jeudi 13 octobre 2022

Sur le bonheur...

 Le livre prétexte à cette (rare) rencontre publique s'intitule "la réalité est un concept à géométrie variable". Je ne sais pas si le sujet est "le bonheur" ...  Ou alors avec un point d'interrogation. Voici ce qui en est dit dans le livre en question :


"Il osait le ressentir mais osait à peine le dire. Il était heureux, d’un sentiment violent. Violent par son évidence comme quand une pluie nettoie tout un paysage ou qu’un soleil de printemps fige une prairie dans sa gloire matinale...

Toujours heureux ? En vérité il n’y avait pas de toujours.

Juste le changement et derrière le changement, le pressentiment de plus en plus insistant de ce qui n’y participe pas. L’idée même de se présenter comme ayant atteint quoi que ce soit lui paraissait ridicule et malhonnête. Illusoire, à vrai dire.

Et, tout de même, Il était heureux. Contre toute attente raisonnable. Toutes prévisions déjouées, toutes statistiques défaites, toute pseudo-rationalité à jamais bafouée.

Il était heureux et il n’y était pour rien, ou pour pas grand-chose.

.....

Le bonheur ? Oui et non. Plutôt non, en vérité. Le bonheur, d’abord, il n’y croyait pas.

Il n’adhérait pas à cette fable pour la simple raison qu’il était dans l’incapacité de percevoir une autre réalité que celle de la non-permanence.

Alors le bonheur ... À d’autres !

Et puis, surtout, il ne se sentait pas sur une terre ferme. En lui-même il s’éprouvait ferme, bien planté, solide, oui.

Mais de sol ferme, il n’y en avait pas, oh que non.

Il se vivait tel ce personnage de l’histoire zen qui, tombé de la falaise, s’est rattrapé à une branche qu’il sent craquer sous son poids tandis que de son autre main il cueille des fraises sauvages poussées dans le creux de la roche et s’émerveille de leur goût.

Il était au courant.

Tout ne tenait qu’à un fil.

...

Chaque instant était un miracle, chaque respiration un don inouï, chaque petit plaisir une bénédiction.

Rien n’était dû, jamais.

Tout était accordé par une sidérante grâce.

Il était heureux et il n’en revenait pas. Il n’avait aucune intention d’en revenir.

------- Gilles Farcet

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Conférence de Christophe Massin

 Actualités avec Christophe Massin :



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mercredi 12 octobre 2022

Le Yin a le pouvoir


 Le pouvoir du yin démontré par l'hexagramme 9, le vent sur le ciel.


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source : Prendre les bonnes décisions grâce au Yi-King
par Cyrille J.-D. Javary, Nathalie Chassériau-Banas


mardi 11 octobre 2022

Le jet d'eau de Genève et nos pensées

 Le célèbre jet d'eau de Genève date de 1891. Il monte à 140m de haut.

Nous l'avons vu cet après-midi avant d'aller assister en présentiel aux enseignements de Jean Marc Falcombello.

Il parlait du surgissement des pensées depuis l'esprit et du retour des pensées dans l'esprit. La pensée n'est qu'une émergence de la conscience au sein de laquelle elle retourne sans y laisser de trace.

Son essence est vide, ce n'est qu'une apparence momentanée de la conscience, sans existence propre.


Le jet d'eau n'est pas différent du lac. Il n'est fait que de lac et il retourne au lac sans y laisser de trace.

Le lac prend la forme du jet et le jet retourne dans le lac. Il est totalement indifférencié du lac.


Ce que j'ai trouvé magnifique est l'apparition de l'arc en ciel qui semble différent de l'eau, alors qu'il n'est qu'une apparence créée par la condition extérieure du soleil.

Nos pensées aussi peuvent être accompagnées d'arc en ciel de toutes les couleurs suivant les conditions extérieures. Apprenons à reconnaître la vacuité de leur essence pour ne pas nous laisser entraîner par eux.


Avec toute mon amitié.


Philippe



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lundi 10 octobre 2022

Origine du non-agir

 

"Ne pas avoir de méthode est mauvais.

Rester entièrement dans la méthode est encore plus mauvais.

Il faut d'abord observer une règle sévère ; ensuite, pénétrer avec intelligence toutes les transformations.

Le but de la possession de la méthode revient à être comme si l'on avait pas de méthode".

Jieziyuan Huazhuan (Précis de peinture du Jardin du grain de moutarde)-Dynastie Qing

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dimanche 9 octobre 2022

« De la chenille au papillon »

En dépit de toutes les nouvelles anxiogènes qui nous parviennent, nous avons le pouvoir de transformer le monde. Paule Amblard, historienne de l’art, nous présente une autre perspective, fondée sur l'Évangile et semblable au travail de l'alchimiste : notre devoir est de nous métamorphoser.

Ce jour-là, assombrie par la lecture des journaux qui dressent un bilan peu réjouissant de ce qui nous attend, je rejoins un groupe d’enfants pour retrouver ma nièce. Ils jouent, déguisés en magiciens avec de grands chapeaux pointus et des capes sur lesquelles sont collées des étoiles, des fleurs et de drôles de planètes explosant de couleurs. De grandes baguettes argentées en mains, ils se poursuivent jusqu’à ce que l’un d’entre eux parvienne à toucher l’autre. À cet instant, ils prononcent la formule : « Immobilos, Lumos, Expelliarmus, Oubliettes », autant de mots qui ont les pouvoirs de transformer ceux qu’ils touchent. Je me fais expliquer qu’« Immobilios » rend l’adversaire incapable de mouvement, « Lumos » projette sur lui un rayon de lumière, « Expelliarmus » le désarme, et « Oubliettes » l’envoie ailleurs.

Transformer le monde


Loin de me faire oublier les prévisions sinistres des économistes, des écologistes, des biologistes et autres spécialistes, leur jeu me fait réfléchir. N’avons-nous pas dans ce monde un pouvoir de transformation ? Au Moyen Âge, on pense que tout est mouvement, rien n’est figé et qu’il appartient à l’homme d’être le gardien de l’ordre naturel, mais aussi d’œuvrer pour le rendre meilleur. L’être a le devoir de se métamorphoser sur cette terre, de trouver ses ailes comme la chenille qui devient papillon. D’ailleurs, sans hasard possible, on voit souvent leurs ailes représentées sur les sarcophages chrétiens.

La parabole des talents

L’homme est à l’image de ces éphémères, c’est un voyageur, un passant qui doit faire fructifier ses capacités. C’est l’enseignement de la parabole des talents dans l’Évangile de saint Matthieu (25,14-30). Un maître sur le départ confie à ses serviteurs différentes sommes d’argent. Lorsqu’il revient, il constate avec satisfaction que ceux à qui il a donné le plus ont su faire prospérer son héritage. Seul le serviteur qui avait le moins est devenu peureux, a enfoui son trésor dans le sol et l’a oublié. J’ai longtemps trouvé très injuste cette histoire car il est dit : « On donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. »

Mais si l’on entre dans une compréhension symbolique du récit, considérant la richesse des serviteurs comme une marque de leurs capacités intérieures, alors la clarté se fait et l’on plaint l’homme qui n’a rien fait de sa nature, même modeste. Il n’a pas créé de vie, il s’est enterré. Dans son existence terrestre, il était comme mort !

Découvrir un au-delà de nous

On voit bien aujourd’hui que face à l’incertitude des jours et aux mauvaises prospectives, notre unique moyen de résistance est d’aller chercher des ressources en nous-mêmes, de les révéler en apprenant à nous connaître et d’aller découvrir un au-delà en nous. Cet inconnu est autrement plus réjouissant. Contrairement aux événements tragiques de la planète, nous avons dans ce domaine une capacité d’action et, selon l’évangéliste ­Matthieu, une raison vitale d’accomplir ce travail intérieur.

Il paraît que nous sommes des fils de Dieu, des « coupes d’or dans la main du souverain ». Il y a eu quelques coulées de boues pour recouvrir l’or ! Jadis, les alchimistes désiraient transmuter la matière. Dans leurs creusets passés au feu, ils recueillaient une quintessence. La matière brute, l’œuvre au noir, purifiée, devenait blanche, puis rouge, signe de l’or spirituel illuminant la matière. Que l’on soit jardinier pour cultiver son jardin ou alchimiste pour faire de l’or, cet accomplissement ne sera jamais perdu, même si le monde l’est. Il nous reste à devenir de bons serviteurs !

Paule Amblard

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samedi 8 octobre 2022

pas de prise de tête


L'intellect bien utilisé est en prise directe avec la réalité interne et externe.

Plus il s'exerce, plus il devient pénétrant et efficace, plus il rend possible le passage de l'émotion au sentiment. 

L'intellect permet de voir, et quand on voit, on sent.

Il n'y a donc pas d'opposition entre l'intellect et le cœur.

Swâmi Prajñânpad,  Abc d'une sagesse.


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vendredi 7 octobre 2022

But de la thérapie

Ci-dessous un extrait du roman d’Anne Parillaud « Les abusés ». Ce roman décrit la descente aux enfers d’un couple dont la femme est une abusée et l’homme un pervers manipulateur. 

Dans l’extrait suivant, l’héroïne est admise en hôpital psychiatrique suite à une tentative de suicide.  Il s’agit de sa rencontre avec le psychiatre qui va la suivre, celui-ci lui décrivant le travail qu’elle aura à faire pour émerger de ses souffrances. Je trouve ce texte très éclairant sur le but de la thérapie :

« Où avez-vous enfermé la petite fille ? Celle que vous avez empêchée de grandir, de vivre ? Vous ne savez plus, j’imagine. Et même si vous le saviez, sans doute avez-vous perdu la clef de ce secret. Ce n’est pas grave, ensemble on la retrouvera ou on en fabriquera une nouvelle. Car aujourd’hui c’est vous qui êtes enfermée, mais elle qu’on doit libérer, cette victime innocente que vous avez bâillonnée pour l’empêcher de crier à l’injustice, de hurler à l’aide. Or, malgré vos stratagèmes, elle n’a cessé de vous supplier pendant ces années et vous l’avez rejetée, comme peut-être l’avaient fait votre père et votre mère. Délivrez-la ! Prenez-la dans vos bras ! Aimez-la comme elle vous aime, car jamais elle ne vous quittera. Pourquoi vous cacher pour pleurer ? Ce sont des larmes, entendez-les couler. C’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour ne pas être oubliée. Même grand, nos pleurs demeurent ceux de l’enfant abandonné avec ses blessures. Ne l’abandonnez pas une nouvelle fois, répondez à son appel. Ne soyez pas prisonnière du passé mais son héritière. »

[…]

« Avant de découvrir la vérité sur l’autre, découvrez celle sur vous-même. Tel est le défi que nous devons relever si vous acceptez que je vous accompagne dans le voyage qu’est l’exploration de la souffrance. Se connaitre est le commencement de la délivrance, seule cette connaissance permettra d’instaurer la paix dans votre esprit. Le pire ennemi de notre liberté réside en nous, l’homme est plongé dans un demi-sommeil, vit dans l’univers des rêves ; alors qu’il se croit libre et pensant, il est l’esclave de son inconscient. Toutefois l’homme peut se réveiller et s’évader de sa prison. Mais pour cela il doit comprendre qu’il n’est pas libre et possède le besoin impérieux de vouloir l’être. Établir la vérité sur soi, c’est reconnaître progressivement ses limites, ses vices, ses petits ou grands esclavages, son impuissance. Seulement cette découverte ne doit pas vous faire rebrousser chemin, ne pas être une occasion de repli sur soi, de découragement, de régression ou d’agressivité. Au contraire, il faut qu’elle favorise une avancée sur la voie de la libération, vous aide à sortir des langes de l’enfance qui comme on peut le suspecter, étaient sales. Elle ne doit pas davantage vous mettre en peine, en constatant que vous êtes la faiblesse même. A l’inverse, c’est en elle que vous vous élèverez. Alors attendez-vous à démasquer chaque jour de nouvelles imperfections. Comme on ne se délivre jamais des blessures, autant les accueillir. Se révéler à soi-même c’est arrêter de jouer à Colin-maillard avec son âme, c’est dénouer le bandeau et ouvrir les yeux à la lumière crue, même si elle vous frappe en plein visage. Si nous ne cherchons plus à la fausser mais à l’améliorer, la clarté sur nos défauts donne de la grâce à notre personnalité. L’objectif n’est pas, en fait, de trouver la vérité, mais de faire la paix avec elle. Comprendre pourquoi, comment se sont développés le secret ou la folie, et se délester de la culpabilité. Vous étiez prête pour une mort physique, commencez par la mort psychologique, par tuer ce personnage, l’égo que vous vous êtes construit avec des croyances, des identifications, des dépendances et leurs contenus destructeurs.  C’est déstabilisant d’effacer ses repères, tous les aménagements de surface s’écroulent. Et vivant un tel effondrement psychique, on est ramené vers les profondeurs, mais chaque fois qu’on s’en approche on fait tout pour s’en éloigner à nouveau. Comme une araignée qui retisse sa toile lorsque celle-ci a été en partie détruite, on reconstruit cette fausse identité parce que le passé garantit notre sécurité. Sans lui on a l’impression de ne devenir rien, de perdre tous les liens, tous les gains, de se dissoudre, or c’est au contraire pour mieux renaître.

J’ai moi-même traversé cette mort, donc je peux vous guider. Mais avant la résurrection, il y a la crucifixion. Lorsque vous aurez le courage et la volonté de vous débarrasser de l’illusoire pour embrasser le vrai, de vous confronter au risque de vivre et non de survivre dans les coulisses de l’existence, de parcourir les provinces de la psyché et d’en pénétrer les obscurités, de me suivre en terre inconnue, je serais là. »

Thierry Lepage

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jeudi 6 octobre 2022

L’homme et l’enfant


Ce n’est qu’un homme et un petit enfant
Dans une allée d’automne,
Un homme et un enfant s’en allant, souriant,
Sous une pluie de feuilles jaunes.
Ils ne se disent rien. L’enfant regarde
L’homme qui lui sourit.
Et ils s’en vont, main dans la main, sous les grands arbres
Vers un toit qui reluit.
Sur les arbres montrant obstinément leurs nids,
Le ciel se dore comme un fruit.
Ce n’est qu’un homme et un petit enfant,
Et l’on dirait que, tout joyeux, l’automne
Marche devant eux en semant
Du soleil et des feuilles jaunes.
Maurice Carême
Complaintes, 1975

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mercredi 5 octobre 2022

Parlons d'octobre

 

Courage d'élaguer le superflu avec l'introspection nécessaire...


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mardi 4 octobre 2022

Maurice Nicoll, (2)

 (suite et fin du passage traduit - volume 2, "Self Observation")

Je m'autorise une remarque en introduction : les Psychological Commentaries font six volumes ; et l'assimilation d'un seul passage, comme celui là, transforme la relation à soi même. L'important n'étant pas d'avoir accès à un buffet abondant mais de digérer, de "faire soi" - " digest, assimilate , make it your own"- Swami Prajnanpad- ne serait ce qu'un seul aliment de grande qualité. 


Photo : Mr Gurdjieff observant les "mouvements". A droite, Maurice Nicoll. Au piano, Alexandre de Salzmann

"Comment puis-je vous prouver que commencer à ressentir les nombreuses influences du Travail est différent que d'être complètement identifié à l'existence ? 

Bien entendu je ne peux pas le faire, en tout cas à travers une argumentation. Je ne peux pas davantage vous prouver que ce Travail dit vrai. 

Si vous êtes complètement identifié à l'existence, mieux vaut ne pas tenter ce Travail. En fait, le Travail ne cherchera pas à vous atteindre. À ce moment-là vous êtes juste plongé dans l'existence et sa perspective. Si cela vous satisfait, alors pourquoi chercher une nouvelle compréhension, un nouveau sens à notre existence sur cette planète imparfaite et violente ? 

Ce Travail et pour ceux qui éprouvent avec une certaine conviction que l'existence ne peut pas être comprise pour ainsi dire par elle-même. Si toutes les expériences que vous vivez vous satisfont, si vous sentez que cette existence est tout ce dont vous avez besoin, si vous êtes parfaitement satisfait de vous-même, si vous êtes content de tout ce que vous avez expérimenté jusqu'à présent, alors, je le répète, pourquoi aller à la rencontre de ce Travail ? Par contre, si ce n'est pas le cas, il vous faut être assez intelligent pour faire le lien entre votre insatisfaction et ce Travail. Il vous faut commencer à réaliser que vos nombreuses insatisfactions ne sont pas exceptionnelles et entrevoir ce que le Travail a à vous dire au sujet de l'existence : comment tout arrive, comment votre être attire ce qui vous advient, etc. Sinon comment le Travail peut-il vous aider ?

Je voudrais que vous réfléchissiez à cela. C'est une idée très profonde. C'est tellement facile de devenir négatif, d’ imputer la faute aux autres et aux circonstances.… C'est la comédie habituelle de l'existence. Mais le centre magnétique amène une personne à sentir qu'il doit y avoir autre chose, qu’il existe une autre histoire , pas uniquement constituée d’émotions et de tragédies. Le problème est un problème intérieur. Sa solution commence avec l'observation de soi pratiquée selon des instructions précises.

 Aussi, à moins que vous puissiez vous observer vous-même, le Travail reste lettre morte. Afin de vous observer vous-même, il est nécessaire de réaliser que vous n'êtes pas un mais plusieurs.  Tant que vous ne pouvez pas voir les différents « je » en vous, vous ne pouvez pas sélectionner ou rejeter. Et sans le travail et la compréhension de l' objet du dit Travail, vous ne serez pas capable de faire le tri de manière juste. Par contre si vous le faites, de nouvelles influences commencent à pénétrer votre vie intérieure. Vous commencez à ressentir le début d'une nouvelle vie , une  vie nouvelle  et pleine de grâce. Si vous y prêtez l’oreille,  quelque chose commence à croître en vous. Si,  quand vous perdez contact avec cela, vous le savez,  en ressentez le manque et cherchez à le retrouver, alors cela va revenir. Pendant longtemps, et c'est inévitable, on va faire des aller retours entre l'ancien et le nouveau. C'est une question d'appréciation intérieure , en rapport avec cette chose étrange que l'on appelle la volonté.  La volonté, c'est comme c'est se tourner,  sans violence, dans une certaine direction , malgré les empêchements, comme une aiguille magnétique. Mais tout cela, tout le commencement de cette octave dont nous avons parlé qui crée de nouvelles énergies, tout cela demeure quasi impossible si vous dites « je », si vous vous identifiez à tout ce qui se présente en vous. Dans ce cas là vous êtes plongé dans les ténèbres,  celles dont parlent les versets qui ouvrent la Genèse. La lumière n'y est pas encore extraite des ténèbres.

Maintenant je voudrais que certains d'entre vous remarquent particulièrement les « je « qui dévorent leur énergie. Récemment, j'en ai été infesté et pendant un moment je ne les ai pas remarqués J'ai considéré que ces pensées, ces mots et ces émotions étaient « moi » autrement dit, je dormais. Chacun d'entre vous  est cerné à l'intérieur de lui-même par des « je » négatifs, faibles, soupçonneux, étroits, stupides, médiocres, chicaniers. Certains d'entre eux sont devenus très forts suite à votre longue habitude de leur céder. Vous voyez qu'une personne perd soudain son énergie, devient faible , négative perdue, etc. Que s'est-il passé ?  Un certain « je » est en train de dévorer cette personne. Notre vie intérieure est bien plus dangereuse que notre vie extérieure avec tous ses périls. 

Bien sûr, il vous faut tous comprendre que cette doctrine des différents « je » ne vous enlève pas toute votre responsabilité. Seul un imbécile imaginerait cela. Faire le tri entre les différents « je », en prendre certains et en laisser certains et quelque chose de très réel. Il faut que vous souffriez de votre identification à certains « je » néfastes. Que cela vous cause une vraie douleur, une vraie souffrance. C'est une souffrance utile. Il vous faut apprendre à haïr certains « je » en vous-même faute de quoi, vous considérerez le travail de manière désinvolte, comme une excuse pour faire tout ce que vous voulez. Il y a des périodes où le travail vous met une grosse pression. Puis ça passe, pour un moment. Mais si le travail ne vous met jamais la pression, vous pouvez être sûr qu'il ne s’est pas encore décidé à véritablement vous atteindre.

Par Gilles Farcet

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dimanche 2 octobre 2022

Maurice Nicoll à propos de la pratique (1)

 Arnaud (Desjardins) à la fin de sa vie parlait souvent des « Psychological Commentaries » de


Maurice Nicoll (1884-1953 ), élève de Gurdjieff et d’Ouspensky. 

J’ai récemment  eu sous les yeux  les six volumes annotés de sa main. 

Mieux vaut tard que jamais, je commence à m’y plonger, après me les être procurés (un peu difficile mais pas impossible en cherchant) et je n’en reviens pas. 

Quelle clarté, quelle intelligence de ce qu’il nomme « le Travail », quelle perspective sur le fonctionnement de l’humain et sa possibilité d’échapper à la « machine » On est loin des berceuses « non dualistes » qui fleurissent à tous les coins de rue. 

Je ne dis pas que je ne publierai pas un jour un nouveau livre de « pédagogie » de ce que nous appelons l’enseignement, mais lire ces commentaires de Nicoll me conforte plutôt dans ma tendance actuelle à l’écriture poétique et littéraire qui me fait évoquer ce qui m’importe autrement, car , là,  en matière de « Travail », tout a été formulé, et si magistralement !


Je me propose donc d’en offrir de temps à autres quelques extraits choisis,  rapidement traduits par mes soins - ces commentaires ne sont pas disponibles en français. 

Pour inaugurer ce « feuilleton », un premier extrait à propos d’un aspect essentiel : la nécessite d’admettre que nous ne sommes pas « un » mais multiples (ce qu’Arnaud appelait « les personnages »), la mise en cause de notre sacro sainte image de nous mêmes et la pratique en elle même très simple  mais , pour le coup, radicale , de la non identification. Cet extrait figure dans le volume 2, sous le titre « Self Observation », il date du 13 mai 1944 …  Au passage, voilà bien la « voie directe » , celle qui, comme disait Arnaud,  traite directement des obstacles … 

"J'ai souvent pensé à ce que Gurdjieff enseignait, à savoir que beaucoup de moments d'observation de soi nous amènent à la longue à des photographies complètes.

 Cela signifie que la pratique du Travail nous conduit à prendre en temps réel des photographies de la manière  dont nous nous comportons réellement , ainsi que de notre comportement passé sur des années. Cela peut de fait s’avérer ébranlant… mais c'est dangereux,  à moins que l'on sache comment ne pas s’identifier,  comment ne pas être négatif ; autrement,  je l'affirme ce sera une affaire fort délicate. 

Vous vous identifiez seulement quand vous tenez à vous considérer comme une seule personne et par conséquent  vous attribuez tout ce que vous observez en vous-même. Vous l'attribuez à quelque chose que vous appelez « je » ou « moi ». Le Travail nous enseigne que ce je est imaginaire.  Bien sûr, si vous prenez tout ce que vous observez comme étant « je », alors vous serez en grande difficulté. Mais, comme vous le savez, le Travail commence par vous enseigner avec insistance qu’en vous-même il y a beaucoup de « je ». 

Si réaliser cela vous est insupportable, vous ne pourrez pas aller au-delà d'un certain point dans le Travail. Vous ne pourrez pas vous distancier de vous-même et si tel est le cas vous ne pourrez pas réellement saisir le Travail. 

Tout va demeurer personnel. Vous allez-vous sentir offensé. Supposez par exemple que vous vous identifiez toujours avec les « je » qui sont opposés à ce travail. Vous allez alors souffrir d'une souffrance tout à fait inutile. Avez-vous déjà réellement observé et appris à connaître les « je » négatifs qui disent toutes sortes de choses vis-à-vis du Travail,  souvent jusqu’au blasphème ? Allez vous considérez que ces « Je » sont vous-même ? 

Il y a toutes sortes de « je » petits et ignorants qui essaient de nous dévorer toute la journée. Savez-vous ce que signifie la distanciation intérieure ? Si tel n'est pas le cas alors ces petit « je » négatifs, ignorants, et stupides vont manger votre force de travail tel des souris et des insectes nuisibles. Quel dommage de leur attribuer l'autorité du « je »–vous-même !  À ce moment-là, vous allez être tiré vers le bas dès le moment du lever. 

C'est vraiment tragique de voir une personne investie dans le Travail, qui y aspire réellement, se montrer tout à fait incapable de réaliser qu'il y a en elle-même différents « je ». J'affirme que c'est une tragédie quand une personne ne comprend pas ce sur quoi le Travail insiste avant tout,  à savoir que nous ne sommes pas un mais plusieurs.  si vous ne pouvez pas commencer à voir cela , tout votre travail sera perturbé. Chacun d'entre vous a beaucoup de « Je » qui sont inutiles et pires qu'inutiles. Chacun a en lui des « Je » qui haïssent ce travail parce que ils savent que le Travail les affamera et même les tuera. Aussi luttent ils pour leur vie en essayant de vous persuader qu'ils sont vous-même.

Si vous dites « je » en vous référant à eux, à votre avis que va-t-il se passer ? Par contre si vous pouvez les voir comme des « je » en vous- même auxquels vous n’accordez aucun crédit , si vous décidez délibérément de ne pas croire à ce qu'ils disent et de ne pas agir selon leurs directives,  alors vous commencez à emprunter le chemin du Travail même si, pour l’instant,  ils sont  très souvent plus forts que vous. Il y a une formule dans le Travail  : « ceci n'est pas « je" Comprenez-vous ce que cela signifie ?  

C'est intéressant de remarquer à quel point la vanité et l'orgueil entrent en jeu à ce stade , si bien qu’ une personne proclame qu'elle est pleinement consciente , se connaît elle-même et agit toujours délibérément à partir d'un je réel . Bien sûr , ce n'est pas le cas.  C'est stupide d'imaginer que ce soit le cas ;  par contre c'est intelligent de remarquer que ce n'est pas le cas et c'est là que commence le travail sur vous-même.  C’est une expérience très extraordinaire de commencer à passer par cette perte du je imaginaire.  Cela signifie qu'on perd la face . Mais cela ne peut pas être entrepris - en fait ce n'est pas possible-  tant que la valeur que vous accordez au travail n’est pas suffisamment forte pour vous soutenir durant cette perte,  cette forme de dépersonnalisation.  Le Travail ne peut vous aider que si une part de vous a été réellement touchée par lui , assez pour vous maintenir debout quand vous commencez à désinvestir la fausse personnalité. 

Prenons des personnes qui se considèrent elles-même comme des hommes ou des femmes solides , cohérents. Pour elles l'idée qu'elles ne sont pas une personne mais beaucoup de personnes différentes, souvent contradictoires, sera quelque chose de repoussant. Ils vont soutenir qu’ ils se connaissent eux- mêmes qu'ils sont toujours une seule et même personne etc. etc. Et si des contradictions trop transparentes apparaissent ils se justifieront . Pourquoi ? Pour préserver cette idée imaginaire qu'ils se font d'eux-mêmes, la garder intacte et inviolée. 

C'est un tel travail que d'amener une personne à réaliser sur ce chemin l'existence en elle de bien des «je » différents et de lui faire ressentir leur existence. Certains d'entre vous se souviennent de questions qui était posées dans les premiers temps du Travail. Disons qu'une personne formule ainsi sa question : « je pense toujours que… » La réponse donnée était : quel « je » penses de cette manière ? » Vous conviendrez que c'est assez déconcertant de recevoir une tell réponse. Mais ne s’agit--il pas d'une réponse vraie? N'est-elle pas fondée sur cet enseignement qui commence en nous enjoignant de réaliser que nous ne sommes pas  un seul « je » mais beaucoup de « je »?  Une telle réponse est une réponse réelle. Si la personne en question avait formulé les choses autrement : «un certain je domine en ce moment en moi qui paraît penser comme ceci… » Alors la réponse aurait été différente . 

Cela signifierait que la personne à ce moment-là n'est pas identifiée. Mais qui parmi nous peut atteindre cette étape où il voit clairement qu'il ou elle est dominé à différents moments par différents « je » ? Qui d'entre nous est capable de voir la rotation des différents « je » en lui-même et à partir de cette vision de ne s'identifier avec aucun d'entre eux ;  ne pas toujours les considérer comme vous-même, vous,  solide,  permanent. Penser, imaginer que nous comme les autres sommes toujours identiques est une violence envers nous-mêmes comme envers les autres. Par contre si vous avez atteint  un stade  où vous pouvez ne plus considérer que chaque événement psychique, chaque point de vue , chaque pensée,  chaque état , chaque humeur est « vous », alors vous commencez à comprendre ce que dit le Travail à propos de la distanciation intérieure et de la sélection. Certains « je » sont vos amis ; d'autres « je » sont vos ennemis.  Certains « je » vous donnent de la force ; d'autres vous enlèvent de la force. Et certains, en fait, vous dévorent. Comment une personne investie dans le Travail peut-elle vivre dans un sommeil complaisant ou elle considère que tout ce qui survient en elle est « je ? 

Tout développement s'accomplit par un processus de tri, de sélection et de rejet. Mais si pour vous, tout est « je », comment pouvez-vous faire le tri ? Si vous vous occupez d'un jardin, vous enlevez les mauvaises herbes et prenez soin des plantes utiles. Mais si dans votre vie intérieure vous prenez tout comme vous, ce processus est impossible. Vous avez de mauvaises pensées ou de vilains sentiments …  Ne voyez-vous pas que si vous les considérez comme «je », comme vous-même, vous les renforcez ? Mettons que vous commenciez à comprendre ce grand enseignement au sujet des nombreux « je » et de la non identification : où cela va-t-il vous mener si vous vous identifiez avec les pensées et émotions négatives qui proviennent de ces différents « je » ? 

« D’accord", direz-vous : « oui, mais ces mauvaises pensées et ces émotions négatives sont en moi, donc que puis-je faire ? » Que pouvez-vous faire ? Vous pouvez être d'accord avec elles consentir à ce qu'elles vous disent,  vous identifier à elles et ainsi leur donner l'autorité du « je ». Mais supposons que vous ne soyez pas d'accord avec elles,  que vous ne consentiez pas à ce qu'elles vous disent , que vous ne vous identifiez pas avec elles,  et que,  les concernant,  vous ne disiez pas « je » ? Ces pensées et émotions vont-elles se renforcer ou s'affaiblir ? À votre avis ?

L'objet de ce Travail est de nous rendre conscient en nous-mêmes et conscient de nous-mêmes , conscient de ce qui se passe en nous, conscient de la grande circulation de pensées et d'émotions qui prend place à l'intérieur dans le royaume psychique invisible ,distinct du vaste monde extérieur, le monde physique peuplé de choses et de gens que les sens nous révèlent. C’est là, dans ce monde intérieur dans ce que nous y  choisissons et y rejetons, que réside la clé du Travail et donc de l’évolution.  Vous savez tous comment rejeter et sélectionner des choses dans le monde extérieur. Vous vous débarrassez des choses inutiles et veillez à garder les choses utiles. C'est la même idée. Supposez que, par une longue observation vous en veniez remarquer que certains « je » créent des humeurs,  des pensées et des émotions qui vous dépriment,  vous dévorent, vous rendent abattu, négatif, soupçonneux ou mal intentionné. Qu’allez vous faire ? Allez-vous donner votre pleine approbation à de telles humeurs , à de tels états,  allez-vous les considérer comme vous-même ? Pourquoi le feriez-vous ? Allez-vous pratiquer la non identification avec ces états intérieurs négatifs,  allez-vous vous exercer à ne pas les suivre, à ne pas les écouter ?

 Cependant, si vous ne parvenez pas à voir que vous êtes multiples et tenez absolument à vous considérer comme un, alors vous ne pourrez rien faire quant à votre vie intérieure.

Gilles Farcet