mardi 9 avril 2024

Gilles Farcet, Qu'est-ce que la transmission spirituelle? (1)

 

Pour écouter l'interview sur RCF, cliquer ici (19 min.)



Gilles Farcet est un écrivain français et enseignant spirituel promoteur d'une spiritualité à la fois inspirée de l'enseignement d'Arnaud Desjardins et de l'énergie de la contre-culture américaine, du Rock et de la Beat Generation. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur la Littérature américaine et Thoreau en 1984. De 1984 à 1986, il vit à Montréal où il travaille pour une organisation universitaire internationale et écrit régulièrement des articles de critique littéraire pour la revue Spirale.

De retour en France, il enseigne brièvement à l'université catholique de l'Ouest avant de s’installer à Paris. Producteur à France Culture, il y réalise des émissions sur des thèmes littéraires ou spirituels, notamment dans le cadre des «Chemins de la Connaissance » sous l’égide de Claude Mettra, ou « Une Vie, une Œuvre » sous la direction de Michel Cazenave. Journaliste, il collabore à diverses revues.

Avec Marc de Smedt, il dirige les dossiers Question de littérature, chez Albin Michel, pour lesquels il interviewe longuement des écrivains tels que Lawrence Durrell, Jacques Lacarrière, Allen Ginsberg, Philippe Sollers ou Kenneth White. Il participe à la fondation du magazine Nouvelles Clés auquel il collaborera régulièrement pendant des années.

Il tient aujourd'hui la chronique Ecologie intérieure pour le magazine Kaizen, dans la mouvance de Cyril Dion et Pierre Rabbhi. Éditeur, il fonde à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse » où il publie notamment Christian Charrière, Eric Edelmann et les premiers livres de Daniel Roumanoff sur Swami Prajnanpad. Il est également pour une période de transition directeur littéraire des Éditions Dervy où il publie notamment Bernard Montaud (La vie et la mort de Gitta Mallasz), Jodorowsky, Denise Desjardins…

Son premier livre, une biographie de l’écrivain et philosophe américain Thoreau paraît en 1986, avec une préface d’Arnaud Desjardins et une postface de Kenneth White. Ce livre sera suivi d’une quinzaine d’ouvrages, publiés chez Albin Michel, Dervy Livres, la Table Ronde, L’originel, le Relié. Il a cosigné deux ouvrages avec Arnaud Desjardins et deux avec Alexandro Jodorowsky. L’homme se lève à l’Ouest, paru en 1992 chez Albin Michel, fera notamment découvrir au public français l’existence de Lee Lozowick dont il traduira par ailleurs plusieurs ouvrages. L’Irrévérence de l’Éveil, publié la même année, révélera Stephen Jourdain.

Au début des années 1990, parallèlement à ses activités d'écrivain, journaliste et traducteur, il commence à s’investir dans l’animation de stages (notamment dans le cadre de Terre du Ciel, ainsi qu’en coanimation avec Marie de Hennezel) et fonde des groupes parisiens inspirés de l’enseignement d’Arnaud Desjardins, groupes qui fonctionnent encore aujourd’hui. En 1996, Arnaud Desjardins lui propose de rejoindre l’équipe de Hauteville, le lieu qu’il a fondé en Ardèche où séjournent chaque semaine pour une retraite une cinquantaine de personnes. Il y consacre l’essentiel de son temps pendant près de onze ans, tout en poursuivant l’animation de groupes parisiens, ainsi que son travail d’écrivain et de traducteur. En 2002 parait Le Manuel de l’Anti-Sagesse, puis en 2004, Allen Ginsberg, poète et Bodhisattva Beat, où l'auteur relate ses rencontres et entretiens avec le grand écrivain américain puis La joie qui avance chancelante le long de la rue en 2017, récit d'entretiens avec un Diogène sauvage passé de l'autre côté du désespoir, Hank alias Henry Warshowsky.

Ces deux livres serviront de base au superbe roman graphique spirituel d'Etienne Appert, Au crépuscule de la Beat Generation, paru en 2023. Deux En septembre 2007, il s'installe à nouveau à Paris où il donne un enseignement sous une forme originale dans la lignée d’Arnaud Desjardins et Swami Prajanpad tout en continuant à écrire. Il continue à intervenir à Hauteville. En 2011, parallèlement aux activités régulières organisées à Paris et à la suite d'une impulsion donnée par Arnaud Desjardins, il anime régulièrement avec son épouse Valérie des séminaires dans le beau village d'Angles sur l'Anglin dans la Vienne, où sa famille possède une maison depuis cinq générations. En 2015, il cesse de résider principalement à Paris pour s'établir en Poitou et y développer son école de transmission spirituelle tout en composant du Rock à vocation spirituelle dans des groupes comme Gestion des restes ou Survie, groupe qui interprète des chansons de Lee Lozowick, enseignant spirituel transgressif et subversif qui a marqué son parcours.

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lundi 8 avril 2024

La forme doit être en accord avec le fond !

 

La forme doit être en accord avec le fond !

Une injonction qui devrait ébranler ou pour le moins troubler chaque personne qui pratique et enseigne une discipline artistique, artisanale ou martiale ayant ses racines dans le monde du Zen.


La forme doit être en accord avec le fond !

La forme ? C'est le corps que nous sommes, c'est notre manière d'être en tant que corps vivant dans sa globalité et son unité.

Le fond ? C'est notre propre essence, ce qui fait que ce qui est ... est ! C'est notre vraie nature d'être humain que Okumura Rôshi désigne comme étant le soi-nu ; ce que Graf Dürckheim appelle notre nature essentielle.

Hirano Rôshi : "Lorsque vous pratiquez zazen le corps prend la forme du calme !"

Zazen n'a pas pour but d'améliorer la forme afin de s'améliorer. Zazen doit être envisagé en termes de DEVENIR et pas en termes d'acquisition d'un état d'être tel ou tel. La technique appelée -Za- n'est pas une finalité, c'est un moyen. Il nous faut reprendre cet exercice jusqu'au moment où le moyen devient une preuve.

Une preuve ? Oui. Par exemple l'expérience que "Le corps prend la forme du calme !" Une expérience intérieure, un vécu intérieur, un senti qui s'accompagne d'un ressenti. Nous devons cesser d'imaginer ou de penser qu'il serait possible, à coups d'exercices, de fabriquer un mieux-être. Lorsqu'on est motivé par cette idée on va développer l'esprit d'acquisition et / ou l'esprit de performance qui est au centre de ce qu'on appelle le développement personnel mais empêche notre devenir en tant que personne.

Le calme, le grand calme, est une réalité qui d'elle-même tente de se réaliser, de prendre forme dans le corps que nous sommes. Le calme, la sérénité, la confiance, la simple joie d'être sont des potentialités de notre propre essence, qui n'ont pas besoin d'un exercice pour se réaliser.

Par contre l'exercice est incontournable pour ne pas rester fixé dans l'EGO qui pose un voile sur ces qualités d'être qui manquent cruellement chez l'homme contemporain.

Il suffit que ce voile se lève pour que, instantanément, le grand calme envahisse notre for intérieur. Qui n'a pas fait l'expérience de ces moments privilégiés au cours desquels sans bien savoir ni pourquoi ni comment notre existence tout à coup a un sens ?

Il suffit ... ! Oui, rien de plus simple. Mais comme l'ego complique tout ce qui est simple l'exercice est incontournable.

C'est quoi l'ego ? Bien qu'elle soit à l'origine d'innombrable ouvrages qui tentent d'élargir les savoirs sur notre fonctionnement (psychanalyse, sciences cognitives), c'est une fausse question.

Il serait plus juste de se demander "c'est qui l'ego ? "

Le quoi, se rapportant à quelque chose, peut être capté dans les filets de notre conscience ordinaire : la conscience DE dont la source est l'activité mentale.

Le qui, se rapportant à quelqu'un, ne peut être découvert que par ce quelqu'un. La quête des savoirs sur soi laisse ici place à la connaissance de soi.

C'est pourquoi il est important de souligner que lorsque nous pratiquons zazen nous ne faisons rien d'autre que de faire face à soi-même.


Hirano Rôshi nous rappelle que "Il y a mille et une manière de méditer mais qu'il n'y a qu'une façon de pratiquer zazen".

Cette lettre est l'occasion de s'arrêter à un exemple :

Dans la plupart des méthodes qui proposent l'exercice de la méditation vous êtes invité à vous concentrer sur quelque chose : la respiration.

La maître Zen évite cette proposition et vous invite à exercer la pleine attention à une expérience sensible : en ce moment "Je inspire" ... en ce moment "Je expire".

Au cours de mon séjour à Rütte, en Forêt Noire, il m'est arrivé de poser une question sur la respiration. Aussitôt, Graf Dürckheim, frappant des deux poings sur la tablette de son bureau me disait (d'une voix forte) « Jacques, quand allez-vous réaliser que ce qu'on appelle la respiration ça n'existe pas ? Quelqu'un respire ! »

Quelqu'un respire ! Voilà comment on passe de la question "quoi" à l'interrogation "qui" ; comment on passe des savoirs sur soi à la connaissance de soi.

Conséquence ? Des expériences intérieures transformantes.

La première, fondamentale, vous oblige à écrire "JeInspire" en un mot ! Parce que je fais l'expérience qu'il n'y a ni distance ni écart de temps entre ce que je nomme "Je" et ce que je nomme "Inspire". Pas de dualité sujet / objet ; pas d'opposition moi /ça.

Expérience qui engendre une évidence, une vérité vraie : " JeInspire et MOI je n'y suis pour rien".

Découverte sensible, tangible, de cette part de nous-même qu'est l' INFAISABLE. Et c'est en me donnant à ce qui m'est donné que, tout à coup ou petit à petit on passe de l'agitation au grand calme, de l'inquiétude latente à la confiance.

Expérience que la forme existentielle est en accord avec le fond, l'essentiel.

Jacques Castermane

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dimanche 7 avril 2024

Quand nos enfants ne sont plus des enfants

Quand nos enfants ne sont plus des enfants, peut-on encore leur donner des conseils ?

 


Quand nos « chers petits » deviennent adultes, comme il est difficile de les considérer comme tels et de trouver la position juste. Nous nous croyons tellement indispensables. Si en théorie nous sommes d’accord pour respecter leur liberté, acceptons-nous vraiment de ne plus avoir notre mot à dire, ? Couper le cordon, oui, mais… il nous faut encore veiller sur eux. Jusqu’à quel âge sommes-nous responsables d’eux ? À partir de quand pouvons-nous les « lâcher » ?

Qu’ils fassent leurs propres armes, nous en sommes fiers. Qu’ils prouvent ce dont ils sont capables, formidable ! Mais qu’ils ne s’éloignent pas trop des projets que nous avions conçus pour eux avec tant d’amour et de pertinence ! Au fond, qui les connaît mieux que nous ? Qui sait ce qui est bon pour eux ? Ils manquent si souvent de discernement !

Pris dans une tempête émotionnelle 

S’ils nous présentent un amoureux, une amoureuse si peu apte, à nos yeux perspicaces, à les rendre heureux, s’ils quittent leurs études, ou leur travail, pour lesquels, c’est certain, ils étaient faits, quand ils prennent une orientation sexuelle qui nous surprend, s’ils divorcent alors qu’on ne comprend pas pourquoi, notre premier réflexe, c’est la peur, le désarroi. Nous sommes inquiets pour eux. Que faire ? Que dire ?

Une tempête nous submerge. Nous sommes pris entre le risque de les perdre si nous nous opposons frontalement, et celui de les voir s’engouffrer dans une impasse désastreuse, si nous ne réagissons pas. Mais sommes-nous vraiment aptes à juger ? Avons-nous encore une quelconque autorité ?

Reconnaître son enfant dans sa différence

Pour trouver la bonne distance émotionnelle, il est déjà important de ne pas considérer que leurs choix signent notre échec de parents. « Qu’ai-je raté ? » : la culpabilité ne résout rien. Ensuite, il s’agit de nous décentrer de notre propre vision, voire de nos propres convictions, faire un pas de côté, vers notre fille, notre fils devenus femme, homme. Efforçons-nous de les regarder, non plus à travers nos yeux de parents, mais de les découvrir comme des personnes à part entière, avec leurs ressources propres. Essayons de comprendre leur choix, avant de le juger, le condamner. Quel sens a-t-il pour eux ? Tentons d’en discuter avec eux, en leur demandant non pas de se justifier mais d’expliquer.


En reconnaissant notre enfant dans sa différence, nous l’affirmons dans sa singularité. C’est de cela que les jeunes adultes ont besoin. « Reconnaître autrui, c’est croire en lui », déclarait Levinas. Accepter les « trahisons » de nos enfants s’avère plus facile si nous avons, nous aussi, en son temps, osé mettre en œuvre les déloyautés nécessaires vis-à-vis de notre famille d’origine. Cette attitude, exigeante, certes, permet néanmoins à chacun de grandir et d’entretenir un lien ouvert et respectueux.

Une leçon d'humilité et un gain de liberté

Mais tout de même, lorsque, le plus objectivement possible, leur option les met en danger, nous ne pouvons nous taire. Avec tact, dans une discussion d’adulte à adulte, amicale plutôt que filiale, nous pouvons essayer de leur exprimer nos inquiétudes. Il ne s’agit pas de leur dire qu’ils ont tort, ni de les convaincre de changer, encore moins de leur donner des conseils mais les amener à avoir un autre point de vue, à réfléchir aux conséquences de leur choix. La décision leur appartient. Nous ne pouvons pas les protéger malgré eux.

Ne plus pouvoir faire pour eux ce qu’on pense devoir faire, renoncer à ce que notre expérience personnelle leur serve nous place face à une impuissance douloureuse. Arrive un temps où nous ne sommes plus les parents que nous aimerions être. Cette leçon d’humilité ouvre sur une appréciable liberté.

Nicole Prieur

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samedi 6 avril 2024

Le maître ne présente pas des signes extérieurs de sagesse (partie 3)

 Ce troisième extrait décrit les caractéristiques d’un maître.

Revue Acropolis : À quoi reconnaît-on un maître ? Y a-t-il des garanties permettant de ne pas se tromper dans son choix ?


Gilles FARCET : C’est une question très difficile et qui prête à confusion. On s’imagine souvent, en effet, pouvoir reconnaître un maître de manière quelque peu miraculeuse. Nous avons tous été nourris de ces histoires – d’ailleurs vraies, pour la plupart où le maître, voyant le disciple se présenter à lui pour la première fois, l’apostrophe : « Ah, enfin, vous voilà ! « Si de telles choses arrivent, elles ne sont pas si fréquentes, surtout en Occident. En outre, le maître n’apparaîtra pas nécessairement comme un être rayonnant, surnaturel ou hors du commun. Outre Arnaud Desjardins, j’ai rencontré un certain nombre d’hommes ou de femmes que je considère comme des sages – rencontres racontées dans mon dernier livre –. Dans la plupart des cas, ce sont des gens sur lesquels je ne me serais pas retourné dans la rue. Lors de certains moments intimes ou privilégiés, il arrive quel le maître laisse transparaître un peu de ce qu’il vit intérieurement. Mais sinon, je ne crois pas à l’existence d’indiscutables signes extérieurs de sagesse.

Revue A. : Le calme, le détachement, peut-être ?

G.F. : Oui et non. Nous allons appréhender le maître comme nous appréhendons le monde en général, c’est-à-dire à travers nos projections et notre mental. Comment pourrions-nous donc savoir ce qu’est le détachement ? Nous nous en faisons tout au plus une idée à la lumière de laquelle nous allons évaluer le détachement du maître. Et si la façon dont il manifeste son détachement ne correspond pas à notre attente, à notre représentation du détachement, nous allons être déçus et formuler des jugements. Nous pourrons ainsi nous tromper totalement, prendre pour détacher un homme qui ne le sera nullement et vice-versa…

Il est vrai qu’avec le temps et la maturation, le regard se purifie et l’on devient mieux à même, non de « juger » mais de tout simplement voir. Un disciple ayant un peu de « bouteille », si vous me permettez I’ expression, ne se laissera pas abuser par le premier causeur venu, si impressionnant soit-il. Mais quant à reconnaître un sage… On dit que seul un sage peut en reconnaître un autre. Cela demeure en tous les cas une affaire intime et tout à fait subjective.

Ce qui me frappe, moi, c’est le peu de distance que nous avons, de manière générale, vis­ à-vis de nos opinions. J’entends par exemple X décréter que tel livre est excellent, très bien écrit, profond et Y affirmer que ce livre est décevant. Peu importe qui a raison : ce qui me sidère, c’est que X comme Y ne puissent un seul instant mettre en doute leur propre jugement qui pour eux semble définitif, prononcé d’en haut pour le temps et l’éternité. Et malheur à l’insensé qui dira le contraire… Nous conférons à nos opinions, la plupart du temps totalement subjectives, une valeur universelle et objective. Si cela est vrai pour un livre, que dire d’un maître ou d’un sage ? Certains sont très choqués de constater chez le maître un comportement en lequel ils voient la preuve de son absence de détachement. Mais d’autres considéreront cette même attitude comme un suprême témoignage d’amour et de sagesse…

Un maître véritable ne nous entraîne jamais plus loin que là où nous pouvons aller

Je suis persuadé que le mental peut nous faire prendre des vessies pour des lanternes, nous faire voir l’avidité chez un homme généreux et la générosité chez un avare. Donc, le point sur lequel je voudrais surtout insister en réponse à cet aspect de votre question, c’est que nous nous imaginons, en général, être capables de voir objectivement. Or, c’est faux. L’une des premières leçons dispensées par le maître, c’est que nous sommes longtemps incapables de voir. On me dira que c’est là « la porte ouverte à tout ». C’est ainsi que les admirateurs de gourous, disons, discutables, en arrivent à justifier l’injustifiable, à conférer à des comportements néfastes une aura de sagesse. C’est effectivement un domaine très délicat. Mais la relation de maître à disciple ne répond pas aux critères soi-disant objectifs et rationnels sur lesquels notre société insiste tant.

Quelles sont les garanties ? Je dirai finalement qu’il n’y en a pas. C’est une entreprise risquée, à l’image de la vie. Il est parfaitement possible que l’on se trompe. Mieux vaut se tromper et prendre une Xeme leçon que de rester tiède et indifférent. Aujourd’hui, nous prétendons vivre une vie intéressante mais assurée tous risques. Ce n’est tout simplement pas possible. Il faut s’exposer. Cela dit, un maître véritable pose des garde-fous et sait ce qu’il fait. Il ne nous entraîne jamais plus loin que là où nous pouvons aller. Néanmoins, la tradition a toujours admis la possibilité d’accidents, même auprès des maîtres les plus compétents. Si je fais du cheval, même avec l’instructeur le plus compétent, je cours le risque de tomber et de me casser la jambe, voire de me tuer… cela fait partie du jeu. Refuser le risque, c’est s’engluer dans une mentalité d’assisté qui ne nous mènera nulle part ailleurs que dans nos pantoufles !

Revue A. : Une des caractéristiques des maîtres n’est autre que le sens de l’humour. Qu’avez-vous à dire à cet égard ?


G.F. : Je pense que tous les maîtres, sans exception, ont un sens de l’humour très développé. L’humour est une grande arme de guerre, si j’ose dire, pour le gourou, car il implique le paradoxe. C’est par l’humour que l’on peut donner à voir tout le côté paradoxal, mystérieux et incongru de cette existence. Le maître peut aussi amener le disciple à rire de lui-même, de ses faiblesses, des absurdités de son mental, de ses tentatives aussi vaines que désespérées pour se prouver qu’il y a d’autres solutions que de mettre en pratique l’enseignement… Une fois devenu un tant soit peu lucide, capable d’entrevoir l’étendue de sa propre folie destructrice, le disciple n’a d’autre possibilité que de pleurer ou de rire.

Autant rire… L’humour est capital : parce qu’il témoigne d’une distance. Une personne dépourvue d’humour ne saurait être spirituelle. La langue française nous met d’ailleurs sur la voie : ne dit-on pas d’un être plein d’humour qu’il se montre très… « spirituel » ? L’humour est une qualité nous permettant de considérer les péripéties de l’existence avec recul et perspective. En fin de compte, qu’est-ce que la vie, sinon une tragi-comédie ?

Comique, parce que toutes nos manœuvres et stratégies égocentriques sont parfaitement dérisoires et souvent maladroites, tragiques, parce que c’est là le tissu de nos vies et qu’à travers ces manigances, nous ne cherchons qu’à être aimés. Je crois qu’un être véritablement spirituel perçoit pleinement cette dimension en tragicomique de la vie. Mais, ce qui chez certains, aboutit au cynisme, se traduit chez lui plus profonde. Si l’on perd ses illusions sans s’être ouvert à dimension spirituelle, on devient désabusé ; si par contre, on ne se masque plus l’horreur de la situation tout en percevant la dignité fondamentale de l’humain, on ne peut qu’être touché et devenir de plus en plus aimant. Je renvoie les lecteurs à une remarquable anthologie de l’humour des sages composée par Eric Edelmann : Plus on est de sages, plus on rit (paru aux Éditions de La Table Ronde). D’après ce que j’ai pu voir du manuscrit, ce livre donne bien à sentir la place tenue par l’humour dans les enseignements des maîtres de tous les temps. Nous en avions besoin !

Propos receuillis par Laura WINCKLER, co-Fondatrice de Nouvelle Acropole en France

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vendredi 5 avril 2024

La rencontre avec Arnaud Desjardins (partie 2)

 Ce second extrait raconte sa rencontre avec son maître, Arnaud Desjardins. (voir la 1ère partie)

Revue Acropolis : Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Arnaud Desjardins ?


Gilles FARCET : À l’âge de vingt-trois ans, j’ai donc rencontré Arnaud Desjardins avec qui je me suis tout de suite senti en confiance. Dès notre premier contact – j’ai assisté à une réunion qu’il animait – je me suis trouvé à ma place et ai eu le sentiment d’avoir essentiellement découvert ce que je cherchais. Tout le travail restait encore à faire, mais il me semblait avoir trouvé mon « école ».

Revue A. : Cela, vous ne l’avez jamais remis en question !

G. F. : Non. Si Arnaud Desjardins a beaucoup d’admirateurs, il a aussi ses détracteurs. Comme toute personne en sa position, il fait l’objet de critiques et de jugements parfois très sévères et tranchés. Je crois avoir toujours laissé monter en moi les doutes et les interrogations, parce que cela fait justement partie de l’enseignement de ne rien refouler et de regarder ce qui monte en soi sans se voiler la face ; mais jamais je ne me suis véritablement posé de « problème » vis-à-vis de sa transmission ou de telle ou telle de ses attitudes. Beaucoup de gens passent leur temps à chercher la petite bête, à se demander si le maître qu’ils prétendent suivre – surtout s’il s’agit d’un occidental ordinaire dont l’existence n’est pas exempte de difficultés courantes – est bel et bien éveillé, bien ceci, bien cela, s’il est « mieux » ou « moins bien » que tel autre, etc.

Pour ma part, j’ai d’emblée ressenti Arnaud comme profondément bon et honnête, enraciné en sa profondeur, animé par le désir non-égoïste de venir en aide à autrui et ne parlant que de ce qu’il avait lui-même vécu et expérimenté. J’ai eu par la suite l’occasion de le fréquenter d’assez près dans des situations diverses et il ne m’a jamais déçu, peut-être parce que mon aspiration de départ était claire et que je ne cherchais ni un super-héros ni un yogi miraculeux mais un maître, un guide en d’autres termes une personne parvenue à la maîtrise et capable de m’indiquer comment moi-même progresser vers cette maîtrise. Le fait de me sentir à ma place auprès de lui ne m’a pas empêché de m’ouvrir à d’autres formes et à d’autres voies, ainsi qu’en témoignent mes articles et mes livres, notamment le dernier, L’Homme se lève à l’Ouest, Les nouveaux sages de l’Occident, paru chez Albin Michel. Lui-même m’a encouragé à rencontrer des Sages, des disciples, et des maîtres. Ni sectarisme ni fermeture, donc, mais un nécessaire enracinement.

Revue A. : Cette relation existe toujours ?

G.F. : Oui, bien sûr. Je crois qu’elle ne saurait être brisée. Encore faudrait-il savoir de quelle relation nous parlons… Si j’évoque « ma » relation avec Arnaud Desjardins, on aura l’impression qu’il s’agit des rapports qu’entretient Gilles Farcet, 33 ans, écrivain et journaliste, avec Arnaud Desjardins, 66 ans (2), auteur de livres et gourou… Or il ne s’agit pas de cela. Certes, ma personnalité entretient effectivement des rapports avec la sienne, nous nous entendons plutôt bien. Je veux bien que l’on me dise que j’ai cherché en lui mon père, c’est tout à fait vrai, d’autant plus que je l’ai rencontré en pleine période de formation, alors que je terminais mes études et ne gagnais pas encore ma vie. Mais là n’est pas l’essentiel. Car après tout, j’ai eu la chance d’approcher beaucoup d’autres personnes remarquables et même susceptibles de me fasciner davantage sur le plan artistique ou humain. Le cœur de la relation est d’un autre ordre.

Il ne s’agit pas tant d’une relation entre deux personnes que d’une relation entre un maître et un disciple, ou un apprenti-disciple, ou un apprenti­-apprenti-disciple, je ne sais pas… quelqu’un qui, en tout cas, essaie sincèrement de suivre le chemin proposé. Et cette relation, finalement, est à la fois extrêmement personnelle et tout à fait impersonnelle.

Si cette relation a vraiment été établie, elle ne peut pas être brisée. Elle ne se situe pas sur le seul plan immédiatement humain, elle transcende les formes transitoires.

Revue A. : Pourquoi dites-vous : « Si cette relation a vraiment été établie… ? »


G.F. : Parce qu’en cette matière, il convient de rester très prudent. Cela se vérifie dans le temps. Voilà une dizaine d’années que je m’expose à cette influence. Ce n’est pas mal mais, en même temps, c’est court et je suis encore jeune. Rendez-vous dans vingt ou trente ans…

C’est à partir de son être essentiel, même s’il n’en est pas conscient, que le disciple va vers le maître.

Revue A. : Peut-on parler de filiation d’idées ? Où se situe d’après vous l’origine de cette relation ?

G.F. : Elle part de l’essentiel pour aboutir à l’essentiel. Dürckheim (3) distingue ce qu’il appelle le niveau essentiel du niveau existentiel. Dans la mesure où le maître a retrouvé au plus profond de lui-même ce qui constitue l’essence, la réalité ultime de tout être vivant, c’est à partir de son être essentiel, même s’il n’en est pas conscient, que le disciple va vers le maître. Tout appel authentique, tout élan vrai vers le maître et ce qu’il transmet procèdent de l’essence. La relation de maître à disciple se manifeste certes sur le plan existentiel : je puis téléphoner au maître, déjeuner avec lui, prendre le train en sa compagnie, avoir avec lui des entretiens… mais ce n’est là que l’apparence. L’important se joue dans l’ordre de l’essence.

Tout maître authentique est véhicule et serviteur d’une essence universelle et impersonnelle, laquelle utilise ses qualités et aptitudes humaines pour se manifester. Aussi le maître s’adresse-t-il de l’essence à l’essence, « de mon âme à ton âme, de mon être à ton être, de mon cœur à ton cœur », comme le dit la belle expression traditionnelle. Sur ce plan, le gourou n’est pas un autre que le disciple.

Mon essence – ce que je suis, au-delà de toutes les particularités et limites de la manifestation transitoire appelée Gilles Farcet – était à la recherche d’elle-même et s’est reconnue en la manifestation transitoire appelée Arnaud Desjardins, cette dernière constituant un véhicule plus purifié et transparent. Lorsque je percevrai : qu’il « n’y a plus deux mais un », lorsque je ne me prendrai plus pour Gilles et ne prendrai plus Arnaud pour Arnaud, l’énergie du gourou aura fait son office. Cela, bien sûr, c’est le « but », si on peut parler de but pour une réalité qui est déjà là, bien que je n’en aie pas conscience. Mais dès le départ, la relation, si elle s’établit vraiment, se noue au niveau essentiel. C’est parce qu’elle relève de l’essentiel qu’elle est impérissable, alors que ce qui ne relève que de l’existentiel sera nécessairement périssable. Arnaud dit souvent que depuis que son maître est mort, jamais il ne s’est autant senti en communion avec lui. Il ne le perçoit plus comme situé dans l’espace et le temps mais le ressent toujours présent.


(1) Derniers ouvrages de Gilles Farcet parus : Le choix d’être heureux, Éditions Entremises, 2021

La Réalité est un Concept à Géométrie Variable, Éditions Charles Antoni-L’Originel, 2022

(2) Arnaud Desjardins est décédé en 2011

(3) Karlfried Graf Dürckheim (1896-1988), diplomate, psychothérapeute et philosophe allemand. Il découvre le bouddhisme zen au japon. 

Édition augmentée du dossier paru dans la revue n° 125 (mai 1992)

Propos recueillis par Laura WINCKLER, cofondatrice de Nouvelle acropole en France

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jeudi 4 avril 2024

Comment allez-vous ?

Mes chers amis,


Méditer c'est notamment apprendre à observer son esprit, c'est apprendre à observer nos réactions face à ce que nous percevons. Nous souhaitons tous expérimenter, vivre le bien être et éviter le mal être. 

Ce bien être et ce mal être vont uniquement dépendre de nos réactions face au monde, et non, comme nous l'imaginons souvent, du monde lui-même. La vie suit son cours, si nous sommes en accord avec elle, nous sommes heureux, si nous ne sommes pas d'accord, que cela nous rend triste, envieux ou nous met en colère nous serons malheureux.

Pouvez vous observer que la même chose nous mettra un jour en colère et pas le lendemain. Durant la méditation, nous pouvons apprendre à observer ces réactions émotionnelles qui surgissent en nous. 

La première étape c'est de les reconnaître, si elles ne sont pas reconnues, nous risquons d'être emportés dans une réaction émotionnelle que probablement nous n'arriverons pas à vraiment contrôler et qui pourra aboutir à de la souffrance autant pour nous que pour les autres.

Une fois la réaction émotionnelle reconnue, identifiée, nous pouvons voir si nous avons tendance à la suivre, à la rejeter ou à la laisser suivre son cours.

L'invitation dans la méditation est de ne rien faire de ce qui se lève, ni adopter, ni rejeter et de voir ce qui se passe quand on ne fait rien d'une émotion.

Vous aurez peut être la bonne surprise de voir que l'émotion qui est insubstantielle, vide de toute substance, quand on ne la saisit pas, a tendance à se dissoudre naturellement au sein de l'espace que nous sommes.

Mais ne me croyez pas, osez l'expérimenter vous mêmes.

Je vous souhaite à tous une belle journée, conscient et libre de tous les poisons qui peuvent se lever dans votre esprit.

Philippe Fabri

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mercredi 3 avril 2024

Contrôle du contrôle

 


Lors de la méditation d'hier ... nous avons tenté d'explorer notre besoin de tout contrôler, afin de réaliser ce que nous pouvons réellement contrôler.

C'est un sujet important car la sensation de perte de contrôle est à la base de beaucoup de nos colères et donc de notre mal être.

N'oublions pas que nous souhaitons tous mettre fin à notre mal être, mais que nous sommes relativement confus quant à l'origine de notre mal être. Lâcher l'illusion ou la nécessité de devoir contrôler certaines choses et situations pourrait nous permettre de diminuer notre mal être.

Je vous souhaite une belle journée à vous tous, conscient que le contrôle que vous avez sur l'instant qui va juste arriver est relativement limité.

Avec ma profonde amitié pour vous tous.

Philippe Fabri

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mardi 2 avril 2024

Un lieu de transformation est une succession de portes...

 

UN LIEU DE TRANSMISSION EST UNE SUCCESSION DE PORTES - ET AUSSI UNE PLAQUE CHAUFFANTE (extrait du "carnet")

« le chemin, c’est le trouble lui même » (Swami Prajnanpad cité par Arnaud Desjardins). 


Pour mûrir, avancer sur la voie, il est indispensable d’être par moments troublé déstabilisé dans ses fonctionnements mécaniques, son image de soi même, ses idéaux, ses opinions et identifications…  

Etre déstabilisé et le rester suffisamment pour avoir le temps, non pas de se rééquilibrer à l’intérieur du système, mais de trouver l’axe … 

Voila qui constitue une condition sans laquelle il n’y a pas d’avancée significative. 

Plusieurs difficultés à cet égard.  

D’abord, pour être déstabilisé, il faut s’exposer un peu, sortir du bois. Il faut d’une certaine manière le demander. 

Et se trouver dans des conditions (étant entendu que si l’on s’y trouve c’est sans doute que cela répond à une demande, même non consciente) qui favorisent cette déstabilisation. 

C’est l’une des raisons d’être d’un lieu spirituel - ashram, monastère, centre de retraite, ou simple maison où prend place un authentique travail -  de proposer des conditions et un contexte propices à la dite déstabilisation. 

Reste que de tels lieux peuvent aussi fonctionner en trompe l’œil, procurer l’impression qu’on y séjourne alors qu’on en a à peine entrevu le seuil, surtout si il est dans leur vocation d’accueillir largement et que leur porte est assez grande ouverte. 

« Frappez et l’on vous ouvrira » …

Oui, mais si la première porte s’ouvre trop facilement, c’est, soit que le lieu se réduit à une belle façade à l’intérieur de laquelle on ne trouvera pas grand chose, soit que cette première porte n’est que le prélude à beaucoup d’autres.

C’est le piège inhérent aux lieux selon toute apparence ouverts, si chargés et porteurs soient ils. Ils peuvent donner l’impression qu’on y pénètre en profondeur alors même qu’on demeure frileusement aux abords. 

En vérité, un lieu authentiquement spirituel n’a pas une  seule porte d’entrée mais une succession de portes auxquelles il s’agit de frapper. 

Une porte s’ouvre, une autre apparait, puis une autre, chacune des portes se révélant, ou pas, en fonction de - ou pas- en fonction de l’avancée, de la maturation et de la demande intime de chaque invité. 

A chacune de ces portes, il s’agit de frapper.  « Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus ». 

Rares sont ceux qui frappent et qui frappent encore et encore, porte après porte.

La première porte facilement franchie,  ils se contentent  - et pourquoi pas, d’ailleurs ? - de demeurer dans l’antichambre et de se nourrir des bruits de la fête, qui leur parviennent depuis l’intérieur du sanctuaire, quitte à parfois confondre l’antichambre et le sanctuaire. Je me souviens si souvent de cette parole d’Arnaud me disant : « ici, on met des casseroles sur le feu. Quand l’eau a un peu chauffé, on retire la casserole du feu avant l’ébullition, puis on en met une autre… » 

Terrible parole. Rares sont les casseroles qui restent sur le feu.

C’est toute la difficulté et le piège d’une fréquentation de la voie en dilettante de bonne volonté. 

Se rapprochant d’une source de chaleur, la casserole que nous sommes va chauffer un peu à feu très doux, avant de se retirer du feu avec une agréable sensation , souvent en se racontant que ça a chauffé fort alors que la température est à peine montée et pas suffisamment pour qu’une transformation s’opère.

Cela dit, pourquoi pas ? 

Il entre dans la vocation généreuse de certains lieux de mettre quantité de casseroles à feu doux pour qu’elles repartent moins froides qu’elles ne sont arrivées. Ce qui n’empêche en rien ces mêmes lieux de proposer des cuissons à haute température pour les casseroles motivées…

D’autres lieux, nécessairement de moindre taille, vont davantage favoriser une manière de cuisson collective. Ce sont ceux où le dispositif dit de sangha joue un rôle actif. 

Là aussi, au final, chacun recevra en fonction de ce qu’il ou elle demande et surtout est prêt à donner, mais le processus peut s’avérer plus collectif.

Non que ce soit magique ; mais de fait, certaines personnes qui n’auraient probablement pas beaucoup bougé dans un contexte plus général se trouvent comme entraînées dans une dynamique d’ensemble qui surpasse parfois leur aspiration individuelle. 

C’est la dynamique de la sangha en tant que communauté soudée, resserrée, et prise dans un processus continu à durée indéterminée.

Dans ce contexte, des personnes insuffisamment motivées  ou pas encore prêtes auront parfois du mal à rester au fur et à mesure que la grande marmite collective chauffe.

Certaines se dépêcheront de s’en retirer dès qu’elles sentiront l’amorce d’un frémissement. 

D’autres, cependant, pas nécessairement plus ardentes, n’en trouveront pas moins une manière de bénéficier de la cuisson collective sans elles mêmes passer par une transformation significative. 

Enfin, chaque lieu authentique a sa grâce et ses possibilités spécifiques. Un grand lieu peut certaines choses qu’un petit lieu ne peut pas, et vice versa.

En vérité, à chaque lieu sa ou ses vocations, à chaque lieu authentique sa place et sa fonction au sein de l’ensemble de ce qu’on appelle la transmission. 

Chacun sera attiré en tel ou tel lieu ou en plusieurs lieux,  selon sa destinée, ses tendances profondes, ses dynamiques sous jacentes.

Gilles Farcet

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lundi 1 avril 2024

Passage sur terre...


 Le Christ sort au matin de la vieille maison fatiguée du monde. Il a une trentaine d'années. Il n'emporte rien avec lui. Il commence sa vie buissonnière dont, après sa disparition, ses amis recueillent des lambeaux. La joie de l'air contre ses tempes, les confidences de l'eau entre ses mains les éblouissements des renards qui croisaient son chemin, de tout cela rien ne nous est parvenu. Quelques paroles dont la plupart empruntent leur beauté à l'univers patient des bergers, des pêcheurs, des viticulteurs : voilà tout ce qui reste du passage sur terre du plus grand des poètes. Car c'est être poète que regarder la vie et la mort en face et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs. Les commentateurs ont usé jusqu'à la corde ces paroles de l'errant. Elles résistent. Le simple est inépuisable. Comme des frelons sur une poire tombée dans l'herbe, ainsi s'agitent les théologiens, agglutinés autour des larmes d'un visage si humain qu'il en devenait divin. "Mon dieu, mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l'économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l'amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s'éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l'existence de Dieu : on ne s'adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Christian Bobin - L'homme-joie page 153

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dimanche 31 mars 2024

Rire au paradis

 


« J'aime le rire. Je l'aime avec gourmandise, je l'aime tellement qu'il me donne le seul doute quant à la figure radieuse du Christ : pas un seul éclat de rire dans les Évangiles. Il est vrai que les dieux ne semblent pas goûter au rire. Ils vont plutôt du côté du sourire et cependant je ne peux croire que le rire soit laissé comme un os à ronger pour les diables, je ne peux penser que le rire n'a pas sa place en paradis : qui a vu un petit enfant éclater de rire a tout vu de cette vie et de l'autre. »


Christian Bobin, L’épuisement, Le temps qu’il fait, 1994, p. 88


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samedi 30 mars 2024

Manifestations

 


"Enfant, peut-être avez-vous joué avec un kaléidoscope, un jouet très simple et merveilleux. J’en ai quelques-uns dans ma cabane. Il y a des morceaux de matériaux colorés et deux miroirs à une extrémité qui laissent voir de nombreux motifs différents. Chaque motif est une belle manifestation. Si vous la tournez un peu, cette manifestation sera remplacée par une autre manifestation. Chaque manifestation est belle. En tant qu’enfant, vous n’êtes pas triste qu’une manifestation remplace une autre. Les manifestations aussi, même extrêmement belles, ne se sentent pas tristes quand elles cèdent leur place à la manifestation suivante. L’enfant apprécie simplement les changements sans aucun regret car la prochaine manifestation sera aussi belle que la précédente. Il n’y a pas de peur, pas de regret car toutes les manifestations ont le même fond, les petits bouts de couleurs dans le kaléidoscope. Le socle de toutes les manifestations est toujours là. Si vous pouvez toucher ce fondement, les changements ne vous dérangent pas. Vous n’êtes pas piégé par ce corps, vous savez que ce n’est qu’une manifestation. Vous êtes prêt à vous manifester sous une autre forme aussi merveilleuse que celle-ci."

Maître zen Thich Nhat Hanh

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vendredi 29 mars 2024

Prenez vos élèves dans vos bras...

 


Jacques Castermane parle de sa rencontre et de son amitié avec Arnaud Desjardins. 

Enregistré en octobre 2022 au centre Durkheim de Mirmande. 



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Source : les films de la table 10


jeudi 28 mars 2024

21 messages

 21 messages à transmettre à chaque membre de la génération suivante :


1. – Tu es un être désiré. Tu es ici parce que l’Univers l’a décidé.

2. – Ressens que tu es libre d’être ce que tu es, ne laisse personne te mettre d’étiquette, ni t’imposer de scénario qui ne correspond pas à ton authenticité.

3 . – Chaque ancêtre de ton arbre est un cadeau à l’intérieur de toi qui doit être utilisé en ta faveur et en faveur de tout l’Univers.

4.  –  Apprend à ne pas demander d’amour, aime simplement.

5. – Crois aux petits miracles quotidiens et sois attentif aux coïncidences, car il y a en elles des messages cachés qui peuvent te guider sur le bon chemin.

6. –  Chaque jour, fais un acte généreux envers un proche.

7. – S’il y a eu des traumatismes dans ton arbre généalogique, guéris-les en agissant.

8. – Laisse-toi guider par ton corps, il est sage. Il t’alertera dans les situations que tu dois éviter, en te faisant ressentir de la tension ou du malaise. Il te dira aussi quand tu seras aligné avec ce que tu es, en te faisant ressentir une relaxation et du bien-être.

9. – Ne contamine pas ton corps avec des toxines ou une mauvaise alimentation.

10. – Quand tu le pourras, sois indépendant. Travaille en utilisant ta créativité et deviens adulte.

11. – Écris un poème chaque jour.

12.- Cherche et provoque des situations qui te font rire.

13. – Aie tendance à partager, à collaborer et à être solidaire.

14. – Quand tu as des problèmes, tu peux les analyser, tu peux en parler, mais sois certain que tant que tu n’agis pas, la transformation ne se produit pas.

15. – Ressens de la GRATITUDE pour tous les cadeaux que l’Univers te fais.

16. – Rappelles-toi qu’en ce plan d’existence, rien ne périt, mais se transforme.

17. – Lis, étudie, connais… expérimente par toi-même.

18. – Ne t’attache pas au matériel. Ne consomme que ce dont tu as besoin.

19. – Ne t’attache pas non plus à quelque croyance que ce soit. Ton corps se renouvelle chaque jour, fais en sorte que tes idées aussi.

20. – Sème chaque jour les  graines qui te viennent du dedans ou de l’extérieur. Ces graines peuvent être des mots, des caresses, de la beauté, des actions. De ces graines germent plus de sagesse, d’amour, d’art et de santé.

21. – Que le territoire qui est au-delà de ton corps, de ta maison, de ton quartier, de ta ville… de la planète et de l’Univers, fasse l’objet de tous tes soins.

Alejandro Jodorowsky

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