samedi 14 mars 2020

VIRUS OU PAS VIRUS … Une question de dignité.

Message de Gilles Farcet


Les familiers de cette page le savent, je ne commente quasiment jamais l’actualité et , les rares fois où je le fais, toujours sous un angle bien spécifique.
Dieu me préserve d’ajouter encore une parole inutile à la prolifération des avis et opinions plus ou moins documentés à propos de notre nouvelle menace « The » virus …
Juste une suggestion de perspective alors que commencent à me revenir des inquiétudes et interrogations : allons nous - pour ceux d’entre nous qui sont engagés dans un travail collectif - continuer à nous réunir ? Les rendez vous prévus sont ils maintenus, etc etc …
J’ai passé soixante ans et suis l’enfant de parents âgés. Ma mère et mon père avaient chacun séparément - ils ne se connaissaient pas encore- vécu la guerre. A plus de trente ans, mon père, mobilisé comme tant d’hommes de sa génération, a dû quasiment du jour au lendemain partir sans avoir la moindre idée de quand et si il reviendrait. Il avait un métier, des responsabilités, des proches, une existence riche et remplie qu’il lui a fallu quitter. Il a été blessé, prisonnier plusieurs années … Ma mère, jeune étudiante, a vu le drapeau nazi flotter sur l’Hôtel de ville, ses amis hommes partir pour parfois ne plus revenir, certains de ses amis femmes et hommes disparaître ou s’enfuir, parce que juifs. Elle a comme tant d’autres et malgré sa situation relativement privilégiée, connu les privations alimentaires, les restrictions de déplacement. Je l’entends encore me raconter des décennies plus tard, des larmes dans les yeux, ce jour où, proches de la défaite, les Allemands fous furieux vinrent tirer au hasard à la mitraillette sur la place de notre village du Poitou où elle était réfugiée près de ses grands parents et où, blottis dans la cave les uns contre les autres, ils crurent leur dernière heure venue.
Son frère, mon oncle, partit pour les « chantiers de jeunesse » puis, comme beaucoup de jeunes gens de cette époque, pour le sanatorium. La tuberculose courait. Arnaud Desjardins , pour se référer à une figure proche, passa un an au « sana », après avoir vu ses fiançailles brisées (son futur beau père ne voulant pas donner sa fille à un « tubar »). René Daumal, Katherine Mansfield , pour citer deux grands écrivains par ailleurs disciples de Monsieur Gurdjieff, y laissèrent leur vie alors qu’ils étaient encore bien jeunes.
J’arrête là cette énumération, inutile de convoquer le souvenir de la grippe espagnole et encore moins de la peste.
Là où je veux en venir, c’est que nous avons perdu l’habitude d’être impactés de manière un peu significative dans notre existence quotidienne, nos projets, nos déplacements, nos relations, par des événements collectifs qui , parfois brutalement, nous révèlent une loi fondamentale du réel, celle de l’interdépendance des phénomènes. Quoi ? Mais alors , la séparation n’existe pas ? Vous voulez dire que nous n’existons pas isolés en tant qu’entités séparées, « indépendantes » ? Eh oui, nous sommes chacun distincts, différents, mais séparés, « indépendants », non. Tout interagit sur tout. Et MOI, je n’y peux rien. Quel choc ! Quelle révélation. Nombre de jeunes ou pas si jeunes n’ont pas d’autre expérience de cet impact de l’ensemble sur leur existence dite individuelle que, du moins dans une grande ville, les grèves des transports ou la circulation perturbée du fait de mouvements sociaux. Pour ma part, j’ai le souvenir, en mai 68 - j’avais 9 ans- d’un mois de vacances , avec un étrange climat qui voyait les adultes l’oreille collée au poste , les excursions en voiture annulées pour cause de pénurie d’essence, et aussi quelques scènes de guerre urbaine, rues dépavées, magasins dévastés, et « le grand chef », Le Général De Gaulle , brièvement disparu …
Comme tout un chacun, je n’ai aucune envie de voir mes déplacements limités, mes activités restreintes, la convivialité contrariée. Comme tout un chacun, je n’ai aucune envie de tomber malade, « grippette » ou pas , aucune envie de voir mes proches malades … Je pense avec empathie aux parents de jeunes enfants qui vont devoir se débrouiller, aux personnes âgées encore plus isolées …
Et il n’est pas question de s’arrêter de vivre. Tout comme face à la menace terroriste , c’est une question de « dignité intrinsèque ». Dignité n’est pas imprudence et encore moins inconscience qui ne serait qu’une autre manifestation du MOI isolationniste (moi seulement …)
En tant que citoyen normalement responsable , je vais docilement me laver les mains de manière très régulière, prendre soin de ne pas postillonner sur mon prochain … Je vais adopter le salut à l’indienne , mains jointes sur le coeur, sourire et regard bien droit dans les yeux c’est plus beau à mon goût que de frapper du pied à terre comme un cheval piaffant… J’éviterai sans doute les déplacements tout à fait superflus. Mais je n’arrêterai pas de vivre et d’être en relation. �Pendant l’occupation et le couvre feu, les groupes Gurdjieff ont continué à se réunir.
Notre dignité en tant que personnes consiste face à une menace quelle qu’elle soit à ne pas alimenter de pensées et d’émotions inutiles , à agir plutôt que réagir, tout en étant responsable et donc normalement prudent. Craindre la maladie ou ses conséquences diverses est humain. Céder à la peur abjecte ne l’est pas. Arrêter de vivre, donc de se rencontrer, de partager, de rire, pleurer, prier et s’interroger ensemble est en dessous de notre dignité.
Alors, tant que la consigne n’est pas le confinement, et même alors, même si … continuons à être ensemble. Ne fermons pas nos frontières face au virus désigné comme « l’étranger », par l’immémoriale bêtise et bassesse , n’est ce pas … Pour le MOI isolationniste, le virus c’est toujours l’autre , les autres.
Soyons donc ensemble quoi qu’il en soit. Avec bon sens, toujours. Si vous êtes âgé, fragile , si vos poumons sont en mauvais état, ne prenez pas de risques inutiles. Si nous ne nous sentons pas bien , n’en faisons pas courir aux autres. Mais même là, ne nous renfermons pas, restons en lien. Internet et autres outils sont souvent instrumentalisés pour le pire, qu’ils soient cette fois utilisés au service du meilleur.
« Guerre ou pas guerre", disait Monsieur Gurdjieff qui avait dû fuir la Russie dans des conditions périlleuses, « nous faisons toujours un profit. ». Il ne parlait bien entendu pas d’un profit matériel mais d’un bénéfice autre… Puissions nous reprendre et appliquer cette maxime : « virus ou pas virus … »
Comme le dit un texte fort ancien (le Rig Veda) : Soyons ensemble, mangeons ensemble, soyons ensemble pleins de vitalité. Propageons la vérité, la lumière de la vie, n’entretenons pas de négativité. La paix et la vitalité soient avec nous.
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mercredi 11 mars 2020

La mort avec François Cheng



L'art de s'arrêter


Nous devons apprendre l’art de nous arrêter - arrêter nos pensées, nos énergies d’habitude, notre oubli et les émotions fortes qui nous gouvernent. [...] La pleine conscience est l’énergie qui nous permet de reconnaître notre énergie d’habitude et de l’empêcher de nous dominer. [...] 
Nous avons besoin d’éclairer de la lumière de la pleine conscience chaque chose que nous faisons, afin que l’obscurité de l’oubli puisse disparaître. [...] 
Nous devons apprendre à devenir solides et stables comme un chêne, pour ne pas être emportés d’ici de la par la tempête. Le Bouddha nous a enseigné de multiples techniques pour nous aider à calmer notre corps et notre esprit et les regarder profondément. Ces techniques peuvent être résumées en cinq étapes :


Reconnaître : Si l’on est en colère, on dit : « Je sais que la colère est en moi. »

Accepter : Si l’on est en colère, on ne le nie pas. On accepte ce qui est présent.

Embrasser : On prend sa colère dans ses bras comme une mère prendrait son bébé en pleurs dans ses bras. Notre pleine conscience embrasse notre émotion et cela suffit déjà à calmer notre colère et à nous calmer.

Regarder profondément : Une fois notre calme retrouvé, nous pouvons regarder profondément ce qui a fait naître cette colère, ce qui a causé la gêne de notre bébé. 

Pratiquer la vision profonde : Le fruit du regard profond est la compréhension des nombreuses causes et conditions, principales et secondaires, qui ont fait naître notre colère, qui ont fait pleurer notre bébé. 
Notre bébé a peut-être faim, à moins que sa couche ne soit trop serrée. Notre colère a été déclenchée par les paroles blessantes qu’un ami vient de nous dire, et soudain on se rappelle qu’il ne va pas très bien aujourd’hui parce que son père est sur le point de mourir. Nous continuons de pratiquer le regard profond jusqu’à commencer à comprendre ce qui a pu causer notre souffrance. Avec la vision profonde, nous savons ce qu’ il faut faire et ne pas faire pour changer la situation.

Thich Nhat Hanh

source : anthologie de la Vigilance  - Marie Chantale Forest - Editions Accarias L'originel
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mardi 10 mars 2020

Une pratique quotidienne avant la tempête

Nous savons qu'une émotion n'est qu'une émotion. Elle arrive et reste un moment et puis devra partir, comme une tempête. Une tempête arrive, reste un moment et devra partir. Nous ne devons pas mourir à cause d'une émotion et nous sommes tellement plus grands qu'une émotion, tellement, tellement plus.
Donc quand vous sentez que l'émotion va se manifester, qu'elle arrive, il est très important que vous vous installiez dans une position assise, une position bien stable. Vous pouvez même vous coucher, c'est aussi une position très stable et vous dirigez votre attention sur votre ventre et vous êtes attentif à sentir votre ventre se soulever et à s'abaisser. Vous respirez profondément et vous concentrez toute votre attention à sentir votre ventre se soulever et s'abaisser. En position assise, comme je suis, je dirais que le niveau de ma tête est le sommet de l'arbre. Je ne resterais pas ici, je déplacerais mon attention vers le bas, vers le tronc de l'arbre qui est juste en dessous du nombril. Vous savez qu'il est dangereux de rester dans l'œil de la tempête. L'œil de la tempête est dans la tête, donc descendez juste en dessous du niveau du nombril et commencez à pratiquer la respiration en pleine conscience, inspirez et expirez profondément et concentrez toute votre attention sur votre abdomen qui se soulève et qui s'abaisse.
Vous pouvez pratiquer ainsi pendant dix, quinze ou vingt minutes et vous verrez que vous êtes forts, forts assez pour résister à la tempête. Dans la position assise ou couchée, accrochez-vous à votre respiration comme une personne s'accroche à son gilet de sauvetage, au milieu de l'océan, et vous remarquerez que vous êtes forts assez pour résister à l'émotion et un peu plus tard cette émotion partira. Pendant ce moment de respiration, vous pouvez observer qu'une émotion n'est qu'une émotion et que vous êtes beaucoup, beaucoup plus qu'une émotion. Une émotion est quelque chose d' impermanent. Elle vient, elle reste un moment et elle partira. Vous serez étonné de constater que vous êtes capable de résister à une émotion rien qu'en pratiquant la respiration dans la pleine conscience et en vous concentrant sur le mouvement de votre abdomen qui se soulève et qui s'abaisse. Il se peut que vous ayez envie de dire à un autre ami ou à vos enfants, si vous en avez, comment pratiquer.
Je connais des mamans qui aident leurs enfants à pratiquer ainsi. Elles tiennent la main de leur enfant et elles disent : " Mon chéri, respire avec moi. En inspirant, je suis consciente que mon abdomen se soulève. En expirant, je suis consciente que mon abdomen s'abaisse ". Et elles guident l'enfant à respirer avec elles en utilisant cette émotion. Si vous pratiquez ainsi, vous serez capables de générer l'énergie de la stabilité et quand vous tiendrez la main d'une autre personne, vous lui transmettez l'énergie de votre stabilité et vous l'aiderez à pratiquer comme vous afin de traverser la zone de tempête. C'est très efficace, mais s'il vous plaît, rappelez-vous une chose : n'attendez pas d'avoir une grosse émotion pour pratiquer parce que si vous attendez, vous oublierez la pratique. Il faut pratiquer maintenant.
Aujourd'hui vous êtes bien ; vous ne ressentez pas une grosse émotion. C'est le bon moment pour apprendre à pratiquer, pour commencer la pratique. Et si vous le faîtes pendant trois semaines, 21 jours, ça deviendra une habitude. Pratiquez dix minutes par jour et quand l'émotion arrivera, vous vous rappellerez la pratique tout naturellement. Vous vous asseyez et vous pratiquez l'inspiration et l'expiration et vous concentrez votre attention sur votre ventre et si vous y arrivez une fois, vous aurez confiance dans la pratique et vous direz à votre émotion : " Bien, si tu reviens, j'agirai de la même façon. " Il n'y aura pas de peur en vous parce que vous savez que vous pouvez le faire. Pratiquez régulièrement, ça aura beaucoup d'autres effets positifs sur vous, sur votre santé, et si vous enseignez à une autre personne comment pratiquer, à votre frère, votre sœur ou votre enfant, cela peut aider à leur sauver la vie dans le futur.
De nos jours, beaucoup de jeunes ne savent pas gérer leurs émotions et le nombre de personnes qui se suicident à cause de leurs émotions est très élevé. C'est un exercice simple, mais très important. Quand vous êtes très en colère, que le désespoir semble si grand, que votre peur est si vive, rappelez-vous, s'il vous plaît, de pratiquer.
Je vous conseillerais de commencer aujourd'hui, dans la position assise, où que vous soyez et de pratiquer pendant dix ou quinze minutes et de faire la même chose demain, et dans trois semaines, ce sera devenu une habitude et si vous ne pratiquez pas, vous sentirez quelque chose vous échapper, que vous ratez quelque chose. Votre pratique vous apportera beaucoup de bien être, beaucoup de stabilité et ça, c'est la meilleure protection que vous pouvez apporter à vous-mêmes. Je pense toujours que l'énergie de la pleine conscience est l'énergie du Bouddha, l'énergie de Dieu, le Saint-Esprit, qui peut nous protéger à tout instant et elle est en nous, à l'intérieur. Chaque fois que vous touchez la graine de la pleine conscience et que vous pratiquez la respiration consciente, l'énergie de Dieu, l'énergie du Bouddha est là pour vous protéger.
Elle nous aide à ne pas dire ou à ne pas faire des choses que nous ne voulons ni dire ni faire.

par Thich Nhat Hanh
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lundi 9 mars 2020

Changement neutre...



L’une des plus déroutantes de ces paroles était, je vous la dis d’abord en anglais « Everything is neutral, you qualify good and bad », « Toute chose est neutre, c’est vous qui qualifiez de bon et de mauvais ». C’est avec des affirmations comme celle-ci que les sages se font crucifier, lapider ou condamner à boire la ciguë. 
N’écoutez pas ces mots comme vous entendriez une conférence sur les phares et balises ou sur la pêche sous-marine mais comme un défi qui vous est jeté en pleine figure et qui vous concerne chacun. « Tout est neutre et c’est vous qui qualifiez de bon et de mauvais. » Si vous entendez vraiment ces mots, je dis que c’est scandaleux. Quoi ! Si mon enfant, sous mes yeux, traverse la route en courant et qu’une voiture l’écrase, c’est neutre, et c’est moi qui qualifie de bon et de mauvais ? 
Une part du chemin auprès de Swâmiji, c’était d’entendre des paroles inécoutables et inadmissibles, puis de laisser monter comme un doute : « Et si c’était vrai ? » Toute notre compréhension est remise en question. Mais est-ce que la sagesse ne remettrait pas juste-ment tout en cause de notre façon de voir ? De petits changements ici et là dans notre mentalité ne peuvent pas conduire à la libération. Pour dépasser la condition humaine habituelle, il faut accepter un bouleversement total, allant jusqu’à la racine de nous-mêmes. Si nous refusons ce qui est trop déroutant, nous nous cramponnons à nos positions acquises, celles de l’ego. Tout est neutre. Et c’est vous qui qualifiez de bon et de mauvais, de favorable ou de défavorable. En vérité c’est, exprimé directement et brutalement, l’enseignement métaphysique transmis, de génération en génération, dans l’hindouisme, dans le bouddhisme et même, sous une forme différente, dans le christianisme et l’Islam. 
Pour se diriger vers la compréhension d’une telle affirmation, pour savoir comment elle peut vous concerner et si elle a une chance de vous concerner un jour, il faut aller pas à pas. Regardez combien d’événements quotidiens pourraient être considérés comme neutres et que vous qualifiez de bons et de mauvais. Si vous cherchez tout de suite à voir que la destruction de millions d’êtres humains dans les fours crématoires est neutre, vous boucherez vos oreilles à un enseignement pareil. C’est bien certain. 
 Laissez pour plus tard, avec un grand point d’interrogation, des tragédies aussi cruelles et voyez, rétroactivement, combien d’événements vous avez qualifiés de bons et de mauvais qui auraient pu être qualifiés de neutres, c’est-à-dire ne pas être qualifiés du tout, des événements moins douloureux, moins inadmissibles pour la compréhension dualiste. 
Il y a déjà là une première possibilité de faire sur le chemin un réel progrès.

Arnaud Desjardins
Le vedanta et l’inconscient
À la recherche du soi III

dimanche 8 mars 2020

samedi 7 mars 2020

A quoi bon zazen ? A rien pour l'égo !


À rien pour l’ego !
Je suis conscient que cette indication n’est pas la meilleure qui soit pour convaincre de la valeur et de l’intérêt de l’exercice appelé zazen pour l’homme actuel. D’autant moins que la plupart des personnes qui s’orientent vers la pratique d’un exercice qui a ses racines en Orient ou en Extrême-Orient ont pour but le maintien ou le rétablissement de la santé, l’exigence du confort et l’augmentation de leur efficacité fonctionnelle dans le monde. Chacun est prêt à engager un travail sur lui-même à la condition d’y trouver une augmentation de ses capacités. On pourrait dire qu’un exercice n’a de sens que dans la mesure où il permet et favorise le passage d’un EGO de taille XXL à un EGO de taille XXXL ! Peut-être est-ce utile ? Mais ce n’est en aucun cas le but de l’exercice appelé zazen.

Nous devons distinguer les exercices pragmatiques mis au service du moi existentiel et les exercices qui tendent à la réalisation d’une vie intérieure apaisée. La finalité de tous les exercices proposés dans le monde du zen est l’éveil de l’homme à sa vraie nature en tant qu’être humain.
La formule proposée par K.G. Dürckheim est très claire : « Je ne pratique pas zazen pour guérir LE moi qui souffre mais pour guérir DU moi qui est la cause majeure des souffrances propres à l’être humain. »
Il ne s’agit donc pas de voir dans la pratique de l’assise silencieuse appelée zazen, un moyen de vivre comme d’habitude mais en étant plus détendu. Zazen est une rupture avec notre manière de vivre habituelle, une rupture avec notre manière d’être habituelle.

Zazen ? Ne rien faire, mais à fond !
Être là, assis, dans le retrait du moi et donc de toute activité objective.
L’exercice du — rien faire — ouvre sur l’émergence de l’infaisable.
L’infaisable ? Ces actions qui ne sont pas du ressort du moi mais du ressort de l’être.
Par la pratique inlassable de zazen, chacun peut ainsi s’affranchir de son moi inquiet, anxieux, sans cesse préoccupé par le désir d’avoir plus, de savoir plus, de pouvoir plus. Exigences qui peuvent conduire au burn-out ou à la dépression.
En se laissant transformer par l’infaisable, dont le souffle (la respiration) est l’expression la plus intime, l’homme retrouve son état de santé fondamental dont les symptômes sont le calme intérieur, la paix intérieure, la confiance et la simple joie d’être.
Jacques Castermane
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vendredi 6 mars 2020

Ouvrons nous à l'enfant en nous...


Actuellement, je vous conseille le virus de l'émerveillement !


"Si nous regardons jouer un enfant, 
nous sommes émerveillés de voir à quel point il vit dans l'instant présent !" 
Arnaud Desjardins


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jeudi 5 mars 2020

Point de vue collectif sur le Covid-19

Un article très intéressant parce que non émotionnel et très bien documenté, à propos du coronavirus, d'un intensiviste belge. Il a le mérite de montrer où se situe exactement le problème avec ce virus, et d'expliquer très bien la différence entre un danger personnel et un danger collectif.
Si nous ne voulons pas être juste des machines à réaction en rapport avec cette épidémie, nous pouvons observer tranquillement certaines des conséquences de ce virus.
D'abord, il nous montre à quel point les frontières sont une ligne fictive en regard de la vie. Il nous rappelle notre profonde interconnexion, pas d'une manière un peu floue entre biosphère et humains, mais simplement entre frères et soeurs humains. Souvenez-vous il y a trois mois, toutes nations en compétition. Et maintenant? Il émerge une sorte de solidarité planétaire presque inédite, que nous pouvons sentir dans nos tripes. Essayons de nous en souvenir et de conserver ce sentiment au delà de cet épisode temporaire.
Par ailleurs, ce virus incite fortement à adopter un point de vue systémique large au lieu d'être focalisé sur notre nombril: oui, le virus, à titre individuel n'a pas de quoi inquiéter outre mesure. Mais à l'échelle systémique, il reste extrêmement problématique si nous ne prenons pas conscience que les simples gestes sanitaires demandés par nos autorités ont une visée collective et pas individuelle. L'article ci-dessous en parle très justement.
Pour les pratiquants spirituels, il s'agit d'une excellente opportunité de mettre en pratique leurs enseignements, toutes lignées confondues. Rappelons peut-être ici une belle citation de Arnaud Desjardins, parlant de la progression spirituelle: "Au début, moi seulement. Ensuite, moi et les autres, ensuite les autres et moi, enfin, les autres seulement". Le coronovirus comme upaguru nous demande au moins d'atteindre le point de "moi et les autres" et si possible, au delà. Alors se laver les mains et adopter les mesures de précaution de bon sens demandées par les autorités, oui, ça fait partie de la pratique spirituelle. 
So...let's practice!
Fabrice Jordan
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mardi 3 mars 2020

Une tendre fête des voisins


En bonus de l'interview des articles précédents, je vous invite à la fête des voisins de Ilios...


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lundi 2 mars 2020

“Par la méditation, le monde devient ma famille” (2)

Rapprocher le développement personnel de l’engagement social, c’est la visée de votre association Émergences, créée à Bruxelles en 2009 avec votre compagne. Pourquoi cette initiative ?

Notre couple est un peu le symbole de cette convergence entre deux mondes. Engagée dans l’humanitaire, maintes fois témoin de la mort et de la souffrance dans les hôpitaux africains, Caroline Lesire a découvert la méditation comme un outil de résilience qui lui a appris à gérer ses émotions. De mon côté, je me suis ouvert à la vision politique dont manque souvent le développement personnel, pour mieux m’interroger sur les inégalités et comment changer les structures. Mettre son énergie au service des autres et chercher du sens à sa vie vont de pair. « Incarnons le changement que nous voulons voir dans le monde » : cet adage de Gandhi a inspiré la création d’Émergences et notre volonté de promouvoir une société plus juste et chaleureuse où l’on valorise à la fois la confiance en soi et la solidarité.
Et cela passe par quel type de projets ?
Outre nos ateliers de méditation et d’« écopsychologie », nos retraites, conférences ou formations pour s’initier à la pleine conscience ou pour enseigner la méditation à l’école, nous contribuons à financer des projets solidaires et à mener des actions de terrain. Depuis 2014, nous proposons à la prison de Leuze-en-Hainaut (Belgique) – et bientôt en programme numérique – des cycles de pleine conscience pour le personnel et les détenus. Notre idée : donner à des personnes en grande réactivité émotionnelle des ressources psychologiques pour gérer leur impulsivité, mais aussi une voie pour se reconnecter à leur humanité, ce lieu intérieur « pas abîmé » dont ils se sont coupés. En participant à une forme de guérison, nous préparons la réinsertion. Dans un tout autre contexte, nous avons créé dans une abbaye, lieu touristique classé où l’on souhaitait remettre une présence contemplative, un sentier méditatif en huit étapes. Et nous redistribuons les recettes de nos soirées à une chorale d’enfants dans un quartier défavorisé. Avec le double projet d’offrir par le chant une forme de présence contemplative à des jeunes au passé difficile et d’enseigner aux animateurs les bases de la présence par la méditation. L’engagement social passe pour nous par un don de force intérieure. Nous ne voulons pas travailler seulement à l’amélioration des conditions de vie, mais aussi au changement des êtres.
Il ne s’agit pas de morale ou de sacrifice, mais plutôt d’une forme de philia, de joie bienveillante, d’amour altruiste : on veut le bien de l’autre et on s’en réjouit. 
Comment pouvons-nous, à partir de là, nourrir notre empathie pour le monde ?
Naturellement inscrite en nous, notre empathie se réduit souvent aux plus proches. C’est encore plus frappant quand nous traversons des épisodes de tension sociale où chacun se replie sur son groupe d’appartenance. Or la méditation est une forme d’antidote à l’indifférence, elle élargit notre sentiment d’appartenance et nous reconnecte à l’interdépendance. En méditant, je ressens profondément mon lien avec les autres et je vois naître un sentiment de responsabilité vis-à-vis du monde, qui devient ma famille. « Tous les êtres, nos proches parents », mentionnent les textes bouddhistes ; « Aime ton prochain comme toi-même », propose l’Évangile. Il ne s’agit pas de morale ou de sacrifice, mais plutôt d’une forme de philia, de joie bienveillante, d’amour altruiste : on veut le bien de l’autre et on s’en réjouit. Parce qu’en méditant je me sens plus vivant, je suis sensible à la vie en tout être et en toute chose, et cela m’empêche de les traiter en objets. C’est un changement de conscience qui s’applique aussi à notre lien à la Terre. On traite le vivant en voisin et non comme une ressource à exploiter. C'est la conviction que nous développons dans le livre Prendre soin de la vie, de soi, des autres et de la nature, dont je suis coauteur.
C’est un changement de conscience qui s’applique aussi à notre lien à la Terre. On traite le vivant en voisin et non comme une ressource à exploiter.
Vous témoignez dans votre livre d’un droit du vivant qui émerge dans le monde et vous rend confiant.

Oui, nous observons un changement progressif dans les relations qu’entretiennent les nations avec la planète. Je citerai plusieurs exemples : le Bhoutan, où les 60% de couverture forestière ont été inscrits dans la Constitution ; le fleuve Whanganui, qui a reçu en 2017 du Parlement néo-zélandais le statut de « personnalité juridique », autrement dit d’« entité vivante », ou, plus près de nous, au pays de Galles, le Well-Being of Future Generations Act, adopté en 2015, qui oblige les organismes publics à considérer le bien-être des générations futures dans toute décision. Une nouvelle conscience émerge.
En quoi cette pratique a-t-elle transformé votre propre conscience du monde ?
Elle m’a rendu présent à un monde plus vivant et plus vaste que mes propres projets et petits soucis. Je perçois mieux l’impact des relations et des comportements que nous adoptons. En me posant chaque jour, j’apprends à être moins otage de comportements automatiques, qu’il s’agisse des pulsions de consommation, de l’influence des fake news ou des jugements intempestifs. C’est une pratique de libération. Si je suis moins manipulé, je serai un meilleur citoyen. En même temps, méditer me permet aussi d’« être là », d’habiter un moment de sérénité dans la nature avec ma fille de 5 ans ou d’être plus actif si quelqu’un autour de moi a besoin d’aide. Cet espace de bienveillance intérieure me rapproche de mon prochain, moins dans l’idéologie, mais dans la conscience du service.
Méditer, c’est se mettre au service ?
Oui ! Écologiste, méditant ou abbesse d’un couvent, nous sommes tous au service de la même chose, c’est-à-dire de la vie. Si nous savons sortir d’une forme de repli idéologique, en nous interrogeant sur le sens de notre présence et de notre service, nous trouvons beaucoup de convergences. Les traditions spirituelles, avec leurs différences, font l’expérience commune de l’intériorité. Et je crois que la méditation de pleine conscience a permis, dans un espace laïque, de recréer un espace intérieur commun aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui. En élargissant la conscience, elle renvoie à la responsabilité personnelle, dans un sentiment de fraternité avec le monde et le vivant.

Exercice : méditer pour prendre soin
« Il suffit d’être prêt à écouter, regarder, être présent à tout ce qui se déroule dans votre expérience. Juste accueillir ce qui se présente, à chaque instant, sans rien exclure : ni vous-même, ni les autres êtres vivants, ni le reste du monde. Dans cette volonté de regarder et d’être présent, on peut trouver une grande bienveillance. Dans cet état de conscience, vous vous ouvrez à une forme de compassion et d’amour. » D’après Edel Maex.
Ilios Kotsou Docteur en psychologie et maître de conférences à l’Université libre de Bruxelles, il travaille sur la pleine conscience et son lien avec le changement social.
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“Par la méditation, le monde devient ma famille” (1)

Comment prendre soin de nous, des autres et de la Terre ? En commençant par méditer pour cultiver notre bienveillance et réveiller notre sentiment de responsabilité. C’est la conviction du chercheur en psychologie Ilios Kotsou, à découvrir lors de la journée Méditation organisée par La Vie le 16 mai prochain au Grand Rex à Paris.

Qu’est-ce que la méditation ?
Une science de l’attention, qui permet d’observer avec lucidité et bienveillance la mécanique de nos émotions pour les transformer en ressources. Personnellement, c’est par la question des émotions et des douleurs de la vie – notamment le décès de mes parents quand j’avais 16, puis 17 ans – que je suis revenu vers la méditation et que j’ai découvert la puissance de cette pleine attention. J’ai vu tellement de personnes, dont un ami proche qui s’est suicidé, se débattre dans des émotions compliquées et une vraie souffrance psychologique, que j’ai voulu comprendre, en observant ce qui se passait en moi et chez les autres, comment se reconnecter à nos ressources intérieures et dépasser nos difficultés à vivre.
Qu’est-ce qui vous a aidé dans ce parcours ?
Des lectures, d’abord, m’ont beaucoup éclairé, comme celle de Milton Erickson, fondateur de l’hypnose ericksonienne. Ce psychologue atteint de poliomyélite a mis ses souffrances et sa résilience au service des autres. Il rejoint le constat du bouddhisme quand il observe que, face aux automatismes négatifs qui entravent notre capacité à vivre, chacun possède au plus profond de lui un réservoir d’énergies personnelles pour modifier sa façon d’être. La méditation nous apprend à observer avec bienveillance les mécaniques émotionnelles dans lesquelles on s’enferme pour trouver une autre liberté. Des rencontres dans la tradition bouddhiste tibétaine, aussi, m’ont enseigné sur le fonctionnement de l’humain.
La méditation nous apprend à observer avec bienveillance les mécaniques émotionnelles dans lesquelles on s’enferme pour trouver une autre liberté. 
Tout jeune, vous aviez fréquenté une communauté au fonctionnement sectaire…
Oui, et je craignais, à cause de cette mauvaise expérience de jeunesse, tout ce qui est gourou et prise de pouvoir. J’étais donc un peu en recul avec la tradition spirituelle, et c’est la science qui m’a réconcilié de manière laïque, rassurante, avec la méditation et m’a permis d’habiter ces pratiques autrement. Les thérapies de pleine conscience, d’acceptation et d’engagement (ce qu’on appelle « la troisième vague » en psychologie comportementale) se caractérisent par un vrai pragmatisme de l’expérience tout en prenant en compte l’importance de la présence et de la compassion inhérentes aux traditions spirituelles. C’est une réconciliation rassurante entre les sciences objectives et les approches altruistes. Qu’on soit bouddhiste, chrétien ou athée, on peut se retrouver dans ce double besoin de faire vivre notre relation à la vie intérieure et de regarder l’autre avec compassion. Moi-même, je vois aujourd’hui en Bouddha la figure d’un médecin qui cherche à comprendre la cause de la souffrance et à y trouver remède.
Alors que beaucoup ont pris leurs distances avec la pratique religieuse, les sciences contemporaines semblent confirmer notre besoin de spirituel…
Oui ! Et ce qui est formidable, c’est que la recherche scientifique réhabilite l’expérience subjective et nous réconcilie avec la vie intérieure. Grâce à l’imagerie médicale, on peut voir quelqu’un méditer tout en enregistrant l’activité de son cerveau pour en constater les effets positifs. Il y a désormais un dialogue très fructueux entre les neurosciences et les sciences contemplatives, qui a rationalisé l’accès à la méditation et a encouragé toute une pédagogie pour mettre de la spiritualité dans le quotidien de nos vies.
Cet outil de bien-être peut-il nous rendre plus attentionné aux autres ?
Oui, car il existe des correspondances entre la bienveillance pour soi et la bienveillance pour autrui. Si je ne me juge pas, si je suis moins rigide et intolérant envers ce que je n’aime pas chez moi, je le serai aussi pour les autres. Méditer, ce n’est pas juste de l’attention, mais de « l’attention attentionnée ». Si la science s’est d’abord intéressée aux bénéfices de la méditation sur la santé, le stress, la dépression, elle se penche désormais sur sa dimension éthique. Des recherches montrent que les liens sociaux sont les premiers facteurs du bonheur. Les plus généreux, on le sait, sont les plus heureux !

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