mercredi 1 avril 2026

Ecoute la flèche

 


Ce que vous entendez doit vous pénétrer comme une flèche et atteindre quelque chose au plus profond de vous. Il doit y avoir une réaction intérieure. Sans cette réaction, ce que vous entendez ne servira à rien. Vous le saurez lorsque la flèche atteint sa cible.


~ Nisargadatta Maharaj


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mardi 31 mars 2026

Insaisisable


C'est pourquoi la simple contemplation de l'insaisissable est génératrice d'amour. 

Regardons une fleur, sans cupidité, sans vouloir la saisir, regardons-la absorber le soleil. 

Qu'aucune pensée d'égoïsme ne brouille le dialogue qu'elle entretient avec nous, et bientôt l'âme même de sa vie florale rejoindra notre plus intime sensibilité. 

D'elle à nous l'amour se réfléchira comme entre deux miroirs.

Roger Godel - "Essais sur l'expérience libératrice"


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lundi 30 mars 2026

Forces désarmées

 Peut-on imaginer de très forts niveaux de puissance désarmés par la conscience et par l’amour ?

Quand notre niveau de puissance est coupé, séparé, de notre niveau de conscience, cela ne peut nous conduire qu’à la catastrophe.

Aujourd’hui, nous observons un niveau de puissance très élevé technologiquement, capable de réduire en cendres ceux que nous considérons comme nos ennemis ou nos adversaires.

Ce niveau de puissance ne correspond pas à un niveau de conscience où l’on découvre que tout est Un, interrelié, comme nous le rappelle la physique contemporaine et les êtres évolués de toutes grandes cultures d’Orient et d’Occident.

Pour ce niveau de conscience, la guerre est impossible. On ne peut pas utiliser l’intelligence humaine à créer des armes avec lesquelles elle ne peut et ne veut que se détruire elle-même, il y a trop à faire pour la sauvegarde et l’embellissement de la planète.

Le déploiement des niveaux de puissance que nous observons peuvent être utilisés et utilisables que par des niveaux de conscience faibles ou dualistes qui ne voient qu’oppositions et séparations entre les êtres, les choses, les sociétés et les nations.

Consciences qui voient les choses en surface où tout est multiple, jamais en profondeur où tout est Un.  

Il s’agit d’être conscient de l’un et de l’autre, ne pas opposer l’un et l’autre et ne pas oublier l’un ou l’autre : l’un en profondeur, le multiple en surface, c’est l’unique Réel.

Comment éveiller ce niveau de conscience, qui rendra non nuisible leur niveau de puissance, chez nos « dirigeants » ? Sans doute faut-il commencer par observer que ce qui dirige nos dirigeants peut nous diriger nous-mêmes.

Ce qui dirige et oriente notre vie, est-ce la volonté de puissance à laquelle nous soumettons notre volonté de conscience, ou est-ce la volonté de conscience qui peut éclairer nos différents niveaux de puissance ?

Si nous avons plus de plaisir à nous soumettre les autres et à nous soumettre aux autres plutôt qu’à nous accueillir et nous respecter, sans doute sommes-nous malades, en tout cas nous ne sommes pas heureux.

Faut-il rappeler la sagesse de Rabelais, « Science (puissance), sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Oser même aller au-delà : puissance, conscience, « sans amour » n’est que ruine de l’âme, perversion de l’humain véritable, oubli de l’Être, du Vivant, qui a besoin de bras désarmés pour se rencontrer et vivre.

L’histoire sur le temps long nous le rappelle : à la fin, ce sont « les forces désarmées » qui l’emportent. On appelle cela le printemps…

Jean-Yves Leloup, mars 2026

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dimanche 29 mars 2026

Se détacher ?


Quand vous êtes attaché à quelque chose, c'est que vous en avez besoin. Quand vous n'en avez plus besoin, vous êtes naturellement détaché. Il ne s'agit pas de quelque chose que vous pouvez fabriquer. Vous êtes détaché d'un tas de choses auxquelles vous étiez attaché à une époque. Ce détachement s'est fait sans effort. 

Chercher à être détaché est une forme d'anticipation. Vous devez respecter vos attachements : ils sont là parce qu'ils sont nécessaires. Sinon vous rentrez dans une forme de violence. Vous voulez vous détacher de quelque chose, mais vous allez compenser par autre chose. C'est une forme de perte d'énergie.

Ce que vous appelez "le monde" est une représentation. Une projection de votre imaginaire affectif. Plus vous devenez intime avec votre fabrication, moins il y aura de dichotomie. Quand quelque chose ne vous est plus nécessaire, cela vous quitte. 

Quand un amour, une maladie ou une attraction ne vous est plus nécessaire, cela vous quitte. Mais vouloir quitter quelque chose est une forme d'ajournement. Quand vous avez 18 ans vous ne pouvez rien faire pour avoir 20 ans, cela se fait tout seul.

Donc, si vous vous dites : "Je voudrais me détacher mais je suis encore attaché"... c'est que ce n'est pas le moment. Vous voulez quitter cette femme, mais, euh... vous ne le voulez pas vraiment. Et bien ce n'est pas le moment. Un jour vous allez vous réveiller et vous regardez votre femme et c'est fini. Il reste l'affection mais c'est fini. À ce moment-là, vous allez découvrir une fonctionnalité.

~ Éric Baret

Le vrai détachement vient quand les choses nous quittent d'elles-mêmes. Et elles nous quittent dès qu'on a vraiment compris qu'elles ne tiennent jamais leurs promesses. 

~ Jean Klein

(photo : Éric Baret)

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samedi 28 mars 2026

Prendre demeure

on veut pourtant tout agripper
par les mots
le bout cassé d'un regard
d'une flamme
ou de l'enfance
on aime cette étrange manière
de sauver le monde
mais il n'y a pas de miroir ici
pas de visage arrêté
juste un restant de clarté
qui veut prendre demeure
Michel Pleau - Prendre demeure
Écrits des Forges

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vendredi 27 mars 2026

jeudi 26 mars 2026

Vigilance vivante



"Chaque fois que je suis vigilante et stoppe cette jacasserie (j'y suis parvenue de plus en plus souvent, ces temps derniers, et ma joie en a été profonde), l'air et le vent me traversent comme paysage ; je deviens vaste et tout a en moi son écho : le craquement des arbres qui se répondent par intervalles, les cris d'oiseaux qui rayent le ciel, le bruit de grain moulu que font sous mes pas les brindilles sèches. Alors, seulement, je me sais vivante."

Christiane Singer

tableau du Douanier Rousseau


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mercredi 25 mars 2026

Ecoute du printemps

 


On n’arrête pas le printemps qui arrive.

Peut-il suspendre ces bruits de couteaux au fond de nos âmes ?
Ces épaisses fumées qui empoisonnent l’air ?
On n’arrête pas le printemps, c’est l’heureuse défaite promise à toutes nos armes,
c’est la brise légère qui achève nos discours assassins.
L‘homme est grand s’il dépasse son hiver, il sait que celui-ci reviendra mais,
pour quelques heures il ne casse pas l’œuf, il n’écrase pas le bourgeon,
de tout ce qui doit éclore.
Il attrape la vie au vol,
il écoute.

Jean-Yves Leloup, mars 2026

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mardi 24 mars 2026

« Vérifiez que vous êtes un humain »

 


Un colis se fait attendre : le transporteur qui doit me le livrer me propose de suivre son acheminement en temps réel. Je me connecte donc sur le site de l’agence, mais, avant de me donner les informations nécessaires, un message s’affiche sur mon écran : « Vérifiez que vous êtes un humain »… C’est une belle question pour un temps de carême ! Pour m’en assurer, je dois recopier fidèlement une suite insensée de chiffres et de lettres.

Être humain, ce serait donc cela ? Reproduire ce que l’on a vu ou répéter ce qui se dit ? Cela m’évoque plutôt l’idée d’une vérification que je suis bien un enfant sage, ce que je n’ai pas envie d’être. Entre être un enfant sage de la Loi ou un fils rebelle de l’Esprit, mon choix est fait. Comme je ne m’exécute pas, la machine me propose une alternative : quatre morceaux d’un puzzle à reconstituer. J’ai le sentiment d’être un petit singe dont on voudrait tester l’intelligence.

Se sentir reconnu et appelé

J’ai appris de ce prophète de Nazareth que j’ai pour ami depuis longtemps une autre idée de ce qu’est être humain, sans trop savoir si je le suis assez : je n’ai pas trouvé de plus bel être que lui. Et je sais qu’un grand nombre, depuis des siècles, se sont inspirés de lui. Cet homme-là n’avait rien de l’étoffe d’un surhomme ou d’un héros.

Il se tenait là. Vraiment là. Il était là « pour ». Pour un aveugle à Jéricho, pour une femme submergée par son affectivité, pour un jeune homme que l’on disait riche, pour des lépreux qui n’en pouvaient plus d’être à la marge, pour une femme de Samarie qui se mentait à elle-même et pour tant d’autres encore. Purement présent à leur histoire, sans se soucier des ricanements et des critiques infondées de ceux qui assistaient à leur rencontre. Son « être là » le rendait profondément humain et donnait à d’autres envie de le devenir.

Il écoutait : les gens le savaient bien. Il entendait les joies et les espoirs, les cris et les tristesses. Il entendait même le non-dit. Nombreux sont ceux qui ont osé lui dire, sans crainte d’être jugés, ce qu’ils avaient dans le cœur : deux pèlerins déçus, une femme jetée en pâture à la vindicte des bien-pensants, deux de ses compagnons de route rêvant d’une place de choix dans son royaume. Chacun se sentait reconnu et appelé, invité à faire quelques pas de plus. Il savait restaurer le vouloir-vivre de l’autre. Ne serait-ce pas cela, être humain ?

Plus pauvre que lui, plus simple, il n’y avait pas. Il s’était choisi quelques disciples pas toujours fiables, sans préjuger de leur réponse. Il ne cherchait pas son intérêt. Sa pauvreté le rendait rencontrable, à âmes égales : « Quel bel homme que celui-là », devaient se dire ceux qui croisaient sa route. Sa façon d’être déconstruisait chez l’autre tout désir de puissance. Il apprenait — en le vivant — que la fragilité n’est pas une tare, mais un chemin…

Des chemins d’être

Il n’a jamais voulu voler quelqu’un, le ramener à lui ou l’annexer. Il ouvrait des chemins d’être que l’on croyait impossibles. Il ne remplissait personne de son savoir mais il libérait, déliait, désenchaînait : c’était comme une passion en lui, une « vocation ». Y a-t-il plus juste humanité que celle-là ? Dieu ne pouvait sans doute pas mieux se dire qu’en lui.

Ses quatre postures, être là, écouter, se tenir simplement et ne jamais chercher à manger l’autre m’invitent. Relire ma vie à l’aune de ces quatre attitudes, chercher des points d’ajustement, les déployer dans l’aujourd’hui de ma vie me permettraient de répondre à la question de mon transporteur… Mais j’ai encore bien du chemin à faire. À l’heure qu’il est, à quelques semaines de Pâques, j’attends toujours mon colis…

Raphaël Buyse

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lundi 23 mars 2026

Retour à l’innocence primordiale

 ERIC EDELMANN, Retour à l’innocence primordiale - 21 méditations pour se rappeler qui nous sommes , paru aux éditions L’ORIGINEL Editions L'Originel Charles Antoni (2026).

J’ai eu la chance immense de pouvoir aller écouter Arnaud Desjardins de vive voix pendant des années, de 2002 à 2011, l’année de sa mort : il ne se passe pas une journée sans que je ne savoure ce privilège. Arnaud Desjardins fut en effet un enseignant spirituel d’une envergure exceptionnelle, lui qui se présentait immanquablement comme un disciple de Swâmi Prajnânpad, son maître indien. Il était pourtant lui-même un maître occidental, comme il en existe très peu. Il était de ceux qui ne cherchent qu’à libérer leurs apprentis disciples de tous leurs conditionnements, y compris des mécanismes qui tendraient à rendre ces apprentis dépendants de lui-même.
Un livre composé par le disciple à qui a été offert, par Arnaud Desjardins de son vivant, le flambeau de cet enseignement-là ne peut donc être qu’infiniment précieux. Eric Edelmann, par ailleurs docteur en philosophie, est l’auteur d’une douzaine d’autres ouvrages.
Ce livre est précédé d’une introduction, très intéressante et d’une clarté remarquable, de Sophie Edelmann, avec qui son époux anime le centre québécois de Mangalam. Le reste de l’ouvrage se compose d’un bref avant-propos, d’une première section intitulée « Une question de perspective : guérir l’égo ou guérir de l’égo ? », puis d’une seconde qui a pour titre « Approches méditatives ».
La première partie présente la méditation telle qu’elle se pratique dans cet enseignement et dans d’autres. Il en précise les différents pièges possibles, souvent subtils, et les illusions qui recouvrent sa pratique. Il insiste aussi sur l’importance de s’inscrire dans une lignée cohérente, une tradition authentique de maître à disciple. Il indique enfin les conditions propices à une méditation digne de ce nom :
« Lorsqu’Arnaud Desjardins nous recommande de “spiritualiser nos fonctions”, il invite à rendre celles-ci de plus en plus subtiles afin de nous rendre aptes à appréhender une réalité d’un ordre supérieur qui se situe en deçà de l’apparition des perceptions sensorielles habituelles et des conceptions dualistes. […] S’il y a une progression en méditation, elle va dans le sens d’une plus grande clarté parce que nous devenons plus transparents. […] À la différence d’une approche méditative essentiellement fondée sur une concentration exclusive (one pointed mind, “l’esprit fixé sur un point”), on peut au contraire cultiver une ouverture sans restriction, une conscience-témoin qui laisse passer les pensées et représentations comme un reflet sur un miroir. Ce “lâcher-prise” par rapport à toutes les productions mentales est possible, non pas à partir du seul mental, mais à partir de l’être entier, qui inclut le corps physique, la posture juste et une parfaite stabilité. » (p. 53-54)
La seconde partie nous propose 21 méditations, dont le texte est issu d’enregistrements de méditations réellement menées, dans la fraîcheur de l’instant présent. Chaque méditation demande donc que l’on s’imprègne lentement de chaque phrase, de chaque mot ici retranscrits, afin d’en retirer des fruits qui ne soient pas qu’intellectuels. C’est dans la lenteur et la profondeur de la lecture que la substantifique moelle de cet enseignement a quelque chance de nous parvenir, si nous ouvrons le cœur et le corps à cette parole vivante. L’une de ces méditations, par exemple, qui s’intitule « S’entraîner au “oui“ », commence ainsi : « Déposez-vous, en relâchant toutes les tensions avec une approche bienveillante. Ce regard qui est tourné vers soi-même n’apporte pas la division, le jugement, mais il est tout accueil. C’est une non-opposition, un regard ouvert, englobant, qui inclut votre condition et votre état intérieur. » (p. 79)
Je vous recommande vivement cette lecture !

Sabine Dewulf

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dimanche 22 mars 2026

Vérité sans bénéfice !

 


Abandonnez l'idée que vous faites des choix et alors vous serez libre.

☯️
Si vous attendez que votre recherche vous apporte des bénéfices, qu'ils soient matériels, psychologiques ou spirituels, c'est le signe que vous n'avez rien compris. La vérité n'apporte aucun bénéfice. Cela ne vous donnera pas une position plus élevée, ni un pouvoir sur les autres. Tout ce que vous obtiendrez avec la vérité, c’est d’être libéré du faux.
☯️
Dans la vie, on ne peut rien obtenir sans surmonter des obstacles. Les obstacles qui s’opposent à une claire perception de son être véritable sont : le désir du plaisir et la peur de la souffrance. L’obstacle, c’est la motivation "plaisir-douleur". L’état naturel est l’état où nous sommes libérés de toute motivation, où aucun désir ne se manifeste.
(Ni Ceci, Ni Cela)
☯️
Examinez-vous : c'est cela votre raison d'être.
~ Nisargadatta Maharaj

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samedi 21 mars 2026

« La roue de la transformation »

 

« La roue de la transformation »

Les citations en italique de cette lettre sont issues du livre de K.G. Dürckheim : « Pratique de la voie intérieure – Le Quotidien comme exercice ».

Une personne engagée sur la Voie du zen, à la redécouverte de son être essentiel - sa vraie nature -, n’a de cesse de se soumettre à une transformation qui ne s’arrête jamais. Cette transformation est « le dynamisme créateur de la vie » qui anime tous les êtres vivants, processus dont nous pouvons prendre conscience et témoigner dans notre existence : c’est un chemin de maturité et d’éveil propre à l’être humain.

« L’homme possède une conscience grâce à laquelle il devient responsable de son devenir. C’est à la fois sa chance et son péril, car il peut se manquer lui-même. »

Se trouver, c’est se réaliser dans sa plénitude d’être humain : une affaire de toute une vie de connaissance de soi, de pratique et d’attention à entrainer et développer au sein de son existence quotidienne.

Le zen n’est pas une fuite, mais une plongée dans le monde tel qu’il est. Dans ce livre - Pratique de la voie intérieure- Dürckheim parle « de ces faux prophètes qui promettent à l’homme perturbé une tranquillité à bon marché, une tranquillité bourgeoise » et de « ces fausses pratiques qui éloignent l’homme de son vrai centre ».

L’homme est ainsi trompé sur le sens de son inquiétude profonde, qui ne sera jamais guérie par une recherche de fixité ou par l’atteinte d’un état définitif, ni par un bien-être relatif. C’est l’écoute et le respect de son besoin de se confier à une transformation voulue par « la Grande Vie » qui le libèrera d’un MOI sclérosant et réducteur.

S’ouvrir à la roue de la transformation, c’est découvrir une Voie qui ne finit jamais et accepter de vivre en tant que « Personne en devenir. »

Cette roue présente cinq rayons, cinq « axes de travail », qui amènent l’être humain à briser la coquille de l’ego, s’ouvrir, s’épanouir, et vivre pleinement dans le monde sans s’y perdre tout en gardant un contact avec l’Être, centre sacré de sa Personne.


Voici les cinq rayons de la roue : 1) la vigilance ou « état de veille critique »,2) le lâcher prise, 3) l’union avec le fond, 4) le devenir nouveau ou renouvellement, 5) la consécration de la Voie dans la vie quotidienne ou « Transparence à l’être ».

« L’état de veille critique », c’est reconnaitre de plus en plus souvent ce qui entrave l’expression de notre profondeur - l’Être authentique -, et remettre régulièrement en cause nos attitudes figées égocentrées (postures, réactions, mécanicités …), ainsi que notre habitude de tout saisir par la pensée (refuser/préférer, fixer, comparer, analyser). Abandonner l’ego et perdre ses repères habituels et ses illusions est une « dure rencontre avec le monde tel qu’il est, abandon d’un faux désir d’harmonie sans failles, pour découvrir ce qui nous attend au-delà des contradictions. »

Cet « au-delà des contradictions » est un chemin d’accueil et d’intégration.

Processus d’intégration de tous les aspects de nous-mêmes et de notre existence, et non d’élimination du désagréable et d’opposition à tout ce qui peut nous déranger.

Pour que s’éveille « la conscience de ce qui est faux », c'est-à-dire de ce qui est dépendant de la conscience rationnelle, refusée ou verrouillée par elle, l’homme en chemin doit se relier à ce qui en lui le rend plus vivant, plus fluide, plus transparent à sa vraie nature : « son noyau de vie. » Ce noyau est le siège de la première conscience sensorielle, appelée aussi conscience océanique, répondant aux forces de vie qui nous animent et nous ouvrent à la complétude de notre Personne et de notre existence. « Hara, centre vital de l’Homme » n’est pas accessible par la pensée ; reconnaitre que la pensée n’est qu’une fonction de l’existence humaine, et non son Essence, est le grand défi du zen. Se tenir en son centre juste est une attitude de tout soi-même à retrouver, exercer et favoriser par l’attention au corps vivant.

« La réalisation de la Personne est le fruit d’un exercice permanent. Lorsque l’homme accepte cette pratique permanente, il se trouve sur la Voie.»

Les deux rayons de la roue, « lâcher prise » et « union avec le fond » sont les bases qui nous sortent de « l’ordre statique du moi, dépassé par l’ordre évolutif de la Vie. »

« Le lâcher prise est l’abandon de l’attitude qui fait que nous nous fions uniquement à ce que nous pouvons atteindre ou faire avec notre conscience ordinaire, afin d’acquérir une nouvelle conscience qui préserve le dynamisme créateur de la Vie. » L’union avec le fond, c’est sentir, intégrer et servir au cœur de nous-mêmes et de notre existence ce geste de transformation permanent qu’est l’acte d’être, ou « L’être en acte ». Ne plus avoir peur de l’impermanence (tout change tout le temps), ne plus chercher à se réfugier dans une posture confortable et définitive, « telle est la dignité de l’audacieux. » Avec cette ouverture au renouvellement, « l’homme ne peut cesser, à chaque instant, de se sentir responsable tant de son attitude que de son existence. »

La « transparence à l’être » est une manière de vivre sans cesse remise en jeu par la roue de la transformation, et ainsi se rendre de plus en plus disponible à une transformation innée, infaisable, appelée et voulue par notre profondeur.

La Voie ne remet pas en cause le monde, la Voie ne nous culpabilise pas, ne nous juge pas, ne fait pas de nous des héros ou des médiocres, mais nous invite à ne plus ignorer notre véritable Essence. La Voie part d’une existence dans le monde faite de luttes et d’efforts constants pour y survivre, y maintenir une position, domaine de l’ego et de ses combats, pour nous ouvrir à une existence apaisée et vivifiante, nourrie de la reconnaissance de notre être essentiel, source d’une transformation portée par la Vie, domaine de la Confiance et du Calme intérieur.

 Joël PAUL

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vendredi 20 mars 2026

Pratique des actes bénéfiques


 Si l'on souhaite se libérer définitivement de la souffrance, il est important de bien distinguer ce qu'il faut faire de ce qu'il ne faut pas faire. Car on ne peut espérer goûter le fruit d'un acte bénéfique que l'on n'a pas accompli, ni échapper aux conséquences de ses propres méfaits. Une fois mort, nous suivrons le sillage de nos actes, les bons et les mauvais. À présent que nous avons le choix entre deux chemins qui nous conduisent l'un vers le haut et l'autre vers le bas, n'agissons pas en contradiction avec nos désirs les plus profonds. Pratiquons tous les actes bénéfiques possibles, mêmes les plus infimes. Les gouttes, en s'ajoutant, ne finissent-elles pas par remplir une grande jarre ?

JETSUN MINGYUR PALDRÖN (1699-1769)
📸 : Gorges à l’ancienne frontière entre le Tibet et la Chine, en route vers Chaksam et Datsédo (Kanding), en venant de Chengdu, dans la province du Sichuan. Septembre 2004

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jeudi 19 mars 2026

Pensées sur moi

‍Quand nous pensons continuellement ‟moi ! moi ! moi !” et ne parlons que de nous-mêmes, nous réduisons considérablement la dimension du monde que nous voulons nôtre, et les événements qui se produisent dans la sphère étroite de cet égoïsme nous affectent profondément et troublent à coup sûr notre paix intérieure. La situation est très différente quand nous nous sentons en premier lieu concernés par les autres, quand nous pensons que ces derniers sont si nombreux que nos préoccupations personnelles, en comparaison, sont négligeables. Si, de plus, notre désir est de résoudre leur souffrance, celle-ci, loin de nous décourager, ne fait que renforcer notre courage et notre détermination, à l'inverse de l'apitoiement sur soi qui nous déprime et sape notre courage.

14ème Dalaï Lama, TENZIN GYATSO (b. 1936)

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Ecoute


Écoute
Ma voix lointaine
Dans la brume chargée des sortilèges de l'aube
Regarde-moi dans le silence des miroirs
Comme je touche encore avec les restes de mes mains
Le fond noir des rêves
Et je tatoue mon cœur comme une tache de sang
Sur les joies simples de l'existence.

Forough Farrokhzâd - Une autre naissance
Traduit du persan par Laura Tirandaz et Ardeschir Tirandaz
Éditions Héros-Limite

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mercredi 18 mars 2026

Brin d'herbe



Dessous, c'est l'abîme. Pour ne pas y glisser, je m'accroche à un brin d'herbe. Depuis quarante-cinq ans je m'y accroche et il tient, miraculeusement il tient.

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur

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mardi 17 mars 2026

A côté de la vie

 


Nous passons notre vie à attendre quelque chose de mieux que notre vie. Nous passons, nous passons. Nous suivons le long bec de notre pensée en espérant qu'elle nous mènera loin d'ici.
La vie nous longe.
Nos rêves informulés ne nous quittent jamais...
~ Christian Bobin - Le murmure


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lundi 16 mars 2026

Sur la route spirituelle avec Véronique Desjardins

  Véronique Desjardins, son parcours, sa sadhana, et à son rôle spécifique dans la transmission de l'Adhyatma Yoga tel que véhiculé à Hauteville.



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dimanche 15 mars 2026

Une autre réalité ?

 "Chaque difficulté me montre que je ne suis pas libre, que je voudrais que la réalité soit autrement que ce qu'elle est"...

Q : Dans un entretien, tu disais que tu te trouvais dans un voyage sans fin, que le cœur est un abîme sans fond et que dans notre essence, on pouvait mourir toujours plus. Est-ce que cela signifie qu'il n'y a pas d'éveil définitif où l'on arrête de souffrir et que l'on voit le monde depuis sa vraie beauté ?


Nathalie Delay : On ne pourra jamais simplement effacer la souffrance. Mais mourir toujours plus veut dire se dissoudre dans un "Je ne sais pas". Tout ce que la vie nous montre, c'est exactement ce dont nous avons besoin pour nous libérer des illusions qui nous rendent malheureux. Nous mourons à la vue du mensonge que pour être heureux, nous aurions besoin d'autre chose que ce qui est déjà là. Cette mort permanente de la personne doit avoir lieu au niveau cellulaire. Il s'agit au final d'une déprogrammation du cerveau. La mort de la personne est synonyme de la reconnaissance que tu es l'Absolu. Cette reconnaissance est sans fin, car l'Absolu est sans fin. 

Tu ne vas jamais pouvoir dire : "Maintenant je l'ai". S'éveiller signifie ouvrir une porte – mais le voyage sans fin ne fera que commencer. Ce n'est pas le chemin d'une personne, mais un mouvement vers l'Absolu.

Q : Dans différents enseignements et livres spirituels, il est dit que nous les humains pourrions et devrions devenir des créateurs. Est-ce à l'opposé de ce que tu enseignes – notamment de simplement écouter et d'aller d'instant en instant avec la vie, comme elle se montre, sans résister ?

N.D. : Quand tu ouvres la porte vers l'Absolu, tu te rends compte qu'il n'y a pas une personne qui pourrait créer quelque chose. Il y a seulement un seul créateur – tu peux l'appeler comme tu veux : Conscience, Shiva, Dieu, Amour. Le plus tu te libères de l'idée d'être quelqu'un, le plus ce créateur universel peut se montrer à travers toi. Alors tu fais l'expérience que quelque chose te pénètre, quelque chose qui incarne cet aspect universel et créateur. Le plus tu te libères de toi-même, le plus la création peut se déployer en toute beauté à travers toi.

Q : Tu as suivi la voie de l'illumination quand tu étais pleinement dans la vie : tu étais dans une relation, tu avais une fille et un métier exigeant dans le domaine publicitaire. Comment as-tu trouvé le temps pour la pratique de la méditation ?

N.D. : Dans mon quotidien, il n'y avait pratiquement pas de temps pour une pratique formelle. Il y a eu une période où je voulais quitter ma fille, pour me retirer et me consacrer à une voie spirituelle – mais mon maître me l'a strictement interdit. Il disait que ma fille et mon quotidien étaient ma pratique. Alors j'ai fait 30, 40 fois par jour une micro-pratique : arrêter, prendre quelques respirations conscientes, sentir le sol sous les pieds et le ciel sur la tête. Les exigences du quotidien étaient des maîtres inexorables. 

Chaque difficulté me montre que je ne suis pas libre, que je voudrais que la réalité soit autrement que ce qu'elle est. Dès que je peux arrêter de me battre contre la réalité, je suis libre. Nous cherchons l'illumination dans le dernier recoin de l'Himalaya, alors qu'elle nous attend dans notre propre cuisine.

~ Nathalie Delay 

Extrait d'un entretien paru dans la revue "Yoga Aktuell", édition 2/2017

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samedi 14 mars 2026

Vivre le silence

 Inspirer, ressentir la plénitude d’être.

Percevoir la sensation d’être sans caractéristique, radiation subtile, douce. L’inspire nous déploie, recevons son potentiel.

Goûtons la simplicité du miracle d’être, les chants du printemps le célèbrent.

Et nous ? Célébrons-nous ou sommes-nous emmurés dans nos plaintes et nos soucis ? Enfermés au point de ne plus prendre le temps, d’admirer le tableau vivant du ciel, d’écouter la symphonie du monde et de savourer le Silence.

Le Silence toujours et partout présent, seule l’oreille du cœur l’entend.

Notre pratique consiste à nous familiariser avec le Silence qui sature toute la création, imprègne chacune de nos cellules et vibre au plus profond de notre cœur.

De percevoir au milieu de la foule et du tumulte ambiant que le Silence est là. Refuge ultime, en lequel nous retrouvons notre axe et notre aplomb.

Il ne s’agit pas de se retirer du monde mais d’apprendre à vivre à la fois le Silence et l’agitation et dans notre présence élargie les vivre comme une totalité complète et parfaite.

Apprendre à ne pas tourner notre attention exclusivement sur les paroles externes pour entendre les paroles de silence que les cœurs échangent si nous leur laissons l’espace de respirer. Si nous cessons de les bâillonner par nos peurs, nos jugements et nos à priori.

La pratique du Silence par excellence est la prière silencieuse, celle du Souffle.

Inspire — Je suis, expire — l’Essence suprême, Source de tout ce qui est.

Rappel incessant de notre véritable identité.

 Nous sommes à la fois le Silence et ses expressions externes — colorées et sonores. Laissons nos paroles, nos actes émaner du Silence vibrant qui gît dans le fond de notre cœur.

Il est une Source vivante qui désaltère notre être comme aucune autre substance terrestre, même la plus suave, ne pourra jamais le faire.

- Nathalie Delay

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vendredi 13 mars 2026

Hommage à une âme forestière

 Les forêts perdent une de leurs plus grandes alliées : « Lulu du Morvan » est décédée à l’âge de 84 ans.

Lucienne Haèse s’est battue toute sa vie pour protéger les arbres et empêcher les « coupes rases », qui consiste à raser tout ou partie d’une parcelle de forêt pour la sylviculture intensive.



« Par exemple, on va bientôt prélever cet arbre parce qu’il est arrivé à maturité et prive ses voisins de lumière, m’explique Lulu en pointant un chêne. Mais on ne touchera pas aux autres autour de lui, qui profiteront de son absence pour s’étendre. On fait aussi attention à laisser de vieux arbres mourir sur pied, car ils servent d’abris et de garde-manger pour les oiseaux. C’est ça la gestion responsable d’une forêt. Les coupes rases sur plusieurs hectares sont un non-sens écologique ! »


Lulu marque une pause, puis pointe un vieux chêne avec sa canne : « Je veux que mes cendres soient dispersées au pied de son tronc. Il est tellement beau. »

Photo Ketty Beyondas, JSL
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jeudi 12 mars 2026

Infantilisme


Aucune chaîne n’est plus solide que le plus faible de ses anneaux, aucun homme n’est plus fort que sa plus grande faiblesse. Voilà la vérité.

Le commencement de la transformation en adulte, c’est le goût de la vérité, qui vient de vous-même, pas qui vous est imposé du dehors, le goût et l’amour de la vérité. Car l’enfant n’aime pas la vérité ; l’enfant aime bien mieux, vous le savez tous, des rêves, des imaginations. Je suis Zorro, je suis le chef des Indiens, je pilote des avions... Swâmiji m’avait donné l’exemple d’un enfant qui prenait le stéthoscope de son père médecin et se promenait en affirmant : « Je vais soigner les malades pour gagner de l’argent. » Les enfants ne cherchent pas la vérité ; ils aiment faire semblant, ils aiment prétendre. Et un adulte qui n’a pas le goût personnel de la vérité, de la vérité coûte que coûte et à n’importe quel prix, est encore un adulte infantile. Le commencement du passage de l’enfant à l’adulte s’accomplit quand cette nécessité devient plus forte que prétendre, plus forte que se rassurer, plus forte que faire semblant, plus forte qu’être aimé – plus forte que tout le reste je veux la vérité. C’est la promesse de l’adulte un jour.

Regardez-vous vous-même, avec une grande exigence et une grande lucidité parce que ce n’est pas tellement facile, j’en parle en connaissance de cause. Où suis-je totalement vrai ?

Où est-ce que je me mens à moi-même ? Où suis-je empêtré dans mes illusions ? Et vous découvrirez que la vérité a été tellement perdue de vue – la vraie vérité, pas celle qu’on arrive à faire croire aux autres parce qu’on est un peu plus habile – que vous ne la retrouvez plus.

Vous êtes, dans une certaine acception du mot, « aliénés », c’est-à-dire « étrangers à vous-mêmes ». Je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus ce que j’aime, ce que je veux ; je me suis perdu de vue.

Tout l’enseignement de Swâmiji peut être vu dans cette ligne, à condition de ne pas la prendre au sens figuré ou allégorique. Ce ne sont ni des paraboles, ni des figures de rhétorique. C’est tout à fait réaliste : l’enfant fait la loi en vous. On ne peut vraiment comprendre les adultes, les autres êtres humains autour de nous, qu’en termes d’infantilisme. Et en termes d’infantilisme, tout s’explique. Au fond nous le savons bien, nous nous en rendons compte plus ou moins. Mais ce dont j’avais besoin, moi, c’est que quelqu’un avec l’autorité de Swâmiji me le dise.

Je peux regarder n’importe lequel d’entre vous dans les yeux et lui demander : « Dans quel domaine n’êtes-vous encore qu’un enfant, que l’expression d’un enfant ? Auprès des femmes ? Dans la vie professionnelle ? Dans vos relations avec l’argent ? Dans votre peur du qu’en-dira-t-on ? Dans votre besoin d’être aimé ? Dans votre crainte d’être critiqué ? »

Cet infantilisme, cherchez-le bien ; cherchez-le même dans ce que vous considérez comme un de vos atouts majeurs dans la vie. Ce n’est pas parce qu’une vedette de cinéma ne peut faire le voyage de Rome à Hollywood sans son ours en peluche qu’elle est infantile.

C’est certainement une marque d’infantilisme mais ce n’est probablement pas la plus flagrante ni la plus tragique. Ne vous trompez pas. Ne vous dupez pas.

Arnaud Desjardins - A la Recherche du Soi - IV. Tu es Cela

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mercredi 11 mars 2026

mardi 10 mars 2026

Inconséquence


L'exemple de la protection de l'environnement est très révélateur d'un manque général de sens de la responsabilité. Bien que les conséquences nuisibles de la pollution, de l'extermination des espèces animales, de la destruction des forêts et des sites naturels soient incontestables et, dans la plupart des cas, incontestés, la majorité des individus ne réagit pas, tant que la situation ne lui devient pas personnellement intolérable.

Matthieu Ricard

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lundi 9 mars 2026

Hauteville sur la route spirituelle

 A la rencontre de Hauteville :  l'Adhyatma Yoga tel que transmis à Hauteville par Véronique Desjardins, Thierry Martin et Emmanuel Desjardins.


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dimanche 8 mars 2026

Ça peut toujours servir

 Au moment de commencer cette chronique, je dégage tant bien que mal un peu de place sur ma table de travail : je déplace plusieurs livres et je repousse un tas de petits cartons colorés. Ils traînent sur mon bureau depuis des semaines. Ils voisinent avec trois boutons récupérés sur un vieux gilet et une boîte à gâteaux dont j’envisage de faire un pot à crayons. Saisie par la fièvre du nettoyage, j’attrape le tout mais au moment de le lâcher dans la corbeille, j’hésite. Et finalement le repose. Ça peut encore servir.

Contre la civilisation du tout jetable

Mes placards regorgent de bouchons de liège parfaits pour faire des allume-feu (je n’ai pas de cheminée), de boîtes à thé trop jolies pour qu’on les jette, de restes de laine, de trombones à peine tordus, de papier cadeau presque pas froissé. Et de sandales démodées, de draps élimés, de pulls à peine troués, de magazines anciens mais intéressants. Cet atlas géographique de 1988 dans lequel figurent encore l’URSS et la Yougoslavie n’est-il pas, à lui seul, un passionnant témoignage historique ?

Malédiction des grandes maisons dans lesquelles on trouve toujours de la place pour mettre quelque chose de côté « au cas où ». Je devrais savoir que si je n’ai jamais ouvert la caisse soigneusement étiquetée « Jolies boîtes vides », c’est qu’il y a de grandes chances que je n’en ai pas l’usage. Mais ce que je sais également d’expérience, c’est que si je m’en débarrasse aujourd’hui, il ne me faudra pas trois jours pour éprouver un besoin urgent de ce qu’elle contenait et que je viens de jeter.

Je pense souvent avec remords à celles et ceux qui seront chargés de vider la maison après ma mort et à qui je laisse un fatras bien inutile, sans doute. Mais je leur laisserai aussi ceci : la marque d’un temps dans lequel tout n’était pas immédiatement considéré comme jetable. L’évocation, certes un peu encombrante, d’une manière de vivre dans laquelle courir acheter ce qui manque (une boîte, du papier cadeau, des trombones ou des allume-feu…) n’était pas le premier réflexe.

Mes aïeules peu fortunées rapiéçaient soigneusement draps et torchons ; ma mère reprisait encore les chaussettes. Je ne le fais pas : je n’en ai ni le temps ni la patience. Mais je sais combien on peut découper de chiffons pour les vitres dans un drap et qu’il n’y a pas mieux qu’un vieux pull de laine pour faire briller un meuble qu’on vient d’encaustiquer. Et j’écris sur des papiers jaunis soigneusement mis de côté par ma grand-mère qui récupérait à la fin de l’année scolaire les pages des cahiers d’écolier laissées vierges par ses enfants.

Surabondance

Un humain du Moyen-Âge « rencontrait » dans sa vie 200 objets en moyenne. Un humain d’aujourd’hui en possède au moins 10 000. Civilisation de la surabondance et du suremballage, qui multiplie brimborions et accessoires. En réponse, on nous recommande de jeter : triez, nous dit-on, faites le vide, libérez-vous ! « Avant de vous débarrasser d’un objet, recommande Marie Kondo, grande prêtresse du rangement, n’oubliez pas de le remercier pour le service qu’il vous a rendu. »

Je crois que je préfère le conserver, avec la vague idée que notre histoire commune n’est pas finie et qu’il jouera un jour peut-être encore un rôle dans ma vie. Je n’aime pas l’idée de « me débarrasser » des choses, ni des gens.

Je vis dans une maison chaleureuse, poussiéreuse et encombrée : de chats, d’amis, de graines que je n’ai pas encore plantées, de livres que je n’ai pas encore lus, de petits-trucs-qui-peuvent-toujours-servir et de jolies boîtes vides dans lesquelles un jour, qui sait ?, je glisserai un gâteau, un cadeau ou un trésor. Je garde.

C’est ma manière à moi de composer avec cette surabondance suffocante de l’époque dans laquelle je vis et que je n’ai pas choisie ; c’est la façon que j’ai trouvée de combattre la civilisation du tout jetable.

Que mes héritiers me le pardonnent.

Anne Le Maître 

------------------ Source : La Vie


samedi 7 mars 2026

Prendre conscience


 Ne faites pas "Le Travail" avec l'intention de guérir votre corps. Parce qu'aucun corps ne s'en sort vivant. Guérissez plutôt votre esprit ! Rencontrez vos concepts avec compréhension. J'aime à dire qu'on peut avoir un corps en parfaite santé et il peut se faire happer par un camion. 

Le Travail ne consiste pas à lâcher prise. Lâcher prise est une méthode dépassée qui n’a jamais fonctionné, d'après mon expérience. Ce travail ne consiste pas à lâcher prise, mais à prendre conscience.

~ Byron Katie 

(extraits de deux audios)

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« Distinguer sans séparer, relier sans confondre », disait Lily Jattiot.

 "Swami Prajnanpad ne découpait pas l'humain en tranches :  il n'y avait pas l'être humain spirituel d'un côté et l'être humain avec sa psychologie, ses traumatismes, etc., de l'autre. Même s'il était un très grand maître de la non-dualité la plus radicale et la plus ultime, il avait compris qu'il ne pouvait pas "se contenter de dire aux personnes qui venaient à lui : 'vous êtes le Soi, vous êtes la Réalité Ultime, il n'y a personne, le moi n'a pas d'existence fixe etc.' ". Il le disait aussi, mais plus que le dire il le montrait, il arrivait peu à peu très concrètement, d'entretien en entretien, année après année, à ce que l'élève arrive à le voir pour lui-même - ce qui est autre chose que de le comprendre intellectuellement. Et ça ça passait par tout un travail dans lequel la distinction entre niveau psychologique et niveau spirituel n'était pas marquée- bien que ce soit une distinction importante parce qu'il y a bien un niveau psychologique qui n'a rien a voir, d'un certain point de vue, avec le niveau spirituel ultime, mais l'être humain est un tout et pour que l'être humain s'ouvre et s'éveille à sa profondeur, pour qu'il soit dans LE monde et non dans la prison de SON monde,  il est nécessaire qu'il travaille simultanément sur ces deux dimensions. Ce n'est pas d'abord faire un travail d'ordre thérapeutique sur l'inconscient et ensuite accéder à la dimension spirituelle,  la dimension spirituelle est d'emblée le point de départ, on part de la non-dualité, et à partir de la non-dualité on s'intéresse intensément à la dualité qu'on vit et à comment on fabrique cette dualité à chaque instant. Arnaud (Desjardins) a dit un jour : "notre voie est directe, parce qu'elle s'intéresse directement aux obstacles"  


(Gilles Farcet)

"La voie va nous amener à regarder en face le fait que même si nous aspirons à réaliser la vérité ultime, et dépasser le moi ou l'illusion du moi, nous allons en fait découvrir que le moi on le connait si peu. Et donc une partie du travail va consister à faire connaissance avec soi-même véritablement ; parfois un peu douloureusement mais aussi avec beaucoup de découvertes. Donc ça va consister à dépasser l'illusion que nous savons de quoi il s'agit quand nous parlons de nous-mêmes ; on se connaît en fait très peu. Et donc il y a un chemin unique pour chacun qui va consister à se découvrir soi-même véritablement, à faire connaissance avec soi-même. Dire que le moi est une illusion ne garantit pas en fait que ce moi nous le connaissions. " 

(Thierry Martin). 

"Arnaud avait une insistance à viser haut (la libération est possible pour vous en cette vie ci) mais en même temps de vraiment s'intéresser à ce qui fait obstacle. Si je suis dans cette recherche d'éveil, la question qui vient est ; en quoi consiste mon sommeil ? Et si je cherche la libération, en quoi consiste ma prison ? Si je cherche le réel en quoi consiste mon illusion ? Et là ça devenait tout de suite très concret."

(Sophie Edelmann). 

Extrait de la conférence d'Olam « Une Lignée Vivante », consacrée à Arnaud Desjardins avec Gilles Farcet, Sophie Edelmann, Eric Edelmann et Thierry Martin. 

https://www.youtube.com/watch?v=Kl1o9ERNhpk

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