vendredi 27 septembre 2019

Stratégie de survie

Gilles Farcet, dans son excellent livre "Une boussole dans le brouillard", parle de "stratégie de survie et donne un exemple très éclairant du processus de transmutation demandé pour pouvoir aller plus loin sur le Chemin.

"Pour illustrer par un cas particulier les retombées négatives de la stratégie de survie dans l’existence d’un adulte, prenons l’exemple d’une personne très rigoureuse, méthodique, avec une forte attention aux détails, une grande capacité de travail, le sens du sacré, du service…Donc, de précieuses qualités qui en font un élément fiable sur lequel on peut s’appuyer. Or, l’autre versant de ces qualités, dès lors qu’elles sont instrumentalisées par la stratégie de survie, c’est une forme de rigidité, une propension au jugement, à la crispation et à la fermeture quand les choses ne sont pas « bien faites », quand il y a légèreté, inattention…Ainsi qu’une tendance à « dramatiser » certaines erreurs par ailleurs bien réelles, à leur attribuer une importance excessive. Cette personne va typiquement dénoncer l’inattention générale, le laxisme, le manque de respects des espaces, la non-fiabilité, toujours avec un peu trop d’insistance, une intensité en l’occurrence inutile…Cette intensité inutile est d’ailleurs un signal de la stratégie de survie à l’œuvre : dès qu’un comportement ou un positionnement, même tout à fait légitime, commence à devenir excessif, trop marqué, il y a quelque chose de suspect. Swami Prajnanpad utilisait à cet égard le terme overemphasis, littéralement « insistance exagérée ».

Ce qui rend le travail complexe, c’est que cette personne a, en soi, souvent raison ! Ainsi que je le répète fréquemment, « le mental prêche le vrai pour alimenter le faux ». Autrement dit, sous l’emprise de sa stratégie de survie non conscientisée, cette personne va se servir de ses qualités, de sa vision affutée et en elle-même juste sur certains points pour justifier son émotion de fermeture et de jugement, fermeture et jugement qui émanent bien entendu et comme toujours de la peur. Donc, elle va dire des choses éventuellement vraies, mais sous le coup de l’émotion, avec une intensité inutile, une insistance exagérée, dans un climat de fermeture et de non-compréhension de l’autre. Elle plaidera avec sincérité la cause de son émotion en mettant en avant des nécessités réelles et pourra même se réclamer de certains aspects de l’enseignement de Swami Prajnanpad : « Swamiji n’a-t-il pas affirmé que le fait de ne pas remettre un objet à sa place constituait un crime contre le Soi » ? Etc., etc.

Tout le travail pour cette personne va donc consister à voir et reconnaître l’autre versant de ses qualités, la réaction immédiate étant bien sûr de les revendiquer : « Mais enfin, il faudrait tout tolérer ? Je ne devrais plus voir que la légèreté et le manque de rigueur autour de moi ? » Sous-entendu : « Si je lâche là-dessus, ce sera la déroute, tout va partir en quenouille. » La même personne plus libre de sa stratégie de survie aura conservé toutes ses qualités de rigueur et de méthode, elle continuera à déceler les manques chez les autres, mais en toute tranquillité, avec compassion, sans se sentir menacée et donc obligée d’attaquer. Ce qui ne l’empêchera en rien de se positionner fermement, si nécessaire. J’ajoute que sa vision des autres, de leurs défauts comme de leurs qualités sera plus ajustée, plus exacte, moins sujette, voire plus du tout sujette, aux exagérations du mental qui va exalter les qualités de l’un comme les défauts de l’autre".

Une boussole dans le brouillard p.183-184 Editions "Le Relié"
Gilles Farcet
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jeudi 26 septembre 2019

Il est urgent d'agir !


La plupart des enseignements de sagesse sont d’accord au moins sur un point: parler est important, mais à condition que les gestes qui suivent soient en cohérence avec ce qui a été dit. « Où sont vos actes ? » demande d’une voix ferme l’interlocuteur invisible de Hanna Dallos dans les Dialogues avec l’ange. Si les anciens aimaient rappeler que « la parole est d’argent, le silence est d’or », aujourd’hui, peut-être plus que jamais dans l’histoire de l’humanité, nous parlons tous beaucoup – les réseaux sociaux ont libéré notre parole… parfois jusqu’au déluge et à la logorrhée. Or, nous vivons des temps de mutation que tout le monde s’accorde à trouver préoccupants. Parler pour rien est devenu franchement nuisible, c’est agir qui est urgent.


L’humanité et la planète ont besoin de conscience collective. Mais ce mot vaste et ambitieux n’a de chance de s’incarner qu’au travers d’actes pragmatiques, concrets, éventuellement modestes, mais réguliers, têtus, tenant leur cap sur le plus long terme possible. Des actes qui concernent absolument tous les moments de notre quotidien. Et tout le monde sait bien dans quel sens notre quotidien doit être corrigé : vers plus de simplicité, plus de sobriété, plus de naturel, de respect envers l’espace-temps naturel dont nous sommes les locataires et dont le nom global est biosphère.

source : Nouvelle Clés

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mercredi 25 septembre 2019

Qu'est-ce que la réalité ? avec Matthieu Ricard


Pour le bouddhisme, il s'agit de la nature véritable des choses, non modifiée par les fabrications mentales que nous lui surimposons. Ces dernières creusent en effet un fossé entre nos perceptions et cette réalité, d'où un conflit incessant avec le monde. "Nous déchiffrons mal le monde et disons qu'il nous trompe", écrivait Rabindranath Tagore. Nous prenons pour permanent ce qui est éphémère, et pour bonheur ce qui n'est que source de souffrance : la soif de richesse, de pouvoir, de renommée et de plaisirs obsédants.

Selon Chamfort, "le plaisir peut s'appuyer sur l'illusion, mais le bonheur repose sur la vérité". Stendhal, quant à lui, écrivait : "Je crois, et je le démontrerai par la suite, que tout malheur ne vient que d'erreur et que tout bonheur nous est procuré par la vérité." La connaissance de la vérité est donc une composante fondamentale d'un bonheur authentique.

Par connaissance, nous entendons non pas la maîtrise d'une masse d'informations et de savoirs, mais la compréhension de la nature véritable des choses. Habituellement, en effet, nous percevons le monde extérieur comme un ensemble d'entités autonomes auxquelles nous attribuons des caractéristiques qui, nous semble-t-il, leur appartiennent en propre. Selon notre expérience de tous les jours, les choses nous apparaissent comme "plaisantes" ou "déplaisantes" en elles-mêmes et les gens comme "bons" ou "mauvais". Le "moi" qui les perçoit nous semble tout aussi réel et concret.

Cette méprise, que le bouddhisme appelle ignorance, engendre de puissantes impulsions d'attraction et d'aversion qui mènent en fin de compte à la souffrance.

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mardi 24 septembre 2019

Retournement avec Catherine Harding

J’ai la chance d’habiter dans le midi où souvent les routes départementales, pas très larges, suivent la côte et, donc, serpentent selon le relief ou les villages et les hameaux. De temps en temps, la route devient si étroite qu’un panneau annonce : « Point de retournement à 100 m. » C’est l’avertissement que si vous voulez faire demi-tour, c’est LA-BAS, à 100 mètres. L’information est utile. Pour la circulation routière. Sans plus.

Mais chaque fois cela résonne en moi comme un clin d’œil qui me rappelle avec humour le grand retournement :

Le Retournement Vital, celui qui consiste à retourner notre regard vers l’intérieur de nous-même, à regarder Ce qui regarde en nous, La Présence dont dépend notre bien-ETRE.

Ce retournement de l’attention qui devient un mode de vie libérateur.

Pour ce retournement là, pas de panneau indicateur. Mais des signaux, des alarmes : ce sont les problèmes, les difficultés sur la route de la vie qui nous indiquent :

« Urgent! Point de Retournement à 0 centimètre de vous, ICI et maintenant. »

J’ai déjà beaucoup parlé de la difficulté à vieillir et combien cette inversion du regard, le retour à notre vrai visage, notre visage originel sont souverains.



« Si dans ta tête
Tu te retournes
Face à non-face
Tu vois Dieu
Il t'efface
Rien d’autre »
Jacques Goorma

Effacer le visage acquis (celui que nous a donné le conditionnement social), c’est la libération, c’est laisser place à notre visage originel, cet Espace Grand Ouvert, Accueil pour le monde, Ce que nous sommes vraiment, vraiment.

On me demande souvent : et la douleur physique ? Oui. Je la connais. Ô combien ! « Depuis 4 ans, c’est non-stop ». Et à nouveau, le seul remède que j’ai trouvé c’est ce retournement, ce retour au centre de nous-même, à la Conscience pure, lumineuse, vide, et pourtant vibrante de vie.

S’asseoir, immobile, silencieux, expirer profondément, et se laisser descendre dans l’Espace Infini, se fondre dans la Présence au plus profond de soi-même, longtemps, longtemps … abandonner toute saisie, se laisser dissoudre dans cet infini. Voilà ma recette.

« Là, tout n’est que Luxe, Calme et Volupté », disait Baudelaire à son amie.

Moi je dis à mes amis : «ICI tout est n’est que Paix, Amour et Joie d’Etre »

Essayez votre visage originel.

Établi dans ce vide lumineux, regardez le monde là-dehors.

Regardez bien la douleur !

Où est-elle ?

Où êtes-vous ?

N’est-elle pas périphérique ?

Et vous, central ?

Oui la douleur est là, mais vous, immergé dans la paix profonde,

Vous pouvez l’accueillir, l’accepter, comme vous accueillez et acceptez le reste du monde.

Et la douleur acceptée diminue, devient supportable.


Essayez…
(source : Eveil impersonnel) 
 

lundi 23 septembre 2019

Vigilance (3)




« Soyons entièrement à ce que nous faisons, que nous marchions, soyons assis, en train d’écrire, de faire la vaisselle ou de boire une tasse de thé. Il n’y a plus de tâches « plaisantes » ou « déplaisantes », car la pleine conscience ne dépend pas de ce que l’on fait, mais de la manière dont on le fait, à savoir avec une présence d’esprit claire et paisible, attentive et émerveillée par la qualité du moment présent, en se gardant d’ajouter à la réalité nos constructions mentales. »
Matthieu Ricard

Marie Chantale Forest, Anthologie de la vigilance – Un chemin vers la Lumière, préface d’Eric Edelmann, éditions Accarias L’ORIGINEL, p. 96.

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dimanche 22 septembre 2019

Tantras dans le bouddhisme tibétain

Un explicatif synthétique et efficace sur ce que sont les tantras dans le bouddhisme tibétain. 
À bien des égards les propos peuvent être repris presque tels quels en ce qui concerne le Xuan Xue 玄学 (les enseignements ésotériques) du taoïsme. La proximité géographique explique sans doute les influences mutuelles. Fabrice Jordan

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samedi 21 septembre 2019

Vigilance (2)




« Conviez-vous à revenir au présent avec beaucoup de douceur. Et même si vous n’avez rien fait d’autre, pendant cette heure entière, que de rappeler votre cœur un millier de fois, fût-il reparti à chaque fois que vous l’avez ramené, cette heure aura été fort bien employée. »
François de Sales

Marie Chantale Forest, Anthologie de la vigilance – Un chemin vers la Lumière, préface d’Eric Edelmann, éditions Accarias L’ORIGINEL, p. 76.

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vendredi 20 septembre 2019

Vigilance (1)

« Si tu dois traverser un grand ravin sur un pont large, tu n’as pas besoin de beaucoup de vigilance. Mais si c’est une question de vie ou de mort et que tu dois traverser sur un tronc d’arbre, tu vas automatiquement être plus vigilant. Donc la vigilance est par rapport à ce que tu as peur de perdre. Vous ne pouvez pas apprendre à être vigilant. Vous l’êtes par rapport à ce que vous portez comme intention et à ce que vous ne voulez absolument pas perdre. »

Daniel Morin

Extrait de la belle anthologie de Marie Chantale Forest, Anthologie de la vigilance – Un chemin vers la Lumière, préface d’Eric Edelmann, éditions Accarias L’ORIGINEL, p. 36.



jeudi 19 septembre 2019

Pratiques répétées


"C'est quand on a longtemps fréquenté ces questions, quand on a longtemps vécu avec elles, que la vérité jaillit soudain dans l'âme, comme la lumière jaillit de l'étincelle, et ensuite croît d'elle-même."

Platon (lettres)

peinture de Gérard Beaulet
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mercredi 18 septembre 2019

Entrée dans le poumon


On peut ne pas bien respirer... sans en avoir l'air.
Nous sommes en automne pour la médecine chinoise, moment ou la sève descend progressivement vers les racines ou les jours diminuent. L’expression de cette saison correspond à l’organe du Poumon.
L’énergie  du poumon à l’automne nous invite tout d’abord à nous recentrer sur nos priorités, à définir des objectifs à atteindre. Cette attitude de réflexion, d’organisation, est bénéfique pour la clarté d’esprit, pour développer  sa sérénité

Respirer profondément augmente notre énergie      

Il est bénéfique de pratiquer des exercices de respiration, comme dans certains Qi Gong,  la cohérence cardiaque, de respiration consciente, ou dans le yoga de pranayama. Dans le même genre d'idée, il est souhaitable d’aérer son domicile pour respirer un air sain comme il est bénéfique de se promener en pleine nature en respirant à plein Poumon.   
Son énergie est le métal comme les minéraux extrait de la terre, ils sont à la fois très purs comme nos alvéoles pulmonaires, très puissants, ils nous donnent la force de notre respiration. Les poumons sont les maîtres du qi : traduction de l’énergie.  
Cette énergie est alors diffusée dans tout l’organisme. On retrouve fréquemment dans les troubles de la fatigue chronique, une respiration peu profonde ou bloquée si l’énergie de la respiration stagne au Poumon.

mardi 17 septembre 2019

Rendez-vous à Ming Shan




L'enseignement de la lignée d'Arnaud Desjardins et Swami Prajnanpad à Ming Shan le 2 & 3 novembre 2019!
Nous sommes très heureux d'accueillir cet enseignement de l'Advaita Vedanta à Ming Shan, qui s'intègre dans le cadre des rencontres inter-spirituelles que nous organiserons régulièrement. Un tournus des enseignants de cette lignée devrait avoir lieu environ deux fois par an, sur une base régulière.
Pour cette première session de deux jours, ce sont les voix de Gilles Farcet et son épouse Valérie Anderegg Farcet que nous aurons la chance d'accueillir. Gilles a été un permanent de l'ashram d'Hauteville et un des bras droits (il en avait plusieurs, si, si) d'Arnaud. Il dirige aujourd'hui une sangha reliée à Hauteville, assisté de son épouse Valérie, qui s'occupe plus particulièrement du travail sur l'inconscient dans ce binôme vertueux.
De notre point de vue, c'est une grande chance de pouvoir accueillir un enseignement s'exprimant au travers d'un Yin et d'un Yang, forcément complémentaires et synergiques.
Je me permets de signaler qu'il est rare que cet enseignement soit transmis hors du cadre de Hauteville et des groupes qui en sont issus. C'est donc une rare opportunité de pouvoir voir de quoi il retourne et de faire l'expérience directe de cette lignée laïque dans un cadre plus informel.
Tous les renseignements sur notre site internet www.mingshan.ch sous la rubrique "Développement spirituel".

Fabrice Jordan

lundi 16 septembre 2019

"Je ne dis rien, donc je n'exprime rien"

"Je ne dis rien, donc je n'exprime rien"
Cette injonction cachée est très présente dans le monde de la spiritualité.
Nourris par nos lectures, nos stages, nos pratiques, nous avons appris à considérer certaines expressions comme "positives" et d'autres, comme "négatives". Ainsi, l'amour, la compassion, le sourire font partie des expressions que notre ego aime mettre en avant. A l'inverse, la colère ou le simple fait d'exprimer la valeur que nous nous octroyons est le plus souvent mal vue.
Combien de fois ai-je entendu des "non, non, tout est ok" forcés, par des pratiquants de longue date, se transformer ensuite en guerres de tranchées larvées et non assumées? Aussi, comme l'enseigne l'analyse transactionnelle, le niveau "apparent" de la conversation peut être totalement à l'opposé du niveau "caché" de l'enjeu relationnel.
Ici à nouveau, une science cognitive occidentale est plus indiquée et performante qu'une science introspective orientale, qui n'est pas outillée pour mettre de telles interactions en évidence, pour les métaboliser et les transformer. C'est pourquoi ce type d'interaction est très courant dans le monde des pratiquants spirituels. 


Le modèle des 5 mouvements (éléments) chinois est ici intéressant, en tant que symbole. Il y a deux grands déficits possibles de la parole: le premier est une pathologie du passage du Bois au Feu. L'autre une pathologie du passage du Métal à l'Eau et du "passage à l'eau".
Le premier, le déficit du passage du Bois au Feu, peut être classifié de constitutionnel. Pour des raisons familiales, d'entourage, systémiques, certaines personnes (en fait, nous sommes très nombreux à avoir des déficits de ce côté là) n'ont pas appris les compétences nécessaires à l'élaboration de leur ressenti et leur verbalisation. Le Bois est associé à la sortie de l'invisible vers le visible, de l'inaudible vers l'audible. Le Feu est associé à l'expression au sens large et donc à la parole. Un mouvement normal du Bois vers le Feu consiste donc à avoir la capacité à ressentir nos émotions (non encore audibles) à les métaboliser, puis à passer au Feu en les exprimant. Ce passage peut se travailler, s'entraîner et des compétences peuvent être acquises. Si ce n'est pas le cas, notre système énergétique dévie cette énergie vers la Terre, plutôt que vers le Feu, entraînant ainsi tout le cortège des manifestations psycho-somatiques. Le système s'exprime donc, mais suit une voie non physiologique, et nous payons le prix des symptômes pour garder notre équilibre. Nous avons donc ici une pathologie du "non POUVOIR dire". Une technique comme la CNV, par exemple, est un modèle d'entraînement du passage du Bois au Feu et peut donc aider à guérir cette pathologie. 

Le deuxième déficit est très différent, et touche particulièrement les pratiquants spirituels. Il s'agit du déficit du passage du Métal à l'Eau. Ici, nous n'avons pas à faire à une pathologie du non pouvoir dire, mais à une pathologie du non VOULOIR dire. Pourquoi? Que se passe-t-il lorsque nous nous disons? Nous nous délimitons (passage au métal, qui tranche, qui délimite) et nous donnons une forme à notre ressenti. Que se passe-t-il quand une forme émerge? Elle peut être critiquée. Elle montre ses qualités, mais en même temps ses limites. Et ses failles, aussi.

L'élément qui suit est l'EAU, qui représente psychiquement et symboliquement le passage de la mort à la vie. L'eau a une double symbolique. Elle peut être très menaçante (pensez à un tsunami) ou être le berceau de la vie. Autrement dit, elle représente ce que Freud appelle l'angoisse de castration. En se "disant", on prend le risque d'être contre-dit et castré psychologiquement. Et ceci est tout simplement intolérable pour certains egos. Alors autant se taire et se complaire dans une position métallique, de repli, qui en même temps fait planer sur l'interlocuteur toute la menace de l'Eau: sa puissance, son mystère (le non dit est menaçant car il est flou et peut donc porter sur tout et n'importe quoi), la menace de mort psychique.
Dans le monde spirituel, qui prétend si souvent vouloir tuer l'ego, il est marrant de constater à quel point celui-ci se défend de manière si intelligente. Il peut en plus prétendre "n'avoir rien exprimé" et en tout cas pas cette pauvre émotion nommée colère qui n'appartient qu'aux moldus, de son point de vue. Sous des apparences discrètes et modestes, cette position est en réalité éminemment narcissique. 

Ainsi donc, une position que la psychologie moderne appelle "passive-agressive" prend tout son sens. Ne pas dire peut être aussi, voire plus violent que dire ou exprimer maladroitement, par la colère, quelque chose qui doit être exprimé.
Profitons-en pour rappeler que la spiritualité, au niveau le plus fondamental, est RELATION. Relation à l'autre, relation à la nature et à sa propre nature, relation au Cosmos. Même les particules élémentaires, pour pouvoir exister, doivent s'acquitter du "ticket existentiel" nommé relation. Sans entrer en relation avec son environnement, une particule ne peut sortir du Vide quantique. Alors imaginons à quel point la relation est importante pour nous, qui nous prétendons non élémentaires! ...


Fabrice Jordan

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dimanche 15 septembre 2019

Rêve intérieur

Les personnages de mon rêve
sont venu converser avec moi
hors de mon rêve.


Et cela, ils n’ont pas pu le supporter.

Ils se sont sentis prisonniers
des formes truquées
de ce rêve à l’envers.




je n’ai pas su les retenir.

Je n’ai pas su créer pour eux un autre rêve au
dehors.
Un rêve véritable.


Pourrai-je me remettre à présent

à converser avec eux au-dedans?


Roberto Juarroz, 15ème Poésie Verticale

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