mardi 2 avril 2019

Mouvements de vie


Tout est mouvement. La vie est mouvement. Les cellules, les êtres, les choses, les pensées, apparaissent, croissent ou se construisent dans le cas des objets, puis tout ce qui apparaît vieillit et meurt. Tout est mouvement organique en nous et pourtant nous aimerions vivre un monde stable et définit, répondant à la seule logique de nos intérêts personnels, avec le bonheur tout le temps comme jardin.

Dès lors qu’il est vu que le mouvement est inhérent à notre nature profonde, alors nous pouvons nous relier à ce mouvement, être simplement présent à cela, sans plus chercher à rien retenir : ni les pensées, ni les autres êtres humains, ni les situations. C’est une invitation à voir, en nous, que nous sommes à chaque seconde différent. Notre vibration, nos perceptions de ce qui est, rien n’est jamais fixe.

Toute idée de contrôle sur soi, sur sa vie, le monde qui nous entoure, est par conséquent une illusion. La croyance que nous décidons du « quoi, pourquoi, où, comment », nous rassure dans un premier temps, puis cette croyance finit par nous enfermer dans un monde limité, figé, mort. Nous perdons de vue la vie qui est là.

Définir des projets d’avenir, se projeter sans cesse dans le futur, prévoir cet avenir, l’anticiper, faire de ses projets des buts à atteindre est dans mon expérience un frein à leur réalisation même car nous les limitons à ce que nous avons imaginé ou voulu. La vie se retrouve comme contrainte dans cette vision étroite.

Cela m’évoque une citation tirée d’un livre que j’ai lu il y a très longtemps et qui m’a marqué (« Le grand livre tibétain de la vie et de la mort »). Je ne me souviens plus de son auteur et la citation est approximative. Mais elle m’avait tellement inspirée, malgré que le sens m’échappait encore pas mal, que je l’avais apprise par cœur et que je m’en souviens encore très bien je pense :

« Faire des projets d’avenir, c’est comme aller puiser dans le lit sec d’un torrent. Rien n’arrive jamais comme on s’y attend. Alors s’il ne te faut penser qu’à une chose, que ce soit à l’incertitude de l’heure de ta propre mort. »

Christophe Le Bec 

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lundi 1 avril 2019

Ici ou Là


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La méditation, un exercice indissociablement « corporel » et spirituel


Le corps, dans la tradition occidentale, est pensé sous un angle étroit comme étant un corps-objet. Moi et quelque chose, mon corps. C’est le corps-outil, le corps-instrument, entrainé et utilisé comme un objet qui doit être en bon état, apte au travail ou à la performance dans le domaine du sport. Dans la langue allemande le mot Körper (étymologie : le mot latin corpus) correspond à cette idée d’un corps que l’homme «a».

Au cours de son séjour au Japon (1937-1947), pratiquant des exercices comme le tir à l’arc
(Kyudo) et la méditation appelée zazen, Graf Dürckheim fait l’expérience que le corps est mis au service de la transformation intérieure et de la vie intérieure de la personne en chemin. Pour désigner le corps que l’homme «est», le corps-vivant, la langue allemande dispose du mot Leib (étymologie : le verbe Leben, vivre).

Au cours de mes études à l’université (Institut Supérieur de Kinésithérapie) j’ai bénéficié d’enseignements magistraux sur le corps objectivé, disséqué, fragmenté. Mais je n’ai pas eu une seule leçon sur ce que Graf Dürckheim désigne comme étant « le tout corps-vivant dans sa globalité et son unité ». C’est en suivant les enseignements (1969-1988) que j’ai fait l’expérience que ce qu’on appelle la vie n’est pas dans le corps. Le corps (Leib) est la vie, qui d’instant en instant, se réalise dans cette forme individuelle entendue comme étant quelqu’un ».

Le corps-vivant dépasse l’opposition conceptuelle du corps et de l’âme, du corps et de l’esprit. Le tout corps vivant dans sa globalité et son unité !
« Leib, le corps que je suis, n’est plus sur le plan de la personne, ni un organisme physique détachable du sujet ni un instrument fonctionnant plus ou moins bien au service du moi profane. IchLeib, « Je suis corps », est l’ensemble des gestes, des actions, par lesquels l’homme prend forme et, en tant que telle, se réalise ou se manque » (KG Dürckheim).

La transmission de la méditation, en Occident, pose question.
En effet, l’homme occidental, lorsqu’il pratique la méditation, vise à l’acquisition d’un savoir-faire afin d’accomplir une réalisation extérieure. Par exemple : un accroissement des capacités mentales (mind) ; une augmentation de votre productivité.
Pour un japonais, la méditation proposée depuis plus de vingt-cinq siècles, n’a de sens et de valeur que si elle permet et favorise la transformation intérieure de la personne qui s’exerce. La transformation intérieure ?

C’est la personne qui, par sa manière d’être en tant que corps-vivant, témoigne que, étant en contact avec sa propre essence, sa vraie nature, son être essentiel, son point d’appui dans l’existence peut être le calme intérieur, la sérénité, la paix intérieure.

Jacques Castermane

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dimanche 31 mars 2019

Antoine Moulonguet : “Explorer la voie de la guérison spirituelle“

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous intéresser aux mécanismes de l'autoguérison, et, plus particulièrement, aux guérisons présentées par la science officielle comme aujourd'hui impossibles ?
De par ma formation archi-classique, je suis un médecin rationaliste, au sens cartésien (sinon étroit) du terme. Mais, comme neurologue, j'ai bien été obligé de constater qu'aucun traitement ne guérit les maladies neurodégénératives : Alzheimer, Parkinson, etc. Au mieux, on peut en retarder les effets. Les oncologues font état de cancers qui, parfois, disparaissent quasi spontanément, en particulier le neuroblastome chez l'enfant et le mélanome chez l'adulte. Rien de tel en neurologie. Tout se passe comme si les mécanismes de l'autoguérison ne passaient pas la barrière hémato-encéphalique. Face à cet échec thérapeutique assez désespérant, j'ai fait un tour d'horizon des autres voies thérapeutiques. Très vite, il m'est apparu que la plus intéressante à explorer est la voie de la guérison spirituelle.

Qu'entendez-vous par là ?
Je distingue deux voies de guérison spirituelle : l'une profane ; l'autre religieuse. La première s'intéresse à la force du mental, à son impact sur le corps. Elle commence à avoir droit de cité dans le milieu médical. Dans les hôpitaux, la porte est désormais entrouverte à la méditation, à l'hypnose, aux guérisseurs, voire aux coupeurs de feu. Tout dépend du bon vouloir des chefs de service. L'autre approche, religieuse, considère pour sa part que la guérison est activée par la foi, notamment dans ses formes spectaculaires. Mais la médecine officielle continue à refuser cette démarche. Alors même qu'Hippocrate s'y réfère explicitement.
Qu'est-ce à dire ?
Selon lui, la première question qu'un médecin doit poser à son patient est : « Qui êtes-vous ? » Il veut dire par là que les soins doivent être fortement individualisés. Hippocrate souligne aussi qu'on doit savoir où la médecine s'arrête et, écrit-il, « les malades réfractaires à tout traitement, il faut les envoyer au temple ». Le propos de mon livre est, précisément, de dire que nous ne devons pas refuser, à partir d'un a priori scientifique, l'une et l'autre de ces formes de guérison spirituelle. Ni celle qui se passe en dehors du « temple », ni celle qui s'opère à l'intérieur dudit temple. Moi-même, face à des personnes atteintes de la maladie de Charcot dont la situation ne peut que se dégrader, combien de fois n'ai-je pas envie de dire : « Tentez le tout pour le tout, allez à Lourdes. » Je n'ose pas. Pas plus que les patients avec des maladies dégénératives n'osent demander au spécialiste que je suis s'ils peuvent se tourner vers telle ou telle thérapie complémentaire. Alors même qu'ils y aspirent très fortement. C'est ce genre de verrou que j'aimerais voir sauter.
Pourquoi ?
Parce que cela les sortirait d'une passivité qui les rend encore plus dépressifs et aggrave considérablement leurs symptômes. Si on ouvre un espace d'espérance en eux, ils n'ont rien à perdre et même tout à gagner, car c'est la clé de l'activation des potentiels mécanismes d'autoguérison qui sommeillent en chacun de nous. Raison de plus pour en appeler au développement et à l'enseignement d'une approche médicale à la fois holistique et pragmatique. Suffisamment souple pour qu'on puisse, par exemple, établir un dialogue fécond autour de cas cliniques entre des thérapeutes conventionnels et des praticiens de soins alternatifs ou complémentaires choisis pour leur expertise et leur sérieux.
Vous rapportez ce propos d'Émile Coué : « On a tous une pharmacie intérieure... »
Oui, et cette pharmacie intérieure est capable de guérir toutes les maladies, mais, hélas ! nous avons perdu le pharmacien. Parce que j'ai vu au cours de ma déjà longue carrière tant de gens se rendre tellement malades après des chocs émotionnels, je suis convaincu que la réciproque est vraie : l'esprit peut guérir, y compris les pires pathologies...
C'est ce qui vous a conduit à vous intéresser aux guérisons dites miraculeuses ?
Absolument. Ne serait-ce que parce que le seul cas connu de guérison spontanée de la maladie de Parkinson est celui de soeur Marie Simon-Pierre, en 2005, peu après le décès du pape Jean Paul II, et, selon l'Église catholique, grâce à son intercession. À Lourdes, de puissants mécanismes d'autoguérison peuvent se mettre en route. La science pourra-t-elle un jour les expliquer et enlever leur dimension religieuse ? Pourquoi pas, mais, au fond, peu importe.
Vous citez le cas de Pierre De Rudder, un des premiers miraculés de Lourdes, qui guérit en avril 1875, sans séquelles, d'une jambe fracassée dans un accident...
Oui, parce que pour qu'il y ait miracle, il faut qu'il agisse dans la chair. Les os du tibia de cet homme ressortaient de la plaie gangrenée, la cheville était désarticulée et les médecins conseillaient l'amputation. À sa mort, l'autopsie a montré que les os disjoints s'étaient spontanément ressoudés, aucune différence avec l'autre jambe. Plus spectaculaires, des récits authentifiés par des médecins font état, au XVIIe siècle, de personnes dont la jambe amputée a repoussé à l'identique. Quant au Moyen Âge, il fut riche en résurrections. Les miracles relatés aujourd'hui n'ont pas cette force.
Pourquoi ?
À mon avis, parce que la spiritualité collective, à l'œuvre dans ces moments intenses où la guérison impossible devient possible, n'a plus la même densité. Une explication pourrait être que nos croyances ont un effet créateur sur les phénomènes. On croyait jadis aux résurrections miraculeuses et les résurrections se produisaient. Le pouvoir des miracles, et, plus communément, de l'autoguérison, dépendrait donc de notre confiance et de la puissance que notre espérance leur communique. À cet égard, la science n'a pas seulement désenchanté la vision que nous avons du monde, mais aussi les phénomènes qui y naissent.
  Le Dr Antoine Moulonguet, neurologue, écrivain, alias Antoine Sénanque, est l'auteur de Guérir quand c'est impossible (Marabout).

samedi 30 mars 2019

Prière salvatrice...



J’ai découvert cette petite vierge et je l’ai trouvée jolie,
elle a un p’tit air de ma maman, comme on dit, de son vivant,
et surtout j’ai été interpelée par son nom et sa mission:
« Mère du dieu de tendresse envers tous les cœurs mauvais ».
Pauvre petite mère, que de boulot, car nous sommes tous plus ou moins mécréants, infirmes de l’amour, handicapés de la fraternité, accidentés de la sexualité, étrangers à notre propre destinée, et souvent ceux qui le sont le plus, sont ceux qui affirment le plus t’aimer.
Ô ma Babouchka, petite grand-mère supposée du monde, ce n’est pas que notre cœur soit mauvais ou que nous soyons méchants, c’est juste que notre vieux monde a inventé de belles histoires à dormir debout et que cela a marché puisque depuis des millénaires nous avançons les yeux fermés, les poings serrés.
Mais là, petite mère, nous ne savons plus quoi faire, et notre autre mère la Terre va peut-être nous lâcher, alors please, toi qui est si bien placée, change la formulation de ta mission et deviens pour nous, du fond de mon cœur et humblement, je te le demande :
« La Mère du dieu de tendresse et de sauvetage envers tous les cœurs égarés.»

Elisabeth Kuhn


peinture: Kuzma Petrov Vdokin 1878-1939
la mère du dieu de tendresse envers les cœurs mauvais 1915

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mercredi 27 mars 2019

Emotions et Corps


Pouvez-vous prendre appui sur votre tête et sur vos pensées? Non. Quand on est tant soit peu ému, on ne contrôle plus ses pensées. L’émotion vous impose certaines chaînes de pensées. Et si vous essayez de faire silence pour méditer, vous voyez immédiatement que toutes sortes d’associations d’idées vous harcèlent. Votre pouvoir sur vos pensées devient pratiquement inexistant dès qu’il s’agit de l’exercer. Oh! quand tout va bien, que vous êtes calmes, vous pouvez à peu près diriger vos pensées. Mais quand vous êtes affectés – et pendant des années vous le serez encore – vous ne pouvez même plus vous concentrer sur la lettre que vous tentez d’écrire ou le livre que vous essayez de lire. 

Vos pensées vous emportent dans le sens de l’émotion du moment. Certains soirs, on ne peut pas s’endormir parce que des pensées tournent et tournent encore dans notre tête, soit des pensées très enthousiasmantes ou excitantes, si nous prévoyons pour le lendemain un rendez-vous professionnel décisif ou un rendez-vous d’amour longtemps attendu, soit des pensées douloureuses, pénibles dont nous nous passerions volontiers. Dans les deux cas, ces pensées ont pouvoir sur vous. Les pensées, vous en avez tous l’expérience, se succèdent d’elles-mêmes sans que vous y puissiez grand-chose. Plus tard, plus tard seulement, vous aurez le pouvoir d’arrêter les pensées comme vous pouvez arrêter un magnétophone en pressant un simple bouton. Mais ce sera le fruit d’une longue ascèse bien menée. 

Quelle confiance pouvez-vous faire à votre cœur alors qu’il suffit d’une mauvaise nouvelle, d’une parole blessante, d’une situation qui vous déroute, pour que celui-ci vous trahisse, c’est-à-dire que vous ressentiez une émotion? Dans cette instabilité, cette dépendance à l’égard des chocs extérieurs, donc cette vulnérabilité et cette faiblesse, sur quoi pouvez-vous un peu compter? 
Sur votre corps physique, même si ce corps change et ne cesse pas de changer...

Extrait de Approches de la méditation
Arnaud Desjardins

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lundi 25 mars 2019

Le mort vivant...


 "Ce n'est pas parce qu'un arbre est mort que la Vie le déserte.." 
Extrait de "Grandir avec les arbres" de Catherine Davau 🍀🌳🌲🍁🍂




Conservez vos arbres morts, faites y pousser des végétaux grimpants ... Ainsi vous créerez une belle niche écologique.

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Épanouissement


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dimanche 24 mars 2019

Fragile liberté

 Écrivain et poète, chroniqueur dans La Vie depuis bien des années, Philippe Mac Leod est décédé le 25 février. Nous lui rendons hommage en publiant ce texte inédit.
 Le dépressif pourrait dire : « Je ne désire rien, mais j'ai besoin de tout. » Le jouissif ne cesse de clamer : « Je n'ai besoin de rien mais je désire tout. » Le sage, d'un ton plus bas : « Je ne désire qu'à la mesure de mes besoins. » Le mystique : « Je n'ai qu'un seul besoin : désirer. » Désirer, brûler d'une flamme toujours plus haute. Là où n'est pas le désir, la vie n'est pas là non plus, ni celui qui la donne. Le Vivant ne peut se communiquer que par notre vie et c'est par le désir qu'il y entre, ce désir qui fait notre béance, notre vivance.

On parle sans doute trop de volonté en matière de spiritualité, trop de cette prétendue liberté qui ferait de nous des êtres clairvoyants maîtres de tous leurs choix. Je ne pense pas qu'on puisse croire en Dieu par choix. On ne décide pas d'aimer ou de ne pas aimer. L'espérance ne sera jamais une question de préférences. On n'avance à la suite du Christ que par le désir ardent de s'approcher davantage de lui et de mieux le connaître, parce qu'un jour on a fait une rencontre qui ne nous laisse aucun repos. Le désir devient alors notre souffle et l'Esprit saint s'y engouffre avec bonheur.
Il y a d'ailleurs toujours un peu de suffisance à croire l'homme libre de ses choix. En ignorant en chaque individu la force et la complexité d'une histoire qui le possède en même temps qu'elle le modèle, on risque de se tromper sur l'adversaire, qui n'est autre que lui-même. Dieu n'a pas créé l'homme libre. Nous sortons à peine de l'animalité, captifs d'un moi obscur, au fonctionnement incroyablement confus, et façonné par une histoire qu'on n'a pas choisie, pas plus qu'on ne choisit ses impuissances, ses infirmités.
Incapable d'aimer comme je le devrais, comme je le pourrais, comment croire en ma liberté ? Dieu n'a pas créé l'homme libre : il l'a voulu libre - il le veut libre - il nous conduit à la liberté. Il nous fait sortir de la maison d'esclavage. Pas de liberté, donc, seulement une succession de libérations toujours à reprendre ou à porter plus loin. La liberté dessine notre horizon. Elle nous oriente, et c'est toujours de nous-mêmes que nous sommes délivrés, sauvés. La liberté que nous invoquons tant n'existe qu'en Dieu, elle nomme l'infini de sa vie à laquelle nous aspirons.
Aussi n'est-il pas très juste de se référer au respect de Dieu à l'égard de notre prétendue liberté. C'est notre nature qu'il respecte, simplement, la lenteur de nos apprentissages, de nos assimilations. L'homme en son libre arbitre sait combien sa liberté est mince, entravé par ses faiblesses, ses pesanteurs, retenu par tout ce qui de sa nature est caduc et lui colle encore à l'âme. Libre, il ne l'est pas, mais investi de tant de possibles que le ciel tout entier lui semble promis. Il n'est de liberté qu'infinie, dans le dépassement, l'arrachement, dans la découverte d'un plus grand que soi. Ce n'est pas en choisissant que je suis libre, mais en me laissant porter toujours plus avant, et le plus souvent où je ne voudrais pas.
« Tu m'as saisi et je me suis laissé saisir », s'écrie le prophète. Dieu a créé l'homme ouvert : non point libre, mais ouvert, la seule créature qui soit perfectible, essentiellement vouée au changement, à la métamorphose. Et c'est bien là que je puise le souffle, l'élan me donnant ce sentiment de liberté qui n'apparaît que dans l'espace que m'ouvre la grâce, vaste comme un fiat, un oui spacieux, lumineux. Oui, Seigneur : ne me lâche pas, sois ma liberté et ne m'abandonne pas à la pauvre illusion de la mienne.
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samedi 23 mars 2019

Energie nouvelle...

Perdre son énergie, son tonus, sa forme, est un phénomène qui nous semble normal. Même si nous la déplorons, la fatigue est une compagne habituelle depuis si longtemps. Et quand l’âge commence à se faire sentir, l’évidence redouble : toutes sortes d’activités nous deviennent désormais difficiles, sinon impossibles d’accès. Mais si la modération est certainement une sœur de la sagesse, sommes-nous certains que nous ne laissons pas une certaine croyance de la « fatigue obligatoire » nous paralyser à notre insu bien avant qu’elle ne soit objectivement là ? Car enfin, les vagues de la mer, les nuages poussés par le vent, la lave des volcans se fatiguent-ils jamais ? Les arbres cessent-ils de fleurir au printemps parce qu’ils sont fatigués ? Les sangliers cessent-ils de fouiller la terre parce que leur tonus baisse ? Et les oiseaux s’arrêtent-ils de voler sous prétexte qu’ils sont devenus vieux ? 


 Certes, tous meurent un jour, et parfois le trépas survient après une phase d’épuisement, mais lorsque vous contemplez la nature, vous le sentez bien : elle ne se fatigue jamais ! Et nous humains, ne sommes-nous pas ses enfants ? Si donc nous étions vraiment nous-mêmes, il y a aucun doute : l’énergie coulerait en nous à flot ! Comme tous les êtres vivants, nous observerions des phases de repos à intervalles réguliers, mais sitôt réveillés, nous serions prêts à repartir hardiment pour une nouvelle journée. 

 Ainsi donc, quelle que soit la méthode que vous choisissez pour vous remettre en forme– il y en a des centaines ! –, une certitude doit vous habiter : le but à atteindre est tout simplement de revenir à l’état naturel qui ne devrait jamais cesser d’être le vôtre. De retrouver l’état des vagues de la mer, des nuages poussés par le vent, de la lave crachée par les volcans, des sangliers qui fouillent inlassablement le sol, des oiseaux qui chantent et volent toute leur vie durant. Choisissez juste l’exemple qui vous parle le plus – c’est bien plus qu’une métaphore. 


source: Nouvelles Clés
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vendredi 22 mars 2019

Les anges, derrière ton épaule


C’est dans le dernier livre de Christian Bobin, La Nuit du cœur, une merveille comme d’habitude. Dès le chapitre 3, ceci : « J’écoute le bruit que fait l’araignée d’eau courant sur l’étang. Je frissonne au passage d’un ange pressé de rentrer chez lui. » Christian voit des anges partout ; c’est une des sources de sa grâce.

Il y a des gens comme ça, qui croient aux anges. Longtemps, j’ai eu du mal avec ce truc, vraiment. Peut-être était-ce dû à une patiente, croisée lorsque j’étais jeune interne. Elle se promenait dans les couloirs de l’hôpital en écartant de ses mains des mouches qui volaient tout autour d’elle. Mais il n’y avait pas de mouches. Et quand je lui demandai pourquoi ces gestes de la main, elle m’expliqua, l’air préoccupé : « ce sont les anges, qui volent trop près de moi ; ne les voyez- vous pas ? » Non, je ne les voyais pas ; et je ne les vois toujours pas aujourd’hui.

Mais beaucoup de mes proches les voient, ou les sentent. C’est mon cousin François, qui nous raconte qu’il a perçu leur présence, au soir d’une journée d’été où l’amitié a soufflé sur notre groupe, et réconforté un de ses frères, déprimé. C’est mon épouse, après la lecture d’un petit livre offert par une amie, qui se met, dès le lendemain, à voir la main des anges derrière toutes les joies de la journée.

À leur contact, je me mets parfois à croire, moi aussi, aux anges, à chercher leurs traces dans nos vies. Cela m’aide à mieux voir tous ces copeaux de bonheurs minuscules qui nous tombent du ciel, chaque jour. Ils sont vraiment là, eux ; ils ne sont pas une illusion. Croire aux anges me fait du bien. Un bien fou.

Je pense souvent à la phrase de Claude Nougaro, dans sa chanson Plume d’Ange : « La foi est plus belle que Dieu. » Même si Dieu n’existe pas, la foi est belle et réconfortante. Même si les anges n’existent pas, songer à leur présence à nos côtés nous soutient, nous ouvre les yeux sur ce que nous oublions : la chance d’être là, vivants.

Croire aux anges nous rend humbles : tout ne dépend pas de nous, de nos efforts, de nos qualités ; pour que la vie soit belle et bonne, il y a aussi des choses et des chances qui doivent nous tomber du ciel.

Croire aux anges, c’est penser qu’une présence aimante veille sur nous. Parfois imprévisible dans ses actions, dans ses absences, dans ses violences aussi, que nous ne comprenons pas, ou seulement des années plus tard.

Pas besoin d’y croire à 100%. On peut juste se contenter d’une demi-croyance. On en a beaucoup, de ces demi-croyances, de ces confiances dont nous ne sommes pas sûrs qu’elles soient fondées ni garanties, mais dont nous percevons obscurément que nous ne pourrions vivre sans elles.

Maintenant, arrêtez-vous de lire. Arrêtez-vous de tout. Respirez. Écoutez. Ressentez. Je suis sûr qu’il y en a un, là, penché sur votre épaule, juste à cet instant… 

 Christophe André
 cet article a été initialement publié dans Psychologies Magazine en décembre 2018.


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