mercredi 2 novembre 2016

Swami Prajnanpad et l'action




- Avant l’action, voir tous les aspects favorables et défavorables.

- Il y a une distinction entre ce qui arrive et ce que vous faites. Un homme n’est pas un animal. Il agit. Il examine les avantages et les inconvénients.

- Pour agir, donner avant de recevoir, s’incliner pour conquérir, reculer pour avancer, obéir pour commander.

- Pour être vous-même ici et maintenant, voyez s’il y a des réactions. Etre libre ? C’est agir sans avoir d’autre alternative.

- Agir et non réagir.

- Toute action produit nécessairement une réaction. Mais la réaction tend à diminuer quand l’action est délibérée et positive.

- Agissez délibérément. Alors tout ce que vous ferez vous aidera et vous montrera la voie. Soyez seulement lucide.

- L’émotion produit une action ayant deux caractéristiques : la contrainte (compulsion) et l’excès (overemphasis). Mais si votre mental est libre de réactions anormales, vous pouvez délibérément vous engager dans une activité qui, en fin de compte, vous rendra libre de votre mental.

- Pour être libre de l’action-réaction et agir comme un véritable homme d’action, dans tout ce que vous faites, vous devez pouvoir dire : « Oui, je sais ce que je fais, pourquoi je le fais et comment je le fais. »

- Avant d’être entreprise, toute action doit payer un tribut à Sa Majesté la Lucidité.

Svami Prajnanpad, un maître contemporain : Le quotidien illuminé
Par Daniel Roumanoff


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mardi 1 novembre 2016

Suivre son étoile... pour éclairer sa forêt intérieure !




J'ai seulement
Choisi l'étoile
Que j'aimais ...
Et depuis ce temps là
Je dors avec la nuit ...
Pablo Neruda


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lundi 31 octobre 2016

Quatre conseils pour accompagner la souffrance

par Roseline de Romanet 

1. Laissez-vous habiter par le Christ

Nourrissez votre vie intérieure en prenant par exemple tous les matins un temps de silence ou de prière pour vous laisser visiter par Dieu avant d'aller visiter la personne en souffrance. Car, aller à la rencontre de l'autre, c'est déjà s'être laissé rencontrer soi-même par Dieu. Le Christ se révélera par la paix et la douceur qui émaneront de vous, par-delà les paroles.

2. Prenez part au questionnement

Considérez avec sérieux les questions existentielles et spirituelles de la personne en fin de vie, même si vous n'avez pas de réponse. Vous pouvez témoigner de ce en quoi vous croyez, si elle vous le demande, en veillant à respecter son histoire, qui est sacrée. Le recours aux questions sur ses désirs profonds, ses angoisses ou ses appréhensions, plus qu'aux affirmations sur ce qu'il devrait faire ou penser, ouvre un dialogue dans une liberté réciproque, et permet parfois un bouleversement intérieur, avec des grâces de pardon, d'ouverture, de conversion.

3. Soyez dans la réciprocité

Je me souviens d'un patient qui m'avait dit d'un bénévole : « Il s'est confié à moi et j'ai osé lui parler. » Il n'y a pas de vraie rencontre sans réciprocité. Il y a une manière chaste de se confier, sans étaler sa vie entière. Une façon de dire « je » qui manifeste à la personne en face qu'elle est une personne et non un malade.

4. Restez collé au réel

Veillez à garder les pieds sur terre. En prodiguant des petits plaisirs : un dessert préféré, un brushing, un soin du visage... Quand il y a de la tristesse, un pardon non donné ou une rupture avec un proche, interrogez la personne sur son désir. Proposez-lui de l'aider aussi concrètement : parfois en retournant à domicile pour régler des papiers, en allant voir le notaire, ou en organisant une fête de famille.

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dimanche 30 octobre 2016

Roseline de Romanet : infirmière en soins palliatifs, une école de vie


Infirmière à la Maison médicale Jeanne-Garnier, à Paris, cette ex-bénédictine s'attache à prendre soin de la personne dans toutes ses dimensions.

« Je n'oublierai jamais cette rencontre. Elle eut lieu à Jeanne-Garnier dans la chambre d'un patient dont le visage était couvert de nodules. M'approchant de lui, je fus saisie par son regard qui semblait crier : « Comment pouvez-vous prendre soin de moi qui me présente à vous sous une apparence aussi laide ? » Je ne pouvais pas le laisser sans réponse. Après lui avoir prodigué des soins, je me suis permis de lui dire : « Je ne vous connais pas bien, et je vais peut-être être maladroite, mais, au-delà de votre apparence, c'est la beauté intérieure de votre être que je soigne et que je vois. Aujourd'hui, vous êtes aussi digne qu'il y a trois mois quand vous n'aviez pas un seul nodule. » J'ai ensuite embrassé sa joue abîmée. Loin de toute mièvrerie, ce baiser venait signer ma parole. Le visage de l'homme a soudain été transfiguré, il est passé des ténèbres à la lumière. En larmes, il m'a soufflé dans un sourire radieux : « C'est extraordinaire. » Au travers de cette personne, c'était le Christ que je soignais. Plus un visage est défiguré, un corps abîmé, plus j'ai à cœur de rétablir le patient dans l'estime qu'il a de lui-même.

Je suis devenue infirmière en soins palliatifs après avoir passé 15 ans chez les Bénédictines, à Paris. En 2004, je quittai cette congrégation qui était en crise. Ce départ fut extrêmement douloureux. Mais ce n'était pas être fidèle à ma vocation que d'y rester, en laissant la situation se dégrader. Ayant été moi-même burinée par les épreuves, ayant vécu la perte de repères, pour finalement me relever grâce à Dieu, j'ai eu à cœur ensuite de me tourner vers les personnes vulnérables qui affrontent la fin de leur vie. J'avais soif d'être source de paix et de solidité pour ces patients qui cherchent à retrouver l'unité de leur être, là où la maladie a fait voler en éclats leur sécurité, leur vie de famille, personnelle, professionnelle. En tant qu'infirmière, je suis appelée à prendre soin de la personne dans toutes ses dimensions. J'ai l'immense privilège d'avoir accès non seulement au cœur, à l'intelligence et à l'esprit, mais aussi au corps. Or, le spirituel et le charnel vont ensemble. Toucher le corps c'est toucher la personne dans son intimité la plus profonde et cela rejaillit dans tout son être. Bien souvent, le patient en fin de vie pense qu'il n'est plus digne, plus utile ; il se sent rejeté. La manière dont je vais lui prodiguer des soins, le sécuriser, l'apaiser, le regarder comme un être unique, infiniment respectable est déterminante pour le conforter dans son identité de sujet jusqu'au bout.

Côtoyer au quotidien la perspective de la mort, la souffrance des patients, des familles, ne peut laisser indemne. Jeanne-Garnier est pour moi une école de vie où l'on accepte de se montrer en vérité. L'expérience de la fragilité et l'approche de la mort agissent comme des loupes sur les enjeux existentiels, à côté desquels nous passons parfois : quel est le désir qui m'habite ? Quel a été le sens de ma vie ? Et aujourd'hui ? Quelle est ma relation à l'autre ? À l'Autre ? Aussi, je suis sans cesse placée face à mon impuissance : même si la personne va mourir, je ne dois pas le vivre comme un échec personnel mais emprunter le chemin de l'humilité et m'en remettre toujours à plus grand que moi. Tout l'enjeu est de prodiguer en équipe des soins, tant physiques, psychiques que spirituels, afin que la personne garde, jusqu'au bout, la meilleure qualité de vie possible. La confrontation avec l'extrême fragilité m'apprend à vivre intensément l'instant présent. Je pense à ce garçon âgé de 20 ans qui, un an après la mort de sa mère, lut lors d'une célébration un texte bouleversant : « Je vous en supplie, n'oubliez pas deux choses : de dire "Je t'aime" et "Merci" aux personnes qui vous sont proches. » Ces paroles, il les avait adressées tous les dimanches à sa mère. Et c'étaient elles qui lui avaient permis de tenir face à l'injustice de la maladie.

Nous pleurons mais nous rions aussi beaucoup à Jeanne-Garnier. J'y goûte par moments une intensité de joie que je ne retrouve pas dans le monde. Quelque chose de l'ordre de la surabondance. À défaut de pouvoir rajouter des jours à la vie, nous essayons, personnels soignants et bénévoles, de rajouter de la vie aux jours. De faire prendre conscience que la fragilité ne nous rend pas moins vivants, au contraire. La fin de vie est un moment de crise, un kairos où le drame advient. Mais de ce drame peut jaillir la lumière, notamment au travers d'échanges extrêmement profonds entre les patients et leurs proches. Je me souviens de cet homme qui écrivit à sa femme : « Ce sont les dix mois les plus beaux de notre vie, les plus beaux de notre amour. » Je revois aussi cette mère de famille dont le projet initial était de passer quelques jours seulement à Jeanne-Garnier, afin que nous l'aidions à mettre en place une hospitalisation à domicile. Au bout de trois jours, elle a supplié le médecin de la garder. Lorsqu'une amie de Jeanne-Garnier lui a confié qu'elle aurait aimé la rencontrer en d'autres circonstances, elle lui a répondu : « Je ne sais pas. J'ai vécu tant de choses depuis deux semaines. Jamais nous ne nous sommes autant parlé mon mari, mes enfants et moi. »

Nous portons tous en nous une dimension spirituelle, que nous soyons croyants ou non. Je me souviens de ce patient qui disait : « Je suis un athée aimant ! » Son visage rayonnait de bonté. Par cette parole, il révélait quelque chose de son rapport à l'existence. Certains ne prononceront jamais le mot Dieu durant leur séjour à Jeanne-Garnier tout en ayant un vrai sentiment d'accomplissement de leur vie : ils ont été aimés, ils ont aimé, ils ont eu une profession intéressante. Ils partent sereinement. Et leur parcours intérieur n'en sera pas moins extraordinaire par la manière dont ils se seront attachés à faire le bien, à emprunter un chemin de pardon, à transmettre le meilleur à leurs enfants.

Je perçois dans la fin de vie un mystère de solitude. Plus que l'angoisse de mourir, c'est en effet la peur d'être seul qui prédomine. Un bénévole m'a confié qu'un jour, en réponse à la parole « Ce que vous vivez est difficile », le patient rétorqua : « Oui, mais vous êtes là. » Mystère de la présence, de la gratuité, de la communion dans le silence. Mystère de la rencontre, jusqu'à l'ultime. »


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source : La Vie 2016



samedi 29 octobre 2016

Le lierre qui grimpe dans notre estime...

Voyons les arguments fallacieux des anti-lierre. 

 - Le lierre représente pour l'arbre une surcharge.
C'est vrai ! mais l'arbre saura compenser cette surcharge en régulant sa pousse.
C'est le cas lorsqu'il se trouve déstabilisé par un mouvement du sol, un coup de vent brisant une branche maîtresse, ou le déracinant partiellement, un changement d'éclairement.
Ce phénomène de compensation pourra être aisément constaté lors de la coupe de l'arbre, les cernes de croissance témoigneront du lent travail d'équilibre des forces.

- Le lierre envahit l'arbre.
Non, le lierre n'a pas, comme l'arbre, besoin de beaucoup de lumière, il se contentera de ce que laisse l'arbre, et jamais il n'envahira le houppier ni l'extrémité des branches garnies de feuilles.
L'hiver est la saison idéale pour contrôler cela, allez en forêt et regardez où s'arrête la progression des feuilles du lierre.

- Le lierre "pompe" la sève de l'arbre.
Le lierre ne "pompe" pas la sève de l'arbre, il suffit de le regarder pour constater que le lierre se débrouille très bien sans l'arbre Il puise sa "nourriture" à l'aide de ses racines dans le sol tout simplement. Ce qui peut tromper un public non observateur, ce sont les fines tigelles pouvant être confondues avec des "suçoirs". Ce sont des racines transformées. À différents stades de sa vie, les branches du lierre ont plus ou moins de fils accrocheurs, en fait, des poils ventouses. Ne trouvant pas de support pour s'accrocher, ils sèchent et meurent . Une fois accrochés au support la taille de ces "poils" augmente, offrant un solide appui à la plante qui continue sa progression vers la lumière Une observation rapprochée permet de constater que les "poils ventouse" ne pénètrent pas sous l'écorce mais restent bien sagement en surface.

Ce qui est véridique :
- le lierre offre une assurance supplémentaire à l'arbre contre le feu, un feu courant embrasera le lierre sans que l'écorce soit touchée
- le lierre offre une protection contre le gel, qui parfois fend l'écorce et le bois.
- le lierre protège l'arbre contre les coups de chaleur excessifs.
- le lierre offre gîte et couvert à de nombreux animaux, qui peuvent lutter contre certains organismes nuisibles à l'arbre.


De septembre à novembre, dans certains cas, fleurs et nectar sont à la disposition des insectes lorsque tous les autres ont plié bagage.
En hiver les fruits ont ont été consommés, ceux du lierre arrivent à point nommés Les graines du lierre se rencontrent fréquemment dans les crottes, ou les fientes abandonnées par les animaux.
Le lierre "protège" l'arbre des écorçages provoqués par les cervidés
Le lierre fait "revivre" les arbres morts en les couvrant de verdure.

source : photo nature Fontainebleau 


Le lierre est la plante du moment qui nous montre un exemple d'élévation...


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vendredi 28 octobre 2016

Merci à Pierre et Jacqueline Dhainaut




Pour la sortie du jeu "Les trois cheveux d'or", nous avons été invités à déjeuner avec Pierre et Jacqueline Dhainaut. 
Pierre nous a appris, en avant première, que c'était lui le lauréat du prix Guillaume Apollinaire, considéré comme le Goncourt des poètes... 
Belle synchronicité !
Lors de la remise du prix à Paris, Juliette Binoche lira des textes de Pierre Dhainaut.



In Pierre Dhainaut © Éditions les Vanneaux 2008, p.177, 
extrait de Six variantes à partir d'un chant de grive


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jeudi 27 octobre 2016

La gentillesse contre la folie par Roger McGowen



Un souvenir me revient souvent à l’esprit, ici dans ma cellule. Je suis un petit garçon de 7 ou 8 ans et je me tiens debout sur une planche en bois posée entre deux parpaings. Je me vois en train de remuer un liquide visqueux dans le grand chaudron noir de sorcière, comme nous l’appelions à l’époque. J’y mets toute mon énergie, à l’aide d’une cuillère en bois, pour obtenir une belle texture lisse. Comme j’étais fier d’aider ainsi mon arrière-grand-mère à faire du savon ! Elle qui m’a élevé ainsi que tous mes frères et sœurs ! Je n’oublierai jamais comme j’étais heureux de pouvoir remuer cette cuillère dans cette grosse marmite, tandis que la fumée s’élevait du feu allumé juste en dessous.

Quand tout était fondu, les graisses et tout ce qu’elle rajoutait pour parfumer le savon, il fallait laisser refroidir. Puis nous versions le mélange dans une poêle plate qu’elle utilisait pour le faire sécher. Ensuite, elle coupait le savon en petits carrés qu’elle entassait à l’arrière de la maison sous la véranda, pour qu’il sèche encore. Une fois qu’il était bien sec, après de nombreuses vérifications de ma part, nous allions faire le tour du voisinage pour le distribuer aux personnes âgées. Oh mon Dieu, ils étaient tous si heureux de recevoir leur petit carré de savon ! Ensuite, c’était la période des conserves et des confitures. Je grimpais dans le prunier du voisin pour cueillir ses prunes bien mûres. Je remplissais le panier de mon arrière-grand-mère avec tellement d’ardeur ! Puis je l’aidais à éplucher tous les fruits. Cela m’amusait beaucoup, parce que je pouvais lécher la cuillère quand elle avait fini et dérober quelques fruits pour les manger en cachette.

Rasés, baignés, épouillés

Beaucoup de mes amis du quartier se moquaient de nous quand nous refaisions le tour avec mon arrière-grand-mère, pour distribuer cette fois toutes nos conserves et nos confitures non seulement aux personnes âgées, mais aussi aux familles pauvres des alentours. Oh bon sang, comme j’étais gêné parfois que l’on me voie avec cette grand-mère ! Comme il m’est arrivé d’avoir honte de cette distribution sous les yeux de mes copains ! Et bien sûr elle devinait mon embarras et me lançait haut et fort : «Roger McGowen, il n’y a pas de honte à être gentil !» Ou encore : «Roger McGowen, n’aie jamais peur de donner quand tu possèdes plus que le nécessaire !» Ou bien : «Roger McGowen, il n’y a rien de mal à donner tout ce qu’il te reste si quelqu’un en a plus besoin que toi !»

Ces mots se sont imprimés en moi pour le reste de ma vie. J’ai sans doute été si heureux de vivre aux côtés de cette arrière-grand-mère, de participer à tous ces actes de bonté que ces petites phrases et tous ces dons complètement désintéressés ont fini par intimement m’imprégner.

L’un des actes le plus désapprouvé en prison, spécialement dans le couloir de la mort, c’est précisément celui de la «gentillesse». Elle est même fortement déconseillée par les gardiens, tant elle peut produire de la camaraderie, voire de l’amitié, ce qui est formellement interdit en milieu carcéral. Oui, la gentillesse est si dangereuse, tant elle pourrait démontrer combien les prisonniers sont encore des êtres humains, au lieu des animaux que tout le monde souhaite nous voir devenir.

Pour la plupart d’entre nous, l’incarcération se fait en plusieurs étapes. D’abord nous sommes placés dans la prison du comté, en attendant le procès. Et puis une fois que le procès a eu lieu, et que le verdict de culpabilité a été prononcé, chacun doit subir divers examens. Nous sommes alors rasés, baignés, épouillés, et l’on nous donne le peu de choses autorisées en prison. Pendant tous ces épisodes, une phrase nous est constamment répétée par chaque personne que nous rencontrons : «N’accepte jamais quoi que ce soit de qui que ce soit… C’est un piège ! N’accepte jamais rien d’autrui !» Soyons justes, d’ailleurs : il est certain que beaucoup de jeunes détenus se sont parfois fait avoir avec quelques générosités manipulatrices, produisant alors des conséquences graves pour leur vie carcérale. La plupart des détenus qui arrivent en prison sont donc dans une extrême méfiance. Et ils n’acceptent rien de personne même si, dans de nombreux cas, les aides offertes par les codétenus le sont sans intention de mal faire. J’ai tellement vu de vieux prisonniers qui essayaient seulement d’aider le nouvel arrivant à mieux vivre cette période difficile qui suit l’incarcération, un moment que chacun vit toujours si douloureusement. Tout au plus essayent-ils de rendre cet enfermement soudain un peu moins dur que ce qu’ils ont connu eux-mêmes.

Je n’étais pas différent en arrivant dans le couloir de la mort ! J’étais un jeune prisonnier encore sous le choc de son incarcération, rempli de méfiance envers tous les autres. Mais en ayant grandi auprès de cette arrière-grand-mère, une petite phrase trottait sans cesse dans mon esprit : «Roger McGowen, il n’y a pas de honte à être gentil !» Sans doute, malgré tous les avertissements de chacun, avais-je encore un peu confiance dans les hommes !

Odeur âpre, sauvage, animale


Je suis arrivé dans le couloir de la mort en novembre 1987. Et la première chose qui m’a frappé, ce fut l’obscurité, et l’odeur de l’aile de la prison dans laquelle je fus enfermé. Je m’en souviens encore, c’était l’aile J-23 ! Il y avait du grillage de poulailler tendu au-dessus des cellules, et des rangées de clôture tout autour de la promenade. La lumière pâle et blafarde était si faible qu’elle donnait une atmosphère lugubre au cachot. Quant à l’odeur, elle m’était totalement inconnue. Elle était âpre, sauvage comme une odeur animale. Je n’avais jamais rien senti de tel. Quelle stupeur pour un homme d’entrer dans un monde pareil !

J’en suis certain aujourd’hui, tout était amplifié par ma peur. Car personne ne peut imaginer qu’un tel monde soit possible sur la Terre. J’en suis certain aussi, cette odeur incroyable était due aux prisonniers enfermés dans leurs toutes petites cellules. A tous ces corps non lavés, à toute cette sueur, auxquels s’ajoutait la puanteur de la mort ambiante.

Dès mon arrivée, je fus placé dans une petite cellule (3 mètres sur 2) au deuxième étage. Ayant été transféré tard, j’avais manqué le repas du soir. Cette situation était tellement nouvelle, si inattendue, dans un monde tellement hostile, que je ne savais pas à quoi m’attendre. Fallait-il que je dise quelque chose ? Fallait-il que je fasse quelque chose ? Ou bien devais-je tout simplement m’asseoir là, et attendre ?

«N’accepte rien d’autrui»

Mon problème fut vite résolu quand un jeune gardien noir vint dans ma cellule pour m’apporter une sorte d’oreiller contenant aussi deux draps, une brosse à dents, de la poudre de dentifrice et des écouteurs pour écouter la télévision (à cette époque, nous pouvions encore regarder la télévision). Je m’en souviens très bien : il me confia son nom, et me demanda si j’avais mangé. Evidemment sur la défensive, craignant un de ces pièges dont on m’avait parlé, je lui répondis que non !

Alors il partit, et je fus pris par la crainte de la célèbre loi des prisons : «N’accepte jamais rien d’autrui !» Il revint quelques minutes plus tard et déposa un petit sac dans ma cellule sans rien me dire. Ce fut plus fort que moi : j’en sortis le contenu, si dérouté par l’événement qui venait d’avoir lieu. Il y avait là un sandwich au thon, un paquet de chips et une pomme. Il y avait là surtout un peu d’humanité ! Plus tard, j’ai su qu’il m’avait donné la moitié de son propre dîner. Ainsi, peu à peu, lui et moi nous avons eu une excellente relation, sans jamais reparler de ce petit repas offert à mon arrivée.

Les années passant, j’ai souvent été en situation de pouvoir aider à mon tour beaucoup d’autres détenus. Certains acceptèrent mes dons, mais à cause de la règle tacite consistant à refuser toute aide, d’autres non. Combien de chaussures, de cafetières et de vivres ai-je ainsi pu offrir à tous ceux qui le voulaient bien ? C’était à mon tour, comme le faisait mon arrière-grand-mère, de partager avec les plus démunis, même en risquant la honte dans un tel lieu.

Un matin, je fus transféré au tribunal pour le procès concernant mon affaire. Et dans la prison du comté où je fus placé, je savais qu’il allait faire très froid, tant dans ces bâtiments blindés ils maintiennent tout le temps une climatisation glaciale, été comme hiver. Aussi fallait-il s’y préparer en s’habillant chaudement. Les seuls vêtements qui nous étaient donnés pour ce transfert étaient tellement fins : juste une combinaison de prisonnier, à savoir un pantalon et une chemise à manches courtes ! Alors j’ai décidé de rajouter mon sous-vêtement long, et deux tee-shirts, avec en plus ma veste enfilée par-dessus. Mais malgré tout cela, j’avais quand même très froid dans cette cellule d’attente où nous étions déjà trente, si serrés.

Et puis ils ont rajouté un jeune gars dans notre cellule pourtant bondée. Il avait seulement sa petite combinaison légère sur lui. Il tremblait de froid par tous ses membres en essayant de tirer sur ses manches pour les rallonger. Certes, j’avais froid, mais je savais qu’à cet instant il avait bien plus froid que moi. Et c’est là que la voix de mon arrière-grand-mère a surgi dans mon esprit : «Roger McGowen, la gentillesse ne connaît pas la honte !» Alors j’ai déboutonné ma combinaison pour enlever mon long sous-vêtement et l’un de mes tee-shirts, et je lui ai offert de les mettre pour se réchauffer un peu. Il y a eu alors un instant incroyable. Il m’a d’abord simplement regardé. Et je l’ai moi aussi regardé, sans qu’un seul mot soit prononcé. Et nous nous sommes vus, tellement vus tous les deux. Cela a duré peut-être trente secondes. Puis, il a pris les vêtements pour les enfiler sans faire aucun commentaire. Pas un mot ne fut prononcé. Mais je peux vous dire qu’apparemment, il avait bien plus chaud, grâce aux vêtements mais aussi grâce à l’événement qui venait de se passer… Et j’ai entendu mon arrière-grand-mère qui riait derrière moi !

La leçon de l’arrière-grand-mère

Quand on nous ramena à la prison, il fut placé dans la même aile que moi. Et il vint à ma table pendant le dîner, ce tout jeune détenu si égaré qui vivait à son tour son premier jour d’incarcération. Après le repas, en passant devant sa cellule, j’ai pu voir combien il n’avait rien, aucun ustensile, rien. Alors je lui ai apporté d’abord une tasse et un bol. Et puis je lui ai empaqueté un grand sac de nourriture, complément indispensable pour manger à sa faim. Evidemment, il commença par refuser, tant il avait été averti lui aussi de la règle de ne jamais rien accepter. Alors je lui ai raconté ma propre histoire lors de mon arrivée. Et je lui ai dit combien, depuis ce jour, je faisais tout ce que je pouvais pour aider au mieux les nouveaux détenus. Et puis je l’ai rassuré : «Je ne réclame rien en échange, tout ce que je te demande, c’est de transmettre de l’amour à ton tour !» Il a regardé autour de nous, juste pour voir si personne ne nous épiait. Il était inquiet. Il voulait tellement ne pas être pris pour un faible en acceptant quelque chose de ma part. Alors pour le rassurer un peu plus, je lui ai confié ce que mon arrière-grand-mère me disait toujours : «La gentillesse ne connaît pas la honte !» Il a pris le sac, avec un petit sourire. Et nous avons fini par devenir bons amis au fil du temps.

Plus tard, bien plus tard, il fut libéré. Et je l’ai vu donner à un autre prisonnier, qui venait d’arriver, tout ce que je lui avais donné. Après sa sortie, il m’envoya une lettre de remerciements, et il y avait mis de l’argent pour m’aider. Je n’ai plus jamais, par la suite, entendu parler de lui. J’espère qu’il mène une vie droite et honnête, et qu’il continue à transmettre de l’amour.

Savons-nous combien nous pouvons faire toute la différence dans la vie d’une autre personne, seulement en offrant un peu de gentillesse ? Savons-nous combien un peu de gentillesse peut parfois tout changer ? Je crois que c’est la plus grande leçon que m’ait offerte mon arrière- grand-mère. C’est la leçon qui me sert chaque jour, ici, dans le couloir de la mort. Parce que s’il existe un lieu où la gentillesse est vitale, c’est bien dans le couloir de la mort. Etre gentil sans honte, c’est parfois la seule manière de sauver sa raison, d’éviter de sombrer dans la folie. Essayez-le ! Essayez-le surtout avec ceux qui ne sont pas gentils, ou bien envers ceux avec qui vous n’avez jamais été gentils ! Essayez-le sans attendre, tendez la main vers celui qui a besoin d’un geste réconfortant. Souvenez-vous de mon arrière-grand-mère : «La gentillesse ne connaît pas la honte !»


Traduit de l’américain par Catherine Spec
— 12 décembre 2009

En vue de la révision du procès de Roger McGowen, vous pouvez envoyer des chèques libellés à l’ordre de Comité français de soutien à Roger Mc Gowen et adressé à : Comité Français de soutien à Roger Mc Gowen, Poitou, 47220 Caudecoste. Ou sur le site www.rogermcgowen.fr, paiement par carte bancaire ou Paypal. Pour toute correspondance : contact@rogermcgowen.fr


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mercredi 26 octobre 2016

Mesage d'une transformation en prison ...



« Mais à travers tout ceci, nous sourions, nous rions, nous nous faisons des amis, nous croyons, nous prions, nous vivons et nous mourons (dans une cellule de 2 mètres sur 3 !).
Beaucoup de gens nous demandent : “Mais comment faites-vous jour après jour pour ne pas devenir fou ?” Et je réponds : “Nous transformons ce qui est le plus nuisible en ce qui est le plus positif nous avons pris la haine qui nous était offerte et nous l'avons rendue sous forme d'amour...” Regardant le ciel, j'ai réalisé un jour que même si j'aimais sa couleur bleue, elle ne m'avait pas manqué et je me suis demandé pourquoi. Et la réponse fut : j'avais tout ce dont j'ai besoin en moi et n'avais nul besoin de sortir de moi-même.
En moi, il y a aussi un soleil, une lune, de l'herbe verte et un ciel très bleu et très beau.
Alors, j'ai ôté le papier qui bloquait ma fenêtre pour permettre à la lumière d'entrer. Maintenant, mon monde a deux lunes et deux soleils et mon amour et ma compréhension de moi-même ont aussi doublé.
Chaque jour, j'apprends quelque chose sur moi-même et cela me rend heureux... Merci de m'aimer. »


"Certaines attitudes peuvent nous aider à faire face aux défis et à les accepter. La première consiste à apprécier ce qu'on a et à prendre le temps d'en jouir. Faites en sorte que les personnes qui comptent le plus dans votre vie sachent à quel point elles sont importantes pour vous. Ne présumez pas qu'elles le savent déjà. Dites-le leur, montrez-le leur et soyez sincères. Prenez le temps de faire quelques-unes des choses que vous aimiez faire avant que les exigences de la vie vous aient accablés. Profitez de chaque moment qui vous a été donné et ne prenez rien comme allant de soi. Je peux vous dire, de ma propre expérience, qu'il n’est rien de plus doux... Je vous en prie, mes amis, prenez vraiment le temps et faites en sorte que votre vie soit la meilleure possible."

Roger Mac Gowen
(détenu depuis 30 ans aux Etats-Unis)




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Emporté... ou en portée...


Une ouverture est toujours possible. 
Se mettre à l'écoute de notre musique intérieure...



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Parce que s’il existe un lieu où la gentillesse est vitale, 
c’est bien dans le couloir de la mort. 
Etre gentil sans honte, 
c’est parfois la seule manière de sauver sa raison, 
d’éviter de sombrer dans la folie.

Roger Mac Gowen

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lundi 24 octobre 2016

Un instant de vie avec Amma


Pour commencer la semaine, 
fermons les yeux pour nous retrouver 
et trouver ce qui en nous regarde...



« Que nous en soyons conscients ou non, 
le véritable but de la vie est de réaliser la divinité en nous. » 
Amma (Mata Amritanandamayi)

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vendredi 21 octobre 2016

En marche...




Chaque homme doit décider s'il marchera 

Dans la lumière de l'altruisme créatif;
Ou dans les ténèbres de l'égoïsme destructeur.

Martin Luther King

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