dimanche 16 avril 2017

Dimanche de Pâques : Se laisser sauver

À méditer

« Je ne peux pas, quoi que je fasse, ne pas croire au Christ ressuscité. Tout me l'indique, me le fait toucher du doigt. (…) Dieu a besoin de notre amour, et c'est ce qui est extraordinaire. Quand on le croit, alors on a le besoin insatiable de le lui rendre. (…) Seule la Résurrection te permet de t'accrocher à l'invincibilité de l'amour. (…) C'es le Christ ressuscité qui est la seule réponse. Il a tout vaincu par la Croix : nos faiblesses, nos peurs, nos angoisses, nos souffrances, nos infidélités. Il ne pouvait pas être autre que fils de Dieu, pour donner un sens à notre existence. En ressuscitant. (…) Tout est perdu, fini, suicidaire, si je pense que la vie s'arrête à la seconde où je meurs. Tout prend un sens, a une saveur prodigieuse, seconde par seconde, si je sais que le Christ m'appelle. Non pas pour un super fauteuil là-haut ! Mais pour vivre et faire vivre, sur terre d'abord, l'avant-goût de l'Amour sans fin, absolu, éternel. »
Extrait de Jésus, un regard d'amour, de Guy Gilbert (Philippe Rey)

À écouter : Le Messie, de Georg Friedrich Haendel

L’habitude a peu à peu été prise de le donner pendant l’Avent mais, célébrant la résurrection du Christ, Le Messie a bien été composé pour être joué à Pâques ! Créé en 1742 à Dublin, il emporte par la joie exubérante de son célèbre « Hallelujah ». Écrit en seulement vingt-quatre jours, l’oratorio déroute quelque peu le public anglais et contrarie quelques âmes chagrines que l’opulence de l’œuvre, avec ses nombreux chœurs, choque – tant d’éclat ne siérait pas au recueillement de la prière. Le succès est néanmoins au rendez-vous, on se presse pour acheter des billets, au point que l’on demande aux hommes de « renoncer à porter leur épée ». Haendel triomphe lorsque le roi Georges II se lève au son de l’« Hallelujah »… et lance une tradition encore en vigueur auprès du public britannique !
Le Messie, par William Christie et les Arts florissants, avec Barbara Schlick, Sandrine Piau, Andreas Scholl, Mark Padmore, Harmonia Mundi, 1994

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samedi 15 avril 2017

Samedi saint : Attendre

À méditer

« L’histoire du meurtre de la parole s’achève sur la croix par le meurtre du Verbe. Silence. Grand silence. L’Église confesse que, pendant ce grand silence, son Seigneur est descendu dans la mort et dans les enfers de la mort, pour tirer un à un ceux qui en étaient prisonniers. Le Christ, Parole de Dieu, parce qu’il se tait dans le silence du tombeau, rejoint tous les silences des hommes, meurtris dans leur parole et jusque dans leur chair. C’est alors qu’il sauve la parole de l’homme en la redressant jusque dans son silence. ll sauve aussi le silence de l’homme, l’incapacité de l’homme à parler, puisque le grand silence du samedi saint est l’espace accueillant pour le silence de l’homme qui peut venir se lover dans le silence de Dieu. Si la violence, c’est le meurtre de la parole, de ce qui fait de nous des humains et non des animaux, le Verbe de Dieu lui‐même a accepté de la subir. Mais l’amour du Père, non entamé par la violence, a fait resurgir le Verbe du tombeau ; l’horizon de notre foi est une parole possible, même après le meurtre de la parole, même dans le silence.
En visitant par sa mort le domaine de la mort, il tue la mort. (...) Mais si Dieu lui‐même, l’amour vivant, rejoint ceux qui sont morts, il ne peut que les emmener hors des tombeaux. Et voici tout un peuple vêtu de robes blanches qui se promène devant le visionnaire de l’Apocalypse. Ce peuple, c’est nous. C’est toi, c’est moi, lavé par le sang de tes larmes, de tes fatigues, de ta rage, moulu, épuisé. (…) Et tous ces gens, chacun de nous pendant qu’il peine, sont contenus dans ce grand silence du samedi saint, ce grand silence d’une demi‐heure qui enveloppe d’un manteau de nuit l’énigme du mal et du malheur sans y répondre. Voilà ceux que vient visiter le Verbe réduit au silence. Voilà ceux dont il vient essuyer chaque larme, une à une. Voilà ceux qu’il associe à sa victoire : Jamais plus ils ne seront accablés. Jamais plus. La porte du silence n’est plus fermée. le Verbe y est descendu. »
Extrait de Marcher vers l'innocence, d'Anne Lécu (Cerf) 

À écouter : Pergolèse, Stabat mater

Au pied de son fils crucifié se tient la mère de douleur : c’est cette image de souffrance qu’illustrent les douze mouvements du Stabat mater de Pergolèse, dernière œuvre d’un compositeur qui meurt en 1736 quelques mois après sa création, à 26 ans. Sur un poème attribué à Jacopone da Todi (1236-1306), Pergolèse tisse un dialogue entre voix de soprano et voix d’alto. Le célèbre duo d’ouverture les entremêle en une plainte sobre et déchirante sans craindre frôlements et dissonances, rappelant les audaces de Couperin dans ses Leçons de ténèbres. Jean-Jacques Rousseau célèbre d’ailleurs « le plus parfait et le plus touchant des duos qui soient jamais sortis de la plume d’aucun musicien ». La popularité toujours actuelle du Stabat mater semble d’ailleurs ne pas démentir le jugement du philosophe.
Jean-Baptiste Pergolèse, Stabat mater, Andreas Scholl, Barbara Bonney, Les Talens lyriques, Christophe Rousset, Deutsche Grammophon, 1999

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vendredi 14 avril 2017

Vendredi saint : Souffrir avec

À méditer

« Ce qui éclate, précisément, dans l'Agonie et dans la Croix du Seigneur, c'est cela : c'est que le mal est une blessure faite à son amour, comme, au contraire, le bien constitue ce mariage d'amour avec lui. Quand Camus, dans la Peste, oppose le supplice des enfants torturés par la peste et la révolte du docteur Rieux qui essaye de les sauver et qui, s'exprimant pour son compte, dit : "Mais le plus grand honneur qu'on puisse faire à Dieu devant un tel spectacle, c'est d’admettre qu'il n'existe pas."
Ce qu'on peut opposer à Camus, c'est justement que, si dans cet enfant il n'y avait pas un caractère sacré, s'il n'était pas protégé et magnifié par cette Présence divine, il n'y aurait pas de mal, il n'y aurait même pas un insuccès puisque, si l'univers était purement hasard et purement contingent, rien n'aurait de sens, il n'y aurait pas de direction privilégiée, il serait impossible de parler du mal.
Le mal ne prendra donc toute sa signification qu'au regard du mystique qui perçoit dans le mal une blessure faite à Dieu. Tous les maux finalement résultent d'une certaine absence de l'homme à Dieu.
C'est à partir de cette absence que le monde se désagrège, se défait, se décrée et n'arrive plus à trouver sa profonde signification. Si donc on veut remonter le courant du mal, il faut retrouver le sens du mariage ; le sens de l'union nuptiale avec Dieu ; le sens d'une vocation, issue de l'Esprit, de s'évacuer, d'atteindre à sa libération en devenant Dieu à la manière de Dieu : par un suprême dépouillement. »
Extrait d'une conférence de Maurice Zundel donnée au Cénacle de Paris en février 1974

À écouter : Haydn, Sept dernières paroles du Christ en croix

Le succès de ses Sept dernières paroles du Christ en croix est tel pour Haydn qu’il en écrit plusieurs versions : pour orchestre, pour quatuor à cordes, pour piano seul, et enfin, la plus ambitieuse, sous la forme d’un oratorio pour chœur, orchestre et voix solistes. Signe de la renommée européenne de Haydn, la commande vient de Cadix en 1786, pour l’office du Vendredi saint de l’église Santa Cueva. À chaque parole du Christ citée par un prêtre correspond un accompagnement, une illustration musicale. « Ce ne fut pas tâche aisée que de composer sept adagios durant chacun près de dix minutes, l’un après l’autre, sans lasser les auditeurs », commente Haydn. L’ouverture de l’œuvre est certes dramatique, avec ses rythmes pointés et ses silences, mais la suite est empreinte de lumière et d’optimisme. L’œuvre s’achève sur un spectaculaire et triomphal « Tremblement de terre » : la passion trouve là une expression quasi romantique dans les tourments du Sturm und Drang… (ou « orage et passion », ce courant littéraire allemand du XVIIIe, dont le but était d'émouvoir profondément, de donner le frisson).
Joseph Haydn, Les sept dernières paroles du Christ en croix, Le Concert des Nations, Jordi Savall, Alia Vox, 2007

 Bonus musical : Bach, Passion selon Saint Matthieu

La Passion selon Saint Matthieu, chef d’œuvre du cantor de Leipzig crée en 1736, s’impose d’abord par son ampleur et son ambition. Ecrite pour double chœur, elle exige un double orchestre ainsi que deux orgues : un véritable défi logistique, au concert comme au disque – il n’est en effet pas évident de rendre les effets de reliefs et de spacialisation dont un auditeur assis dans une église pourrait profiter. Ce qui n’empêche pas les moments d’imploration plus intimes et introspectifs. L’écriture alterne en effet les aria concertants qui font dialoguer voix et instruments solistes en un échange parfois quasi amoureux, et les chorals d’une majestueuse verticalité. Le célèbre air d’alto « Erbarme dich, mein Gott » (« Aie pitié de moi mon Dieu ») en est l’un des exemples les plus saisissants. La ligne mélodique chantée s’entremêle à celle d’un violon soliste, toutes deux n’en finissant pas de s’épouser, se séparer, pour se retrouver enfin.
Jean-Sébastien Bach, Passion selon Saint Matthieu, Rias Kammerchor, Akademie für alte Musik Berlin, René Jacobs, Harmonia Mundi, 2013. En concert le 14 avril à la Philharmonie de Paris.

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jeudi 13 avril 2017

Jeudi saint : S'abandonner

À méditer

« Il ne faut pas avoir peur des difficultés de la vie, ni même de nos fautes : ce n'est pas cela qui nous empêchera de trouver Dieu. Ayons peur de ce qui ne nous fait pas peur et qui nous empêche vraiment de Le trouver : craignons de refuser la lumière, plus ou moins subtilement, discrètement, poliment… Dieu a un programme : Il a prévu un remède pour tout. L'obstacle apparent de nos misères et de nos chutes quotidiennes, Il peut le laisser peser longtemps sur nous : Il s'en sert – l'amour de dieu est plus fin que nous et sait utiliser nos défaillances. Ce qui nous empêche d'en profiter, ce n'est pas l'abondance de ces misères, mais de ne pas accepter de "nous laisser faire" à l'idée de Dieu. Il n'y a pas d'autre inquiétude à avoir : "Vais-je laisser faire Jésus-Christ ?" Laissons-nous retourner, laissons-nous convaincre que les choses ne sont pas comme nous les avons imaginées, qu'elles sont selon un secret. Laissons cette lumière pénétrer en nous. Elle chassera nos ténèbres. Cela nous fera forcément un peu mal : la Parole de Dieu est un glaive qui pénètre jusqu'à la division de l'âme. C'est le sel – le sel qui purge. Ce n'est pas toujours agréable, cela provoque une révulsion : il faut l'accepter, car cela ira tellement mieux après ! Ce sera une telle délivrance ! »
Le courage d'avoir peur, de Marie-Dominique Molinié (Points Vivre)

À écouter : Telemann, Brockes-Passion

À côté des passions selon saint Marc, saint Jean ou saint Matthieu, il existe une version aujourd’hui moins connue mais très prisée en son temps, celle du poète et sénateur Barthold Heinrich Brockes. Ce dernier ne reprend pas mot pour mot le texte des Évangiles, mais écrit un livret poétique librement versifié à partir du récit biblique. Au début du XVIIIe siècle, Haendel ou encore Telemann composent leur « Brockes-Passion », surnom donné à l’oratorio Der für die Sünde der Welt gemarterte und sterbende Jesus (Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde). C’est dire la popularité de cette passion signée Brockes ! La version de Telemann, extrêmement théâtrale, a des airs d’opéra. « Mon souhait le plus cher : que ma plume, trempée à l'eau de mes larmes, inonde à son tour les yeux de l’auditeur » : telle est l’ambition du compositeur.
Georg Friedrich Telemann, Brockes-Passion, Rias Kammerchor, Akademie für alte Musik Berlin, René Jacobs, Harmonia Mundi, 2009.
La Brockes-Passion sera donnée le 15 avril à la Philharmonie de Paris par l’Ensemble Pygmalion sous la direction de Raphaël Pichon.
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mercredi 12 avril 2017

Mercredi : Répondre à l'appel




À méditer 

« Trouver sa vocation, ce n’est pas identifier dans quelle boîte en carton prédisposée Dieu veut que nous rentrions, ni sous quelle étiquette précise de botaniste il veut nous classer. Vivre sa vocation, c’est au contraire partir à l’aventure, à sa manière, qui ne ressemble exactement à aucune autre. (…) La vocation vient nous déranger dans notre rangement, mais c’est parce qu’elle met tout ce bazar en place, qu’elle met à leur juste place tous les éléments de notre fouillis intérieur. Elle vient mettre de l’ordre, c’est-à-dire ordonner autour de notre vrai désir, de notre désir le plus profond. Notre vocation est en nous : c’est ce désir. »
Extrait de Quand tu étais sous le figuier. Propos intempestifs sur la vie chrétienne, d'Adrien Candiard (Cerf)

À écouter : Couperin, Leçons de ténèbres

Couperin compose ses Leçons de ténèbres entre 1713 et 1717, pour les offices de Ténèbres de l’abbaye de Longchamp aujourd’hui disparue (à sa place se dresse l’hippodrome). Ces célébrations où les Lamentations de Jérémie sont mises en musique correspondent normalement aux matines des jeudi, vendredi et samedi saints. Mais devenues un événement quasi mondain à Longchamp, on avance l’office au mercredi soir, pour éviter un lever trop matinal aux fidèles… D’où les trois leçons « pour le Mercredy » que signe Couperin, alors organiste du roi et maître de musique des enfants de France. On lui reproche alors de « faire de [l]’église un opéra », ce que l’écoute des deuxième et troisième leçons, à 2 puis 3 voix, ne dément pas tout à fait ! Les voix se croisent, frôlant la dissonance en un élan sensuel.
François Couperin, Leçons de ténèbres, Hasnaa Bennani, Isabelle Druet, Claire Lefilliâtre, Le poème harmonique, Vincent Dumestre, Alpha, 2014

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mardi 11 avril 2017

Mardi : Se recueillir

À méditer
« Tu connais sans doute ce sentiment étrange qui nous saisit parfois au milieu d'occupations anodines et qui vient, me semble-t-il, de la rencontre entre une conscience plus fine de ce qui nous entoure et une force inhabituelle de recueillement – comme si celui-ci jaillissait au dehors – ou que le dehors se creusait d'intimité. Ces deux attitudes, ces deux orientations de notre attention – vers le dehors et vers le dedans – apparaissent bien souvent incompatibles, mais lorsqu'elles convergent, lorsqu'elles communiquent de la manière la plus imprévue, le monde entier semble traversé, la vie dispersée qui nous environne se charge d'une présence sensible, discrète, comme un souffle, un murmure, l'haleine ténue d'une voix qui ne dit rien de particulier, seulement qu'elle est là, proche et lointaine à la fois, insaisissable mais si prégnante qu'il serait vain de la dénier. (…) L'indélicatesse serait d'apposer trop vite un nom à cette présence, qui ne soit qu'une étiquette rassurante ou une catégorie indifférente. C'est d'un nom propre qu'elle se nomme. Elle-même te le révélera en son temps. Ne cherche pas à l'identifier, à la capturer dans des contours ou des vocables trop communs. Ecoute seulement, tends l'oreille – tout ton corps, tout ton esprit. Approfondis l'échange, en le prolongeant d'un silence qui est sa seule voix, qui est ta seule écoute. Elle se manifestera chaque fois un peu plus, dans une proximité plus grande. Elle se fera connaître, n'en doute pas, mais goûte-là d'abord, apprivoise-là, jusqu'à ce qu'elle devienne aussi familière que ta propre présence – ou que ta présence devienne aussi étrange que celle qui te visite. »
Extrait de Avance en vie profonde, de Philippe Mac Leod (Ad Solem)

À écouter : Caplet, Le miroir de Jésus – Mystères du rosaire

Nous sommes en 1923, André Caplet travaille à sa dernière œuvre et ne le sait pas encore. À 44 ans, le compositeur a les poumons détruits par les gaz qu’il a respirés pendant la Grande Guerre. Des poèmes d’Henri Ghéon sur les quinze mystères du rosaire l’inspirent, il en tire un triptyque autour des mystères de joie, de douleur, et de gloire à l’effectif original : un chœur de femmes, un quatuor à cordes, une harpe, une contrebasse et une mezzo-soprano soliste. On pense à Debussy pour les harmonies, compositeur dont Caplet a dirigé les œuvres, mais aussi au Schönberg du Pierrot lunaire, avec cette mezzo dont la voix oscille entre parlé et chanté. La partie centrale intitulée « Miroir de peine » évoque l’ « Agonie au jardin », puis la « Flagellation », le « Couronnement d’épine », le « Portement de croix », et la « Crucifixion », le tout du point de vue de Marie. « Un Dieu qui meurt… Oui ! Le grand mystère ! », s’exclame-t-elle à la fin.
André Caplet, Le miroir de Jésus – Mystères du rosaire, Hanna Schaer, Isabelle Moretti, Quatuor Ravel, Bernard Tétu, Accord, 2005 
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lundi 10 avril 2017

Lundi : Se convertir


À méditer

« Les « honnêtes gens » n'ont point de défauts eux-mêmes dans l'armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau de morale, constamment intacte, leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent point cette ouverture qui fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal-joint, une mortelle inquiétude, une invincible arrière-anxiété (...) une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent pas cette entrée à la grâce qu'est essentiellement le péché. Parce qu'ils ne sont pas blessés, ils ne sont pas vulnérables. Parce qu'ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien (…) La charité même de Dieu ne panse point celui qui n'a pas de plaies. C'est parce qu'un homme était par terre que le Samaritain le ramassa. C'est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l'essuya d'un mouchoir. Or, celui qui n'est pas tombé ne sera pas ramassé ; et celui qui n'est pas sale ne sera pas essuyé. »
Extrait de Note conjointe, Œuvres en prose II, de Charles Peguy 

À écouter : Messiaen, Visions de l’Amen, pour 2 pianos

À plusieurs reprises, Olivier Messiaen a puisé dans sa propre foi la source de son inspiration musicale. C’est le cas pour cette œuvre qu’il compose en 1943, sous la forme de « sept visions musicales », sortes de méditations autour du mot « amen ». En exergue de sa partition, Messiaen écrit : « Amen revêt quatre sens différents : / Amen, que cela soit! L'acte créateur / Amen, je me soumets, j'accepte. Que votre volonté soit faite ! / Amen, le souhait, le désir que cela soit, que vous vous donniez à moi et moi à vous. / Amen, cela est, tout est fixé pour toujours, consommé dans le Paradis. » L’une des sept parties intitulée « Amen de l’agonie de Jésus » rappelle l’ostinato de Bach entendu dans la Passion selon Saint Jean, mais plus lent, plus libre rythmiquement. On tourne autour d’une note, toujours obstinément, péniblement, jusqu’aux funèbres accords finaux, comme lourdement cloués aux claviers.
Olivier Messiaen, Visions de l’Amen, par Olivier Messiaen et Yvonne Loriod, Accord, 2002 

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dimanche 9 avril 2017

« Pâques fleuries »

À méditer

« Trop souvent, on inverse la perspective qui fut celle de la vie du Christ. On se dit : s'il a souffert en continuant, au cœur de sa Passion, à aimer, c'est que, pour connaître l'amour véritable et s'en montrer capable, il nous faut à notre tour souffrir. Ainsi la religion chrétienne prend-elle ce tour morbide que Nietzsche et bien d'autres ont su dénoncer. D'autant que les souffrances qu'on se choisit n'auront jamais la vérité de celles qui nous arrivent. C'est donc qu'il faut prendre les choses de l'autre côté : en aimant au cœur de la pire souffrance, le Christ nous enseigne que la joie n'a pas de frontières préétablies. L'accent est sur la joie, non sur la souffrance. C'est l'amour qui sanctifie la souffrance, non l'inverse. Il ne s'agit pas d'aspirer à être Etty Hillesum ou Christian de Chergé mais, comme elle et lui, de continuer d'aimer le sourire des enfants et l'innocence des hommes au cœur du martyre. C'est cela qui, dans leur vie et son achèvement, est passage pour la grâce. Jamais Jésus ne nous dit : quittez votre joie quotidienne pour de sombres supplices. Mais plutôt : croyez bien que la joie de votre vie veut se faufiler partout, qu'elle a le pouvoir de ne pas mourir sur les lieux de morts. On rit aussi dans les hôpitaux, dans les prisons et sur les champs de bataille. On y aime beaucoup. Cela doit nous encourager à ne pas imiter la logique du mal, qui veut nous voir fermés, cloîtrés, prisonniers de nos peurs. »
Petit traité de la joie. Consentir à la vie, de Martin Steffens (Marabout Spiritualité)

À écouter : La Passion selon Saint Jean, de Bach

Le Dimanche des rameaux célèbre le souvenir joyeux de l’entrée du Christ à Jérusalem. Mais il entame aussi le compte-à-rebours jusqu’au jour de la crucifixion. Cette liesse déjà endeuillée, Bach l’a superbement exprimée dans le premier chœur de la Passion selon Saint Jean. Les cordes entament un ostinato qu’elles ne lâcheront pas durant la dizaine de minutes que dure le chœur. Sur ce motif de croches répétées « obstinément », qui évoque musicalement la marche lente et pénible du Christ portant sa croix, éclate une invocation au « Seigneur, notre Seigneur dont la gloire règne sur le monde ». L’ostinato va jusqu’à s’emparer du mot « Herr » (Seigneur), en un motif mélodique ascendant : la passion est aussi élévation, nous dit Bach…
Jean-Sébastien Bach, Passion selon Saint Jean, Rias Kammerchor, Akademie für alte Musik Berlin, René Jacobs, Harmonia Mundi, 2016.



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source : La Vie

samedi 8 avril 2017

Valeur de l'immobilité avec Dominique Durand


Nous attribuons souvent à l'immobilité les caractéristiques d'un principe établi et figé, particulièrement contraignant. Nous devons vraiment faire l'effort de reconsidérer cette indication incontournable donnée pour la pratique du zazen et réaliser ce qui se passe lorsque, pour un temps donné, nous suspendons tout désir de soulager une gêne, un inconvénient, un problème qui taraude. 

Enfin, nous décidons de laisser le présent en l'état, sans plus chercher à améliorer ou modifier ce qui nous dérange ; il devient alors possible de nous laisser intéresser par ce qui surgit à travers cet événement qu'est le corps tout à fait immobile. On réalise que tout peut coexister à la fois, la gêne et la non-gêne, le plaisir et le déplaisir, et qu'il n'est pas nécessaire de se débarrasser de quoi que ce soit. 

Aussitôt, il devient possible de nous sentir libres de toutes nos contradictions et des limites qu'elles engendrent. Le méditant, dans l'absolue immobilité, retrouve la trace de ce qu'il a de plus profond en lui : le souvenir de son unité. Se sentir entièrement immobile, c'est s'éprouver dans sa totalité, sans ressentir la nécessité d'exclure. Dans la détente, l'immobilité s'approfondit et s'élargit, et nous laissons ainsi quelque chose s'accomplir, sans aucune préoccupation de nos désirs ou de nos préjugés. Ce qui devient important, c'est le changement qui s'opère, car l'immobilité rend possible ce que Dürckheim nomme : « la liberté de notre essence » 1 . 

Quelque chose a lieu malgré nous et nous n'en étions pas conscients (nous ne le savions pas). En effet, être immobile, c'est voir et sentir de façon inhabituelle ce que l'on voit et sent d'habitude, c'est sentir que la respiration dans son rythme originaire est l'expression de cette liberté de l'être, que notre manière d'être assis se réalise dans une facilité d'expression qui ne nous ressemble pas. L'immobilité nous permet de réaliser que quelque chose préexiste. Elle favorise des conditions particulières qui nous permettent de nous laisser apprivoiser par toutes les actions originelles que nous ne sommes pas en mesure de faire, telles que : l'acte de respirer, de voir, d'entendre, de sentir. 

L'immobilité introduit l'unité avec toutes ces actions parce qu'elle crée un espace privilégié qui favorise la réorientation de l'attention, non plus sur le résultat d'une action, mais sur la manière dont elle apparaît dans son « avoir lieu » originel. L'immobilité ne nous permet plus de nous approprier l'action en cours, elle la voit naître, lui donne de l'espace et l'accueille dans son caractère inconditionné. L'immobilité devient alors le point de contact qui nous invite à participer activement à toutes les lois qui régissent notre vie. 

Arrive le moment où l'on comprend que l'immobilité n'est pas absence de mouvement, mais que chacune de nos actions peut prendre racine dans ce centre parfaitement immobile. Ainsi, chacune d'elles porte la trace de ce calme intérieur, va puiser en ce centre ce qui ne manque jamais. L'immobilité, dans la méditation, n'est ni l'établi, ni le déterminé, elle exprime une liberté entière. Etre absolument immobile et voir que nous sommes ce que nous cherchons, que c'est là depuis toujours et que nous n'avons plus besoin d'aspirer à quelque chose ou de courir vers quelque chose. Nous saisissons à travers cette expérience combien l'immobilité nourrit la pleine attention et combien, à son tour, cette pleine attention force l'immobilité. 

1 Cf. Karlfried Graf Dürckheim, Sous le signe de la grande expérience, Editions du Rocher, 1995, p.59


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vendredi 7 avril 2017

La Méditation de pleine attention avec Jacques Castermane

La méditation, proposée par Dürckheim à son retour du Japon (1947), est un exercice indissociablement corporel et spirituel. Il s’agit « du corps que l’homme – est –, cet ensemble de gestes, d’attitudes, à travers lesquels l’homme prend forme et se réalise ». (K.G.D.)

Il s’agit de la méditation sans … préméditation ! Méditation sans objet et sans but. Mais alors, à quoi bon méditer ? Parce que méditer sans but n’est pas sans effet… Comment apprendre à méditer ? Il n’est possible d’apprendre à méditer qu’en méditant. 
Pas besoin d’un savoir ou d’un savoir-faire préalable. De la même manière que l’enfant de quinze mois (que chacun de nous a été) n’apprend pas à marcher afin d’arriver à marcher ! L’enfant apprend à marcher … en marchant selon les intentions du corps vivant (Leib). Rien de plus simple. 



Commencez ! Il suffit de s’asseoir dans la tenue et la forme la plus juste qui soit pour un être humain et, dans l’absolue immobilité, sentir le va-et-vient du souffle, ce geste de la vie qui participe à l’acte de vivre sans que « moi » (le moi pensant, le mental) y soit pour quelque chose. C’est à travers la pleine attention, à ne pas confondre avec la conscience ‘’de‘’, que la méditation va vous apprendre à devenir celui, celle, que vous êtes au plus profond de l’être. 

Voici ce que Dürckheim nous disait, lorsqu’il accompagnait celles et ceux qui, avec lui, pratiquaient la méditation de pleine attention pour la première fois ou depuis vingt ou trente ans : 
« La beauté d’un geste a deux sources : le geste inné ou le geste parfaitement maîtrisé. Dans les deux cas le geste n’est pas, ou n’est plus, un « fait » par l’homme. C’est une action qui émane de sa vraie nature, de sa propre essence, et exprime la vérité profonde de celui qui la réalise » 
« La beauté d’une attitude a deux sources : l’attitude innée ou l’attitude parfaitement maîtrisée. Dans les deux cas l’attitude n’est pas, ou n’est plus, un « fait » par l’homme. C’est une action qui émane de sa vraie nature, de sa propre essence, et exprime la vérité profonde de celui qui la réalise » 
« La beauté de la forme a deux sources : la forme innée ou la forme parfaitement maîtrisée. Dans les deux cas la forme n’est pas, ou n’est plus, un « fait » par l’homme. C’est une action qui émane de sa vraie nature, de sa propre essence, et exprime la vérité profonde de celui qui la réalise ».


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jeudi 6 avril 2017

Retour au monde...




" comme tu es, c'est le monde.

Quelle est l'utilité d'essayer de comprendre le monde

Sans te comprendre toi-même ?"


Ramana Maharshi


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mercredi 5 avril 2017

Parfaitement Soi...





"Le SOI est simplement la vie dans sa totalité, cette vie est permanente, toujours présente, mais le chercheur n'est pas toujours Présent à Lui-même. Il est souvent, très souvent, distrait, il regarde souvent ailleurs, il se disperse, s'égare dans des voies secondaires, dans des pensées, des principes, des concepts, des croyances, des pratiques etc. 
Tout cela fait obstruction au rayonnement permanent et tout naturel de cette Base qu'est le Soi. 
Et cela donne l'impression, lorsqu'un déclic se produit, qu'il est extérieur à nous... Il n'en est rien, ce déclic est un petit aperçu du Soi et il s'est "produit" parce qu'à ce moment précis, nous étions en harmonie totale avec cette fameuse Base, le Soi.

Plus nous serons présents à Nous-même, plus ces déclics auront le loisir, la possibilité, de nous envahir, de nous façonner, de nous transformer et de nous ensevelir en Lui (le Soi)."



- Ramana Maharshi.


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mardi 4 avril 2017

Somatopathie avec Eric Malausséna

La somatopathie met en œuvre une écoute manuelle subtile de différents niveaux d’organisation dans notre corps : lésions de suture, lésions musculaires, blocages du mouvement respiratoire primaire (MRP), blocages énergétiques…

Derrière chacune de ces lésions j’apporte des corrections visant à redonner au corps physique ou subtil le moyen de reprendre son fonctionnement normal. Ces corrections s’appuient sur le principe de l’homéostasie : le corps sait naturellement se réparer à l’intérieur de certaines limites.

Mais si je me limite à ces deux aspects, il manque l’essentiel. L’écoute identifie des lésions, certes, mais par-dessus tout, elle permet de mettre en évidence des émotions. Ce sont ces émotions, ces souffrances, qui, a un certain moment de l’histoire du patient, ont été au-delà de sa capacité à les accueillir. Tout particulièrement dans l’enfance. Et heureusement, de nombreux mécanismes sont en nous afin de nous permettre de continuer à fonctionner à peu près normalement malgré ces souffrances vécues, parfois terribles.

Notre corps a cette capacité à enfouir en profondeur ce qui est insupportable. Bien entendu, même ce mécanisme a des limites. Mais si vous venez à mon cabinet… c’est que ce mécanisme vous a permis de vivre jusque-là !

Pendant la séance, les corrections somatopathiques sont associées à une verbalisation. Quand c’est nécessaire, je peux être amené à inviter le patient a faire le lien entre ce que je ressens comme un blocage et un type d’émotion vécu. C’est lui qui identifie l’événement référent. Ce faisant, il prend conscience de l’importance de l’émotion ressentie à ce moment-là… et il arrive que cette émotion remonte d´un coup à la surface lorsque je libère les lésions qui emprisonnaient la mémoire de cette souffrance.

Cela peut se faire durant la séance ou dans les jours qui suivent. Et dans ce cas, un seul mot d’ordre : accueillir.
Accueillir cette émotion autant que possible, sans même chercher à comprendre quoi que ce soit. Ni d’où elle vient, ni pourquoi… juste accueillir.
C’est ce geste d’accueil qui, pour plein de bonnes raisons, n’a pas pu être fait sur le moment… il peut être fait désormais.

J’utilise souvent une image avec mes patients. Celle d’une petite fille qui est dans une aire de jeux avec sa maman. La petite fille joue tandis que sa maman est assise sur un banc. Elle tombe et se fait un peu mal. Aussitôt elle commence à pleurer et cherche sa maman du regard puis court vers elle.

Sa maman lui ouvre les bras. L’écoute pleurer, l’écoute lui raconter les circonstances de sa chute… La petite fille exprime sans retenue son émotion. Elle est entendue dans sa souffrance par sa maman qui l’écoute et lui donne le droit de pleurer. Au bout de quelques minutes… c’est fini. L’émotion s’est exprimée. La petite fille a été entendue… elle peut retourner jouer. Il ne restera plus rien de cet événement.

C’est ce qu’il nous est possible de faire maintenant lorsque l’émotion se libère pendant ou après la séance. Nous autoriser à l’exprimer. Et entendre, être à l’écoute de notre enfant intérieur qui ne l’a pas été la première fois. Nous devenons le parent de notre enfant intérieur. Par ce geste, nous prenons notre autonomie en devenant celui qui permet la guérison de cet enfant.

C’est un geste d´amour pour nous-mêmes, pour notre intériorité. Nous cessons de l’attendre de l’extérieur. Et nous réalisons que nous pouvons grandir vers plus de liberté.

Nous devenons acteur de notre guérison.

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