mercredi 19 septembre 2012

Patrice Gourrier et la pleine conscience

...j’étais un cadre d’entreprise qui menait sa vie tambour battant en faisant du 8h-21h. Puis un gros problème de santé en 2000 a cassé cet élan : j’ai failli mourir et j’ai dû être hospitalisé longtemps. Quelques mois avant, j’avais découvert la tradition hésychaste, celle des Pères du désert, et trois mots forts résonnaient à mon oreille alors que j’étais sur mon lit d’hôpital : « Assieds-toi, tais-toi, calme-toi. » Exactement ce que je n’étais pas. C’est à partir de là que j’ai fait de la pleine conscience sans le savoir. Ensuite, j’ai découvert un ouvrage de Jon Kabat-Zinn, le pionnier de la pleine conscience aux États-Unis. J’ai pu mettre des concepts sur ce que j’avais lu chez les Pères du désert et sur ce que je vivais personnellement...

Quand je suis devenu prêtre, un changement s’imposait. Je ne pouvais rester l’homme stressé que j’étais. On a un mot, chez les catho­liques, qui est l’ascèse et qui signifie, en grec, « l’exercice, l’entraînement, la manière de vivre ». C’est ainsi qu’à Talitha Koum, le mouvement que j’ai créé avec quelques-uns, nous avons comme principe de nous arrêter une fois par jour, par semaine, et par mois, à chaque fois un peu plus longuement. Les Pères du désert affirment qu’il est ainsi possible de calmer nos pensées, d’apaiser nos passions.

Je commence donc ma journée par 5 minutes minimum de méditation de pleine conscience et essaie ensuite de travailler mes cinq sens jusqu’au soir. Toute ma vie en entreprise, on m’a appris à avaler mon repas, à marcher dans la rue pour rejoindre mon but le plus vite possible. Maintenant, au contraire, je m’évertue à goûter les saveurs, à observer ce qui se passe autour de moi et à être pleinement à ce que je fais. Toutes ces démarches sont de la pleine conscience. Avec tous ces petits exercices quotidiens, je sens une transformation : ma prière et ma manière de célébrer la messe ont changé et l’assemblée le ressent.


Patrice Gourrier
Source : La Vie

mardi 18 septembre 2012

Relations animales

Tendresse et exemple d'un monde que l'on nomme animalier...

dimanche 16 septembre 2012

Thich Nath Hanh : Koan et marche pour la Paix

Un exercice pour aujourd'hui et pour accompagner La Marche Inspirante du maître Thich Nhat Hanh à Paris : faire chaque pas de la journée en conscience et se demander "qui marche" ?



"Ne cherchez pas ce que vous voulez voir
ce serait en vain.


Ne cherchez rien, mais donnez une chance à la vision profonde de se manifester par elle-même.

Elle vous aidera à vous libérer."


...Parmi les koans les plus connus, nous pouvons citer “Regarde le cyprès dans la cour”, “Si tout retourne à l'un, où l'un retourne-t-il?” “Le chien a-t-il la nature de Bouddha?”, et “Qui récite le nom du Bouddha?” Les grands rois et dirigeants vietnamiens ont longtemps pratiqué l'art du koan, et nombre d'entre eux ont composé de ces énigmes (1*) . Le maître zen Tuê Trung, frère du célèbre Trân Hung Dao qui avait repoussé l'invasion de Gengis Khan, a offert le puissant koan: “Tous les phénomènes sont impermanents, tous sont sujets à la naissance et à la mort. Qu'est-ce qui naît et meurt?”

Si vous voulez réussir dans votre pratique des koans, vous devez avoir la capacité de lâcher prise de toutes vos connaissances, de toutes vos opinions et tous vos points de vue. Si vous êtes prisonnier d’une opinion, d’un point de vue ou d’une idéologie, vous n’aurez pas assez de liberté pour permettre au koan de faire une percée dans votre conscience. Vous devez lâcher prise de toutes vos connaissances, de tout ce avec quoi vous avez été en contact dans le passé, de tout ce que vous croyez être la vérité. Tant que vous pensez détenir la vérité, la porte de votre esprit est fermée ; la vérité a beau frapper à votre porte, vous n’êtes pas prêt à la lui ouvrir. C’est la raison pour laquelle les connaissances sont un obstacle. Le bouddhisme exige de nous d’être libres. La liberté de pensée est la condition fondamentale pour le progrès. C’est l’esprit scientifique par excellence. C’est précisément dans cet espace de liberté que la fleur de la sagesse peut éclore.

Dans la tradition zen, la communauté est un élément très positif. Lorsque des centaines de pratiquants pratiquent ensemble en silence, l’énergie collective de pleine conscience et de concentration est très puissante. Cette énergie collective nourrit votre concentration à chaque instant et donne une chance au koan de faire une percée dans votre conscience. Un tel environnement est bien différent de celui d’une conférence, d’une réunion ou d’une discussion. Avec une bonne discipline dans votre pratique de la méditation et un cadre de pratique propice à la concentration, les conseils d’un maître zen et le soutien silencieux des co-pratiquants, vous avez les meilleures chances de réussir. 

 Thich Nhat Hanh


samedi 15 septembre 2012

Le sel de la vie avec Françoise Héritier


Le goût des autres et des mots, la mémoire de l’enfance et de l’Afrique, font le « sel de la vie » de cette grande anthropologue, malgré la maladie et la douleur :


« Il faut savoir écouter la vie en soi...

La curiosité, tous les enfants l’ont. Mais ensuite les parents l’entretiennent ou l’éteignent. Je l’ai conservée, c’est vrai...
...je ne reconnais aucun mérite à la douleur, qui amoindrit la perso
nne. Ce que j’essaie simplement de montrer, c’est que l’appétit pour la vie peut vous aider à surmonter les pires douleurs, celles qui vous font blêmir, jusqu’à tomber dans le coma. Je m’en sors souvent en décalant un peu le regard et la perception. La dernière fois que j’ai vécu une crise intense, j’ai réussi à la dominer partiellement parce que c’était une belle nuit de pleine lune. J’ai fixé l’astre très lumineux par la fenêtre de ma chambre d’hôpital. Je continuais à souffrir bien sûr, mais la beauté de ce spectacle rendait la situation plus supportable...

...C’est aussi vrai des bois sacrés africains que des cathé­drales : ce sont des lieux qui portent l’élévation de l’âme, la paix de l’esprit, grâce à leur lumière, leur silence, leur architecture. La disposition des ­pierres ou celles des arbres fait que ­lorsque l’on pénètre dans le cercle ­magique, on est saisi par une forme d’émotion. Et je suis sensible à ce quelque chose qui me fait sentir tout à la fois vulnérable, ouverte et attentive. Ce que les gens religieux désignent comme la spiritualité, moi, je nomme plutôt cela la grâce, la légèreté d’exister et de sentir la vie en soi.
Mais au quotidien, on ne se donne pas assez la permission de ce bonheur-là. On ne se donne pas le temps. Il est vrai que j’ai aujourd’hui une forme de solitude – que j’aime, tout comme j’aime les autres – qui me permet de m’octroyer ce plaisir de la remémoration. 

Françoise Héritier
source : La Vie

vendredi 14 septembre 2012

jeudi 13 septembre 2012

Shel Silverstein et le don de l'arbre


Il était une fois un arbre qui aimait un petit garçon.
Et le garçon venait le voir tous les jours.
Il cueillait ses feuilles et il s’en faisait des couronnes pour jouer au roi de la forêt.
Il grimpait à son tronc et se balançait à ses branches… et mangeait ses pommes.
Puis ils jouaient à va-te-cacher. Quand il était fatigué, il dormait dans son ombre.
Et le garçon aimait l’arbre.
Et l’arbre était heureux…
… énormément ! 


Mais le temps passa…
Et le garçon grandit…
Et l’arbre resta souvent seul.
Puis un jour le garçon vint voir l’arbre et l’arbre lui dit :
Approche- toi mon garçon , grimpe mon tronc et balance-toi à mes branches, et mange mes pommes et joue dans mon ombre et sois heureux !
- Je suis trop grand pour grimper aux arbres et pour jouer, dit le garçon .
Je veux acheter des trucs et m’amuser. Je veux de l’argent. Peux–tu me donner de l’argent ?
- Je regrette, mais je n’ai pas d’argent. Je n’ai que des feuilles et des pommes. Prends mes pommes mon garçon, et va les vendre en ville. Ainsi tu auras de l’argent et tu seras heureux.
Alors le garçon grimpa sans l’arbre, cueillit les pommes et les emporta.
Et l’arbre fut heureux.


Mais le garçon resta longtemps sans revenir…
Et l’arbre devint triste.
Puis un jour le garçon revint ; l’arbre trembla de joie et dit :
Approche-toi, mon garçon, grimpe à mon tronc et balance-toi à mes branches et sois heureux.
J’ai trop à faire pour grimper aux arbres, dit le garçon. Je veux une maison qui me tienne chaud, dit-il. Je veux une femme et je veux des enfants, j’ai donc besoin d’une maison. Peux-tu me donner une maison ?
- Je n’ai pas de maison, dit l’arbre. C’est la forêt ma maison, mais tu peux couper mes branches et bâtir une maison, alors tu seras heureux.
Le garçon lui coupa donc ses branches et les emporta pour construire sa maison.
Et l’arbre fut heureux. 


Mais le garçon resta longtemps sans revenir.
Et quand il revint l’arbre fut tellement heureux qu’il put à peine parler.
Approche-toi mon garçon, murmura-t-il, viens jouer.
- Je suis trop vieux et trop triste pour jouer, dit le garçon. Je veux un bateau qui m’emmènera loin d’ici. Peux-tu me donner un bateau ?
- Coupe mon tronc et fais un bateau, dit l’arbre. Ensuite tu pourras t’en aller et être heureux.
Alors le garçon lui coupa le tronc et en fit un bateau pour s’en aller.
Et l’arbre fut heureux … mais pas tout à fait … 


Et très longtemps après, le garçon revint encore.
Je regrette mon garçon, dit l’arbre, mais il ne me reste plus rien à te donner… Je n’ai plus de pommes.
- Mes dents son trop faibles pour des pommes, dit le garçon.
- Je n’ai plus de branches, dit l’arbre, tu ne peux plus t’y balancer.
- Je suis trop vieux pour me balancer aux branches, dit le garçon.
- Je n’ai plus de tronc, dit l’arbre, tu ne peux pas grimper.
- Je suis trop fatigué pour grimper aux arbres, dit le garçon.
- Je suis navré, soupira l’arbre. J’aimerais bien te donner quelque chose… Mais je n’ai plus rien. Je ne suis plus qu’une vieille souche. Je suis navré…
- Je n’ai plus besoin de grand-chose maintenant, dit le garçon, juste un endroit tranquille pour m’asseoir et me reposer. Je suis très fatigué.
- Eh bien, dit l’arbre en se redressant autant qu’il le put, eh bien, une vieille souche c’est bien pour s’asseoir et se reposer. Approche-toi, mon garçon, assieds-toi. Assieds-toi et repose-toi .
Ainsi fit le garçon. 


Et l’arbre fut heureux.
_____

 Shel Silverstein – L’arbre généreux.


mercredi 12 septembre 2012

Philippe Bancon et le bonheur


La joie est une clé du bonheur. Elle relève à la fois d’un don et d’une décision : elle se reçoit, mais dépend aussi de notre volonté. Face aux événements, nous avons deux options : être comme le filtre à café qui retient ce qui est à jeter et laisse filer le nectar ; ou comme la passoire qui retient ce qui est bon à prendre. Je préfère la seconde option.

Pour moi, la relation avec les autres est au centre de la question du bonheur. Mes plus profondes expériences de bonheur ont toujours été partagées. Dans mon engagement éducatif et associatif, ce n’est pas tant la transmission descendante qui m’intéresse que l’échange, la réciprocité. 
À chaque fois que je tends la main à quelqu'un pour l’aider à grandir, je reçois. Cette réciprocité qui mène au bonheur, je la vis dans les relations amicales, mais aussi dans le mariage. 

Le couple est la relation la plus poussée et la plus difficile qui soit, mais aussi la plus structurante et forte. L’autre, mari ou femme, ne peut être reçu comme un idéal en soi. Le couple est un cheminement, qui comprend des difficultés et des joies. Les chrétiens ont à en témoigner : on peut traverser des crises, les dépasser, se pardonner et accepter de continuer ensemble, malgré les épreuves. Pour cela, être positif ne suffit pas : il faut aimer profondément la vie, faire le pari de l’Espérance. 
Comment transformer même les situations les plus délicates ? Ce ne sont pas les événements qui rendent heureux ou malheureux, mais la manière dont on les habite.

Le Christ en témoigne dans les Évangiles, recevant tout du Père et menant lui-même le combat jusqu’au bout. »

Philippe Bancon : « C’est la réciprocité qui conduit au bonheur » publié le 22/12/2011 Il a enseigné en centre de formation d’apprentis et dirigé un établissement de l’enseignement catholique en Gironde. Depuis 2008, il est délégué général des Scouts et Guides de France, dont il a été responsable national pour les ados.

lundi 10 septembre 2012

Promenade sauvage

Actuellement c'est la chute des pommes, la coloration des framboises, le jaunissement des nashi et des coings... 
Promenons-nous et découvrons les richesses de la nature pour nourrir notre être intérieur.

dimanche 9 septembre 2012

L'expérience spirituelle avec Jacques Castermane

« Grâce à la méditation... » Au cours de sa longue détention, la députée birmane Aung San Suu Kyi, a pratiqué quotidiennement la méditation.

A l’occasion d’une interview récente, sur France Inter, il lui a été demandé pourquoi. Voici sa réponse: « Nous devons et ne pouvons qu’accepter le monde tel qu’il est aujourd’hui. Grâce à la méditation je me sens libre à l’intérieur de moi-même, ce qui me donne la force de m’engager pour gagner la liberté dans le monde. La méditation vous éveille, c’est-à-dire qu’elle vous rend plus à-même de coller au réel, par exemple de répondre instantanément aux questions qui me sont posées ».

Dans son ouvrage « Hara, centre vital de l’homme », Dürckheim écrit : « L’être humain qui a trouvé son centre possède un jugement serein : il pèse ses mots, il sait déterminer ce qui est important et ce qui ne l’est pas. 
La réalité lui apparaît telle qu’elle est et il peut la considérer calmement dans toutes ses intrications. L’expression japonaise Hara no aru hito, désigne l’être humain centré en son juste milieu ; il est calme et exempt de passion, non pas parce qu’il est insensible, mais parce que telle est la constitution intérieure qu’il s’est forgée. Constitution souple qui lui permet de faire face à n’importe quelle situation avec le plus grand naturel. Par contre, l’expression Hara no naï hito, désigne l’homme privé du calme nécessaire à la maîtrise. 
C’est l’homme étroitement structuré, rigide, mû uniquement par sa tête ou par son psychisme ; il s’avère inconsistant et irrésolu, il réagit par des coups de tête sans aucune direction préétablie ».

On dit au Japon que la pratique méditative (zazen) est la culture de Hara.

Quelle que soit notre place, notre fonction et notre responsabilité dans le monde n’est-il pas important de se sentir libre intérieurement, calme, l’âme en paix ? Si ce désir légitime vous anime, transférez-le dans cette action accessible à chacun(e) : la pratique méditative.

Jacques Castermane

samedi 8 septembre 2012

Tout allait bien...

Tout allait bien, j’avais rencontré l’homme de ma vie, ensemble, on avait eu un petit garçon et une petite fille, j’avais un travail intéressant et rémunérateur. J’étais heureuse jusqu’à cet été où j’ai découvert que ma fille ne marchait pas normalement. De médecin en neurologue, j’ai appris le jour de ses 2 ans qu’elle avait une maladie génétique grave qui touchait le système nerveux et lui laissait quelques mois à vivre. Tout à coup, mon bonheur est tombé à plat, avec tous mes projets d’avenir. Mais le bonheur, on l’a en soi. La vie était toujours là, et on a promis à Thaïs qu’elle serait heureuse, que si nous ne pouvions ajouter des jours à sa vie, nous allions ajouter de la vie à ses jours.

J’étais persuadée de passer entre les gouttes des épreuves, et qu’être heureux, c’était être épargné par la vie. Or, j’ai découvert avec Thaïs le vrai sens de la vie et ce qu’était vraiment l’amour. J’ai appris à aimer la vie avec cette petite fille, en m’appuyant sur nos forces et nos fragilités.

Nous avons eu des moments d’abattement, de fatigue et de pleurs, mais le bonheur s’est construit dans notre famille, on a appris à être heureux tous ensemble. Notre fille ne pouvait plus voir ni entendre, mais elle pouvait aimer.

Aujourd’hui, je peux affirmer que ma fille, avec toutes ses infirmités, a été heureuse, car elle était aimée pour ce qu’elle était et comme elle était. Le bonheur ne dépend pas de nos humeurs, mais il est intimement inscrit en nous.

Aujourd’hui, je n’ai plus peur de la vie, je sais qu’on peut être heureux en toutes circonstances. Le véritable ennemi du bonheur, ce ne sont pas les épreuves, mais c’est la peur.

Anne-Dauphine Julliand
(source : La Vie)

vendredi 7 septembre 2012

Oser l'humilité (5)

Cinquième règle : Oser l'humilité

«Soyez toujours un débutant. » 
Shunryu Suzuki, fondateur de monastère zen aux Etats-Unis

Le bénéfice : 
adopter la posture du débutant permet de sortir des jeux de rôle de l'ego – imposés ou choisis –, d'évoluer dans la connaissance de soi et des autres, de ne pas s'accrocher à des croyances erronées ou limitantes et de se rendre disponible aux opportunités que la vie nous envoie. Sortir de la toute-puissance du « moi je » nous déleste d'un poids considérable et rend également les relations avec les autres plus fluides et plus authentiques. Dernier bénéfice de l'humilité : elle favorise la prise de conscience des principes d'impermanence de toutes choses et d'interdépendance entre les êtres.

La pratique : 
accueillir la critique, argumentée et respectueuse, et examiner ses actes, ses choix, son comporte-ment par son filtre. Elle entraîne une remise en question, facteur de progrès. Oser dire simplement «je ne sais pas » lorsque c'est le cas, sans se justifier. Demander de l'aide, des conseils à son entourage privé ou professionnel, établir des relations égalitaires et enrichissantes. Reconnaître ses erreurs, ses fautes, savoir s'excuser ou demander pardon.