Culture de la beauté intérieure avec une germination de l'amour :
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Gilles Farcet : Pour donner un peu de consistance à mes propos, je vais être obligé de te donner un exemple… Il y a quelques mois j’ai lu le texte qu’un physicien indien du nom de Ravi Ravindra, a consacré à Krishnamurti. Élève des groupes Gurdjieff, Ravindra était un ami et un grand admirateur de Krishnamurti Il n’était cependant pas un de ses zélateurs fanatiques. Son témoignage est intelligent… Il est critique tout en demeurant profondément respectueux… Selon Ravi il y avait deux Krishnamurti. Il y avait bien sûr le Krishnamurti transcendant et magnifique habité par une dimension toute autre et émanant ce charisme bouleversant qui a fait sa réputation dans le monde entier… Il existait cependant un Krishnamurti moins inspirant… Un homme qui pouvait facilement être en proie à de très fortes émotions dès qu’il s’agissait de dénoncer les religions constituées, la relation maître / disciple et les hiérarchies de tous ordres… Ravi explique que Krishnamurti se comportait alors comme un être humain ordinaire exprimant des tensions très fortes et non résolues… Il est également intéressant de noter que Krishnamurti n’a pas été très sincère à propos de sa vie personnelle. Il s’est toujours ostensiblement présenté comme un célibataire et a même incité un certain nombre de ses admirateurs à suivre son exemple. Or il se trouve qu’il a vécu toute sa vie une liaison amoureuse intense, compliquée et empreinte de beaucoup de souffrance que ce soit pour lui, pour la femme qu’il aimait mais aussi pour le mari de cette dernière et leurs enfants… Tout cela a été bien entendu soigneusement caché et n’a émergé que de nombreuses années après sa mort…
faisait une distinction entre « l’essence » et « la personnalité ». Il était selon lui indispensable de développer les deux. Certaines personnes peuvent avoir une « essence » exceptionnelle et une « personnalité » très défaillante. Elles peuvent faire preuve d’une innocence bouleversante, avoir de profondes intuitions métaphysiques tout en se comportant comme des gamins stupides et immatures. Est-ce idéal ? Certainement pas… Pour se développer de manière harmonieuse, un être humain doit développer sa « personnalité » tout en restant en contact avec son « essence »… Pour effectuer un tel travail, il est effectivement nécessaire de se confronter sérieusement à la psychologie humaine… Pour ce qui est de Swami Prajnanpad, j’ai souvent l’occasion de répéter que même s’il s’est effectivement beaucoup intéressé à la psychanalyse, il se considérait avant tout comme un maître spirituel s’insérant dans la plus pure tradition du Vedanta. Il était très clair à ce sujet… Quelques-unes de ses formules expriment d’ailleurs un point de vue radicalement non dualiste. Elles restent cependant rares et ne sont pas considérées comme les plus importantes. Il les a prononcées à la toute fin de sa vie à l’attention de personnes comme Arnaud Desjardins qui étaient à ce moment là suffisamment avancées pour en faire leur profit ou en tout cas pour les entendre et les méditer en leur cœur jusqu’à la fin de leur vie… Vu son éducation, son parcours et sa personnalité, Swami Prajnanpad aurait très bien pu se contenter de délivrer un enseignement purement métaphysique sans se donner la peine (et Dieu sait que c’est bien l’expression qui convient) d’entrer dans le monde compliqué, torturé, conflictuel et laborieux de ses élèves indiens et occidentaux. S’il l’a fait, c’est encore une fois que les dimensions psychologique et spirituelle sont inséparables. Elles forment un tout. Swami Prajnanpad souhaitait amener ses élèves à travailler sur leur stratégie de survie parce que c’est la seule manière de les faire émerger de leur monde pour les faire vivre dans le monde. Vivre dans le monde c’est être capable d’être un avec tout ce que l’on y rencontre. C’est ça la non dualité.
Je peux dire et je dirai tout à l'heure que ce qui compte est d'être humain, simple. Non, ce qui compte est d'être vrai et alors tout s'y inscrit, l'humanité et la simplicité. Et quand suis-je plus vrai et plus transparent que lorsque je suis le monde ?