Le hasard et le Yi Jing : ou comment renouer avec soi-même
Lorsque l’on parle du Yi Jing à des personnes, qu’on leur raconte le Yin, le Yang, la loi du changement, les carapaces de tortues, les hexagrammes et les conseils donnés par le vieux Livre…, tout va bien. Tout va bien jusqu’au moment où on leur explique comment on obtient les réponses : en jetant des pièces en l’air ! Et là, tout s’écroule. C’est pour eux l’aspect choquant du Yi Jing. Cela passe mal, surtout lorsque l’on se veut être un être libre. Cela revient à prendre ses décisions à pile ou face !Pour nombre d’occidentaux, la façon de fonctionner du Yi Jing semble donc reposer sur le hasard du fait de la manipulation aléatoire de pièces ou de tiges d’achillées. Pour eux, le hasard est ce qui n’est relié à rien parce que relié à aucune causalité déterminable. Sa définition même est négative : il n’est qu’absence d’ordre.
Pour les Chinois, le Yi Jing est au contraire un moyen qui permet de renouer le contact avec soi-même quand il y a rupture. La rupture, c’est le doute. Lorsque l’on est perdu et que l’on n’arrive pas à prendre une décision, il nous permet d’avoir l’attitude adéquate qui nous aide à faire ce qu’il faut au moment où il faut.
Il augmente notre liberté d’être humain au plein sens du terme.
Portés par notre logique mentale, le hasard est quelque chose avec laquelle nous avons du mal à réfléchir car en Occident, nous sommes à l’intérieur d’une pensée de la causalité. Alors, comment justifier le recours au Yi Jing, dont l’exactitude et la précision des réponses témoignent pourtant à chaque tirage de sa validité ? Car bien sûr, le vieux livre fonctionne, et indéniablement il carbure au hasard. Comment expliquer cela ?
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Comment dit-on « hasard » en chinois ?
Lorsque l’on recherche le mot « hasard » dans un dictionnaire franco-chinois, on trouve les deux idéogrammes Ou et Peng qui correspondent aux mots les plus courants pour dire ce mot en chinois. Par contre, si, par curiosité, on va chercher ce que signifient ces deux termes dans un dictionnaire chinois-français, on a la surprise de constater que ces idéogrammes possèdent en premier les sens très précis de « couplage », « pair », « parité », « appariement », « association », « mise en relation ». C'est-à-dire que le hasard, qui pour nous n’est relié à rien, est au contraire pour les chinois ce qui relie des éléments, ce qui accouple.
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Le loriot jaune, un exemple d'adéquation parfaite avec l'instant présentLes oiseaux sont pour les chinois les représentants du hasard parce qu’ils sont parmi toutes les créatures vivantes les plus légères, les plus célestes, les plus libres. Or, ils sont aussi les synonymes de « filet ». Cela peut paraître étrange pour notre pensée cartésienne…mais l’explication en est fort intéressante. Les oiseaux migrateurs sont par exemple comparés à des filets car ils sont tout simplement fidèles aux saisons. Ils sont en adéquation parfaite avec l’instant, la texture invisible, le flux impalpable des saisons. La liberté correspond toujours au maximum de l’adéquation. C’est se mettre en conformité avec le cours des choses, se coupler avec la tonalité du moment.
Mieux que cela, le loriot jaune symbolise l’attitude juste. Soumis à quasiment aucun poids, il peut se poser n’importe où il veut. C’est une totale liberté. C’est pour cela qu’il se pose là où il doit. C’est l’attitude la plus juste, non pas en soi mais pour lui-même. C’est à cela que nous sert le Yi Jing. Il nous permet de retrouver, à des moments où nous sommes perdus, cette attitude juste, toujours en accord avec le moment, qu’a naturellement le loriot jaune. La seule chose qui ne changera jamais, c’est que tout change toujours tout le temps et qu’une chose poussée à son extrême se transforme en son contraire, disent les Chinois. C’est la loi des choses vivantes. Chinois ou non, nous y sommes soumis.
La liberté, c’est le couplage parfait avec l’instant.
Dominique Bonpaix
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