vendredi 10 mai 2019

Retraite vivante... avec Matthieu Ricard

Vous avez vécu à plusieurs reprises dans un ermitage. Comment était-ce ? 

Formidable, magnifique ! J’ai passé cinq ans en retraite solitaire, par périodes allant jusqu’à neuf mois. La journée dans l’ermitage est structurée, la pratique est très disciplinée. On se lève à 4h30, on prie jusqu’à l’aube, on récite des textes que le maître a donnés, on fait des visualisations. Entre 7h et 7h30, on boit du thé, on s’assied sur le balcon et on regarde le lever du soleil, les montagnes, ou les nuages. Ensuite on continue les exercices toute la journée. Après le coucher du soleil, on va dormir bien sûr. La qualité du sommeil devient meilleure, on a de moins en moins besoin de sommeil et on se sent totalement frais le matin. À Darjeeling, je ne recevais pratiquement jamais de courrier. Il est beaucoup plus facile d’être détendu lorsqu’on ne doit pas se soucier de son travail et de sa famille. N’est-ce pas un style de vie élitiste ? J’entends souvent ça. Je réponds toujours : "Mais venez donc !" Dans mon ermitage à Darjeeling, pendant sept ans, je n’avais ni chauffage, ni électricité, ni eau courante. La plupart des gens ne voudraient pas passer une semaine comme ça. Pour moi, ces moments ont été les plus riches de mon existence. En outre, le but d’un tel isolement est de se débarrasser de l’égocentrisme. Ce n’est donc évidemment pas une démarche égoïste. On sort de là plus tranquille et plus compatissant et on se met au service des autres.  

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Est-ce qu’un moine bouddhiste a peur de la mort ? 

 Je suis bien sûr très conscient de la mort et ne sais jamais lequel, de demain matin ou de ma mort, viendra le premier. Mais je suis confiant… Un ami à moi avait un cancer, il n’avait pas peur, mais il était triste parce qu’il y avait encore tant de choses qu’il voulait faire. J’essaie de ne pas détourner le regard. Je vis en toute conscience que la mort est certaine et son heure imprévisible et chaque instant infiniment précieux. Au commencement de notre vie, la mort nous effraie comme un animal pris au piège ; au milieu de la vie, nous essayons de tout faire correctement pour ne rien manquer, et à la fin nous sommes tranquilles et clairs. Alors la mort est comme une amie.

Tiré du blog de Matthieu Ricard
L’interview réalisée par la journaliste Anja Jardine pour le journal Neue Zürcher Zeitung.

mercredi 8 mai 2019

Absence... et Paix


"On fait quelques pas hors de l'enfance, puis très vite on s'arrête. On est comme un poisson sur le sable. On est comme celui qui piétine dans sa mort, un adulte. On attend. On attend jusqu'à ce que l'attente se délivre d'elle même, jusqu'à l'équivalence d'attendre, de dormir ou mourir. L'amour commence là - dans les fonds du désert. Il est invisible dans ses débuts, indiscernable dans son visage. D'abord on ne voit rien. On voit qu'il avance, c'est tout. Il avance vers lui-même, vers son propre couronnement.
Ainsi vous ai-je vu avancer dans la poussière d'été, toute légère dans votre robe toute blanche.
Celle qu'on aime, on la voit s'avancer toute nue. Elle est dans une robe claire, semblable à celles qui fleurissaient autrefois le dimanche sous le porche des églises, sur le parquet des bals. Et pourtant elle est nue - comme une étoile au point du jour. A vous voir, une clairière s'ouvrait dans mes yeux. A voir cette robe blanche, toute blanche comme du ciel bleu.
Avec le regard simple, revient la force pure.
Je vous reconnaissais. Vous étiez celle qui dort tout au fond du printemps, sous les feuillages jamais éteints du rêve. Je vous devinais depuis longtemps déjà, dans la fraîcheur d'une promenade, dans le bon air des grands livres ou dans la faiblesse d'un silence. Vous étiez l'espérance de grandes choses. Vous étiez la beauté de chaque jour. Vous étiez la vie même, du froissé de vos robes au tremblé de vos rires.
Vous m'enleviez la sagesse qui est pire que la mort. Vous me donniez la fièvre qui est la vraie santé.
Et puis vous êtes partie. Ce n'était pas trahir. C'était suivre le même chemin en vous, simple dans ses détours. Vous emportiez avec vous la petite robe de neige. Elle ne dansait plus dans ma vie. Elle ne tournait plus dans mes rêves. Elle flottait sous mes paupières lorsque je les fermais pour m'endormir, juste là : entre l'œil et le monde. Le vent des heures l'agitait fiévreusement. L'orage des chagrins la rabattait sur le cœur, comme un volet sur une vitre fêlée.
Qui n'a pas connu l'absence ne sait rien de l'amour. Qui a connu l'absence a pris connaissance de son néant - de cette connaissance lointaine qui fait trembler les bêtes à l'approche de leur mort."

Christian Bobin 
Une petite robe de fête

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mardi 7 mai 2019

Le but de la méditation ?


 Le but de la méditation ?
L’éveil de l’être humain à sa vraie nature !

 
La méditation – zazen – participe donc à la transformation de la personne dans sa globalité et son unité.
L’idée de changer n’a jamais changé personne ; le désir de changer n’a jamais changé personne. Il n’y a de changement que … dans l’acte de changer !
Changer ! C’est angoissant pour le « moi » qui cherche à se fixer dans une manière d’être, une manière de faire et une manière de penser définitive, stable.
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Nous n’avons pas la maîtrise du changement. Être c’est devenir ; devenir c’est être. Ce processus n’est pas du ressort du moi.
Ce que le zen nous propose n’est pas d’arriver à la maîtrise du changement mais à la maîtrise de l’exercice qui libère le processus qu’est la transformation.
Hirano Roshi termine ses séjours au Centre en nous disant « Ayez foi dans la pratique de zazen ! »
Le doute vient du fait que je ne sais pas où l’exercice qui a pour but l’éveil à ma vraie nature va me mener !
D’où l’attirance actuelle pour les méthodes qui s’appuient sur la réassurance. Je pense aux — 100 bienfaits associés à la méditation de pleine conscience — (35 bienfaits physiologiques ! 44 bienfaits psychologiques ! 21 bienfaits spirituels !). Ici il ne s’agit plus de méditation mais de pré-méditation. La réassurance ne fait qu’augmenter l’écart avec le vrai soi-même.
Ces promesses sont naturellement séduisantes lorsqu’on vit en ayant comme seul point d’appui dans l’existence le moi ordinaire ; l’ego fait obstacle au processus créateur qui mène à l’expérience de notre vraie nature.
En Orient et en Exrême-Orient est proposée, depuis 25 siècles, une méditation sans  objet qui n’a qu’un but : « l’éveil de l’être humain à sa vraie nature ».

Qu’est-ce donc que la vraie nature de l’être humain ?
Dans cette (courte) vidéo je propose quelques indications destinées aux personnes attirées par la méditation proposée par K.G. Dürckheim à son retour du Japon où, pendant une dizaine d’années, il s’est immergé dans le monde du zen.
« La méditation zazen est un moyen de s’apercevoir de la différence entre soi-même encore identifié au – moi – accroché aux valeurs existentielles et celui qui est capable de mettre le – moi – bien entraîné à la disposition des valeurs de l’être. Zazen ? C’est remettre de l’humain en l’homme.» (Karlfried Graf Dürckheim)
Jacques Castermane



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lundi 6 mai 2019

Convergences, résonances...


«J'affectionne la définition simple, que donne Gautama le Bouddha, de l'illumination : il affirme que c'est « la fin de la souffrance ». Cela n'a rien de surhumain, n'est-ce pas ? Bien sûr, comme telle, cette définition est incomplète, car elle exprime seulement ce que l'illumination n'est pas, c'est-à-dire qu'elle n'est pas souffrance. Mais que reste-t-il quand il n'y a plus de souffrance ? Bouddha garde le silence là-dessus et son silence sous-entend que c'est à vous de le découvrir. Il retient une définition par la négative afin que le « mental » ne puisse pas en faire une croyance ou un accomplissement surhumain, un objectif qu'il vous soit impossible à atteindre.» 
(Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent)

«C'est parce que le rêve s'arrête que l'on appelle ça l'éveil. Mais en fait, l'éveil, cela n'existe pas.
Cela s'appelle l'éveil du point de vue du rêve, mais quand le rêve cesse, cela n'a plus de nom, cela est Cela, c'est tout.
L'éveil s'évanouit avec le rêve.»

(Yvan Amar, Les nourritures silencieuses)

«...l'essentiel n'est pas d'acquérir ce qui nous manque – la sagesse, la maîtrise de soi, l'amour universel, la supra-conscience – mais de faire disparaître ce qui est en trop.»
 (Arnaud Desjardins, La voie du cœur)

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L'heure juste...

Combien de temps prenez-vous 
pour contempler le monde ?

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dimanche 5 mai 2019

Union musicale

Vous ne verrez ça dans aucun autre pays.
"Allahu Akbar", "Adonaï" et "Ave Maria" à l'unisson devant le Roi Mohammed VI et le Pape François. ☪️✡️✝️
Ce samedi 30 mars à Rabat, l’Orchestre philharmonique du Maroc (OPM) a interprété un arrangement un peu spécial. Des représentants des trois religions monothéistes ont communié en chœur devant Le roi Mohammed VI et le Pape François.
Le muezzin Smahi El Hadni, a prononcé l’appel à la prière musulman (“Allahu Akbar”), accompagné par la chanteuse Françoise Atlan, qui a entonné la prière juive (“Adonaï”) puis rejoint par la chanteuse Caroline Casadesus, fille du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, qui a interprété l’“Ave Maria” de Caccini.
Ils ont conclu le concert main dans la main.

Cette œuvre fait partie d’une série d'événements lancés par l'Orchestre philharmonique du Maroc en 2016 et baptisée “Les religions à l’unisson”.



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samedi 4 mai 2019

Cercles d'anges


Anges, à partir d'un manuscrit de la kabbale, France, 1536 
(Genève, bibliothèque de Genève ms. FR. 167, f. 105)

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L'arbre à définir ?



Déjà posté en 2008, je vous partage cet extrait de nouveau... avec la voix de Michel Bouquet.
D'autres suivront...

source : le magnifique film de Sophie Bruneau et Marc Antoine Roudil, intitulé "Arbres" (un voyage immobile)

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jeudi 2 mai 2019

NOTRE-DAME de Paris par Annick de Souzenelle





NOTRE-DAME a brûlé,
Le féminin a hurlé.
L'inconscient collectif est interpellé.
Il a fait mûrir le fruit de l'arbre de la connaissance, le dataïsme,
Et nous le mangeons, nous le dévorons.
L'ayant fait mûrir par la voie extérieure sans l'être devenu, ayant donc méconnu les lois qui président aux différents niveaux du réel ainsi violés, nous les avons transgressées.
Nous allons muter.
Toute mutation comporte morts et résurrections.
Nous abordons la face mort, ayant au cœur mémoire de résurrection, mais invités à entrer
d'urgence dans sa dynamique.

NOTRE-DAME est décapitée.
La reine à son tour est détrônée
Et lorsqu'on touche au féminin on touche à l'infini de son devenir.
Nulle révolution ne peut éteindre ce feu.
Et tout discours s'y essayant est coupé net.
C'est au tour du ciel de parler maintenant.
Que rouges et jaunes, noirs et blancs prêtent l'oreille.

Car NOTRE-DAME ne sera plus objet de tourisme
Ni pôle d'attraction olympique.
Elle ne sera plus idole nationale à reconstruire mais conscience éveillée d'un peuple prêt à chercher en lui ce qu'il réclame du dehors, Petit-Poucet en face à face avec l'ogre qui le dévore, la peur.

C'est le dedans qui est à reconstruire, que le dehors en soit le signe !

Annick de Souzenelle

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mercredi 1 mai 2019

Libération, éveil, réalisation...


Daniel Morin
Eclats de silence – éditions Acarias L’ORIGINEL


J’ai observé chez beaucoup de chercheurs une idéalisation de l'éveil, une confusion entre une recherche authentique d’unicité et une recherche personnelle. Je me rappelle avoir moi-même caché, derrière une recherche sincère, une demande non consciente de validation, de reconnaissance, d’invulnérabilité
permanente, et une envie d’assurer ma continuité en accédant à des mondes invisibles, merveilleux, magiques.
0r, tout ce qui est vécu humainement relève d'expériences partielles, changeantes, impermanentes.
Aucune personne ne pourra trouver quelque chose de permanent. Le permanent ne peut pas rentrer dans la connaissance. Il est inconnaissable.
Toute recherche s'inscrit dans la relativité, dans le concept du temps, de la causalité. Or, la Totalité est acausale. La seule liberté possible est d’expérimenter en tant que partie l`inséparabilité et la simultanéité des éléments.
L’absence d’émotion n`est pas un critère obligatoire de sagesse, puisque les médicaments ou la pratique physique peuvent avoir cet effet-là.
Pour moi, la non-discussion absolue de ce qui est déjà là, manifesté, est une expérience qui peut être appelée éveil, libération. Certains êtres humains, arrivés à la limite de ce qu'il est possible d’expérimenter, voyant que le relatif et l'absolu sont indissociables, laissent le jeu de la vie se faire à travers eux.
Ce but, supposé perma
nent, ne pourra jamais être saisi par un corps qui est, lui, impermanent. Il est impossible même au plus grand sage de faire l`expérience du permanent. Par contre, il peut être habité par l'évidence de l’inséparabilité, de l’unicité. De ce fait il perd sa faculté apparente de choix, et les actions s’imposent en lui. Il vit l’obligation.
Il n’y a rien à gagner et rien à perdre personnellement.
Je ne suis pas en train de dire qu'il n’y a pas de différence dans la manifestation entre un sage et un criminel ! Du fait de cette vision d`unicité et d'inséparabilité chez certains témoins de sagesse, certaines qualités humaines vont se révéler : absence de méchanceté, respect profond du vivant, et si j'ose employer un mot galvaudé, amour. Ils ne voient plus la limite qui permet la distinction des formes comme étant séparatrice, mais ils la voient comme étant un lien vivant entre les différences. L’acceptation de la limite fait obligatoirement accepter le sans limite puisqu’une limite relie deux parties inséparables. Elle n'appartient ni à l’un ni à l`autre, elle est le lien vivant, elle est la preuve de l’inséparabilité.

Pouvons-nous concevoir que du point de vue de l'Être nous sommes ce que nous étions avant notre naissance ? Quand nous dormons d'un sommeil sans rêves, ou bien pendant une anesthésie générale, où se trouvent notre histoire, nos problèmes ? Quelle conscience avons-nous d’être ? Et pourtant nous ne mettons pas en doute le fait d’une apparente continuité d’être à notre réveil, et nous retrouvons notre histoire. .et nos problèmes.


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mardi 30 avril 2019

Or intérieur...

Histoire vraie racontée par le Dr Sadeghi dans son excellent livre, Détox émotionnelle : au siècle dernier un Bouddha géant incrusté de milliers de morceaux de verre coloré devait être acheminé vers une nouvelle pagode à Bangkok, en Thaïlande. La tâche était loin d'être aisée étant donné les trois mètres de haut et les cinq tonnes de cette statue vieille de deux siècles. Après plusieurs tentatives les cordes ont lâché et la statue s'est écrasée par terre. Se précipitant pour constater l'étendue des dégâts, les ouvriers et les moines ont découvert que la statue était sérieusement endommagée, mais seulement en surface : à travers les fissures luisait de l'or, celui de la vraie statue ! Sa couverture de plâtre et de verre avait été ajoutée au XVIIIe siècle pour en dissimuler sa valeur et ainsi la protéger des envahisseurs birmans. Le secret avait été si bien gardé qu'il était tombé dans l'oubli. À l'époque du déménagement du Bouddha, personne au temple ne connaissait sa valeur. Il a fallu un accident pour révéler combien cette statue était précieuse. » 


Cette histoire, symboliquement, peut se rapporter à nous-mêmes. Il faut parfois traverser un accident, maladie, dépression, problèmes divers, deuil… pour se rendre compte que nous sommes passés à côté de quelque chose dans nos vies. Mais on oublie souvent que le problème lui-même n'est jamais aussi important que notre façon de l'envisager. Toute épreuve, tout souci, toute expérience négative offre un choix. On peut se dire que l'on n’a pas de chance, que l'on est brisé, anéanti, mais on peut aussi choisir de dépasser le dommage en surface pour découvrir l'or qui se trouve en dessous… et dont on ignorait jusqu'alors l'existence. 

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