lundi 29 juillet 2013

Vigilance estivale...


La fréquente vigilance peut donner des fruits...

Pour revenir en vitesse à la lumière intérieure...

dimanche 28 juillet 2013

L'ennui mis au jour avec Patrick Lemoine

L’ennui n’existe pas dans la nature. Et il y a des ethnies qui n’ont pas de mot pour l’­exprimer. Quand on lutte pour sa survie, on ne s’ennuie pas, même s’il s’agit de rester sans bouger pour surveiller une proie, ou de vérifier que l’on n’est pas attaqué. Les Chinois n’ont pas non plus de vocable pour le dire. Dans les cultures orientales, la méditation a une place centrale. Et l’ennui représenterait un décalage entre l’homme et son environnement, ce qui va à l’encontre de la recherche d’harmonie. En Occident en tout cas, l’ennui est une production des sociétés sédentarisées et urbanisées. Dès lors que vous savez que votre nourriture et votre sécurité sont assurées, vous commencez à vous payer le luxe de l’ennui...

Cela dit, ça se cultive. Il y a des familles où l’on ne supporte pas de laisser les enfants quelques minutes sans rien faire. Je vois des parents qui passent leur temps libre à courir, du foot au dessin puis aux louveteaux, faire des burn-out. Laisser son enfant 10 minutes sans lui proposer une activité n’est pas cruel. Les enfants trop sollicités deviennent des intolérants à l’ennui et donc plus facilement addicts. Dès lors que l’on n’est pas capable de rester face à soi-même, on fait avec ce que l’on a. La drogue, l’alcool et… pourquoi pas l’addiction numérique ? L’ennui à petites doses dès la petite enfance permet de développer l’imagination, la créativité, l’introspection, une forme d’autonomie. Je suis reconnaissant à mes parents de m’avoir laissé m’ennuyer dans le jardin à regarder les oiseaux !

Patrick Lemoine

(source : La Vie)

Ibn Arabî Le sceau de la sainteté

Grand maître spirituel de l’Islam, ce philosophe et mystique est lu par les intellectuels soufis. Pour lui, se découvrir, c’est découvrir Dieu en soi et inversement.
Par Faouzi Skali

Ibn Arabî est né à Murcie dans une Andalousie au carrefour de l’Orient et de l’Occident, à une époque d’alliance entre la science et la foi, où savants et métaphysiciens marchent main dans la main.
Ibn Arabî rencontre Averroès, très jeune. Son père, inquiet de l’engagement mystique précoce de son fils, l’a envoyé porter des livres au vieux philosophe de Cordoue. En frappant à la porte d’Averroès, celui-ci lui ouvre et lui dit : " oui ". Ibn Arabî le regarde et dit : " oui " à son tour. Puis, il le regarde de nouveau et dit : " non ". Le philosophe lui demande alors : " Qu’est-ce que vous, mystiques, découvrez de plus que nous [philosophes] ne puissions trouver déjà à travers la voie rationnelle ? " Pour Ibn Arabî la réponse se situe entre le oui et le non.
Car la voie mystique n’est ni rationnelle ni irrationnelle. L’esprit s’échappe des limites de la matière. C’est autre chose que la philosophie, hors du domaine de la raison. Sans comprendre leurs propos, on traite les mystiques de blasphémateurs, on les crucifie, on les condamne car ils parlent de choses que le commun des mortels ne peut pas admettre. Quand Ibn Arabî dit tout cela à Averroès, il a près de 14 ans.
Musulman, Ibn Arabî se forme aux théologies à sa façon. Il considère que Jésus est son premier maître spirituel. Véritable génie, il acquiert une science considérable en fréquentant par la lecture différents maîtres et prophètes. Il écrit des livres d’une façon très spéciale, notamment les Gemmes de la sagesse. Il dit l’avoir " reçu " d’un trait, une nuit, réveillé par le prophète Mahomet.
La sagesse est représentée par une pierre dont la forme est comparée à la Tradition. Ainsi, la pierre est la même pour tous les hommes, mais elle est taillée de façon différente selon les religions, selon les formes prophétiques dictées à Abraham, Jésus et Mahomet, le dernier prophète.
À La Mecque, il écrit son ouvrage majeur, l’œuvre métaphysique la plus importante de l’Islam : les Illuminations mecquoises. D’une très grande profondeur, elle résume les aspects spirituels et métaphysiques propres au soufisme, son enseignement initiatique. Ces révélations conjuguent à la fois une extrême rigueur dans la conception et un travail visionnaire qui doit à Ibn Arabî son surnom de fils de Platon.
Ibn Arabî n’est pas influencé par la scission entre raison et foi qui transparaît déjà avec Averroès. Au contraire, avec Ibn Arabî, la foi en tant que vision, conscience et expérience du cœur entre en ligne de compte. La profondeur soufie d’Ibn Arabî se situe dans la rencontre entre l’amour et la connaissance, le cœur et la raison. Il est allé très loin dans le voyage de l’âme vers la proximité divine et exprime cette expérience avec une extrême beauté en commentant ces propos du Prophète : " Celui qui se connaît lui-même, celui-là connaît son Seigneur. " Son voyage spirituel explore son être dans ses profondeurs les plus intimes.
Vivre dans le monde, c’est sans cesse se rapprocher du mystère de l’être divin. Dans un hadith qoudsi (propos divin), Dieu dit : " J’étais un trésor caché, j’ai aimé à être connu. J’ai alors créé le monde afin que je sois connu par lui. " Ibn Arabî s’appuie sur cette explication de la Création pour faire comprendre le but de l’existence. Il s’agit bien de réaliser ce désir de Dieu d’être connu. Ibn Arabî insiste ainsi sur l’importance du désir et de l’amour divins. Ce " soupir du miséricordieux " dont il parle, c’est la manifestation de l’existence, le souffle. Toute l’existence n’est que l’émanation de cette nostalgie divine. L’homme, ou l’âme humaine, quand elle se fait transparente par la prière, devient l’œil par lequel le divin se regarde lui-même. C’est l’œil de la contemplation.
Ce que personne avant lui n’avait imaginé avec tant de cohérence, devient avec Ibn Arabî un aboutissement mystique, une extraordinaire synthèse. Ce n’est pas un hasard si le Moyen Âge l’appellera le Docteur Maximus ! Quant à certains soufis, ils diront de lui qu’il porte le " sceau mahométien ".
En effet, il fut bien l’héritier du Prophète sous ses aspects tant ésotériques que spirituels. Et Ibn Arabî reste, aujourd’hui encore, une référence importante pour toutes les écoles soufies à travers le monde, au titre du visionnaire métaphysique.
Pour qui s’intéresse au soufisme, Ibn Arabî est une étape cruciale. Il trouvera chez lui une liberté, une capacité de transcender les limites de la raison et des formes, d’élargir la conscience dans la connaissance et l’amour divin. Ibn Arabî lui indiquera la voie vers des domaines extrêmement profonds, voire déconcertants. Il comprendra que la perception est toujours au-delà de ce qu’on imagine, qu’elle nous rend humbles devant une connaissance sans limites. A.S.

Né dans la médina de Fès, Faouzi Skali est directeur du festival de Fès depuis sa création en 1994. Spécialiste du soufisme, il est l’auteur de Jésus dans la tradition soufie, en cours de traduction chez Albin Michel.

"Le sommeil loin de Toi me devient interdit.
Comment peut-on dormir séparé de l’Aimé ?
L’amour est ma religion et ma foi. "

Le grand maître soufi
1165 Naissance à Murcie (Espagne).
1179 Rencontre avec Averroès, à Cordoue (Espagne).
1196 À Fès (Maroc), révélation du " sceau de la sainteté mahométienne.
1203 Commence les Conquêtes spirituelles mecquoises.
1223-1240 S’installe à Damas (Syrie), où il finit sa vie.

Aller plus loin avec le soufisme
À VOIR
- Participer au festival de Fès
Fès organise depuis dix ans un festival de musiques sacrées du monde.
Les invités de cette année : chanteurs soufis du Kurdistan iranien, derviches tourneurs de Konya, moines danseurs du Tibet, mais aussi Monserrat Figueras, sœur Marie Keyrouz et Yousou N’Dour...
Du 28 mai au 5 juin.
Les concerts se déroulent dans des lieux magnifiques : place Bab Boujloud, porte de la Bab Al Makina, patio du musée Batha...
- Les rencontres de Fès
Parallèlement au festival se tiennent des rencontres sur le thème Une âme pour la mondialisation. Invités : Laure Adler, Bertrand Collomb, Leïla Shahid, Jorge Semprun...
Du 29 mai au 2 juin, de 9 heures à 13 heures.
- Le festival off
En marge des manifestations officielles, des concerts gratuits ont lieu tous les jours à 17 h 30, place Bab Boujloud.
Soirées soufies, à partir de 23 heures, à travers la ville.
Tout le programme sur www.fesfestival.com
Y aller
- Avec La Vie : Jean-Claude Petit, ancien président de Malesherbes Publications, accompagne un groupe de lecteurs à Fès, pendant le festival (2 120 €). Inscriptions : Martine Lominé, 163, bd Malesherbes, 75017 Paris.
Tél. : 01 48 88 65 34.
- Avec Terra Diva, 340 €. Hôtels de 79 à 191 € par jour pendant le festival. 29, rue des Boulangers, 75005 Paris, 01 44 07 10 12.
- Liaisons directes Paris (Orly)-Fès avec la Royal Air Maroc. Aller-retour le 27 mai et le 7 juin : 479,42 €.
- Sur les traces d’Ibn Arabî
La mosquée Aïn el Khaïl, dans le cœur de la médina de Fès. Ibn Arabî y vécut, y travailla et y reçut sa révélation. Cette petite mosquée est menacée par deux maisons mitoyennes qui risquent de s’écrouler. Laïla Skali, architecte, se mobilise pour la sauver et en faire une bibliothèque sur le soufisme et Ibn Arabî.
À lire
- Ibn Arabî dans le texte
Traité de l’amour se lit aisément. L’introduction de Maurice Gloton, traducteur et spécialiste des grands soufis, propose une chronologie éclairante sur la vie d’Ibn Arabî. Dans la même collection, mais plus ardus pour les non-arabisants : la Sagesse des prophètes et les Illuminations de La Mecque.
Albin Michel, 8,60 €.
- L’Esprit de Fès : en quête de sens et de beauté
Pour ce livre anniversaire, Nathalie Calmé a recueilli des témoignages d’artistes, philosophes, économistes... venus au festival depuis dix ans. En vente au festival, disponible en librairie début juin, éd. Albin Michel. A.S.

Ibn Arabî et l’amour
"L’amour est ce rapport
Qui concerne aussi bien l’homme que Dieu,
Bien que notre science
Ignore cette relation.
Car l’amour est savouré,
Mais son essence incomprise.
N’est-ce pas étonnant, mon Dieu ! Ô mon Dieu !
L’Être même de Dieu
Est fondé sur l’amour,
Lui qui voit en nous comme en Lui,
Sans que nous soyons principe d’analogie.
Le terme de l’amour chez l’homme
Est de réaliser l’union :
L’union de deux esprits
Et l’union de deux corps.
Aussi l’excellence de l’amour
Est-il l’effet de l’Excellence !"
Extrait de Traité de l’amour, Albin Michel coll. Spiritualités vivantes.

samedi 27 juillet 2013

Etre à l'écoute avec Boris Jollivet

À 41 ans, Boris Jollivet recueille la rumeur du monde. De l’Afrique à l’Inde, du Queyras au Jura, de la Loire, sillonnée en canoë, à ce bois d’Indre-et-Loire, près de son village, non loin d’Amboise. 
« Gamin, j’étais déjà un naturaliste dans l’âme. » Adolescent, Boris avait été subjugué, au printemps, d’entendre chaque nuit de violentes percussions dans une poutre en bois d’une chambre. Il avait guetté ce tic-tac, ce bruit énigmatique, jusqu’à percevoir qu’un coléoptère de trois millimètres – une grande vrillette – se tapait la tête contre la poutre...



Un couple de cygnes prend son envol



Quand vous êtes au milieu d'un lac gelé, la nuit, le froid augmente, la glace se fissure, vous sentez la vibration dans vos jambes et ça chante dans tous les sens comme par magie. 
C'est pour moi le plus beau concert de la terre (que je connaisse).
C'est difficile à expliquer la prise de son car peu de personne la pratique, mais lorsqu'on enregistre, il se passe beaucoup de chose, on est concentré dans un autre monde qui procure beaucoup d'émotions. 


Boris Jollivet
http://www.deezer.com/fr/album/47546

vendredi 26 juillet 2013

Changement vers l'estime de soi avec Elina Dumont

« Enfant de l'abandon, adolescente fugueuse, femme de la rue. J'en ai bavé, pourtant je m'en sors, et je n'en reviens pas. Je raconte ma longue nuit. J'ai parlé, souri, dragué, emballé, couché : juste pour trouver un lit. J'étais dehors. Il fallait bien que je trouve un chez moi. […] J'ai des dents blanches, un sourire engageant, je n'ai pas l'air d'une fille de la rue, d'une "SDF" comme on dit. Ma mère était un danger pour ses enfants. Elle buvait, elle était psychiatrique. J'ai été placée, tôt, chez la mère Trognon, au milieu des vaches, des prés et des forêts. La mère Trognon accueillait des enfants de la DDASS comme moi. Dans le village, des gens ont abusé de moi. Je ne savais pas, personne ne m'a rien dit, je croyais que c'était normal.
 À 15 ans, j'ai grimpé le mur et j'ai fui, direction Paris. J'ai atterri dans un foyer. Monsieur Jacky m'a lancé comme stripteaseuse en me faisant croire que j'allais percer comme danseuse. Dans la rue, c'est sans limites. J'ai eu le nez dans la coke, j'ai bu, je me suis évanouie pour que les pompiers me ramassent. Dormir au chaud, à l'hôpital, […] c'est le luxe des gens de peu. 
Mes amis de la rue m'en ont beaucoup appris : "Neuneuil", "Darty" "Zonzon", "la Fiole". […] Je ne les laisse pas tomber, c'est un peu ma famille. Dehors, tu n'as que trois verbes à ta guise : manger, te réchauffer, dormir. Aujourd'hui, je me suis reconstruite. J'ai aussi rencontré des gens qui ont cru en moi, j'ai gagné en confiance, suivi une thérapie. Je suis devenue comédienne. Une fille qui se sort de la rue, qui raconte ce qu'elle y a vécu. » 
Elina Dumont
Livre "Longtemps, j'ai habité dehors"



J'ai changé, oui j'ai changé. Je n'ai pas arrêté de changer, c'est d'ailleurs ça qui m'a sauvé la vie. Je n'ai jamais voulu me laisser abattre ni rester enfermée dans une case.

Trois choses m'ont permis d'avancer : le théâtre, la psychothérapie et toutes les personnes qui, un jour, m'ont fait confiance. Grâce à elles, je peux dire que je suis sortie de la survie... pour entrer dans la vie !.

Elina Dumont
(La Vie)

jeudi 25 juillet 2013

Transformation des émotions avec Christophe Massin (3)

Tout ce processus demeure très discret, ne recherche pas les effets spectaculaires, les auréoles ni les arcs-en-ciel ! La détente de l'acceptation mène à la simplicité, à la sobriété. C'est l'exactitude de l'amour, juste ce qui est demandé, pas plus, pas moins. Je me sens intimement relié à tout ce qui m'entoure, issu de la même réalité.

Si je reviens à l'exemple, qu'est devenue mon irritation de départ? 
Le parcours intérieur de la colère jusqu'au point sensible, l'ouverture et la détente ont changé mon état. Je nous vois chacun plongé dans nos préoccupations particulières – la vérité de la différence ! « Lorsque vous voyez la différence vous devenez un. »
Je vois aussi que prendre contre moi l'indisponibilité de ma compagne crée de la souffrance en moi. Cette souffrance rejaillit en agressivité et cherche à s'assouvir en la blessant. Cela m'éloigne encore plus d'elle au moment où je voulais en être proche. Tandis que percevoir le lien qui nous unit resitue son indisponibilité momentanée comme un incident de parcours qui peut être traité sans remous et même avec humour.

L'amour a été mis au défi et paradoxalement il va se nourrir de cette difficulté : vais-je m'aimer suffisamment pour ne pas prendre comme une offense personnelle cette situation, et vais-je aimer ma compagne suffisamment pour m'ouvrir à elle telle qu'elle est? Il ne s'agit surtout pas de forcer un sentiment de manière volontariste mais d'un changement complet de perspective: le passage du point de vue de l'ego à la perception de ce qui est. L'ego s'est focalisé sur un aspect, réduisant ici l'immensité infinie de la réalité à l'indisponibilité de ma compagne pour moi. Ce qui est ne peut être défini, ne peut se ramener à un événement particulier, c'est le mystère de l'existence. Cela, l'ego ne peut l'appréhender, il doit, au contraire, se laisser absorber par ce mystère et s'y fondre.
L'amour l'emporte alors dans son flux, faisant disparaître en même temps mon problème. Plus d'ego, plus de problème ! Plus d'ego ne signifie pas de le supprimer mais de réaliser qu'il est le fauteur de troubles, comme le voleur qui crie « au voleur! » pour détourner l'attention. Il faut juste lui demander de ne plus s'en mêler, de s'effacer discrètement. Il prétend servir au mieux mon intérêt alors qu'en fait sa maladresse, sa vision étriquée, sa susceptibilité, son avidité le contrecarrent et me desservent.

Au long de ce parcours, de la souffrance à la douleur, puis de la douleur au sentiment, le ressenti émotionnel a représenté le fil rouge de la transformation. Il en est le lieu et le vecteur et nous permet de savoir comment nous sommes situés, suivant en parallèle les quatre positions, moi seulement, moi et l'autre, l'autre et moi, l'autre seulement. 
Nous pouvons les repérer aisément dans l'exemple qui précède où moi seulement se heurte à l'existence de l'autre, pour finalement l'inclure et cesser de s'opposer à lui. L'autre seulement ne signifie pas ma compagne seulement, mais s'élargit à la globalité de la situation telle qu'elle est seulement, sans l'interférence de l'ego, sans moi ni mes commentaires. L'autre seulement traduit simplement que moi s'est effacé de la scène : l'instance qui s'interpose et juge, compare, rejette, agrippe a disparu au profit d'une connexion directe avec la vie. L'autre seulement équivaut à la vie seulement, à l'amour seulement, sans condition.

Extraits de "Souffrir ou Aimer"
de Christophe Massin


mercredi 24 juillet 2013

Transformation des émotions avec Christophe Massin (2)

— Admettre que je ne sais pas.
Lâcher implique de reconnaître que je ne sais pas, qu'une large proportion des éléments qui ont concouru à cette scène m'échappe totalement. Mon point de vue se limite à un point de vue. Le réaliser véritablement me conduit à quitter le ton cassant et péremptoire de la colère, pour une attitude plus ouverte. Un début d'acceptation devient possible, quand je vois qu'il ne m'est pas nécessaire de comprendre tous les tenants et aboutissants pour accepter.

— Accepter pour comprendre.
La compréhension découlera naturellement de l'acceptation, alors que, le plus souvent, nous exigeons en priorité de comprendre avant d'accepter.

— Ressentir plutôt que penser.
Plus je rumine dans ma tête à propos de la situation, moins j'arriverai à accepter. Alors que si je m'intéresse à ce que je ressens dans mon corps et dans mon coeur. cela me sera plus aisé: je sens l'oppression dans la poitrine, la tension dans mes bras et mes jambes, la crispation de mon visage. mon vécu émotionnel. Je laisse ces sensations évoluer d'elles-mêmes, en les acceptant et en me relâchant autant qu'il m'est possible.

— Choisir plutôt que supporter.
Pour que l'acceptation soit libératrice et joyeuse, elle doit être vécue comme un vrai choix positif : je peux facilement refuser, je peux aussi accepter sur un mode passif, tiède — bon, c'est comme ça... ma compagne est comme ça... Mais en ce cas, le résultat risque fort de me décevoir à la mesure de cette tiédeur.

— Voir un défi et une opportunité.
Je peux plutôt choisir activement cette situation comme un défi et une opportunité. Elle me défie parce qu'elle déçoit mon attente : vais-je trouver la ressource pour saisir la balle au bond ou vais-je répéter la scène de ménage sans surprise, une fois de plus ? Elle m'offre l’opportunité de m'ouvrir, de dépasser le plan superficiel, d'élargir le champ de mes possibles.

— M'ouvrir à la créativité et à l'imprévisibilité.
Cette attitude qui relève le défi m'emmène vers la nouveauté, vers l'imprévisible. Je ne sais plus ce qui va sortir de moi, je vais le découvrir en même temps que ma compagne — cela devient passionnant. Je fais confiance à l'intelligence du cœur qui va savoir trouver un chemin, sans que je me prenne la tête à élaborer une quelconque stratégie. Alors que la tête oppose (j'ai raison/elle a tort), le cœur intègre les points de vue contradictoires en nous englobant tous les deux dans sa vision bienveillante : comme une mère entoure du même amour ses enfants qui se disputent. Je m'appuie aussi sur mon corps qui dispose de ses propres antennes et de son intelligence instinctive.

— Me laisser aller à la détente.
L'acceptation a contribué à me détendre physiquement et je peux pousser plus loin dans cette direction en respirant avec le ventre, en le mettant en mouvement, pour retrouver une fluidité, une circulation de l'énergie. Me mobilisant ainsi, je me rapproche du plaisir sensuel de sentir la vie palpiter, avec d'autant plus d'intensité, après toutes ces émotions. Mieux je me sentirai dans mon corps, plus vivante sera ma réponse.

— M'impliquer pleinement.
Tête, cœur et corps participent tous à l'alchimie qui va transformer un homme énervé et agressif en un homme aimant, déjà en lui-même, puis avec l'autre. Oui, le processus réclame la participation de tout mon être, que rien ne soit laissé en dehors, que rien ne soit évité. L'amour exige cette entièreté, ce don de soi complet qui en même temps m'emplit.

— Répondre à la situation.
À partir de ce terreau fécond, la réponse se développe naturellement, prenant en compte l'ensemble de la situation, et pas seulement mon point de vue personnel. La transformation ne s'arrête pas à celle du vécu émotionnel, son aboutissement se concrétise par l'action, une action qui exprime l'unité avec l'autre, avec la situation. L'amour est réponse à ce que la vie me demande maintenant. L'égocentrisme laisse la place à une vision plus vaste où je deviens un élément au même titre que les autres.



mardi 23 juillet 2013

Transformation des émotions avec Christophe Massin (1)

La transformation des émotions participe d'une démarche qui dure dans le temps et suppose une évolution globale de la personne. Cette progression ne doit en aucun cas occulter la possibilité d'une transformation d'un état émotionnel, dans l'instant, face à une situation particulière, qu'on peut expérimenter sans s'engager dans un processus aussi long et impliquant. Tout le monde ne souhaite pas s'y lancer et le lecteur trouvera ici une synthèse des ingrédients qui lui permettront de tenter cette alchimie par lui-même. Quels en sont les principes essentiels?

  — Tout prendre.
 En premier lieu, se garder de toute discrimination négative envers certaines émotions sous prétexte que nous les trouvons indignes de nous, puériles, mauvaises: prendre toute émotion telle qu'elle s'impose spontanément, sans la discuter, déjà pour reconnaître sa nature — peur, colère, jalousie, désespoir, ressentiment. « Aucun déni, jamais, sous quelque forme que ce soit », recommandait Swami Prajnanpad. Nous serons souvent confrontés à des jugements et à des émotions secondaires qui interfèrent et brouillent notre conscience, comme la peur, la honte et la culpabilité. Elles aussi doivent être identifiées pour aboutir à un état des lieux aussi précis que possible des forces en présence, englobant aussi le fait déclencheur. Par exemple : je me sens mal après un conflit avec ma compagne. Qu'est-ce que je ressens ? Je suis énervé, contrarié, je lui en veux.

- Préciser. 
Qu'a-t-elle fait pour cela? Elle a encore une fois accordé la priorité à des considérations matérielles qui me semblaient secondaires, alors que je cherchais à lui communiquer quelque chose d'important pour moi. Déjà pour reconnaître cela, je dois au préalable constater les jugements qui montent contre elle et les pensées réactives de vengeance qui risqueraient sinon de m'absorber complètement et de me dissimuler mes émotions. L'animosité de ces pensées me confirme que j'ai de la colère et du ressentiment.
Je reviens donc à moi : quel est le point sensible qui a été touché ? Cette question est fondamentale, car sous l'effet de la colère j'ai envie de me fermer, de décréter qu'elle est trop bornée, qu'elle ne me mérite décidément pas et que je n'en ai rien a fiche.
Il est donc essentiel d'admettre que je suis touché dans un point sensible et que je ne prétende pas le contraire. Dans bien des situations notre amour-propre voudrait être au-dessus de certaines réactions émotionnelles - même pas mal ! - et nous aurons tendance à les nier. Donc ne pas nous mentir au nom de la bonne image que nous voulons préserver de nous-même.

- Ressentir pleinement. 
Nous pouvons dire : « Je sais très bien que je suis énervé », mais en fait cette conscience se cantonne à un niveau très superficiel de nous-même. C'est un piège dans lequel nous tombons souvent. Quand nous disons: « Je sais très bien », nous ne nous arrêtons pas sur l'émotion, nous passons dessus sans la vivre réellement. Nous sommes emportés par elle sans véritable expérience consciente de tout ce qui se modifie en nous du fait de cette émotion, psychiquement et physiquement. Nous sommes sous emprise et ne le mesurons pas.
Constater la présence de l'énervement et du ressentiment doit nous conduire à un arrêt sur image: si j'ai cette intensité de réaction, un point sensible a été touché, lequel ? Dans mon vécu, ses préoccupations matérielles comptent plus que ce qui me tient à coeur, donc plus que moi et, de surcroît, cette situation s'est répétée, ce qui explique le ressentiment. Je suis blessé et même, pour une part, humilié de passer ainsi après des histoires de courses et de placards à ranger. Plus je me rapproche du point sensible, plus la colère se mue en tristesse. Derrière mon irritation, j'ai de la peine que ma compagne ne perçoive pas l'importance pour moi de ce que je veux partager avec elle. Et puis, en y regardant de plus près, je m'aperçois aussi que je ne suis pas très à l'aise, car je sais que je l'ai agressée, que je ne voulais rien entendre de son point de vue sauf pour le contredire, tant la colère m'agitait. Maintenant, je me sens pleinement en contact avec la palette d'émotions déclenchées par la situation. Je les ai identifiées, je les ressens, je vois où ça fait mal.

— Lâcher prise. 
J'ai commencé à me détendre et le moment arrive où il serait bienvenu de lâcher prise. Lâcher quoi ? Déjà, l'idée que j'ai forcément raison, que mon attente était prioritaire et donc qu'elle a tort et mérite des mesures de rétorsion ; puis, que je ne m'accroche pas à l'interprétation qui affirme qu'elle se préoccupe plus du matériel que de moi. Est-ce une certitude à 100% ? Non. Je suis juste sûr qu'elle n'a pas été disponible à ce que je voulais lui dire et que j'ai mal vécu cette situation et me suis senti blessé.




dimanche 21 juillet 2013

Rendre l'absence, présence avec Alexandra Breukink


Plusieurs raisons m'ont amenée ici, à Gunsbach : le désir d'une paroisse à taille humaine, le travail en équipe avec les autres paroisses protestantes de la vallée, la mémoire d'Albert Schweitzer, qui hante ce village où il a vécu. Mais je suis aussi venue pour avoir plus de temps pour peindre. Ouvrir la Bible, méditer les textes par le biais de la peinture, seule ou avec d'autres.
Longtemps, les démarches artistiques et pastorales m'ont semblé irréconciliables. Aujourd'hui, je réalise combien la parole que je profère au culte. dans les enterrements, les mariages, fait appel à la créativité. 

À la façon d'un peintre, pour mes prêches, j'ouvre grands mes yeux et mes oreilles pour capter les impressions, les images, les laisser résonner en moi avant de les ressortir en mots. 
En mots le plus juste possible, en mots qui parlent de la vie et disent ce faisant quelque chose de Dieu. Rendre visible l'invisible, audible l'inaudible : c'est la fonction de l'art : c'est aussi la tâche vers laquelle, comme pasteure, je ne cesse de tendre. 

Alexandra Breukink
Source : revue La Vie

jeudi 18 juillet 2013

Cosmologie avec Trinh Xuan Thuan

Une partie de l’interview avec Trinh Xuan Thuan de l'émission "Grand Entretien"

Un regard sur notre univers (21 min.)