dimanche 23 septembre 2012

Solitude pleine avec Joshin Luce Bachoux

Tout l'été, nous les avons accueillis... Ils et elles s'appellent Léopold, Noémi, Mélissa ou Jean-Marc... Ils sont enseignants ou à la retraite ; elles sont médecins ou femmes au foyer... Ils ont fini leurs études depuis plus longtemps qu'ils n'ont envie de compter, ou bien attendent avec impatience leur première année de fac ; elles s'engagent tout juste dans la vie dite « active » ou bien s'émerveillent devant leur premier petit-fils... Ils et elles viennent par curiosité, par hasard ou par conviction mais, pour tous, passer quelques jours avec nous, partager notre quotidien tant dans son silence que dans ses activités n'est pas toujours chose facile. Dès l'entrée, un petit panneau demande d'éteindre les téléphones portables : une retraite, c'est un moment de coupure. Il s'agit d'entrer dans un autre temps, non plus celui du loisir ou du travail, mais celui de la contemplation et de la présence. Il faut pour cela accepter de mettre un peu d'écart, même avec les plus proches, pour se retrouver seul en soi-même - difficile à croire au début, mais c'est exactement là où, au final, nous retrouverons tous les autres.

Pour tous, d'abord, c'est la solitude de l'arrivée dans un endroit nouveau, solitude d'être entouré de personnes inconnues, souvent vite jugées à première vue : « Elle a l'air sympa ; ils ont l'air pas drôles... » On ressent la nostalgie alors des êtres aimés, du chez-soi. Et viennent les premières difficultés : il faut se lever à 5 heures pour la méditation, il faut partager sa chambre avec d'autres personnes, il faut répondre à la cloche des repas...

On ne s'y reconnaît plus. De tous ces changements naît la peur d'un dépouillement tant psychologique que matériel : tant de choses nous entourent d'habitude, amortissant, si l'on peut dire, la vie brute, directe. Ce sont, bien sûr, les objets, de plus en plus, mangeurs de temps, amis du bavardage et du temps passé trop vite, tout ce que nous devons mettre de côté maintenant. Mais surtout : tout comme les murs de notre maison nous protègent du chaud et du froid, nous avons érigé des barrières mentales pour nous protéger de nos peurs, de nos souvenirs, des autres ; elles ne sont en fait, et nous le savons, que protections illusoires, tant de fois démolies, tant de fois reconstruites... Comme des maisons sans fenêtres, elles empêchent l'air, le soleil, la vie même de nous caresser, de nous réchauffer, de nous atteindre. Mais nous avons si peur de les perdre ! Pourtant, lorsqu'au fil des heures, ces murs intérieurs s'érodent, laissant entrer en nous chaleur et joie, lorsque, de n'être plus enfermé, notre espace intérieur devient de plus en plus vaste, la respiration de tout notre être s'amplifie, nous ouvrant au mystère de la profondeur de l'être. Seul en soi-même : c'est d'une autre solitude dont il s'agit ici, non pas de la solitude imposée par les circonstances de notre vie, voile de tristesse qui obscurcit les jours et les nuits, ni de celle qui est choisie librement, espace nécessaire d'attention à soi. Seul en soi-même, et pourtant empli de tous les autres à travers l'amour : solitude pleine, plénitude - au bout du chemin.

JOSHIN LUCE BACHOUX est une nonne bouddhiste. Elle anime la Demeure sans limites.
Source : La Vie

Art sacré

Il est encore temps d'y aller !
Des oeuvres ouvrant à elles seules la porte du sublime
Du 19 Septembre au 6 Octobre 2012   
64 rue Mazarine Paris 6      
un bel ensemble d’oeuvres de Thailande-Laos-Birmanie-Cambodge

samedi 22 septembre 2012

Étincelles avec Israël ben Eliezer

« Ceci est un principe essentiel :
tout ce qui existe dans le monde renferme de saintes étincelles.
Rien n’en est dépourvu.
Ni l’arbre,
ni la pierre.

Dans tous les actes que l’homme accomplit,
et même dans ses actions répréhensibles,
il y a de telles étincelles, lesquelles proviennent
de la Brisure des Vases.

Cependant, quelle peut être l’étincelle de la sainteté
qui reluit dans la faute ?
C’est la possibilité d’opérer
un retour sur soi-même.
À l’heure où l’homme revient du tort commis,
il en élève les étincelles vers des univers supérieurs.
Et c’est ce qui est écrit
dans la Torah :
“Il élève la faute.” »

Baal Shem Tov
ou Israël ben Eliezer,
Extrait du Testament hassidique, éd. Bibliophane.

vendredi 21 septembre 2012

Compassion et vacuité avec Jetsun Pema

La réalisation de la vacuité est l’expression la plus sublime de la sagesse dans le bouddhisme tibétain. Sa Sainteté définit la vacuité comme l’absence d’existence inhérente de soi et des phénomènes. C’est une notion mal comprise en occident où l’on confond vacuité et néant. Les religions occidentales reposent sur l’idée de création et d’un dieu créateur. Pour nous la vacuité est l’essence même de la vie car elle est associée à la notion de l’interdépendance. Aucun phénomène, aucun individu ne peut exister sans le concours de causes et de conditions, c’est en cela qu’il est dit " vide d’être en soi".

Il s’agit là d’un niveau supérieur de sagesse vers lequel je tends. Mais je ne suis pas une grande pratiquante. Sa Sainteté (Le Dalaï-Lama) le sait bien, il me donne des méditations très simples ! Comme vous le savez, la pensée précède l’action. La compassion qui naît de la contemplation de la vacuité est la forme de compassion la plus pure, parce qu’elle a source dans un esprit lui-même parfaitement pur. C’est ce que l’on appelle « l’attitude extraordinaire », ou encore « l’attitude d’exception ». La force d’une telle compassion n’est pas celle de pratiquants de moindre capacité. Elle s’accompagne de la capacité d’apporter un bonheur durable aux autres êtres sensibles.

Pour moi qui suis engagée dans l’action, je cultive une compréhension pour ainsi dire pratique et directe de la vacuité à travers l’action précisément, dans le non-attachement, le lâcher-prise, le non-ego et la conscience de ma responsabilité.

Jetsun Pema
née en 1940 à Lhassa au Tibet, est la sœur cadette du 14e dalaï-lama. Contrainte à l'exil, elle poursuivit ses études en Inde. Elle fut directrice des villages d'enfants tibétains et première femme ministre élue du gouvernement tibétain en exil...


jeudi 20 septembre 2012

Traverser les heures avec le coeur et avec Christian Bobin

Christian bobin nous conduit au coeur de l'existence...


Je traversais les heures (3 min.)

mercredi 19 septembre 2012

Patrice Gourrier et la pleine conscience

...j’étais un cadre d’entreprise qui menait sa vie tambour battant en faisant du 8h-21h. Puis un gros problème de santé en 2000 a cassé cet élan : j’ai failli mourir et j’ai dû être hospitalisé longtemps. Quelques mois avant, j’avais découvert la tradition hésychaste, celle des Pères du désert, et trois mots forts résonnaient à mon oreille alors que j’étais sur mon lit d’hôpital : « Assieds-toi, tais-toi, calme-toi. » Exactement ce que je n’étais pas. C’est à partir de là que j’ai fait de la pleine conscience sans le savoir. Ensuite, j’ai découvert un ouvrage de Jon Kabat-Zinn, le pionnier de la pleine conscience aux États-Unis. J’ai pu mettre des concepts sur ce que j’avais lu chez les Pères du désert et sur ce que je vivais personnellement...

Quand je suis devenu prêtre, un changement s’imposait. Je ne pouvais rester l’homme stressé que j’étais. On a un mot, chez les catho­liques, qui est l’ascèse et qui signifie, en grec, « l’exercice, l’entraînement, la manière de vivre ». C’est ainsi qu’à Talitha Koum, le mouvement que j’ai créé avec quelques-uns, nous avons comme principe de nous arrêter une fois par jour, par semaine, et par mois, à chaque fois un peu plus longuement. Les Pères du désert affirment qu’il est ainsi possible de calmer nos pensées, d’apaiser nos passions.

Je commence donc ma journée par 5 minutes minimum de méditation de pleine conscience et essaie ensuite de travailler mes cinq sens jusqu’au soir. Toute ma vie en entreprise, on m’a appris à avaler mon repas, à marcher dans la rue pour rejoindre mon but le plus vite possible. Maintenant, au contraire, je m’évertue à goûter les saveurs, à observer ce qui se passe autour de moi et à être pleinement à ce que je fais. Toutes ces démarches sont de la pleine conscience. Avec tous ces petits exercices quotidiens, je sens une transformation : ma prière et ma manière de célébrer la messe ont changé et l’assemblée le ressent.


Patrice Gourrier
Source : La Vie

mardi 18 septembre 2012

Relations animales

Tendresse et exemple d'un monde que l'on nomme animalier...

dimanche 16 septembre 2012

Thich Nath Hanh : Koan et marche pour la Paix

Un exercice pour aujourd'hui et pour accompagner La Marche Inspirante du maître Thich Nhat Hanh à Paris : faire chaque pas de la journée en conscience et se demander "qui marche" ?



"Ne cherchez pas ce que vous voulez voir
ce serait en vain.


Ne cherchez rien, mais donnez une chance à la vision profonde de se manifester par elle-même.

Elle vous aidera à vous libérer."


...Parmi les koans les plus connus, nous pouvons citer “Regarde le cyprès dans la cour”, “Si tout retourne à l'un, où l'un retourne-t-il?” “Le chien a-t-il la nature de Bouddha?”, et “Qui récite le nom du Bouddha?” Les grands rois et dirigeants vietnamiens ont longtemps pratiqué l'art du koan, et nombre d'entre eux ont composé de ces énigmes (1*) . Le maître zen Tuê Trung, frère du célèbre Trân Hung Dao qui avait repoussé l'invasion de Gengis Khan, a offert le puissant koan: “Tous les phénomènes sont impermanents, tous sont sujets à la naissance et à la mort. Qu'est-ce qui naît et meurt?”

Si vous voulez réussir dans votre pratique des koans, vous devez avoir la capacité de lâcher prise de toutes vos connaissances, de toutes vos opinions et tous vos points de vue. Si vous êtes prisonnier d’une opinion, d’un point de vue ou d’une idéologie, vous n’aurez pas assez de liberté pour permettre au koan de faire une percée dans votre conscience. Vous devez lâcher prise de toutes vos connaissances, de tout ce avec quoi vous avez été en contact dans le passé, de tout ce que vous croyez être la vérité. Tant que vous pensez détenir la vérité, la porte de votre esprit est fermée ; la vérité a beau frapper à votre porte, vous n’êtes pas prêt à la lui ouvrir. C’est la raison pour laquelle les connaissances sont un obstacle. Le bouddhisme exige de nous d’être libres. La liberté de pensée est la condition fondamentale pour le progrès. C’est l’esprit scientifique par excellence. C’est précisément dans cet espace de liberté que la fleur de la sagesse peut éclore.

Dans la tradition zen, la communauté est un élément très positif. Lorsque des centaines de pratiquants pratiquent ensemble en silence, l’énergie collective de pleine conscience et de concentration est très puissante. Cette énergie collective nourrit votre concentration à chaque instant et donne une chance au koan de faire une percée dans votre conscience. Un tel environnement est bien différent de celui d’une conférence, d’une réunion ou d’une discussion. Avec une bonne discipline dans votre pratique de la méditation et un cadre de pratique propice à la concentration, les conseils d’un maître zen et le soutien silencieux des co-pratiquants, vous avez les meilleures chances de réussir. 

 Thich Nhat Hanh


samedi 15 septembre 2012

Le sel de la vie avec Françoise Héritier


Le goût des autres et des mots, la mémoire de l’enfance et de l’Afrique, font le « sel de la vie » de cette grande anthropologue, malgré la maladie et la douleur :


« Il faut savoir écouter la vie en soi...

La curiosité, tous les enfants l’ont. Mais ensuite les parents l’entretiennent ou l’éteignent. Je l’ai conservée, c’est vrai...
...je ne reconnais aucun mérite à la douleur, qui amoindrit la perso
nne. Ce que j’essaie simplement de montrer, c’est que l’appétit pour la vie peut vous aider à surmonter les pires douleurs, celles qui vous font blêmir, jusqu’à tomber dans le coma. Je m’en sors souvent en décalant un peu le regard et la perception. La dernière fois que j’ai vécu une crise intense, j’ai réussi à la dominer partiellement parce que c’était une belle nuit de pleine lune. J’ai fixé l’astre très lumineux par la fenêtre de ma chambre d’hôpital. Je continuais à souffrir bien sûr, mais la beauté de ce spectacle rendait la situation plus supportable...

...C’est aussi vrai des bois sacrés africains que des cathé­drales : ce sont des lieux qui portent l’élévation de l’âme, la paix de l’esprit, grâce à leur lumière, leur silence, leur architecture. La disposition des ­pierres ou celles des arbres fait que ­lorsque l’on pénètre dans le cercle ­magique, on est saisi par une forme d’émotion. Et je suis sensible à ce quelque chose qui me fait sentir tout à la fois vulnérable, ouverte et attentive. Ce que les gens religieux désignent comme la spiritualité, moi, je nomme plutôt cela la grâce, la légèreté d’exister et de sentir la vie en soi.
Mais au quotidien, on ne se donne pas assez la permission de ce bonheur-là. On ne se donne pas le temps. Il est vrai que j’ai aujourd’hui une forme de solitude – que j’aime, tout comme j’aime les autres – qui me permet de m’octroyer ce plaisir de la remémoration. 

Françoise Héritier
source : La Vie

vendredi 14 septembre 2012

jeudi 13 septembre 2012

Shel Silverstein et le don de l'arbre


Il était une fois un arbre qui aimait un petit garçon.
Et le garçon venait le voir tous les jours.
Il cueillait ses feuilles et il s’en faisait des couronnes pour jouer au roi de la forêt.
Il grimpait à son tronc et se balançait à ses branches… et mangeait ses pommes.
Puis ils jouaient à va-te-cacher. Quand il était fatigué, il dormait dans son ombre.
Et le garçon aimait l’arbre.
Et l’arbre était heureux…
… énormément ! 


Mais le temps passa…
Et le garçon grandit…
Et l’arbre resta souvent seul.
Puis un jour le garçon vint voir l’arbre et l’arbre lui dit :
Approche- toi mon garçon , grimpe mon tronc et balance-toi à mes branches, et mange mes pommes et joue dans mon ombre et sois heureux !
- Je suis trop grand pour grimper aux arbres et pour jouer, dit le garçon .
Je veux acheter des trucs et m’amuser. Je veux de l’argent. Peux–tu me donner de l’argent ?
- Je regrette, mais je n’ai pas d’argent. Je n’ai que des feuilles et des pommes. Prends mes pommes mon garçon, et va les vendre en ville. Ainsi tu auras de l’argent et tu seras heureux.
Alors le garçon grimpa sans l’arbre, cueillit les pommes et les emporta.
Et l’arbre fut heureux.


Mais le garçon resta longtemps sans revenir…
Et l’arbre devint triste.
Puis un jour le garçon revint ; l’arbre trembla de joie et dit :
Approche-toi, mon garçon, grimpe à mon tronc et balance-toi à mes branches et sois heureux.
J’ai trop à faire pour grimper aux arbres, dit le garçon. Je veux une maison qui me tienne chaud, dit-il. Je veux une femme et je veux des enfants, j’ai donc besoin d’une maison. Peux-tu me donner une maison ?
- Je n’ai pas de maison, dit l’arbre. C’est la forêt ma maison, mais tu peux couper mes branches et bâtir une maison, alors tu seras heureux.
Le garçon lui coupa donc ses branches et les emporta pour construire sa maison.
Et l’arbre fut heureux. 


Mais le garçon resta longtemps sans revenir.
Et quand il revint l’arbre fut tellement heureux qu’il put à peine parler.
Approche-toi mon garçon, murmura-t-il, viens jouer.
- Je suis trop vieux et trop triste pour jouer, dit le garçon. Je veux un bateau qui m’emmènera loin d’ici. Peux-tu me donner un bateau ?
- Coupe mon tronc et fais un bateau, dit l’arbre. Ensuite tu pourras t’en aller et être heureux.
Alors le garçon lui coupa le tronc et en fit un bateau pour s’en aller.
Et l’arbre fut heureux … mais pas tout à fait … 


Et très longtemps après, le garçon revint encore.
Je regrette mon garçon, dit l’arbre, mais il ne me reste plus rien à te donner… Je n’ai plus de pommes.
- Mes dents son trop faibles pour des pommes, dit le garçon.
- Je n’ai plus de branches, dit l’arbre, tu ne peux plus t’y balancer.
- Je suis trop vieux pour me balancer aux branches, dit le garçon.
- Je n’ai plus de tronc, dit l’arbre, tu ne peux pas grimper.
- Je suis trop fatigué pour grimper aux arbres, dit le garçon.
- Je suis navré, soupira l’arbre. J’aimerais bien te donner quelque chose… Mais je n’ai plus rien. Je ne suis plus qu’une vieille souche. Je suis navré…
- Je n’ai plus besoin de grand-chose maintenant, dit le garçon, juste un endroit tranquille pour m’asseoir et me reposer. Je suis très fatigué.
- Eh bien, dit l’arbre en se redressant autant qu’il le put, eh bien, une vieille souche c’est bien pour s’asseoir et se reposer. Approche-toi, mon garçon, assieds-toi. Assieds-toi et repose-toi .
Ainsi fit le garçon. 


Et l’arbre fut heureux.
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 Shel Silverstein – L’arbre généreux.