lundi 18 avril 2022

Ingestion du jour nouveau

 Voici la fleur de Pâques qui se ferme le soir. Et comme l'ostie, elle se mange...



Un passage par le coeur

 



 
  "Cette passerelle de cœur à cœur a mis au monde notre humanité et nous relie, tous et toutes, par delà nos différences."

   Extrait de "Grandir avec les arbres" de Catherine Davau. (Éditions Eyrolles)
****************

dimanche 17 avril 2022

Libération de Pâques


 Toute voie spirituelle vous appelle à ce qu'on peut légitimement appeler la mort à soi-même, la mort à un certain niveau pour vivre à un autre niveau. " Si le grain ne meurt, il demeure seul; s'il meurt, il porte beaucoup de fruits." Laissez-moi vous citer le passage célèbre de saint Paul sur la résurrection : « Semé corruptible, le corps ressuscite incorruptible; semé méprisable, il ressuscite éclatant de gloire; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force; semé corps psychique, il ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. C'est ainsi qu'il est écrit: le premier homme, Adam, fut un être psychique doué de vie, le dernier Adam est un être spirituel donnant la vie. Mais ce qui est premier, c'est l'être psychique, ce n'est pas l'être spirituel; il vient ensuite. Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le second homme, lui, vient du ciel ". (Corinthiens 15, 42-47.)

Traditionnellement, la doctrine hindoue reconnaît deux types de libération : la libération après la mort (videha-mukti) et la libération dans cette vie (jivanmukti). Le texte célèbre de saint Paul ne peut-il pas être interprété aux deux niveaux, indiquant d'une part de quelle manière la résurrection après la mort se manifestera et d'autre part évoquant la transformation possible dans cette existence? Ce texte fait penser au témoignage que certains portaient après leur rencontre avec tel ou tel des plus grands mystiques de l'histoire ou, au xxe siècle, avec tel ou tel saint exceptionnel du Mont Athos. Mais cette métamorphose à laquelle tous sont appelés n'a jamais concerné qu'une infime minorité.

Il ne s'agit plus de psychologie, il ne s'agit pas seulement d'être moins égoïste ou plus serein, il s'agit d'une expérience intérieure bouleversante présentée comme une mort et une résurrection dans cette vie-ci, par un abandon de tout ce qui constitue aujourd'hui notre psychisme, donc un abandon de nos points d'appui habituels. Cela suppose un effacement, un silence, un « vide » dont même les mystiques chrétiens ont parlé parce qu'il constitue l'expérience mystique proprement dite. Vous ne pouvez pas à la fois conserver vos limites, vos prérogatives et être en même temps vidés de vous-mêmes pour être remplis de Dieu. Que reste-t-il, quand nous avons tout perdu, tout lâché, dans ce tréfonds du cœur ou de l'âme où nous ne sommes plus ni homme ni femme?


Qu'est-ce qui se révèle alors? Tous ceux qui ont vécu cette transformation témoignent qu'il s'agit bien d'une expérience radicale qui est la plus haute possibilité d'accomplissement offerte à l'homme. La question est de savoir si nous aspirons ou non à cette réalisation d'un autre ordre. Elle ne passe pas forcément par le martyre physique qu'ont connu les premiers chrétiens mais par un abandon, un don de soi total à cette vie qui transcende nos limitations : " Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." Mais très peu de chrétiens entrevoient le christianisme, surtout à notre époque, comme l'appel à cette réalisation mystique.

Un tel passage ne s'opère pas tout seul, parce que nous sommes attachés à notre manière d'appréhender la réalité dans la dualité, au travers du désir et de la peur, fonctionnement que les enseignements orientaux ont, eux aussi, très bien décrit de leur côté. L'homme a toujours tendance à rabaisser des enseignements transcendants, à les ramener à son niveau. Il commet l'erreur de vouloir faire entrer un enseignement original parlant de choses nouvelles dans ses catégories mentales habituelles. Le préalable à une véritable compréhension est donc un effort d'ouverture, de silence, d'oubli de nos opinions, pour que l'enseignement des Évangiles puisse pénétrer en nous et nous transformer de l'intérieur.

Arnaud Desjardins, En relisant les Evangiles

***************

samedi 16 avril 2022

On ne s'arrête pas au milieu



Une fois que la marche vers le stade de développement suivant est lancée, mieux vaut ne pas s'arrêter.
La crise qui accompagne le mouvement n'est certainement pas confortable, mais elle génère l'énergie (le feu) nécessaire pour ne pas s'arrêter au milieu de la paroi.
Go !

(Fabrice Jordan)







-----------------------------------

Votre changement a quel prix ?


Quand le mental vous barre,
La pratique de la vigilance le décode.
Il faut mettre le prix pour se changer.

*****

 

vendredi 15 avril 2022

Poursuivre

 La continuité peut être difficile à maintenir pour quiconque. Les reportages médiatiques que nous recevons mettent l'accent sur les triomphes : nous nous émerveillons devant les lauréats de prix, nous nous extasions devant des récits inspirants de difficultés surmontées, et on nous présente des dossiers méticuleux sur la perte de poids apparemment constante d'une personne. 

À l'inverse, nous pouvons parfois nous décourager devant nos propres problèmes. 

C'est une chose de reconnaître de nouveaux problèmes et de se préparer à les résoudre. C'en est une autre lorsque notre découragement persiste. Nous nous sentons misérables, nous ne pouvons pas dormir, nos appétits sont affectés, et nous sommes tendus avec nos proches. 


Se peut-il que ce genre de découragement soit comme une infection ? Quelque chose s'introduit en nous et affirme sa présence. 

La solution à ce problème peut varier. Nous nous tournons vers la famille et les amis. Nous essayons d'avoir une certaine satisfaction compensatoire. Dans les cas graves, nous devons nous tourner vers la thérapie et les médicaments. Tant que nous ne sommes pas poussés à un comportement autodestructeur, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour rétablir notre équilibre. 

Il est également important de maintenir la pratique. Elle peut souvent être le rempart contre les découragements de la vie : à tout le moins, elle nous appartient. Nous l'avons mise en place. Personne ne peut nous la retirer. La sagesse acquise nous conseille dans les moments de désastre. C'est là que nous en avons le plus besoin. 

Comme d'autres maladies, nous pouvons être à nouveau infectés par le découragement. Mais à chaque fois, la pratique est là. C'est ainsi que l'on peut continuer à avancer.

Via Deng Ming-Dao

**************

mercredi 13 avril 2022

Rencontre avec Emmanuel Desjardins (2)



MK : Comment se porte la spiritualité dans notre siècle ? Pensez-vous avec Malraux que « Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas », comme il le disait en 1972 ?

ED : La spiritualité se porte à la fois bien et mal. A l’époque où mon père s’est intéressé à ce sujet, la spiritualité était presque éteinte en Occident. On le prenait pour un demi fou dans sa propre famille. Par ailleurs, dans les années 80, lorsque j’étais à Sciences-Po, la spiritualité, comme l’écologie d’ailleurs, n’était pas du tout prise en compte. A cette époque, quand les médias parlaient de spiritualité, tout était confondu : le problème des sectes, la superstition, la religion, l’ésotérisme. Ce n’était pas clair. Aujourd’hui, les temps ont beaucoup changé. La spiritualité est devenue visible et légitime et suscite une abondante littérature, avec d’énormes succès de librairies. Dans les années 60, les gens qui voulaient changer le monde, qui se disaient « révolutionnaires », étaient absolument contre toute forme de spiritualité. Sans doute du fait des traces laissées par le matérialisme historique de Marx. Aujourd’hui, la spiritualité apparaît comme faisant partie des forces de guérison du monde. Les gens qui veulent faire bouger les choses et lutter contre la folle fuite en avant du monde actuel, associent la dimension spirituelle à la dimension écologique, sociale et humanitaire. Il est donc difficile d’avoir une représentation homogène de la spiritualité contemporaine car, oui, d’un côté, tout le monde s’y intéresse, mais de l’autre, on peut relever une part de dévoiement par effet de mode. La spiritualité actuelle émerge dans une société matérialiste, obsédée par la consommation et le divertissement et il y a forcément un appauvrissement. Cela dit, même une spiritualité authentique peut donner naissance à des formes plus ou moins dénaturées. Au Moyen Age, la foi, la religion, la spiritualité étaient très présentes mais avec en parallèle un degré très élevé d’intolérance, d’inquisition, de guerres de religion… De nos jours, il y a un risque de superficialité.

Donc que sera le 21ème siècle ? Sans doute beaucoup de choses à la fois. Il sera probablement spirituel et très douloureux. Mais lorsqu’elle est vécue consciemment, la souffrance nous ouvre les portes de notre propre profondeur.

MK : La spiritualité deviendrait-elle un super instrument de la société de consommation ?

ED : Oui ce risque existe en effet. Un maître tibétain, Chogyam Trüngpa, parlait même de « matérialisme spirituel », la récupération de la spiritualité pour le renforcement de l’ego. Mais par ailleurs il y a une forte recherche de sens. A Hauteville, le centre où je travaille, j’ose croire que nous faisons un travail sérieux et je constate que les personnes qui frappent à notre porte ont une vraie demande. Et nous ne sommes pas les seuls, évidemment. Les propositions foisonnent : il y a les mouvements spirituels authentiques, mais il existe aussi beaucoup de contrefaçons, des manifestations superficielles et d’autres carrément toxiques. C’est pour cela que tout repose sur le discernement de celui qui se met en recherche. Sans cela, le risque est grand de tomber sur des sectes ou autres impostures. Mais, aujourd’hui, dans l’ensemble, des enseignements de qualité existent. Et l’homme étant différent partout dans le monde, il ne peut y avoir une seule réponse. Chacun doit trouver celle qui correspond à sa quête profonde.

MK : La démultiplication de « l’offre de spiritualité » n’est-elle pas le signe d’une recherche élargie d’une « voie de guérison »?

ED : C’est certain. On a exploré de multiples voies, depuis le début du 19ème siècle. A cette époque, le progrès technique apparaît (la médecine, l’industrie, la technique…) comme la solution qui sortira l’humanité de la pauvreté, de l’insalubrité, de la famine, de la maladie et de la misère. Et pendant deux cents ans, cette dynamique génère un formidable espoir : on a trouvé la réponse à toutes les difficultés de la condition humaine. La perspective d’un monde meilleur était crédible et il semblait que c’était dans cette direction qu’il fallait chercher le sens et le bonheur. Mais il y a eu beaucoup de désillusions et d’espoirs déçus. Aujourd’hui, il est difficile de croire que le monde de demain sera meilleur et que, dans les années 2030, 2040, cela ira beaucoup mieux. C’est parce qu’on ne croit plus que le Progrès peut faire le bonheur de l’humanité que la spiritualité revient sur le devant de la scène. La question fondamentale qui reste donc posée est celle de savoir comment faire face et réduire l’étendue de la souffrance sur terre, qui reste immense. Car il y a toujours des tragédies, des guerres, des injustices, de la misère. On se dit alors que ce n’est pas seulement le monde qui doit changer mais aussi chacun de nous individuellement et qu’il nous faut apprendre à être heureux et en paix dans le monde tel qu’il est.


MK : Comment analysez-vous la crise que l’on traverse actuellement ?

ED : La crise actuelle révèle la fragilité d’un organisme malade dont les symptômes s’amplifient chaque jour. Si l’on se penche sur la littérature scientifique de ces dernières années, plusieurs experts annonçaient déjà le risque de la propagation de maladies contagieuses et de pandémies, notamment comme conséquence du réchauffement climatique. La crise d’aujourd’hui n’est donc pas totalement une surprise. Elle est le fruit d’un grand dérèglement. Un autre symptôme est la multiplications des dérives extrémistes de certains pays (Mexique, Brésil, Turquie…) et l’arrivée au pouvoir de candidats populistes en Europe ou aux États-Unis. La situation au Moyen-Orient n’est pas plus rassurante. Comment en est-on arrivé là ? Beaucoup de choses sont liées entre elles : la perte du lien spirituel mais aussi la toute-puissance, la coupure d’avec la nature, le fait de considérer le vivant comme un objet dont on peut faire ce que l’on veut, la fixation sur la croissance économique, l’urbanisation massive.

Nous arriverons sans doute à vaincre l’épidémie de coronavirus. Mais que sera l’après-pandémie ? L’union nationale a fonctionné, les sacrifices et le confinement ont été acceptés. Mais quand l’épidémie sera derrière nous l’heure des comptes et de la critique sonnera inévitablement. Il y avait déjà en France un front anti-gouvernement très fort et qui continue de couver. Va-t-on vraiment goûter durablement à la solidarité, au ralentissement imposé par cette pandémie ? Quel impact durable cela aura-t-il d’avoir constaté que la pollution avait diminué, qu’on entendait le chant des oiseaux, que l’eau des canaux de Venise redevenait claire ? Prendra-t-on vraiment conscience de la question du réchauffement climatique et des 50 millions de réfugiés qui en souffrent dans le monde. Quel sera l’avenir pour la jeune génération ? Ce que l’on partage aujourd’hui c’est surtout l’incertitude. Une crise, c’est toujours un mélange de forces très puissantes de destruction et de guérison qui créent une dynamique conduisant vers l’inconnu.

MK : Notre société peut-elle toujours fabriquer des vivants heureux ?

ED : C’est un grand mystère. Les gens heureux et ceux qui sont malheureux existent depuis toujours. Il y a deux mille cinq cents ans, le Bouddha disait déjà que « tout est souffrance ». De nos jours, très nombreux sont encore les gens très malheureux. Il y a beaucoup de misère de toutes sortes, matérielle ou affective. Ce qui fait qu’une société fabrique des gens heureux reste une question entière. Et d’ailleurs, est-ce le rôle de la société de « fabriquer » des gens heureux ? Est-ce en son pouvoir ? C’est aussi une responsabilité individuelle. C’est à chacun d’avoir le courage et l’honnêteté nécessaires pour cheminer vers la véritable joie.

MK : Quel sens a pour vous aujourd’hui « l’audace de vivre » dont parlait Arnaud Desjardins ?

ED : Swâmi Prajnânpad disait « soyez audacieux », Arnaud Desjardins parlait, lui, de « l’audace de vivre ». Plus que jamais cela me semble d’actualité. On associe facilement la spiritualité à une vie calme et retirée, à l’écart de l’agitation du monde, « Vivons heureux, vivons cachés » disait Épicure. La spiritualité peut aussi consister à prendre la vie à bras le corps, à assumer tous les aspects de la condition humaine (la joie, l’amour, la créativité, la peur, le désir). Plus le monde est agité et incertain, plus prendre la vie à bras le corps peut paraître difficile, et pourtant c’est nécessaire. « Accepter la vie dans ses aspects contrastés, sans jugement, c’est découvrir l’unité et la béatitude » disait Sawami Prajnânpad.[1] Pour lui, la connaissance vient après que l’on ait fait tout ce que l’on a pu pour agir, en connaissant la peine et le plaisir. « Assumer à 100% la condition humaine finie révèle l’infini qui la sous tend »[2]. Donc, oui, il faut vivre à fond. De la naissance à la mort, nous connaissons des succès et des échecs, nous traversons tous de grandes joies et de grandes souffrances. Vivre pleinement, c’est donc être assez grand pour arriver à embrasser la vie dans tous ses aspects. Les possibilités sont immenses. Aura t-on le cœur assez grand pour toute cette immensité ?

Emmanuel Desjardins est né en 1964. Après des études de sciences politiques et de sociologie, il commence à travailler dans le milieu de la culture à Paris. Depuis 1995, il travaille dans le centre spirituel d’Hauteville, fondé par Arnaud Desjardins, dont il assure aujourd’hui la direction. Il a publié  : « Prendre soin du monde », « Spiritualité, de quoi s’agit-il ? », et récemment « Vivre, La Guérison spirituelle selon Swâmi Prajnânpad. »

[1] Vivre, La Guérison spirituelle selon Swâmi Prajnânpad- Emmanuel Desjardins-Ed. du Relié 2019

[2] Ibid

Source : Rebelle(s)

********************


mardi 12 avril 2022

Rencontre avec Emmanuel Desjardins (1)

 Source : Rebelle(s)

S’intéresser au sacré et à la spiritualité aujourd’hui n’est-ce pas tenter de penser le hors-sujet d’un monde au nihilisme triomphant et interroger notre « modernité nécrophile » ? C’est avec Emmanuel Desjardins, fils d’Arnaud Desjardins, auteur et directeur du Centre spirituel d’Hauteville, que nous réfléchirons au sens possible du sacré et de la spiritualité à notre époque. Une manière de se demander, comme disait Swâmi Prajnânpad : « Est-ce que vous voulez être sage ou avoir l’air sage ? »


Martine Konorski : Qu’est-ce que le sacré pour vous aujourd’hui ?

Emmanuel Desjardins : La question consiste à savoir si la notion de sacré vient de l’intérieur ou de l’extérieur de l’être humain. Dans la culture occidentale le sacré vient plutôt de l’extérieur, symbolisé par la présence de Dieu, à travers une église, une cérémonie religieuse… L’humain est ainsi considéré comme petit face à la dimension sacrée. Dans l’approche spirituelle orientale, le sacré provient de l’intérieur de l’homme, de son essence propre, de sa nature profonde. Il y a l’homme tel qu’on le voit de prime abord, avec toutes ses contradictions, sa complexité, ses peurs, ses espoirs, ses souffrances, sa finitude et, à un niveau plus profond, la dimension spirituelle dont il est plus ou moins coupé. Pour le sage hindou Swâmi Prajnânpad, il s’agit d’assumer, d’intégrer et de transcender tous les aspects de la condition humaine. Et c’est cela qui permet d’accéder à cet espace intime et profond où l’on peut expérimenter l’infini de l’amour, de la paix, de la joie intérieure, de la confiance qui relèvent du sacré. Réaliser l’unité fondamentale de la réalité, être un avec l’univers en toutes circonstances est le but de toute spiritualité et témoigne de la possibilité d’une vie libre, heureuse, paisible. La réalité n’est pas divisée entre ce qui est moi et ce qui est autre. Tout est moi, tout est Un. L’acceptation c’est l’unité. C’est se libérer de la dualité. Comme Jimmy Hendricks était un avec sa guitare, sans aucune séparation. Etre un, c’est épouser le mouvement de la vie, c’est ne pas rester à l’écart, c’est jouer avec l’immensité. Toutes les voies spirituelles parlent de l’effacement de l’ego.  Est sacré donc ce qui fait vibrer cette part enfouie au plus profond de l’être.

MK : Pouvez-vous préciser quelles sont les différences fondamentales entre les approches du monde occidental et celles du monde oriental ?

ED : Globalement, si on caricature un peu – car il existe bien sûr des positions plus nuancées –  la tradition chrétienne et occidentale a plutôt placé Dieu à l’extérieur de l’homme, dans les cieux, l’être humain étant considéré comme pêcheur et même parfois misérable face à un Dieu sauveur. La spiritualité orientale considère la nature humaine comme fondamentalement bonne et nous invite à trouver Dieu ou l’infini à l’intérieur de nous. L’éveil dont parle le bouddhisme (Bouddha signifie « l’Eveillé ») est donc la réalisation, la découverte de cette part de Dieu en nous, de l’absolu en nous. Comme il est dit dans l’Annapurna Upanishad, un des textes sacrés de l’Inde : « Sois toujours cela, cette essence immuable et sereine ». Le grand maître hindou Ramana Maharshi invitait ses élèves à répondre à cette question : « Qui suis-je ?», autrement dit, qui suis-je vraiment, au-delà des apparences ? Ce qui nous amène à réaliser qu’à un niveau plus profond, notre nature essentielle est fondamentalement spirituelle, divine. Chez les Orientaux, le problème de la condition humaine n’est pas la faute ou le péché, mais l’ignorance. Cela rejoint d’une certaine manière la philosophie antique, et notamment la conception grecque amenée par Socrate et Platon sur l’ignorance de l’homme. On trouve un écho à cette conception dans ces paroles de Jésus issues des évangiles : « Père, pardonne leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Comme l’être humain ignore sa vraie nature et ne se connaît pas lui-même, il se débat dans sa souffrance, se trompe, bref, s’y prend mal et du coup augmente sa propre souffrance et celle des autres. Mais il n’est pas fondamentalement mauvais.

MK : Aujourd’hui, le rapport au sacré est-il différent que dans les décennies passées ?

ED : Aujourd’hui, des générations d’esprits critiques sont passées par là et le désabusement est général. Pour que le sacré et le spirituel existent, il faut qu’ils puissent faire résonner quelque chose en nous, qu’ils parlent à la fois à notre cœur et à notre intelligence. L’homme occidental, même très ouvert au spirituel, ne prend plus rien pour argent comptant, il n’y a plus d’arguments d’autorité qui puissent tenir et c’est tant mieux car la spiritualité n’est pas affaire de croyance mais d’expérience. Par exemple, lors d’un voyage au Japon, j’ai visité un petit temple au nord de Kyoto et, face à la beauté du jardin qui entourait ce temple, j’ai été frappé, profondément touché par la dimension sacrée qui s’en dégageait. C’était une évidence pour moi.

 MK : Y a-t-il des facteurs qui favorisent la spiritualité ?

ED : Une culture très forte du sacré, que l’on a pu rencontrer dans le christianisme au Moyen Age ou la culture tibétaine d’avant l’invasion chinoise, peut favoriser la dimension sacrée. A l’inverse, paradoxalement, une société complètement désacralisée et ultra-matérialiste comme la nôtre peut aussi offrir un contexte favorable, par le manque qu’elle fait ressentir. Je peux prendre l’exemple surprenant de la Nouvelle Calédonie où je suis me suis rendu plusieurs fois pour effectuer des séminaires. C’est un petit territoire où il y a beaucoup d’argent. Il y règne un matérialisme effréné. Mais dans le même temps, la demande de spiritualité est très très forte. Mon père, Arnaud Desjardins, disait qu’il existait deux profils d’hommes intéressés par la spiritualité : ceux qui n’ont rien, qui sont malheureux et dont l’existence ne répond pas à leurs attentes. La spiritualité est alors une façon de trouver du sens ailleurs que dans le divertissement ou la drogue. Et ceux qui ont tout ce dont ils rêvent, tout pour être heureux, mais qui constatent que c’est insuffisant. Et puis, paradoxalement, beaucoup d’expériences spirituelles peuvent se produire pendant les périodes très difficiles, les guerres, les crises… Ainsi, des contextes très différents, spirituel, hyper-matérialiste ou tragique peuvent tout aussi bien favoriser la recherche spirituelle.

*************


lundi 11 avril 2022

Nécessité du repos et de la pause sourire

 La fatigue, voire l'épuisement, sont à l'origine de nombreux conflits. (Hexagramme 47)

Après le repos, chat va toujours mieux. D'où la nécessité de s'offrir du temps pour accueillir ce qui vient à nous. Bonne semaine.


L'image ci-dessous nous démontre l'importance de se poser ;-)



*************


**************


dimanche 10 avril 2022

Le corps qui gratte...

 

Notre corps a besoin de se lier avec l'esprit pour une meilleure prise de conscience. Le corps qui a pu exprimer son énergie pourra aider à calmer les pensées...


"La thérapie par la parole est utile, mais je me sentirais encore mieux si je pouvais gratter le canapé"

De Dan Piraro




***********



samedi 9 avril 2022

Effet inconscient

 « ... quiconque a pris conscience de ses motivations vraies et s'est ouvert ainsi une voie vers l'inconscient, exerce, même sans en avoir la moindre intention, un effet sur son entourage. L'approfondissement et l'élargissement de la conscience crée cette efficacité que les primitifs appellent " mana ". Le mana est une influence involontaire sur l'inconscient d'autrui, en quelque sorte un prestige inconscient qui, toutefois, ne garde son efficacité que tant qu'il n'est pas perturbé dans sa spontanéité par des intentions secondes »

C.G. Jung, Présent et avenir p/102-103

*********

vendredi 8 avril 2022

Le scientifique chemin spirituel

Voici de quoi vous nourrir pour ce week-end d'entrée dans la semaine sainte avant le week-end de Pâques.


*************