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mardi 24 juin 2025

Service

 

les semaines de service
se suivent
et se ressemblent
même si chacune
a nulle autre pareille
il n’y a personne pour servir
une forme affûtée quoique faillible
oeil lampe du corps rivé sur
les tours et détours
de l’humain qui n’en peut mais
oreille tendue au diapason
de la fréquence première
l’idée même de servir frise l’imposture
sitôt que se fait jour
la croyance qu’il serait possible
que quiconque aide qui que ce soit
personne ne peut aider personne
mais l’amour peut circuler
et faire son œuvre inimaginable

Gilles Farcet

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dimanche 9 octobre 2022

« De la chenille au papillon »

En dépit de toutes les nouvelles anxiogènes qui nous parviennent, nous avons le pouvoir de transformer le monde. Paule Amblard, historienne de l’art, nous présente une autre perspective, fondée sur l'Évangile et semblable au travail de l'alchimiste : notre devoir est de nous métamorphoser.

Ce jour-là, assombrie par la lecture des journaux qui dressent un bilan peu réjouissant de ce qui nous attend, je rejoins un groupe d’enfants pour retrouver ma nièce. Ils jouent, déguisés en magiciens avec de grands chapeaux pointus et des capes sur lesquelles sont collées des étoiles, des fleurs et de drôles de planètes explosant de couleurs. De grandes baguettes argentées en mains, ils se poursuivent jusqu’à ce que l’un d’entre eux parvienne à toucher l’autre. À cet instant, ils prononcent la formule : « Immobilos, Lumos, Expelliarmus, Oubliettes », autant de mots qui ont les pouvoirs de transformer ceux qu’ils touchent. Je me fais expliquer qu’« Immobilios » rend l’adversaire incapable de mouvement, « Lumos » projette sur lui un rayon de lumière, « Expelliarmus » le désarme, et « Oubliettes » l’envoie ailleurs.

Transformer le monde


Loin de me faire oublier les prévisions sinistres des économistes, des écologistes, des biologistes et autres spécialistes, leur jeu me fait réfléchir. N’avons-nous pas dans ce monde un pouvoir de transformation ? Au Moyen Âge, on pense que tout est mouvement, rien n’est figé et qu’il appartient à l’homme d’être le gardien de l’ordre naturel, mais aussi d’œuvrer pour le rendre meilleur. L’être a le devoir de se métamorphoser sur cette terre, de trouver ses ailes comme la chenille qui devient papillon. D’ailleurs, sans hasard possible, on voit souvent leurs ailes représentées sur les sarcophages chrétiens.

La parabole des talents

L’homme est à l’image de ces éphémères, c’est un voyageur, un passant qui doit faire fructifier ses capacités. C’est l’enseignement de la parabole des talents dans l’Évangile de saint Matthieu (25,14-30). Un maître sur le départ confie à ses serviteurs différentes sommes d’argent. Lorsqu’il revient, il constate avec satisfaction que ceux à qui il a donné le plus ont su faire prospérer son héritage. Seul le serviteur qui avait le moins est devenu peureux, a enfoui son trésor dans le sol et l’a oublié. J’ai longtemps trouvé très injuste cette histoire car il est dit : « On donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. »

Mais si l’on entre dans une compréhension symbolique du récit, considérant la richesse des serviteurs comme une marque de leurs capacités intérieures, alors la clarté se fait et l’on plaint l’homme qui n’a rien fait de sa nature, même modeste. Il n’a pas créé de vie, il s’est enterré. Dans son existence terrestre, il était comme mort !

Découvrir un au-delà de nous

On voit bien aujourd’hui que face à l’incertitude des jours et aux mauvaises prospectives, notre unique moyen de résistance est d’aller chercher des ressources en nous-mêmes, de les révéler en apprenant à nous connaître et d’aller découvrir un au-delà en nous. Cet inconnu est autrement plus réjouissant. Contrairement aux événements tragiques de la planète, nous avons dans ce domaine une capacité d’action et, selon l’évangéliste ­Matthieu, une raison vitale d’accomplir ce travail intérieur.

Il paraît que nous sommes des fils de Dieu, des « coupes d’or dans la main du souverain ». Il y a eu quelques coulées de boues pour recouvrir l’or ! Jadis, les alchimistes désiraient transmuter la matière. Dans leurs creusets passés au feu, ils recueillaient une quintessence. La matière brute, l’œuvre au noir, purifiée, devenait blanche, puis rouge, signe de l’or spirituel illuminant la matière. Que l’on soit jardinier pour cultiver son jardin ou alchimiste pour faire de l’or, cet accomplissement ne sera jamais perdu, même si le monde l’est. Il nous reste à devenir de bons serviteurs !

Paule Amblard

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dimanche 5 janvier 2020

Le service des mages...

C’est la fête des Rois Mages …C’est beau la science!

Justement l’histoire des Rois Mages est la rencontre de la Science , et pas n’importe laquelle : l’Astrophysique,  et de Celui qui allait « rompre le Temps » , comme on rompt le Pain, Jésus (avant et après Jésus-Christ , rupture du temps linéaire) . C’est la même réalité : rompre le Temps , rompre le Pain. Rompre le Pain signifiera une solidarité absolue : celle de la Communion . Rompre le temps linaire signifiera un renvoi au temps d’Éternité, celui de la Communion. D’où la fameuse galette des ROIS dans laquelle se cache le mystère du temps... 
Les anciens nous transmettent que le choix de Liberté consiste à se décider pour le Ciel ou l’enfer. La devise de l’enfer selon un grand nombre de cultures, c’est: « je ne servirai pas » , « ne comptez pas sur moi pour « servir » . L’enfer, ce n’est pas plus tard: c’est tout de suite, lorsqu’il y a « non service », ou plus souvent, impression qu’ « on ne sert à rien », «  que ça ne sert à rien ». Une sous devise de l’enfer c’est : « j’asservis : les autres sont « mes choses ». Une autre sous devise de l’enfer c’est : «  je m’asservis ». Enfin une ultime devise de l’enfer c’est : « je me sers ».  Or les sciences les plus avancées nous apprennent que si l’univers existe au moins tel que nous le percevons , c’est en raison des lois dites d’Associativité (Astrophysique ) ou  de Solidarités essentielles  (Botanique Jean-Marie PELT) . Tout est service dans l’Univers, monde des Rois mages. Le « non service »  : l’enfer,  est donc un non-lieu, un endroit qui n’a pas sa place, ni dans le Temps, ni dans l’Espace. Il s’exprime par le non partage,la possession,l’asservissement de soi et/ou de l’autre, l’inutilité,  le désespoir que ça ait servi à quelque chose…


Le « Ciel » ce n’est pas plus tard, c’est tout de suite aussi , quand «  tout »  sert  le « tout est Grâce »  . 
Or avec Noël: l’incarnation de la Parole en Jésus-Dieu (Serviteur) , tout devient service, même le pire: le massacre des Innocents.  On retrouve ces notions en Sciences. Lorsque vous étiez un tout petit embryon , vos mains comportaient des palmes. Votre programme génétique a envoyé  aux cellules qui allaient faire vos doigts  le un message suivant : « Continuez à croître pour être au service de la vie »  et les cellules qui allaient faire vos doigts  ont continué à croître pour faire vos doigts. Tandis votre programme génétique a envoyé un message aux cellules qui faisaient les palmes: «  Acceptez de mourir pour être au service de la vie »  et les cellules qui faisaient les palmes ont accepté de disparaître pour être au service de vos mains. Les mains sont le même "méridien" que le cœur (pour être simple!). Cet exemple , parmi mille et mille autres, montre que l’enfer : le non service, n’est même pas la mort , c’est inclassable , c’est pourquoi ça dépasse le petit être humain.C’est pour cela que ça renvoie à Dieu Lui-même comme Lieu de Mystère.  
Les Rois Mages règnent sur des domaines conduits par l’Étoile... Les constellations… Ils règnent en Serviteurs de la Révélation. Ils sont également les Serviteurs de l’exil vers l’Égypte… sans même le savoir… et même en « Serviteurs »  du pire: le massacre ordonné par Hérode!! Bientôt Jésus, dont le nom veut dire «  Dieu sauve » , permettra que les pires horreurs finissent « au service », finissent par trouver un sens pour ceux et celles qui Le vivent comme Sauveur… car, « solidarités essentielles : «  Nos larmes coulent sur les joues de Dieu »

Prière de Ravensbruck

"Seigneur, ne te souviens pas seulement des hommes et des femmes de bonne volonté mais aussi de ceux qui n'en furent pas. Ne te souviens pas seulement des souffrances qu'ils nous ont fait subir mais aussi des fruits que nous avons portés grâce à ces souffrances : notre amitié, notre loyauté, notre  humilité. Souviens-toi du courage, de la générosité, de la grandeur d'âme qui ont jailli de tout cela. Et quand viendra pour eux l'heure du jugement, permet que tous ces fruits que nous avons portés leur soient comptés en pardon."

Extraite du livre "Le développement de l'homme en huit étapes" de Denis et Matthew LIN et Sheila FABRICANT (DDB)

MTBC

dimanche 19 juin 2016

Martin Maindiaux, "je me fie chaque jour à la Providence"

Il est arrivé au Cambodge il y a 19 ans pour une mission de six mois avec Enfants du Mékong et il n'en est plus reparti. À l'origine de son choix de vie, une aventure au Mexique digne d'un western. Et un voeu à la Vierge de Guadalupe.

C'était dans le village mexicain de Comalcalco, dans la province de Tabasco, en 1996, j'avais 31 ans. J'étais parti aider un ami négociant pour la saison de la récolte du poivre. Les choses ont mal tourné quand nous avons décidé d'aller nous approvisionner directement auprès des petits agriculteurs en court-circuitant les gros exploitants. En route vers une banque du village, je me suis fait tirer dessus par un petit homme moustachu dont l'image est toujours dans ma mémoire. Sans ressentir de douleur sur le coup, je regardais avec stupéfaction mon bras tordu et lourd, et mon t-shirt devenir rouge. La balle avait traversé le poumon gauche et était ressortie par le côté pour aller se loger dans mon avant-bras.
J'ai été opéré à l'hôpital local mais le médecin me donnait peu de chance. Il fallait m'évacuer en urgence à Mexico City. On m'a mis dans un pick-up bâché, sur une civière, pour filer à l'aéroport. Au-dessus de ma tête, j'ai aperçu un autocollant de la Vierge de Guadalupe, tant vénérée là-bas. Jusque-là, je croyais que Notre-Dame de Guadalupe était une île lointaine ! La douleur devenait terrible. « Si je survis, je promets de servir », ai-je prononcé intérieurement. À l'hôpital de Mexico, une petite soeur m'a donné une médaille de cette même Vierge. J'ai alors juré que si je m'en sortais, j'irais faire un pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe, situé dans la capitale. Je m'en suis miraculeusement sorti. Je suis allé au sanctuaire, le bras encore paralysé et le poumon en feu mais l'atmosphère du lieu m'a « pris aux tripes ». J'ai alors fait mon premier vœu devant elle : fini le business. « Je suis là pour servir. Envoyez-moi où vous voudrez », lui ai-je dit. 
Peu après mon retour en Europe, j'ai contacté Enfants du Mékong, une ONG qui cherchait un volontaire pour développer des projets de parrainage scolaire d'enfants au Cambodge, dans des zones où la guérilla civile avec les Khmers rouges sévissait encore. J'ai débarqué là-bas le 17 septembre 1997, pour une mission de six mois. Je n'ai plus quitté le pays depuis, et continue de me mettre au service de ces enfants défavorisés, aujourd'hui comme directeur de l'ONG au Cambodge, où nous soutenons la scolarisation de 3450 jeunes parrainés par des Occidentaux. Dans le centre où je vis, à Sisophon, dans le nord-ouest du pays, je côtoie les 480 enfants qui bénéficient de nos activités pédagogiques, soutien scolaire, foyers d'accueil...
Je dois vraiment à Notre-Dame de Guadalupe d'être encore en vie, d'avoir fait un choix définitif et d'être si heureux malgré les épreuves. J'étais déjà pratiquant avant cette aventure, mais depuis mon voeu, j'ai fait la démarche concrète de remettre ma vie entre les mains de la Vierge. Ma foi s'est appuyée sur la confiance en la Providence. Si un tueur professionnel n'avait pas réussi à me tuer, c'est que le Seigneur me donnait une prolongation pour une mission précise. Depuis, chaque fois que j'ai un ras-le-bol, un coup de révolte, je demande dans ma prière : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Je me retire dans mon oratoire, lieu bien coupé du monde, et là je peux rester des heures devant la statue de la Virgen de Guadelupe, pour faire le vide dans ma tête et dans mon coeur... et en sortant, je dis : « Maintenant, que Votre volonté soit faite. » Je ne suis pas un mystique, je parle peu de ma foi. Mais je ne pourrais pas remplir ma mission ici sans être chrétien, sans avoir un « règlement intérieur » que je puise dans les Dix Commandements. C'est un cadre qui me donne toute latitude pour agir au quotidien.
Cette démarche d'abandon, même si elle ne relève pas toujours de l'évidence, est une philosophie de vie qui me permet de rester heureux et simple. Il m'est arrivé un tas de « tuiles » au Cambodge. J'ai eu quatre fois la dengue, deux fois la typhoïde, une fois le chikungunya, la salmonelle, un zona, je me suis fait rafistoler le poignet, la jambe, les deux genoux et une épaule... C'est contraignant mais je vis avec. Tant qu'il a besoin de moi, le Seigneur fera en sorte que j'aie la santé.
« Qu'est-ce qui est vraiment important ? » : telle est la question que je me pose souvent au cœur de la gestion administrative du centre. Réponse : l'épanouissement des enfants parrainés. Mon objectif principal est qu'ils retrouvent confiance en eux, qu'ils entrevoient un avenir grâce à une scolarité réussie ou à une formation professionnelle adaptée. La richesse et la simplicité des relations me font aussi reconnaître que je ne suis pas parfait. J'avance avec mes faiblesses parce qu'elles me poussent à me mettre à l'écoute des autres. Rien ne me rend plus heureux que de résoudre le petit problème d'un des enfants du centre. Ils sont ma famille. Les Khmers me demandent : « Pourquoi tu ne te maries pas ? » Je réponds en blaguant que je reste célibataire pour rester libre. Cela ne veut pas dire être libéré d'un engagement qui serait un poids, mais libre de me rendre à tout instant disponible pour répondre à un appel.
Les personnes âgées ou handicapées et les enfants ont ceci en commun : une franchise qui ne trompe pas. Je l'ai constaté en travaillant dans différentes associations. C'est sans doute mon père, très engagé dans le social, qui m'a transmis ce goût du service. Souvent les gamins khmers me demandent : « Pourquoi tu m'aides ? » « Combien tu gagnes ? » Je leur réponds que cela me rend heureux. Je suis témoin chaque jour de ce que l'amour construit. Je pense à une filleule arrivée au centre dans des circonstances familiales difficiles. Elle était très introvertie. Nous avons peu à peu réussi par le jeu, la taquinerie, à l'aider à s'ouvrir. Elle suit maintenant une formation professionnelle à Siemreap, dans une école hôtelière. Elle vient de temps à autre à la messe avec moi, même si elle n'est pas croyante, pour me remercier. À mon tour, je me rends parfois à la pagode.
Ces partages sont des « cadeaux ». Il en va de même pour la confiance que les parents des filleuls me témoignent. Quand ils m'accueillent chez eux, dans leurs habitations misérables, ils ne me donnent pas leur surplus, mais ce qui va leur manquer demain. C'est une leçon incroyable.

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dimanche 30 décembre 2012

Serviteur inutile par Olga Lossky


Chaque jour, en remontant la rue, je le croise. Toujours debout à la même place, entre un platane et un parcmètre. Le même survêtement délavé, le même pull aux mailles fatiguées, quelle que soit la couleur du ciel. On pourrait croire qu’il guette l’autobus ou qu’il surveille le ballet des voitures. Mais il reste muré dans son silence, le regard lointain, indifférent à l’agitation environnante. Il semble qu’il n’attende plus rien de cette vie, lui qui n’a visiblement ni table où s’accouder, ni toit sous lequel s’étendre. Il a atteint le dépouillement de toute chose, qui est peut-être un état de grande sagesse, peut-être simple hébétude. Il ne cherche même plus à s’activer, à faire mine d’avoir un emploi du temps pour donner le change. Sur cette limite extrême où il marche tel un funambule, on sent le néant proche ; il contemple la vacuité vertigineuse d’une vie réduite aux sensations de l’instant, mais il est possible qu’il ait aussi trouvé là une plénitude de sens. 


Dans nos agendas saturés d’activités que nous impose une existence faite de loyer à payer, de réseau social et d’ambitions professionnelles, aucun créneau disponible pour une telle rencontre avec le vide. Et pourtant, quand surgit sur la route l’imprévu d’une maladie, d’un deuil, d’un événement non programmé – heureux ou tragique – tout peut soudain voler en éclat. Malgré le cadre rassurant de nos habitudes, c’est alors comme si plus aucune perspective ne s’ouvrait face à nous. Nous parcourons d’un œil creux la liste des obligations qui composent notre vie, sans y trouver du sens. Nous pourrions aussi bien être cet homme debout au milieu de la chaussée, qui passe sa journée à ne rien attendre.

C’est alors que peut se produire une rencontre avec le Tout-Autre. Dans ce qui nous semble une descente aux enfers intérieure, nous découvrons, au milieu du vide qui nous habite, une Présence. Présence à laquelle le tourbillon de nos activités nous avait rendus aveugles. Présence si humble que rien sinon la solitude forcée où nous nous trouvons permet d’en discerner les contours. Présence si grande et si éclatante qu’elle est de taille à emplir le néant qui menaçait de nous engloutir. À nous de savoir alors dire oui à cette rencontre, d’y voir du sens. Notre vie pourra ainsi reprendre forme, sans doute pas celle que nous programmions, mais qui sera faite d’un abandon confiant à la plénitude de l’instant vécu sous le regard de Dieu, sans souci de l’incertitude de l’avenir.


« Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire » (Luc 17, 10). Voilà quelle peut être la clef de notre attitude face à la vie : accomplir avec sérieux notre tâche, nos obligations sans nous départir de la pensée que rien n’est indispensable, rien sinon ce face-à-face silencieux au plus profond de nous-mêmes. Chef d’entreprise ou sans-abri, garçon de café ou retraité, nous sommes des serviteurs inutiles, que nous soyons fourmis industrieuses ou cigales dépassées par la cadence trépidante de la société qui nous environne. Qu’il demeure seulement en notre cœur la certitude de cette Présence aimante, transcendante, par laquelle tout devient signifiant et qui donne à chaque seconde de vie, même la plus humble et la moins productive, son véritable contour. Nous ne sommes faits ni pour l’affairement excessif, ni pour le renoncement désabusé à toute forme d’activité ; nous sommes faits pour ce dialogue d’amour incessant mené au plus caché de nous-mêmes avec Celui qui constitue la racine de notre être et qui, de serviteurs inutiles, nous transforme en amis intimes de Dieu.


Issue d’une lignée de théologiens orthodoxes, Olga Lossky, 32 ans, est écrivaine et éditrice. Elle a rédigé la biographie de la théologienne Élisabeth Behr-Sigel. Ses romans Requiem pour un clou et la Révolution des cierges (Gallimard) ont été traduits en plusieurs langues.
(source : La Vie)