jeudi 26 avril 2018

1, 2, 3,...éveil avec Alain Bayod (1)

A une époque où il paraît naturel d’être chroniquement triste, fatigué et irritable, Alain Bayod manifeste une joie et une candeur des plus inhabituelles. Cet homme durement éprouvé par la maladie me semble infiniment plus vivant que beaucoup d’entre nous. Voilà qui incite à prêter une oreille attentive à son témoignage. Disciple de longue date d’Arnaud Desjardins, Alain a également été très proche de Douglas Harding dont l’approche a joué un rôle majeur dans son existence. Alain aborde la spiritualité avec une étonnante intelligence pratique. Son partage se nourrit de longues années d’expérimentations enthousiastes et de mise en pratique rigoureuse. D’où l’intérêt, la fraîcheur et l’originalité de sa parole. Premier d’une longue série, cet entretien est consacré aux trois modes de conscience accessibles à l’être humain. Je tiens à rassurer ceux qui seraient intimidés par cette formulation sibylline. Les choses ne tarderont pas à devenir très claires.

Trois modes de conscience 

Frédéric Blanc : L’interview d’aujourd’hui portera sur ce que tu appelles les modes 1, 2 et 3. Peux-tu nous dire de quoi il s’agit ?
Alain Bayod : Cela fait maintenant plus de vingt ans que je m’intéresse à cette approche et cela continue à me passionner. J’ai une approche assez visuelle. Dans l’idéal, je préférerais donc en parler avec un paperboard et quelques marqueurs. Ces tableaux peuvent avoir une vraie valeur pédagogique. Mais aujourd’hui on va faire sans… Il est intéressant de noter que toutes les situations de notre existence peuvent être vécues de trois manières radicalement différentes. C’est une vérité tellement simple que l’on peut très facilement passer à côté. Beaucoup d’êtres humains ont vécu des vies riches et bien remplies sans jamais prendre conscience de ce dont je vais te parler… J’ai appelé ça les trois modes parce qu’à l’époque où je réfléchissais à ces questions, mes filles étaient scotchées à leur Gameboy. Quand il m’arrivait de jouer avec elles, elles se moquaient de moi en disant : « Pauvre papa, en mode 1, tu ne fais même pas les scores qu’on fait en mode 3 ! » Du coup, ça m’est resté.
F.B. : Commençons par le commencement. Parle-nous du « mode 1 ».
Alain Bayod : Le mode 1, c’est ce que l’on pourrait appeler le mode de la conscience sociale minimum. Lorsqu’on est en mode 1, on ne se fait pas spécialement remarquer. On se fond dans la masse. On est « socialement adapté ». Si on entre dans une boulangerie par exemple, il y a très peu de chance pour que l’on soit réellement présent. On ne pousse cependant pas l’inconscience jusqu’à demander de la viande ou du poisson. On est en pilotage automatique… Notons au passage qu’il est possible d’accomplir des actions très complexes en mode 1. Lorsque nous prenons notre toute première leçon de conduite, nous sommes dans un état de stress maximum. Il faut coordonner l’action des pieds et des mains, tenir compte de la signalisation, de la circulation… C’est des coups à prendre une vraie suée. Cette situation inhabituelle nous contraint à faire preuve d’une conscience un peu plus vaste. Mais dès que nous avons appris à conduire, l’habitude prend le relais et nous sommes capables de rouler en pleine ville en étant totalement absents ou peu s’en faut… Les maîtres de toutes les traditions nous ont mis en garde contre le fonctionnement en mode 1. Gurdjieff s’est montré particulièrement sévère à ce sujet. Quand il voulait se montrer poli, il disait que nous étions des « machines ». Quand il était plus direct, il nous comparait à des « tas de viande » et quand il était de mauvais poil, à des « tas de merde ». Le langage de Swâmi Prajnanpad n’était pas aussi fleuri mais il était tout aussi désagréable à entendre. Il disait que les gens qui vivent en mode 1 étaient des « non entités » et il qualifiait leur comportement de « totalement mécanique ». Le mode 1, c’est l’absence sans conscience. Quand nous sommes plongés dans cet état, nous ne sommes même pas en mesure de le savoir. Il n’y a tout simplement personne. C’est effrayant. Tout ce qui existe, c’est un ensemble de pulsions contradictoires qui nous poussent à parler et à gesticuler de façon aveugle et irresponsable. En mode 1, nous ne pouvons évidemment pas concevoir qu’il y ait une pratique. De toute manière, il n’y aurait personne pour mettre quoi que ce soit en pratique… Et tu sais ce qu’il y a de plus mystérieux dans le mode 1 ?
F.B. : Dis-moi…
Alain Bayod : C’est que l’on puisse en sortir ! Comment se fait-il que la présence puisse advenir au cœur de l’absence ? Il est impossible que ce soit un acte de volonté puisqu’il n’y a personne pour pouvoir ni même désirer sortir d’un état dont nous n’avons de toute façon pas du tout conscience. La réponse que je donne habituellement à cette question est que cette émergence de l’inconscience résulte de l’ensemble des moments de présence que nous avons pu vivre. Ces moments nous ont donné le goût et la mémoire de la présence. Cette réponse ne résout cependant pas le problème de la toute première fois. Pourquoi sommes nous sortis un jour du mode 1 ? Il est possible que la Conscience nous cherche, qu’elle cherche à se reconnaître elle-même à travers nous, au delà de notre croyance à un moi illusoire. Cela fait partie du mystère… Quoiqu’il en soit, à un moment, on s’aperçoit qu’il est possible d’être présent à soi-même, à l’autre et à la situation dans laquelle nous sommes engagés. Nous sommes alors passés en mode 2. Il est important de constater que le mode 2 est un mode progressif. Il y a de petits et de grands modes 2. Dans sa version la plus modeste existe une conscience minimale de moi, de l’autre et du contexte. C’est encore très confus mais il n’en reste pas moins qu’une lampe s’est allumée. Dans sa version la plus évoluée, le mode 2 représente la plus haute possibilité du mode relationnel chez un être humain. J’aime rapprocher les trois modes de ce que Swamiji appelait les quatre étapes : « moi seulement, moi et les autres, les autres et moi, les autres seulement. » Dans le « moi seulement » (que j’appelle mode 1) il n’est pas du tout question des autres : « les autres ? Quels autres ? » Le début du mode 2 correspond à l’étape : « moi et les autres ». C’est le début de ce que Yvan Amar appelait « la relation consciente ». Notre rapport au monde cesse d’être totalement aveugle et mécanique. Cette relation consciente peut être considérablement affinée. Par une intention délibérée et une pratique assidue, on peut passer du stade « moi et les autres » au stade « les autres et moi ». Et entre les deux, il y a évidement une grande différence. Mais tant qu’on est en mode 2, on n’aborde pas encore la dimension spirituelle. Le mode 2 est en effet le mode de l’affirmation du moi. J’ai conscience de moi et c’est à partir de ce point de vue égocentrique que je prends conscience de l’autre et de la situation. Le mode deux est ce que j’appelle un mode irréductiblement symétrique. J’utilise le mot « symétrie » parce que c’est celui qui m’a le plus impacté. Mais on pourrait très bien le remplacer par le mot « dualité ». Dans ce contexte, ces termes sont synonymes. Je suis donc en relation symétrique à l’autre. Moi, chose appelée Alain, suis en relation avec une chose appelée Frédéric. En mode 2, il est impossible de sortir de cette symétrie. Sauf peut-être quand on se trouve à la fine pointe du mode 2. Mais là, on est déjà très proche de la bascule. Le mode 2 est un mode extrêmement important. Swâmi Prajnanpad et Arnaud insistaient lourdement sur la nécessité de l’affirmation. Comme tu le sais, Swâmiji disait qu’il avait besoin « d’ego forts ». Le mode 2 est donc le mode où le moi va se déployer, se réparer, s’harmoniser. Tout le monde comprend bien que ce que je viens de décrire est déjà considérable. Si l’ensemble de l’humanité fonctionnait en mode 2 nous vivrions dans un monde totalement différent. Que de souffrances nous seraient épargnées ! Pour autant, j’insiste, le mode 2 n’est pas le mode spirituel. Les éléments essentiels de la Voie au sens large du terme, pas seulement l’adhyatma yoga de Swâmi Prajnanpad, ne rentrent pas dans la case du mode 2. C’est une vérité importante qui doit être très claire. Prenons par exemple la pratique de la vigilance dont Swâmiji avait l’habitude de dire qu’elle n’était pas seulement un élément central du chemin mais le chemin lui-même. Eh bien cette vigilance est tout simplement impossible en mode 2.
A suivre...

Transformation ou renaissance...




source audio


La chenille ne devient pas papillon !
(émission Les p'tits bateaux - France Inter)


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mardi 24 avril 2018

Amma avec Matthieu Labonne

La peur fait de nous des morts vivants, elle affaiblit la puissance de nos actions. Elle rend notre mental esclave de l’égoïsme et de la méchanceté. La source de cette peur, c’est le sentiment de notre faiblesse. Ce sentiment vient de l’incompréhension de la puissance infinie qui demeure en nous.
« Ne blessez personne, en pensées, en paroles ou en actions. Soyez plein de compassion par tous les êtres »
« Comme l’abeille voit en la fleur le miel, je vois Dieu en tous… Quand je donne le darshan, mon esprit est dans mes mains. »
 Amma




Le darshan (l’étreinte qu’offre Amma) est pour moi un petit booste qui me permet d’avancer dans l’année qui vient.

Mathieu Labonne est coordinateur général du Centre Amma de la Ferme du Plessis où il s’occupe de la branche écologique de ETW en Europe. Il suit l'enseignement d'Amma depuis plus de 10 ans.
Après des études d'ingénieur dans le spatial, il a été chercheur sur les changements climatiques au CNRS puis consultant en gouvernance carbone et en gouvernance participative. Depuis fin 2014, il est aussi le directeur du mouvement Colibris.

"Depuis longtemps je me suis intéressé à d’autres traditions spirituelles que celle de mon enfance, c’est cette curiosité qui m’a mené en Inde. Je trouve qu’il y a quelque chose de scientifique dans la démarche spirituelle indienne."

Amma m’a donné des outils intérieurs pour mieux me connaitre et moins m’identifier à mon égo. Selon elle, la spiritualité c’est l’art d’être heureux et le bonheur est une décision.

"Rencontrer Amma c’est un moyen de toucher quelque chose de profond en soi, Amma c’est un miroir et un mystère qu’on ne peut appréhender uniquement avec le mental."
M. Labonne

dimanche 22 avril 2018

Journée de la terre avec Jane Goodall




Les gens trouvent que la nourriture bio est trop chère. Et puis ils ne sont pas prêts à changer leur mode de vie. Une amie tanzanienne a visité récemment les États-Unis. À son retour, elle a dit qu’elle n’avait rien compris à cette société. « Pourquoi ces gens passent-ils leur vie à courir, à travailler, à gagner plus pour acheter des choses dont ils n’ont pas besoin et à manquer de temps pour élever leurs enfants ? » a-t-elle demandé. C’est vraiment un monde de fous : acheter, gagner, posséder !
J’ai toujours été une contemplative, une adoratrice de la nature. Ce monde si matérialiste sans spiritualité ne peut pas me convenir. Il est vrai que les animaux nous apprennent la joie de l’instant. À leur manière, les chimpanzés sont des adeptes du bouddhisme !
Jane Goodall
Le Figaro, juin 2008




Pour que le jour de la terre soit tous les jours !


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samedi 21 avril 2018

Dialogue avec l'Ange...




"La Création entière n'est faite que de Lumière. 
Il m'apparaît qu'en réalité il n'y a ni matière, ni esprit, seulement différents degrés de vibration d'une seule et unique Lumière. 
Hanna illustre cette vibration en montrant que la Lumière vient d'un seul point :
La Source Divine. 
Elle jaillit avec une intensité inimaginable, passant des vibrations les plus ténues à des fréquences de plus en plus denses. La plus dense de toutes, nous l'appelons "pierre".
Au milieu du schéma, il y a une interruption d'une importance extrême : cela veut dire que le courant de Lumière n'est pas continu.

La vibration la plus basse de l'Ange est la seule qui peut rejoindre la vibration la plus haute de l'homme : Ainsi le haut et la bas sont unis dans l'Homme Nouveau. 
Pour l'instant, la brèche, l'interruption entre la vibration la plus haute de l'Ange et la plus basse de l'homme existe encore : on l'appelle aussi la mort. 
La naissance de l'Homme Nouveau est la mort de la mort ." 
 

Dialogues avec l'Ange,
Gitta Mallasz


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vendredi 20 avril 2018

Le miroir du mental...


Nous pouvons déjà faire certaines observations, dans cette direction. Pas « je regarde le bouquet de fleurs » – auquel cas je vois « mon » bouquet de fleurs, celui de mon mental – mais « le bouquet de fleurs est regardé », et momentanément nous entrevoyons ce que pourrait être, au moins en partie, le silence de l'ego. De même pour écouter. Dans une conversation qui ne vous implique pas trop, vous pouvez tenter cet effacement : non pas « j'écoute Simone » – moi je suis là et j'écoute attentivement Simone – mais « Simone est écoutée ». Il y a une écoute, il y a une possibilité de répondre, il y a une mémoire de ce qui aura été dit, mais ahamkar, « ce qui fait le moi », momentanément n'est plus présent. Vous verrez aussi combien c'est inhabituel. 

Et si vous pouvez vivre cette expérience, ce changement d'attitude intérieure, relativement facile à effectuer ne fût-ce que pendant quelques instants, cela vous en dira déjà plus sur l'effacement de l'ego que bien des paroles de sages. Une bonne opportunité pour tenter ce renversement de perspective, c'est de vous rendre dans un grand café, à une heure d'affluence. Vous vous asseyez tranquillement à une table, personne ne fait attention à vous, et vous regardez autour de vous les clients aux autres tables, les gens qui entrent ou s'en vont, les serveurs, la caissière. Vous observez le mouvement, la vie alentour et, avec une certaine attention pour ne pas être complètement repris, identifiés, vous pouvez faire la différence : est-ce moi, avec tout ce qu'inclut ce pronom, qui regarde ou est-ce qu'il y a ce regard pur qu'on a depuis toujours comparé à un miroir (s'il ne s'agit pas d'une glace déformante, le miroir réfléchit parfaitement tout objet présent devant lui) ? 

Vous allez pouvoir faire d'instructives constatations. Ça y est, de nouveau « je » ou « moi, ego », suis réapparu et ma vision est de nouveau colorée, je n'ai plus vu la dame qui entrait mais « ma » dame qui entrait, celle de mon mental. Ce mental, vous le savez, est constitué de toutes les marques du passé, de toutes les influences que nous avons reçues, qui se sont groupées autour de quelques prédispositions héréditaires. Autrement dit, s'il y a effacement au moins relatif du sens de l'ego, je commence à vivre dans le monde (le monde des apparences) tel qu'il est mais, tant que le sens de l'ego subsiste, je ne peux vivre que dans un monde irréel. Il faut que ces paroles entendues tant de fois deviennent pour vous une conviction vécue, confirmée car pour l'instant, sauf à de rares moments de grande vigilance, cet ego est omnipotent, omni-envahissant et bien plus terrible, désastreux et aveuglant que nous ne l'imaginons. 

Vous voyez que j'emploie à dessein des mots emphatiques...

Arnaud Desjardins
La Voie et ses pièges

jeudi 19 avril 2018

Voltige avec Isabelle Lévesque



Tout commence à peine,

toujours. Le pas identique, sa cadence, poussent

vers le creux val d’une forêt que j’invente. Ne te

retourne pas, jamais, retiens tes mains, la feuille

écartée te montre.

Tu es





ici.

                            *

Les fleurs n’avaient qu’une ombre.

Nous étions seuls,  ivres légèrement,

trop de couleurs nous égaraient

dans le souffle d’été, seuls pétales couvraient.



Rien ne fut plus nu que l’or du jour

sous l’arbre silencieux.



Isabelle Lévesque, Voltige !, éditions L’Herbe qui tremble, 2017.




Petit extrait de l’interview qu’Isabelle Lévesque m’a accordée :

Sabine Dewulf. De quoi aimeriez-vous encore parler, que je n’ai pas encore évoqué ?

Isabelle Lévesque. Peut-être de l’intarissable source d’aimer. Écrire puise ses forces en ce sentiment qui devient moteur, qui engendre. La langue vivante et polymorphe naît de ses métamorphoses et du cœur ardent. La mort est déjouée, dans une certaine mesure, une mesure de mots dérisoires qui sonnent et construisent quelque chose (le texte) qui tient ou vacille à l’aune de vivre. 

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mercredi 18 avril 2018

Un jour, l’humanité sera forcée d’arrêter la croissance....


Paysan, philosophe, auteur à grand succès, l’écologiste Pierre Rabhi réagit aux récentes statistiques sur le recul de la biodiversité. Il dénonce une course absurde à la croissance qui aboutit selon lui à une impasse.
"Un jour, l’humanité devra choisir entre une miche de pain et un lingot d’or. Elle sera forcée d’arrêter la croissance pour sa survie", affirme dans le 19h30 Pierre Rabhi, figure de proue de la décroissance et chantre de "la sobriété heureuse".
"Aujourd'hui, on se rend compte que l'être humain est de plus en plus une catastrophe naturelle, c'est-à-dire qu'il est en train de s'éradiquer lui-même en éradiquant la vie", précise le philosophe dans un entretien à l'émission Tout un monde.
Et Pierre Rabhi de s'élever contre le "gaspillage de la vie humaine" induit par la course à la croissance. "Je suis persuadé qu'il s'agit d'un système esclavagiste: on vous engage à donner toute votre existence contre un salaire. Le vrai capital, c'est votre vie. Vous le sacrifiez en capital financier."