mercredi 5 septembre 2012

Pratiquer l'hospitalité (3)

Troisième règle : pratiquer l'hospitalité

« Lorsqu'un moine étranger se présente au monastère, on le recevra autant de temps qu'il le désire pourvu qu'il ne trouble point le monastère par ses exigences. » Saint Benoît



Le bénéfice : 
en dépit des apparences, l'altérité est le parent pauvre de notre culture, qui favorise l'individualisme et incite à former des groupes de « mêmes ». Pourtant, rien n'est plus fécond que la rencontre avec la différence, l'étrangeté inhérente à l'autre : elle est source d'étonnement, d'enrichissement et de renforcement de sa propre identité. 
Accueillir celui qui ne nous ressemble pas, mais qui nous respecte, bouscule nos croyances et nos préjugés. Accueillir l'autre dans notre univers, recevoir sa différence nous permet également d'éprouver nos limites, nos valeurs et notre capacité à nous remettre en question. Cette ouverture — d'esprit et de territoire — développe notre empathie et réduit nos peurs imaginaires, toutes fondées sur la crainte de l'inconnu.



La pratique : 
adopter de temps en temps, mentalement, un point de vue différent, voire opposé au sien afin de voir le monde et les autres par un autre prisme. Ouvrir son groupe, amical, professionnel ou familial, en déjeunant, en recevant, en travaillant avec une personne que l'on n'aurait pas choisie spontanément. Ouvrir sa maison en échangeant avec des inconnus, en accueillant des enfants défavorisés en vacances, en lançant des invitations spontanées...




mardi 4 septembre 2012

Méditer et prier (2)


Deuxième règle : méditer et prier

« Ce que tu médites le matin, garde-le dans l'esprit tout le jour : applique-toi diligemment à cela, c'est d'un grand profit. » Sainte Thérèse d'Avila

Le bénéfice : 
méditer et prier... Dans la plupart des traditions religieuses, les deux notions se confondent. Méditation et prière consistent à plonger en soi pour mieux se déployer à l'extérieur. Il s'agit de s'ancrer dans l'ici et le maintenant, via ses sens, ses émotions, puis de se relier à plus grand que soi. Dans ce mouvement de l'intérieur vers l'extérieur, les angoisses s'apaisent et le mental se clarifie. Méditer, la science l'a prouvé, est l'un des meilleurs antidotes à l'anxiété. 
Dans un monde vécu comme de plus en plus menaçant, trouver en soi un lieu-ressource procure un sentiment de sécurité. Par ailleurs, méditer, ne serait-ce que quelques minutes par jour, renforce la concentration et régule les fonctions cardiaques. Prier, en étant en demande, aide à prendre conscience de ses vrais besoins – les souhaits égocentriques et superficiels s'éteignent rapidement–, à solliciter de l'aide et à sortir des jeux de rôle de la toute-puissance.


La pratique : 
émailler sa journée de pauses sensorielles de « pleine conscience » – je respire vraiment, je regarde vraiment, j'écoute vraiment, je touche vraiment, je goûte vraiment. Au réveil et au coucher, prendre cinq minutes pour inspirer et expirer – inspirer, compter jusqu'à dix, expirer lentement, puis recommencer –, les yeux fermés, jusqu'à ce que l'on se sente détendu et allégé. Oser prier à haute voix – demander pour soi, pour les autres, ou bien remercier – ou écrire ses prières dans un cahier prévu à cet effet.









lundi 3 septembre 2012

Entrer dans le silence (1)

Cette semaine, je vous propose d'adopter 5 règles monastiques à notre quotidien (tirées d'un article de Psychologies magazine)

Introduction :

Pour retrouver la paix intérieure, inutile d'enfiler une robe de bure. Plus simplement, nous pouvons nous inspirer chaque jour des principes de sagesse communs aux grands ordres religieux. (par Flavia Mazelin Salvi)

Se retirer des turbulences du monde, s'offrir le luxe du temps et du silence, plonger en soi pour redonner du sens à sa vie... Ce n'est pas un hasard si les retraites spirituelles connaissent un succès croissant. On y vient chercher un rythme apaisant ; on y vit, pendant quelques jours au moins, comme ces hommes ou ces femmes que l'on prend parfois à envier, tant leur existence semble pleine et sereine.

L'ascèse monastique serait-elle le nouveau Graal? Elle a en tout cas donné des clés à Sébastien Henry, formateur de coachs, qui vient de publier "Quand les décideurs s'inspirent des moines", et à l'historien Jacques Dalarun qui, dans "Gouverner c'est servir", voit les ordres religieux comme « les laboratoires de nos démocraties ». Ces vies vouées à la spiritualité, construites sur les deux piliers que sont l'intériorité et la communauté, nous ont également inspirés. 


Parce qu'elles peuvent nous aider à donner une assise à notre quotidien, plus d'attention à nos relations, nous avons choisi d'adapter à la vie profane les cinq grands principes communs à toutes les règles monastiques, occidentales et orientales. 


Une ascèse à pratiquer avec constance et modération. comme le précise saint Benoît, qui invite son lecteur à « n'établir rien de rigoureux ni de trop pénible ».


Première règle : Entrer dans le silence

« L'apôtre nous recommande le silence lorsqu'il nous ordonne de travailler. Et le prophète témoigne également que le silence est l'observation de la justice ; et ailleurs : dans le silence et l'espérance sera votre force.» 
Régle  primitive de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel

Le bénéfice : 
seul un temps conscient de silence peut redonner du sens et du poids aux paroles que l'on prononce en quantité et qui, venant s'ajouter au brouhaha ambiant, ne font que renforcer au fond de soi le sentiment d'une grande solitude existentielle. Faire silence, ce n'est pas se retirer, s'extraire, mais au contraire vivre sa présence au monde d'une façon plus profonde, plus consciente. Le silence entraîne l'observation, la contemplation, il éclaire souvent la compréhension et donne aux échanges une saveur et une valeur nouvelles. Y entrer permet également - c'est une évidence, mais encore faut-il l'expérimenter pour s'en convaincre - de mieux écouter, dans le sens d'un accueil généreux de la parole de l'autre.

La pratique: 
se fixer un rendez-vous silence régulier (par exemple, le jeudi de 18 heures à 20 heures) et noter les émotions et sensations éprouvées. Avec son conjoint : faire une balade dans la nature, en silence, main dans la main et échanger seulement au retour. Avec les enfants : ménager des temps sans écrans ni son, autour d'activités manuelles (cuisine, modelage, peinture...). Au bureau, pour ceux qui le peuvent, choisir de travailler une matinée entière en silence, en prêtant une attention critique à ce que l'on aurait dit (questions, réactions) en temps ordinaire. Au cinéma, au musée : s'abstenir de commenter en direct, différer la parole pour aiguiser sa réflexion et pouvoir mieux argumenter.




dimanche 2 septembre 2012

Mystique de la présence avec Philippe Mac Leod

Nous ne savons rien de Dieu. Nous balbutions parfois. Nous croyons toucher quelque chose, franchir un pas décisif. Mais il n’est sans doute rien à savoir, seulement une présence à apprivoiser, en la contournant, en l’approchant avec vénération comme l’homme surpris en son désert. Il y aurait toute une mystique de la présence à promouvoir, non point en échauffant les sens, mais au jour le jour, instant après instant, dévoilant peu à peu l’immensité d’un amour qui évoque plus un infini qu’une pâle inclination.


L’amour, vois-tu, l’amour qui nous envahit, l’amour qui nous dépasse, se mesure à l’aune de la présence, présence qui se nomme et se communique du dedans. Dieu est amour. Dieu est présence. De cette présence qui dit plus que l’existence, qui fait son rayonnement comme sa substance. Vécue en profondeur, seule cette présence, toujours plus consciente, plus débordante, donnera consistance en toi à l’amour. Car lui-même se donne et se reçoit comme présence. Ne nous leurrons pas, nous ne pouvons pas aimer en esprit et en vérité sans creuser, sans développer en nous et autour de nous ce sentiment inépuisable de la présence.

Le mystère de la personne humaine nous conduit à l’universel. La simple perception que tu as de toi-même sourd d’une conscience plus large que tu ne le penses, d’abord d’une histoire propre, puis de toute l’histoire dont elle est l’ultime rameau, le fruit caché, la jeune feuille sur la plus haute branche : conscience de ce mystère d’être soi, d’être vie, et de le saisir, de le tenir un moment et de pouvoir le dire, même imparfaitement, comme si toute l’aventure de l’existence s’achevait dans ce savoir d’elle-même – conscience qui ne ­l’enferme pas, mais au contraire l’élargit à s’y perdre.

Dedans et dehors tout à la fois, immanence et transcendance se rejoignant dans le même battement, voilà ce qu’est la présence. Il est sans doute inévitable de les distinguer, mais plutôt comme des attitudes, au même titre que la chair et l’esprit. Il faut nous placer à l’intérieur des êtres et des choses, c’est-à-dire dans leur profondeur. En son for interne, on peut toujours être au-­dehors, dans l’imaginaire, les fantasmes, l’artifice. En tout et partout se trouve un centre, on peut le chercher ardemment ou s’en tenir à la périphérie. L’intériorité ne s’oppose jamais frontalement à l’extériorité : c’est une couche plus profonde, le visible et l’invisible­ se chevauchant, se ­recouvrant ou se clarifiant l’un l’autre.

Dieu est, Dieu est présence. Nous passons toute une vie à côté de cette évidence criante, car nous avons perdu le contact avec notre propre présence. Aussi, prendre conscience de toute présence, plus profondément, plus intensément que de coutume, dans une attention toute pure, au-delà des intérêts, des besoins, du plaisir comme du déplaisir, dans une sorte d’immédiateté nue, qu’il s’agisse d’une présence humaine ou de ce sentiment de la nature qui parfois nous gagne, nous rattache nécessairement à cette présence universelle qui fait l’être en son fond. Prendre conscience de Dieu, ce n’est pas penser mentalement à Dieu, mais d’abord prendre conscience de soi, de l’autre, du monde qui nous entoure, dans une sorte de transparence qui nous mène tout droit à la source, à la racine, à l’origine, à cette lumière une qui ­sous-tend et traverse toute chose.

Source : La Vie


samedi 1 septembre 2012

En mouvement vers le Jardin avec Gilles Clément (2)



Mais ce à quoi je crois le plus, c’est à la requalification permanente de tout ce qui permet à la vie d’exister – et d’évoluer. Je ne crois pas tellement à une diversité quantitative, mais à une diversité comportementale. C’est elle qui constitue le moteur de l’évolution de la vie sur cette planète. 

 L’imprédictibilité est ce qui caractérise la vie. Et l’on sait bien que l’humanité, à l’échelle de la vie, vient tout juste d’éclore dans l’histoire de la planète. Et la vie elle-même… Parce qu’avant même l’avènement de la vie, il y a la fabrication de cette espèce de socle, de l’eau, de l’oxygène… qui va permettre à la vie d’exister.


Partie 2 : 13 min. - Source : France Inter

"Une feuille morte tombée au sol n’est pas une souillure , c’est une nourriture."

 "Accepter l'autre dans sa diversité, ça permet de savoir qui on est soi-même."

vendredi 31 août 2012

En mouvement vers le Jardin avec Gilles Clément (1)


Ingénieur horticole, paysagiste, écrivain, jardinier, il enseigne à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles (ENSP).
En dehors de son activité de créateur de parcs, jardins, espaces publics et privés, il poursuit des travaux théoriques et pratiques à partir de trois axes de recherche :

- Le Jardin en Mouvement, concept issu d’une pratique sur son propre jardin dans la Creuse, appliqué à l’espace public en France et à l’étranger dés 1983.  Première application à l’espace public en 1986 pour le Parc André Citroën inauguré en 1999.

- Le jardin Planétaire, projet politique d’écologie humaniste, concept porté à la connaissance du public par le biais d’un roman-essai, Thomas et le Voyageur chez Albin-Michel en 1996, puis par une exposition majeure dans la Grande Halle de la Villette en 1999/2000 ainsi que par un certain nombre d’études : Le Jardin Planétaire de Shanghaï, la Charte paysagère de Vassivière en Limousin et autres travaux en cours.

- Le Tiers-Paysage, concept élaboré à l’occasion d’une analyse paysagère en Limousin, défini comme « fragment indécidé du Jardin Planétaire » ; cela concerne l’ensemble des espaces délaissés ou non exploités considérés par lui comme les principaux territoires d’accueil à la diversité biologique.
Partie 1 : 30 min. - Source : France Inter



jeudi 30 août 2012

Enracinement...


Denise Desjardins à Paris

samedi 13 octobre 2012 à 14:30 
11 rue de l'Atlas 
75019 PARIS 

Comme elle nous en fait l'honneur deux fois par an, Denise sera de nouveau à Paris pour répondre à vos questions concernant le cheminement spirituel et aborder tous les aspects de la vie. 
Ses réponses pertinentes, dans un style direct et chaleureux et sa longue expérience d'aide auprès de nombreuses personnes font de ces rencontres un moment fort et inspirant pour chacun.


"A l’intérieur de chacun d’entre nous existe une zone que les remous de surface ne peuvent toucher. Le but de l’existence est d’atteindre cette paix intérieure. Ce détachement est tout sauf de l’indifférence, car il permet une empathie avec l’autre. Nous accédons à cet état en écoutant une musique qui nous transporte ou en observant un tableau qui nous ravit : le mental disparaît et nous ne faisons qu’un avec ce tableau ou cette musique. Il existe un bonheur à sentir qui ne fluctue plus au gré des événements, mais qu’on vit chaque instant en toute conscience jusqu’à cet infini qui nous appelle."


mercredi 29 août 2012

De la galère à la mer avec le Père Michel Jaouen (2)


"Ce n’est pas construire de nouvelles prisons qu’il faut. Mais les vider. L’essentiel, c’est l’éducatif, notamment pour les jeunes. Un gosse ce qu’il faut c’est l’éduquer et le valoriser."

"Je regarde toujours devant moi, jamais derrière. Ce qu’il faut c’est continuer d’avancer et de faire des choses, pas d’avoir des regrets, cela ne sert à rien." 

"Faire don de soi aux autres, c'est la seule expression de foi qui compte... Tout le reste, c'est du baratin..!" 

"Nous nous exprimons par nos actes, pas par nos paroles " 

 Michel Jaouen, "curé des mers"


Partie 2 (13 min.) -source : France Inter


l’association Amis de Jeudi Dimanche, Bel Espoir et Rara Avis



mardi 28 août 2012

De la galère à la mer avec le Père Michel Jaouen (1)

Pendant 13 ans, le Père Michel Jaouen fut aumônier de la prison de Fresnes. Il a entendu le cliquetis des portes des cellules, il les a vues se fermer sur tant de délinquants, tant d'adolescents que l'enfermement risquait de transformer en tigres; qui, une fois libérés, seraient autant de rejets vivants, totalement étrangers aux règles du jeu social. Il a d'abord fondé un foyer où ces jeunes rencontraient d'anciens détenus; il les emmenait tous à la mer, ou à la montagne, il leur montrait autre chose que leurs sous-sols et leurs impasses. 

Enfin, en 1968, il acheta un voilier ; il y embarqua ses "nouveaux" et ses "anciens"; avec eux, depuis, il traverse chaque année l'Atlantique. Et les nouveaux deviennent des anciens. Les générations se succèdent. Pour chacune, le bruit de la mer remplace celui des serrures et des clés.


Partie 1 (30 min.) -source : France Inter


l’association Amis de Jeudi Dimanche, Bel Espoir et Rara Avis

lundi 27 août 2012

Ecouter l'inconnu en soi avec Virginie Megglé


«Au nom des codes, du devoir et du progrès, nous jouons à l'adulte sans nous réjouir d'être en vie. C'est oublier le goût archaïque que, enfant, nous avions pour la vie. L'enfant est mû par la force du désir. Curieux, essentiellement vivant, il est dans l'expérience, dans la découverte, celle de ses sensations, de ses capacités. Tout entier concerné par son principe de plaisir, il ne s'embarrasse pas de raisonnements : il n'a pas les mots pour cela. C'est la notion d''infans" : ce moment où le petit enfant perçoit les événements sans les embarrasser de concepts.

Seul compte le monde sensible. L' "infans" perdure et nous le portons en chacun de nous. Mais en devenant adulte, parce que nous vivons au sein d'une société insécurisée et insécurisante, nous choisissons le contrôle et la maîtrise. Le plaisir devient interdit : si nous apprenons une bonne nouvelle, par exemple, nous nous permettons rarement de sauter de joie!

Mais qu'aurait fait un tout-petit? Percevons à nouveau le monde avec des yeux d'enfant, sans chercher à tout expliquer, et certainement pas soi ou son histoire. J'aime l'idée d'aller à sa propre rencontre, d'écouter l'inconnu en soi, tout ce que l'on ne connaît pas (encore) de soi. Bien sûr, nous pouvons tenter l'expérience de l'analyse. Mais nous pouvons aussi, tout simplement, entrer dans une librairie et choisir un livre à l'instinct. Qui sait? Il nous surprendra peut-être... »

Par Virginie Megglé, psychanalyste
auteure de Couper le cordon, guérir de nos dépendances affectives (Eyrolles, 2009)

dimanche 26 août 2012

Allons au plus profond avec Philippe Mac Leod

Je nous conseille une profonde lecture en ce dimanche...

"Jules Renard disait qu’il fallait chausser des bottes d’égoutier pour descendre en soi-même. Tous, nous connaissons nos cloaques, nos ténèbres sordides, peuplées d’ombres repoussantes. Mais je connais une autre métaphore : Bernadette à terre, le visage maculé, creusant de ses mains nues et meurtries la boue de Massabielle, pour en extraire un mince filet d’eau claire. Oh ! ce visage d’enfant blessé, crotté, hagard, cheminant devant la foule choquée, qui n’a peut-être toujours pas compris que nos guérisons intérieures passent d’abord par ce corps à corps avec nos laideurs secrètes. Lourdes garde toute la force de ce premier message, car la source, en quelque sorte, s’est de nouveau refermée, cachée, non plus sous la boue d’un lieu insalubre où seuls les enfants pauvres allaient glaner un peu de bois mort, mais sous la couche plus dure et bien policée d’une imagerie codifiée, stéréotypée, qui voudrait faire illusion.

Il en est de même pour chacun de nous. La conversion ne consiste pas en l’élimination forcenée de nos infirmités, mais en l’acceptation souffrante de notre vérité, en nous engageant à descendre en nous, toujours plus loin, plus profond, pour aller réveiller le mince filet d’eau claire d’un être neuf et vierge qui finira par tout recouvrir, comme les eaux purificatrices d’un déluge souterrain.

Car tout est en nous : le mal et sa guérison – le mal, plus en surface ; la guérison, à des niveaux qui souvent nous découragent. Notre volonté n’y peut rien, pas plus que la bonne foi de nos résolutions sans cesse réitérées. Tout semble suspendu au champ de notre attention, à l’orientation que nous lui donnons. Si nous ne sommes préoccupés que par nous-même, nos obscurités intérieures prennent le dessus et dirigent infailliblement notre conduite. Si nous nous tournons avec assiduité vers notre ciel intérieur, si loin soit-il, c’est lui qui prendra le dessus et dissipera peu à peu nos pesanteurs, nos tensions, nos conflits jamais résolus.

La prière, même dans sa forme brève, nous est toujours offerte ; non pour lancer un appel au secours, réclamer l’aide expresse d’une autorité supérieure, mais pour se taire, pour faire taire la surface et reprendre contact avec ce que nous sommes plus profondément – comme on jette un regard intense vers une fenêtre ouverte, comme on tourne la tête vers le vide libérateur de l’azur lumineux. Quelle délivrance, alors, de découvrir que tout ce qui nous pèse, tout ce qu’il nous faut subir de notre histoire, n’est pas entièrement nous et qu’il suffit de retrouver le noyau intime qui nous fonde pour en libérer le rayonnement et le laisser nous envahir !

Là est la vie nouvelle, la régénération réelle, radicale : dans ce quelque chose en moi qui n’est pas moi et qui cependant est plus moi-même que je ne le suis. Pour le rejoindre, les efforts volontaires se révèlent inefficaces : il n’est que d’en avoir faim et soif, mais violemment, douloureusement, sans artifices. La grâce n’est pas une fée capricieuse, mais cette nappe oubliée au fond de nous-même, où tout est paix, clarté, plénitude, comme une réserve insoupçonnée, un puits de Jacob qui ne demande qu’à remonter.

Regarder Dieu, se tourner vers Lui, vers Sa face, comme souvent nous l’entendons, ne signifie rien d’autre que ce retournement intérieur, sans trop nous attarder sur nous-même, sur nos états d’âme, vers une présence qui jamais ne se retire mais dont nous perdons régulièrement le chemin. Cessons de regarder le nombril de nos blessures pour nous enfoncer dans l’abîme qu’elles nous ouvrent : Dieu est au bout, tout au bout de nous-même, et il ne s’agit pas d’escamoter cette pâque douloureuse."

Écrivain, Philippe Mac Leod a reçu le prix de poésie Max-Pol-Fouchet pour la Liturgie des saisons, aux éditions du Castor astral. Il est permanent laïc dans le diocèse de Toulouse.