samedi 2 janvier 2016

Voeux avec Marie de Hennezel

Connaître notre ombre
Quelle montée de la violence, ces derniers mois ! Insultes, propos racistes, harcèlement à l’école, exaspération haineuse. Une vague inquiétante, amplifiée par les réseaux sociaux. Notre surmoi moral et républicain ne semble plus capable, dit-on, d’endiguer ce flot.
Le passage à l’année nouvelle pourrait être le moment de s’engager à faire barrage aux petites violences qui tentent quotidiennement de s’imposer à nous, presque à notre insu. Ne suis-je pas, comme tout le monde, traversée d’impatience, d’exaspération, d’indifférence ? Un tel engagement n’est-il pas à ma portée ? Bouddhistes, chrétiens, humanistes ont compris depuis longtemps que le meilleur moyen de faire obstacle au mal dans le monde est de commencer par soi-même. Apprendre à reconnaître ce que Jung appelait notre « ombre ». Et à la contenir. Rien de naïf là-dedans. Il s’agit d’une bonté active. D’un acte de résistance. D’une façon de s’indigner.
Alors, indignons-nous, au sens noble du terme, portons haut notre exigence de respect, de soi, de l’autre, surtout et parce qu’il est différent.

Faire un vœu
Le passage à la nouvelle année, c’est aussi le moment de faire un vœu. Faisons celui d’être heureux et de ne pas passer à côté de la beauté. Voilà quelque chose qui pourrait nous aider à mettre un peu de lumière et d’amour autour de nous. Nous poser tous les jours la question : « Qu’ai-je trouvé beau aujourd’hui ? »
Selon François Cheng, il y a deux mystères dans la vie : le mal –  évoqué plus haut – et la beauté. « La beauté est mystère, parce que l’univers n’était pas obligé d’être beau », souligne-t-il. Il se trouve qu’il l’est, et cela semble trahir « un désir, un appel, une intentionnalité cachée qui ne peut laisser personne indifférent ».
Qui peut dire que même dans un univers de laideur ne se cache un infime détail qui nous rappelle ce mystère ? Etty Hillesum, dans l’horreur du camp d’extermination où elle a terminé sa courte existence, cherchait tous les jours la petite étincelle de beauté qui lui permettrait de garder le goût de vivre, et l’âme intacte.

Nous relier à l’âme
L’âme ! Voilà un mot que l’on n’osait plus prononcer, tant il avait perdu son sens profond et universel au profit de sa seule signification religieuse. Or, l’âme est liée au cœur et à l’intuition. C’est quelque chose d’intime, de secret, de sensible. C’est l’interface entre mon identité dans ce qu’elle a d’unique et le monde autour de moi. « L’âme est pour moi cette larme qui coule de mes yeux. Et ce sont les yeux de l’humanité tout entière », écrivait Stéphane Hessel, nous rappelant que l’âme diffère de l’esprit par l’émotion qui l’habite.
Une émotion qui permet la communion affective avec les autres, la nature, les animaux, ces êtres doués de sensibilité, et même avec les objets ou les lieux, porteurs eux aussi de l’émotion que nous leur prêtons.
Ne dit-on pas qu’un lieu a une âme ? Une vibration, une résonance ?


Marie de Hennezel 
(source : Psychologie magazine)

jeudi 31 décembre 2015

L'instant est là...






Pour que 2016 soit un an neuf... par Denis Marquet


La venue d'une nouvelle année nous relie à notre désir du Nouveau.
Chaque instant que nous vivons est à la fois la conséquence de causes anciennes, que certains appellent karmiques ; mais aussi l'opportunité de lancer pour l'avenir des causes neuves, qui ne sont pas l'effet du passé et génèrent des effets qui ne répètent rien.
De telles causes naissent de notre ouverture à une dimension transcendante à l'intérieur de nous. 
Alors, c'est le divin, ou la grâce, le mystère ou quelque nom que nous lui donnons, qui crée notre vie.
Et, libres du passé, nous pouvons vivre selon nos aspirations les plus profondes.

Pour cela, il suffit de s'abandonner !
S'abandonner, c'est accepter de ne pas se représenter son avenir, car on ne peut se re-présenter que du passé.C'est accepter de se laisser surprendre par soi-même, par les rencontres et les opportunités.
C'est accepter de lâcher l'illusion du savoir, toutes les attentes que nous faisons peser sur les autres et sur notre vie, ainsi que toute forme de contrôle.
Un instant d'abandon total nous plonge dans la dimension vierge de notre être ; nous voilà prêts pour un nouveau départ, un commencement dans le Nouveau : une naissance.

Fêtons le passage vers 2016 dans l'abandon total ! 
Alors ce nouvel an sera pour nous l'an du Nouveau : une merveilleuse année.


mercredi 30 décembre 2015

lundi 28 décembre 2015

Message de Noël de la part de Thich Nhat Hanh



Il y a quelques jours, Thầy pensait au message qu'il souhaitait envoyer à ses ami(e)s et étudiant(e)s pour qu'ils puissent fait comme Jésus ou comme le Bouddha.  Thầy a écrit cette calligraphie :

"Il n'y a pas un chemin à chercher pour aller chez soi,
Notre chez-soi est le chemin. »
 
Cela signifie que  le chemin et l'outil ne sont pas deux choses séparées. "Il n'y a pas de chemin à chercher pour aller  chez soi" Notre "chez soi" est le chemin. Quand nous faisons un pas sur ce chemin alors nous nous sentons chez nous tout de suite, à ce moment précis. C'est très authentique, c'est la pratique du village des Pruniers. Il n'y a aucun chemin menant au bonheur, le bonheur est le chemin. Récemment Thay a également partagé lors d'un de ses enseignements qu'il n'y a aucun chemin menant au Nirvana, le Nirvana est le chemin. Chaque pas, chaque respiration est capable de nous ramener chez nous, dans l'ici et le maintenant. C'est la pratique fondamentale du Village des Pruniers.

C'est le message que Thầy veut envoyer à tous ses amis et étudiants durant cette saison de Noel. Si vous voulez envoyer des vœux à vos ami(e)s et bien-aimé(e)s vous pouvez envoyer ce message. Si vous pouvez le pratiquer véritablement, alors votre envoi aura une signification profonde ; mais si vous ne le pratiquez pas, alors ce message n'aura aucune valeur. 

Réjouissons-nous de notre pratique de revenir chez soi en cette saison de fêtes. Soyons véritablement dans notre "chez soi" et devenons ainsi une maison pour nos bien-aimé(e)s et tous nos ami(e)s.


Avec confiance et amour

Thầy

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samedi 26 décembre 2015

Mesure du temps avec Philippe Mac Leod


Imaginer l'avenir ne trahit pas seulement le présent, mais neutralise la venue, vole à la fleur un fruit qui s'arrondit au moule de la patience. L'imagination n'est grosse que de soi, elle enfle sous la pression de notre propre image perpétuellement projetée. Le présent n'appartient qu'à celui qui sait s'effacer, et il n'est d'attente que dans l'abandon libre, l'abandon heureux à la béance infinie que nous sommes. Le temps chrétien pourrait lui-même se résumer ainsi : patiemment mais passionnément.

Chérir l'attente ne nous est pas simple, même si chaque année la liturgie nous apprend à la creuser un peu plus largement, en nous tournant vers le secret que porte le temps en son apparente indifférence. Nous voudrions l'escamoter, quand il s'agit au contraire de le traverser en le transformant en attente, et en goûtant celle-ci en plénitude, en l'habitant, en la nourrissant de notre passion, plus que de nos pauvres et fausses patiences. C'est cela, l'espérance : vivre l'absence jusqu'à l'intensité de la présence.

Assimilation, cheminement, maturation, toujours nous sommes exaucés, mais par petites touches, au fil des avancées, de sorte que la part qui nous est dévolue ait le temps de nous transformer, afin que nous puissions recevoir davantage et surtout ne rien nous approprier. Toute la Création est placée sous le signe de la durée, de la croissance. Nous le savons, mais nous l'oublions, parce que nos désirs l'acceptent mal. Nous ne rêvons que d'immédiateté. On ne peut pas entrer dans l'éternité sans avoir bu toute l'immensité du temps, goutte à goutte, sans avoir ressenti la gigantesque poussée de son effort continu.

En nous arrachant à la rêverie, aux projections de l'esprit, l'instant présent nous rappelle aussi à l'objet présent. Des brumes de l'imaginaire il fait jaillir l'étincelle du réel. Au fond, il n'est qu'un seul présent, celui de la présence, pleine, entière, active, mue par une conscience libérée de toute préoccupation pour n'être plus qu'attention. L'instant prend toute la place, tout l'espace où nous sommes, pourvu que nous sachions l'investir.

La patience, en réalité, nous grandit quand elle n'est plus comprise comme une résignation,une sorte de crispation pour mieux tenir. La patience libère une force muette, un contrepoint à notre anxiété comme à la brutalité de certains événements. Elle signifie que le monde ne s'arrête pas aux premières évidences. Elle nous parle de cette espérance qui ne ressemble en rien à l'espoir avide, mais qui reste liée à l'intuition du coeur, à l'intelligence sans cesse en éveil, au regard qui cherche toujours plus loin. Je souffre aujourd'hui parce que je ne sais pas entendrece qui demain m'apparaîtra clairement. La patience s'appuie sur une continuité secrète, elle dit l'obscurité du présent, ou plutôt notre surdité, mais elle affirme dans le même temps notre refus de l'immédiateté sommaire des événements. Ils disent autre chose qu'eux-mêmes, ils recèlent une parole, un appel, ils sont toujours l'enfantement douloureux d'une promesse à venir, le passage obligé à un autre stade du réel qui n'apparaît pas dans sa totalité.

Il nous faut grandir, croître encore, et nul ne saurait faire l'économie de la souffrance qu'implique tout changement. Elle aussi est notre seule façon d'entendre, vraiment, c'est-à-dire avec notre chair. Non pas comme une pédagogie du châtiment, mais de l'inscription vivante, avec la lenteur inhérente à toute croissance et à un enracinement durable.

Philippe Mac Leod est écrivain et a publié plusieurs livres et recueils de poésie. Son dernier ouvrage, Poèmes pour habiter la terre est paru chez Le Passeur.




La joie nous manque... avec Jean-Claude Guillebaud


À ceux qui se demandent quelle sorte de manque ronge silencieusement nos sociétés, il faut répondre : la compassion. Cette sollicitude spontanée que les boud­dhistes appellent la maitri et qui est assez proche, au fond, de l’agapê des chrétiens. Cette patiente attention aux plus exposés, aux plus démunis qu’entendait promouvoir notre morale laïque et républicaine, lorsque, à la Liberté et à l’Égalité, elle ajouta – en 1848 seulement – la Fraternité.

Aujourd’hui, on a beau prendre la réalité contemporaine par tous les bouts, une évidence crève les yeux : la compassion est en train de quitter notre monde. À petits pas. Insidieusement. Dorénavant, ce qui la ­remplace – et jusqu’à la nausée – ce sont des impératifs de compétition, de performance, de gagne, de record, de dépassement de l’autre, de quant-à-soi barricadé.

Or avec la compassion, c’est le bonheur de vivre qui s’en va. Disons même la gaieté. Dans l’air du temps flotte à ce sujet un malentendu : celui qui nous fait confondre cette dernière avec le contentement, et le bonheur de vivre, avec le consumérisme affolé. Par pudeur, crainte d’être ringard ou de passer pour sentimental, nous n’osons plus parler de ces choses-là. C’est dommage. Osons le dire : une certaine gaieté nous manque. Je dis une certaine gaieté, car celle que j’évoque ne s’apparente pas aux épaisses rigolades du moment.

Nos rires sont tristes. Notre sérieux est navrant. Nos prudences sont moroses. Nos « fêtes » sont sans lendemain. Nos plaisirs sont boulimiques et plutôt enfantins. Tout se passe comme si la frénésie jouisseuse de l’époque cachait une sécheresse de cœur et une stérilité de l’esprit. La gaieté véritable, celle que nous avons perdue, c’est celle de l’aube, des printemps, des projets. Elle se caractérise par une impatience du lendemain, par des rêves de fondation, par des curiosités ou des colères véritables : celles qui nous « engagent ».

La gaieté profonde qui nous manque est celle qu’évoquait Jean Sulivan dans son beau livre Matinales (Gallimard, 1976). Elle n’implique aucune résignation devant l’injustice du monde. Elle passe par la conviction que les catastrophes ne sont pas programmées, que le pire n’est jamais sûr, que le futur n’est pas décidé et que tout regret est un poison aux effets lents. Cette vitalité joyeuse ne doit pas être abandonnée à la contrebande des amuseurs médiatiques ou des clowns politiciens. Joyeux Noël à tous !



(source : La Vie)

vendredi 25 décembre 2015

Notre Père en araméen




Aboun d'ouashmaya  néthqaddash shmakh
tétéh malkoutakh néhouée tséouyanakh
aïkanna d'ouashmaya ap b'ar'a

haoulan lahma  d'sounqanan yaoumana
ouashwoklann haouba'inn  ou ahtaha'inn
aïykanna d'aphnann shouaqahinn l'hayaoua'inn

ou la ta'lann lnessiona
ella passan men bisha

mettoldilakhi malkoutha ou haïla ou teshbota
l'alam alminn    amen

La merveilleuse histoire de Noël (4)

Apocryphes, mais pas naïfs

Tout ce que l'on raconte de Noël depuis qu'on célèbre cette fête et qui n'est pas dans l'Évangile de Luc ou dans celui de Matthieu – c'est Matthieu qui parle des mages, sans préciser leur nombre – vient d'ailleurs. D'où ? Quelquefois, des Évangiles apocryphes, ces vies de Jésus souvent très anciennes, mais qui, pour diverses raisons, n'ont pas été retenues dans la liste officielle des livres du Nouveau Testament : trop fantaisistes, trop incomplètes, trop manifestement brodées sur les Évangiles déjà existants. Ainsi, le boeuf et l'âne. Ils viennent d'un apocryphe dit le Pseudo-Matthieu.


Mais pour être apocryphes, ils ne sont pas forcément naïfs. Le boeuf et l'âne sont des animaux humbles, à l'image de Jésus naissant. Le boeuf est animal de sacrifice, comme Jésus s'offrira lui-même en sacrifice. L'âne est l'animal sur lequel Jésus entrera dans Jérusalem pour sa Passion. L'un et l'autre annoncent donc le destin de Jésus. De plus, ils se trouvent tous deux dans la Bible : dans Isaïe 1, 3. « Le boeuf connaît son propriétaire, et l'âne la mangeoire de son maître. Israël ne me connaît pas, mon peuple ne comprend pas. » C'est précisément ce qui va arriver au Christ, ignoré, incompris d'Israël.

De même, l'étable ou appentis devient grotte, image du Sépulcre (Justin de Naplouse, IIe siècle) ; les mages prennent peu à peu des visages d'Africains ou d'Asiatiques, image des nations auxquelles l'Évangile sera annoncé... Ainsi le vrai Noël est-il devenu notre Noël. Par petites touches, sur la suggestion d'une réflexion spirituelle ou par l'inspiration des artistes médiévaux. Marie accouchant dans la difficulté d'une nuit non précisée d'une année mal fixée autour de - 6 a été entourée d'une broderie de détails, mais ces détails ont un sens. Ils disent qui est l'enfant qui vient de naître, ce qui l'attend, ce qui nous attend.




source : La Vie

jeudi 24 décembre 2015

Jean-Marie Pelt : Jésus est entré dans ma vie à un moment très dur

Le biologiste-écrivain raconte comment Jésus est entré dans sa vie dans un moment de grande solitude et de dépression. Il décrit comment Jésus, Dieu fait homme, l'a inondé de bonheur.

Le Christ est entré dans mon existence à un moment très difficile. J'ai perdu ma mère dans des conditions pénibles. Mon père est mort. Tout mon environnement familial a disparu. J'étais célibataire, sans enfant et cet état m'a soudain pesé. Se sont greffées de grandes difficultés dans mon travail et je suis rentré dans un état dépressif qui n'a fait que s'aggraver.

À ce moment-là, j'ai rencontré Jésus avec un corps d'homme, un Dieu fait homme. J'étais seul un soir dans une chambre d'hôtel et j'ai été inondé d'un état de bonheur d'une grande intensité, inconnu pour moi jusqu'alors. C'était une rencontre avec quelqu'un de plus grand que moi. J'ai été pris et immergé dans un océan de bonheur... Trois sentiments m'ont enveloppé : amour, paix et joie.

"La passion de ma vie, c'est Dieu"

J'avais déjà connu cette impression d'être au ciel mais je n'avais jamais connu une telle intensité et une telle durée. Moi, qui priais de toutes mes forces pour sortir du trou, le Seigneur m'a dit un jour : "Allez, cela suffit, j'en fais mon affaire !". Ce n'était pas une conversion car j'ai toujours eu la foi. Mais ce fut un retournement complet et une libération par rapport à tout ce que j'avais reçu, petit, de culpabilité. Celle-ci a complètement disparu, remplacée par une sorte d'exigence morale d'un rang supérieur. Ma relation avec les autres a complètement changé. Je ne peux pas vivre si j'ai un problème avec quelqu'un. Il faut absolument que je le règle. Avant, je ne voyais rien, je volais comme le Concorde à haute altitude.

On m'a demandé quelle était la passion de ma vie, si c'était par exemple la botanique. Non ! la passion de ma vie, c'est Dieu. Tout ce que je vis est sous sa lumière et j'ai le sentiment qu'il m'a fait naître à la liberté.

Le conflit entre science et foi est aujourd'hui dépassé. Nous avons la chance que, dans le christianisme, on accepte que des historiens, des spécialistes, des archéologues travaillent sur les textes sacrés, en aient une approche scientifique, ce qui nous donne un regard nouveau sur la manière de les recevoir. Elle éclaire la question du sens, de la destinée humaine, des fins dernières. La science apporte beaucoup d'explications, mais ne supprime pas le caractère sacré des textes. Les physiciens qui font de la physique quantique disent qu'on ne peut pas percevoir le réel au moyen de la science. Il y a un autre réel, au-delà de nos sens et de nos instruments, qu'on ne peut pas percevoir. On peut mettre dans ce réel tout ce qu'on voudra.



Le botaniste Jean-Marie Pelt était un fervent écologiste. Il vient de nous quitter ce mercredi à l'âge de 82 ans.





mercredi 23 décembre 2015

La merveilleuse histoire de Noël (3)


Jésus associé au soleil

Les chrétiens d'origine gréco-romaine avaient déjà associé Jésus au soleil, parce qu'ils avaient d'eux-mêmes établi un lien entre le Christ et Apollon. Apollon, dieu du soleil, est aussi le dieu de l'ordre harmonieux du monde, de l'intelligence, de la parole poétique. Quand il advient, il éclaircit, apaise, répare les troubles de ce monde. C'est pourquoi on trouve dans les catacombes de Rome, parmi les toutes premières représentations du Christ, celle du jeune homme debout, la tête entourée de rayons : le Christ apollinien. Jésus n'était-il pas, lors de sa Résurrection, vêtu de vêtements d'un blanc aveuglant ? Il est la Lumière, dit saint Jean.

Vers 275, l'empereur Aurélien, agacé par la floraison de cultes orientaux dans Rome et spécialement dans son armée - or les empereurs du IIIe siècle ne gouvernent qu'appuyés sur l'armée - eut l'idée d'instaurer un culte patriotique unique qui ferait la synthèse des religions à la mode et, espérait-il, les digérerait toutes. Un culte à dieu unique, solaire, dans lequel on trouverait un peu d'Égypte, un peu de Mithra - cette religion orientale dont le dieu mourait et naissait au solstice d'hiver -, un peu de christianisme. L'idée n'était pas nouvelle ; depuis un siècle elle était dans l'air et on en a des traces dans les tombes populaires de Rome. Aurélien fit donc construire au Champ de Mars de Rome un temple de très grande taille, dédié au dieu Soleil invaincu et dont la fête se célébrerait au solstice d'hiver : le 25 décembre. Un des avantages était que la date était déjà populaire à Rome ; c'est à peu près celle des Saturnales, fête à laquelle étaient associés des cadeaux, les streniæ, nos « étrennes ».

Le culte solaire d'Aurélien fut un échec. Quelques années plus tard, son successeur Constantin annonçait sa conversion personnelle à la foi chrétienne. Mais la tentative d'Aurélien avait néanmoins marqué les esprits, et la date du 25 décembre est restée parce que l'Église a voulu christianiser définitivement ce « soleil levant » aussi bien que les Saturnales. Il ne s'agit pas de copier un culte païen – quel intérêt ? – mais d'exprimer le mystère chrétien avec des symboles accessibles aux païens.

Nous sommes certains que Noël était officiellement le 25 décembre dans le calendrier de l'Église en 336, et probablement plus tôt. Si, depuis, les Orientaux et les Occidentaux célèbrent Noël avec un décalage – les Orientaux, c'est-à-dire les orthodoxes, le 7 janvier –, c'est que nos calendriers respectifs sont décalés depuis que les Occidentaux ont réformé l'ancien calendrier, dit julien, afin de remédier à un problème de calcul. Car les mouvements de la Terre autour du Soleil ne tombent pas juste en nombre de jours, de sorte que le calendrier julien s'est peu à peu décalé par rapport au soleil. Les Orientaux sont restés fidèles au calendrier julien et se trouvent ainsi « en retard » de quelques jours.