lundi 30 mars 2015

Il faut appeler un chat, un chat ! témoignage d'Etienne


« Il faut appeler un chat, un chat, Madame, vous avez un cancer, c’est un sarcome ! » Nous étions tous les 4 réunis, Maryse, ma femme, nos deux enfants et moi-même, dans ce petit bureau étriqué du chirurgien quand cette nouvelle nous fut annoncée ainsi. Je me suis empressé quelques instants plus tard pour le rencontrer seul à seul ! Sa réponse à ma question fut implacable : «Je vous l’ai dit Monsieur, c’est sérieux, très sérieux ! » Maryse, ma femme, la mère de mes enfants, pouvait donc mourir. Devant ce fait et pour la première fois de ma vie, je voyais, je reconnaissais qu’elle était le centre, l'axe, le pilier de ma famille, et qu’elle m’était indispensable.

Le débrouillard, le magouilleur, le grand sauveur du monde qui donne le change, laissait soudain la place à ma vérité traumatique profonde : « un bon à rien, incapable d’aider ».
Je comprenais humblement en cet instant qu’un conjoint pouvait quitter, abandonner son foyer, sa famille, ses proches, tant la peur de la mort devant le non-sens de la vie engendrait une douleur insupportable.
Impuissant, face à moi-même, je me suis posé cette question : « Que puis-je faire, que dois-je faire ? » La réponse fut courte et simple : « Fais ce que tu as à faire et fais-le au mieux ! »

Trois mois avant cet événement, j'avais déposé le bilan de mon entreprise. Avec quelques réserves financières, j’avais donc tout mon temps pour me consacrer à cette nouvelle vie. Ainsi, malgré tout, la vie semble bien faite, comme si elle m’attendait !

Je me suis alors investi dans cette injonction : faire les courses, la vaisselle, le ménage, répondre au téléphone et rassurer mes enfants, ouvrir la porte aux infirmières, appeler le médecin, parfois dans l’urgence, préparer les repas de Maryse, les monter dans sa chambre, l'accompagner, sans rien dire, sans rien faire, juste être présent physiquement.

Chaque matin, dans la simplicité, je savais scrupuleusement ce que j’avais à faire avec ces cinq mots d’ordre : « tu le fais au mieux ». Souvent le soir, j’avais juste le goût d'avoir fait mon devoir, ni plus, ni moins. Pourtant, je dois en convenir, extérieurement rien ne ressemblait à un millimètre d’exploit.

Dans le cœur de cette expérience, je porte un souvenir inoubliable : avec la chimiothérapie, Maryse avait encore enduré une dure nuit, elle avait beaucoup vomi et ce matin elle était au comble de la douleur physique et des autres auxquelles je n’ai pas eu accès. Elle n’en pouvait plus et elle voulait mourir, elle me le dit ! La colère m’envahit, je lève les yeux au ciel, et intérieurement je lui crie : « Que veux-tu ? Qu’est-ce que je peux faire ? » La réponse ne tarde pas, c’est Maryse qui me la donne :

« Etienne, j’ai soif, donne-moi un verre d’eau s’il te plaît ».

J ai choisi le verre qu’elle aimait, mis la grenadine en prenant soin de la bonne dose selon son goût, rempli d'eau à la bonne hauteur, j’ai aussi mis beaucoup de glaçons comme elle aimait. Je 1'ai vue se délecter de cette boisson. Dans un profond soupir de soulagement, elle m a dit : « C’est bon ! » Curieusement, je ne sais même plus si les détails de cette histoire sont bien réels, mais une chose est certaine, j’ai vécu ce moment d’amour, hors du temps, avec un simple verre d’eau.

Je retiens de cette petite histoire, le sens vécu du mot « humilité » : ne pas être ni au-dessus, ni au-dessous de ce que l’on est, mais être à ma place. Peu importe ce que la vie me demande, si je regarde bien, si j’écoute bien, sans jugement, je sais exactement ce que la vie me veut. À croire qu’il faut être confronté à la mort pour voir l’ici et maintenant de notre vie, seul lieu de la vraie vie, celle qui donne l’amour.



(source : magazine Reflets)

dimanche 29 mars 2015

Tournez la page...

Ordi en panne puis réparé...
un instant d'arrêt puis reprise du mouvement.
Juste pour vous informer que les parutions pourront peut-être être plus espacées.
Bien à vous sur le chemin phytospirituel  !


S'imprégner de la spiritualité avec Robert Rotival



Un chartreux a dit un jour que la contemplation était l’émotion ressentie face à quelque chose de plus beau que soi. Le parallèle avec ma photographie me paraît très clair. Je ne veux pas faire de l'esthétisme, mais simplement montrer les choses, elles-mêmes porteuses de simplicité.



Mes photos ne font qu’immortaliser quelque chose qui existe et me dépasse totalement. D'ailleurs, j’ai été dépassé par tout ce que j’ai pu vivre. Dans mon itinéraire, je ne vois que des cadeaux. Je n’étais pas destiné à être photographe, mais chimiste dans un laboratoire. J’aurais été très malheureux. Si je n’avais pas fait ce premières photos sur la vie monastique je n aurais sans doute pas consacré ma vie à ce métier. Tout est venu à moi. Et c’est extraordinaire. Je pense que tout le monde pourrait faire mes photos, mais que beaucoup trouveraient cela irrespirable au bout d une heure. Moi, je ne m’en lasse pas.



À chaque séjour, c’est comme si je retrouvais une grande famille dans laquelle j’avais une place, mes repères, mes souvenirs. Ces 40 années passées dans les monastères m’ont fait pénétrer les coulisses de ces femmes et hommes de Dieu, êtres de chair et de sang, non moins humains que les autres. J’en ai vu évoluer, changer, vieillir. J ai tissé de grandes amitiés, perdu des êtres chers. Conversé avec certains, prié avec d'autres. J aime ces premières journées, retrouvailles faisant suite à un court ou long temps d’absence. À l’abbaye de Sept-Fons notamment, que j’affectionne particulièrement. Procession dans le chœur, petit signe de tête. Esquisse d’un sourire, échanges de regards complices. Litanie des saints...







samedi 28 mars 2015

Nos capacités à la compassion par Tania Singer


Les neurosciences sociales viennent confirmer ce que les traditions religieuses savaient déjà : nous avons une grande faculté de changement, mais notre devoir est de savoir dans quel but nous travaillons à ce changement. Se transformer soi-même, s’entraîner à la compassion, c’est d’abord dans la perspective de faire reculer la souffrance et de développer des valeurs éthiques dans la société. Plus on s’exerce à la bienveillance et à la sollicitude envers autrui, plus on renforce des comportements de coopération. Six ou neuf mois d’exercices quotidiens vous ouvrent déjà le cœur. Vous avez donc entre les mains un outil très puissant pour développer une société plus équitable et un monde plus positif et coopératif. Si au lieu d’être motivé par le pouvoir ou la performance notre cerveau est motivé par l’amour bienveillant, si vous remplacez la menace et la compétition par la confiance, cela oblige à repenser vos modèles économiques, construits sur l’idée que l’homme est essentiellement égoïste et agit toujours dans son intérêt. En vous changeant vous-même, vous pouvez aussi changer les institutions…

Nos recherches montrent qu’on peut redécouvrir ce qu’on a déjà naturellement en nous. Le care system, quand on l’active, ça marche ! J’aimerais montrer que chacun a en soi cette capacité à l’altruisme et au soin de l’autre. Sinon, on ne s’occuperait pas de nos enfants. Même le chat, quand il lèche ses petits, a cette faculté. Et nous, en plus des animaux, nous avons la capacité d’étendre notre attention à ceux que nous n’aimons pas. Cela commence naturellement avec nos proches, mais nous pouvons étendre aussi notre altruisme au monde. Je ne suis pas pratiquante d’une religion, je ne suis pas bouddhiste, mais j’y crois : ouvrir les portes du cœur, développer une meilleure compréhension d’autrui, c’est l’enseignement des sagesses, mais ça n’est pas spécifiquement religieux, c’est la base de l’humanité. Entraîner notre esprit à plus d’amour bienveillant et à plus d’altruisme, c’est un processus de transformation à la portée de chacun.

Tania Singer
chercheuse en neurosciences et directrice du département des neurosciences sociales à l’institut Max-Planck de neurologie et des sciences cognitives, à Leipzig


mercredi 25 mars 2015

Sourire en partage...

Un sourire ne coûte rien mais il apporte beaucoup ; 
il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne.
Frank Irving Fletcher


voir les belles photos :

mardi 24 mars 2015

Une beauté de légende




Je l'avais vu d'abord de Cancale, ce château de fées planté dans la mer. Je l'avais vu confusément, ombre grise dressée sur le ciel brumeux.

Je le revis d'Avranches, au soleil couchant. L'immensité des sables était rouge, l'horizon était rouge, toute la baie démesurée était rouge; seule, l'abbaye escarpée, poussée là-bas, loin de la terre, comme un manoir fantastique, stupéfiante comme un palais de rêve, invraisemblablement étrange et belle, restait presque noire dans les pourpres du jour mourant.
J'allai vers elle le lendemain dès l'aube, à travers les sables, l’œil tendu sur ce bijou monstrueux, grand comme une montagne, ciselé comme un camée et vaporeux comme une mousseline. Plus j'approchais, plus je me sentais soulevé d'admiration, car rien au monde peut-être n'est plus étonnant et plus parfait.

Et j'errai, surpris comme si j'avais découvert l'habitation d'un dieu à travers ces salles portées par des colonnes légères ou pesantes, à travers ces couloirs percés à jour, levant mes yeux émerveillés sur ces clochetons qui semblent des fusées parties vers le ciel et sur tout cet emmêlement incroyable de tourelles, de gargouilles, d'ornements sveltes et charmants, feu d'artifice de pierre, dentelle de granit, chef-d’œuvre d'architecture colossale et délicate.

Comme je restais en extase, un paysan bas normand m'aborda et me raconta l'histoire de la grande querelle de saint Michel avec le diable.

Un sceptique de génie a dit: "Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu."

Ce mot est d'une éternelle vérité et il serait fort curieux de faire dans chaque continent l'histoire de la divinité locale, ainsi que l'histoire des saints patrons dans chacune de nos provinces. Le nègre a des idoles féroces, mangeuses d'hommes; le mahométan polygame peuple son paradis de femmes; les Grecs, en gens pratiques, avaient divinisé toutes les passions.

Chaque village de France est placé sous l'invocation d'un saint protecteur, modifié à l'image des habitants.

Or saint Michel veille sur la Basse-Normandie, saint Michel, l'ange radieux et victorieux, le porte-glaive, le héros du ciel, le triomphant, le dominateur de Satan.

Mais voici comment le Bas normand, rusé, cauteleux, sournois et chicanier, comprend et raconte la lutte du grand saint avec le diable.

Pour se mettre à l'abri des méchancetés du démon, son voisin, saint Michel construisit lui-même, en plein Océan, cette habitation digne d'un archange; et, seul, en effet, un pareil saint pouvait se créer une semblable résidence.

Mais, comme il redoutait encore les approches du Malin, il entoura son domaine de sables mouvants plus perfides que la mer.

Le diable habitait une humble chaumière sur la côte; mais il possédait les prairies baignées d'eau salée, les belles terres grasses où poussent les récoltes lourdes, les riches vallées et les coteaux féconds de tout le pays; tandis que le saint ne régnait que sur les sables. De sorte que Satan était riche, et saint Michel était pauvre comme un gueux.

Après quelques années de jeûne, le saint s'ennuya de cet état de choses et pensa à passer un compromis avec le diable; mais la chose n'était guère facile, Satan tenant à ses moissons.

Il réfléchit pendant six mois; puis, un matin, il s'achemina vers la terre. Le démon mangeait la soupe devant sa porte quand il aperçut le saint; aussitôt il se précipita à sa rencontre, baisa le bas de sa manche, le fit entrer et lui offrit de se rafraîchir.

Après avoir bu une jatte de lait, saint Michel prit la parole:
- Je suis venu pour te proposer une bonne affaire.

Le diable, candide et sans défiance, répondit:
- Ça me va.
- Voici. Tu me céderas toutes tes terres.

Satan, inquiet, voulut parler:
- Mais...

Le saint reprit:
- Ecoute d'abord. Tu me céderas toutes tes terres. Je me chargerai de l'entretien, du travail, des labourages, des semences, du fumage, de tout enfin, et nous partagerons la récolte par moitié. Est-ce dit?

Le diable, naturellement paresseux, accepta.
Il demanda seulement en plus quelques-uns de ces délicieux surmulets qu'on pêche autour du mont solitaire. Saint Michel promit les poissons.
Ils se tapèrent dans la main, crachèrent de côté pour indiquer que l'affaire était faite, et le saint reprit:

- Tiens, je ne veux pas que tu aies à te plaindre de moi. Choisis ce que tu préfères: la partie des récoltes qui sera sur terre ou celle qui restera dans la terre.

Satan s'écria:
- Je prends celle qui sera sur terre.
- C'est entendu, dit le saint.

Et il s'en alla.
Or, six mois après, dans l'immense domaine du diable, on ne voyait que des carottes, des navets, des oignons, des salsifis, toutes les plantes dont les racines grasses sont bonnes et savoureuses, et dont la feuille inutile sert tout au plus à nourrir les bêtes.
Satan n'eut rien et voulut rompre le contrat, traitant saint Michel de "malicieux".

Mais le saint avait pris goût à la culture; il retourna retrouver le diable:

- Je t'assure que je n'y ai point pensé du tout; ça s'est trouvé comme ça; il n'y a point de ma faute. Et, pour te dédommager, je t'offre de prendre, cette année, tout ce qui se trouvera sous terre.
- Ça me va, dit Satan.

Au printemps suivant, toute l'étendue des terres de l'Esprit du mal était couverte de blés épais, d'avoines grosses comme des clochetons, de lins, de colzas magnifiques, de trèfles rouges, de pois, de choux, d'artichauts, de tout ce qui s'épanouit au soleil en graines ou en fruits.
Satan n'eut encore rien et se fâcha tout à fait.

Il reprit ses prés et ses labours et resta sourd à toutes les ouvertures nouvelles de son voisin.
Une année entière s'écoula. Du haut de son manoir isolé, saint Michel regardait la terre lointaine et féconde, et voyait le diable dirigeant les travaux, rentrant les récoltes, battant ses grains. Et il rageait, s'exaspérant de son impuissance. Ne pouvant plus duper Satan, il résolut de s'en venger, et il alla le prier à dîner pour le lundi suivant.

- Tu n'as pas été heureux dans tes affaires avec moi, disait-il, je le sais; mais je ne veux pas qu'il reste de rancune entre nous, et je compte que tu viendras dîner avec moi. Je te ferai manger de bonnes choses.

Satan, aussi gourmand que paresseux, accepta bien vite. Au jour dit, il revêtit ses plus beaux habits et prit le chemin du Mont.

Saint Michel le fit asseoir à une table magnifique. On servit d'abord un vol-au-vent plein de crêtes et de rognons de coq, avec des boulettes de chair à saucisse, puis deux gros surmulets à la crème, puis une dinde blanche pleine de marrons confits dans du vin, puis un gigot de pré-salé, tendre comme du gâteau; puis des légumes qui fondaient dans la bouche et de la bonne galette chaude, qui fumait en répandant un parfum de beurre.

On but du cidre pur, mousseux et sucré, et du vin rouge et capiteux, et, après chaque plat, on faisait un trou avec de la vieille eau-de-vie de pommes.
Le diable but et mangea comme un coffre, tant et si bien qu'il se trouva gêné.

Alors saint Michel, se levant formidable, s'écria d'une voix de tonnerre:
- Devant moi! devant moi, canaille! Tu oses... Devant moi...

Satan éperdu s'enfuit, et le saint, saisissant un bâton, le poursuivit.

Ils couraient par les salles basses, tournant autour des piliers, montaient les escaliers aériens, galopaient le long des corniches, sautaient de gargouille en gargouille. Le pauvre démon, malade à fendre l'âme, fuyait, souillant la demeure du saint. Il se trouva enfin sur la dernière terrasse, tout en haut, d'où l'on découvre la baie immense avec ses villes lointaines, ses sables et ses pâturages. Il ne pouvait échapper plus longtemps; et le saint, lui jetant dans le dos un coup de pied furieux, le lança comme une balle à travers l'espace.

Il fila dans le ciel ainsi qu'un javelot, et s'en vint tomber lourdement devant la ville de Mortain. Les cornes de son front et les griffes de ses membres entrèrent profondément dans le rocher, qui garde pour l'éternité les traces de cette chute de Satan.

Il se releva boiteux, estropié jusqu'à la fin des siècles; et, regardant au loin le Mont fatal, dressé comme un pic dans le soleil couchant, il comprit bien qu'il serait toujours vaincu dans cette lutte inégale, et il partit en traînant la jambe, se dirigeant vers des pays éloignés, abandonnant à son ennemi ses champs, ses coteaux, ses vallées et ses prés.

Et voilà comment saint Michel, patron des Normands, vainquit le diable.
Un autre peuple avait rêvé autrement cette bataille.

La Légende du Mont Saint-Michel - Guy de Maupassant ,
texte publié dans Gil Blas du 19 décembre 1882.
Publiée dans le recueil Clair de Lune en 1883.


lundi 23 mars 2015

Guide de Carême (9)


Du lundi 23 au mercredi 25 mars 


Choisissez un poème qui vous inspire. Et si aucun ne vous vient spontanément à l'esprit, allez rechercher vos vieux manuels de français, vos cahiers d'écoliers ou bien passer à la librairie de votre quartier pour trouver un texte qui vous touche. Puis relisez-le dans des lieux différents. Par exemple le matin au réveil, dans les transports, durant une pause au travail, le soir en rentrant du travail, ou avant de vous coucher. 

À chaque fois, laissez vous surprendre. Notez comment les mots ne résonnent jamais tout à fait pareil si vous le lisez en étant vraiment présent. Vous pouvez aussi partager votre poème avec une personne de votre choix ou organiser un temps de lecture en famille ou entre amis en fin de journée.




"Le poème, qu'est-ce que c'est ?
M'a demandé une fillette :
Des pluies lissant leurs longues tresses,
Le ciel frappant à mes volets,
Un pommier tout seul dans un champ
Comme une cage de plein vent,
Le visage triste et lassé
D'une lune blanche et glacée,
Un vol d'oiseaux en liberté,
Une odeur, un cri, une clé ?"

Et je ne savais que répondre
Jeu de soleil ou ruse d'ombre ? -
Comment aurais-je su mieux qu'elle
Si la poésie a des ailes
Ou court à pied les champs du monde ?

ÊTRE OU NE PAS ÊTRE
Maurice Carême



dimanche 22 mars 2015

De la rupture à la Présence retrouvée avec Anne Ducrocq



Mon parcours spirituel ne suit pas une ligne droite, mais se dessine plutôt en cercle.
Car même si extérieurement je parcours un chemin avec des étapes, je sens bien intérieurement que je passe et repasse par les mêmes choses pour les creuser, changer de point de vue, ouvrir mon regard et mon cœur...
Tout a commencé de façon probablement décisive par mon baptême à l’hôpital à 2 jours.

Ma mère avait peur de ne pas y arriver sans l’aide de Dieu. Comme si j’avais été “marquée”... J’ai ensuite eu une enfance très “catholique bon teint”, j’ai même poursuivi après le catéchisme par deux ou trois années de philosophie religieuse. Les drames de la vie m’ont rattrapée en cascade, et vers 18 ans, j’ai dit un soir à ma mère que je lui rendais son Dieu qui nous protégeait si mal de la souffrance avant de claquer violemment la porte. Fin du premier acte...

Sept années ont suivi, où j’ai découvert et pratiqué la méditation bouddhiste vipassana. Je réalisais qu’on ne m’avait pas parlé de ce qu’était l’ascèse, je découvrais la participation du corps au travail spirituel, je descendais dans le silence...

La révolution ! Un soir que j’étais en retraite de dix jours, la Présence m’a soudainement physiquement manqué... J’ai cherché un lieu chrétien où méditer, l’assise silencieuse était devenue trop importante pour moi. J’ai rencontré des orthodoxes occidentaux en Moselle.

Tout y était : le silence, le mystère, l’expérience, le quotidien comme exercice... et j’y ai rencontré le Souffle, l’Esprit saint, que je ne connaissais pas, présence omniprésente sans laquelle ils ne font rien. Quatorze années ont été nécessaires avant que je ne sente la nécessité de me “convertir” à l’orthodoxie. Je vois d’ailleurs plutôt cela comme un prolongement de ma foi que comme une rupture. J’ai enfin trouvé ma famille spirituelle, mais je n’ai pas fini de creuser mon sillon... »