lundi 20 janvier 2025

Que faire de nos émotions (2)

 Comment se déclenchent nos émotions ?


Les émotions nous tombent dessus, elles nous « saisissent », mais leurs mécanismes neurophysiologiques sont aujourd’hui assez bien connus. De récentes études en neurobiologie ont démontré que les émotions sont un mélange de plusieurs facteurs biochimiques, socioculturels et neurologiques.


En stimulant avec des électrodes certaines zones cérébrales, on a notamment localisé quatre grands circuits neuro-anatomiques qui commandent la plupart de nos réactions émotionnelles et de nos comportements. Des chercheurs finlandais ont ainsi pu tracer par thermographie la première carte corporelle de nos émotions. C’est assez édifiant. On voit le corps « s’allumer » en zones chaudes et froides en fonction de la suractivité ou de la sous-activité provoquée par chaque émotion. La colère et la peur se distinguent par une augmentation de l’activité au niveau de la poitrine, « caractérisant vraisemblablement une accélération des rythmes respiratoires ou cardiaques », avec le ventre en plus pour la peur. La honte présente les mêmes réactions corporelles que la peur, mais à un degré moindre, ainsi qu’une suractivité au niveau des joues (rougir de honte). Le dégoût ressemble aussi à la peur, mais avec une diminution de l’activité au niveau de la poitrine et une augmentation au niveau de la bouche. On se souviendra que le dégoût est à l’origine une réaction physiologique destinée à nous dissuader de manger des aliments avariés, quelle que soit notre faim. La tristesse en revanche est associée à une diminution de l’activité du torse et des membres supérieurs, d’où l’expression « baisser les bras » fréquemment employée lorsque l’on se sent accablé. Assez étonnamment, seule la joie, le bonheur diraient d’autres, stimule l’activité de l’ensemble du corps, encore plus que l’amour qui, sans que l’on sache pourquoi, « coupe les jambes ». L’impression de jambes flageolantes souvent ressentie en cas de choc amoureux pourrait donc s’expliquer ainsi.

Pourquoi réprime-t-on nos émotions ?

Au début d’une émotion, il y a toujours une surprise, un choc physiologique, qui provoque des modifications brutales : accélération du pouls, palpitations cardiaques, pâleur, rougissement, tremblement... Alors, forcément, par peur d’être débordé, on a tendance à les réprimer, notamment les émotions négatives.

On pleure devant les images de la Shoah, on crie de colère devant son poste de télé quand la France encaisse un but non mérité, on regarde des films d’horreur pour se faire peur, mais paradoxalement, on s’interdit souvent de vivre ces mêmes émotions dans notre vie quotidienne, la règle étant : «Je ne veux pas éprouver de sensation pénible. » C’est bien plus facile par procuration. Elles font moins mal, nous troublent, mais sans nous ébranler comme le feraient nos propres émotions. Car une vraie émotion, ça secoue toujours un peu physiquement et moralement.

On réprime aussi nos émotions en songeant aux conséquences qu’elles pourraient avoir sur les autres ou sur notre relation avec eux. Et cela pour une multitude de raisons :

Pour nous conformer aux normes sociales. Par exemple, nous avons appris à ne pas rire pendant un enterrement, fût-il d’une tante particulièrement détestable, à modérer notre joie en cas de succès, à sourire vaillamment quand on a perdu, etc. Tout cela afin de ne pas encourir la désapprobation, les foudres de la bien-pensance.

Pour coller aux attentes. Ainsi, les femmes peuvent exprimer la tristesse, la peur et d’autres signes de vulnérabilité ; les hommes, la colère, l’animosité et d’autres signes d’hostilité. Le contraire fait désordre et est très mal perçu (les femmes sont alors considérées comme hystériques, des harpies, les hommes comme faibles, des lâches).

Pour protéger les sentiments des autres. Ainsi, on cache sa déception en recevant un cadeau qui ne nous plaît pas pour ne pas faire de peine à la personne qui nous l’a offert, ou on dit que tout va très bien quand ça va très mal pour ne pas inquiéter quelqu’un qu’on aime.

Pour se protéger soi, éviter d’être jugé négativement. Par exemple, on ne montre pas sa jalousie par crainte de reproches, voire de représailles, ou on ne manifeste pas qu’on est très envieux des autres parce que cela donnerait une mauvaise image de soi.

Tout cela ne va pas sans un certain nombre de dégâts pour soi. Quand on bloque nos émotions, elles retentissent à l’intérieur. Cela affecte nos sentiments de bien-être, mais aussi notre santé.


De nombreuses observations cliniques ont montré que notre niveau de défenses immunitaires dépendait pour beaucoup de nos émotions*.

Même si on connaît encore assez mal le mécanisme de ces influences, on sait que les émotions négatives (la peur, la colère, la tristesse), quand elles ne sont pas exprimées, occasionnent de nombreux bobos : allergies, asthme, colites, maladies infectieuses. Elles constituent aussi un important facteur de risque dans différentes maladies encore plus antipathiques : affections cardiovasculaires, cancers, etc.

Les effets négatifs de nos émotions sur notre santé sont d’autant plus importants qu’en bloquant nos émotions « moins », on bloque automatiquement nos émotions « plus ». On s’interdit de pleurer, d’exprimer sa colère, et finalement, on ne rit plus, on a de moins en moins de joies, de plaisirs. Cela affaiblit d’autant nos défenses immunitaires, et diminue notre espérance de vie.

Sans émotions, on prend aussi de mauvaises décisions. Des patients à qui manque le bout de cerveau des émotions restent tout à fait capables de raisonner, mais en l’absence de résonance affective, ils n’arrivent plus à se décider, ou décident mal, parce qu’ils ne font plus la différence entre bon et mauvais.

Bref, tout un engrenage toxique dont on ne peut sortir qu’en apprenant à réguler ses émotions de manière à la fois plus confortable pour soi et socialement acceptable, au lieu de les étouffer.

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Aller bien dans un monde qui va mal - Gilles Azzopardi
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dimanche 19 janvier 2025

S’émerveiller comme des enfants

Un peu blasés, maussades, désabusés ? Posologie : s’appliquer à retrouver son âme d’enfant, notamment la capacité à s’émerveiller. Soit le secret pour vivre une bonne et heureuse année…

 


« Il neige, il neige ! » À la maison, l’excitation est à son comble : nos enfants sautent littéralement. Pour quelques flocons, les voilà transfigurés. Les chamailleries sont oubliées, les jeux délaissés et les conversations terminées ; tous arborent de larges sourires et s’extasient bruyamment : « Waouh, c’est trop beau ! » Le vocabulaire est pauvre, mais la joie est riche, et, à vrai dire, contagieuse. À notre tour, nous nous laissons saisir par ce simple mais merveilleux spectacle.

Nous nous attendrissons devant cette capacité naturelle des enfants à s’émerveiller et à s’enthousiasmer de petits riens que nous n’aurions pas remarqués sans eux : la forme d’un nuage, la couleur d’un tronc d’arbre, l’aspect d’un caillou, la taille d’un insecte, la possibilité d’une cabane, de petits bruits dans les feuillages…

Lorsque c’est nous qui nous enflammons, nous avons le sentiment de retomber en enfance, comme si cette spontanéité n’était plus vraiment de notre âge. Il faut dire que nous posons parfois sur le monde un regard blasé, désenchanté, voire endurci. Des paysages vus cent fois peuvent nous sembler dénués d’intérêt ou bien nous nous positionnons en « sachants », croyant ne rien avoir à apprendre de la nature (alors que, pour notre part, nous sommes bien incapables de distinguer deux chants d’oiseaux).

Adultes et urbains, nous avons si bien appris à vivre dans le bruit que nous ne savons plus écouter. Nos yeux happés par les écrans ne savent plus voir et nos esprits sont tant encombrés de soucis et d’activités multiples que nous peinons à être présent à ce qui se vit autour de nous. Nous ne savons plus regarder, encore moins contempler, ce qui ne laisse guère de possibilité de s’émerveiller.

« La beauté sauvera le monde »


Il n’est finalement pas étonnant que tant de personnes restent insensibles aux problèmes environnementaux, car comment peut-on vouloir prendre soin de ce que l’on ne remarque plus ? L’émerveillement rend humble, il nous fait prendre conscience qu’il y a plus grand que nous et qu’il est vain de chercher le bonheur dans les possessions matérielles ou le statut social. Il évite aussi de tomber dans la désespérance ou le découragement face aux crises multiples que nous traversons.

Car nous croyons qu’il y a du vrai dans la phrase de Dostoïevski, « la beauté sauvera le monde ». Faisant de ces mots leur slogan, des communes ont choisi d’exposer des œuvres d’art sur les panneaux publicitaires de la ville. Et si nous nous exercions avec elles à une plus grande attention au beau dans nos vies, en nous laissant toucher par une nuit étoilée, une cathédrale rebâtie, les vers d’un poème ou le réconfort d’un ami ?

Tel François d’Assise, nous pourrions faire l’expérience d’observer le végétal, l’animal, le minéral, l’humain, nous dire par leur existence : « Regarde qui m’a créé ! Regarde mon créateur ! » En retrouvant une âme d’enfant, capable de s’émerveiller face au beau et au bien, qu’ils viennent de Dieu ou des hommes, nous aurons peut-être nous aussi envie de louer Dieu, et retrouverons sans doute l’espérance qui nous fait parfois défaut. Vraiment, ne craignons pas de redevenir de simples enfants, le royaume des cieux n’est-il pas à ceux qui leur ressemblent ?

Chronique écologiquement vôtre par Adeline et Alexis Voizard dans le magazine La Vie

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samedi 18 janvier 2025

Apaisé...


Apaisé maintenant, te souviens-tu
D'un temps où nous luttions à grandes armes,
Que restait--il
Dans nos cœurs qu'un désir de nous perdre, infini ?
Nous n'avions pas franchi
La seule grille au soir ou sagesse de vivre
Qui est dans la grisaille et l'acanthe des morts.
Nous n'avions pas aimé
Le feu de longue nuit, l'inlassable patience
Qui fait aube pour nous de tout branchage mort.

Yves Bonnefoy
A une terre d'aube in Hier régnant désert
Poésie Gallimard 1982

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vendredi 17 janvier 2025

c'est l'avenir qui viendra à vous...

 Q : Je confesse être d'humeur rebelle aujourd'hui. Tout me semble incertain, inutile...


Nisargadatta Maharaj : C'est une humeur profitable. Douter de tout, tout refuser, s'interdire d'apprendre quelque chose d'autrui. C'est le fruit de votre longue sadhana (pratique spirituelle). Après tout, on n'étudie pas éternellement.

Q : J'en ai assez. Cela ne m'a mené nulle part...

M : Ne dites pas nulle part. Cela vous a mené où vous êtes maintenant. 

Q : Toujours l'enfant et ses accès de colère ! Je n'ai pas avancé d'un pouce.

M : Vous avez commencé comme enfant, vous finirez enfant. Vous devez perdre tout ce que vous avez gagné et finir comme vous avez commencé. 

Q : Mais l'enfant se rebiffe ! Quand il est en colère, quand on lui refuse quelque chose, il se met à trépigner. 

M : Laissez-le trépigner. Regardez-le seulement, quand il trépigne. Et si vous avez trop peur des autres pour trépigner avec conviction, constatez-le. Je sais que c'est un travail douloureux. Mais il n'y a pas de remède, sauf de renoncer à chercher des remèdes. 

Si vous êtes en colère ou dans la peine, situez-vous hors de la colère et de la peine : observez-les. L'extériorisation est le premier pas vers la libération. Éloignez-vous et regardez. Les événements physiques continueront d'arriver, mais, en eux-mêmes, ils n'ont aucune importance. C'est le mental seul qui compte, quoi qu'il arrive. Vous ne pouvez pas trépigner et hurler dans les bureaux d'une compagnie aérienne ou d'une banque, la société ne le permet pas. Si vous n'aimez pas leurs manières, ou si vous n'êtes pas prêt à les accepter, ne voyagez pas et n'ayez pas d'argent. Marchez, et si vous ne pouvez pas marcher, ne voyagez pas. Si vous avez affaire à la société, vous devez accepter ses usages, car ce sont les vôtres. Vos besoins et vos demandes les ont créés. Vos désirs sont si complexes et si contradictoires qu'il n'est pas étonnant que la société que vous créez soit, elle aussi, complexe et contradictoire.

Q : Je le vois bien et j'admets que le chaos extérieur n'est qu'un reflet de mon propre manque intérieur d'harmonie. Mais quel est le remède ? 

M : Ne cherchez pas de remèdes. 

Q : Quelquefois on est dans un état de grâce et la vie est heureuse et harmonieuse. Mais un tel état ne dure pas ! L'humeur change et tout va mal.

M : Si vous pouviez seulement vous tenir tranquille, les attentes et les mémoires éclaircies, vous seriez capable de voir la belle mise en place des événements. C'est votre agitation abrutissante qui cause le chaos. Vous voulez des résultats immédiats ! Nous ne faisons pas de magie ici. Tout le monde fait la même erreur : refuser les moyens mais en voulant la fin. Vous voulez la paix et l'harmonie dans le monde mais vous refusez de les avoir en vous. Suivez mon conseil avec confiance et vous ne serez pas désappointé. Je ne peux résoudre vos problèmes simplement par des mots. Vous devez agir conformément à ce que je vous dis et persévérer. 

Ce n'est pas le conseil juste qui libère mais l'action qui se fonde sur lui. Voyez le docteur qui dit au patient, après lui avoir fait une piqûre : "Maintenant, restez tranquille. N'en faites pas plus, restez seulement tranquille" ; je vous dis comme lui : vous avez eu votre piqûre, maintenant restez tranquille, seulement tranquille. Vous n'avez rien d'autre à faire. Mon guru a fait la même chose. Il m'aurait enseigné quelque chose et ensuite aurait dit : "Maintenant restez tranquille. N'allez pas ruminer tout le temps. Arrêtez. Soyez silencieux."

Q : Je peux rester une heure tranquille le matin, mais la journée est longue et beaucoup de choses arrivent qui jettent à bas mon équilibre. C'est facile de dire : "Faites le silence", mais dites-moi comment, au milieu des hurlements en moi et autour de moi, peut-on y parvenir ? 

M : Tout ce qui doit être fait peut être fait dans le silence. Il n'y a aucune raison d'en être bouleversé.

Q : Tout ça n'est que théorie qui ne colle pas aux faits. Je vais retourner en Europe où je n'ai rien à faire. Ma vie est totalement vide... 

M : Essayez simplement d'être calme, tout viendra à vous, le travail, la force de le faire, la motivation juste. Faut-il que vous sachiez tout d'avance ? Ne soyez pas angoissé par votre avenir, soyez tranquille aujourd'hui et tout se mettra en place. L'inattendu arrivera certainement alors que l'attendu peut ne jamais se produire. Ne me dites pas que vous ne parvenez pas à contrôler votre nature. Il ne vous est pas nécessaire de la contrôler. Jetez-la par-dessus bord, n'ayez pas de nature à combattre ou à laquelle vous soumettre. Aucune épreuve ne vous blessera pourvu que vous n'en fassiez pas une habitude. Vous êtes la cause subtile de l'univers entier. Tout EST, parce que vous êtes. Accrochez-vous fermement et profondément à ce point – demeurez-y. Réaliser ceci comme absolument vrai, c'est la libération. 

La nature n'est ni plaisante ni déplaisante. Elle n'est qu'intelligence et beauté. La souffrance comme le plaisir ne sont que dans le mental. Changez votre échelle de valeurs et tout changera. Le plaisir et la souffrance ne sont que des perturbations des sens ; acceptez-les tranquillement, ils ne seront plus que béatitude. Puisque le monde est ce que vous en faites, rien ne vous empêche de le faire heureux. Seul le contentement peut vous rendre heureux. Des désirs assouvis naissent de nouveaux désirs. Se garder de tout désir, se contenter de ce qui vient de soi-même, est une attitude très fructueuse – un premier pas vers l'état de plénitude. Ne méprisez pas sa stérilité et sa vacuité apparentes. 

Croyez-moi, c'est la satisfaction des désirs qui engendre la misère. La liberté vis-à-vis du désir est béatitude. 

Q : Il y a des choses dont nous avons besoin... 

M : Ce dont vous avez besoin se présentera à vous si vous ne désirez pas ce dont vous n'avez pas besoin. Mais peu de gens atteignent cet état de lucidité totale et de complet détachement. C'est un état très haut, le seuil même de la libération.

Q : Ces deux dernières années, j'ai été stérile, désolé, vide, souvent j'ai appelé la mort...

M : Avec votre présence ici, les choses se sont mises en marche. Laissez-les se produire comme elles arrivent. Le tri se fera convenablement de lui-même en fin de compte. Ce n'est pas la peine de vous battre pour l'avenir – c'est l'avenir qui viendra à vous. Pendant un certain temps encore, votre démarche sera celle d'un somnambule, comme aujourd'hui, dépourvue de sens et d'assurance ; mais cette période aura une fin et vous trouverez votre travail fructueux et facile. 

Il y a toujours des moments où on se sent vide et détaché. De tels instants sont des plus désirables car ils montrent que votre âme a largué ses amarres et vogue vers des pays lointains. C'est cela le détachement : quand on en a fini avec le vieux et que le nouveau n'est pas encore arrivé. Si vous avez peur, cet état peut être éprouvant ; mais il n'y a là rien dont vous puissiez être effrayé. Souvenez-vous de cette instruction : quoi qu'il vous arrive – dépassez-le.

~ Nisargadatta Maharaj 

Je Suis, chapitre 53

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jeudi 16 janvier 2025

Les 8 lois magiques.


Pensée magique 1 : “Tout est possible”


Si tu veux qu'une chose soit possible, tu dois faire croire aux autres que tu peux la réaliser. S'ils ne te croient pas, tu ne pourras pas y arriver.

L'énergie est partout mais elle n'apparaît que là où vous fixez l'attention. Le moment où tu peux faire les choses c'est maintenant ni hier ni demain. Le passé est mort, le futur n'est pas né. En étant en vie, tu as le pouvoir du présent.

Pensée magique 2 : “Tout est divin”

Tout est vivant et éveillé, mais à des vitesses différentes. Les montagnes, pour nous très lentes, se déplacent sans cesse. Faites attention aux objets, traitez-les avec la même délicatesse que vous traitez les enfants. Si vous traitez mal les objets, ceux-ci, devenus ennemis, vous feront du mal. Mais si tu les traites avec respect, ils seront tes alliés.

Faites le tour de votre logement et prenez conscience de ce que vous respectez et de ce que vous maltraitez, que ce soit par violence ou par indifférence. Changez votre attitude envers elles.

Pensée magique 3 : « Les malédictions sont équilibrées par des bénédictions. ”

Prenez conscience de toutes les malédictions que la famille et la société ont gravées dans votre esprit. « Si tu fais ça... Tu ne réussiras pas dans la vie... Tu vas mourir de faim... Tu vas devenir une pute... etc. ”

Décide-toi à transformer les préjugés-malédictions en bénédictions. « Je vais réussir dans la vie... Je développerai ma créativité et ma générosité en donnant je reçois... La réalité n'est pas un couvent, ni l'amour n'est un péché... Je me donne le pouvoir de me bénir moi-même ”

Le pouvoir vient de l'autorité et pour conquérir l'autorité, il faut s'habituer à donner des ordres. C'est un exercice magique de te mettre à l'ordre pour que les choses soient exactement comme elles sont. Par exemple, quand la pluie tombe déjà, dites « J'ordonne que la pluie tombe ». Si le jour se lève trop froid : « J'ordonne qu'il fasse froid aujourd'hui ». « J'ordonne à ces personnes de traverser la rue. » Etc. Ainsi ton inconscient commence à croire que tout lui obéit. Tu dois le faire sérieusement. Tout pouvoir vient de toi-même, c'est toi qui crée ton expérience. Petit à petit, tu prends la sécurité. La sécurité que tu peux utiliser pour guérir toi et les autres.


Pensée magique 4 : « Il y a toujours une autre façon de faire quelque chose. ”

Vous éveillez votre créativité magique lorsque vous appliquez à tout un regard qui a l'intention de faire différemment ce qui a été fait.

Tout permet absolument d'être fait différemment. Même la plus banale. Proposez-vous de faire les œufs au plat autrement. Visualisez une autre façon de gagner votre vie. Imaginez une autre façon de fabriquer des chaussures, une autre façon d'éduquer vos enfants, de faire l'amour, d'échanger des billets et des pièces, d'utiliser votre voix, etc, etc. En appliquant cet exercice magique, vous produirez un changement fertile dans la réalité rationaliste.

Pensée magique 5 : “Rien n'est simple, tout est complexe”

On nous éduque en nous faisant croire que la vérité est une phrase simple. On évite de nous apprendre qu'une phrase simple est interprétée par chaque individu sous une forme subjective. Quoi que vous disiez, cela sera interprété de manière positive ou négative, gentille ou agressive, claire ou sombre. La pensée magique consiste à prendre n'importe quelle formulation et à l'interpréter de la manière la plus négative possible, pour ensuite, comme si vous la glissez sur un axe, voir l'interprétation monter en positivité jusqu'à ce que vous en fassiez finalement quelque chose de sacré. Ainsi tu découvriras la puissance de ton esprit.

Pensée magique 6 : « Seul celui qui apprend à mourir vit vraiment ».

Le magicien sait qu'il n'est propriétaire de rien ; que ce qui commence s'achève ; que ce qui monte descend ; que ce qui approche s'éloigne ; et vice versa. L'obscurité s'éclaircit, l'occulte se révèle, le limité devient infini... Absolument tout se transforme constamment. Accepter la mort physique est essentiel pour un magicien, qui doit vivre sa vie comme s'il avait mille ans devant lui... et face à la puissance cosmique comme si j'allais mourir d'une seconde à l'autre.

Pour développer ce sentiment fondamental, chaque nuit, donne-toi aux ténèbres, abandonne-toi à la mort en acceptant que tu ne te réveilleras pas, donne ta conscience comme un cadeau à l'univers.


Pensée magique 7 : « Apprends à remercier ».

Ferme les yeux et imagine quelque chose de beau, aussi beau que possible. Vous verrez que vous pouvez toujours raser quelque chose ou embellir quelque chose, toujours de trop en plus. Lorsque vous atteignez votre capacité maximale à embellir ce que vous avez choisi d'embellir, dites-lui MERCI. Et ensuite dis merci à toutes les parties de ton corps, ton cerveau, ton cœur, ton sexe, tes organes à tes viscères, ton sang, tes os, ta chair, (remercie-le par exemple pour son pouvoir de cicatriser une blessure) à ta conscience, à ton ego, ton âme, ta mémoire, ton imagination, le fait d'être vivant. etc, etc, et enfin, à qui vous a donné ces conseils de magie gratuitement.

Pensée magique 8 :« Ne dis pas absolument tout ce que tu sais »

Gardes-en pour toi, seul. Quelque chose que tu ne diras jamais à personne, quelque chose qui mourra avec toi. Par exemple, tout magicien garde secrètement le nom sous lequel il s'est baptisé. Garder jusqu'à la mort un secret intime confère une existence digne à ton âme, c'est ton signe de puissance.

Alejandro Jodorowsky

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mercredi 15 janvier 2025

Que faire de nos émotions (1)

 « N'oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu'à celles-là nous y obéissons sans le savoir. » Vincent Van Gogh, lettre à son frère Théo


Notre corps est souvent traversé d’émotions qui ont un impact immédiat sur notre sentiment de bien-être subjectif. On en a tous fait l’expérience, plutôt deux fois qu’une, et parfois à nos dépens.

Positives ou négatives, les émotions que nous ressentons ne sont malheureusement pas toujours désirables.

On verra dans ce chapitre que nous avons souvent toutes les raisons de ravaler notre colère, de cacher nos peurs et de refouler nos larmes ou, au contraire, d’en rajouter dans la bonne humeur. Mais on s’attachera surtout à montrer que nous ne sommes aucunement obligés d’être « pris en otage » par nos émotions, pour utiliser une expression à la mode. Et qu’un bon usage de nos émotions contribue fortement à notre niveau de bonheur.

Commençons par quelques précisions. Le mot émotion vient du latin motio, « mouvoir » : c’est « ce qui met en mouvement ». En cela, les émotions se distinguent des sentiments. Quand je pense que plusieurs millions d’enfants meurent de faim chaque année dans le monde, j’éprouve un sentiment de tristesse. Mais quand j’apprends la mort d’un proche et que je pleure, c’est une émotion. Un sentiment ne vous fera jamais fuir ou vous battre ; une émotion, oui.

L’émotion se distingue aussi de la passion qui vient du latin passio, lui-même venu du grec pathos (qui nous a donné « pathologie »), tous deux signifiant « souffrance ». La passion est donc pour l’essentiel négative. Elle a une dimension de passivité (on ne peut que la subir) que n’a pas l’émotion, qui nous pousse plus souvent à l’action.

À quoi ça sert, les émotions ?

On a tous un jour ou l’autre été submergé par une émotion incontrôlable. Crise de colère ou de larmes, fou rire, trac... Dans tous les cas, nos émotions fonctionnent comme des soupapes : ce sont des « décharges d’urgence » qui nous permettent de nous libérer de nos tensions. Et de nous adapter physiquement et socialement.

Darwin est l’un des tout premiers à s’en être aperçu :« L’expression, ou le langage des émotions ainsi qu’on l’a quelquefois nommée, a certainement son importance pour le bien de l’humanité. »

Dans leurs formes les plus intenses et brèves, du type grande frayeur ou grosse colère, nos émotions se réduisent à des réactions instinctives de défense (fuite ou agression) ou d’approche (repliement sur soi, soumission). Grâce à elles, nous sommes capables d’agir d’instinct, très vite, sans réfléchir, et donc de mieux faire face à des dangers potentiels. Elles permettent aussi de faire l’économie du langage et de communiquer très rapidement en situation d’urgence. Quand une bombe explose ou qu’un ours débarque sur le camping, on n’a pas le temps de discuter. Une expression de peur vaut mieux qu’un long discours, tout le monde comprend immédiatement qu’il faut ficher le camp.

De nombreux travaux ont confirmé l’universalité des expressions émotionnelles. Partout dans le monde, les émotions de base — peur, colère, tristesse, dégoût, joie, surprise — activent les mêmes muscles du visage, et tout le monde est capable de les reconnaître. Un Papou sait « lire » les émotions d’un Américain, qui sait « lire » les émotions d’un Japonais, qui comprend quand vous ouvrez grand les yeux si votre surprise est bonne ou mauvaise.

Notons d’ailleurs que des émotions comme la colère et la peur et les réactions qui leur sont associées, le combat ou la fuite, ne sont pas spécifiquement humaines. On les retrouve chez presque tous les animaux.

On peut d’ailleurs se demander s’il y a vraiment six émotions de base. La surprise ne serait-elle pas un sous-genre de la peur ; le dégoût, de la colère ? Certains n’en imaginent que quatre : la peur, la colère, la tristesse et la joie, qui seraient liées aux quatre temps de la respiration, on en verra plus bas l’intérêt. Mais d’autres, en allant plus loin dans la nuance, en voient beaucoup plus. James Russel, un psychologue américain, a proposé par exemple une classification des émotions en fonction de leur caractère agréable ou non, et de leur dynamique plutôt active ou non.

Aller bien dans un monde qui va mal - Gilles Azzopardi
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A suivre...

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mardi 14 janvier 2025

La gnose ou la guerre

 


Entre les hommes, il n’existe que deux relations, la gnose ou la guerre. Par gnose,  j’entends l’amour intelligent ou l’intelligence de l’amour. Par guerre j’entends, mépris de l’intelligence, ignorance de soi et de l’autre.

On ne peut pas être intelligent de cette intelligence particulière qui intègre la sensibilité et l’affectivité qu’on appelle la gnose et se faire la guerre entre hommes, femmes, nations…

La gnose est la santé et l’accomplissement de l’esprit, comme l’amour et la générosité est la santé du cœur.

« Bonne année, bonne santé » dit-on, santé de l’esprit et du cœur, mais aussi du corps.

Il faut donner raison à la Vie qui veut vivre en nous.

Ces vœux de santé peuvent-ils mettre fin à la guerre ? Évidemment non, s’ils restent des vœux. Évidemment oui, si nous décidons immédiatement de les mettre en pratique.

La Vie ne veut pas avoir raison de l’autre, ni être contre lui, mais elle veut vivre avec lui (d’ailleurs, elle ne sait pas faire autrement). Personne n’ose dire qu’il aime la guerre et tout ce qu’elle réduit en souffrances et en poussières et pourtant, si peu ont la force, le courage et l’intelligence, non pas de s’y opposer (cela serait encore la nourrir) mais de proposer une autre façon de vivre, sans armes et sans larmes.

En 2025, il nous faudra de nouveau répondre à la question : « Vivre, pourquoi faire ? » Vivre intelligemment pour ne plus faire la guerre ?

Pourquoi je me lave les dents chaque matin ? Pour mordre ou pour sourire ? Pour nous détruire davantage (la guerre), ou pour mieux nous connaitre (la gnose) ?

Jean-Yves Leloup, Janvier 2025

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lundi 13 janvier 2025

La parole retrouvée

 Je viens de terminer la lecture de La Parole Retrouvée, un voyage avec Lee Lozowick, le dernier livre de Véronique Desjardins

Je cite ici la présentation qui en est faite en 4ème de couverture avant de donner mes impressions de lecture : 


« Deux maîtres spirituels, deux écoles, deux sanghas Tout semble les séparer : leur éducation, leur style, leur cheminement, leurs méthodes : l’un est adepte d’une voie de dévotion , l’autre est disciple d’une voie non dualiste. Et pourtant, du jour où ils se rencontrent, naît entre eux et leurs élèves une profonde amitié. L’auteur relate ici le rôle qu’il joua dans son propre parcours durant le long séjour qu’elle fit auprès de lui en Arizona et en Californie. Et, au delà de son histoire personnelle, comment les deux écoles se sont fécondées l’une l’autre »

On devinera toutes mes raisons d’avoir hâte de lire ce livre. Attente récompensée car j’en ai reçu une nourriture de grande qualité. 

Avant tout, j'y ai vraiment senti et retrouvé Lee tel que je l'ai connu et c'est à mes yeux la plus grande réussite du livre. 

A partir de son témoignage personnel , à maints égards intime, Véronique parvient à évoquer et je dirais même invoquer Lee dans sa dimension de serviteur de l'essentiel, avec toutes ses facettes hors norme. Si bien que, tout en lisant un témoignage de Véronique Desjardins au plus près de son vécu intérieur, j'ai avant tout eu l'impression de lire un livre consacré d'abord à Lee Lozowick. 

C'est une alchimie dont la formule n'était a priori pas évidente mais que à mon sens Véronique a maitrisée. Du coup, tout en étant invité à partager des aspects du parcours sur la voie d'une femme avec ses questionnements, déchirements, difficultés, qui plus est d'une femme dans la position bien particulière de disciple et épouse d'un maître, le lecteur rencontre cet autre maître Lee, le voit pour ainsi dire en action... 

Le plus beau compliment que j'ai à faire sur ce livre est que, d'un bout à l'autre de sa lecture, j'ai eu le sentiment de me trouver en présence de Lee. Je l'ai senti là, ai retrouvé des impressions subtiles familières, me suis trouvé connecté à sa longueur d'onde. 

C'est donc à mon sens un beau, fidèle et sensible portrait de maître, à travers le prisme d’une femme profondément investie sur la voie. 

Il me semble que tous les principaux aspects de Lee tel que nous l'avons connu et ses "moyens habiles" sont évoqués : notamment sa manière de faire travailler celles et ceux qui se mettaient dans son orbite sur les dimensions primales : sommeil, nourriture, habitudes, confort, de les pousser dans leurs retranchements sur  quantité de petits attachements. 

Les différents exemples que Véronique donne de "leçons" reçues sur le vif en sa présence sont représentatifs de sa manière de transmettre, de créer autour de lui et en groupe des conditions propices à voir et à se voir... 

Elle rend aussi très bien la dimension avant tout énergétique de sa transmission. Les repas, concerts de rock, périples épiques, sont évoqués avec justesse et acuité. Elle donne aussi à sentir ce que pouvait être une « chamber », ces espaces sacrés qui parfois se créaient, en général dans des contextes intimes en présence de Lee et en la présence conjuguée d'Arnaud et Lee.

 Oui, ce même Lee qui dans ses conférences publiques, au mépris de son image et de sa réputation, s’acharnait à faire fuir les touristes spirituels à grand renforts de provocations et d’outrages frisant l’ absurde , ce même Lee,  donc , se muait souvent en un réceptacle et véhicule de présences subtiles , instrument d’une compassion palpable mais dépouillée de tout romantisme. 

Les passages consacrés au « bazar sacré « , soit l’exposition et la vente par Lee d’objets d’art sacré de diverses origines sont également fort pertinents. Ils restituent bien ce que beaucoup d'entre nous ont vécu  et donnent un éclairage certainement précieux pour celles et ceux qui seraient gênés et perplexes vis à vis de cette facette de son "travail".


Un autre aspect important de ce livre est évidemment ce qu'il transmet de la relation si rare et étonnante entre Lee et Arnaud, deux êtres humains comme Véronique le souligne tellement différents , et pourtant devenus si proches dès leur première rencontre ... Et ce qui, à partir de cette relation, a trait au cousinage spirituel des deux écoles, là aussi une occurrence si on y réfléchit très rare. 

De manière vivante, à partir de ses souvenirs,  l’auteur cerne au delà des anecdotes et cas particuliers la dimension de ce cousinage, en pose en quelques paragraphes les enjeux, la richesse et aussi les possibles pièges (le mélange des influences, la fascination) 

La survenue de Lee et de son école dans la vie des élèves d'Arnaud a apporté non pas un élément manquant mais une dimension dont pourtant nous avions besoin ( et vice versa). Véronique souligne bien aussi la manière exceptionnelle dont Lee s'est mis au service d'Arnaud et de sa transmission sans pour autant cesser un instant d'être lui même avec son style si inhabituel et déconcertant pour beaucoup. 

Et bien sûr, il y a un peu en filigrane mais naturellement très présente, une évocation d'Arnaud, de sa perspective. Là aussi, en lisant ce livre, je l'ai senti vivant. 

C'est un témoignage important sur une rencontre relevant d'une magie, complètement improbable et défiant les lois linéaires. 

Enfin, les passages autour de la fin de vie de Lee , sa manière de se situer vis à vis de la maladie, reflètent à mon sens parfaitement l'enseignement inoubliable transmis dans ce contexte. 

L'évocation de ce qu'il faisait passer sur "les temps qui viennent " et les technologies ont aussi leur  juste place.

Gratitude donc pour ce livre que je classe parmi les témoignages de disciples précieux et intemporels. Je le  relirai comme je relis certains livres évoquant M Gurdjieff  ou d’autres maîtres.

Gilles Farcet

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dimanche 12 janvier 2025

La paix à offrir (3/3)

 


Nous nous percevons petites vagues, perdues sur l’immensité de l’océan, au milieu des autres vagues, dans un vécu de séparation, d’exclusion, de déconnexion. La vague se sent vulnérable quand elle est dans l’ignorance d’elle-même, mais, quand elle regarde en profondeur, au-delà de sa désespérance à se sentir si insignifiante, elle voit que son essence est l’élément «eau», une essence qu elle partage avec toutes les autres vagues. Tout change alors. Elle reste «elle», singulière et distincte, mais elle se sent en paix quand elle embrasse la calme magnificence de la réalité de son être. C’est ce qui se passe à cet instant, dans l’expérience partagée avec cette femme. Elle est la vague. Je suis la vague. Nous sommes indissociables de l’océan. Nous sommes l’océan. Nous n’avons jamais été ni perdus, ni exclus, ni déconnectés.

Au niveau ultime, n’y aurait-il plus de solitude ?

Je sors très apaisé de cette chambre et vais m’asseoir quelques instants dans un bureau isolé. J’ai besoin de réfléchir, de contempler ce qui s’est passé. Cette femme a trouvé en elle un espace de paix. Sans même en avoir conscience, elle me l’a offert en retour.

Je m’interroge. Et si l’inverse était vrai? Si je fais la paix en moi, de quelque manière que ce soit, par la méditation ou tout autre moyen, puis-je moi-même offrir la paix en retour à autrui, afin de le toucher intérieurement de la même manière que cette femme m’a touché? Pourrais-je y parvenir, sans rien faire d’autre que simplement cultiver mon propre espace intérieur ?

Il y a de la joie dans cette prise de conscience. La joie de constater qu’on peut spontanément faire du bien à ceux qui nous entourent par le simple fait d’aller à la rencontre de nous-mêmes.


Dans cette perspective, me donner de la paix, du calme, prendre soin de moi, cesse d’être un mouvement égocentré où mon seul bien-être est la priorité, la seule finalité. J’inscris cette attention à moi dans une attention à toi, conscient que tout le bon que je peux générer en moi a le pouvoir de toucher ton cœur, sans même que je le veuille, sans même que tu le saches.

Faire vibrer mon diapason intérieur de ma plus belle note et te laisser entrer en résonance. Sans rien faire. Sans rien te dire. Cela ne vaut-il pas la peine d’essayer? Ne serait-ce pas là le sens des mots du Dalaï-Lama ?

« Fais la paix en toi et tu feras la paix dans le monde. »

Ce matin, je crois que cette dame qui va bientôt mourir vient de me les faire comprendre.

 Dr Christophe Fauré - S'aimer enfin (un chemin initiatique pour retrouver l'essentiel)
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samedi 11 janvier 2025

La paix à offrir (2)

 Je l’ai compris auprès d’une femme qui n’avait plus que quelques jours à vivre.


J’entre dans une chambre de l’unité de soins palliatifs où je travaille. Cette femme est là, alitée. Elle m’accueille avec un sourire. Elle est fatiguée mais une douceur intérieure lisse les traits de son visage. Je m’assieds sur le rebord de son lit. Spontanément, elle me prend la main et me regarde en silence. Elle hésite, comme si elle cherchait ses mots. «Je vais bien, me dit-elle presque dans un souffle. Je ne comprends pas pourquoi... mais je vais bien. »

Elle est pourtant en train de vivre ses derniers jours. C’est étrange : l’un après l’autre, elle perd les supports de ce qui a constitué sa personne tout au long de son existence. Son corps l’abandonne. Il s’épuise et s’amaigrit. Elle a perdu depuis longtemps son statut professionnel et a renoncé aux projets qui étaient ses moteurs de vie. Elle sait qu’elle est en train de perdre sa place dans le monde des vivants qui continueront à vivre quand elle ne sera plus... Tant de pertes successives, tant de renoncements. La perte inexorable de tout ce qui lui permettait de dire : «Je suis cette personne. Ceci est “moi”.» Et pourtant, aujourd’hui, alors qu’elle est profondément engagée dans le deuil d’elle-même, elle me dit : «Je vais bien.» Cet état de quiétude arrive si rarement chez une personne en fin de vie que j’éprouve le besoin de rester auprès d’elle. Pour m’en imprégner. Pour comprendre aussi ce qui se passe sous mes yeux car, de façon troublante, je me sens aussi pénétré par cette tranquillité si paradoxale, alors que la mort s’annonce.

Que se passe-t-il à cet instant ? Quelle est la nature de cet apaisement ?

Je vois cette femme qui n’a plus assez de «support » pour continuer à se définir elle-même comme elle le faisait autrefois. Sous les assauts de la maladie, elle est contrainte à quitter son ego - cette représentation mentale d’elle-même - qui lentement se délite. Son espace psychique se vide progressivement de tout ce qu’elle pensait être mais, dans un même temps, une porte s’ouvre en elle : elle fait l’expérience directe d’un espace intérieur où peu de pensées s’élèvent. Et elle y découvre la paix. Une sorte d’immédiateté dans son rapport au monde et à elle-même. Quelque chose de très simple et de très calme, un espace de non-lutte par rapport à sa nouvelle réalité.

Mot après mot, dans un effort qu’il me semble essentiel de ne pas contrarier, elle me raconte combien elle sent un accès plus simple à l’instant présent : les sensations d’un bain ou d’un massage, la contemplation d’un arbre à travers sa fenêtre, le son de la musique, le silence d’une rencontre. Elle découvre, étonnée, qu’affranchie des pensées qu’elle n’a plus la force de suivre,

elle existe autrement, différemment. Plus calme, plus paisible. Elle avait l’impression de tout perdre et elle découvre qu’elle continue à exister. Qu’elle conserve son essence, son sentiment d’«être». «Je suis arrivée à un état que j’ai recherché toute ma vie, me confie-t-elle dans un filet de voix. Une vérité, une clarté, une simplicité à être “moi”, alors que..., sourit-elle en regardant son corps décharné, il n’y a plus rien de moi.» Une pensée me traverse : j’ai l’intuition qu’elle contacte un écho de son essence profonde, un écho sourd mais indéniable de ce qu’elle est fondamentalement. Un espace calme, clair, lumineux, sans pensée, intelligent, au-delà du temps, conscient de lui-même...

Je ne comprends pas pourquoi je suis autant touché par la paix que cette femme irradie. Je me sens moi aussi porté par cette paix. Je pense un instant qu’elle me la communique, mais non... Cela ne vient pas d’elle... Ce qui me trouble, c’est que je reconnais la sensation que ses mots réactivent en moi. Je reconnais la texture de ma propre expérience méditative — comme si son état intérieur entrait en résonance avec ma propre dimension intérieure. Son esprit dépouillé de tout devient un miroir qui me révèle à moi-même. Le visage de Chogyé Trichen traverse mon esprit. En dépit du fait que ni moi ni cette femme ne sommes «réalisés» comme lui, il se déroule la même expérience spirituelle qu’avec ce maître : nos essences respectives entrent en harmonie l’une avec l’autre.

A suivre

 Dr Christophe Fauré - S'aimer enfin (un chemin initiatique pour retrouver l'essentiel)

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vendredi 10 janvier 2025

La paix à offrir (1)

 La paix qu’on se donne à soi-même n’a de sens que si on l’offre en retour


Suivre les boussoles qui font du bien. Accorder sa vie à ce qu’on pense être juste. Stabiliser son esprit... Autant d’actes qui induisent en soi du calme et de la paix. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté, n’est-ce pas ? Mais est-ce pour autant suffisant pour parvenir à la plénitude ? Non. Car ce n’est qu’une partie du chemin : les maîtres nous enseignent que se donner la paix n’a de sens que si on offre cette paix en retour.

J’en ai eu l’ultime illustration à Dhagpo, un après-midi d’été.

Chogyé Trichen est un des maîtres contemporains les plus illustres du bouddhisme tibétain. Il est de passage en Dordogne pour une série d’enseignements. Sincèrement, j’ignore tout de ce très vieil homme, né au Tibet en 1920, mais il nous est proposé de lui rendre hommage en lui offrant une kata, une écharpe de soie blanche. Une foule s’amasse devant la «maison des lamas ». Afin de ne pas trop le fatiguer, nous sommes reçus deux par deux dans une petite pièce. Sans états d’âme, j’entre, accompagné d’une amie. Le vieux maître est assis dans un fauteuil, visiblement fatigué, entouré de deux assistants. Je m’incline devant lui.

Il y a soudain un « blanc » dans ma tête.


Plus de pensée pendant un bref instant. En une fraction de seconde, je me sens comme à la porte d’un avion, à 10 000 mètres d’altitude, face à un immense espace sans limites. Je suis totalement pris de court. Je perds tout repère. C’est extrêmement fugace mais d’une incroyable puissance. Alors que je me redresse, un cuisant mal-être m’envahit ! Je me sens soudain totalement nu face à lui, comme s’il voyait tout de moi. En même temps, je sens une colossale vague de bienveillance et d’amour déferler sur moi. Une acceptation inconditionnelle de la totalité de mon être, dans ce qu’il a de plus beau et de plus laid ! Cet homme n’a pourtant rien dit, ni rien fait. Il a juste souri puis détourné son regard. Puis, en un instant, tout s’est évanoui.

Que s’est-il passé ? Il est difficile de décrire une telle expérience. J’ai déjà lu des textes qui parlent de l’impact spirituel de la rencontre avec un maître accompli, mais la réalité à laquelle j’ai été confronté aujourd’hui est tout autre. Il est dit que le maître éveillé a, comme le Bouddha, développé sa pratique à un tel point de perfection qu’il n’existe plus en tant que personne. Il n’y a plus, en lui, de support pour un quelconque ego. Celui-ci s’est dissous dans l’espace de ce qu’on appelle «la Nature de l’Esprit», la nature même du Réel. L’esprit du maître devient alors aussi transparent que le verre, aussi vaste que le ciel. Par la force de sa réalisation, il devient aussi clair qu’un miroir sans tache. Un miroir dans lequel tout se reflète et qu’il tend sans relâche à ceux qui s’avancent vers lui :

«Regarde la nature de ton esprit. Ceci est “toi" au-delà de ce que tu crois être. Contemple le travail que tu as encore à accomplir sur toi. Mais, par-dessus tout, regarde l’insondable Paix où cela va te mener. »

Le maître éveillé est, en lui-même, par sa seule présence, un enseignement spirituel. Spontanément, sans effort, il offre au disciple un aperçu extrêmement bref mais extrêmement puissant de sa propre réalisation : il lui montre la réalité de son esprit quand celui-ci est affranchi des obscurcissements mentaux. C’est, je crois, ce «blanc» sans pensée que j’ai ressenti pendant ces quelques secondes à son contact, un instant si bref mais si intense. C’est au-delà de ce que le mental est capable de comprendre. Peu importe si les sceptiques ou les cartésiens ne voient dans la spiritualité qu’une simple construction mentale, un prix de consolation pathétiquement humain visant à mettre à distance la peur de la mort, cette expérience a planté en moi la certitude de la réalité du chemin spirituel et de sa finalité.

Je pensais néanmoins qu’elle resterait unique, uniquement accessible en présence d’un maître éveillé. J’avais tort... Car, depuis mon retour, je sais maintenant qu'«offrir sa paix» n’est pas l’apanage des êtres accomplis. Cela est à notre portée.

A suivre

 Dr Christophe Fauré - S'aimer enfin (un chemin initiatique pour retrouver l'essentiel)

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jeudi 9 janvier 2025

Espace de la présence


C’est un matin banal et pourtant un moment si particulier. Je sors lentement du sommeil. Plus vraiment endormi mais pas encore complètement réveillé. Ni tout à fait nuit, ni vraiment jour, un instant fragile, suspendu, hors du temps. Chacun de nos réveils est un rappel et une transition : entre ce qui a été et ce qui s’annonce.

Ce moment de fin d’une année, de commencement d’une nouvelle, est également un moment de transition.

Dans la mythologie romaine, il est lié à Janus est le dieu des portes et des passages. C’est de lui que le mois de Janvier (Ianuarius), le mois sacré du renouveau, tire son nom. On représente Janus avec deux visages : l’un tourné vers le passé, l’autre vers l’avenir. 

Le premier visage regarde en arrière, vers les jours écoulés. Il invite à s’arrêter un instant pour contempler ce que l’année nous a laissé. Qu’avons-nous appris ? Quels instants précieux avons-nous vécus ? 

L’autre visage est tourné vers l’avenir. Quels rêves nourrissons-nous pour demain ? Quels changements se préparent ? Quelles graines voudrions-nous semer?

Si ces deux regards sont utiles, ils peuvent néanmoins aussi pointer des pièges. Dans mon cas ils révèlent autant mon désir de réparer le passé que celui de contrôler le futur. Pourtant, on ne peut défaire ce qui a été, ni changer ce qui a eu lieu. Et moi dont le cerveau est toujours projeté sur un après, force m’est de constater que l’avenir est par nature imprévisible.

Alors je me rappelle aussi que Janus est le gardien des seuils. Comme toute porte, il unit autant qu’il sépare. Ce qui est derrière ne disparaît pas vraiment, mais il peut contribuer nourrir ce qui vient. 


Entre ces deux regards, il y a un espace, une troisième possibilité. Un endroit où passé et avenir se rejoignent sans s’opposer. Cet espace, c’est la présence.

Ce moment entre rêve et réveil de ce matin, incarne ce troisième regard. Je ne suis plus captif·ve des images de la nuit, mais je ne suis pas encore happé·e par les exigences du jour. Un moment de présence, gratuit, qui ne vise à rien d’autre que l’expérience elle-même. Juste être là, avec le souffle qui va et vient, avec la lumière du jour qui caresse doucement les murs, avec le mouvement de la vie. Là, dans cet entre-deux, simplement disponible.

Alors, plutôt que de vouloir à tout prix clore l’année écoulée ou de nous précipiter dans celle à venir, pourquoi ne pas nous arrêter un instant sur le seuil lui-même ? Respirer. Ressentir. Être là. 

Plutôt qu'être uniquement obsédé par l'autre rive, savourer la traversée du pont.

Entre rappel du passé et préparation de l’avenir, garder une page blanche pour laisser le présent s’écrire.

Janus nous invite à habiter cet espace, à écouter ce murmure entre deux battements. Là où nous sommes pleinement vivant·es, ici, maintenant.

Tendresse, justice, lumière et joie à vous toutes et tous

Ilios Kotsou

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mercredi 8 janvier 2025

J’ai dû accepter…



Accepter que le temps, cet insaisissable mystère, échappe à ma compréhension, et que l’éternité demeure une énigme pour mon esprit mortel.
J’ai dû accepter que mon corps, fragile enveloppe, n’était pas immortel, qu’il vieillirait,
et qu’un jour, il s’éteindrait doucement.
J’ai dû accepter que nous sommes faits de souvenirs et d’oubli, de vœux inachevés, de bruits et de silences, de murmures éphémères et de nuits étoilées. De petites histoires, tissées dans l’ombre des détails subtils.
J’ai dû comprendre que tout est passager, que rien ne dure éternellement.
Et j’ai dû accepter que ma venue au monde avait un sens, que j’étais là pour donner le meilleur de moi-même, pour semer des traces de lumière avant de m’effacer dans le grand silence.
J’ai dû accepter que mes parents ne seraient pas éternels, que mes enfants, un jour, prendraient leur envol, traçant leur propre chemin loin de moi. Ils ne m’appartenaient pas, comme je l’avais cru un instant.
Leur liberté d’aller, de venir, de choisir, était un droit aussi précieux que ma tendresse pour eux.
J’ai dû accepter que tout ce que je possédais n’était qu’un prêt,
que rien ici-bas ne m’appartenait vraiment. Tout, comme ma propre existence, était éphémère, destiné à être transmis, laissé aux mains d’autres âmes, quand je ne serai plus là.

J’ai dû accepter que balayer mon trottoir chaque matin n’était qu’un doux leurre, un geste pour me convaincre que ce petit coin du monde était mien, alors qu’il ne l’était pas. Ma maison, mon refuge, n’était qu’un toit passager,
un abri qui un jour accueillerait d’autres vies, d’autres histoires.
J’ai dû comprendre que mon attachement aux choses, aux êtres, aux lieux, ne ferait que rendre plus douloureux l’heure de mes adieux. Que les arbres que j’ai plantés, les fleurs que j’ai chéries, les oiseaux que j’ai écoutés chanter, n’étaient que des passants dans ma vie.
Tout comme moi, ils étaient mortels.
J’ai dû accepter mes failles, mes fragilités, ma condition d’être éphémère, voué à disparaître,
tandis que la vie continuerait,
sans moi, comme un fleuve insensible à ma mémoire.
Et j’ai dû accepter qu’un jour,
je serais oublié.
Prenons soin de notre âme,
car elle seule nous appartient.
Silvia Schmitt

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