mardi 21 octobre 2025

Je me moque


 « Je me moque de la peinture. Je me moque de la musique. Je me moque de la poésie. Je me moque de tout ce qui appartient à un genre et lentement s'étiole dans cette appartenance. Il m'aura fallu plus de soixante ans pour savoir ce que je cherchais en écrivant, en lisant, en tombant amoureux, en m'arrêtant net devant un liseron, un silex ou un soleil couchant. Je cherche le surgissement d'une présence, l'excès du réel qui ruine toutes les définitions. Bach est plus que musicien. Soulages est plus que peintre. Rimbaud n'est poète que secondairement, comme les cendres qui retombent en papillons du volcan — ses poèmes. Je reconnais dans ces insensés ce qu'apprend avec effroi le nouveau-né, chaque fois que le visage de sa mère lui réapparaît, crevant la toile de l'air comme le lion le cercle de feu : il y a une réalité infiniment plus grande que toute réalité, qui froisse et broie et enflamme toutes les apparences. Il y a une présence qui a traversé les enfers avant de nous atteindre pour nous combler en nous tuant. »

🖊️Christian Bobin

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lundi 20 octobre 2025

Soif divine

 


Un autre extrait sonore du livre de Amélie Nothomb à boire avec les oreilles.

Ouvrir l'extrait audio



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dimanche 19 octobre 2025

Croire

 


Voici, de manière sonore, les dernières phrases du livre d'Amélie Nothomb, intitulé Soif, où elle donne la parole à Jésus :

écouter l'audio





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samedi 18 octobre 2025

En l'honneur de Pierre Dhainaut

Quelques bribes en retour du colloque en cours abordant l'œuvre de poète Pierre Dhainaut, présent à l'occasion de ces 90 ans.


 - Le miroir n'ajoute pas la lumière,
à ton visage de l'épanouir au-delà 
du cadre.

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- Suivons-nous un chemin ? L'inventons-nous ?
Par amitié nous léguerons
quelques indices à ceux qui viendront
après nous.

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- Tant que tu seras incapable de reconnaître
un arbre au bruissement de son feuillage,
en hiver, tu te tiens à l'écart.

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- Naissance qui se recrée à tout moment, 
sois disponible

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Entre deux paroles comme entre deux silences,
permettre aux fruits de mûrir.

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A Sabine Dewulf & Sabine Zuberek qui ont proposé la centième ligne :

Entre nos traces l'air frémit
des noms aimés : La source
nous traverse.

Pierre Dhainaut - "Mais toi, rien ne t'annonce"
Extraits tirés de ce recueil publié à l'occasion du colloque "Rythmes du monde dans la poésie de Pierre Dhainaut"

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vendredi 17 octobre 2025

Ecoute de l'aube

 On
me dit que tout finit par s’adoucir, 
qu’il existe au printemps une pâte nouvelle
pour faire son pain de la douleur...

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On
me dit que tout revient à la source de tout,
que les gestes aujourd’hui serviront à cela :
une servante d’amour redonnée à l’amour...

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Le
paysage, ce matin, a-t-il changé ?

On
dirait qu’il s’accoutume
à cette manière nouvelle de la présence,

facilement,
comme s’il attendait
depuis longtemps que tu l’habites,

et
présides sans peser à ses métamorphoses :

voici
qu’aujourd’hui il te répond, 

et
t’offre ce tremblement léger
dans la couleur de l’aube.

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Patricia Castex Meunier - Infiniment Demeure (Ed. Cheyne)
(une très belle personne que j'ai eu la chance de rencontrer récemment)
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jeudi 16 octobre 2025

Projection entre mondes

 


"Personne ne peut vous connaître et donc personne ne peut parler de vous.

Chacun a des pensées à votre sujet et exprime ses opinions sur l'image qu'il s'est faite de vous et non sur vous.
Alors, pourquoi vous troubler?
Vous devez rester calme et silencieux comme s'ils parlaient de quelqu'un d'autre."
Swami Prajnanpad



Accord toltèque n°2 : Ne prenez rien personnellement On a tendance à croire que tout tourne autour de nous. Un regard de travers, un message non répondu, une critique au boulot… Et tout de suite, on se sent attaqué. Pourtant, ce que l’autre dit ou fait reflète son propre monde intérieur, pas votre valeur.

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mercredi 15 octobre 2025

Chemin de Vie

Ces jours-ci, je me trouve complètement désintéressé par les « enseignements spirituels. ”

Pas parce que je suis devenu cynique ou arrogant ou perdu la foi, mais parce que je n'en ai tout simplement plus besoin. C'est la vérité honnête. Les enseignements spirituels parlaient autrefois à une douleur profonde en moi - la recherche de la paix, de la vérité absolue, de quelque chose de sacré et transcendant au-delà du bruit de la vie quotidienne.

Mais maintenant, ce désir a complètement changé de forme. S'est transformé en quelque chose de radicalement différent.

Plus je deviens présent, moins j'ai envie d'idées de présence.

Plus je vis, moins j'ai besoin d'apprendre à vivre.

La vie elle-même m'enseigne, chaque jour.

Pendant des années, j'ai utilisé la spiritualité pour échapper à l'être humain - le désordre, les relations, les routines domestiques, la beauté ordinaire de la vie quotidienne. Je pensais que l'illumination était quelque part au-delà de tout ça.

Mais maintenant, les vrais enseignements spirituels sont ici - non pas dans aucun livre sacré, mais dans le son du rire de ma fille, dans l'odeur du dîner, dans la sortie des poubelles, ou dans la promenade dans le parc au coucher du soleil.

Les anciens enseignements parlaient de « lâcher prise » des attachements à ce royaume terrestre.

Non. La vie m'apprend à devenir plus intime avec cette terre - à la rencontrer pleinement, à l'aimer farouchement, à trouver le sacré et le transcendant juste ici, où que je sois, quoi que je fasse, avec qui je suis.

Je n'ai plus besoin de chemin.

La vie EST le chemin.

- Jeff Foster

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mardi 14 octobre 2025

Le club des jeunes hommes riches

« Affligé de cette parole, cet homme s’en alla tout triste car il avait de grands biens »
Evangile selon Marc
Dieu merci
il n’a pas été dans mon destin
de faire la guerre
celle
sans cesse recommencée
de siècle en siècle
de contrée en contrée
de chef en chef
de peuple en peuple
matière des livres dits d’histoire
mécanique de mort
en mode éternel retour
Dieu merci
il a été dans mon destin
d’en faire une autre
bien moins connue
pas moins récurrente
mais touchant moins d’appelés
la guerre invisible
celle
dont les livres d’histoire ne disent mot
de siècle en siècle
de contrée en contrée
d’ami spirituel en ami spirituel
d’élève en élève
matière de récits obscurs
inintelligibles à la plupart
dynamique de la grâce
de cette guerre
entamée comme toutes les guerres
fleur au fusil
illusions en berne
rêves de gloire
et de hauts faits
de cette guerre
qui comme toutes les guerres
s’est avérée âpre
romantisme fracassé
sur la cruauté de la bataille
de cette autre guerre
pour mon plus grand bien
je suis sorti
sinon anéanti,
du moins proprement défait
bel uniforme en lambeaux
démarche hésitante
quelques séquelles
et souvenirs incommunicables
cependant neuf
reconnaissant
d’avoir été acculé à la reddition
au terme d’une résistance pied à pied
défense d’un ordre ancien
de toutes façons condamné
vieux soldat désormais
je savoure une paix balbutiante
ici et là traversée de résurgences
de combats
périmés
mais si tenaces
en leur volonté
de se perpétuer dans le vide
depuis ma retraite
mes médailles remisées
de mon œil amène
mais à qui on ne la fait pas
j’observe les recrues d’aujourd’hui
beaucoup se contentent
d’observer de loin la bataille
parfois fournissent ravitaillement
acclamations et harangues
d’aucuns se rapprochent
rôdent aux confins des combats
au risque de prendre une balle perdue
ou d’être assourdi par le grondement du canon
quelques uns
dont c’était le destin
n’ont pu faire autrement
que d’avancer en première ligne
je les vois charger
ici et là reculer
pour repartir à l’assaut
je reconnais sur leurs visages la foi
la peine
la rage
parfois l’effroi
à ceux là je dis
il n’est plus temps de reculer
même si dans cette guerre là
les apparences donnent à croire
qu’il serait facile
à tout moment de se retirer
ramasser son paquetage
regagner sans trop de dommages
son petit carré tranquille
d’aucuns le font
tels le jeune homme riche de l’Evangile
ils tournent les talons
à jamais tristes en profondeur
en surface soulagés
s’ils s’en vont
c’est qu’ils ont de trop grands biens
dont le plus précieux à leurs yeux
leur image
ce récit
qu’ils dévident à l’envi
rarissimes
ceux qui confessent
leur simple trouille
déserteurs, eux ?
tout au contraire se récrient ils
peaufinant leur narratif
eux combattants plus lucides
que les vieux officiers
dont il est entendu qu’ils se sont égarés
et de vivre désormais
peinards
autant que hantés
eux qui, oui, ont donné
observé tous les commandements
Si je déplore
qu’ils terminent ainsi mi cuits
je ne m’octroie pas licence de juger
chacun n’a t-il pas droit
à son camp retranché ?

Gilles Farcet

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lundi 13 octobre 2025

C'est moi qui m'éloigne...

Le très beau Fanal bleu de Colette, l'une de ses toutes dernières œuvres, moins connue que d'autres mais non moins intéressante (tout comme l'Etoile Vesper).


 « Que nos précieux sens s'émoussent par l'effet de l'âge, il ne faut pas nous en effrayer plus que de raison. J'écris "nous" mais c'est moi que je prêche. Ô découvertes, et toujours découvertes ! Il n'y a qu'à attendre pour que tout s'éclaire. 

Au lieu d'aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du cœur, pareil à celui du ressac ? Rien ne dépérit, c'est moi qui m'éloigne, rassurons-nous. Le large, mais non le désert. Découvrir qu'il n'y a pas de désert : c'est assez pour que je triomphe de ce qui m'assiège. »

Colette - Le Fanal bleu, 1949


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dimanche 12 octobre 2025

« L’estime… ne va pas de soi »

 « L’estime… ne va pas de soi »

Louise Groux - Lion

« Maman, regarde mon beau dessin ! » Parfois, je cherche encore l’approbation des autres, comme la petite fille attend derrière la porte de recevoir son bisou. Vivre de mon travail exige une certaine reconnaissance – expositions, ventes, etc. Comment trouver l’équilibre entre estime de soi et orgueil, doute et humilité ? Face à mes premiers tableaux, maman me challenge : « Ce n’est pas abouti, ma chérie ! » Quant à mon père, je me tue à attirer son attention. Comme seule victoire sur son indifférence, j’obtiens : « Tu es ma fille, donc tu te dois d’être géniale. » À peine écrasant. J’ai arrêté de brûler mes œuvres quand j’ai identifié les blessures dans mon enfance et expérimenté la tendresse infinie de Dieu, destinée à chacun. Je suis désirée et digne d’amour. Je n’ai plus besoin d’une reconnaissance à tous crins. Quand je doute, désormais, je prie. Une de mes plus grandes joies réside dans les moments où je vis l’humilité en vérité. 

L. Groux - N.D. de Paris

Un jour, je devais peindre un retable pour une commande privée, une scène de crucifixion. J’y allais la fleur au fusil, confiante, déterminée, persuadée de mener les choses rondement. J’ai été submergée par ce sujet insondable. La technique ? Les proportions ? Le souffle ? Quelque chose m’agressait. J’ai compris que deux sujets coexistaient : le temporel et le spirituel. Pour la technique, je m’étais préparée comme un soldat va au front. Un plan de bataille bien carré. Pour l’essence, j’ai dû finir à genoux et lâcher prise. Mon travail ne m’appartient pas. Je peins afin de donner à contempler beaucoup plus grand que moi-même. Pour combattre l’orgueil, rien de tel que d’avoir des enfants. Des phrases comme : « Maman, c’est quoi ton travail, en fait ? Tu dessines toute la journée ? » ou encore « Mamaaaaan, y a plus de papier toilette ! » font vite redescendre sur terre !


Louise Groux

Voir son site

Source : La Vie

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samedi 11 octobre 2025

Dépression...

 La dépression est un bon signe.

C'est la vie qui frappe à la porte en geignant. Elle nous dit que cette existence ne lui va pas et que nous courons à notre perte. La dépression est le sursaut paradoxal de la santé.
C'est comme une lettre que nous nous écrivons à nous même, mais dont ne réussissons pas encore à ouvrir l'enveloppe craignant qu'elle contienne de mauvaises nouvelles. On croit que ça ne va pas alors qu'en réalité on est entré dans une sorte de rébellion douce par rapport à ce qui nous entoure et qui nous fait souffrir.
La dépression c'est la résistance dans les catacombes.

C. Bobin.
Entretien avec P Van Eersel - A la recherche de la vie intérieure


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vendredi 10 octobre 2025

Eux

 C'est Eux ? nous dit Abd Al Malik...


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jeudi 9 octobre 2025

Poème de Lao tseu


Il existe un tunnel obscur dans la Lumière Infinie.
On l’appelle «Temps».
Lorsqu’un humain entre dans ce tunnel,
On appelle cela «naître».
Lorsqu’un humain marche au long de ce tunnel,
On appelle cela «vivre».
Lorsqu’un humain sort de ce tunnel,
On appelle cela «mourir».
Considérer que vivre se réduit à évoluer au long de ce tunnel obscur,
Cela s’appelle «illusion».
Percer des trous dans ce tunnel obscur
Cela s’appelle «science».
Savoir que la Lumière est autour du tunnel,
Cela s’appelle «Foi».
Voir la Lumière dans le tunnel obscur,
Cela s’appelle «Amour».
Voir la Lumière à travers le Tunnel obscur,
Cela s’appelle «Sagesse».
Eclairer le tunnel obscur de sa propre Lumière,
Cela s’appelle «Sainteté».
Confondre la Lumière et le Tunnel obscur,
Cela est au-delà des mots.
Source : Peinture de Kim En Joong

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