vendredi 5 juillet 2019

Apprendre à se reconnaître dans notre nature essentielle


Nous connaissons cet adage attribué à tort à de nombreux philosophes : « Deviens qui tu es » et que nous devons restituer à son auteur : Pindare (5è siècle avant J.C.), sans omettre de mentionner ce qu'il a lui-même ajouté : « ... quand tu l'auras appris. »

C'est bien d'un apprentissage qu'il s'agit, dans lequel nous devons nous engager : nous reconnaître dans ce que nous sommes au plus profond, reconnaître ce que nous ignorons de notre nature d'être humain, pleine, une, en ordre.

Sur la voie du zen, nous sommes invités à réintégrer notre part ignorée, oubliée, négligée et cependant non manquante. Nous nous en sommes privés en raison de cette conscience objectivante qui sépare, cloisonne et divise.


Alors que devons-nous apprendre ? Que nous sommes déjà ce que nous cherchons ?
Certes... Mais comment l'apprendre ? Nous devons nous mettre en mesure d'avoir foi en cette émanation du corps vivant, qui, tout à fait silencieux et immobile, nous révèle à nous-mêmes en dehors de toute singularité et de toute identité. La méditation - le corps méditant - nous met en condition de penser autrement, c'est-à-dire à partir d'un principe d'unité des contraires. Nous devons apprendre à laisser le corps « émaner » et nous enseigner ce dont il procède, le laisser développer cette aptitude à le manifester.

Apprendre à laisser : voilà en quoi réside notre tâche dans laquelle nous avons à nous engager avec la plus grande opiniâtreté. Laisser le corps vivant œuvrer... nous ne pouvons pas nous borner à penser que « nous sommes », nous devons apprendre à laisser le corps vivant nous révéler que nous sommes.

Nous avons la chance de nous asseoir chaque jour et de nous sentir être poussé malgré soi et d'une manière irrépressible par le souffle qui s'impose à nous et nous oblige. Une poussée dans notre devenir qui coïncide avec la fermeté d'un « être-là ». L'éprouvé immédiat qu'être et devenir de s'opposent pas, nous ouvre cette autre compréhension de nous-mêmes.

La rigueur d'une discipline exigeante qui prend corps dans la tenue (« prendre corps » n'est pas une métaphore) et dans cette verticalité, celle de quelqu'un qui assume totalement à l'instant son être-là et la situation telle qu'elle se présente, associée à l'acceptation d'un processus de transformation qui se révèle dans la forme fluide, souple et transparente, donne lieu à une expérience phénoménale (sensorielle) de l'unité des contraires.

Agir et non-agir, fermeté et abandon, apparaissent « un » dans l'expérience et donne à sentir ce que le mental ne peut ni réunir ni exprimer. Il nous faut bien apprendre à reconnaître cela, à prendre en compte le fait que nous sommes cette expérience. Il nous faut aussi apprendre à penser et à vivre à partir de cette expérience afin de ne plus nous limiter aux conditionnements de notre conscience objectivante.

Le corps vivant nous apprend, il faut apprendre à le laisser nous apprendre le Tout Autre (selon l'expression de Dürckheim), nous-même – Tout Autre : non pas quelque chose, non pas rien, alors quoi ? Un éprouvé qui émane du corps méditant.
Apprendre à laisser les choses s'engendrer d'elles-mêmes parce qu'il n'y a rien à faire. La vie devient alors une œuvre d'artiste, fruit d'un long travail (apprendre) et d'une liberté (laisser) dégagée de tout vouloir. L'activité de reconnaissance de ce que nous sommes est bien celle que nous devons apprendre, elle siège dans chaque exercice sur la voie, elle est indissociable de l'acte d'être.


Une parole d'artiste saura nous engager sur ce chemin : « Parvenir à “être sans vouloir”, cela demande une activité intense, l'air de rien. » 
(Fabienne Verdier - « Entretiens avec Charles Juliet ») 

 Dominique Durand

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jeudi 4 juillet 2019

L’exercice appelé Zazen par Jacques Castermane


Hirano Katsufumi Rôshi a été Maître des Novices au Temple Eihei-ji au Japon (vieux de 775 ans) pendant plus de vingt ans. Il dirige actuellement des sesshin aux USA, en Equateur, en Suisse, en France.(1)
Depuis 2011, nous avons (eu) le privilège, la joie et l’honneur de le recevoir au Centre. Il y a quelques jours, il est revenu pour la sixième fois nous rencontrer lors d’une sesshin . Je transcris, ci-dessous, les réponses qu’il a données à deux questions fondamentales : - Hirano Roshi, pouvez-vous nous dire ce que signifie le kanji « za » et le kanji « zen » qui sont associés dans l’expression « zazen » ?
Réponse : « Za signifie “s’asseoir” ; Zen signifie “calme”» .
- Que doit on faire lorsqu’on pratique zazen ?
Réponse : « Rien! »

LE CALME ?
Au 13ème Siècle, aux moines qui pratiquent zazen, Maître Dogen, fondateur de l’école Sôtô, pose régulièrement cette question : « Si vous ne trouvez pas le calme ici et en ce moment, vous le trouverez où et vous le trouverez quand ? »
Au 7ème Siècle, Hui Neng, présente le Ch’an en disant : « ma méthode est le calme et la sagesse ! Là où est le calme est la sagesse ; là où est la sagesse est le calme ». 
Dans son premier ouvrage, « Le Japon et la culture du silence » (2) , en 1950, Graf Dürckheim écrit : « L’homme (l’homme occidental) n’a peut-être jamais aspiré au calme avec tant de nostalgie. Jamais il n’a été aussi prêt à se réserver un espace de silence - à condition de savoir où trouver cet espace. »
Le calme n’est pas le contraire de l’agitation, de l’impatience, de l’anxiété et autres symptômes qui ont pour cause une activité mentale incessante. Le calme est une qualité d’être, une manière d’être, qui a sa source dans cette part de nous-même que les Maîtres zen désignent comme étant la vraie nature de l’être humain ; ce que Dürckheim appelle notre être essentiel.
Je ne peux pas fabriquer le calme à coups d’exercices ! En même temps, la rupture avec l’ego, centré sur l’activité mentale, nécessite un entraînement dont on ne peut pas faire l’impasse. Cet entrainement s’appelle zazen.
Que doit-on faire lorsqu’on pratique zazen ? Réponse : « Rien ! »

RIEN !
La réponse d’Hirano Roshi est insolite pour nos oreilles occidentales. Parce que si je ne fais rien … rien ne se fera, n’est-ce pas ? Et pourtant ! Je vous invite à vous asseoir (sur une chaise ou sur un zafu), à vous tenir droit (en évitant d’être crispé ou avachi) et, pendant quelques minutes, à exercer une absolue immobilité. Vous pourrez aussitôt découvrir et contempler (3) que vous ne devez rien faire pour respirer, que vous n’avez rien à faire pour que votre cœur batte, que vous n’avez rien à faire pour vivre, pour être !
De même, il n’y a rien à faire pour revenir à notre état de santé originel : le calme intérieur. Ne cherchez pas le grand calme … laissez-vous trouver par cette qualité d’être !

ÉCUEIL !
L’amalgame qui associe abusivement zazen et la méditation.
La méditation est une pratique liée à un but. Par exemple le bien-être ou la santé. J’invite les personnes qui doutent de ce postulat à consulter la liste des cent bienfaits pour l’ego promis à celles et ceux qui pratiquent la méditation de pleine conscience. Zazen est pratiqué sans but. Dès le premier pas sur ce chemin d’éveil à notre vraie nature il nous faut mettre tout en œuvre pour engager une rupture avec la conscience-moi. Rupture avec les désirs du moi, l’ambition du moi, les attaches du moi. (4)
C’est lorsque la multitude des choses à laquelle le moi s’identifie se tait que notre être essentiel nous parle à travers cette parole-événement : le Grand Calme Inconditionnel.

Jacques Castermane

1 Pour Paris, consulter le site : www.tenchijin-zen-kai.fr (Jocelyne Derudder) 
2 Karlfried Graf Von DÜRCKHEIM : Japan und die Kultur der Stille. München- Planegg: O.W. Barth 1950. 126 S.
3 Contempler ? Voir ce qui est vu sans examen de ce qui est vu ; sentir ce qui est senti sans transférer ce qui est senti dans des représentations mentales. 
4 Un maître zen, Shohaku Okumura, propose une image de zazen éclairante : « Zazen, c’est ôter les vêtements de l’identité pour laisser se révéler notre être-nu ». 
Voici le texte en intégralité : 

Zazen : Laisser se révéler notre être-nu « Nous portons des vêtements de métiers tels que médecin, avocate, mécanicien, prêtre, élève, enseignante. Mais quand nous sommes assis face au mur et abandonnons la pensée, la comparaison à autrui incluse, nous enlevons toutes ces tenues. En zazen je ne suis pas prêtre bouddhiste japonais, je ne suis ni japonais ni américain. En zazen, nous ne sommes ni riches ni pauvres, ni bouddhistes ni chrétiens. Les termes : japonais, américain, chrétien, bouddhiste, homme et femme, sont pertinents uniquement lorsque nous nous comparons aux autres. Quand je me compare aux américains je suis japonais, mais avant que je sache qu'il existe des personnes qui ne sont pas japonaises, je ne savais pas que j'étais japonais. Lorsque nous sommes simplement assis en zazen face au mur, nous ne sommes ni des êtres vivants illusionnés ni des bouddhas éveillés, nous ne sommes ni vivants ni morts, mais simplement tels que nous sommes. C'est tout. En zazen nous retirons tous nos vêtements et devenons le soi nu. » 
(Shohaku Okumura) 

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lundi 1 juillet 2019

Acceptation ou non-discussion...


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Alexandre Jollien : Tu dis souvent que maintenant, il n'y a aucun problème. 

Daniel Morin : Je dis aussi que pour avoir un problème, il faut du temps pour le penser ou l'exposer. Ce qui est n'est pas un problème. C'est l'interprétation qui en est faite qui donne l'illusion d'un problème. Un problème, c'est quelque chose qui nous bloque, ce n'est pas synonyme d'une situation difficile. Ça ne t’empêche pas de souhaiter le plus rapidement possible une amélioration dans le temps. Si ton bras est cassé, c’est légitime de souhaiter guérir le plus vite possible, mais sans surimposer l’image fictive d’un bras non cassé sur la réalité d’un bras cassé. Autrement dit, sans partir dans l’enchaînement des pensées: si j’avais su, je n’aurais pas dû, etc. Chaque situation invite à la question : Qu’est-ce que je peux faire ?

A - Contrairement à l’acceptation, il n’y a pas de préparation pour vivre cette attitude de non-discussion ?

D - Non. Toute ton attention est disponible dans l’acte présent.

A - Donc l’acceptation peut être un leurre si on la voit comme une approbation à donner à une situation vécue.
D - Oui, tout à fait, parce que celui qui croit pouvoir dire oui ou non à une situation ne met pas en doute le faux moi, et cela a des conséquences graves. Celui qui a le sentiment de ne pas pouvoir accepter est jugé ou se juge lui-même comme un incapable.

A - Est-ce que cela fonctionne pareil avec le lâcher prise ?

D - Lâcher implique que tu tiennes quelque chose. La vraie question est : qu’est-ce que tu tiens ? Bien souvent, ce que les gens tiennent, ce sont leurs croyances, leurs idéaux. Et ils n’ont aucune envie de les lâcher ! Lâcher, c’est ouvrir. Si tu tiens par exemple un bâton au-dessus d’une falaise, et que tu le lâches, il va tomber dans le vide. Mais si tu te tiens d’une main à une branche sur la paroi au-dessus du ravin, le fait de lâcher n’aura pas la même conséquence !


Le véritable lâcher-prise, c'est lâcher moi. 
Ce n'est pas moi qui dois lâcher.

Extrait de "Maintenant ou Jamais"
 de Daniel Morin
 (Editions Accarias L'Originel)

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dimanche 30 juin 2019

De l'enfance à l'adulte...


Et je citais il y a quelques jours seulement cette définition de la libération par Swâmiji, une de ces petites définitions qui, chaque fois, m’atteignaient au bon endroit : 
« Être libre, c’est être libre de papa et maman. » 

Arnaud Desjardins


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samedi 29 juin 2019

Toucher le coeur....



L'empathie... 
C'est, à la vitesse de l'éclair, sentir ce que l'autre sent et savoir qu'on ne se trompe pas. 
Comme si le cœur bondissait de la 
poitrine pour se loger dans la poitrine de l'autre.
C'est une antenne en nous qui nous fait toucher le vivant, 
Feuille d'arbre ou humain. 
Ce n'est pas par le toucher qu'on sent le mieux mais par le cœur. 
Ce ne sont pas les botanistes qui connaissent le mieux les fleurs, ni les psychologues qui comprennent le mieux les âmes, 
C'est le cœur... 

Christian Bobin.

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jeudi 27 juin 2019

Surprise !


J'ai admiré aujourd'hui une violette aux fleurs ouvertes sur le bord d'un trottoir. 
C'était beau de voir cette puissance d'épanouissement contrastant avec l'uniformité de l'enrobé. 
La beauté ne se laisse pas enrober par l'homme mais le cœur peut se laisser transpercer
 par l'apparition d'un interstice, une robe de nature entrouverte sur le mystère d'une présence...


Ils ont fait de toi une image,
ils ont fait de toi une idole,
ils ont fait de toi une Eglise.
Moi, je fais de toi un coquelicot,
l’étendard minuscule de l’éternel,
le fleurissant par surprise.
(Christian Bobin)

mercredi 26 juin 2019

Mouvement de la Vie


La Vie est continuellement en mouvement. Ce qui semblait être la vérité

dans le passé a maintenant perdu sa fraîcheur dans l’instant.

Le temps ne conserve pas la Vérité pour que vous la dégustiez plus tard.

Vous l'interprétez et la gardez en réserve seulement pour vous sécuriser.

Rechercher la vérité dans le passé équivaut à tenter de redonner goût et

vitalité à des aliments flétris afin qu’ils reprennent vie.


Ce qui vous est offert dans l’instant, accueillez-le sans l’alourdir de vos

jugements et alimentez-vous de seconde en seconde dans les

grands jardins frais de la Vie.


Laissez éclater les barreaux de votre prison imaginaire et regardez votre

monde tel un oiseau qui vole librement dans le ciel. Regardez-le avec une

curiosité enfantine. Les indices sont là, vivants, si près de vous

que vous ne les voyez pas.


Vous n’avez pas à mériter la Vérité. Vous n’êtes pas non plus les victimes

d’un monde fou. Vous rêvez, tout simplement, et vous l’avez oublié.

-Betty

mardi 25 juin 2019

lundi 24 juin 2019

Pas à Pas !


Connaissez-vous l’histoire du kaizen ? On est en 1941. Les dirigeants américains savent qu’en dépit de l’isolationnisme de leur pays, il va falloir entrer en guerre contre l’Allemagne et le Japon et que cela signifiera un chambardement fou de leur économie. Comment métamorphoser en quelques mois une industrie de paix en machine de guerre, surtout dans une démocratie ? L’un des artisans de la réussite était un ingénieur statisticien du nom d’Edwards Deming. 
Sa méthode, le TWI (training within industries), partait du principe que les plus grands voyages commencent par un premier pas. Plutôt que d’attendre de grandes décisions qui prendraient des mois, voire des années, il fallait s’y mettre illico, « à tout petits pas » et à tous les niveaux. Du directeur au dernier des balayeurs, chacun était invité à faire des suggestions, même de détail, pour modifier la production. Le TWI marcha si bien, qu’après Hiroshima, les Américains l’enseignèrent aux Japonais. Ces derniers, sidérés que les vainqueurs veuillent les aider à rebâtir leur pays, se rendirent compte de l’efficacité de la méthode et l’adoptèrent, en la rebaptisant kaizen (littéralement « amélioration continue »). 


70 ans plus tard, les psy américains découvrent... le kaizen japonais, et l’appliquent avec succès à leurs patients les plus rétifs au changement. Les exemples sont stupéfiants. Une femme trop grosse, qui ne parvient pas, depuis des années, à faire du sport, se voit prescrire trente secondes de mouvement par jour – au début quasi immobile devant sa télé ! 
Un homme qui redoute de se mettre à l’espagnol accepte d’apprendre un mot par semaine. Une femme surendettée, atteinte de « consumérite aiguë », va retirer un objet, un seul, de son caddie avant d’arriver à la caisse. Un homme trop stressé va repérer chaque soir un point douloureux de son corps et respirer dessus pendant 30 secondes. Etc. 

Les résultats sont là : en un an, les comportements de ces personnes ont radicalement changé. 

Explication : la plupart des gens désirent évoluer, changer, mais n’y arrivent pas. 
Affolés par l’idée qu’il faudrait « se jeter à l’eau pour apprendre à nager », nos structures psychiques archaïques se bloquent. Excellentes pour combattre ou fuir, ces structures veillent à notre survie, mais pas à notre évolution. 
Pour ne pas les effrayer, une seule solution : proposer de tout petits changements, faciles à atteindre ; puis, une fois un début de confiance établi, peu à peu monter en régime. 

Appliquons donc sans attendre la voie du kaizen dans nos façons de manger, de nous soigner, de nous déplacer, de nous chauffer, d’éduquer, de vivre ! L’avenir du monde en dépend.  

source : Nouvelles Clés

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dimanche 23 juin 2019

Penser comme une montagne avec Joshin Luce Bachoux

« Quand on pense comme une montagne, on pense aussi comme l'ours noir, de sorte que le miel coule sur notre fourrure pendant que nous prenons l'autobus pour nous rendre au travail », dit Robert Aitken, moine bouddhiste américain. Ah, rêvons ! Ours noir mais aussi dauphin, abeille, pourquoi pas hérisson, poulpe ou éléphant... Sortir de nos limites, sortir de nous-mêmes, expérimenter pour mieux aimer, pour mieux comprendre. Laisser vivre avec nous, en nous, tous les êtres vivants et apprendre leurs aubes, le goût du serpolet, la danse des fleurs, le jeu des courants, là-bas, dans l'océan... Devenons plus poreux, plus perméables, apprenons à vivre ensemble, aimant tout ce qui existe, quittons notre place d'humain dominateur, soyons plus humbles avec notre frère le loup, nos frères les oiseaux.

Être un avec l'univers

Pourrons-nous travailler ensemble à l'avenir de notre planète ? Nous remettre dans la grande tapisserie de l'évolution dont nous sommes certes la trame, mais pas le maître d’œuvre ? Lorsque nous sommes assis dans un pré au milieu des fleurs, ou sous un pin dans le parfum de la forêt, c'est la joie qui nous emplit ; lorsque nous écoutons le chant de l'alouette, nous devenons un avec le rythme de l'univers, nous connaissons dans notre corps même ce lien intime qui nous unit à tout ce qui vit – et j'inclus là les grains de sable et les blanches pierres plates au creux des calanques... 
Devenons plus poreux, plus perméables, apprenons à vivre ensemble.
Lorsque nous faisons silence devant un horizon de montagnes, sommet après sommet, brouillard bleuté où se perd notre regard, nous réalisons que nous sommes reliés à tout ce qui est plus grand que nous et qui existe à travers des milliers, des millions d'années de création et de transformation. Ce monde qui nous nourrit, corps et âme. Tout ce qui nous a vus apparaître, tout ce qui change plus vite ou plus lentement que nous, tout ce qui nous frôle, nous émeut et aussi nous échappe : est-ce qu'il n'y a pas là une immensité lumineuse dans laquelle nous devons retrouver notre place ?

Vivre avec la terre

Nous aimerions nous cacher la vérité mais nous savons que nous sommes en danger, que notre comportement n'est pas juste, que nous devons regarder tout ce qui nous entoure, les êtres, les animaux, la terre avec respect ; adopter une autre approche, comprendre la globalité de l'univers et l'interdépendance de tous avec tous. Vivre avec la terre et non plus contre elle, ce n'est ni un effort ni une obligation morale, mais un jeu, un plaisir, une danse où prendre soin avec délicatesse, avec générosité de chaque élément de ce monde revient à prendre soin de nous, de chaque élément qui nous compose : notre corps, notre famille, notre avenir, et ce qui ne se définit pas, ou seulement avec de banals mots usés : notre cœur, notre amour, notre joie d'être et notre gratitude. 
Vivre avec la terre et non plus contre elle, ce n'est ni un effort ni une obligation morale, mais un jeu, un plaisir.
Nous résonnerons à la beauté et pas à l'obligation ; nous protégerons les forêts tropicales pour leur mystère, qui n'est pas différent du mystère de notre propre vie ; nous jouerons dans les vagues et nous caresserons les dunes de sable : nous partagerons le monde. Car nous sommes : « Frères des bêtes sauvages et cousins des fleurs des champs, portant tous en nous l'histoire cosmique. Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe. ... » (Le Cosmos et le Lotus, de Trinh Xuan Thuan, Albin Michel). Revenons à la joie, joie d'être un avec tout ce qui est, joie de la connaissance intime du monde, joie fraternelle dans ce monde de beauté – oui, c'est simple : asseyez-vous au pied d'un arbre, parlez-lui et, surtout, écoutez-le.

Joshin Luce Bachoux Nonne bouddhiste, elle a fondé la Demeure sans limites, temple zen et lieu de retraite à Saint-Agrève, en Ardèche. Auteure de Tout ce qui compte en cet instant chez Points Vivre.
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