dimanche 13 mars 2022

Lumières naturelles

 


"En sortant du centre de rééducation,  je portais l'enfant dans mes bras. J'ai croisé une vieille femme dans son fauteuil roulant. Son visage s'est éclairé à la vue du nourrisson. Je me suis penché vers elle pour le lui présenter.  Les deux se sont dévisagés un instant  celui qui n'était pas encore tout à fait dans le monde, et celle qui n'y était plus complètement.  La femme avait un visage merveilleusement ridé, semblable à l'écorce d'un arbre séculaire. Devant la perfection de ces deux présences, je ne comprenais pas pourquoi cette société veut à tout prix que nous restions indéfiniment jeunes, éloignés de ces deux lumières de la naissance et du grand âge, cloués au milieu." 

Christian Bobin, extrait de  Ressusciter.


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samedi 12 mars 2022

Le Bonheur

 LE BONHEUR ? (extrait d'un livre à paraître le 21 mars


Il se vivait tel ce personnage de l’histoire zen qui, tombé de la falaise , s’est rattrapé à une branche qu’il sent craquer sous son poids tandis que de son autre main il cueille des fraises sauvages poussées dans le creux de la roche et s’émerveille de leur goût.
Il était au courant.
Tout ne tenait qu’à un fil.
Le corps que la vie lui avait prêté fonctionnait pour le moment sans accroc, comme un avion dans un ciel pur, à la merci d’une météo soudain impraticable, d’un missile égaré, d’une défaillance imprévisible du réacteur, d’un gros oiseau , d’un contrôleur aérien cinglé ou d’un pirate déterminé.
Chaque instant était un miracle, chaque respiration un don inouï, chaque petit plaisir une bénédiction.
Rien n’était dû, jamais.
Tout était accordé par une sidérante grâce.
Il était heureux et il n’en revenait pas.
Il n’avait aucune intention d’en revenir.
Il s’éveillait chaque nuit et titubait vers les toilettes bluffé d’être encore en vie, de ne pas être malade, d’être là où il était et d’être qui il était et aussi avec qui il était. Avec le Tout et avec l’amour dans le train duquel il était monté à son passage en ville.

Gilles Farcet

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vendredi 11 mars 2022

Cycle...

 Le principal est d'être en roue libre...



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Autour de Mr Gurdjieff

 En présence de Roger Lipsey, Gilles Farcet, Frédéric Blanc et Jean-Pierre Chometon. 


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jeudi 10 mars 2022

Seul le cœur sait (se) battre...

 


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qu’y a-t-il de plus fort
que le cœur humain
lui qui se fracasse à répétition
et continue de vivre

Extrait de 
Le Soleil et ses fleurs

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mercredi 9 mars 2022

Le grondement du tonnerre

 

" Voilà la difficulté de notre époque, les idéaux, les rêves, les beaux espoirs n'ont pas plus tôt fait leur apparition qu'ils sont déjà touchés par l'atroce réalité et totalement ravagés. C'est un vrai miracle que je n'aie pas abandonné tous mes espoirs, car ils semblent absurdes et irréalisables. Néanmoins, je les garde car je crois encore à la bonté innée des hommes. Il m'est absolument impossible de tout construire sur une base de mort, de misère et de confusion, je vois comment le monde se transforme lentement en un désert, j'entends plus fort, toujours plus fort, le grondement du tonnerre qui approche et nous tuera, nous aussi, je ressens la souffrance de millions de personnes et pourtant, quand je regarde le ciel, je pense que tout finira par s'arranger, que cette brutalité aura une fin, que le calme et la paix reviendront régner sur le monde."

(Le journal d'Anne Frank adaptation théâtrale réalisée par Eric-Emmanuel Schmitt)

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mardi 8 mars 2022

Un mendiant aveugle.

 Auprès de Swami Prajnanpad, Arnaud trouvera l’audace d’étreindre sa propre misère. « Vous êtes un mendiant » lui dira le maître ; « Vous mendiez l’amour ». Dans la solitude de quelques huttes en terre, l’homme de quarante ans pleurera de tout son cœur de n’être qu’un enfant suspendu aux regards et aux admirations des autres, s’agrippant à l’existence comme les misérables en Inde s’accrochent aux vêtements de passant et, sans la moindre dignité, supplient qu’on leur fasse l’aumône.


Notre aveuglement nous voile constamment tout le pathétique de notre condition de petits pantins manipulés par la vie, ballotté de-ci de-là au gré des espérances et des déceptions qui les réduisent en fumée, à la merci des paroles douces ou dévastatrices. Les vents de l’existence ne nous portent vers la joie que pour le lendemain nous envoyer la peine et nous laisser dévastés.


Arnaud Desjardins ou l'aventure de la sagesse de Gilles Farcet

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lundi 7 mars 2022

Temps de méditation nécessaire

 


Cette photo, prise au cours de la guerre du Vietnam, est datée, si j’ai bon souvenir, de juin 1972.

Je vivais à Rütte depuis trois ans. Le silence qui régnait dans cette vallée de la Forêt Noire m'apparaissait comme étant propice à la culture du silence intérieur. Ce vécu intérieur qui engendre une impression de sécurité.

Faut-il dire que cette photo, qui rend compte d'une réalité angoissante, m'a troublé. En regardant cette photo, il y a de quoi douter de l'importance conférée à l'exercice appelé zazen!

Est-ce que en quittant la Belgique pour m'installer à Rütte je ne cherchais pas un îlot de sécurité, une sorte de paradis sur terre, une échappatoire du monde tel qu'il est ?

Le lendemain matin, c'est tourmenté mentalement et affectivement que j'ai pris place dans le petit Dojo où quotidiennement Graf Dürckheim introduisait la pratique de zazen pour une quinzaine de personnes. Après un long temps de silence il a fait référence à cette photo. Et il a terminé en disant : "Nous ne pratiquons pas zazen pour nous mettre à l'abri des bombes. Nous pratiquons zazen afin de témoigner que, là où nous sommes, le monde peut encore être en ordre..."

Aujourd'hui, cinquante ans plus tard, des photos comparables font la première page des quotidiens et des hebdomadaires. Elles démontrent que de tels massacres sont toujours encore possibles et que notre dépendance envers le monde est incontestable. Assujettissement collectif ; mais c'est la personne individuelle qui souffre. Souffrance dont les symptômes sont l'angoisse et les états qui l'accompagnent. Et que vous habitiez en Belgique ou en Forêt Noire, cela ne change rien.

L'angoisse et les états qui l'accompagnent ! La méditation est-elle une solution ?

Afin de répondre à cette question il faut tout d'abord définir ce qu'on entend par méditation ?

L'exercice que je pratique depuis plus d'un demi-siècle s'appelle ZAZEN. Comme le souligne le maître Zen Hirano Röshi "Il y a mille et une manières de méditer mais il n'y a qu'une manière de pratiquer zazen".

Un autre maître Zen, Jinen San, lorsqu'on lui demande si la méditation est la solution, répond

"Oui. Mais lorsqu'on dit méditation il serait plus juste de dire ZAZEN. On utilise la même position, assise, pour zazen ou pour méditer, mais la manière de pratiquer est très différente si on médite ou si on pratique zazen".

J'ai retrouvé chez les différents maîtres Zen avec lesquels j'ai eu la chance de m'exercer les mêmes exigences que celles transmises par Graf Dürckheim.

La première : "On ne pratique pas zazen avec le mental".

Concrètement, zazen, c'est sentir ce qui est senti... sans examen de ce qui est senti ; zazen, c'est voir ce qui est vu... sans examen de ce qui est vu ; zazen, c'est entendre ce qui est entendu... sans examen de ce qui est entendu.

ll s'agit donc de faire face à tout ce à quoi nous faisons face à travers l'usage de la conscience sensitive. En en faisant l'examen, à travers l'usage de la conscience objectivante, nous ne faisons plus face à la vérité de ce qui est mais à la représentation mentale de ce qui est. La représentation mentale de la vérité n'est pas la vérité.

Aussi bien, si lorsque je pratique zazen, ce que je sens et ressens est la peur, l'exercice consiste à faire face à la peur. Au cours de la pratique appelée zazen, il n'y a donc aucune séparation entre moi et la vérité présente.

ZAZEN = faire face à la vérité (attitude à ne pas confondre avec celle qui consiste à faire face à la représentation mentale de la vérité).

Pratiquer zazen, c'est donc se familiariser avec cette attitude paradoxale : être UN avec ce qui est, quelle que soit la nature de ce qui est. Et le résultat ?

Il peut s'avérer paradoxal ! Sans savoir ni pourquoi ni comment, il arrive qu'on se sente pénétré, de l'intérieur, par ces valeurs de l'être absolument inattendues : la paix du corps, la paix de l'âme, la paix de l'esprit.

Affronter les événements plus calmement, plus sereinement, n'est pas une fuite du réel. C'est agir dans le monde en ne se laissant pas entraîner par nos humeurs et façonner nos actions en conformité avec les lois de la vie qui transforment l'homme en être humain.

Jacques Castermane


dimanche 6 mars 2022

pause pour l'Essentiel



Je voudrais qu’il n’y ait plus de mots

mais pour le dire, il faut des mots

un grand nuage de silence blanc

à l’origine des sons

d’abord celui de mon propre souffle 

se perdant dans les soupirs du vent

puis les sourds battements du cœur

tambour chamanique de ma terre-chair

un trille d’oiseau, un battement d’aile

le clapotis de l’eau, une étincelle

le frémissement de l’arbre, l’oscillation du ciel

un rire d’enfant, une brise de mer

le bruit doux du mystère...

Mettre le monde en pause

redéfinir l’essentiel.... 


Elisabeth Kuhn

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samedi 5 mars 2022

Comment la nature régénère-t-elle notre cerveau et participe à notre bien-être ?


Il n’est pas vain d’aller se balader en forêt, de s’émerveiller devant les premières lumières du jour et de laisser son esprit vagabonder face à la mer. Les effets de régénération de la nature sur notre cerveau sont aujourd’hui indéniables et démontrés par de nombreuses études neuroscientifiques.

Michel Le Van Quyen a été frappé par ce manque de nature qu’il a subi pendant le premier confinement, en partant de cette expérience personnelle il s’est intéressé aux recherches scientifiques menées sur l’importance des effets bénéfiques de la nature sur notre cerveau et de la nécessité pour tout Homme de se plonger régulièrement dans une expérience de nature. Dans son essai Michel Le Van Quyen rappelle que cette expérience de nature est tout autant essentielle pour le cerveau qu’elle ne l’est pour notre éveil à la cause environnementale et à l’enjeu de protéger la nature.

« Pourquoi les espaces naturels sont-ils si vitaux en cette période troublée ? La réponse est simple : la nature nous « ressource », elle « infuse en nous son énergie » et « suspend momentanément nos préoccupations et nos conflits intérieurs ». Elle nous procure des émotions profondes, qui évacuent le stress et augmentent le bien-être. »

Voici l'émission de la Tête au carré de France Inter (dont j'ai extrait la substantifique moelle) en cliquant ce lien

«Notre environnement a brutalement changé, passant du vert au gris, mais pas notre cerveau. Il reste encore largement celui d’un chasseur-cueilleur des steppes verdoyantes de nos origines paléolithiques. »

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vendredi 4 mars 2022

Une chance d'espoir...

 


En contemplant le ciel, ce soir, je me disais qu’il faudrait vraiment que les êtres humains arrêtent de se mentir à eux-mêmes à propos de leur soi-disant nature supérieure qui les placent au-dessus des autres êtres vivants. Nous avons un cerveau finalement assez limité car, même si notre cortex - la partie récente de notre cerveau - nous a permis d’élaborer une pensée complexe et de créer des outils sophistiqués, notre pensée et nos outils sont encore au service d’instincts extrêmement primaires gérés par les anciennes parties de notre cerveau. Cela fait de nous des êtres très puissants mais d’autant plus dangereux pour nous-mêmes et pour les autres, des prédateurs pour l’ensemble de notre environnement. Si seulement nous avions l’humilité de nous l’avouer et de tout faire pour dompter nos instincts primaires tellement destructeurs. 

Désolé de vous partager cette pensée un peu sombre… mais je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut pouvoir affronter ce qui est sombre pour donner une chance à la lumière de se révéler.

Thierry Janssen



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jeudi 3 mars 2022

Méprisant et méprisé

 


La guerre est aux portes de l’Europe impliquant un pays majeur.

La guerre est comme un barrage qui lâche. On ne sait pas jusqu’où cela peut aller.

Les chefs d’état occidentaux font ce qu’ils peuvent. Ils essaient d’éviter la confrontation directe avec la Russie. Et nous citoyens, que pouvons-nous faire ? Chacun se débrouille.

Cependant, je sais ce que je peux faire :

Essayer d’arrêter la guerre. Oh, pas celle en Ukraine. Je ne peux rien faire directement.

Arrêter MA guerre. Vilipender Poutine, penser, dire du mal augmente la violence en moi. Tôt ou tard, elle sortira. Elle justifiera des représailles belliqueuses. Et la guerre ne fera que croître.

Ce que je peux faire, quand je pense du mal et pas seulement de Poutine, c’est me tourner vers mes proches, leur dire un compliment, un mot d’amour, faire un petit acte de bienveillance, de paix familiale, de paix de voisinage.

Le but est de substituer à l’état de guerre, la NON-guerre active.

Active car pour qu’elle soit efficace, elle doit être incarnée dans les mots et les actes. Cesser le mépris que j’éprouve pour ce dictateur, qui nous renvoie son mépris pour les occidentaux dans une escalade mortifère.

Christian Rœsch

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