lundi 2 août 2021

Le conte des deux cygnes

 La nonne bouddhiste nous offre un de ces récits de sagesse, appelés Jatakas, qui retracent les vies antérieures du Bouddha. Foisonnants d'images propres à l'Inde ancienne, ils se veulent riches d’enseignements sur l’Éveil, la réincarnation et le karma. 

Des contes où il est question, comme dans tous les contes, de rois, de pouvoir, de promesses tenues ou brisées, des responsabilités de nos actes : ainsi sont racontées, dans les pays d’Asie, les vies antérieures du Bouddha, tantôt être humain, tantôt animal : daim, tortue, singe, lièvre, éléphant et plus encore.

Sous de multiples formes, il est montré comment, d’existence en existence, le futur Bouddha approfondit la moralité et la sagesse, et surtout le don sous toutes ses formes et la compassion. Ces contes, appelés « Jatakas » sont récités, chantés ou mis en scène ; ils sont connus de tous, et chacun a ses préférés. Voici l’Histoire des deux cygnes.


La volonté de posséder

Il était une fois près d’un lac bleu au fond de l’Himalaya, un couple de cygnes si beaux que même les boutons de lotus palissaient à côté d’eux ; à la voix si douce, qu’elle surpassait même la musique des bracelets de chevilles des jeunes femmes. Les dieux eux-mêmes les admiraient, et petit à petit leur réputation atteignit le royaume de Varanasi. 

Lorsque le roi entendit parler d’eux, il voulut absolument les posséder : il donna l’ordre de creuser un lac près de son palais, de le parer des plus belles plantes, des plus délicieux ombrages. Bercé par la brise, le pollen des lotus recouvrait les rives d’un voile doré ; l’eau en était si limpide que les pierres de son fond scintillaient comme des joyaux. La nuit, le lac devenait un immense miroir pour la lune et les étoiles brillantes.

Une beauté ambiguë

Bientôt, la beauté du lac rivalisa avec celle du ciel bleu traversé de ravissants petits nuages blancs. Le roi proclama alors que tous les oiseaux pouvaient venir sans crainte, qu’ils y seraient protégés. Un beau jour d’automne, un couple de cygnes de l’Himalaya survola cette merveille, et de retour, ils en firent si bien la description que tous leurs amis voulurent s’y rendre.

Mais le roi des cygnes, et son ministre, essayèrent de les en dissuader. Ils dirent : « Les animaux, les oiseaux, expriment leurs sentiments par des chants ou des cris, mais ces créatures que l’on appelle “hommes” savent mentir avec de belles paroles. » Mais comme les autres ne changeaient pas d’avis, ils les accompagnèrent.

Des cygnes solidaires

Lorsque le roi de Varanasi apprit l’arrivée de ces oiseaux dorés, aux yeux de saphir, d’une beauté inégalée, il loua aussitôt les services d’un chasseur pour qu’il pose des pièges et attrape plusieurs de ces cygnes. Le lendemain de leur arrivée, méfiant, le roi des cygnes fit le tour du lac, et hélas ! il fut attrapé par un collet. Il poussa alors un cri pour prévenir les autres, afin qu’ils s’envolent. Tous partirent à tire d’aile, sauf le ministre, qui insista pour rester près de son roi.

Le chasseur, lorsqu’il arriva, fut surpris : l'un des cygnes était attrapé, mais l’autre, à côté de lui, était libre ! Il ne s’envolait pas et ne montrait aucune marque de peur.

Plus encore, lorsqu’il fut devant eux, le second cygne lui demanda de le prendre lui à la place et de laisser partir le roi des cygnes. Touché par cette loyauté, et au risque de sa vie en s’opposant à la volonté de son roi, le chasseur libéra le cygne prisonnier. Mais les oiseaux ne s’envolèrent pas : ils se perchèrent sur les épaules du chasseur et lui dirent de les emmener voir le roi, pour le sauver de sa colère.

Joshin Luce Bachoux

******

dimanche 1 août 2021

Pour moi, l’escalade est une école de vie.

 Claude Compagnone nous explique comment l'escalade et l'effort physique lui permettent de se rapprocher de Dieu. 


S'ajuster dans l'effort commun

Escalader une paroi de montagne ou de haute montagne, c’est s’engager, encordés, à deux, dans un parcours vertical dans lequel chacun va dépendre de l’autre et va compter sur l’autre. La cordée devient un lieu de vie singulier et transitoire où l’entraide et l’attention mutuelle sont alors primordiales. Il faut s’ajuster dans l’effort commun pour mener à bien le projet d’ascension et faire face aux évènements imprévus.

Recevoir un don

Ce parcours vertical pour être accompli demande au corps et à l’intelligence de se plier à un environnement naturel que l’homme n’a pas créé et qui s’offre comme un don à recevoir et à découvrir. Cet environnement s’impose à moi de manière massive, et, en cheminant, j’en découvre la diversité et la beauté. Je ne fais que passer et il m’accepte, en transit. Je découvre humblement ma petitesse par rapport à l’immensité et à la force de la Création. L’avancée prudente, pas à pas, se fait ainsi pérégrination et contemplation.

Garder ses sens en éveil

L’implication du corps et de l’esprit y est totale. Ici, il ne m’est pas possible de faire semblant et de penser à autre chose qu’à ce que je fais. Il faut être pleinement éveillé. Le risque est constamment présent et doit être apprécié et géré. Corps et esprit se font alors intelligence et mouvement. Mes sens sont tout en éveil pour « lire » le rocher, trouver le cheminement et anticiper les problèmes.

Mon corps déploie tout entier et amplement son agilité et sa puissance musculaire pour tirer, pousser ou bloquer. Il entre dans un ballet étrange dont la chorégraphie est dite, mètre après mètre, par le rocher lui-même. Une forme d’unité se gagne ainsi entre le corps et l’esprit et entre moi et le monde. Une plénitude s’installe. Profondément en lien avec la Création, j’entre dans un lien profond et vital avec Dieu, le Créateur.

********

samedi 31 juillet 2021

La chance d'être accueilli sur terre, de pouvoir y respirer et d'y marcher.

 ... Se sentir vivant !


"Ce que j'ai aimé le plus au monde , je crois que c'était la vie ".
Jean d'Ormesson .

******* 

vendredi 30 juillet 2021

L'honneur

 

"L'honneur appartient à ceux qui jamais ne s'éloignent de la Vérité.
Même dans l'obscurité et la difficulté, ceux qui essayent et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, les humiliations ou même la défaite.
Parce qu'en faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant. "
Nelson Mandela
Conversation avec moi-même



Photo : une des nombreuses versions du Jin Guang Fu, 金光符, talisman de la Lumière de la Réalisation. Une des pratiques fondamentale des pratiquants taoïstes, très efficace quand on traverse des périodes de doute ou de "noirceur" ou que l'on est confrontés à des éléments négatifs comme ceux cités par Mandela.





*********************************

jeudi 29 juillet 2021

Deux vidéos sur la non dualité...

Pour la personne qui a du temps en vacances et qui souhaite approcher l'instant présent où la personne disparaît et devient "vacance"...
Dans les deux vidéos, "on" parle brièvement d'Arnaud Desjardins. 
...

******


*****

mardi 27 juillet 2021

Faire la paix avec nos fantômes et retrouver la clarté (2)

 

4) Aider les fantômes à trouver leur vraie maison (et à nous foutre la paix)
Une fois que le ou les messages ont été entendus, alors nous pouvons gentiment inviter ces hôtes à rejoindre la dimension dans laquelle ils doivent vivre et les guider dans cette direction.
Ces mémoires/fantômes sont de l’information. Celle-ci ne peut pas être détruite, mais elle peut être remaniée ou distribuée autrement ou ailleurs.
Nous voulons être en paix ? Eux aussi. Dès lors, un deal équitable avec eux est nécessaire : « J’ai entendu votre message, merci beaucoup, maintenant j’ai besoin de me retrouver et en remerciement pour votre message, je vais vous guider vers votre propre suite. »
Ici, nous utilisons certaines visualisations d’accompagnement spécifiques. Et pour les plus récalcitrants d’entre les fantômes, nous leur faisons comprendre que nous ne plaisantons pas. Leur intérêt est désormais de nous laisser à nous-mêmes. Les outils Yin sont utilisés en premier, et les Yang en cas de nécessité. Faut pas trop nous chercher non plus, ils doivent le sentir.

5) Retrouver la clarté et le sens de notre chemin
Enfin seuls !
Oui, mais le vide est parfois effrayant ! Et nous comprenons alors peut-être pourquoi nous avons mis tant de temps à nous occuper de ces fantômes. Il s’agissait peut-être de présences gênantes, mais il s’agissait avant tout de présences…
D’abord, nous allons nettoyer tous les résidus à l’intérieur de notre corps, comme on fait le ménage après une bonne soirée, ou une mauvaise.
Le nettoyage de la moelle des os, liée au Reins également, est une des techniques fondamentales que nous utilisons. Ensuite, la vibration de mantras spécifiques comme celui de purification du corps, du cœur ou de la Terre poursuivra ce travail.
Nous apprenons alors à définir quel chemin nous voulons, maintenant que notre libre arbitre est restauré. Ce n’est parfois pas simple, et il faut laisser le temps au temps. Mais comme la nature a horreur du vide, quelque chose émerge tôt ou tard. Nous restons attentifs pour déjouer toute inertie de comportement ancien. Nous voulons du neuf!
6) Inviter nos divinités à protéger le chemin et à l’éclairer
Une fois le chemin sous nos yeux, nous apprenons à le protéger et à l’éclairer. Après tout, nous allons devoir y cheminer maintenant, et autant faire en sorte que le voyage se passe au mieux. Il sera peut-être long.
Nous travaillons dès lors avec l’autre côté de la pièce des fantômes : celle des Shen 神, ou « divinités ».
Il s’agit cette fois d’un plan informationnel d’un type plus subtil, plus léger que le monde des Gui. Ce plan nous allège et nous tire vers le haut, et contraste avec l’alourdissement engendré par les fantômes.
Nous apprenons à invoquer la présence des divinités de nos organes, et à leur demander protection, quand cela est nécessaire. Nous retrouvons donc une présence, mais qui est de l’ordre du Clair et non du Trouble.
Peu à peu, nous apprenons surtout l’autonomie, l’individuation, l’originalité et la création. Nous incarnons ce que nous sommes depuis toujours.
Timidement au début, et parfois maladroitement, comme un enfant qui doit réapprendre à marcher. Mais petit à petit, nous grandissons et un jour, nous pouvons chanter en marchant, droits et ouverts aux autres. Si quelqu’un trébuche à nos côtés, nous l’aidons à se relever et à se trouver, comme nous l’avons fait nous-mêmes.

7) Apprendre à rester dans le flux du toujours nouveau
La dernière phase semble la plus simple : rester dans le flux de la vie, du nouveau.
Eh bien pas du tout ! Car nous allons chuter encore, parfois. Oui, mais la différence, c’est que nous savons nous relever.
Nous comprenons aussi que le chemin est sans fin et évolue en spirale. On revoit la même chose, mais pas du même plan. Nous le savons et nous apprécions le voyage, nous sommes solides, mais humbles, car nous savons la chute possible à tout moment.
C’est ce qui rend le voyage si beau, n’est-ce pas ? Et à chaque fois que cela est nécessaire, nos divinités sont là : relève toi, marche, cours. Le chemin, et la lumière, c’est par là nous disent-elles.

Fabrice Jordan
****************

lundi 26 juillet 2021

Faire la paix avec nos fantômes et retrouver la clarté (1)


1) Prendre conscience de l’influence du passé : les fantômes
Le mot fantôme (ou Gui 鬼, en chinois) est un mot intéressant. On peut bien sûr le voir au premier degré, comme nous l’envisagions en tant qu’enfants, avec le drap blanc et les deux trous pour les yeux.
En prenant du recul, cependant, on peut définir un « fantôme » comme une trace du passé toujours vivante, et surtout agissante, aujourd’hui, au cœur de notre vie.
Si l’on accepte cette définition, alors nous pouvons voir des fantômes en de nombreux endroits de nos vies.

Dans nos schémas de pensées, d’abord, que nous avons hérité de tout notre arbre transgénérationnel. Nous portons bien souvent les espoirs, ou les déceptions, de nos ancêtres et de nos parents.
Combien d’injonctions internalisées, du type : « tu n’y arriveras jamais » ou au contraire « notre famille est supérieure aux autres, tu dois te comporter comme tel». Combien de comportements hérités, inculqués, imités, qui vont aujourd’hui à l’encontre de nos aspirations ou qui nous limitent dans nos possibilités d’expression?
Quand nous ne sommes pas capables d’en prendre conscience, les fantômes se manifestent dans nos comportements, et plus particulièrement dans ceux qui sont répétitifs et un peu ou beaucoup, autodestructeurs.
Plus le fantôme est installé profondément, plus ces schémas sont trans-sectoriels, c’est-à-dire qu’ils se retrouvent à l’identique dans plusieurs secteurs de nos vies : professionnel, amoureux, familial, social, etc.
2) Apprendre à les localiser dans notre corps ou nos actions
Le point de départ, si l’on souhaite retrouver notre liberté et notre créativité, est de pouvoir localiser précisément où se logent ces « fantômes ».
S’agit-il-de comportements qui nous sabotent ? Si oui, dans quel domaine de notre vie sont-ils les plus présents et actifs? Lors d’une telle recherche, l’avis de nos proches ou de personnes externes est important, et cela implique que nous fassions preuve d’humilité, pour écouter sans être immédiatement réactifs. Ici, l’écoute et la non-action sont essentielles.

Sont-ils présents dans notre environnement ? Au travail, à la maison, ressentons-nous un malaise dans certaines pièces, zones, ou à certaines heures de la journée ?
Ou se cachent-t-ils dans nos corps et nos cœurs ? Quelles sont les parties de moi que je ne ressens pas, ou alors, celles qui crient en permanence ? Ou se situent les douleurs ? Comment se manifestent les symptômes ? Nous évoquent-t-ils des choses anciennes, familiales ? Quelqu’un de notre famille a-t-il déjà présenté des comportements ou symptômes similaires ?
Devenons les Sherlock Holmes de nos fantômes. Cela dédramatise la situation, et nous met dans une position active et non plus de victime.
3) Entendre leur message et prendre un engagement
On peut envisager les choses comme ça : un fantôme est un résidu vivant du passé, qui n'est pas situé au bon endroit, ne trouve pas le chemin vers sa nouvelle maison et doit donc être guidé. Ou alors il ne veut pas nous quitter tant qu’un certain message n’a pas été non seulement délivré mais entendu.
Il convient dès lors de bien vouloir « tendre l’oreille », qui dans la vision chinoise est liée au rein, à l’eau (deuil et renouveau) et au transgénérationnel.
En utilisant un certain nombre « d’outils habiles », nous pouvons apprendre à décrypter le message de nos fantômes. Par exemple, dans ma lignée, la « méditation des 5 fantômes » est faite pour ça. Nous pouvons travailler à deux, pratiquer certains talismans travaillant sur ombre et lumière (talismans du soleil et de la lune) ou utiliser l’attention flottante proche de la psychanalyse lors de nos sessions de Qi Gong, en y mettant une intention légère.
L’important ce n’est pas la rose, mais la prose de nos fantômes.
Si nous ne l’entendons pas, nous les mettons en échec et ils n’ont pas de raison de nous laisser seuls. Pour comprendre qu'ils ont été entendus, ils ont aussi besoin de sentir que nous avons pris un engagement, que la lettre ne restera pas morte, mais qu’elle vivra et que nous maintiendrons sa flamme vivante.
On s’engage aussi vis-à-vis de nos fantômes.
A suivre...
********
Fabrice Jordan


dimanche 25 juillet 2021

samedi 24 juillet 2021

Les trésors de la peur

 Les peurs sont ce qu'il y a de plus dur à traverser, à transformer. Il y en a beaucoup qui s'expriment actuellement. Elles peuvent se découvrir dans l'immobilité qui permet d'entrer en contact avec la profondeur. La respiration permet d'entrer calmement dans l'univers de l'eau sans avoir peur de s'y noyer... et d'aider notre dragon à nous révéler notre potentiel...

"Nos peurs les plus profondes sont comme des dragons, qui gardent notre trésor le plus profond." - Rainer Maria Rilke



« Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions. »
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

************

Enoki Toshiyuki 


vendredi 23 juillet 2021

Une belle journée !

 


vendredi 23 juillet, très bon jour pour méditer sur le nettoyage des obstacles, tout ce qui nous retient, se met en travers de notre route, nous bloque pour aller là où nous avons envie d'aller, alors même qu'on sait ce qu'on veut. 

Meilleur créneau, entre 23h et minuit direction dos au Sud Ouest.

Mantra associé : Mort aux obstacles !

Belle journée à toutes zé ta tous

Fabrice Jordan

************

"Boostez votre vitalité! (1)

 


1) Les Trois Trésors
La tradition du Tao est probablement la plus ancienne tradition du monde qui s’est systématiquement intéressée à la vitalité et à la longévité. Pour désigner une femme ou un homme accompli(e), on ne parle pas de d’éveillé (e) mais d’immortel(le), désignant par là une personne qui a réussi à comprendre ce qui fait l’essence de la vie, au-delà du physique.
Les arts du Tao envisagent l’humain tissé de trois substances-énergies qui dialoguent et cohabitent, et que l’on appelle les Trois Trésors : le Jing (Essence), le Qi (Energie) et le Shen (Esprit).
Parmi les substances vitales que nous devons préserver pour garder notre vitalité, le Jing (Essence) est la plus fondamentale, car elle est le réservoir de tous les potentiels dans lesquels nous puisons pour exprimer et manifester notre vie et nos accomplissements.
De nombreux enseignements visent donc à restaurer notre Essence vitale (Jing), qui se travaille essentiellement dans le bas-ventre, le Dan Tian (champ de cinabre) basal comme disent les Chinois. Cela englobe la notion moderne du microbiote, dont nous commençons juste à comprendre l’importance aujourd’hui dans le cadre Occidental.

****************


jeudi 22 juillet 2021

"Nous sommes des êtres de peau " : le toucher, notre lien essentiel au monde

 

La privation de contacts physiques depuis le début de la pandémie de Covid-19 permet paradoxalement de renouer avec la centralité du toucher, premier de nos sens à se développer. Souvent déprécié, effacé, le toucher relie notre intimité à celle de l’autre et au monde extérieur.


«Quand on aime ses proches, on ne s’approche pas trop. » Dès le printemps 2020, ce slogan de prévention gouvernemental a tourné en boucle sur les ondes pour mettre en garde les Français contre le risque de contamination au Covid-19. Brusquement, l’irruption de la pandémie nous faisait expérimenter la frustration générée par les « gestes barrières ». Hors de nos « bulles de contact », il a fallu renoncer aux embrassades spontanées, aux bises rituelles et aux câlins aimants.

Cette épreuve affective, aussi rude qu’inédite, nous a cruellement rappelé combien le toucher façonne notre rapport au monde et conditionne nos relations humaines. « L’affection qui, jusque-là, était source de réconfort s’est tout à coup transformée en un geste morbide, risquant de transmettre la mort. En ce sens, l’expérience du Covid a dynamité, révolutionné, la vocation première du toucher, qui est de rassurer », analyse la psychologue Céline Rivière, autrice d’un livre sur les bienfaits des câlins (1).

L’expérience, extrême, a eu pour vertu de remettre le toucher au centre de nos réflexions, tandis que le sens de l’histoire semblait tendre vers son inexorable effacement. « Cela fait trente ans que je travaille la question du corps et, jusqu’à la pandémie, des collègues me faisaient comprendre que cette question était secondaire, cosmétique, contrairement aux “sujets sérieux” comme l’économie ou la politique. Pendant le confinement, d’un seul coup mes sujets de recherches sont devenus audibles, observe Fabienne Martin-Juchat, enseignante-chercheuse en sciences de la communication à l’université Grenoble Alpes. Comme si les événements avaient permis une prise de conscience sociétale de cette partie cachée de nos existences. Jusque-là, notre relation corporelle au monde allait de soi, on ne la questionnait pas, l’intendance suivait. La mise à l’arrêt de nos routines, de nos habitudes, des relations de proximité physique, nous a contraints à y réfléchir. »


Avec une question centrale : pourquoi le toucher est-il si fondamental pour nos existences et pour nos relations humaines ? Après tout, la pandémie ne nous a pas interdit de nous parler, et a même permis de multiplier les conversations virtuelles. « Précisément, il y a eu de la souffrance physique et émotionnelle car, d’un coup, l’écran est devenu le seul canal sensoriel pour être ému par le monde, explique Fabienne Martin-Juchat. En réalité, pour nous, la crise du Covid a aussi été une crise corporelle, nous imposant une rationalisation de nos gestes, une retenue constante, la maîtrise permanente », postule l’anthropologue qui a signé un essai remarqué sur la question du corps pendant la crise sanitaire (2).

Longtemps déconsidéré, perçu parfois comme un sens trivial, le toucher occupe pourtant une place essentielle dans notre appareil sensoriel. Dès les premières semaines de gestation dans l’utérus, il est le premier sens à émerger. Des récepteurs permettent au fœtus de sentir les parois de l’utérus de sa mère et les vibrations émises par le son des voix alentour. Le toucher est aussi le sens le plus abouti à la naissance. Qu’il soit effleurement, caresse, choc, il nous affecte et nous met en contact avec le monde extérieur. « C’est bien simple, un enfant qui n’est pas touché meurt. On l’a longtemps pressenti mais aujourd’hui, un examen par IRM prouve que les privations affectives provoquent des altérations cérébrales chez les bébés », explique Céline Rivière.

Comment ces mécanismes fonctionnent-ils ? Le sentiment de sécurité que l’on ressent en se donnant un baiser ou en se tenant la main est le résultat d’une cascade de changements physiques et biochimiques. Tout commence par la peau. Grâce à 640 000 récepteurs, appelés « corpuscules de Pacini » situés dans le derme profond, un toucher bienveillant stimule la production d’ocytocine dans le cerveau, communément surnommée « l’hormone de l’amour ». Elle favorise les liens sociaux, participe à la construction de relations de confiance, joue même un rôle dans l’attachement entre une mère et son nouveau-né. L’ocytocine libérée dans notre organisme contribue à abaisser le rythme cardiaque et les niveaux de cortisol, hormone responsable du stress, de l’hypertension et des maladies cardiaques. Le toucher a des vertus hors normes : plusieurs études ont montré que les bébés prématurés prenaient environ 50 % de masse supplémentaire lorsqu’ils sont pris dans les bras.

Enfants comme adultes, nous continuons d’avoir besoin de contacts, de réconfort. En être privé peut augmenter les sentiments de stress et d’angoisse, comme le montre une étude menée pendant la crise du Covid-19 par Louise Kirsch, chercheuse en neurosciences cognitives, à Sorbonne Université. « D’un point de vue scientifique, la pandémie a été une formidable expérience de stress social », souligne-t-elle. Avec une équipe de chercheuses, elle a exploré l’influence des mesures de distanciation physiques sur les différents types d’interactions tactiles (familiales, amicales…) et ce que cette réorganisation a pu susciter comme frustrations.

Leur analyse, menée sur un panel de centaines de participants, a montré des résultats clairs : plus les contacts physiques étaient restreints dans les cercles familiaux, plus les personnes interrogées déclaraient expérimenter des sentiments d’anxiété et de solitude. Autre résultat marquant : au fil des jours, le manque s’aggrave. « Le toucher n’est pas qu’une réaction chimique, c’est un lien archaïque. souligne la psychologue Céline Rivière. En être privés a réveillé nos peurs ancestrales de mourir, des angoisses d’isolement extrêmement violentes. Quand nous ne nous sentons pas reliés, les choses perdent leurs sens. »


Mais plus encore que les relations interpersonnelles, le toucher nous met en relation au monde et nous permet d’y exister en tant que « consistance charnelle », explique Fabienne Martin-Juchat. « Nous sommes des êtres de peau. C’est grâce à elle que nous touchons le monde et que le monde nous touche. Il y a les gestes tendres, bien sûr, mais il y a un nombre considérable de choses qui nous touchent pendant une journée : nous sommes bercés par les ambiances de rue, les vibrations des discussions que l’on a et qu’on écoute, les rires, le vent… Ce qui nourrit l’humain, ce sont ces surprises par lesquelles le monde vient le toucher. D’où le sentiment pour certains, pendant le confinement, d’avoir vécu en apnée et d’avoir expérimenté une sorte de désintégration personnelle. »

Le « syndrome du glissement » éprouvé par des personnes âgées isolées dans les maisons de retraite au pic de la crise sanitaire est à ce titre évocateur. Il marque le moment où la personne a renoncé aux efforts qui permettaient sa survie. « Le fait que nous ayons accepté que les seniors puissent être privés de tout contact physique prouve qu’en tant que société, nous n’avons pas encore pris conscience de l’importance du toucher. La crise a montré une absence de pensée éthique sur le sujet », s’emporte Marie de Hennezel, spécialiste de la fin de vie et autrice d’un essai sur les conséquences de la politique sanitaire sur les personnes âgées (3). « Il y aura certainement un traumatisme collectif autour de cette question », avance-t-elle.

Un avant et un après, certainement, propose Cécile Rivière. D’après la psychologue, « les restrictions sanitaires ne seront pas levées à court terme, et nous serons conduits à davantage choisir les personnes que l’on touche. Mes patients me racontent déjà que sur les sites de rencontres, les personnes cherchent davantage des partenaires avec qui entamer une relation suivie. Car on ne peut plus multiplier les contacts comme avant, on peut espérer que le toucher se resserre vers une dimension plus qualitative et riche. »

  • Héloïse de Neuville dans la Croix

(1) La Câlinothérapie – Une prescription pour le bonheur, Céline Rivière, Michalon, 2019.

(2) L’Aventure du corps. La communication corporelle, une voie vers l’émancipation, Fabienne Martin-Juchat, Presses universitaires de Grenoble, 2020.

(3) L’Adieu interdit, Marie de Hennezel, Plon, 2020.

********