lundi 12 février 2018

Christophe André : “Se dépouiller permet de se rapprocher de l’essentiel“ (2)

Comment être attentif à soi sans être autocentré ?
Par beaucoup d’aspects, notre société a tendance à nous rendre trop narcissiques. Les messages diffusés incitent les personnes à s’occuper d’elles, à être centrées sur elles, à se comparer aux autres pour rester dans la course. Ils leur susurrent aussi qu’elles ont beaucoup d’importance, de droits, que tout leur est dû. Or plus on est centré sur soi, sur ce que l’on nous doit, au détriment de ce que nous devons aux autres, plus on est malheureux. Sauf que la vie intérieure, ce n’est pas ça. L’intérêt pour soi relève plutôt de l’autobienveillance. Quand je suis en échec, plutôt que de tomber dans la dévalorisation de moi-même et l’autocritique, je gagne à me traiter comme je -traiterais mon meilleur ami. Je ne vais pas lui dire qu’il est minable et qu’il doit renoncer, mais : « Tu es malheureux, prends soin de toi, restaure-toi, essaie de comprendre ce qu’il s’est passé… » Ce regard sur soi bienveillant et exigeant amène à la prise de conscience que tout seul on n’est rien. La grande illusion serait en effet d’attribuer nos réussites à notre unique personne. Le déficit de vie intérieure peut ainsi aboutir à des égarements, où l’on va soit se surévaluer et négliger les autres, soit s’épuiser dans un altruisme névrotique et ne pas assez s’écouter. La fréquentation régulière de soi permet en somme de savoir où l’on en est dans sa vie.
Quels sont les signaux d’alarme ?
La culpabilité, l’inconfort émotionnel, la tristesse latente… Soit je me plonge en dedans de moi et m’interroge en profondeur sur ces maux et ma conduite de vie, soit je fuis davantage à l’extérieur, en buvant davantage, en me noyant dans le travail, en m’engouffrant dans les cinémas, en m’occupant toujours plus des autres… Prendre soin de sa vie intérieure permet de se maintenir en bon état de marche et d’être assez lucide sur ce que nous sommes.
Pour les chrétiens, le carême peut être le moment de s’interroger sur leur manière de vivre et d’agir, en cohérence avec leur foi. 
Cette entrée dans le carême 
est-elle justement un moment propice ?
Je vois cette période de 40 jours comme l’occasion d’un réajustement de nos valeurs, de notre foi, de nos convictions, dont le quotidien nous éloigne régulièrement. Le carême est l’occasion de faire un bilan assez prolongé, de resserrer un peu les boulons, de faire le choix de certaines contraintes fécondes ou résolutions, sans aller jusqu’à la souffrance. Pour les chrétiens, cela peut être le moment de s’interroger sur leur manière de vivre et d’agir, en cohérence avec leur foi. De prendre conscience de leurs petites et grandes dépendances qui les détournent de choses plus fondamentales.
Justement, peut-on être chrétien 
et passer à côté de sa vie intérieure ?
Si on n’est pas attentif à la cultiver, on passe à côté d’une partie du trésor de la foi. Un chrétien peut avoir de bonnes règles de vie et appartenir à une communauté tout en négligeant une vie de prière personnelle, laquelle ne consiste pas seulement à répéter des formules consacrées. À mes yeux, la prière doit commencer par un acte de présence à soi : on se pose, on prend conscience de l’état dans lequel on se trouve. Le carême peut être l’occasion de prier différemment : pas seulement plus, mais mieux, en essayant de voir plus fortement en nous ce qui nous éloigne de nos idéaux, mais aussi en prenant conscience de toutes les grâces reçues. Donnons-nous le temps, à l’exemple des moines et des moniales, qui, avant ou après les offices, goûtent au recueillement et à l’oraison. Cet ajustement entre vie intérieure et rituels nous mènera à une rencontre plus sincère et dépouillée à Dieu.
Et vous, comment vivez-vous le carême ?
Cela ne fait pas longtemps que ces questions m’interpellent. Je suis un chrétien sur le tard. Né dans une famille laïcarde et communiste, je suis arrivé à la religion par mon épouse et sa famille. Depuis quelques années, je les interroge sur la façon dont ils vivent le carême et j’essaie de m’y appliquer, très simplement. Cette année, par exemple, je vais essayer de ne pas boire d’alcool. J’espère que je ne serai pas invité chez des copains trop insistants ! Parfois aussi, j’ai la flemme de donner de l’argent aux SDF, mon porte-monnaie est au fond de mon sac, je n’ai pas envie de m’arrêter car il pleut… Alors je me dis que, durant cette période, je pourrais chaque matin mettre des pièces dans ma poche pour ne pas me dérober. Pour le chrétien que je suis, qui n’est pas dans une prière quotidienne, le carême pourra être l’occasion de prier quelques minutes après mon temps de méditation quotidien, auquel je suis pour le coup assidu. Ces 40 jours sont l’occasion de rectifier le cap et d’être, années après années, je l’espère, bonifié par les carêmes successifs. C’est d’ailleurs la découverte de la méditation qui m’a rapproché de la prière et c’est le jeûne laïc que je pratique qui m’a amené à mieux comprendre le jeûne chrétien : au-delà de la privation, il nous faire prendre conscience de notre chance de pouvoir nous nourrir chaque jour, mais nous aide aussi à nous dépouiller pour nous rapprocher de l’essentiel.
Pour le chrétien que je suis, qui n’est pas dans une prière quotidienne, le carême pourra être l’occasion de prier quelques minutes après mon temps de méditation quotidien.

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dimanche 11 février 2018

Christophe André : “Se dépouiller permet de se rapprocher de l’essentiel“ (1)

Expert en exploration de la vie intérieure, Christophe André nous donne 
ses conseils pour ne pas passer à côté de l’essentiel.





Depuis des décennies, Christophe André, médecin psychiatre, scrute les profondeurs psychiques de ses contemporains. Alors que le carême arrive bientôt, il nous livre ses réflexions et ses conseils sur la vie intérieure, traçant un trait d’union entre le corps, l’esprit et l’âme… plongeant dans l’essentiel de nos existences assoiffées de spiritualité.
Comment définir la vie intérieure ?
La vie intérieure est ce qui constitue notre personnalité intime et renvoie à tout ce qui se passe en nous en termes de pensées, d’émotions, de ressentis corporels, que nous en ayons conscience ou non.
Cette vie de l’intime relève-t-elle 
du psychologique, du spirituel… ?
Elle est de l’ordre de la globalité corps-esprit-âme, et c’est ce qui contribue à la rendre mystérieuse, attirante et passionnante. La question est de savoir si nous y prêtons attention et si nous la cultivons, ou bien si nous sommes sans cesse guidés par des sollicitations et des objectifs extérieurs, dans un monde qui nous pousse à faire de plus en plus de choses, de plus en plus rapidement et de façon superficielle. Beaucoup de personnes ne se penchent pas vers leur intériorité, soit par choix, soit pas peur, soit par négligence. Jusqu’au jour où leur vie intérieure va faire irruption, sous forme de bouffées émotionnelles douloureuses, de spleen, de malaises existentiels flous… Mais la vie intérieure peut aussi se révéler au travers de moments de grâce surgissant tout à coup, durant lesquels on va se sentir heureux -au-delà de ce qui est explicable ou prévisible : vertige existentiel face à la voûte étoilée, émotion infinie devant un nouveau-né, bouleversement esthétique dû à une œuvre d’art. C’est là qu’on voit bien que notre vie intérieure ne peut se réduire à une analyse rationnelle : elle nous fait alors prendre conscience d’une réalité mystérieuse, mais réelle, relevant du plus grand que soi.
Cette vie bruissant en nous nous rappelle que nous ne sommes pas des robots ni des amas de molécules.
La descente à l’intérieur de soi mène-t-elle forcément à la transcendance ?
Je crois en tout cas qu’elle nous y ouvre assez naturellement. Il y a une façon très matérialiste et concrète d’aborder la vie intérieure chez certains scientifiques, qui comptabilisent par exemple le nombre moyen de pensées par jour. Aborder la vie intérieure ainsi ne révèle pas sa richesse et son étendue. Cette vie bruissant en nous nous rappelle que nous ne sommes pas des robots ni des amas de molécules qui ne font que répondre aux sollicitations de l’environnement. L’homme héberge des zones de mystère, d’irrationalité. Et lorsqu’il descend en lui, il se retrouve bien souvent aspiré dans des dimensions beaucoup plus vastes que son simple quotidien, le poussant à se poser des questions existentielles et métaphysiques : qui suis-je ? D’où viens-je ? Pourquoi suis-je là ?
L’expression « cultiver sa vie intérieure » 
signifie-t-elle que cette dernière aurait une amplitude 
plus ou moins vaste selon les personnes ?
Je vois dans le terme « cultiver » l’image de l’entretien d’un jardin. S’intéresser à sa vie intérieure ne revient pas à se contenter de quelques minutes d’introspection dans le métro. Cela ressemble plus à l’art du jardinage, qui nécessite des efforts variés et réguliers : s’octroyer de vraies plages de lecture, prendre un temps avant ou après la prière afin de faire un petit bilan de son état personnel, s’offrir des temps de recueillement dans la journée, en s’arrêtant par exemple quelques minutes dans une église après le déjeuner… Ces efforts sont comparables au jardinage : si je ne le fais pas, tout et n’importe quoi va pousser, il n’y aura plus d’endroits pour passer. Cultiver sa vie intérieure, c’est de temps en temps nettoyer, racler, couper, planter, tracer des voies, de façon à ce que le passage soit un peu plus facile. Et plus je pratiquerai, plus il me sera facile d’y avoir des repères, de m’y retrouver.
Plus on est centré sur soi, sur ce que l’on nous doit, au détriment de ce que nous devons aux autres, plus on est malheureux.
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Source : La Vie

samedi 10 février 2018

Ouverture... vers la Paix.


Efforçons-nous toujours d’œuvrer pour la paix entre les nations et dans les nations.
La paix entre les êtres et dans les êtres. Et n’oublions jamais que 
la première paix à acquérir est celle de l’âme : la paix profonde.
 
Christian Bernard


D’un cœur guéri et en paix naît l’humilité. De l’humilité naît 
la volonté d’écouter l’autre. De l’écoute naît la compréhension 
mutuelle et de cette compréhension mutuelle naît un monde de paix.

 
Daisaku Ikeda


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vendredi 9 février 2018

En chemin avec les yogis...

Ce livre offre à travers l'approche de différents maîtres un beau voyage initiatique et de découvertes :


Il existe de nos jours un nombre impressionnant de livres consacrés au yoga dont quelques-uns sont très intéressants. Mais après plus de quarante-cinq années de pratique, d'études et d'enseignement du yoga, Pierre Alais en arrive à cette conclusion, qu'il n'y a pas de techniques quelles qu’elles soient, sans un sujet incontournable... le yogi !

C’est pour cela qu'il a écrit cette rencontre avec des yogis qui ont changé sa façon de penser, son comportement, sa vie.

Aujourd’hui, le yoga n’est plus considéré comme Voie de libération. Or le yoga est un processus de transformation intégrale.

Dans l'état d’esprit hindou et yogique, le dogme, les théories sont beaucoup moins utiles que la rencontre d’un être qui les incarne et qui les vit.

Nous rencontrerons de grands yogis comme Svami Shivananda, Svami Chidananda... les ascètes nus, les moines errants, les brahmanes... et aussi des sages comme Jiddu Krishnamurti ou Ramana Maharshi.

À travers ces yogis qu’il a connus, l’auteur témoigne de toute la sagesse immémoriale de l’Inde.

Le yoga propose une réflexion sur nos automatismes, nos croyances, dans le but de nous en libérer. Une méthode universelle, un retour à 1’Etre pour rééquilibrer cette propension de l’homme à toujours vouloir chercher le Bonheur (Ananda) à l’extérieur.

Un florilège passionnant de vies, de pratiques et d’enseignements.


Après des études de psychologie et de philosophie, Pierre Alais arrive en 1971 en Inde à l’ashram de Shivananda, « ce lieu si puissant » où il reste un an. Suivront de nombreux séjours dans ce pays où il approfondira l’esprit hindou et yogique.


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mercredi 7 février 2018

"Je suis corps"




Passer de l'idée "j'ai un corps"​
à l'expérience "je suis corps" (Leib)

  • Sur la Voie de l'Action proposée au Centre Dürckheim, en parallèle avec l'exercice de la méditation, est proposée une activité appelée "LeibWeg". De quoi s'agit-il ?



Comment un méditant demeure-t-il, observant ­
"le corps dans le corps" ?

C'est par cette question sybilline que commence le sutra ânâpâna sati, réponse de Siddhartha Gautama, le Bouddha, à la question "comment méditer" ?

La langue allemande dispose de deux mots pour le mot corps dans la langue française:
LEIB:
 Ce mot désigne le « tout corps vivant dans son unité ». L'étymologie du mot Leib est le verbe Leben (vivre). Leib est donc le corps-vivant « le corps que je suis ». Le corps-vivant n'est pas quelque chose ; le corps-vivant est action. « Leib est l'ensemble des gestes, des actions à travers lesquelles l'homme prend forme, devient ce qu'il est … ou se manque », écrit Dürckheim.

KÖRPER:
L'étymologie de Körper est le mot latin corpus qui désigne un objet (un jeté-hors). C'est le corps objectivé, disséqué, fragmenté, analysé dans les laboratoires et les auditoires des facultés de médecine. Dans un CHU, les différents éléments et les différents systèmes qui composent le corps-objet ont droit à un étage: cardiologie, système digestif, système endocrinien, poumons et respiration, système nerveux, etc.
Le mot Körper, l'idée "j'ai un corps", ne donne plus une vue globale du corps-vivant, une vue globale de la personne.

LeibWeg: ("Weg": traduction de l'allemand => chemin ou voie)
C'est sous cette dénomination "LeibWeg" que Dürckheim propose des exercices qui permettent et favorisent le passage de l'idée « J'ai un corps » à l'expérience que « Je suis corps ». Expérience qui change notre façon de voir et de pratiquer la méditation.
Expérience qui change notre manière d'être au monde.
C'est en devenant sensoriellement consciente du tout corps vivant dans son unité (Leib) que la personne qui médite fait, plus tôt ou plus tard, l'expérience du grand calme intérieur, symptôme de son état de santé fondamental.

Jacques Castermane

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mardi 6 février 2018

L'unique réalité


C'est quoi le corps? 
Le corps n'est que l'âme rendue visible, la psyché; 
et l'âme est l'expérience du corps d'un point de vue psychologique. 
Pourtant il s'agit d'une seule et même réalité.

C.G. Jung. Seminar 
 on Nietzsche's Zarathustra

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lundi 5 février 2018

Entre... l'essentiel.

"Comme autrefois dans le ventre de notre mère le liquide amniotique où nous voguions, cet espace qui nous entoure est l'espace nourricier. L'essentiel est ENTRE. L'essentiel est dans le mouvement de navette entre les bords, entre les rives, de l'instant de la naissance à l'instant de la mort, de ma bouche à votre oreille, de votre cœur au mien, de l'aube au crépuscule. L'allée et venue entre l'homme et la femme, l'espérance et la désespérance, le monde visible et le monde invisible, le temps horizontal et l'éternité. L'essentiel respire ENTRE.
L'essentiel n'est pas dans un lieu situé dans un âge d'or qu'il s'agirait de retrouver. Il n'est de fidélité au passé que dans l'avenir, que dans cet élan vers l'avant ! Dès que l'on s'arrête dans un lieu, c'est déjà un casus belli qui s'annonce : il va falloir le préserver, le défendre. Ainsi, le tombeau du Christ : des générations entières ont cru qu'Il était là, dans ce tombeau, et qu'il fallait le défendre ! Or le tombeau du Christ n'est nulle part ailleurs que dans nos cœurs de pierre.
L'essentiel n'est pas là où notre raison, notre intellect le cherchent (bien qu'il puisse y être aussi, comme partout ailleurs). Il n'est pas dans les lieux où on l'annonce avec solennité (bien qu'il puisse y être aussi, comme partout ailleurs). Il n'est pas à la place où on l'a rencontré la dernière fois et où l'on retourne le cœur battant (bien qu'il puisse y être aussi, comme partout ailleurs).
Si l'essentiel te semble parfois n'être nulle part, c'est en fait qu'il peut être partout à tout instant.
"Quand tu fends du bois, je suis là. Quand tu soulèves une pierre, je suis sous la pierre. Ne me cherche pas ailleurs que partout." dit l’Évangile de saint Thomas.
Si l'essentiel est partout, il ne manque plus que nos yeux pour le voir... Ouvrir les yeux, sortir de l'anesthésie féroce de nos cœurs ! Nous laisser attendrir, toucher par la gratitude d'être vivants ! Non pas des voyeurs, des (télé)spectateurs consentants de la destruction du monde, mais des témoins de la merveille du monde crée !"
Christiane Singer
(N'oublie pas les chevaux écumants du passé)

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dimanche 4 février 2018

Les rencontres essentielles.

Lorsque j'avais 20 ans, je faisais du théâtre. Dans un récital de poésie, j'ai prêté un jour ma voix à un poète mexicain anonyme et j'ai déclamé : « Nous allons cesser d'être, nous ne sommes venus que pour nous rencontrer. » Ces mots n'ont jamais quitté mes lèvres. Ils sont devenus pour moi comme une devise. M'apprenant à m'ouvrir aux rencontres, à accueillir toute personne, connue ou inconnue, rencontrée dans la rue, sur les marchés, dans les trains et les bus, à honorer nos échanges de regards et de paroles. Oui, nous allons cesser d'être, et il ne tient qu'à nous de faire de nos rencontres des rencontres vraies et essentielles, des rencontres dans l'être. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

La présentation de Jésus au Temple (Luc 2, 22-38) relate précisément une de ces rencontres essentielles. Entre un vieil homme qui sait qu'il va mourir et un tout jeune enfant qui vient de naître. Cet enfant, d'autres l'avaient vu avant Siméon : Marie, sa mère, qui l'avait porté et avait accouché de lui, Joseph, qui deviendra son père nourricier, mais aussi les bergers et les Mages. Les bergers étaient retournés à leurs troupeaux, et les Mages à leurs royaumes, mais Siméon, lui, n'avait ni troupeau ni royaume vers lesquels retourner. Après une vie de patience et de fidélité à l'Esprit, il ne lui restait plus qu'à « s'éloigner en paix ». Est-ce la raison pour laquelle il a su, en serviteur, voir et prédire ?
Charlotte Jousseaume par Isabelle Serro
Oui, pourquoi Siméon a-t-il su dans l'invisible ce que Marie et Joseph, visiblement, ne savaient pas encore, les laissant tous deux dans « l'étonnement » de sa prophétie ? Pourquoi y a-t-il dans nos vies des rencontres essentielles qui nous ouvrent les yeux, nous rendent clairvoyants sur la vie, nous enseignent les uns sur les autres ? Des rencontres essentielles qui nous donnent de faire la vérité en nous et de nous parler en vérité ? Ces questions en appellent d'autres : pourquoi y a-t-il aussi dans nos vies tant de fausses rencontres ? Pourquoi nous cachons-nous derrière des personnages, plutôt que d'offrir nos personnes ? Pourquoi rendons-nous trop souvent à César ce qui appartient à Dieu ?

En présentant Jésus au Temple, Marie et Joseph ont sacrifié « deux colombes ».Siméon, lui aussi, a-t-il sacrifié quelque chose de lui-même pour rencontrer en vérité ce nouveau-né et sa mère ? Pour voir et prédire qu'« afin que se révèlent les pensées intimes de bien des coeurs », ce tout jeune enfant deviendra « un signe en butte à la contradiction » et que l'âme de sa mère sera transpercée d'une épée ? Siméon s'était détaché de la vie en tout cas, il avait largué les amarres, accepté de mourir et de s'éloigner en paix. Il a pu ouvrir son coeur à une vérité que Marie mettra toute sa vie à accueillir et à méditer dans son coeur. Dans sa sagesse, il a rendu d'emblée à Dieu ce qui est à Dieu.
Nos rencontres, qui sont parfois vraies, parfois fausses, révèlent, elles aussi, les « pensées intimes » de nos coeurs. L'enfance, l'adolescence et la vieillesse sont des âges où nous nous situons moins dans l'avoir ou le non-avoir, mais bien plus souvent dans l'être. Des âges propices à des rencontres essentielles. Mais l'âge adulte double la vie personnelle d'une vie professionnelle, qui prend trop souvent à Dieu pour donner à César. Plutôt que de nous présenter au Temple et d'accepter le mystère de cette vie mortelle, nous préférons jouer la comédie.

 À deux reprises dans ma vie, la mort d'une personne a fait que j'ai rencontré en vérité une seconde personne que je n'aurais jamais rencontrée si la première n'avait pas disparu. Est-ce, à chaque fois, cette mort entre nous qui a éclairé notre rencontre d'une lumière, d'une vie et d'un amour éternels ? Qui l'a rendue essentielle ? Oui, « nous allons cesser d'être, nous ne sommes venus que pour nous rencontrer ». Alors rencontrons-nous en vérité en Dieu.



source : La Vie
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samedi 3 février 2018

vendredi 2 février 2018

Tous en coeur...


Cœur métaphorique
Le cœur, le cœur métaphorique, racine et base de toute relation, est ce qu’il y a de plus profond en nous. C’est mon cœur qui se lie à un autre cœur, qui m’appelle à sortir d’un groupe fermé et figé, source d’exclusion, pour me conduire à rencontrer l’autre et à l’aimer tel qu’il est, avec ses différences.
Jean Vanier, Accueillir notre humanité





Mouvement du cœur
Nous commençons à changer lorsque nous prenons le temps de nous connaître les uns les autres, d’écouter l’histoire de chacun. Alors, nous ne jugeons plus l’autre selon des concepts de pouvoir et de savoir, ou suivant le groupe auquel il appartient, mais d’après ces rencontres personnelles, cœur à cœur. Peu à peu nous passons de l’exclusion à l’inclusion, de la peur à la confiance, de la fermeture à l’ouverture, des préjugés et des jugements à la compréhension et au pardon. C’est un mouvement du cœur. Nous nous découvrons frères et sœurs en humanité. Nous sommes gouvernés non plus par la peur, mais par la reconnaissance de l’importance et de la valeur de l’autre, quel qu’il soit.
Jean Vanier, Accueillir notre humanité

jeudi 1 février 2018

Ouverture et réorientation...




« Quand le mental n’est plus identifié avec son champ d’expérience,
il y a comme une réorientation de sens vers le soi. »

Yoga Sutra- II.54

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mercredi 31 janvier 2018

En mémoire de Gandhi

Le 30 janvier 1948, Gandhi était assassiné par un fondamentaliste hindou. À l'occasion des 70 ans de sa mort parait en France Le Pouvoir de la colère (Ed. Marabout) écrit par son petit-fils Arun Gandhi, qui a vécu deux ans avec lui. Pour lui, les préceptes de non-violence prônés par Gandhi sont toujours d'actualité.

"Aujourd'hui, nous voyions tellement de violence partout dans le monde qu'il est venu le temps de repenser à la non-violence pour canaliser la colère", explique au micro de RTL Arun Gandhi, âgé de 83 ans.




(RTL)



L'homme Gandhi n’a pas toujours été à la hauteur de ses paroles et de son prophétisme. Gilles Van Grasdorff, qui vient de publier les Vies cachées de Gandhi(Cerf) et Éric Vinson, coauteur avec Sophie Viguier-Vinson de Mandela et Gandhi. La sagesse peut-elle changer le monde ? (Albin Michel) en conviennent. Ils invitent pour autant à ne pas disqualifier un homme exceptionnel.



On connaît la quête spirituelle de Gandhi, transcendant les religions, sa posture non violente, son combat indépendantiste. Mais sa face cachée apparaît désormais et fait de l’ombre à sa légende. Que peut-on dire de sa vie familiale ?
Gilles Van Grasdorff. Né en 1869 dans une famille de commerçants aisés, il a été marié à 13 ans, selon la tradition. Avec son épouse Kasturbai, les débuts se passent mal. Dès ses 19 ans, après une terrible crise d’adolescence, il entame une quête de spiritualité, de vérité, qui va durer toute sa vie. Il s’était promis de former son épouse, illettrée, mais ne l’a pas fait. Il l’a souvent délaissée, parfois battue, et lui a imposé la chasteté. Mais Gandhi n’a jamais répudié Kasturbai, ce qu’il aurait pu faire dans ce monde violent. Et elle est morte dans ses bras, en 1944.
Éric Vinson. Gandhi est un homme de son temps, dans un monde où l’épouse obéit à son mari. Il se révèle prophétique mais en parole, en se disant par exemple favorable à l’égalité homme-femme dans le mariage, sans la mettre en pratique. Cela heurte nos valeurs. Comprenons que Gandhi se situe très loin de notre culture. La chasteté conjugale, hormis dans quelques milieux catholiques, nous est incompréhensible.
G.V.G. En Inde, cette pratique traditionnelle relève de la brahmacharya – la maîtrise de soi, le renoncement. De même, on lui a reproché d’imposer à ses nièces de dormir nues à ses côtés. Mais sans relations sexuelles. Il s’agissait pour lui d’exercices de résistance au désir.










Sa prétendue homosexualité a fait scandale.
G.V.G. En Afrique du Sud, où Gandhi travaille comme avocat de 1893 à 1914, il a entretenu une relation intime avec Hermann Kallenbach. Ce Juif allemand, architecte de renom, s’installe avec Gandhi et abandonne tout pour lui. Leur amour dépasse la sexualité. L’important est le lien spirituel de fraternité. Et le Kama-sutra parle de l’homosexualité sans condamnation. Kallenbach finance sa lutte pacifiste, comme toutes ses expériences de diététique et de végétarisme. Avec lui, Gandhi écrit les plus belles pages de sa vie, et fait naître le satyagraha (la non-violence active).
Mais peut-on changer le monde en étant homme de compromis ? Les œuvres complètes de Gandhi font 100 volumes !
Gandhi était-il un homme autoritaire ?
É.V. Son côté autoritaire semble lié à sa quête viscérale, radicale, à l’intensité de son action, de ses idéaux. Il peut faire penser à l’Hernani de Victor Hugo, affirmant : « Je suis une force qui va ! » Son attitude cause des dégâts sur ses proches, dont il ne se préoccupe guère. Sa famille devait suivre, de même que l’intendance… Mais peut-on changer le monde en étant homme de compromis ? Les œuvres complètes de Gandhi font 100 volumes ! C’est un génie, le créateur d’une forme de vie, un peu comme François d’Assise. Or, les grands hommes ont tendance à tout écraser sur leur passage. Et leur existence est rarement à la hauteur de leur œuvre. Mais pour Gandhi, qui disait « ma vie est mon message », c’est plus gênant que pour d’autres.
G.V.G. Gandhi était un « sale bonhomme », caractériel, dur avec son épouse, avec ses enfants. En partie parce qu’il n’arrive pas à se situer spirituellement, fréquentant des musulmans, des chrétiens, des jaïns et des théosophes, ce mouvement spirituel et ésotérique lancé en 1875 à New York, qui veut mener l’homme à la sagesse et faire advenir une fraternité universelle. Sans adhérer formellement à la Société théosophique, Gandhi a été très influencé par ses animateurs, notamment Annie Besant (1847-1933).
Le Gandhi politique interroge également. Comment le héros de l’indépendance de 1947 a-t-il été si longtemps très fidèle à l’Empire britannique ?
É.V. Attention aux anachronismes. Le Gandhi universaliste, héros de l’indépendance, s’est construit durant des décennies. Comme la plupart des enfants de sociétés colonisées, il est d’abord fidèle à l’Empire. Son premier mouvement consiste à demander à Londres l’égalité civique pour les Indiens, d’ailleurs promise par la reine Victoria dès 1858. Longtemps loyaliste, il entre en rébellion peu à peu, et de façon claire à la fin de la Grande Guerre seulement.
Le Gandhi universaliste, héros de l’indépendance, s’est construit durant des décennies. 
G.V.G. Influencé par les théosophes, qui rêvaient à une future indépendance, il décide de soutenir l’Empire. Ne pouvant se battre du fait de sa santé, il crée à Londres une section de secouristes, l’Indian Ambulance Corps, comme quelques années auparavant en Afrique du Sud, lors de la guerre des Bœrs. En août 1914, il lance un appel à s’engager aux côtés des forces britanniques et canadiennes. Quelque 1,7 million d’Indiens partent pour le front en Europe. Gandhi et les nationalistes indiens espèrent que, en mettant en sommeil la lutte contre l’Empire britannique, celui-ci leur offrira l’indépendance. Ils ne l’ont obtenu qu’après la Seconde Guerre mondiale, le 15 août 1947.
É.V. Avec les Britanniques, Gandhi vit un rapport ambivalent de haine-amour, de fascination réciproque. Dans sa quête d’identité, il incarne une première mondialisation, celle de la Belle Époque. Un moment d’explosion des relations entre les cultures. Entre Inde, Afrique du Sud et Angleterre, Gandhi vit sur trois continents !
L’un des buts du satyagraha est de convertir l’adversaire, fût-il le diable.
Ses relations avec Hitler sont aussi problématiques. Dans une lettre, Gandhi l’appelle « cher ami »…
É.V. Gandhi est tout à fait cohérent : il s’adresse aux ennemis, comme à tout le monde. L’un des buts du satyagraha est de convertir l’adversaire, fût-il le diable. Aujourd’hui, on se sert de ces lettres contre lui, alors qu’il fut l’un des seuls à essayer de parler à ce démon, de le rappeler à son humanité.
G.V.G. Il porte en lui l’amour des ennemis, à la suite de Jésus-Christ. Il est fasciné par le Sermon sur la montagne. Sans aucune naïveté, dans ses lettres de juillet 1939 et de décembre 1940, Gandhi cherche vraiment à amener Hitler au satyagraha.
É.V. Face à la catastrophe mondiale qui débute, il se sent un devoir moral d’essayer de convertir l’extrême violence, envers et contre tout. Pour le philosophe Vincent Cespedes, le héros fait « tout ce qui est en son pouvoir pour rendre possible l’impossible ». De nos jours, Gandhi aurait écrit au chef de Daech. Peut-être idéaliste, il avait espoir dans la nature humaine, même chez le tyran le plus endurci.
Que dire de son rapport aux Noirs sud-africains 
et des accusations de racisme ?
É.V. Quand il arrive en Afrique du Sud en 1893, Gandhi se voit comme un gentleman anglais, qui s’identifie au colonisateur. Et au départ, il lutte contre l’assimilation des Indiens aux kaffirs (« nègres ») par les Blancs. Aujourd’hui, cela nous choque… Mais, brancardier lors d’une révolte, il réalise la violence extrême de l’armée anglaise contre les Zoulous. Tardivement, vers 1910-1911, il rompt enfin avec tout racisme. S’il a trop longtemps porté les mêmes œillères que tout le monde, il a aussi ouvert les yeux plus vite que la plupart. On l’ignore trop souvent aujourd’hui, et l’on déboulonne ici ou là ses statues. Regardons plutôt sa trajectoire.
S’il a trop longtemps porté les mêmes œillères que tout le monde, il a aussi ouvert les yeux plus vite que la plupart.
Peut-on l’accuser de manque d’humilité ?
G.V.G. L’humilité apparaît dans les mots de Gandhi, dans toute son œuvre. Seule compte pour lui la quête de vérité et de Dieu. Pour mener son action en Afrique du Sud et aux Indes, il fallait être hors norme.
É.V. Vouloir changer le monde témoigne d’un certain manque d’humilité, n’est-ce pas ? À moins que ce ne soit justement en diffusant l’humilité que Gandhi a tenté une aventure aussi surhumaine.
Faut-il encore définir Gandhi comme un saint, 
un modèle, un héros ?
G.V.G. Pour moi, la sainteté n’existe pas chez l’être humain. Comme nous tous, Gandhi a cherché à se connaître, à se réaliser, à se découvrir. Or, Gandhi n’a jamais vraiment découvert qui il était.
É.V. Saint, héros, sage : Gandhi combine ces catégories. On imagine les saints « unidimensionnels » et confits en religion. C’est une erreur. Ils sont humains, donc multiples et en mouvement. L’hagiographie les a réduits à une image d’Épinal. Or, selon Nelson Mandela, « un saint est un pécheur qui cherche à s’améliorer », et le Mahatma n’aurait pas dit autre chose. Gandhi n’est ni un ange ni un démon : riche d’une ardeur idéaliste hors du commun, il demeure un humain, avec toute sa complexité. Mais aussi un modèle, car nous avons besoin de ces derniers pour nous construire, notamment les jeunes. Certains enferment tel personnage dans sa supériorité, en le jugeant d’une autre espèce que la nôtre. Je préfère penser que, en connaissant mieux et en osant admirer une figure comme Gandhi, il est possible de grandir. 

Une vie de lutte

1869 Naissance de Mohandas Karamchand Gandhi, à Porbandar (Gujarat, Inde).
1888-1891 Études à Londres. Il rentre en Inde 
deux jours après avoir été admis au barreau.
1893 Conseiller juridique 
en Afrique du Sud (il y restera plus de 20 ans).
1904-1906 Théorisation 
et mise en pratique de 
son principe de protestation non violente (satyagraha).
1915 Retour en Inde. Fondation d’un premier ashram dans le pays.
1919 Massacre d’Amritsar : lors de protestations, des Indiens commettent 
des violences. Les autorités britanniques font tirer sur la foule.
1922 Condamné à six ans 
de prison, il en fait deux.
1930 Marche du sel.
1942 Appel à la grève générale pour forcer les Britanniques à quitter le pays.
1947 Indépendance de l’Inde.
1948 Il meurt assassiné 
par un nationaliste hindou, 
à Delhi.


source : La Vie