lundi 7 mai 2018

Dansez ! de Poumi Lescaut


Chaque page de ce livre est un trésor. Poumi Lescaut nous met en mouvement pour intéger la vie dans notre corps.

 Extrait :

... Si les pieds sont très ancrés dans la terre, cela permet un contact avec le centre vibratoire au-dessus de la tête. C’est le lien entre les deux qui met en unité. L’appui du talon injecte un courant jusqu au sommet du crâne et au delà vers l’infini, c’est une clé en danse pour donner force et précision à ce qui est exprimé. Appuyer dans les talons permettra d’ouvrir les bras, comme on ouvre le ciel. Si les pieds sont vifs, forts et conscients, cela change toute la façon de voir le monde. Tout passe par des pieds éveillés. Car tout part des pieds, le reste du corps est guidé par les pieds et 1'on va rechercher un envol enraciné...

Le fait de s’ancrer élève car cet ancrage donne l’impulsion au mouvement...

S ’enfoncer dans la terre comme les arbres pour y plonger nos racines très profondément permet d’y puiser la force tellurique. Si les jambes et les pieds sont puissamment ancrés dans le sol, la profondeur des racines accroît la stabilité intérieure qui rejoint celle de 1'arbre. Si l'on prend de la force dans la terre et dans le ciel, on est nourri de ces forces et on les laisse agir en nous. C’est une façon de danser qui recharge l’énergie au lieu de l’épuiser.

Le geste devient véritablement magique lorsque ce n’est plus toi qui fais mais la chose qui se fait à travers toi, te traverse, te porte, te soulève et tout cela part des pieds. C’est l’appui des pieds qui repousse le sol, un appui qui élance le corps vers le ciel et se laisse aspirer par la lumière - processus des végétaux et de tout le monde du vivant. Si les pieds sont comme des ventouses épousant le sol en une poussée vers le ciel, cela déclenche une ouverture vers le haut qui met tout le corps en vie.

Les pieds sont liés au bassin qui contrôle l’équilibre général : tout est lié, interdépendant. 
La confiance est restaurée par les pieds qui se posent comme des empreintes ancestrales, dans un sol plus sûr et en même temps relié aux étoiles. Les sensations de confiance et de stabilité sont salvatrices, elles génèrent une joie intérieure sans cause extérieure car ce sont tes pieds qui indiquent que tu sais ou tu vas...

Une poussée au-dedans comme une plante qui reçoit de l’eau fraîche et retrouve le chemin de l’élévation vers la lumière par les racines. Un mouvement se déroule depuis les pieds pour s’élever en une spirale d’énergie. La vivacité du pied dynamise tout le corps. Si les appuis ne sont pas suffisamment forts dans la terre, tout le reste du corps sera instable et le mouvement incertain. Un appui net des pieds donne une impulsion dans le haut du corps et les bras vidés de matière s’élèvent comme une gerbe... Pour déployer le corps, on appuie dans les racines. La qualité de présence des pieds est déterminante dans la présence à tout ce que l’on fait, un pied posé pleinement le sol peut même modifier notre façon d’être au monde, notre manière de l’appréhender. La vie qui est dans les pieds fait monter la vie jusqu’au delà de la tête, amenant en même temps détente et vivacité. Pas de vélocité sans détente.

Les pieds doivent devenir vifs et souples, aussi habiles que des mains. Les pieds conscients et fermes donnent une sorte d’autorité, de qualité d’affirmation au mouvement. C est en quelque sorte un antidote aux façons de marcher incertaines, comme marcher sur des œufs. Nous avons dit que ce sont les pieds qui indiquent que l'on sait où l'on va : c'est en appuyant nettement sur les pieds que  l'espace intérieur va se libérer.

La puissance de l’enracinement détermine toute la force de la présence.

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dimanche 6 mai 2018

4 conseils pour regarder du bon côté

1. Concentrez-vous sur la bonne part

Quand on traverse un accident, un drame, une épreuve, il y a toujours ce qu'on perd, mais aussi ce qu'on garde. Et même ce qu'on gagne. Allez voir de ce côté-là, sans pour autant occulter ce qui ne va pas et dont il faut prendre conscience au risque d'être dans le déni. Mais j'insiste : concentrez-vous sur l'autre part, la bonne part, et faites-la fructifier. Car de toute manière, vous ne pouvez pas changer le passé ni rembobiner la pellicule. Accueillez votre présent puis allez de l'avant !

2. Allez voir derrière les apparences

Cette attitude, qui devrait devenir réflexe, d'aller chercher les belles choses derrière les apparences parfois déroutantes ou sombres pour les faire fructifier ou les mettre en valeur s'applique aussi bien aux événements de notre vie qu'aux personnes que nous rencontrons. La grâce de mon métier est justement d'aller au-delà des apparences sociales, de langage, de culture ou de niveau de vie pour entrer en relation avec la personne en ce qu'elle a d'unique et de beau. Ce que Jésus fait dans l'Évangile !

3. Ne perdez pas votre part d'enfant

Je crois, finalement, que pour regarder du bon côté, il faut garder comme un trésor sa capacité d'émerveillement. Et comment s'émerveiller devant un paysage, un animal, un évènement ou, a fortiori, une personne si nous ne prenons pas le temps de contempler ? S'émerveiller et contempler : deux attitudes si naturelles à l'enfant que les adultes sont appelés à redécouvrir et à préserver.

4. Soyez attentif à l'amour

Dans la vie de tous les jours, tout est une question d'attention et d'amour, d'attention à l'amour. Le jour de mon accident, j'ai reçu de Dieu et de la vie un don extraordinaire, une grâce dont je vivais déjà, mais qui s'est comme démultipliée : le désir d'aimer les gens et d'oser leur faire partager, d'abondance de cœur, mon amour. Et ça change tout !
 Caroline Puig-Grenetier
(source : La Vie)
Vivre est un cadeau extraordinaire qui engage une grande responsabilité : celle d'aimer. Cette réalisatrice stéphanoise l'a compris dans sa chair, à 51 ans, à la suite d'un grave accident de cheval.

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vendredi 4 mai 2018

Pourquoi cet intérêt croissant pour la méditation ?


Il est vrai que le mot méditation séduit de plus en plus de personnes. La plupart se disent poussées par un malaise intérieur. L'homme occidental est enchaîné à une forme de vie dont le caractère effréné débouche sur ce qu'on appelle le « stress ». Suis-je né pour vivre stressé ?
De nombreux thérapeutes reconnaissent que cette maladie n'a pas pour cause une somme de conditions extérieures, mais l'absence ou le manque de contact de l'homme avec son propre être intérieur ; ce que les bouddhistes désignent comme étant la vraie nature de l'être humain. Le fait que l'être humain n'est plus en contact avec ce qu'il y a d'essentiel en lui est la cause de nombreux maux tels que l'agitation intérieure, un état d'être soucieux, l'insomnie, l'inquiétude latente, une peur souterraine.
L'individu est reconnu dans ce qu'il sait, ce qu'il peut et ce qu'il a, mais il est méconnu dans ce qu'il' EST.
Ce qu'il « est », c'est « l'homme-sujet » qui, afin de s'adapter aux exigences de la mondialisation, de l'augmentation du pouvoir d'achat, de la croissance est transformé en « homme-objet » dont la raison d'être (aux yeux de beaucoup de responsables d'entités de production et des actionnaires) est de fabriquer des objets, de les vendre et d'en acheter ! Aussi bien, l'homme-sujet étouffe, il suffoque.


Dans le mot méditation, il y a comme une promesse : r e s p i r e r !
N'est-il pas vrai que « Je respire, donc je suis ; je suis donc je respire ». A celui qui nie cette évidence je propose d'arrêter de respirer. Quant à cette évidence elle nous permet de concevoir pourquoi l'attention à l'acte de respirer est le fondement de l'exercice qu'est méditer.


La méditation, que j'enseigne et que je pratique depuis plus de quarante ans, donne au corps la place qui est la sienne : la première.
Quoi qu'un homme fasse ou sente, il le sent et le fait en tant que corps vivant (Leib, dans la langue allemande). Voici ce que dit Dürckheim : « Le corps n'est, sur le plan de la personne, ni un organisme physique détachable du sujet ni un instrument fonctionnant plus ou moins bien au service du moi profane. Il est la manière dont l'homme, en tant qu'être (Je suis), est là, dans le monde. Le corps que l'homme "est", est l'unité des attitudes et des gestes dans lesquels l'homme prend forme, et en tant que telle, se réalise ou se manque ».


Je suis corps ! Le tout corps vivant dans son unité est en deçà et au-delà des opposés corps et esprit, corps et âme. Le corps, c'est l'homme entier dans sa manière d'être au monde.

C'est sans doute la découverte le plus importante qu'il m'est arrivé de faire au cours de cette pratique régulière de la méditation de pleine attention : « Le tout corps vivant dans son unité est le domaine du calme, de la sérénité, de la paix intérieure. Alors que le mental est le domaine de l'agitation, du stress, de l'angoisse ».


Jacques Castermane

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jeudi 3 mai 2018

Philosophie du Yin Yang


Raphaël Enthoven explore le vaste continent de la sagesse chinoise 
avec le chercheur Alexis Lavis, et Chen Yi Rhe, maître d’art martial.


"Le monde est un vase sacré qui ne supporte pas qu'on s'en empare et qu'on s'en serve. Qui s'en sert le détruit ; qui s'en empare le perd", 
explique dans le Tao te king, Lao Tseu, le père du taoïsme.

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mercredi 2 mai 2018

Aie, mes Aïeux !


« Notre vie à chacun est un roman. Vous, moi, nous vivons prisonniers d’une invisible toile d’araignée dont nous sommes aussi l’un des maîtres d’œuvre. Si nous apprenions à notre troisième oreille, à notre troisième œil, à saisir, à mieux comprendre, à entendre, à voir ces répétitions et ces coïncidences, l’existence de chacun deviendrait plus claire, plus sensible à ce que nous sommes, à ce que nous devrions être. Ne pouvons-nous échapper à ces fils invisibles, à ces “triangulations”, à ces répétitions ?

Nous sommes finalement, d'une certaine façon, moins libres que nous le croyons. Pourtant, nous pouvons reconquérir notre liberté et sortir de la répétition, en comprenant ce qui se passe, en saisissant ces fils dans leur contexte et dans leur complexité. Nous pouvons enfin vivre ainsi " notre " vie, et non celle de nos parents ou grands-parents, ou d'un frère décédé, par exemple, et que nous " remplaçons ", à notre su ou insu... Ces liens complexes peuvent être vus, sentis ou pressentis, du moins partiellement, mais généralement on n'en parle pas : ils sont vécus dans l'indicible, l'impensé, le non-dit ou le secret.»

Anne Ancelin Schützenberger


Anne Ancelin Schützenberger, née le 29 mars 1919 à Moscou, et morte le 23 mars 2018 est une psychologue française, également psychothérapeute et professeur émérite à l'université Nice-Sophia-Antipolis, où elle a dirigé pendant une vingtaine d'années le laboratoire de psychologie sociale et clinique.

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mardi 1 mai 2018

L'amour... de soi.

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L’amour commence par nous. Ici, à notre propre égard. Posez ce livre. Éteignez la musique ou la télé, arrêtez-vous. Net. Stoppez tout à l’instant et, après quelques respirations profondes, demandez-vous à voix haute : « Que suis-je ? » Et observez. Soudainement vous allez vous rendre compte d’un mouvement de votre esprit qui va être de plus en plus fort ; c’est un besoin, un mouvement fondamental : celui de vous connaître. Ce mouvement est le début de l’amour. Il est là, dans cette envie de se connaître. Tout commence ici. Ensuite viendra l’envie de se réconcilier avec ce que vous êtes en vérité. Se réconcilier, c’est-à-dire comprendre : «Je suis  juste ainsi ; » Puis dans cette révélation, lâcher prise, ouvrir les mains. Dans une main ouverte, tout peut se poser. Tout peut advenir.

Aimer, c’est avant tout se recevoir tels que nous sommes. C’est en ce sens que l’amour commence par nous. Ouvrir grand les yeux sur ce que nous sommes et nous chérir comme une mère pourrait chérir son unique enfant. D’un amour qui n’est ni niais, ni superficiel, ni émotionnel. Une mère est douce, parfois dure. Mais aucune de ces formes ne manque d’amour.

L’amour recentre et donne un sens profond à notre existence ; il la leste en quelque sorte. Comment pourriez-vous vous épanouir dans une maison que vous ne connaissez ni n’aimez ? Impossible si vous ne connaissez pas le moindre de ses recoins. Et puis vous n’y inviteriez pas vos proches à séjourner ; vous tenteriez d’en masquer toutes les imperfections.


What Lies Between by Grazyna Perl
Se connaître, se percevoir tel que l’on est, chaque instant changeant, et se porter une attention aimante sont indispensables à notre existence. Sans cela, tout ce qui découle de nous est approximatif, superflu et, qui plus est, trompeur. L’acte le plus extraordinaire, l’action humanitaire la plus épatante peut être un leurre si nous ne sommes pas profondément ancré dans la connaissance - l’amour - de nous-même.

Qu’a-t-on à donner si l’on ne connaît ni ne vit pas cet amour en nous ? Qui ne s’aime pas profondément ne peut aimer tout court. S’il ne ressent pas ses fragilités, ses doutes, ses peurs tout aussi bien que sa beauté, sa grandeur et son immense complétude, comment pourrait-il percevoir l’autre tel qu’il est, sans le juger ni le réduire à une image, une projection, une apparence ? C’est pour cela que la quasi-totalité de nos mouvements vers les autres est maladroite et insuffisante. C’est pour cela aussi que tous nos efforts sont reçus de façon maladroite et insuffisante. 

Sans cet amour de soi, honnête et naturel, se creuse en nous un vide immense. Si ce vide s’installe en notre existence, les autres ne seront qu’un moyen de le combler, de meubler notre solitude et notre manque d’amour. Mais nous n’avons pas conscience de tout cela; nous croyons vraiment aimer. Nous croyons être altruistes et généreux, ouverts aux émotions sincères et à l’amour. Le plus souvent, nous ressemblons pourtant à des trapézistes maladroits ou peureux qui se suspendent au trapèze tout en gardant les pieds au sol. On sautille, on meut ses jambes : on croit danser... et l’on se contente de cette pâle imitation. Comme lorsque l’on affronte la question « que suis-je ? », aimer demande de se lancer dans l’inconnu, de se jeter dans le vide sans filet. Il s’agit d’ouvrir l’espace de l’expérience ; d’être capable de recevoir tout ce qui advient, sachant que tout peut advenir. De croire en soi, de se laisser grandir. De laisser l’amour s’exprimer.

Grazyna Perl 
"Quand la fleur se fane, où s'en va son parfum ?" 

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lundi 30 avril 2018

Rencontre avec Annick de Souzenelle


Le corps a un langage par lequel il exprime sa jouissance et ses souffrances, mais il est aussi lui-même un langage en soi, un "livre de chair". Apprendre à lire le corps, c'est être attentif à son dessin, savoir décrypter les formes du labyrinthe anatomique ; c'est aussi entendre ce que nous disent les grands mythes de l'humanité sur la nature et la fonction subtile de chacun des organes ; c'est enfin, nous dit Annick de Souzenelle, redécouvrir l'Arbre des kabbalistes, car si l'homme est "créé à l'image de Dieu", l'image de son corps doit être lue comme le reflet terrestre de cet "Arbre de Vie" dont nous parle la tradition de la Kabbale. 

Dans ses ouvrages, la théologienne Annick de Souzenelle met l'accent sur la vocation divine de l'homme, inscrit dans une voie spirituelle exigeante et joyeuse.


 
Bio express
Ancienne infirmière et psychothérapeute, Annick de Souzenelle est l'auteure d'une œuvre inspirée qui repose sur sa foi chrétienne orthodoxe et sur la lecture de la Bible à partir de la symbolique des lettres hébraïques et de la psychologie jungienne. Elle a également fondé, avec Agnès Desanges, l'Institut d'anthropologie spirituelle, à Angers, où elle transmet son enseignement.



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dimanche 29 avril 2018

Tirage d'une carte de l'Oracle quantique

LA TRANSCENDANCE 


Passez au-delà des limites connues 



Sens symbolique et divinatoire
La transcendance est le fait de transformer positivement un schéma vers sa forme évoluée, améliorée. Par extension, la transcendance représente toute transformation vers un état supérieur, plus évolué. C'est plus qu'une transformation, cela représente la totalité d'un schéma qui passe au degré supérieur de son évolution, être qui va au-delà de ses limites, à la découverte d’une nouvelle situation.
La transcendance est l’apanage d’une conscience prête à  s'adapter à tout nouveau schéma, à passer à l’étape suivante de son chemin de vie. C’est la force de l’évolution en marche permanente.

Rien ne se crée, tout se transforme. 
La transcendance symbolise la capacité qu'a la force de vie à passer à un état sublimé, à se dépasser pour atteindre un état supérieur. 
 Passer au-delà de l'obstacle. 
Situation où l'on doit se surpasser. 
Prise de conscience qui transforme sa façon d'être. 
Personne capable de métamorphoser une situation positivement. 
Aide d’un guide spirituel, d’une force évoluée. 
Regarder les choses en fonction de ce quelles peuvent devenir. 
Transcender une situation, un état d’esprit, un schéma en général. 

Phrases clés :
 • J’accepte de passer au-delà de mes croyances. 
 • Je me renforce pour me surpasser. 
 • J’aide la situation à passer au stade suivant. 
• J'ai la force de transcender le schéma dans lequel je suis. 

Utilisation générale de l'énergie de la transcendance 
Aide à faire évoluer une situation pour le mieux. 
Favorise l’évolution positive en général. 
Favorise tout processus spirituel. 
Favorise le contact avec ses guides. 
Aide en général à passer un cap difficile, bloquant, ralentissant. 
Permet de retirer tout le positif d’une situation. 
Aide à enclencher un processus, à débloquer un état stagnant. 

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 Pour information, sur FB a lieu un tirage du jeu "les trois cheveux d'or" 
avec son auteur Sabine Dewulf, tous les 15 jours.
Le prochain tirage est proposé ce dimanche soir à 20h dans le groupe fermé dédié.

samedi 28 avril 2018

1, 2, 3,...éveil avec Alain Bayod (3)

 Trois modes de conscience (suite et fin)

F.B. : J’ai bien compris que le basculement en mode 3 relève de la grâce. Mais je me souviens aussi que l’ensemble de l’enseignement de Swâmi Prajnanpad et d’Arnaud Desjardins repose sur le mot pratique. Qu’est-il donc possible de pratiquer pour nous ouvrir à la grâce de ce basculement en mode 3 ?
Alain Bayod : A une époque, je parlais beaucoup de ce que j’appelais « le doute identitaire ». Pour vivre l’expérience du mode 3, il est nécessaire de cultiver ce doute avec beaucoup de persévérance. On n’ira pas très loin si on se cramponne à la vision habituelle : « T’es qui toi ? Ben, j’suis moi ! Tu veux ma photo ? » Si on reste dans cette conviction il nous sera impossible d’investir suffisamment d’énergie dans la question : « Qui suis-je ? » Nous sommes tellement convaincus de savoir qui nous sommes. Vient le moment où il faut oser remettre nos croyances en question ; avoir le courage de prendre au sérieux les maîtres auxquels nous faisons par ailleurs tellement confiance. Il faut se demander avec beaucoup de gravité : mais de quoi parlent tous ces sages ? Que veulent-ils dire quand ils affirment que nous ne sommes pas ce que nous croyons être ? Il faut dresser l’oreille : « AH ??? Je ne suis pas ce que je crois être ? Mais je suis qui alors ? » Ce n’est plus une question philosophique mais une question existentielle ? Je me rappelle d’une réunion au cours de laquelle Arnaud avait très lourdement insisté sur ce thème. Je revois la manière dont il nous interpellait : « J’insiste, écoutez-moi ! Je vous le dis en vous regardant un par un : vous n’êtes pas ce que vous êtes persuadés d’être ! Tous vos problèmes, toutes vos souffrances viennent du fait que vous êtes ego centrés. Mais vous n’êtes pas ce petit être séparé et limité. Vous êtes la conscience libre, éternelle, infinie. » Quelque fois, il nous regardait avec intensité et nous demandait : « Vous y croyez à ça ? » Nous on se tortillait un peu gênés en marmonnant un truc du genre : « Ben… » À un moment donné il s’agit donc de faire preuve de ce que j’appellerai une curiosité essentielle. Qui suis-je vraiment ? Cette question ne doit pas nous laisser en paix. Il faut aussi admettre, et là on sort clairement de la pratique au sens volontariste du terme, que ce mode 3 ne peut pas se comprendre. Il est de l’ordre de la spontanéité, de la naïveté. Pour illustrer ce point, je prends toujours le même exemple parce que je le vis au moins une fois par an en Ardèche. Je veux parler de l’instant magique où, je m’aperçois qu’il commence à neiger. Je m’approche de la fenêtre, et pendant quelques secondes je me trouve dans les bonnes dispositions pour basculer de l’autre côté. Il n’y a plus de place pour l’intellect. C’est un moment de magie et d’émerveillement pendant lequel je suis débarrassé du moi. Ce n’est plus moi qui regarde, qui pense, qui ressens. Comme dit l’Inde, il y a alors une unité aussi brève que totale entre « ce qui est perçu, ce qui perçoit et le fait de percevoir ».
F.B. : Je me souviens de t’avoir entendu dire que la découverte du mode 3 était le début et non l’aboutissement du chemin. Je trouve ce point de vue passionnant et inhabituel. Beaucoup de chercheurs spirituels ont en effet l’habitude d’envisager « l’Éveil » comme l’aboutissement du chemin.
Alain Bayod : Oui. [Silence] Je sais que certains sont dérangés par cette manière d’envisager les choses. Je vais donc essayer de nuancer quelque peu mon propos. En théorie, il est tout à fait possible que cette découverte préalable ne soit pas nécessaire. Je peux tout à fait admettre qu’un certain nombre de pratiques, qu’il s’agisse d’ascèses basées sur le service, la dévotion, le discernement, puissent, dans des conditions extrêmement favorables, amener le lâcher prise dont nous parlons. C’était évidemment aussi le cas de cette incroyable alchimie psychocorporelle qu’était le hatha-yoga de l’antiquité indienne. C’est possible… Mais cela ne correspond en rien à mon expérience personnelle. Il y a maintenant plus de trente ans que j’accompagne des gens sur ce chemin et force est de constater que le fait de travailler exclusivement sur nos processus mentaux et émotionnels (donc de rester en mode 2) ne nous mène pas à ce doute identitaire qui est la condition sine qua non du basculement dans le mode 3. Ce qui me confirme dans cette idée, c’est que l’enseignement de Swamiji se base sur quatre piliers. On va s’épargner les mots sanskrits : 

 1 - La science du Vedanta 
 2 - La destruction du mental 
 3 - La purification de l’inconscient 
 4 - L’érosion des désirs 



Alain Bayod : J’ai ma propre traduction de ces quatre piliers. Je le traduits le premier pilier par : « Au fait, de quoi s’agit-il ? De la possibilité de découvrir ma nature divine et d’en faire l’expérience. » OK. Passons maintenant au pilier numéro deux : « Comment vais-je y arriver ? Par la destruction du mental. » En un sens tout est dit. Pourquoi avons-nous besoin des piliers trois et quatre ? Parce que, sauf cas exceptionnel, et là, je pense à des êtres de la trempe de Ramana Maharshi, la découverte n’est pas l’établissement. Mais cette découverte, pour incomplète et éphémère qu’elle soit est indispensable. On ne peut pas intégrer quelque chose que l’on n’a pas découvert. Cet « éveil » initial va être oublié plus ou moins rapidement. Tout le chemin va ensuite consister à y revenir de manière inlassable à chaque fois qu’on le perdra à nouveau de vue. J’insiste sur un point important : le fait d’avoir vécu ce premier éveil ne nous dispense pas d’accomplir notre boulot d’êtres humains. Éveil ou pas il faudra bien tenter de réaliser les quelques grands désirs incontournables que nous portons en nous et s’armer de patience et de courage pour défaire ce que l’Inde appelle si joliment « les nœuds du cœur ». Mais quelle que soit l’ampleur du travail à réaliser, rien ne nous empêche de nous intéresser dès maintenant à la dimension spirituelle. Arnaud répétait souvent une formule qui m’a beaucoup frappé : « Pas quand, pas si, maintenant ! » La possibilité spirituelle nous est accessible à tout moment. La pratique authentique est une pratique en croix, pas une pratique en angle. Comme disait Daniel Morin : « Le spirituel quand et le spirituel si, c’est le spirituel jamais ! »
F.B. : Les maîtres tibétains parlent beaucoup des « moyens habiles » qu’ils utilisent pour accéder à ce qu’ils appellent la véritable nature de l’esprit. Quels sont ceux dont tu as fait le plus souvent usage dans le cadre de ta pratique ?
Alain Bayod : Les moyens habiles les plus simples se révèlent parfois les plus efficaces. Le silence, l’immobilité et la contemplation constituent ainsi de formidables portes d’accès vers le mode 3. Je reviens très souvent sur ce point. Ce n’est pas que je radote mais ça me paraît tellement important. Et puis on a pas trouvé tellement mieux. Ceci dit, j’ai pratiqué avec beaucoup de profit les exercices mis au point par Douglas Harding. Lors d’une émission récente (sur Baglis TV), tu m’as déjà interrogé sur le rôle décisif que cet homme a joué dans ma vie. Je peux affirmer sans exagération que la rencontre de Douglas a été déterminante pour moi. D’un point de vue ordinaire et spirituel, il y a eu un avant et un après. C’est grâce à Douglas que j’ai enfin pu accéder au mode 3. Le basculement s’est fait le premier novembre 1993 à 11h00 alors que ma tête se trouvait enfoncée dans l’une des extrémités d’un tube en papier. Les deux questions que Douglas nous a posées à ce moment résonnent encore à mes oreilles. Il nous a d’abord demandé « En vous basant sur votre expérience présente, combien de visages voyez vous dans le tube ? » avant d’enchaîner sur la question suivante : « Vous voyez le visage de l’ami qui vous fait face ? Que voyez-vous de votre côté du tube ? » Rien ! C’est là que l’évidence m’a sauté aux yeux. De mon côté, il n’y avait qu’un espace de présence et d’ouverture. [Silence] Douglas a inventé un nombre d’exercices considérables. Il faut dire qu’à partir de l’âge de 35/40ans, il a passé la plus grande partie de son temps à concevoir des méthodes de passage en mode 3. Ça a été sa passion et son génie. Pour ma part, surtout depuis la maladie, je pratique beaucoup la méditation couchée. Ce que le yoga appelle la « posture du cadavre ». C’est un exercice d’une simplicité redoutable. Il consiste tout simplement à s’allonger sur le sol, les yeux fermés et à rester immobile un certain temps. Je conseille toujours de faire durer l’exercice au moins une demie heure. Arnaud, qui aimait et pratiquait beaucoup cette posture y avait apporté un petit raffinement : il se bouchait également les oreilles. Si on reste lucide pendant la pratique, on s’apercevra d’une part que le seul fait de fermer les yeux suffit à abolir le monde des formes et d’autre part, que nous compensons immédiatement cette disparition à l’aide de la mémoire. Nous recréons par le souvenir la forme du corps devenu invisible. Cela nous permet de préserver notre croyance fondamentale : « Je suis MOI et seulement moi. Moi limité, séparé, fermé sur moi-même… » Par contre, si on lâche prise et que l’on accepte d’être dans l’évidence de l’instant présent, c’est l’ouverture immédiate. Quand on y pense, il est assez drôle que cet exercice soit si efficace puisque tout le monde est amené au moins une fois par jour à se coucher et à fermer les yeux. Comment se fait-il que plus de gens ne fassent pas l’expérience du mode 3 ? Cela vient sans doute du fait qu’il n’y a pas d’intention. C’est ça qui fait toute la différence.
F.B. : En dehors de la « posture du cadavre », as-tu recours à d’autres moyens habiles pour t’exercer à passer en mode 3 ?
Alain Bayod : Comme je passe une bonne partie de mes journées à entrer en relation avec d’autres gens, l’exercice le plus simple consiste, à chaque fois qu’une personne entre dans mon bureau, à vérifier que je ne suis pas en symétrie avec elle. Je peux voir qu’au-dessus de ses épaules, il y a une forme qui de toute évidence n’existe pas de mon côté. Il m’arrive d’oublier bien sûr. Mais ce n’est pas le cas maintenant. En te parlant, je vois ton visage, tes yeux, ta bouche, tes oreilles… Force est de constater que rien de tout cela n’existe de mon côté. Cette simple observation me reconnecte immédiatement avec cette fameuse bascule de novembre 93. Ce n’est pas seulement le souvenir de quelque chose qui s’est déroulé il y a 25 ans. C’est une expérience toujours vivante, toujours présente et toujours disponible pour peu que je sois vigilant. Voilà, ça c’est l’un des nombreux exercices possibles… Je vais cependant insister une nouvelle une fois sur les vertus de la « posture du cadavre ». Je ne peux pas concevoir d’exercice plus simple ni plus direct que de s’allonger en fermant les yeux et d’en tirer toutes les conséquences. Il faut cependant faire bien attention de ne pas confondre le moyen et le but. La « posture du cadavre » n’est pas une posture de relaxation. C’est un exercice qui utilise la relaxation dans le but d’effectuer un travail de désidentification radical. Comme son nom l’indique, il s’agit ni plus ni moins que d’un travail d’apprentissage de la mort. Tu imagines bien que les yogis d’il y a deux mille ou trois mille ans se foutaient éperdument de la relaxation. C’étaient des géants de l’alchimie énergétique pas des cadres stressés et surmenés. Aux yeux de ces ascètes, la relaxation n’était qu’un moyen pour mourir à eux-mêmes. Il s’agit d’un exercice éminemment spirituel.
F.B. : Le mode 3 est-il accessible à tous ?
Alain Bayod : En théorie oui. En pratique non. Il nous reste inaccessible tant qu’on a pas commencé à mettre son identité en doute. L’absence de ce doute constitue l’obstacle majeur au passage en mode 3. Quelque fois ça me ferait presque pleurer. Chez certaines personnes c’est tellement gros. Je vois la manière dont elles s’accrochent farouchement à ce qu’elles pensent, à ce qu’elles croient, à ce qu’elles craignent afin de ne surtout pas laisser le moindre doute quand à leur identité. Dans ces conditions, il n’y a pas de basculement possible. La réponse à ta question est donc oui et non… Mais peut-être est-il préférable de dire que cette expérience est accessible à tous et que ce n’est qu’une question de temps… Je me souviens avoir trouvé un jour devant la porte de mon bureau une bouteille de vin de grand prix. Renseignements pris, j’ai appris qu’elle avait été déposé là par un homme qui, sept ou huit ans auparavant, avait participé à l’un de mes groupes. Sur le coup, cette histoire de mode trois l’avait laissé très perplexe… Mais c’était tout de même resté dans un coin de sa tête. Un jour, ça lui est revenu et il a vu. Donc…
Corinne (intervenant du fond de la pièce) : La réponse à la question est oui !
Alain Bayod : Ma femme dit que la réponse est oui. La question est donc close !(rires) Les maîtres taoïstes disent qu’un jour surviendra ce qu’ils appellent « une silencieuse coïncidence. » C’est une expression qui m’a toujours touchée. J’ai attendu cette silencieuse coïncidence pendant 25 ans. Dans le cas de Corinne, ça lui est tombé dessus avant même qu’elle aie eu le temps de la désirer. Le monde est décidément injuste… et très mystérieux.
F.B. : Question suivante. Je continue à tourner autour du même thème comme un renard autour d’un poulailler. Pour nous occidentaux modernes, ce doute identitaire est un gros morceau à avaler. Cette possibilité ne nous effleure même pas l’esprit. Comment alimenter ce doute identitaire ? Autrement dit, comment commencer à mettre en cause ce qui a pour nous la force d’une évidence ?
Alain Bayod : En tant que professeur de yoga, j’avais lu le Hatha Yoga Pradîkipâ. Sur les conseils d’Arnaud, j’ai également lu deux autres textes fondateurs du Hata yoga : le ShivaSamhita et le Gheranda Samhita qui sont des compilations d’enseignements très anciens. Les deux livres insistent sur l’importance fondamentale du darshan et du satsang. Autrement dit la nécessité de la fréquentation des sages et des saints. Si les « yogis professionnels » de l’Inde antique, accordaient une telle importance à ce genre de pratique, nous autres modernes devons prendre ce conseil très au sérieux. L’expérience m’a montré combien le darshan est précieux. Le mode 3 est extrêmement contagieux. Quand on est en présence d’un homme ou d’une femme qui vit en permanence sur ce mode, on est dans les meilleures conditions pour en faire soi-même l’expérience. Comme tout le reste, ce n’est pas garanti sur facture mais cela apporte tout de même une aide considérable… Ce qui peut également être très précieux, c’est de se plonger encore et encore dans les textes des maîtres. Je ne peux pas dire que ces lectures m’aient facilité le passage en mode 3. Elles m’ont en revanche aidé à valider l’expérience. [Silence] Vivre l’expérience n’est pas suffisant. Pour la goûter pleinement et commencer à l’intégrer, même de manière très modeste, il faut la valider. Pour ce faire, les textes des grands maîtres, de Ramana Maharshi à Maître Eckhart en passant par Saint Augustin et les maîtres tibétains m’ont été d’un secours extraordinaire. Si on les lit d’un œil averti, on s’aperçoit qu’ils ne parlent tous que de cette expérience fondamentale. La seule chose qui change d’une tradition à l’autre c’est le vocabulaire. Un shaman amérindien va parler de Wakatanka et un maître tibétain de la véritable nature de l’esprit. Pour celui qui a basculé, ne serait-ce qu’un instant en mode 3, les deux se réfèrent très clairement à la même présence qui est en même temps une absence. Voilà pour les aides. Comme je l’ai déjà dit, le reste dépend de la Grâce. Celle-ci va se manifester dans nos vies par des chocs. Ces chocs peuvent être qualifié de terribles ou de merveilleux. Nous pouvons expérimenter le mode 3 en croisant le regard d’un enfant, en écoutant une musique sublime ou lors d’un rapport sexuel particulièrement réussi. Mais ce choc peut également prendre la forme d’une maladie ou d’une nouvelle que nous qualifierions ordinairement de tragique. S’il nous est donné de lâcher prise, ce choc va nous faire découvrir que derrière le monde des formes, celui que l’on peut regarder et photographier, en existe un autre. C’est comme si il y avait deux plans et que l’on pouvait vivre simultanément dans les deux.
F.B. : Le mot de la fin ?
Alain Bayod : Quoi de mieux que de finir en répétant qu’il est indispensable d’accorder de plus en plus de place à la contemplation dans nos vies. Il est également très important de faire très attention aux nourritures d’impression que nous absorbons. Je conseillerais d’éviter autant que possible des nourritures que nous ressentons comme toxiques. Ce que certains appellent ou appelaient « la grande messe du 20h00 » est par exemple plus souvent une occasion de diversion que de conversion. Le monde contemporain nous offre une belle variété de nourritures. Certaines nous rapprochent du centre, d’autres nous en éloignent. A nous de faire les choix les plus appropriés.
F.B. : Quelle forme prend la contemplation dans ta vie quotidienne ?
Alain Bayod : Je pratique beaucoup l’observation du souffle. Là aussi, c’est un exercice très simple qu’il est possible de pratiquer dans n’importe quelle circonstance. J’observe l’inspiration et l’expiration. L’inspiration est une naissance, l’expiration une mort. Si tu es attentif, tu remarques qu’entre les deux, se glisse un moment très particulier. C’est un moment de silence et d’immobilité. Ce moment d’absence est la seule réalité. L’inspire comme l’expire se déroulent dans le temps. Elle sont plus ou moins longues et profondes. Elles représentent le manifesté. Le moment dont je te parle, c’est le non manifesté. Swami Prajnanpad est très clair à ce sujet. Il disait que pour tout manifesté il y a un non manifesté et que c’est ce non manifesté qui est réel. En dehors de l’observation du souffle, la contemplation peut prendre la forme de la méditation. Qu’elle soit assise ou couchée, la méditation peut être décrite comme une fréquentation du silence et de l’immobilité. C’est l’opportunité de côtoyer Dieu… Dans notre contexte très matérialiste, cela peut paraître exagéré, mais c’est bien de cela dont il s’agit. Certains peuvent se servir de points d’appui comme la nature et la musique sacrée. Il y en a beaucoup d’autres… L’essentiel est toujours de pratiquer avec un cœur d’enfant. Je le répète, il est important de lâcher toute forme de prétention. Notamment celle de comprendre… A chaque fois que je lis les Évangiles, je suis frappé par l’insistance du Christ sur cet état d’innocence enfantine. Il en fait une condition sine qua non pour accéder à ce qu’il appelle le Royaume des Cieux. Pour notre plus grand malheur, nous avons un peu trop tendance à l’oublier.

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vendredi 27 avril 2018

1, 2, 3,...éveil avec Alain Bayod (2)


Trois modes de conscience (suite)


Frédérique Blanc : Tu veux dire que l’on n’est pas vigilant lorsque l’on fait l’effort d’être conscient de soi, de l’autre et de la situation ?
Alain Bayod : Absolument. Ce que tu décris là, ce n’est pas de la vigilance mais de l’attention. Voici la définition qu’Arnaud donnait de la vigilance, ou « véritable vision » : « La véritable vision c’est la conscience simultanée du spectateur et du spectacle, de ce qui voit et de ce qui est vu, du vide et de la forme. » Avec la vigilance, on change totalement de mode et de monde… On passe du mode 2 au mode 3. Et entre les deux, il s’est passé quelque chose de déterminant. Notre vision du monde cesse d’être égocentrique. Nous appréhendons désormais les choses à partir d’un espace vide qui contient le tout ; qui est en quelque sorte plein de ce tout. Que l’on se rassure ! Ce changement radical de perspective n’a pas provoqué la disparition de notre cher moi. Nous avons simplement pris conscience qu’il n’est pas au centre et qu’il n’y a jamais été. Où est-il donc passé ? Il est tout simplement à sa place ; dans le film, avec tous les autres. Découvrir que là où nous avions fantasmé un moi se trouve en réalité un espace de présence, d’accueil et de conscience est ce qui permet la vigilance et l’amour.
F.B. : Est-ce que tu essaies de me dire qu’il n’y a pas d’amour possible en mode 2 ?
Alain Bayod : Tout à fait. [Silence] Tu sais, cela fait déjà un certain temps que j’ai fait la paix avec Alain. Ce n’est pas un mauvais gars. Il est gentil, habile, serviable, souriant… Par contre, en tant que moi séparé, il n’a aucune capacité d’amour… Cette affirmation mérite bien sûr d’être nuancée. Tu sais comme moi que les grecs anciens distinguaient trois grandes formes d’amour : Eros, Philia et Agapè (Caritas en latin). Chacune de ces formes d’amour correspond à l’un des modes de conscience que je suis en train de décrire : Éros pour le mode 1, Philia pour le mode 2 et Agapè pour le mode 3. L’amour inconditionnel, celui qui me permet d’être « un avec », « en communion avec » et que l’ensemble des traditions attribuent au sage, c’est Agapè. Eh bien, la chose nommée Alain ne peut pas éprouver cet Agapè. Ce n’est pas de la mauvaise volonté de sa part. Il n’a tout simplement pas été conçu pour ça. On pourrait dire que le moi est un mécanisme qui a été conçu pour la relation mais pas pour la communion. Celles et ceux qui sont familiers avec l’enseignement de Swâmiji et d’Arnaud usent et abusent volontiers de l’expression : « être un avec ». Mais si on réfléchit un instant au sens de cette phrase on s’aperçoit qu’il s’agit de la définition même du mode 3. En mode 3, la relation est asymétrique. Je ne rencontre plus l’autre avec le besoin compulsif de me dresser face à lui et de m’affirmer en tant que moi. Cette affirmation a déjà eu lieu en d’autres temps et en d’autres lieux. Je suis à présent capable d’être simplement présent et ouvert, vide, vaste, tout accueil.
F.B. : C’est le moment de poser la question essentielle : comment passe-t-on du mode 2 au mode 3 ? Et plus précisément, puisque nous avons défini le mode 2 comme celui de l’attention au monde…
Alain Bayod : De l’attention au monde ET à soi-même…
F.B. : Oui ! Puisque nous en sommes aux précisions, je saisis l’occasion de te demander d’éclaircir un autre point. Cette double attention du mode 2 ne constitue-t-elle pas déjà une manière de prendre simultanément conscience du spectacle et du spectateur ?
Alain Bayod : Non, le spectateur n’est pas une personne, le spectateur n’est pas moi. En mode 2, nous avons encore l’illusion que le moi est séparé du monde et nous pouvons le confondre avec le spectateur. En mode 3 subsiste simplement la conscience que le moi fait partie intégrante du spectacle.
F.B. : Si nous travaillons de manière persistante à affiner notre attention au monde, à nous-même et à la situation nous est-il possible de basculer à un moment ou à un autre dans le mode 3 ?
Alain Bayod : Je pense que non. Pour basculer en mode 3, il faut introduire ce que Gurdjieff appelait un « choc additionnel ». Et ça, ça ne peut pas se décider. C’est du ressort de la Grâce. On est confronté à quelque chose de tellement puissant qu’on est obligé de lâcher prise. Dans mon cas, ce choc a pu prendre la forme de la maladie. Le basculement en mode 3 ne sera jamais le résultat d’une tension égocentrique mais celui d’un abandon, d’un lâcher prise.
F.B. : Un abandon de quoi ?
Alain Bayod : De la prétention ! La présence est un don. Elle a quelque chose de totalement et d’incompréhensiblement gratuit. On peut exprimer tout cela dans le langage très élaboré de la métaphysique. En ce qui me concerne, je préfère, utiliser des mots qui sont accessibles à un enfant de 10 ans. En tant qu’êtres humains, nous sommes programmés pour nous concevoir comme une chose, autrement dit, un objet limité et séparé. Cette programmation est nécessaire. Inévitable en tout cas. Inutile de la regretter ou de fantasmer un monde où les choses se passeraient différemment. Ce n’est pas nous qui avons fait les règles du jeu. Dans le monde tel qu’il est nous sommes condamnés à perdre la conscience de l’ouverture que nous avions enfants pour passer ensuite notre vie à essayer de la retrouver. Cela fait aussi partie du mystère de cette vie.

A suivre ...