dimanche 10 septembre 2023

Chaque matin, vivre l'aujourd'hui

 Raphaël Buyse : Chaque matin, vivre l'aujourd'hui

Cette manie que nous avons de nous projeter « comme des fous dans l'avenir », dit le prêtre lillois, peut nous faire passer à côté de la vie. Il appelle à la rescousse Madeleine Delbrêl et l'Évangile pour nous faire basculer dans le présent. Et l'accueillir « comme une manne ». 

Mi-août. À grand renfort d’affiches publicitaires, une grande jardinerie située à quelques kilomètres de chez moi annonce que les décorations ­d’Halloween et de Noël sont déjà en rayon. Les articles de la prochaine rentrée sont sans doute écoulés depuis Pâques…

La question de Winnie l’Ourson


On pourrait presque en rire, mais c’est ainsi : en nous cette propension naturelle, accentuée ces derniers temps, ou bien de nous réfugier dans le passé et d’avoir la nostalgie de ce qui, quelquefois, n’a même pas existé ; ou bien de nous projeter comme des fous dans l’avenir, en nourrissant les chimères d’un après-demain somme toute incertain.

Combien de fois entendons-nous ou disons-nous, au début d’une semaine : « Vivement le week-end prochain ! » ou une veille de rentrée : « Vivement les prochaines vacances ! », comme si l’aujourd’hui n’était finalement qu’une parenthèse ? Et quoi penser aussi de ce jeune étudiant, entendu il y a quelques mois à la télévision, qui s’inquiétait de la retraite à laquelle il aspirait déjà sans avoir même pensé que ses années de travail pourraient être aussi quelques belles années de vie et d’épanouissement ?

En rédigeant cette chronique, j’ai dans la tête ce dessin de Winnie l’ourson qui demande à son ami Porcinet : « Quel jour sommes-nous ? », et reçoit cette réponse : « Aujourd’hui ! » Alors Winnie s’exclame : « Tant mieux, c’est le jour que je préfère !… » 

Madeleine Delbrêl à la rescousse

Et si nous nous rappelions que seul l’aujourd’hui nous est donné, et qu’il ne sert à rien de vouloir épuiser par avance le lendemain. La rage de vivre et de courir en avant risque de nous faire passer à côté de la vie. Vivre dans l’excitation constante de l’avenir, vouloir passer rapidement à plus tard par crainte de rater quelque chose ou de mourir sans avoir pu tout croquer peut être symptomatique d’un mépris de l’aujourd’hui, comme si Dieu nous offrait ce temps-là sans motif et sans l’avoir rempli de ses dons.

Madeleine ­Delbrêl écrivait : « C’est pourtant, chaque matin, notre journée tout entière que nous recevons des mains de Dieu. Il nous donne une journée préparée pour nous par lui. Il n’y a rien de trop et rien de pas assez, rien d’indifférent et rien d’inutile. C’est un chef-d’œuvre de journée qu’il vient nous demander de vivre. » Le risque sera toujours grand de ne regarder notre journée que « comme une feuille d’agenda marquée d’un chiffre et d’un mois » et de la traiter « à la légère, comme une feuille de papier » (Œuvres complètes. Humour dans l’amour, Madeleine Delbrêl, Nouvelle Cité).

Demain est un autre jour


Dans l’Évangile, on voit Jésus de ­Nazareth prendre le temps de s’arrêter quand d’autres voudraient le pousser plus loin, de parler avec un pauvre quand ses disciples voudraient continuer leur chemin, de s’inquiéter de la santé d’Untel quand d’autres l’ont enfermé dans son passé. En lui, quelque chose d’une haute qualité d’existence, une capacité foncière de voir la profondeur de la vie, et sûrement pas de courir après le vent.

Il nous donne une leçon : celle de bien faire ce qui est à faire ici et maintenant, de ne pas vouloir être un homme lorsque l’on n’est encore qu’un enfant, de ne pas être un virtuose avant d’avoir été un débutant, de ne rien rater de nos rencontres et des événements, quand bien même ils pourraient nous paraître futiles. Il nous prend par la main pour nous faire découvrir la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur du quotidien. Et c’est alors que notre cœur peut se préparer à accueillir demain.

J’aime, le soir, m’unir aux moines qui chantent le psaume 90 après s’être affairés du matin jusqu’au soir : ils savent qu’il est bon de s’endormir « à l’ombre de ses ailes », et que demain sera un jour nouveau donné à accueillir avec un cœur préparé par l’hier. Vivre l’aujourd’hui qui est donné chaque matin comme une manne n’a rien d’une approche zen du temps.

Le temps n’est pas une illusion. Chaque journée déploie en nous des espaces intérieurs où les secondes, les minutes et les heures ne filent pas comme du sable fin dans les mains d’un enfant. Alors nous apprenons à reconnaître la grandeur cachée des petites choses : c’est là que se joue sans attendre le Royaume de Dieu.

Il ne sert à rien de vouloir être en décembre avant d’avoir vécu septembre. Et sans se battre contre lui…

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Raphaël Buyse est prêtre du diocèse de Lille. Il est l’auteur d’Autrement, Dieu et d’Autrement, l’Évangile (Bayard) et d’Il n’y a que les fous pour être sages (Salvator).


samedi 9 septembre 2023

Apprivoiser le temps

Par Jean-Marc Bastière

La question d’habiter le présent, nos heures, nos jours se pose avec acuité en ce mois de rentrée. Prendre soin de cette dimension essentielle de notre existence, est nécessaire. Voici quelques points d'attention à cultiver.


Notre condition est de vivre dans le temps. Il nous semble parfois être prisonnier de son cours implacable comme si nous étions emportés dans un fleuve impétueux, jamais loin de nous noyer. Comment rompre avec ce sentiment d’impuissance et d’inquiétude qui nous saisit alors pour retrouver un sentiment de liberté et de gratuité ? Comment habiter le temps de façon à donner à nos vies densité et plénitude, reflets de la joie et de la paix éternelles ? Ce sont des questions cruciales.

S’ouvrir au mystère

« Qu’est-ce que le temps ?, s’interroge saint Augustin dans ses Confessions. Si personne ne me le demande, je le sais bien ; mais si on me le demande et que j’entreprenne de l’expliquer, je trouve que je l’ignore. » Avant d’être une abstraction mesurée par les horloges, le temps est un mystère. Mais il n’existe vraiment qu’incarné, peuplé de visages et de paysages, de voix humaines et de sons familiers, de poisson grillé sur la plage et de moments d’oraison silencieuse… Le temps, je le perçois mes sens ouverts et mon cœur réceptif.

Cultiver la reconnaissance

Le temps n’est pas un dû mais un don, comme de l’eau pure qui nous est offerte ou une grâce qui nous est octroyée. ­L’attitude première que nous avons à cultiver est ainsi la reconnaissance pour ce temps qui nous est offert afin que notre vie s’y déploie. Nous pouvons en faire notre malheur si nous cherchons à l’accaparer comme un trésor, si nous nous cramponnons à lui de façon désespérée et cherchons à retenir de façon fébrile son écoulement inexorable, entre un passé qui n’est plus, un présent qui s’évapore et la mort qui se rapproche ! Un peu de confiance et de reconnaissance suffisent au contraire pour que le temps prenne un goût de bonheur.


S’imposer un régime du temps

Pour ne pas le subir, un emploi du temps réfléchi, sinon médité, a une grande vertu. Quand nous avons l’impression de ne plus rien maîtriser, tout remettre à plat et s’imposer un « régime du temps » drastique peut être salutaire. Avec des renoncements, des allégements. Savoir dire non à une sollicitation, ne pas précipiter une décision pour que la clarté se fasse et surtout pouvoir respirer à pleins poumons grâce à des moments de rafraîchissante gratuité.

D’où l’importance des offices liturgiques qui remettent tout en perspective. Pour goûter pleinement un rendez-vous, nous pouvons prendre un peu d’avance. A contrario, quand nous arrivons en retard, en particulier à la messe, nous ne sommes pas dans les meilleures dispositions.

Écouter sa voix intérieure

Quand je dois décider d’engager de mon temps, il peut être judicieux d’interroger quelle puissance de vie recèle mon choix. C’est une question d’oreille, non pas interne, mais intérieure. Ou de ressenti subtil. Est-ce de la joie et de la paix que je ressens ? C’est alors bon signe. Ou du trouble, une dissonance qui devrait me conduire à être prudent ? C’est une façon d’exercer le « discernement des esprits » évoqué par saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels.

Pour autant, il ne s’agit pas de renoncer, loin de là, à tout ce qui est rébarbatif, mais il faut alors mettre cela en perspective en fonction de notre but. Tenir ses engagements nous stabilise intérieurement. La vie n’est pas qu’une succession d’instants ; elle s’inscrit dans une durée qui lui confère son unité.


Habiter le présent

Le passé a été et l’avenir n’est pas encore. Seul le présent existe, mais quel est-il ? Le présent, en tant que succession d’instants toujours divisibles, n’est jamais présent, il se dérobe toujours. C’est pourquoi le présent véritable transcende l’instant, il l’englobe dans une réalité supérieure. Quand je suis avec quelqu’un, cette présence qui nous fait oublier le temps forme un tout – presque un tiers entre nous. Elle se trouve, sous sa forme la plus parfaite, dans le cœur-à-cœur avec Dieu, la « porte de notre chambre » refermée. D’où l’importance, si cela nous est possible, de ne pas mettre à la dernière place ces temps de prière silencieuse, comme nous en avons tous la tentation.

S’ouvrir à l’éternité

La voici donc, la porte dérobée de l’éternité : cette présence insistante qui se signale dans une douceur de brise. Nous la ressentons par intermittence, mais elle est toujours là, par-delà le temps. Pour l’accueillir, la disponibilité du cœur suffit. Comme si, occupé dans une maison de famille, nous apercevions par la fenêtre, sans nous y attendre, la merveilleuse nuit étoilée. Elle apparaît toujours par surprise, cette jeune éternité. Même son absence est présence. Car elle laisse dans son sillage un parfum de tendresse et d’amour.

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source : magazine La Vie

vendredi 8 septembre 2023

Bonté en soi

 "Lorsque nous parvenons à nous ouvrir à nous-mêmes, que nous cessons de nous punir ou de nous condamner, nous pouvons toucher notre bonté primordiale. 

Cette tendresse à notre égard passera par l’apprentissage de la détente et de l’abandon. Elle va nous permettre de poser un regard honnête sur nos problèmes et nos possibilités, ce qui sera le point de départ pour nous aider nous-mêmes et pour aider les autres. 

C’est parce que nous possédons en nous cette bonté primordiale que nous pouvons nous apprécier et aimer la vie. C’est parce que nous bénéficions d’un esprit et d’un corps qui sont précieux que nous pouvons entrer en relation avec le monde et le comprendre. 

Bien que notre vie soit précieuse, elle est cependant éphémère et personne ne peut dire combien de temps elle va durer. Tant que nous sommes en vie, nous avons tout intérêt à en faire bon usage ; et avant d’en faire bon usage, pourquoi ne pas l’apprécier ?

Cependant il y a un problème. Tant que nous continuons à entretenir nos habitudes anciennes et que nous ne prenons pas la ferme décision d’arrêter de courir dans tous les sens, nous n’aurons aucune possibilité d’apprécier notre vie. 

Nous sommes tellement absorbés dans l’activité à poursuivre nos désirs, que nous ne parvenons pas à trouver un peu d’espace pour reprendre contact avec notre cœur. Si nous persistons à prendre nos désirs pour la réalité, ceci ne nous mènera pas à la paix intérieure mais plutôt au désastre. 

D’ailleurs soyons honnêtes et jetons un regard sur ce qu’a été notre vie jusqu’ici ! Pour la majorité d’entre-nous, sincèrement ce n’est pas folichon ! 

Qu’avons-nous fait réellement de bien pour nous-mêmes et pour autrui ?"

- Karma Seunam Dordjé -

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jeudi 7 septembre 2023

Du côté de l'instructeur par Gilles Farcet (2)

 DU COTÉ DE L’INSTRUCTEUR, EPISODE 2

« L’ESCLAVAGE COMPLET EST LA LIBERTÉ PARFAITE » - UN ENSEIGNANT SPIRITUEL DIGNE DE CE NOM NE PREND PAS SA RETRAITE

Une première exigence de cette situation d’accompagnant instructeur, que ce soit dans le cadre, d’un grand lieu comme Hauteville ou d’une petite structure, est que à maints égards la dynamique ne s’arrête jamais véritablement. Tout simplement parce que, dans cette relation bien particulière, il n’y a pas de limite de temps. 

L’instructeur accompagnant, à partir du moment où il ou elle assume cette fonction, n’est pas censé l’abandonner, décider de faire autre chose , encore moins « prendre sa retraite ». 

Voilà bien un élément à lui seul susceptible de décourager bien des vocations … Il n’a jamais été question qu’Arnaud « prenne sa retraite », même s’il a dans les faits touché sa petite pension de réalisateur le moment venu … 

J’aurais en ce qui me concerne aimé le voir mener une existence un peu plus tranquille, avoir à faire à un Arnaud dans sa vieillesse un peu plus dégagé de quantité de charges, mais c’est une autre question. 

Un enseignant spirituel digne de ce nom ne prend pas sa retraite. Il ou elle est censé « mourir en scène «  comme Molière, ou en tout cas continuer jusqu’à ce que cela ne soit physiquement ou /et intellectuellement plus faisable ; auquel cas il ou elle demeurera autant que possible disponible pour transmettre par ce qu’il ou elle est … 

Swami Prajnanpad, âgé et malade, a transmis jusqu’au bout, Yogi Ramsuratkumar aussi, et je pourrais égrener une longue liste. 

J’ai vu de mes yeux Lee Lozowick enseigner et poursuivre son travail alors qu’il était littéralement ravagé par la maladie, au point qu’il aurait été, selon une perspective plus courante, censé être en soins palliatifs.  J’ai vu Yvan Amar lui aussi rongé, encore très jeune, par une grave maladie, rassembler ses quelques forces pour donner encore et encore… Monsieur Gurdjieff tenait toujours table ouverte pour ses élèves dans son fameux appartement quelques jours avant sa mort. 

Ce que d’aucuns qualifieraient d’acharnement n’est pas, selon moi, le fait d’une névrose ou d’un masochisme mais bien d’une consécration. Un enseignant - accompagnant digne de ce nom se doit à celles et ceux qui placent leur confiance en lui, et par delà ces personnes en elles mêmes, à la transmission. La fonction d’ami spirituel n’est pas un job ou un mandat que l’on exerce un temps. C’est un engagement à vie. 

Lequel peut bien sûr prendre différentes formes et n’exclut pas des aménagements en fonction de l’âge, de la santé… 

Swami Prajnanpad âgé et malade, s’il continuait à accompagner ses élèves, n’avait pas le même rythme quotidien que dans ses plus jeunes années… Il n’est pas nécessairement demandé à un instructeur accompagnant de se consumer à la tâche sans aucun ménagement, même si certains, tel un Lee Lozowick, choisissent manifestement de le faire, quitte à prendre congé quelque peu prématurément. 

J’ai parlé du rythme très soutenu tenu par Arnaud jusqu’à ce qu’un malaise le terrasse, mais il avait tout de même , à quatre vingt ans passés, davantage de jours et de périodes de repos qu’il ne s’en accordait autrefois … 

Il n’en demeure pas moins que, avec les aménagements et modalités propres au style et au destin de chacun, la fonction d’ami spirituel n’obéit pas aux lois habituelles de limite de temps et d’âge. 

C’est une position de ce fait assez singulière.

Pour ma part, à mon niveau de  « petit joueur » néanmoins soumis aux règles et lois du jeu, je n’ai plus dans les faits qu’une liberté de mouvement réduite à peau de chagrin. En pratique bien entendu, je suis « libre », et fort heureusement. Si je décide demain de tout liquider pour déménager à Los Angeles, personne n’aurait le pouvoir de m’en empêcher ! 

Reste que cela constituerait une forme de trahison et d’abandon. Tout comme je n’ai jamais ne serait ce qu’envisagé qu’Arnaud pourrait un jour cesser sa fonction, sinon par la mort ou l’incapacité, nos élèves prennent pour acquis que nous allons rester "en poste" jusqu’au bout. 

Etant entendu, là encore, que cela n’exclut aucunement les adaptations, changements, voire mutations. 


Arnaud a mis fin au Bost, créé Font d’Isère, mis fin à Font d’Isère, déménagé à soixante dix ans en Ardèche pour y fonder Hauteville, lieu qui a lui même connu bien des évolutions au fil des seize années où il l’a dirigé de son vivant. 

Je ne me sens donc aucunement obligé de maintenir quoi que ce soit « en l’état ». A mes yeux et selon ma perspective, tout est toujours ouvert et possible. Je dis parfois à nos élèves que je ne me sens en rien prisonnier du dispositif que nous avons mis en place et que, si il venait à nous apparaître comme inadéquat ou ne servant plus pleinement sa fonction, nous n’hésiterions pas un instant à le dissoudre. Une structure, quelle qu’elle soit, n’a pas de sens et de légitimité en elle même. Elle ne vaut et ne se justifie que par ce qu’elle sert. 

Reste qu’en pratique, et tout en n’oubliant pas que l’homme propose et Dieu dispose, je ne nous vois guère migrer et expliquer aux personnes venues s’établir aux alentours pour être au cœur de la dynamique que tout se passera désormais ailleurs … Et encore moins annoncer que nous allons dorénavant nous consacrer à plein-temps à la culture de notre potager. 

Le paradoxe est que, à maints égards, je ne me suis de ma vie senti aussi libre. 

En pratique et selon toute apparence prisonnier de nos élèves et du dispositif mis en place, je m’éprouve au quotidien, quelques rares moments de fatigue mis à part, moments que d’ailleurs j’ai appris à gérer, plus comme un oiseau volant en plein ciel que comme un volatile en cage. 

Et, tout cela étant dit, ma situation en tant qu’instructeur vis à vis des élèves s’apparente à celle d’un homme marié et prenant ses vœux au sérieux, bien loin de celle de ces enseignants qui voguent de stage en stage, de conférence en atelier , tels des « polyamoureux » terrifiés par l’engagement mais contraints par leur image à théoriser leur terreur pour en faire une marque de suprême liberté… 

« L’esclavage complet est la liberté parfaite ». Voilà bien une formule de Swami Prajnanpad susceptible d’être comprise à bien des niveaux, jusqu’à la plus haute métaphysique.

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mardi 5 septembre 2023

A l'air libre...

 "J'ai trouvé, mon amour, le nom le plus secret et le plus clair pour dire ce qu'est ta vie dedans ma vie : l'air. Tu es l'air qui ne me fait jamais défaut, cet air si nécessaire à la pensée et au rire, cet air qui rafraîchit mon cœur et fait de ma solitude une place battue par tous les vents."

L'éloignement du monde

"Le monde n'est si meurtrier que parce qu'il est aux mains de gens qui ont commencé par se tuer eux-mêmes, par étrangler en eux toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi à soi. Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, l'empêchement de vivre, d'aimer."

La plus que vive

Christian Bobin

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lundi 4 septembre 2023

Transformation silencieuse.


 On ne peut pas imposer la liberté, ni la sécurité, on ne peut rien imposer. Votre attitude seulement va permettre à votre environnement de se questionner profondément. Dès lors commence une profonde transformation. Faire face aux faits, à ce qui est fonctionnel, cela s'apparente davantage à une attitude spirituelle; laisser la vie se révéler, non pas en sélectionnant selon sa préférence, son vouloir, ou son attente, mais en restant totalement disponible à chaque instant.

Le spirituel s'est s'immerger dans l'évidence de l'instant sans vouloir le manipuler ou l'utiliser. Etre disponible. A ce moment-là cette attitude de disponibilité va libérer la situation. Vous allez vous rendre compte que la situation se réfère toujours à votre écoute, à votre silence. D'un point de vue spirituel, il n'y a pas de conflit possible et rien à résoudre. Il y a uniquement acceptation, célébration de l'évidence.

Le sacre du dragon vert : Pour la joie de ne rien être - Eric Baret

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dimanche 3 septembre 2023

Colette et l'impermanence heureuse

 un interview sur "L'impermanence heureuse" où il est question de Prajnanpad, d'Alzheimer et de Théâtre.


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samedi 2 septembre 2023

Du côté de l'instructeur par Gilles Farcet


Je partage ici quelques réflexions , qui éventuellement trouveront leur place dans un prochain ouvrage, autour de la fonction de « transmetteur » vue de l’intérieur, du point de vue, précisément, du transmetteur. Il y aura plusieurs épisodes. 

Episode 1
TDD ET TDI (deux types de contrat en matière de transmission spirituelle) 

Je dis parfois qu’en matière de transmission spirituelle , il existe deux types de contrats entre élèves et enseignants : la TDD et la TDI. 
La TDD, c’est la transmission à durée déterminée et c’est , de très loin,  aujourd’hui, la plus répandue, celle qui se fait au travers de stages, séminaires et conférences n’impliquant pas de suivi à long terme. 
On le sait, sur le marché du travail, un contrat à durée déterminée engage peu de part et d’autre. 
Une fois le temps prévu pour la mission écoulé, à moins d’un éventuel renouvellement du contrat pour de nouveau une durée déterminée, employé et employeur vont chacun leur chemin. Pas de départ à négocier, de rupture conventionnelle… C’est d’ailleurs la souplesse de cette formule , l’impression de liberté qu’elle peut donner à l’employé comme à l’employeur, qui lui confère son côté attractif. 
« Le marché du spirituel » - cette expression n’étant pas péjorative si on considère qu’elle fait simplement référence à un contexte d’offre et de demande-  fonctionne majoritairement par TDD  : conférences, ateliers, séminaires, éventuellement cycle de séminaires… 
Et puis il y a la TDI, la transmission à durée indéterminée, dans laquelle enseignant et élève,  à l’issue d’une nécessaire et saine période d’essai , s’engagent l’un vis à vis de l’autre sans limite de temps - ce qui , fort heureusement n’exclut pas la possibilité d’une séparation mais confère un autre contexte à la collaboration , avec davantage de responsabilité et d’obligation de part et d’autre. 
Le fait est que les instructeurs  exerçant dans le cadre d’une « TDI »ne sont aujourd’hui  pas légion. 
Chaque fois ou presque que j’entends parler d’un enseignant ou d’une enseignante spirituelle, je comprends assez vite que la personne en question se garde bien de prendre des « élèves »  ; tout au plus rencontre-t-elle dans un cadre très circonscrit des participants  ponctuels ou habitués de ses stages et séminaires. 
Beaucoup revendiquent ce fonctionnement comme une marque et une garantie  de liberté; c’est le cas des  « éveillés » qui se plaisent à répéter qu’ils n’ont pas d’élèves, pas d’enseignement, ne s’inscrivent eux mêmes dans aucune tradition. Nombre d’entre eux tiennent même la relation de type « TDI » comme intrinsèquement infantile et aliénante. 
D’autres, rares il faut le dire, ne nient pas l’importance de la fonction d’instructeur accompagnant mais assument avec honnêteté de ne pas vouloir l’exercer, sans doute parce qu’ils ne s’y sentent pas appelés et aussi parce qu’ils en mesurent l’exigence. 
Le fait que, en ce qui me concerne, j’exerce ma fonction dans une perspective de type TDI ne me confère à mes propres yeux aucun mérite particulier. C’est ma place dans l’ensemble, mon rôle, voilà tout. Un rôle qui m’est échu échu selon des courants bien au delà des limites de mon entendement et de ma volonté ; et un rôle que je m’estime privilégié de tenir. 
Il n’en reste pas moins que ce rôle de transmetteur à durée indéterminée a ses exigences bien spécifiques sur lesquelles il me paraît intéressant de s’arrêter. 


UN « BON BOULOT » ?
Cette exigence, de prime abord, ne saute pas aux yeux si l’on s’attache à la figure du « maître » adulé dont la parole est loi.  
Sans parler des figures régnant sur des mouvements de type plus ou moins sectaire avec tout ce que cela peut comporter, nombre d’enseignants respectés et respectables présentent pas mal d’attributs ordinaires de la « réussite ». 
Dans Imagine, film documentaire qui lui a été consacré après sa mort, on voit John Lennon raconter avec humour s’être dit en voyant à la télévision Elvis Presley face à une meute de filles hurlantes en adoration : « Ça c’est un bon boulot » ! Pour ensuite, une fois devenu lui même une star, en partie déchanter face aux pressions inhérentes à un tel statut. 
Un instructeur spirituel ne se trouve pas dans une situation proportionnellement comparable à celle d’un Lennon ou d’un Presley- si l’on excepte les « gourous » rock star avec Rolls Royces et foules subjuguées dans des salles immenses. 
Reste que ce qui pourrait à partir d’une vision de surface faire envie dans cette fonction mérite un examen plus attentif. 
Prenons à titre d’illustration la position d’un enseignant spirituel dont je peux affirmer avoir été très proche, Arnaud Desjardins. Sa situation avait, de l’extérieur, de quoi faire envie, notamment les quinze dernières années de son existence, où il présidait à la destinée d’un imposant et magnifique ashram dont il était le dirigeant incontesté, à la tête d’une équipe toute disposée à servir son œuvre et à lui faciliter la tâche au quotidien. 
Sa situation, celle d’une personne en position objective de pouvoir, de fait admirée et respectée, régnant sur un cadre splendide,  avait une dimension majestueuse. D’aucuns, avec un regard critique, compréhensible mais disons le assez hâtif et superficiel, ont pu parler de « cour » et de « monarque » en visitant ce bel ashram. 
C’était pourtant à bien des égards, je fais partie de ceux bien placés pour en témoigner, une position sinon de servitude du moins de service, d’une exigence que l’on a peine à se représenter. 
Fort de sa notoriété et de son rayonnement, Arnaud aurait facilement pu opter pour le mode TDD, se dispenser d’Hauteville et de toute la charge que ce lieu entraînait. Donnant chaque mois un séminaire de week end aux quatre coins du monde, il aurait profité, sans avoir à en assumer le poids, de beaux endroits où il aurait été reçu avec les honneurs. Il aurait bien gagné sa vie en dispensant la bonne parole , avec tout le loisir de mener le reste du temps une existence tranquille et reposante. 

Au lieu de quoi, il s’est d’abord littéralement épuisé les neuf premières années de son activité d’enseignant  au Bost. Après la période intermédiaire de Font d’Isère, ashram plus grand mais de dimension encore restreinte, il prit sur lui à soixante dix ans de fonder un grand lieu pour y accueillir beaucoup plus de personnes, tout en pouvant, notamment par le recours à des collaborateurs élèves de longue date,  dont j’ai fait partie, continuer à proposer une forme de « travail » suivi à celles et ceux qui le demandaient. 
Quoique ne pouvant encore mesurer, à l’époque, toute la terrible exigence de sa consécration à cet ashram, j’ai été aux premières loges pour en avoir un aperçu. 
A quatre vingt ans, Arnaud menait à maints égards la vie d’un chef d’entreprise de quarante ans, lequel, qui plus est, se serait montré exceptionnellement attentif au bien être et au déploiement aussi bien de ses clients que de chacun de ses employés. J’ai parfois vu Arnaud très fatigué, j’oserais même dire « stressé ».  Pas au sens émotionnel mais objectif du terme. Un organisme psycho physique à qui une grosse pression est durablement imposée ne pourra qu’en être affecté, même si cela ne donne lieu à aucun refus  et à aucune appropriation, autrement dit même si l’on n’en rajoute pas. 
Bien sûr, Arnaud avait fait les choses à sa dimension, en grand. 
Sa vocation propre, au final, même s’il avait tenté de se faire oublier au Bost, n’était pas, après avoir témoigné de la sagesse pour des millions de personnes à la télévision, de transmettre sur une petite échelle - tout étant relatif : il n’a jamais cherché à atteindre en tant qu’enseignant spirituel la notoriété de certains gourous planétaires drainant des adeptes - à ce stade peut on encore parler d’élèves ? - par dizaines , voire centaines de milliers. Arnaud se situait dans cette zone intermédiaire très délicate où il demeurait possible à ceux qui le souhaitaient de l’approcher, de lui poser des questions, de bénéficier de son attention sans qu’il lui soit encore possible de suivre de près toutes les personnes venant à l’ashram, cette fonction étant déléguée à ses collaborateurs. 
Avec l’ashram d’Hauteville, Arnaud a fait oeuvre de bodhisattva, voué à être instrument du bien pour un maximum de personnes. Il l’a fait au détriment d’une existence plus tranquille et conforme à son âge, de sa santé souvent, même s’il avait une solide constitution. 
Je ne suis pas un bodhisattva. Tout au plus un homme de bonne volonté -  ou alors un bodhisattva de quartier ! 
Ma propre situation aujourd’hui en tant qu’enseignant est modeste et de dimension familiale, avec vocation de le demeurer. 
J’ai beaucoup apprécié de me voir un jour qualifié de « petit joueur » par une connaissance qui s’enquérait avec insistance de la nature de mes activités et du nombre de nos élèves. 
Petit joueur je suis et entends bien rester, ce qui ne me dispense pas des règles et exigences du jeu. 
Il ne se passe pas une journée dans l’exercice de ma fonction sans que je me souvienne de la consécration d’Arnaud, avec une perspective affutée par mon expérience. Car, indépendamment de l’échelle à laquelle elles s’appliquent, les lois à l’œuvre sont les mêmes. 
Le fait d’être désormais responsable à plein titre d’une sangha m’amène à considérer d’un œil nouveau et beaucoup plus averti bien des choses dont j’ai été témoin lors de mes années de collaboration auprès de mon « ami spirituel ». 
Je le revois me disant parfois, sur le ton d’un constat : « la plupart des gens qui viennent ici ne se représentent pas du tout ce qu’implique la direction d’un ashram, tout ce dont il faut s’occuper, tout ce qu’il y a à prendre en compte… »

A suivre ….

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vendredi 1 septembre 2023

Un appétit sauvage...

 Je vous propose de changer d'alimentation en cette rentrée. C'est intéressant pour la santé et la nature...


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jeudi 31 août 2023

De l'ordinaire à l'extraordinaire

 

De l’ordinaire « corps que l’on a » à l’extraordinaire « corps que l’on est ».

« L’exercice du matin, Zazen, n’est qu’un modèle pour vivre sa vie quotidienne d’une autre manière. Grâce à l’attitude méditative, nous passons de la rencontre de l’ordinaire avec la rencontre de l’extraordinaire. Nous ne sommes pas assis, une heure chaque matin, pour trouver un silence ou, comme beaucoup l’espèrent, acquérir des facultés supérieures.

Il s’agit de se préparer à un état d’être dans lequel vous préservez le contact avec l’essentiel. Pas seulement dans un exercice de méditation mais dans toute action ». K.G. Durckheim

Que signifient ces termes « ordinaire » et « extraordinaire » ?


L’ordinaire, c’est notre manière habituelle de voir les choses, de tout vivre sur le plan de la pensée, du raisonnement et de l’efficacité existentielle. N’importe alors que le bon fonctionnement du corps, qui se doit d’être maintenu en bonne santé, à notre service et à notre disposition comme le serait un outil performant.

C’est ce que K.G. Durckheim appelle le corps que l’on a, qui « se réfère à la santé, au rendement et au bon fonctionnement existentiel. »

Le corps, vu comme une simple machine, forcément inférieur à l’esprit, est alors au service des lois du mental humain et ne sert qu’une vision rationnelle du monde :

« Si je pratique Zazen régulièrement, il doit se passer ceci … je dois respirer de cette manière … dans 6 mois, j’aurai dépassé cette difficulté … dans 2 ans je serais plus calme…»

« Moi, je pense qu’il est bon de m’améliorer, de maitriser mes pensées, mes émotions, mon sommeil, ma santé … pour une meilleure efficacité dans mon travail, mes relations, ma vie profane et spirituelle.»

Une manière « ordinaire » de pratiquer la méditation serait de rester dans cette vision du corps objet, et de ne voir l’exercice sur le chemin qu’en termes de buts à atteindre, de contrôle, ou d’amélioration des performances.

Pratiquant ainsi, je ne cherche qu’à faire entrer l’exercice dans mon entendement, sans remettre en cause la conscience ordinaire ; je me maintiens sous la dépendance du moi existentiel (petit moi, moi profane, moi fixateur … autres noms pour désigner cette conscience égocentrée), ce qui m’empêche de goûter le contact avec l’Essence, l’Être, ma vraie nature, que je suis depuis toujours.

L’exercice n’est alors qu’un moyen de prolonger ma vision des choses dans une attitude considérée comme spirituelle, mais ne fait qu’affirmer la mainmise du mental, de l’égo sur ma pratique.

« Le moi devient fatal à l’homme qui s’identifie définitivement et exclusivement avec ses positions, et en particulier avec sa conception de la réalité : l’homme est alors arrêté sur un certain échelon de la connaissance … La détresse spirituelle de l’homme vient de ce que, à une certaine étape de son développement, son être véritable est obnubilé par sa conscience objective… Essayons d’avoir le courage d’oublier toutes nos théories pour prendre au sérieux ce que nous vivons, ce que nous sentons, dans l’instant.» K.G. Durckheim

Alors, comment retrouver, entrainer, préserver ce lien à l’essentiel et rencontrer cet extraordinaire dont parle Durckheim ?

En remettant en cause cette manière de tout aborder, de tout vivre, sous la seule vision de la conscience ordinaire qui fait de tout ce qu’elle rencontre un objet. Retrouver ce lien à l’essentiel, c’est avant tout passer de cette vision du « corps que l’on a », au geste vivant du « corps que l’on est ».


Le corps n’est pas quelque chose, mais exprime un geste de la vie.

Le corps est la forme par laquelle se révèle, s’épanouit le geste vivant que nous sommes.

Le corps est la forme par laquelle notre sentiment d’appartenance à la Vie donne sens à notre existence.

Le « corps que l’on est » sert les lois du vivant et n’est plus cet objet aux ordres du mental.

Ce flux de transformation incessant que sont les lois du vivant (interdépendance, changement, différence, impermanence …) redeviennent conscientes lorsque nous retrouvons le contact avec notre centre vital, appelé Hara dans la pratique traditionnelle japonaise des exercices sur la voie du Zen.

Une attitude centrée en Hara nous libère d’une position corporelle focalisée exclusivement dans le haut du corps : attitude souvent crispée, tendue, liée au volontarisme, aux trois prisons du mental : toujours plus d’avoir, plus de savoir, plus de pouvoir.

Retrouver, développer Hara, c’est le retour à un centre de gravité naturel, centré dans le bassin, le bas ventre, qui nourrit une forme plus juste, une tenue plus juste, une respiration plus juste ; une manière d’être plus juste et plus simple, parce que naturelle, en lien avec les lois du vivant, tout comme le bébé l’est par nature.

Pour retrouver ce lien à « l’océan de vie » que nous sommes, il est nécessaire de se mettre en chemin en pratiquant, en reprenant un exercice spirituel non mental qui nous réoriente vers la conscience sensorielle du corps vivant.

C’est le sens de tous les exercices pratiqués, repris, répétés chaque jour sur la Voie de l’action qu’est le zen : la chance de découvrir une action libérée des contraintes égocentrées imposées au « corps que l’on a ».

« Le corps que l’on est » n’est pas quelque chose à obtenir, maintenir, mais un geste qui nous relie au flux incessant de la vie « dans son perpétuel mouvement de régénération et dans sa poussée de transformation créatrice.» K.G.D

La pleine attention au corps en acte, au Geste, est ce lien sacré à l’extraordinaire.

 Joël PAUL

Les citations sont extraites de “L’expérience de la transcendance” et de “Pratique de la Voie intérieure – le quotidien comme exercice” de Karlfried Graf Durckheim

(Joël participe à l’animation des Retraites avec Jacques Castermane du 15 au 19 novembre et du 7 au 10 décembre.)

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mercredi 30 août 2023

Rentrée bien ordonnée commence par soi-même

 Après avoir désencombré, la clé du succès réside dans l’installation d’aménagements pertinents et l’adoption de nouveaux réflexes. Coach en rangement et en organisation, Élodie Boulard, alias Fée du tri, décrit dans ses formations les étapes pour fluidifier son quotidien.


« J’ai trié des maisons de 300 m2 quasiment vides et des appartements de 80 m2 envahis par le bazar, qui m’ont demandé un temps fou », nous prévient Élodie Boulard, vêtue d’une longue robe fluide aux motifs géométriques. Debout devant un grand écran, cette professionnelle de l’organisation, au surnom de Fée du tri sur Internet, assure à Paris une formation pour devenir home organiser.

Installées autour d’une table, sur des fauteuils ou dans un canapé, 12 femmes prennent des notes avec application. Des persiennes mi-closes préservent de la chaleur estivale la salle de réunion parquetée aux murs blancs et aux plafonds décorés de moulures. « Comprendre les causes du bazar permet non pas de les modifier, mais de proposer un cadre adéquat à vos clients, explique-t-elle. Le but est d’être pleinement bien chez soi. Il existe un désordre rampant que l’on ne voit pas, car on entasse rapidement quand il y a du monde, ou avant de partir en vacances. Mais votre cerveau, lui, sait que la cave est à ranger depuis 10 ans ! » Et que les placards croulent si on les ouvre, et que l’on ne peut plus mettre un pied dans le grenier…

Différentes causes du désordre

Dynamique, elle énumère 10 profils enclins à se laisser déborder : le collectionneur, le passionné qui change de projets tous les deux jours – « il s’inscrit au yoga et achète toute la panoplie, mais abandonne et opte pour la poterie, laissant traîner le matériel qui le culpabilise à chaque fois qu’il passe devant… Il ne termine rien et transforme rapidement une maison en capharnaüm ! » –, le sentimental pour lequel chaque objet est rattaché à une personne ou une histoire, dont il ne saurait se séparer, le perfectionniste qui procrastine, craignant de n’avoir pas le temps de tout faire parfaitement, l’angoissé qui achète « au cas où » et garde « au cas où »… Des sourires entendus se dessinent. « On l’est tous plus ou moins ! », rassure la professionnelle.

Inutile de vouloir adopter une meilleure organisation sans passer au préalable par la case désencombrement. « Je rêve de susciter une prise de conscience, afin d’enclencher la dynamique nécessaire pour trier, jeter, organiser… Et ainsi, changer de vie, retrouver sa liberté au quotidien et ses priorités. » Par où commencer pour repartir du bon pied ? « Le dressing n’est pas si compliqué à faire et génère le déclic », précise la professionnelle.

Un à un, elle présente chaque effet à sa cliente et demande si celle-ci souhaite le garder. Son mantra : « S’il y a un doute, cela ne fait pas de doute : il doit sortir ! » Mais elle tâche au préalable de faire verbaliser le problème : il est neuf et je ne l’ai jamais mis, c’est du 38 et je fais maintenant du 40, il est bien mais je transpire dedans, il a coûté cher, c’est un cadeau de mon mari… « Autant de fausses excuses qui ne justifient pas de le garder ! » Après avoir ainsi passé chaque pièce au peigne fin, « c’est en moyenne 60 % de la maison qui s’en va ». Et autant de place de gagner, d’un point de vue spatial comme mental.


Optimiser son quotidien

En un clic, Élodie passe à une nouvelle page sur son écran, qui présente les causes structurelles du désordre, à commencer par un rangement peu pertinent – éloigné, incongru, etc. Et d’illustrer : « L’appareil à raclette utilisé trois fois par an, mieux vaut l’envoyer au garage. Tout ce qui sert au quotidien doit être accessible : rien de plus pénible que de devoir dégager cette grande poêle posée sous quatre casseroles. »

Deuxième problème : les objets « sans domicile fixe » : « Votre mission consiste à leur trouver une maison ! Le bazar vient souvent du fait que chaque objet ne possède pas une place attitrée. Comme il en change souvent, on ne sait jamais où il est, et on perd du temps à le chercher. 

Quand il ne faut pas carrément le racheter, dans l’urgence, faute d’avoir remis la main dessus à temps. Le bazar est aussi imputable à une organisation trop complexe : « Plus de 2 gestes pour ranger un objet et c’est un risque d’échec », prévient Élodie Boulard. Ce qui explique pourquoi tant de chaussures traînent dans l’entrée, au lieu d’être rangées dans le placard, portes fermées…

Revisiter son mode de vie

Pour éviter l’effet rebond, différentes règles sont à observer : un objet rentre, un autre sort ; remettre en place sitôt après usage ; réparer ce qui est cassé. « Prévoyez dans l’entrée un “action bag” où vous centralisez tout ce qui doit sortir : le pull oublié par la copine, la paire de chaussures à emporter chez le cordonnier, l’objet défectueux à déposer chez Darty, etc. Si vous laissez quelque chose de cassé dans un tiroir, il y restera des mois, croyez-moi ! » Sans conteste.

Et si l’on veut vendre ? Élodie Boulard esquisse une moue : « Le gain me semble dérisoire par rapport au temps passé pour photographier, écrire l’annonce, répondre aux questions, préparer le colis, imprimer le bon, aller au point relais, etc. Je conseille plutôt de donner à des associations ou au Relais. Apporter 40 sacs de vêtements, comme l’a déjà fait une cliente, produit un électrochoc quant à sa consommation et aide à en changer radicalement… »

Source : magazine La Vie

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mardi 29 août 2023

Chemin vers la bonne humeur

 


Faites ce que vous sentez, dit Swamiji. Prendre le temps de sentir ce que l'on sent et regarder ce ressenti avec bienveillance, quel qu'il soit, est le début de la sagesse.

Swamiji parle beaucoup de joie : "Toute action qui ne procure pas de joie ou un sentiment de bien-être est dangereuse." Si on devait appliquer ce critère avec rigueur, on ne ferait pas grand-chose de ses journées, ici en Occident. Et pourtant, si je dois faire quelque chose, pourquoi le ferais-je sans plaisir ? Oui, pourquoi? Si je n'arrive pas à tenir la joie dans ma main, je dois au moins aller vers la bonne humeur.

Pour aller vers la bonne humeur, il est indispensable de chasser sans pitié la moindre contrariété. La contrariété appelle le sentiment de séparation. Je refuse ce qui arrive, je m'en sépare et je me sépare du courant de la vie. Qu'est-ce que je vais gagner ? Un état de Robinson sur une ile déserte, un état de confusion qui me fait croire que moins je vois ce qui se passe plus je m'en protège. C'est juste l'inverse qui est vrai. Si je vois clairement, je peux faire un tri dans ce qui arrive, garder ce qui me plaît et me nourrir et jeter le reste.

Chaque matin, la priorité consiste à retrouver sa bonne humeur si on l'a perdue, à la renforcer si elle se montre capricieuse ou hésitante. Ce faisant, on est obligé de se poser des questions, on est obligé de voir et d'accepter un peu plus les choses comme elles sont, ce qui permet d'entrouvrir la porte au bonheur, et à la joie qui l'accompagne.

Extrait de "L'impermanence heureuse" de Colette Roumanoff - comment j'ai transformé ma vie avec la philosophie de Prajnanpad.

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