissance musculaire pour tirer, pousser ou bloquer. Il entre dans un ballet étrange dont la chorégraphie est dite, mètre après mètre, par le rocher lui-même. Une forme d’unité se gagne ainsi entre le corps et l’esprit et entre moi et le monde. Une plénitude s’installe. Profondément en lien avec la Création, j’entre dans un lien profond et vital avec Dieu, le Créateur.

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samedi 31 juillet 2021

La chance d'être accueilli sur terre, de pouvoir y respirer et d'y marcher.

 ... Se sentir vivant !


"Ce que j'ai aimé le plus au monde , je crois que c'était la vie ".
Jean d'Ormesson .

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vendredi 30 juillet 2021

L'honneur

 

"L'honneur appartient à ceux qui jamais ne s'éloignent de la Vérité.
Même dans l'obscurité et la difficulté, ceux qui essayent et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, les humiliations ou même la défaite.
Parce qu'en faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant. "
Nelson Mandela
Conversation avec moi-même



Photo : une des nombreuses versions du Jin Guang Fu, 金光符, talisman de la Lumière de la Réalisation. Une des pratiques fondamentale des pratiquants taoïstes, très efficace quand on traverse des périodes de doute ou de "noirceur" ou que l'on est confrontés à des éléments négatifs comme ceux cités par Mandela.





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jeudi 29 juillet 2021

Deux vidéos sur la non dualité...

Pour la personne qui a du temps en vacances et qui souhaite approcher l'instant présent où la personne disparaît et devient "vacance"...
Dans les deux vidéos, "on" parle brièvement d'Arnaud Desjardins. 
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