mardi 9 février 2021

Gratitude (2) et transition intérieure

 

Les blocages à la gratitude
L’un des blocages est la place de notre mental au dépend des dimensions du coeur. Il ne s’agit pas d’en choisir une au dépend de l’autre, mais de leur donner une place et une valorisation égale dans nos processus. La bienveillance, comme dans toutes pratiques de transition intérieure, est de mise. Ce qui aide dans ce cas, c’est d’être en capacité d’expliquer pourquoi nous la célébrons afin de rendre les personnes libres de choisir en conscience d’ y participer ou non. Aussi, au niveau individuel et collectif, ritualiser les pratiques de gratitudes nous aide à bénéficier des bienfaits exprimés ci-dessus.

Dans de tels espaces, «parfois la gratitude vient facilement. Si tout va bien ou qu’il vous arrive quelque chose de bon, l’appréciation et la reconnaissance peuvent couler de source. Quand le ciel s’assombrit, chercher des raisons pour vous sentir reconnaissant pourrait, dans un premier temps, susciter un sentiment d’inconfort proche du déni. Mais il n’y a pas de raison de se sentir reconnaissant pour tout ce qui se passe. Il s’agit plutôt d’admettre qu’il y a toujours un panorama plus vaste, une vision plus large composée à la fois d’aspects positifs et négatifs. Pour nous permettre de reconnaître clairement les éléments difficiles et d’y réagir de manière constructive, nous devons puiser dans nos ressources qui font ressortir le meilleur en nous. La gratitude mène à cela. Nous pouvons nous entraîner à puiser dans cette ressource à tout moment». (p. 81)


Nos représentations socio-culturelles peuvent également nous bloquer. Comme le dit Joanna Macy : «
Dans la culture dominante, on estime que la gratitude est une politesse, et non pas une nécessité. Dans d’autres cultures et spiritualités, l’histoire est bien différente. Notre bien-être dépend du monde naturel et la reconnaissance nous lie à notre but qui est de prendre soin de la vie». S’autoriser à se désaculturer au service de la culture du changement de cap est l’un des enjeux de la transition intérieure.

La gratitude nous motive à agir pour notre monde
Ainsi, la gratitude est l’une des voies pour désapprendre une part de notre rapport au monde qui est destructrice. Joanna nous l’explique en ses mots :
«Un producteur de bois a déclaré un jour qu’en regardant un arbre, tout ce qu’il voyait était un tas d’argent sur une souche. Si nous considérons les arbres comme nos alliés qui nous aident, nous voudrions devenir leurs alliés. Cette dynamique nous entraîne dans un cycle de régénération, dans lequel nous prenons ce dont nous avons besoin pour vivre, mais nous donnons aussi en retour. Parce que notre culture industrialisée moderne a oublié ce principe de réciprocité, les forêts continuent à rétrécir et les déserts à croître. Pour contrer cette désintégration, développons donc une intelligence écologique qui reconnaît que notre bien-être personnel dépend du bien-être du monde naturel».

La gratitude, pilier de toutes les traditions spirituelles, nous montre une des voies pour sortir de la société de consommation. Elle nous montre à voir tout ce qui nous est donné par les autres et par le vivant. Son partage ouvre les coeurs et crée de la confiance dans les groupes. En collectif, il nous permet de reconnaître nos singularités universelles, accueillant nos différences comme une richesse et la confiance que nos différences sont entendues et valorisées.

La gratitude est un des piliers central de la culture émergente au service de la Transition. Elle cache en son sein la capacité de maintenir notre enthousiasme au service du changement positif, de nous faire prendre conscience de l’abondance en nous et autour de nous et de guérir nos relations autrefois basées notamment sur l’anthropocentrisme, l’ethnocentrisme, le racisme et le sexisme. Une fois affirmée, nous sommes mieux à même d’aborder les émotions inconfortables et douloureuses liées à la destruction de la vie sur terre.

Ainsi, choisir une posture de gratitude est une compétence qui s’apprend et qui s’améliore par la pratique. Cela ne dépend pas du bon déroulement de la vie, ou de recevoir des faveurs des autres. C’est apprendre à mieux repérer ce qui est déjà là.
Exprimer sa gratitude, c’est faire du bien aux autres autant qu’à soi, se connecter au vivant et faire un pas de plus sur le chemin de la transition.

Outils pratiques
Concrètement, comment mettre en place des moments et des espaces d’expression de gratitude ?

En posant des questions ou en accompagnant une méditation : Par exemple :
  • Réfléchissez- sentez si vous avez de la gratitude pour quelqu’un ou quelque chose ? Sentez- vous un merci monter en vous pour une personne qui fait que vous êtes là aujourd’hui (à suivre ce Mooc) en transition intérieure ? (quelqu’un qui garde vos enfants ou vous-mêmes qui avez su protéger cet espace pour apprendre au service de la transition), etc.
  • En faisant une balade guidée dehors à la recherche de tout ce qui nous est offert : oxygène, chaleur, beauté, soutien, etc. Lors d’atelier ou de formation, l’affirmation de la gratitude commence en accueillant chaque personne qui arrive avec un salut chaleureux et une attention d’inclusion. Joanna nous dit : «Considérer chaque personne comme un cadeau aide à éprouver de la joie. Nous prenons ensuite un moment pour évoquer l’amour que nous partageons envers la vie sur Terre, sans toutefois étiqueter ce processus comme une « affirmation ». Cela produit un effet de relaxation et de vivacité, et sert de fondement régénératif pour tout ce qui suit. Cela permet aussi de faire remonter notre douleur pour le monde, car savoir ce que nous chérissons déclenche la reconnaissance de combien cela est menacé» .
  • En récoltant les pépites de la journée : qu’avons-nous appris ? qu’ai-je reçu ? qu’ai-je donné ? qu’est ce qui nous a soutenu ? Quel est mon coup de cœur ?
  • Ce qui peut aussi nous aider pour pratiquer la gratitude et la reconnaître est d’utiliser les 3 niveaux de reliance à guérir dans notre monde aujourd’hui :
    • Gratitude vis-à-vis de soi-même : remercier et reconnaître ses ressources intérieures.
    • Gratitude vis-à-vis des autres : remercier et reconnaître que ce n’est pas seul qu’on y arrive et sentir l’abondance de soutien.
    • Gratitude vis-à-vis des autres qu’humains : tout ce qui nous permet de vivre, les végétaux, les animaux, le soleil, l’oxygène, les champignons, les bactéries, etc.

Ces temps de récoltes changent tout, ne pas les oublier en chemin c’est incarner la transition intérieure.

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lundi 8 février 2021

Gratitude (1)

 Le MOOC sur la transition intérieure de l'université Colibris est ouvert. Un dossier sur la gratitude y est présenté dont voici un extrait.

Pourquoi s'entraîner à ressentir la gratitude

Au sein du mouvement de la Transition, nous insistons sur l’importance de pratiquer la gratitude avant de nous plonger dans les émotions plus inconfortables. Dans cet article nous découvrons les raisons de cette posture et les richesses qui se cachent derrière cette pratique. L’article finit par vous offrir quelques pistes pour la pratiquer davantage dès aujourd’hui.

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Dominique Fortin Chrysalide

La dimension politique du coeur
Il y a 6 ans, j’étais en formation en Angleterre aux côtés de Looby Macnamara et de Peter Cow pour me former à la permaculture humaine. Le premier jour après des heures de trajet, nous créions le cercle d’ouverture et j’avais hâte d’entendre qui était là, quelles étaient leurs expériences, de pouvoir partager les miennes et de partager comment j’allais. Pourtant, à ma surprise, nous avons commencé par un tour de gratitude. Un tour de gratitude ? Le mot sonnait comme un peu poussiéreux et je me lançai dans l’exercice. Ce partage me bouleversa et des larmes me vinrent aux yeux : une première pour moi dans un tour d’ouverture, habituée à une militance à la dure où j’avais bien souvent serré les dents. Que s’était-il passé ? Ensuite nous fûmes invité·es à une marche nocturne et silencieuse pour se présenter et partager ce qui nous touchait et ce pourquoi nous étions reconnaissant·es.

La soirée terminée, je mis du temps à m’endormir car j’avais une petite colère intérieure ; mon égo frustré et mon mental insécurisé ne me laissaient pas en paix. Il m’a fallu du temps pour comprendre la révolution qui s’était opérée dans ce simple cercle d’ouverture où, au lieu de parler de soi en premier, nous remerciions les autres et le vivant. Ce rituel se poursuivit durant les 10 jours à chaque cercle d’ouverture. Cette reconnexion à l’abondance de beau, de soutien, d’amour m’a permis de me réconcilier avec une partie de moi qui aime la vie et qui s’autorise à le dire sans avoir peur d’avoir l’air ringarde ou « bisounours ». J’ai également compris que pratiquer la gratitude pour la Transition était devenu pour moi un acte politique et spirituel qui m’aide à me décentrer pour m’engager au service de plus large que moi. De plus- cerise sur le gâteau - cela me procurait des émotions positives et libératrices. J’aimais écouter les histoires des autres et j’aimais partager les miennes pour nous rencontrer à un autre endroit d’engagement que celui de la tête. Depuis lors, je muscle ma capacité à mettre la lentille de la gratitude dans mon regard sur le monde : une posture radicale et révolutionnaire qui change le monde.

Qu’est ce que la gratitude ?
Mais quelle est donc cette pratique qui m’a tant bouleversée ? Que se cache donc derrière cette notion bien connue et dont la pratique semble si révolutionnaire ?
Pour définir les contours de la gratitude, je vous renvoie à la lecture de l’un des ouvrages incontournables écrit par Joanna Macy : « L’espérance en mouvement ». Joanna commence en ces termes :

«Être vivant dans ce magnifique univers auto-organisé- participer à la danse de la vie avec des sens pour la percevoir, des poumons pour la respirer [...] - est en soi une merveille au-delà des mots. De surcroît, c’est un immense privilège d’être gratifié d’une vie humaine, avec une conscience autoréflexive qui nous permet un regard lucide sur nos propres actions et nous donne la capacité d’effectuer des choix. C’est ce qui nous permet de choisir de prendre part à la guérison de notre planète... Nous tenons trop aisément ce don pour acquis. C’est pourquoi tant de traditions spirituelles commencent par une action de grâce, pour nous rappeler que, malgré toutes nos souffrances et nos craintes, notre existence même est un bienfait immérité que nous n’aurions jamais pu créer nous-mêmes.»

Ainsi, la gratitude c’est ce «vif sentiment d’émerveillement, de la reconnaissance et de l’appréciation».

On perçoit d’ores et déjà dans cette définition le puissant potentiel de la gratitude. Et l’on peut aller encore plus loin, pour en exploiter tous les bénéfices, que Joanna Macy décrit à merveille :


  • La gratitude favorise le sentiment de bien-être. Lorsque l’on prend l’habitude d’activer notre gratitude seul ou en groupe, on entraîne plus facilement et rapidement son esprit à remarquer les aspects positifs dans notre vie… La gratitude a deux aspects : l’un est l’appréciation, où l’on ressent comme positif ce qui s’est passé ; et l’autre est l’attribution, où l’on reconnaît le rôle de quelqu’un ou de quelque chose dans ce qui est arrivé… La gratitude est une émotion sociale. Elle fait ressortir notre côté chaleureux et notre bonne volonté envers les autres.  « Quand on n’a pas le moral, on pourrait penser que c’est exagéré de porter son attention sur quelque chose d’aussi positif. Pourtant , reconnaître les dons de la vie donne des forces. En savourant ces cadeaux, nous augmentons notre faculté psychologique à garder notre équilibre et notre calme sur les flots houleux. Voilà pourquoi nos ateliers commencent ainsi. La gratitude renforce la résilience, ce qui donne des forces pour faire face aux informations perturbantes.
  • Commencer avec des émotions positives nous soutient pour accueillir celles qui sont plus inconfortables. Quand on aborde des questions telles que le changement climatique, la posture de la gratitude est une alternative rafraichissante à la culpabilité et à la peur. 
  • La gratitude renforce la confiance et la générosité, car elle nous aide à reconnaître les moments où nous avons pu compter les uns sur les autres… elle joue un rôle clef dans l’évolution du comportement coopératif et dans l’évolution des sociétés. Lorsque les niveaux de gratitude sont élevés, nous sommes non seulement plus enclins à rendre service, mais nous sommes également plus susceptibles d’aider des personnes que nous ne connaissons pas. (p. 76) La partage de la gratitude permet d’ouvrir les coeurs et créer la confiance dans le groupe.
  • La gratitude antidote au consumérisme, alors que la gratitude peut accroître le bonheur et la satisfaction de la vie, le matérialisme- le fait de donner une valeur plus élevée aux biens matériels qu’aux relations humaines profondes- à l’effet inverse... la gratitude c’est de se délecter et se sentir satisfait de ce dont on a déjà fait l’expérience, à l’inverse de ce que nous propose la publicité. L’industrie de la publicité a pour but de saper ces sentiments en nous convaincant qu’il nous manque quelque chose…. ainsi la gratitude nous fait déplacer notre attention du verre à moitié vide au verre à moitié plein.

Présentée ainsi, la gratitude semble évidente et pourtant elle reste parfois difficile à évoquer dans nos groupes. Pourquoi ne la pratiquons-nous pas davantage?

Rédigé par Cheval Noémie
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dimanche 7 février 2021

Gingembre, yoga et prière : le secret de longévité de Ginette, centenaire lilloise

 Veuve depuis 40 ans, cette arrière-grand-mère force l'admiration par sa jeunesse d'esprit et ses engagements. Reportage dans le Vieux-Lille, à la maison Madeleine-Delbrêl où elle prend ses quartiers chaque mercredi soir.

Ce mercredi soir, Ginette nous a donné rendez-vous à la maison Madeleine-Delbrêl, située au 27 rue Négrier, dans le Vieux-Lille. N'allez pas croire que nous nous rendons dans un Ehpad tenu par une congrégation. Non, il s'agit d'un foyer d'étudiants et jeunes professionnels, ouvert en 2014, dans lequel la centenaire tient un rôle majeur. Elle fréquente le lieu assidûment depuis quatre ans, chaque mercredi soir, jour où la messe est célébrée à 19 heures, suivie d'un dîner. Elle s'est liée d'amitié avec ses résidents. « Ginette, c'est un peu notre mascotte, explique très sérieusement Arthur, un étudiant breton qui se fait un plaisir de raconter sa première rencontre avec l'intéressée, devenue « sa troisième grand-mère » ! « Quand je suis arrivé pour la première fois, j'ai cru que Madeleine Delbrêl, c'était Ginette ! »



La centenaire, née le 6 novembre 1918, vit dans le quartier. Elle s'intéresse depuis toujours à l'oeuvre de cette poétesse et assistante sociale (1904-1964), convertie au christianisme à l'âge de 20 ans. Cette dernière, devenue une grande mystique et initiatrice d'une première petite communauté avec deux amies scoutes, a donné naissance aux équipes Madeleine Delbrêl. Est-ce à force de lire ses livres ou grâce à la sagesse acquise au fil des ans que Ginette a appris à vivre simplement, au coude-à-coude avec ceux qu'elle côtoie ? Elle participe aux diverses réunions des jeunes, les accueille parfois chez elle, et lorsqu'il y a des sorties s'y fait conduire. « J'ai compris que j'aidais les autres en leur donnant l'occasion de rendre service, d'être charitables et fraternels. Ça m'a aidée à mieux accepter (la dépendance, ndlr), confie-t-elle. En rajoutant : « Car ce n'est pas facile tous les jours, c'est même de plus en plus difficile. J'ai les oreilles appareillées, une cataracte à un oeil, certains jours je me dis que j'en ai assez, que c'est dur de continuer. Alors je demande au Seigneur : "Donne-moi la force, autrement il faut venir me chercher". »

« Quel risque court-on à croire ? »

Au quotidien, elle vit seule dans un appartement de deux étages et refuse de s'installer au rez-de-chaussée, comme ses enfants l'y invitent. « Cet escalier m'entretient », assure la centenaire. Au moment de sortir dans le jardin pour être photographiée, elle demande qu'on l'accompagne en lui tenant le bras, mais dédaigne la chaise installée à son intention. « Je suis croyante, et c'est ce qui me tient !, fait-elle valoir. La mort ne me fait pas peur, je l'imagine comme un long tunnel et j'ai la certitude que ce sera mieux qu'ici. Et si j'ai été roulée, je ne le saurai pas. Quel risque court-on à croire ? » Elle a creusé ce chemin de confiance dans le scoutisme, et raconte avec fierté qu'elle a été une des premières jeannettes à Lille. « Sa présence est rassurante, elle a une expérience de vie que nous n'avons pas. Elle a le talent de nous faire oublier nos soucis, elle nous recentre sur l'instant présent, précise Arthur, qui s'improvise porte-parole des colocataires du foyer. Elle nous apporte beaucoup sur nombre de sujets par ce qu'elle est, ce qu'elle véhicule et incarne comme espérance et optimisme. »

À 100 ans la voici connectée au XXIe siècle dans une société en pleine mutation. Autour d'elle, tous connaissent le secret de sa forme : « Je mange tous les jours du gingembre, confirme-t-elle, je vais une heure par semaine dans un cours de yoga du quartier... Et je prie chaque matin pendant 20 minutes. » C'est après le décès de son mari que, se retrouvant seule chez elle, elle a commencé à pratiquer le yoga, à partir marcher sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, et à entreprendre de grands voyages tout en menant une vie associative très riche. Autant d'activités ouvertes sur le monde et les autres que cette experte en vieillesse conseille.

Être là où il y a de la vie

L'heure de la messe approche... Une dernière question : comment rester confiant face à ce qui peut nous arriver une fois passé le seuil des 75-85 ans ? « En s'appuyant sur le Seigneur, en ne s'enfermant pas sur soi, car il y a de la vie à être avec les autres. Il faut savoir appeler, proposer de faire des choses ensemble. Le Seigneur passe à travers eux. À nos âges, il faut continuer à faire des efforts, lâcher le moins de choses possible, car on ne retrouve plus ce qu'on a lâché », observe-t-elle. 19 heures, la voilà, ponctuelle, installée au premier rang dans la chapelle. Le temps n'a pas de secret, décidément, pour Ginette...

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Source : La Vie

samedi 6 février 2021

Force du corps...

 

Ça m’intéresse : Pourquoi se sentir plus fort dans son corps permet-il de se sentir plus fort dans sa tête?


Roland Jouvent :

Les deux sont indissociables. Le corps agit de deux façons sur l’esprit. D'abord bouger aiguise les neurones. L'intelligence se construit à partir des sensations corporelles. Et cela reste vrai à l'âge adulte : l'activité du corps nourrit le cerveau. Si l'on réalise des exercices d'entraînement cognitif en pédalant sur un vélo, le résultat est meilleur que si l'on reste assis dans un fauteuil. Ensuite, le corps joue le rôle de la quille d'un bateau. Il aide l'esprit à garder le cap dans les turbulences: s'il y a trop d'anxiété, il l'apaise, le relâche; s'il manque de motivation, il lui offre du plaisir, de l'envie. 

ÇM : Comment re-crée-t-il l'équilibre? 

R. J. : En désactivant le système d'alerte et en stimulant celui de la récompense. L'activité physique crée du plaisir, ôte la fatigue à long terme et met l'activité psychique au repos. Chez des patients dépressifs, une activité nécessitant un effort d'attention empêche la rumination d'idées noires. Ce qui en fait un bon traitement complémentaire des antidépresseurs. L’activité physique s'introduit ainsi de plus en plus dans les services psychiatriques. On tire un grand bénéfice à resynchroniser le corps et l'esprit. 

ÇM : Notre esprit est donc relié au corps? 

R. J. : La vision dualiste corps-esprit nous amène à ne pas assez prendre en compte les signaux du corps. C'est la tyrannie de l'esprit. Resynchroniser l'esprit et le corps, c'est le replacer dans le présent, et quitter la remémoration du passé et l'anticipation anxieuse. C'est le principe de la pleine conscience. Quand la temporalité du monde, perçue par le corps, n'est plus celle de l'esprit, on dérègle la machine. A force de jouer au foot assis avec un joystick, la tête explose. Montaigne disait : «Mes pensées dorment si je les assis. Mon esprit ne va, si les jambes ne l'agitent». On peut espérer que l'homme réintroduise du Montaigne dans sa vie!

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source : ça m'intéresse

vendredi 5 février 2021

Notre corps reflète notre état intérieur

 Souvent je redresse ma posture et mes pensées changent... Essayez, c'est l'intégrer.

Ça m'intéresse : Pourquoi est-ce important de revenir au mouvement?

Nathalie Rapoport-Hubschman : Nous sommes dans une société qui a mis le corps de côté. Très sédentarisés, nous passons nos journées à ne bouger que nos doigts sur un clavier. Nous attachons de l'importance à nos idées, à notre mental. Revenir au corps en mouvement est vital : tout en nous est en mouvement, le sang, la lymphe, le cœur qui bat... Nos corps ont été conçus pour se mouvoir. Il suffit de regarder les bébés, qui gigotent sans cesse. Il est nécessaire de revenir à des approches corporelles pour renouer avec notre véritable nature, et instaurer un équilibre avec notre mental. 

ÇM : Comment le mouvement peut-il aider à sortir de la dépression? 

N.R.-H. : Le plus difficile dans la dépression est de se bouger. La perte de l'élan vital va de pair avec une apathie et une difficulté à initier des actes. Se lever, sortir, travailler relèvent d'un véritable défi. Entrer dans le mouvement permet au dépressif de se décentrer de ses pensées négatives. Il porte son attention sur le corps, et met de la distance vis-à-vis de ses ruminations. Si des pensées automatiques surviennent, il peut se focaliser sur la posture et la respiration. Celle-ci est importante pour calmer le mental : je respire, mon corps est vivant, je mets à distance mes pensées. 

ÇM : Comment expliquer ce lien corps-esprit? 

N.R.-H. : Le corps reflète notre état intérieur; la posture est un langage à part entière. Des épaules rentrées, la tête basse ou, inversement, une main ouverte, un dos droit sont autant d'informations que capte notre cerveau. La posture, le mouvement laissent une empreinte cérébrale. Ainsi, modifier consciemment sa posture a des effets sur le mental. Se redresser, ouvrir les bras, amène des émotions positives. L'un ne va pas sans l'autre, le corps et l'esprit sont sans cesse en interaction. C'est pourquoi notre équilibre physique et mental provient d'un sentiment d'unité.


source : ça m'intéresse 2013
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jeudi 4 février 2021

Oasis à vivre

 


EDGAR MORIN 99 ans.
′′J'ai été surpris par la pandémie mais dans ma vie, j'ai l'habitude de voir arriver l'inattendu. L'arrivée de Hitler a été inattendue pour tout le monde. Le pacte germano-soviétique était inattendu et incroyable. Le début de la guerre d'Algérie a été inattendu. Je n'ai vécu que pour l'inattendu et l'habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise énorme mais qui a toutes les caractéristiques de la crise. C'est-à-dire que d'un côté suscite l'imagination créative et suscite des peurs et des régressions mentales. Nous recherchons tous le salut providentiel, mais nous ne savons pas comment.
Il faut apprendre que dans l'histoire, l'inattendu se produit et se reproduira. Nous pensions vivre des certitudes, des statistiques, des prévisions, et à l'idée que tout était stable, alors que tout commençait déjà à entrer en crise. On ne s'en est pas rendu compte. Nous devons apprendre à vivre avec l'incertitude, c'est-à-dire avoir le courage d'affronter, d'être prêt à résister aux forces négatives.
La crise nous rend plus fous et plus sages. Une chose et une autre. La plupart des gens perdent la tête et d'autres deviennent plus lucides. La crise favorise les forces les plus contraires. Je souhaite que ce soient les forces créatives, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin, celles qui s'imposent, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre mais ne devons pas nous enfermer dans l'indignation.
Il y a quelque chose que nous oublions : il y a vingt ans, un processus de dégradation a commencé dans le monde. La crise de la démocratie n'est pas seulement en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens. La maîtrise du profit illimité qui contrôle tout est dans tous les pays. Idem la crise écologique. L'esprit doit faire face aux crises pour les maîtriser et les dépasser. Sinon nous sommes ses victimes.
Nous voyons aujourd'hui s'installer les éléments d'un totalitarisme. Celui-ci n'a plus rien à voir avec celui du siècle dernier. Mais nous avons tous les moyens de surveillance de drones, de téléphones portables, de reconnaissance faciale. Il y a tous les moyens pour surgir un totalitarisme de surveillance. Le problème est d'empêcher ces éléments de se réunir pour créer une société totalitaire et invivable pour nous.
À la veille de mes 100 ans, que puis-je souhaiter ? Je souhaite force, courage et lucidité. Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité."

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mercredi 3 février 2021

Un doux regard intérieur.

 


“Regarder en soi” ne devrait pas être abordé comme un “exercice”. Les exercices, on finit toujours par s’en lasser, par les arrêter. “Regarder en soi” est supposé être doux, est supposé nous apporter les qualités propres au cœur.
Retrouver le chez-soi, la demeure de l’Être, c’est comme se blottir dans un nid confortable, chaleureux. Le regard intérieur n’offre pas seulement la connaissance de l’unité, de l’immuabilité de notre nature divine. Il nous en confirme toute l’appartenance, la filiation.
Adopter le “regard intérieur” permet que nous vivions des retrouvailles avec le pur amour. Aussi, par la joie, la fraîcheur de renouveau qu’il procure, nous sommes pleinement comblés au-delà de notre “soif”. Nous n’avons pas idée de la réponse qui nous attend.
Denis Marie
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mardi 2 février 2021

Paix en nous et pour nous.

 


« Hommes dominés par vos égos, qui vous querellez et vous battez entre vous, vous ne semblez pas être conscients de l’évidence : si les différentes parties de votre corps utilisaient ces mêmes valeurs, dont vous usez pour déterminer votre comportement social, toute coopération entre les ribosomes, les enzymes, les mitochondries ainsi que toutes les formes de vie permettant à chacune de vos cellules de former une unité cohérente- sans parler d’un corps humain entier et sain- s’en trouverait véritablement entravée. »

Ken Carey – Le retour du peuple des oiseaux
peinture: Umberto Boccioni 1882-1916
émeutes sous les arcades
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lundi 1 février 2021

L'humain, c'est de la nature !

 

Le penseur, engagé en faveur de l'environnement, alerte sur les risques de

 dissocier l'être humain de la nature qui nous entoure.

Une interview à écouter de Pierre Rabhi sur RCF (11 min.)

À l’aube d’un potentiel troisième confinement en France, les interactions sociales semblent à nouveau en sursis. "L’être humain a besoin du contact, il est clanique. C’est dans sa nature, il ne peut pas vivre seul", affirme Pierre Rabhi. Pour autant, il constate également que la solitude augmente. "Il y a une désocialisation de plus en plus forte", déplore-t-il. 

METTRE NOS APTITUDES AU SERVICE DE L'ENVIRONNEMENT

L’homme, c’est celui que Pierre Rabhi tient pour responsable du changement climatique. Il prend exemple sur l’Amazonie, ravagée par la déforestation. "Notre impact est terrible par rapport aux autres créatures", se désole-t-il. Selon lui, la terre nourricière est droguée de chimie. "Nous avons répandu sur la planète des nuisances épouvantables", lâche Pierre Rabhi. 

"Les êtres humains se sont proclamés intelligents, ça n’est pas vrai", affirme le penseur. Pour lui, nous avons confondu aptitude et intelligence. "Nous sommes grisés par nos aptitudes. L’intelligence est dans la vie. Cette dissociation que nous avons créée entre nous et la vie aboutit à notre condamnation", alerte-t-il.

CULTIVER LE CONTENTEMENT

Cette attitude destructrice s’explique selon Pierre Rabhi par un consumérisme démesuré et "la peur de manquer, vouloir plus et encore plus". Face à cela, "il faudrait cultiver le contentement car sans ça on est constamment dans le désir"

Dans "Frères d’âme" (éd. de L'aube), une série d’entretien menée avec le journaliste Denis Lafay et le philosophe Edgar Morin, Pierre Rabhi témoigne. Si tout semble l’opposer à Edgar Morin, il assure que "ce qui nous a rapproché, c’est nos consciences, nos âmes, nos exigences, nos désirs d’un monde différent". Selon lui, "il faut dépasser les particularismes qui ont divisé l’humanité pour aboutir à quelque chose qui va amener la convergence des consciences humaines".

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dimanche 31 janvier 2021

samedi 30 janvier 2021

Changement et lenteur

 


L’incertitude, ça n’est pas nouveau. Tout ce qui est vivant implique le changement. Que disait Darwin ? Que le monde vivant évolue. Pour les uns, c’est formidable. Pour d’autres, c’est la panique. Ils se disent : «Quoi ? Ce que je suis aujourd’hui, je ne le serai pas demain ? Ah mais vous m’angoissez avec votre incertitude !» Certains cherchent un sauveur, un esprit totalitaire qui leur assure : «Voilà d’où vient le mal.» Moi, je dirais plutôt qu’il faut avoir peur des certitudes qui figent, et qu’on a tort de craindre l’incertitude. Elle est créatrice, à condition de travailler sur soi, de se décentrer de soi pour essayer de se représenter le monde de l’autre.

Aujourd’hui, il nous faut naître autrement. C’est la définition de la résilience, qui consiste à garder une trace de la blessure pour inventer autre chose. Beaucoup parlent d’une crise. Selon moi, le mot juste pour qualifier ce qui nous arrive est «catastrophe», un mot qui étymologiquement dit coupure et virement, tournant. Il y en a eu beaucoup dans l’Histoire. Dans un premier temps, et on l’a vu avec le confinement, les violences familiales et conjugales explosent, car se pose la question : «Comment va-t-on vivre ensemble ?» Quand la violence et la brutalité sexuelle augmentent, c’est toujours le symptôme d’une défaillance socioculturelle. Il manque un cadre pour structurer la pulsion. Nous vivons dans un sprint consumériste qui a provoqué la dilution des liens, gommé les âmes et les saisons, provoqué une déritualisation culturelle. On ne pense qu’à la réussite sociale. Mais après la catastrophe, le traumatisme pousse toujours à emprunter un chemin nouveau. Nous devons prendre un virage, or trois voies s’offrent à nous désormais.

On peut repartir comme avant, ne rien changer à l’économie, à l’hyperdéplacement et à l’hyperconsommation, et un siècle d’épidémies nous attend, avec un nouveau virus dans trois ans. On peut voter pour un dictateur qui nous escroquera en faisant croire qu’il a la solution et la vérité, cela existe déjà ici ou là. On peut enfin opter pour une nouvelle naissance, c’est la voie à laquelle je rêve. Nos atouts pour une renaissance sont la (re)découverte de la lenteur, l’accès au savoir pour tous et de nouvelles ententes de couples, où chacun fait sa part d’effort.

Boris Cyrulnik
(source : Madame Figaro)

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vendredi 29 janvier 2021

Sécurité de l'instant

 


Malgré les difficultés que vous avez rencontrées
et que vous avez probablement enregistrées
dans la mémoire de votre corps,
rappelez-vous que vous avez aussi vécu
des centaines de milliers de secondes en toute sécurité.
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Fermez les yeux, respirez profondément
et appréciez ce moment de sécurité ici et maintenant!
Recommencez autant de fois que nécessaire, reprogrammez-vous!
Vous en avez le POUVOIR!!!

(Auteur - inconnu)

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jeudi 28 janvier 2021