mercredi 9 mars 2022

Le grondement du tonnerre

 

" Voilà la difficulté de notre époque, les idéaux, les rêves, les beaux espoirs n'ont pas plus tôt fait leur apparition qu'ils sont déjà touchés par l'atroce réalité et totalement ravagés. C'est un vrai miracle que je n'aie pas abandonné tous mes espoirs, car ils semblent absurdes et irréalisables. Néanmoins, je les garde car je crois encore à la bonté innée des hommes. Il m'est absolument impossible de tout construire sur une base de mort, de misère et de confusion, je vois comment le monde se transforme lentement en un désert, j'entends plus fort, toujours plus fort, le grondement du tonnerre qui approche et nous tuera, nous aussi, je ressens la souffrance de millions de personnes et pourtant, quand je regarde le ciel, je pense que tout finira par s'arranger, que cette brutalité aura une fin, que le calme et la paix reviendront régner sur le monde."

(Le journal d'Anne Frank adaptation théâtrale réalisée par Eric-Emmanuel Schmitt)

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mardi 8 mars 2022

Un mendiant aveugle.

 Auprès de Swami Prajnanpad, Arnaud trouvera l’audace d’étreindre sa propre misère. « Vous êtes un mendiant » lui dira le maître ; « Vous mendiez l’amour ». Dans la solitude de quelques huttes en terre, l’homme de quarante ans pleurera de tout son cœur de n’être qu’un enfant suspendu aux regards et aux admirations des autres, s’agrippant à l’existence comme les misérables en Inde s’accrochent aux vêtements de passant et, sans la moindre dignité, supplient qu’on leur fasse l’aumône.


Notre aveuglement nous voile constamment tout le pathétique de notre condition de petits pantins manipulés par la vie, ballotté de-ci de-là au gré des espérances et des déceptions qui les réduisent en fumée, à la merci des paroles douces ou dévastatrices. Les vents de l’existence ne nous portent vers la joie que pour le lendemain nous envoyer la peine et nous laisser dévastés.


Arnaud Desjardins ou l'aventure de la sagesse de Gilles Farcet

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lundi 7 mars 2022

Temps de méditation nécessaire

 


Cette photo, prise au cours de la guerre du Vietnam, est datée, si j’ai bon souvenir, de juin 1972.

Je vivais à Rütte depuis trois ans. Le silence qui régnait dans cette vallée de la Forêt Noire m'apparaissait comme étant propice à la culture du silence intérieur. Ce vécu intérieur qui engendre une impression de sécurité.

Faut-il dire que cette photo, qui rend compte d'une réalité angoissante, m'a troublé. En regardant cette photo, il y a de quoi douter de l'importance conférée à l'exercice appelé zazen!

Est-ce que en quittant la Belgique pour m'installer à Rütte je ne cherchais pas un îlot de sécurité, une sorte de paradis sur terre, une échappatoire du monde tel qu'il est ?

Le lendemain matin, c'est tourmenté mentalement et affectivement que j'ai pris place dans le petit Dojo où quotidiennement Graf Dürckheim introduisait la pratique de zazen pour une quinzaine de personnes. Après un long temps de silence il a fait référence à cette photo. Et il a terminé en disant : "Nous ne pratiquons pas zazen pour nous mettre à l'abri des bombes. Nous pratiquons zazen afin de témoigner que, là où nous sommes, le monde peut encore être en ordre..."

Aujourd'hui, cinquante ans plus tard, des photos comparables font la première page des quotidiens et des hebdomadaires. Elles démontrent que de tels massacres sont toujours encore possibles et que notre dépendance envers le monde est incontestable. Assujettissement collectif ; mais c'est la personne individuelle qui souffre. Souffrance dont les symptômes sont l'angoisse et les états qui l'accompagnent. Et que vous habitiez en Belgique ou en Forêt Noire, cela ne change rien.

L'angoisse et les états qui l'accompagnent ! La méditation est-elle une solution ?

Afin de répondre à cette question il faut tout d'abord définir ce qu'on entend par méditation ?

L'exercice que je pratique depuis plus d'un demi-siècle s'appelle ZAZEN. Comme le souligne le maître Zen Hirano Röshi "Il y a mille et une manières de méditer mais il n'y a qu'une manière de pratiquer zazen".

Un autre maître Zen, Jinen San, lorsqu'on lui demande si la méditation est la solution, répond

"Oui. Mais lorsqu'on dit méditation il serait plus juste de dire ZAZEN. On utilise la même position, assise, pour zazen ou pour méditer, mais la manière de pratiquer est très différente si on médite ou si on pratique zazen".

J'ai retrouvé chez les différents maîtres Zen avec lesquels j'ai eu la chance de m'exercer les mêmes exigences que celles transmises par Graf Dürckheim.

La première : "On ne pratique pas zazen avec le mental".

Concrètement, zazen, c'est sentir ce qui est senti... sans examen de ce qui est senti ; zazen, c'est voir ce qui est vu... sans examen de ce qui est vu ; zazen, c'est entendre ce qui est entendu... sans examen de ce qui est entendu.

ll s'agit donc de faire face à tout ce à quoi nous faisons face à travers l'usage de la conscience sensitive. En en faisant l'examen, à travers l'usage de la conscience objectivante, nous ne faisons plus face à la vérité de ce qui est mais à la représentation mentale de ce qui est. La représentation mentale de la vérité n'est pas la vérité.

Aussi bien, si lorsque je pratique zazen, ce que je sens et ressens est la peur, l'exercice consiste à faire face à la peur. Au cours de la pratique appelée zazen, il n'y a donc aucune séparation entre moi et la vérité présente.

ZAZEN = faire face à la vérité (attitude à ne pas confondre avec celle qui consiste à faire face à la représentation mentale de la vérité).

Pratiquer zazen, c'est donc se familiariser avec cette attitude paradoxale : être UN avec ce qui est, quelle que soit la nature de ce qui est. Et le résultat ?

Il peut s'avérer paradoxal ! Sans savoir ni pourquoi ni comment, il arrive qu'on se sente pénétré, de l'intérieur, par ces valeurs de l'être absolument inattendues : la paix du corps, la paix de l'âme, la paix de l'esprit.

Affronter les événements plus calmement, plus sereinement, n'est pas une fuite du réel. C'est agir dans le monde en ne se laissant pas entraîner par nos humeurs et façonner nos actions en conformité avec les lois de la vie qui transforment l'homme en être humain.

Jacques Castermane


dimanche 6 mars 2022

pause pour l'Essentiel



Je voudrais qu’il n’y ait plus de mots

mais pour le dire, il faut des mots

un grand nuage de silence blanc

à l’origine des sons

d’abord celui de mon propre souffle 

se perdant dans les soupirs du vent

puis les sourds battements du cœur

tambour chamanique de ma terre-chair

un trille d’oiseau, un battement d’aile

le clapotis de l’eau, une étincelle

le frémissement de l’arbre, l’oscillation du ciel

un rire d’enfant, une brise de mer

le bruit doux du mystère...

Mettre le monde en pause

redéfinir l’essentiel.... 


Elisabeth Kuhn

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samedi 5 mars 2022

Comment la nature régénère-t-elle notre cerveau et participe à notre bien-être ?


Il n’est pas vain d’aller se balader en forêt, de s’émerveiller devant les premières lumières du jour et de laisser son esprit vagabonder face à la mer. Les effets de régénération de la nature sur notre cerveau sont aujourd’hui indéniables et démontrés par de nombreuses études neuroscientifiques.

Michel Le Van Quyen a été frappé par ce manque de nature qu’il a subi pendant le premier confinement, en partant de cette expérience personnelle il s’est intéressé aux recherches scientifiques menées sur l’importance des effets bénéfiques de la nature sur notre cerveau et de la nécessité pour tout Homme de se plonger régulièrement dans une expérience de nature. Dans son essai Michel Le Van Quyen rappelle que cette expérience de nature est tout autant essentielle pour le cerveau qu’elle ne l’est pour notre éveil à la cause environnementale et à l’enjeu de protéger la nature.

« Pourquoi les espaces naturels sont-ils si vitaux en cette période troublée ? La réponse est simple : la nature nous « ressource », elle « infuse en nous son énergie » et « suspend momentanément nos préoccupations et nos conflits intérieurs ». Elle nous procure des émotions profondes, qui évacuent le stress et augmentent le bien-être. »

Voici l'émission de la Tête au carré de France Inter (dont j'ai extrait la substantifique moelle) en cliquant ce lien

«Notre environnement a brutalement changé, passant du vert au gris, mais pas notre cerveau. Il reste encore largement celui d’un chasseur-cueilleur des steppes verdoyantes de nos origines paléolithiques. »

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vendredi 4 mars 2022

Une chance d'espoir...

 


En contemplant le ciel, ce soir, je me disais qu’il faudrait vraiment que les êtres humains arrêtent de se mentir à eux-mêmes à propos de leur soi-disant nature supérieure qui les placent au-dessus des autres êtres vivants. Nous avons un cerveau finalement assez limité car, même si notre cortex - la partie récente de notre cerveau - nous a permis d’élaborer une pensée complexe et de créer des outils sophistiqués, notre pensée et nos outils sont encore au service d’instincts extrêmement primaires gérés par les anciennes parties de notre cerveau. Cela fait de nous des êtres très puissants mais d’autant plus dangereux pour nous-mêmes et pour les autres, des prédateurs pour l’ensemble de notre environnement. Si seulement nous avions l’humilité de nous l’avouer et de tout faire pour dompter nos instincts primaires tellement destructeurs. 

Désolé de vous partager cette pensée un peu sombre… mais je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut pouvoir affronter ce qui est sombre pour donner une chance à la lumière de se révéler.

Thierry Janssen



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jeudi 3 mars 2022

Méprisant et méprisé

 


La guerre est aux portes de l’Europe impliquant un pays majeur.

La guerre est comme un barrage qui lâche. On ne sait pas jusqu’où cela peut aller.

Les chefs d’état occidentaux font ce qu’ils peuvent. Ils essaient d’éviter la confrontation directe avec la Russie. Et nous citoyens, que pouvons-nous faire ? Chacun se débrouille.

Cependant, je sais ce que je peux faire :

Essayer d’arrêter la guerre. Oh, pas celle en Ukraine. Je ne peux rien faire directement.

Arrêter MA guerre. Vilipender Poutine, penser, dire du mal augmente la violence en moi. Tôt ou tard, elle sortira. Elle justifiera des représailles belliqueuses. Et la guerre ne fera que croître.

Ce que je peux faire, quand je pense du mal et pas seulement de Poutine, c’est me tourner vers mes proches, leur dire un compliment, un mot d’amour, faire un petit acte de bienveillance, de paix familiale, de paix de voisinage.

Le but est de substituer à l’état de guerre, la NON-guerre active.

Active car pour qu’elle soit efficace, elle doit être incarnée dans les mots et les actes. Cesser le mépris que j’éprouve pour ce dictateur, qui nous renvoie son mépris pour les occidentaux dans une escalade mortifère.

Christian Rœsch

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mercredi 2 mars 2022

compassion des arbres...

 


Devant ce que la vie a de plus cruel, toutes les pensées parfois s'effondrent privées d'appui, et il ne nous reste plus qu'a demander aux arbres qui tombent sous le vent de nous apprendre cette compassion que le monde ignore.

"La presence pure"

Christian Bobin

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mardi 1 mars 2022

Pratique du vœu

 Dans la monotone succession des jours, les petits gestes qui nous paraissent banals ou insignifiants ont pourtant toute leur importance. La nonne bouddhiste y apporte toute une qualité de présence en formulant des souhaits. Ou comment cultiver la joie de vivre, la compassion et l'amour.


Vous arrive-t-il de faire des vœux ? Je ne parle pas des vœux de ­Nouvel An mais de ces souhaits devant une étoile filante dans le ciel d’été : aller marcher sur la lune, flâner sous les tropiques à bord d’une jonque…

Dans notre tradition, nous faisons souvent des vœux, mais d’une tout autre sorte : il s’agit de partir du quotidien, et même des moments les plus banals de ce quotidien, ces moments que l’on ne voit même plus parce qu’ils ne font que se répéter, jour après jour. Or ces petits gestes qui nous semblent sans importance, poster une lettre, allumer son portable sont en fait ceux qui tissent notre vie même, dans son ennui, dans sa routine ; alors plutôt que de les ignorer, transformons-les grâce à un vœu :

Allumant mon Smartphone,

je fais le vœu de n’y déposer tout au long de la journée

que des paroles bienveillantes.

Notre vœu est à la fois un vœu minuscule et un vœu immense ! Un vœu minuscule parce qu’il est réalisable, avec un petit peu d’attention, un petit peu de cœur. Immense car il va changer notre journée pour le meilleur. Il va permettre de vivre au creux même des jours, sans rien perdre, sans se perdre.

M’éveillant au matin,

je fais le vœu d’écouter ceux que j’aime

surtout ce que je n’entends pas.

Il y a beaucoup de vœux possibles, en fait, il n’y a pas d’instant qui n’y soit propice. Les vœux qui nous font sourire :

Redémarrant la Box,

je fais le vœu de me souvenir

que moi aussi j’ai parfois besoin de déconnecter.

Quand j’entends le moustique zinzinner à mon oreille,

je fais le vœu de me rappeler

que j’en ai embêté plus d’un avec mon bavardage.


Ceux qui nous rendent plus sages :

Devant le grand ciel bleu

je fais le vœu de ne pas oublier

qu’il y a aussi des jours avec nuages.

Après avoir écouté la radio ce soir,

je fais le vœu d’être attentive

à ne pas rajouter un seul geste de violence

dans ce monde qui en déborde.


Et ceux qui allègent nos journées :

Vidant la poubelle,

je fais le vœu de me débarrasser aussi

de ce qui encombre mon esprit.


Ou qui nous aident à mieux voir :

Lorsque je tombe sur quelqu’un de désagréable,

je fais le vœu de bien regarder

s’il n’y a pas la même personne au fond de moi.


Il y en a pour chaque occasion :

Quand au lever je vois le soleil déjà debout

je fais le vœu

de ne pas dormir ma vie.


Assis à une terrasse de café

je fais le vœu de déguster ma journée

comme elle sera servie.


C’est une façon de remplir nos jours, de mettre de la joie dans les petites choses qui en deviennent pleines de compassion et d’amour :

Remplissant de graines la mangeoire à oiseaux,

je fais le vœu

d’être source de réconfort en toutes circonstances.


N’est-ce pas merveilleux : plus rien dans notre vie n’est laissé de côté ! Plus aucune activité n’est trop petite pour être pleinement vécue et partagée. C’est tout simple ! ...

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source : La Vie

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lundi 28 février 2022

Conseils du Cœur : à ceux qui font la guerre.

 Sa Sainteté le Dalai Lama 


Dans toute société humaine apparaissent des êtres malfaisants qui causent un grand nombre de problèmes, et il est nécessaire de disposer de moyens efficaces pour les empêcher de nuire. Lorsqu’il ne reste aucun autre choix possible, il faut bien se résoudre à utiliser la force armée.

Pour moi, une armée ne doit pas servir à propager une doctrine ou à envahir un autre pays, mais simplement à mettre fin, en cas d’absolue nécessité, aux agissements de ceux qui détruisent le bien-être de l’humanité et sèment le chaos. Le seul objectif acceptable d’une guerre est le bonheur de tous, et non des intérêts particuliers.

La guerre n’est donc qu’un pis-aller. L’Histoire nous montre que la violence engendre la violence et résout rarement les problèmes. En revanche, elle crée d’insondables souffrances. On voit aussi que lorsqu’elle paraît sage et logique pour mettre fin à des conflits, on ne peut jamais savoir si au lieu d’éteindre un feu on n’est pas en train d’allumer un brasier.

Aujourd’hui, la guerre est devenue froide et inhumaine. Les armes modernes permettent de tuer des milliers d’êtres sans prendre de risque soi-même ni voir les souffrances qu’on a provoquées. Ceux qui donnent l’ordre de tuer se trouvent souvent à des milliers de kilomètres du champ de bataille. Et les innocents, les femmes et les enfants qui ne demandent qu’à vivre sont ceux qui meurent ou sont mutilés. On se prend presque à regretter les guerres d’autrefois, où le seigneur marchait à la tête de ses troupes ; sa mort signifiait en général la fin des hostilités. Il faudrait au moins redonner à la guerre une dimension humaine.

À partir du moment où ils ont des armes, les hommes sont enclins à s’en servir. Mon point de vue est qu’il ne devrait plus y avoir d’armée nationale. Le monde devrait être démilitarisé, à l’exception d’une force multinationale qui interviendrait uniquement lorsque certains menaceraient la paix dans une région du monde.

Tout le monde parle de la paix, mais on ne peut réaliser la paix à l’extérieur si l’on héberge en soi la colère ou la haine. On ne peut pas non plus concilier le désir de la paix et la course aux armements. L’arme nucléaire est considérée comme un moyen de dissuasion, mais cela ne me semble pas une méthode sage ni efficace à long terme.


Un certain nombre de pays consacrent des sommes colossales au développement de ces armes. Tant d’argent, d’énergie, de talent sont gaspillés alors que les risques de dérapage ne peuvent qu’engendrer de plus en plus de peur.

Mettre fin aux guerres est l’affaire de tous. On peut certes trouver le nom de gens qui sont à l’origine des conflits, mais on ne peut pas prétendre qu’ils ont surgi de nulle part ou ont agi seuls. Ce sont des membres de la société dont chacun de nous fait partie et dont chacun porte une part de responsabilité. Si nous voulons créer la paix dans le monde, créons-la d’abord en chacun de nous.

La paix dans le monde ne peut passer que par la paix de l’esprit, et la paix de l’esprit par la prise de conscience que tous les êtres humains sont comme les membres d’une même famille, malgré la diversité des croyances, des idéologies, des systèmes politiques et économiques. Ces derniers ne sont que des détails, au regard de ce qui nous rapproche. Le plus important est que nous sommes tous des êtres humains habitant une même petite planète. Ne serait-ce que pour survivre, nous avons besoin de coopérer les uns avec les autres, à l’échelle des individus comme à celle des États.

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dimanche 27 février 2022

Vivre ce carême

 Dans la France contre les robots (1947)» essai visionnaire sur notre monde actuel, que je viens d’adapter au théâtre sous le titre du Paradis des robots, Georges Bernanos nous alerte face au risque de perdre notre vie intérieure dans une société envahie par les « machines »... Une société qui fait des « êtres non pas égaux, mais pareils ». Avec la prolifération des technologies, nous sommes devenus comme des toxicomanes. Or, « le drame du toxicomane ce n'est pas qu'il use d'un poison, c'est qu'il ait éprouvé le besoin d'en user pour fuir sa propre personnalité ». Après deux ans de pandémie et de restrictions, voici quelques pistes qui me sont apparues dans le texte de Bernanos pour vivre ce carême.

1 - RETROUVER SA PERSONNALITÉ

Qu’est-ce qui fait que je suis singulier ? Bernanos m'invite à retrouver mon désir profond, ce qui m'anime vraiment. Qu’est-ce qui me fait plaisir. me donne de la joie ? Comment retrouver ce que je suis, et que j’ai pu perdre de vue ? Ma mission propre ?

Après ces deux années difficiles, où nous avons subi toutes sortes de contraintes, je peux saisir l'occasion de ce carême pour me demander ce que je peux donner plutôt que de me priver. À cette fin, trouver en moi ce qui m'est propre, le développer. Car par définition, je suis le seul à pouvoir l'offrir !

2 - CULTIVER SES TALENTS

Il ne s’agit pas de narcissisme, mais plutôt de mettre mon talent au service des autres. Dans sa Première lettre aux Corinthiens (12,17), saint Paul dit : « Si tout le corps était œil, où serait l'ouïe ? S'il était tout ouïe, où serait l'odorat ? » Ainsi, chacun est un membre unique du corps du Christ. Si je ne joue plus ma partition propre, c’est tout le corps qui est entravé dans sa marche et qui en pâtit. Concrètement, je peux reconnaître mes qualités, sans jouer aux faux modestes. Et si cela s’avère trop difficile, demander de l’aide à mes proches et amis bienveillants. Je mets ensuite mes dons en pratique dans une situation concrète. Si l’on me dit, par exemple, que j’ai un beau sourire et qu’il donne de la joie, j’en profite pour l’offrir à mes voisins, à la personne SDF en bas de chez moi, à celles que je croise, jusque dans le métro...

3 - FAIRE LE VIDE EN SOI-MÊME

Après deux ans de confinement et de vie entre parenthèses, on pourrait avoir envie de faire plein de choses. Chercher à rattraper le temps perdu par une activité débordante, rentabiliser son temps. Bernanos propose plutôt la figure de « l’homme qui a du temps à perdre ». Pourquoi ne pas accepter de perdre, d’avoir des trous dans mon agenda ? D’être vide, pour mieux recevoir, me laisser remplir, non plus par des dérivatifs, mais par Celui qui donne la vie, la paix, la joie ?

Il ne s’agit même pas de prier, mais de se laisser faire plutôt que de faire. De se laisser travailler par la providence. Si je ne me confronte pas à ce vide, ce « vacant », je ne me mets pas face à ma misère. En cultivant ce temps de « rien », j’ai accès à ma vie intérieure, même pauvre, et je suis en contact avec mon moi, en vérité, et donc avec Dieu. Si ma pensée divague, ce n’est pas grave : au moins, elle est en mouvement et pas atrophiée par les écrans ! Et quand bien même elle serait pauvre, négative, laide... Au moins j’y ai accès.

On dit qu’il faut que l’enfant s’ennuie pour que son imagination soit plus créative. Et l’adulte ? Je retrouve ma dimension créative en acceptant de lâcher. Je sors ainsi de cette mentalité d’une « vie tout entière orientée par la notion de rendement, d’efficacité, de profit où l’homme est devenu lui-même un outil, où le rythme de la vie ne se mesure plus au battement de son cœur, mais à la rotation vertigineuse des turbines qui s'accélèrent sans cesse » (Bernanos).


4 - RENOUER AVEC LE CHEMIN DU RÉEL ET DE LA RELATION

Je peux faire un jeûne de Facebook, de Netflix, des séries, d’Instagram, de WhatsApp, de l’ordinateur (qu’on a allègrement utilisé ces deux dernières années !). Ces technologies me divertissent : elles me détournent de mon chemin, de ma vocation. L’écran fait écran à ce que je suis profondément, et comble ma difficulté à être face à ma pauvreté. Je remets donc ces « machines » à leur juste place.

Ces moyens peuvent m’aider à surmonter la vie et ses épreuves, mais si l’usage de ces technologies a pour conséquence de m’éloigner de ce pour quoi je suis fait, de m’extraire de ma mission, attention danger ! Pourquoi ne pas retrouver le chemin du bon vieux téléphone pour appeler ses amis, pas vus (ni entendus) depuis deux ans ou plus, et leur dire à quel point ils vous ont manqué ? 


Michel-Olivier Michel
Comédien et metteur en scène, il enseigne l'art dramatique depuis 20 ans. Fondateur en 2011 des ateliers philo-théâtre, diplômé en théologie, il a mis en scène de nombreuses pièces, dont certaines ont une portée spirituelle.

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vendredi 25 février 2022

Neutre

 NEUTRE 

c’est terrible

Il m’arrive

encore
de prendre les choses
personnellement

c’est terrible

c’est comme ça

une pique
de quelqu’un
qui m’est proche

un comportement
que je ne comprends pas

une attitude
qui me désarçonne

une saillie
qui m’entaille

cela ne m’arrive
pas très souvent

la plupart du temps
je vis
avec la claire conscience
que l’autre
ne peut faire autrement
que ce qu’il fait

être autrement
que ce qu’il est

que rien
non
rien de rien
n’a à voir
avec moi

que tout
est neutre

non pas indifférent
interchangeable
grand dieux non

plutôt
que de tout ce qui est
rien n’advient
en fonction de moi

parmi tout ce qui advient
Il est des choses
qui me concernent
celles qui viennent à moi
qui constituent mon lot

ce n’est pas
parce qu’elle me concernent
me demandent un positionnement

qu’elles adviennent
pour
ou contre
moi

au final
il n’y a pas
de moi
en fonction duquel
et autour duquel
ce qui advient
adviendrait

juste une personne,
momentanée
infiniment précieuse
radicalement limitée
Imbriquée
dans un réseau
de choses
qui arrivent

la plupart du temps
donc
de plus en plus
sans doute

j’existe

en tant que personne
en un ciel
dégagé
un climat
apaisé
au sein duquel
tout vibre
si fort
sans pour autant désaccorder
l’instrument
que je suis

et il arrive encore que
ce qui advient
je le prenne
personnellement

qu’un moi fictif
s’invite
usurpe la place
occupe la scène

sachant son moment court
Il s’époumone
comme un manifestant
en passe d’être évacué

Il fond sur le buffet
comme un pique assiette
en instance d’expulsion

et tant qu’il fait son cinéma
cet imposteur

c’est terrible

ce qui est
n’est plus simplement
ce qui est

mais une manigance
du réel
un vilain tour
joué par la vie

pied de nez
coup de griffe
claque
offense

outrages
qui auraient vite fait
de se muer en injustice
si j’en étais encore
à m’en saisir
à en tirer des conclusions

ce dont
désormais
et fort heureusement
je m’abstiens

mais enfin
quand ça arrive

c’est terrible

c’est ce qui est
aussi

c’est neutre
aussi

et c’est une déflagration
dans un espace de quiétude

une crécelle
au sein d’un ensemble harmonieux

le corps
accuse
l’onde de choc

le psychisme
vrille
des alarmes hurlent

alors l’urgence
vitale

est de descendre
du maudit manège
lancé en tourbillon

ne pas faire non plus
une affaire personnelle
d’avoir ainsi
pris les choses
personnellement

ne plus battre des pattes
en surface

à l’écoute
de la fréquence juste
accorder l’instrument
avec patience
délicatesse

veiller
à ne pas casser une corde

c’est seulement une fois
l’instrument réaccordé
qu’il redevient
opportun
de jouer

S’il y a une parole à dire
une ligne à écrire
un geste à poser
une main à tendre

puis les choses
reprennent leur cours

neutre

qu’elles n’ont d’ailleurs
jamais quitté


Gilles Farcet 

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