mardi 12 novembre 2024

Entrée dans l'hiver

 

❄️ L’HIVER : MORT ET TRANSFIGURATION

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Ce titre est celui d'un chef-d’œuvre musical formidable : 🎵“Tod und Verklärung” 🎶 de Richard Strauss. Un vaste poème symphonique qui ne laisse personne indifférent.
Je vous recommande son écoute !
Et il sert très bien mon propos du jour. 😊
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🟡 Car ça y est, c’est l’Hiver 冬天 dōng tiān. 🌬
Ou plutôt devrais-je dire : c’est l’entrée dans l’Hiver.
Comme toute chose en ce monde, les saisons obéissent à un rythme immuable :
🔹Commencement
🔹Développement
🔹Apogée
🔹Déclin
🔹Transformation
Et nous voici donc aux portes de l’Hiver, à son commencement.
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🟡 MAIS ALORS POURQUOI PARLER DE MORT ?
Parce que c’est la saison du déclin, du dénuement, c’est la fin d’un cycle commencé 9 mois plus tôt avec le Printemps.
🔹A l’échelle d’une journée, l’Hiver représente la nuit, le sommeil, l’inactivité. 🌃😴
🔹A l’échelle d’une vie, il représente la grande vieillesse et effectivement, la mort. 👴🫧
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C’est d’ailleurs la saison associée
🔹à l’Eau
🔹au Froid
🔹au Nord
🔹au Sombre
🔹à la Peur
C’est la saison du Rein 腎 shèn, qui stocke le Jīng 精.
Et le Jīng 精 qui arrive à son terme entraîne la mort.
Tout pour nous réjouir n’est-ce pas ?
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🟡 À LA FOIS CONCLUSION…
Oui, c’est définitivement la fin des jours longs et lumineux, de la chaleur bienfaisante du soleil haut dans le ciel.
Oui, c’est la fin de beaucoup de choses agréables à l’extérieur.
😞
Nous rentrons définitivement dans le Yīn 陰 de l'année. Et le propre du Yīn 陰 c'est d'être froid, lent, lourd, épais, statique...
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Mais si l’on s’accorde au rythme de cette saison qui est le ralentissement, et à sa configuration qui est la circulation du Qì 氣 dans les profondeurs, alors l’Hiver nous ouvre la voie de l’allègement, de la rêverie, du silence, de l’ascèse.
Est-ce qu'un paysage enneigé n'est pas une merveille à regarder ? 🌨
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Dans les anciennes civilisations, lorsque sortir dans le froid était tout simplement trop dangereux, c’était alors le temps des longues veillées autour du feu 🔥, avec mille contes, légendes et histoires pour modeler la psyché, développer l'imagination et donner une cohésion au groupe. C’était aussi le temps du développement d’un talent manuel ou spirituel.
Cela reste d’actualité pour nous !
L’Hiver nous invite non seulement au ralentissement mais aussi à l’introspection.
C’est la saison parfaite pour la méditation !! 🧘‍♀️
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🟡 … ET PRÉPARATION
C’est tout le paradoxe de cette saison, trop largement et injustement détestée.
L’Hiver marque à la fois une fin et un début. C’est logique puisque tout est cyclique ! 💫
Cette saison fondamentalement calme permet la régénération, pose les prémices du réveil.
N’oubliez pas que dans 3 mois le Yáng 陽 va surgir des profondeurs pour à nouveau se déployer vers la surface et l’extérieur. 🌴
Ce mouvement aura la force et la vigueur du Bois. Si vous n’avez pas suivi le repos prescrit par l’Hiver-médecin, alors vous serez complètement à plat ! 🥴
Comme le sommeil et le repos permettent d’être d’attaque en journée, l’Hiver permet de répondre présent au Printemps.
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🟡 ET LA TRANSFIGURATION DANS TOUT ÇA ?
Et bien poussons la métaphore et voyons l’Hiver 冬天 dōng tiān comme un rite de passage.
Lorsqu’on réussit :
🔹à résister au Froid
🔹à aimer le Nord
🔹à traverser l’Eau
🔹à affronter sa Peur
🔹à regarder son Obscurité
🔹à ne plus craindre la Mort
Bref lorsqu’on réussit à “passer l’Hiver”, on est nécessairement transfiguré !
Dans trois mois, vous serez de nouvelles personnes ! 😉
Est-ce que ce n’est pas une belle raison de se réjouir et d’accueillir cette saison le Cœur ouvert ?

Alice Korovitch

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lundi 11 novembre 2024

Sauvegarder...

J'ai comblé d'herbes
Les gouffres les brèches les failles
Enroulé de soleils la spirale des nuits
Au versant des carnages
J'ai sauvegardé l'oiseau.

Andrée Chedid - Par-delà les mots


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dimanche 10 novembre 2024

Recherche en pause


Nous sommes tous en permanence à la recherche de quelque chose : le bonheur, la sagesse, le bien-être, l'amour, la beauté, le passé, un avenir meilleur, des biens matériels, une promotion, la connaissance, des amis, l'inspiration, de l'aide, la santé, une jeunesse éternelle, une perfection illusoire....

Mais quand nous arrêtons-nous pour simplement ressentir ces milliards de cellules qui nous constituent et sans relâche s'activent, pour entendre battre ce métronome infatigable: notre cœur, pour prendre conscience de tout ce que nos yeux nous permettent de voir et de faire nôtre, du brin d'herbe au cosmos infini, de tout ce que nos mains peuvent prendre, toucher, donner, créer, caresser?

Quand comprendrons nous que nous possédons Tout, par le simple fait d'être en Vie ...

Elisabeth Kuhn

peinture Sylvestro Lega 1826-1895 - La donna curiosa

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samedi 9 novembre 2024

Retournement

 Q : J'ai besoin que Trump disparaisse, se retire, qu'il meure, ou qu'il se réveille au plus vite ! 


Byron Katie : D'accord. Et s'il faisait toutes ces choses, serais-tu vraiment heureux ? Étais-tu vraiment heureux avant même qu'il se présente à la présidence ?

Q : [long silence] J'étais plus heureux que maintenant.

K : Oh vraiment ?

Q : Il me semble que oui...

K : Comme par exemple ?

Q : Eh bien, maintenant je pleure à cause de ça, je ne dors pas de la nuit. 

K : Tu n'as jamais pleuré et passé des nuits blanches avant ça ?

Q : Oui, pour d'autres raisons. Mais jamais à cause d'un président.

[Rires]

K : Alors, "J'ai besoin que Trump disparaisse, se retire, qu'il meure, ou qu'il se réveille au plus vite"...  

Retourne-le : "J'ai besoin que mes pensées concernant Trump – son administration et ses supporteurs – j'ai besoin que mes pensées..."

Q : J'ai besoin que mes pensées disparaissent, se retirent, meurent, ou qu'elles se réveillent au plus vite...

K : Oui ! Se réveiller ! C'est la seule issue que je connaisse. Je ne connais pas d'autre issue. Même la mort n'est pas une issue, parce que si tu es mort, tu ne sais pas que tu es sorti (réveillé). Il n'y a pas d'autre issue que d'aller à l'intérieur. Et c'est tout.

Alors nous allons être poussés vers cela encore et encore et encore, de la manière voulue par l'amour.

~ Byron Katie (extrait d'une vidéo)

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vendredi 8 novembre 2024

Tout faire un peu plus lentement


Dans sa lettre d’octobre, Jacques nous invite à ne pas séparer dans notre quotidien « l’action, reliée aux intentions de l’être, et l’activité, orientée vers un but extérieur » ou encore « l’infaisable et le faire ». Pour ne pas se laisser emporter par l’activisme journalier, une indication est précieuse dans le zen : tout faire un peu plus lentement.

Indication donnée par K.G. Dürckheim à Jacques à la fin de l’une de leur première rencontre : « si vous voulez pénétrer le monde du zen, je vous invite, les jours à venir, à tout faire un peu plus lentement ». Il n’échappe à personne que la mode actuelle est à la performance, la vitesse et l’efficacité, quelle que soit l’activité.


Tout faire un peu plus lentement, avant de devenir un acte sacré, est un sacré apprentissage !

Je m’en suis rendu compte dans le domaine de la montagne que je connais bien ; j’ai pu sentir combien cette indication était finalement bien plus difficile à mettre en œuvre qu’une pratique habituelle, bien réglée et mécanique, basée sur la vitesse et la performance.

La montagne, lieu de contemplation par excellence, n’échappe pas à la règle. Trails, ultra-trails et courses diverses et variées fleurissent un peu partout dans les Alpes. Les yeux rivés sur le chronomètre ou la montre connectée, nous nous fions à ce que nous disent les instruments, et faisons peu de fi de ce que nous ressentons et de ce qui nous entoure.

Seuls comptent les chiffres que nous indique l’écran : gagner quelques minutes, quelques secondes, quelques mètres. Ces activités se situent principalement dans une optique crispée et volontariste, s’appuyant sur un instrument supplémentaire que l’on appelle « mon corps », au service des attentes et des objectifs du mental.

L’obsession du chronomètre, d’une distance à parcourir, d’une altitude à dépasser, c’est la toute-puissance du temps pensé et de l’espace pensé, ce qui se mesure, se contrôle, sur le temps vécu et l’espace vécu, insaisissable moment qui ne se goûte qu’au présent.

C’est la toute-puissance du mental et du corps outil sur la sensorialité du corps vivant.

Toujours ailleurs et plus tard, quand j’aurai accompli ceci ou cela … enfin la paix ? Rien n’est moins sûr.

Apprendre à ralentir, ce n’est pas s’engager dans une lenteur, mais juste ralentir un peu, très légèrement, changer ses habitudes, transformer sa mécanicité en acte plus conscient.

Cela ne se remarque pas de l’extérieur, ou à peine, mais intérieurement, il se passe quelque chose de très riche : l’initiation, l’invitation à la Présence.

Tout faire un peu plus lentement demande une grande attention, non plus aux instruments de mesure divers et variés, mais au corps, à ses rythmes et ses gestes vitaux.

Plus vigilant, plus à l’écoute de ma manière d’être, suis-je vraiment en train d’habiter ce que je suis en train de faire ? Etant présent à tout ce qui vient de l’extérieur, suis-je vraiment en train de répondre à ce que la situation propose, exige ?

Dans toute action, il est possible de redécouvrir et de nourrir une autre manière d’être, une autre relation au corps et au monde.

Par un retour attentif aux actions vitales, spontanées, naturelles du corps vivant, je peux commencer à sentir ce qui m’anime, me nourrit, me porte et me met en relation à ce qui m’entoure. Le corps n’est plus l’instrument du mental, mais devient le centre vital de l’action et donne sens, richesse et profondeur au geste pratiqué de manière plus juste ; plus juste parce que plus en accord avec les lois du vivant. Paradoxalement, cette démarche intime et intérieure me plonge au cœur de la relation au monde.

Quelles sont ces actions naturelles, spontanées qui n’ont rien à voir avec mon désir de performance ? Va-et-vient du souffle, rythme cardiaque ... Forme et tenue corporelles plus justes (les 4 attitudes dignes), actions sensorielles : ce que je sens, ressens, vois, entends …

Cette présence vitale est la source de ma vraie nature, en même temps que le lien qui m’ouvre à un regard neuf sur le monde, comme l’illustre ce dialogue rapporté par Jacques lors d’une promenade en forêt avec Dürckheim :


« - Jacques que voyez-vous là ?

- Je vois un arbre, un très bel arbre !

- C’est curieux, là où vous voyez un arbre, je vois un geste de la vie. »

Cela demande une grande vigilance de sentir que, quelle que soit l’action, je ne satisfais pas seulement une volonté d’utilité ou de mainmise sur le monde, que je ne maitrise pas qu’un savoir-faire, mais que l’activité engagée ouvre sur un savoir-être, une transparence à ma vraie nature. C’est ce que nous appelons dans le zen la pratique de la voie intérieure.

« L’exercice du savoir-faire est terminé lorsque le résultat extérieur est acquis, satisfaisant. L’exercice sur la voie commence seulement au moment où l’on sait faire ce que l’on a appris en pratiquant régulièrement ; l’exercice consiste alors en une répétition perpétuelle du même geste… » nous dit Dürckheim.

Cette indication peut nous sembler bien ennuyante, mais le mot -répétition- prend une tout autre signification si nous l’entendons dans le sens de renouvellement. L’épanouissement de l’être humain peut alors se trouver dans les activités les plus banales, et la libération du savoir-être se découvre au cœur même de la contrainte existentielle ; c’est la voie du zen.

Indubitablement et quotidiennement, nous sommes effectivement dans l’obligation de répéter des activités ayant un but extérieur certain, mais nous en oublions la plupart du temps le sens sacré : le contact avec la source de toute activité. C'est-à-dire la présence et la soumission aux actions corporelles vitales, impermanentes et infaisables, qui réactualisent notre manière d’être, nos gestes, à chaque instant, et nous maintiennent au contact de l’essentiel.

Seulement ainsi, soumis à un changement permanent, voulu par la vie, nous sommes une

Personne en devenir, interagissant avec l’Ensemble, un être « divinement humain ».

Si les lois du mental nous enferment dans un besoin de normes et de mesures, dans un savoir figé et limité à notre besoin de compréhension et de maîtrise de notre existence, les lois du corps vivant nous ouvrent à une connaissance illimitée ; illimitée parce que sans cesse renouvelée par l’acte d’être. Sortir de la banalité demande à prendre au sérieux l’instruction de tout faire un peu plus lentement, afin de faire l’expérience que « Le zen n’est pas un art de vivre, c’est devenir un artiste de la vie » D.T. Suzuki

Joël PAUL 

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jeudi 7 novembre 2024

Une vie de ronces et de cours d’eau

 Mais, tout d’abord, laissez-moi vous conter l’histoire de Zhongli Quan, l’un des plus célèbres des 8 Immortels…

Zhongli Quan : l’Immortel qui changea de voie

Enfant, Zhongli Quan était connu dans sa région natale pour les miracles qui se produisaient sur son chemin. Il était déjà apprécié, dès son plus jeune âge, pour sa sagesse extraordinaire. L’enfant grandit, et décida de suivre davantage une vie de militaire plutôt que ses aspirations spirituelles, tout comme son père l’avait fait avant lui. Rapidement, Zhongli Quan fut recruté par la cour de l’empereur, et nommé général. Il fut envoyé sur le champ de bataille par l’empereur Han, afin de combattre les Qiang. Au cours de ce combat, Zhongli Quan fut lâchement trahi par son supérieur, et subit une terrible défaite. Blessé, humilié, il se réfugia dans une montagne enneigée pour s’y laisser mourir.

C’est alors qu’une maisonnette de bois lui apparut, au milieu de la forêt. Sur son seuil se tenait un vieillard, vêtu d’une peau de cerf blanc. L’homme accueillit le soldat blessé, et lui offrit l’hospitalité. Leurs discussions, profondes et empreintes de sagesse, réveillèrent l’aspiration de Zhongli Quan pour la spiritualité. Il supplia le vieillard de l’aider à renouer avec cette part de lui-même, qu’il avait si longtemps négligée. L’homme accepta, et se chargea de l’initiation de Zhongli Quan au Tao.

Bien des jours plus tard, le vieillard poussa Zhongli Quan à quitter les bois pour réintégrer la société, en lui faisant promettre d’utiliser ses nouvelles connaissances pour le bien de l’humanité. Après avoir quitté la maisonnette et fait quelques pas dans la neige, Zhongli Quan se souvint qu’il n’avait pas remercié son hôte comme il l’aurait dû. Il fit demi-tour. La maisonnette avait disparu.

Zhongli Quan réintégra la société, comme il l’avait promis, et se consacra corps et âme à sa quête spirituelle. Il multiplia les miracles et les bienfaits sur son passage, changeant le cuivre en argent, afin de permettre aux paysans miséreux de s’acheter de la nourriture. Entre autres faits, Zhongli Quan fut celui qui montra la voie de l’illumination à Lu Dongbin, l’un des 8 Immortels.

Un jour, alors que Zhongli Quan méditait dans sa chambre, un mur de la pièce s’effondra, laissant apparaître une boîte en jade. Lorsqu’il l’ouvrit, Zhongli Quan y découvrit le secret de l’Immortalité.

Il devint ainsi Immortel à son tour, et rejoignit les cieux.

Une peinture de Zhongli Quan à la recherche de la voie du Tao, 15e siècle

Lorsque les évènements nous soufflent la voie à prendre

Comme nous tous, certainement, Zhongli Quan a essuyé au cours de sa vie une terrible défaite. Je suis certain que nous avons tous et toutes déjà vécu un événement similaire. Un licenciement. Une trahison amoureuse ou amicale. Un projet qui nous tenait à cœur, mais qui n’a pas fonctionné.

Dans le cas de Zhongli Quan, l’Immortel a dû vivre une terrible trahison, suivie d’un échec cuisant, pour se rendre compte que la voie qu’il avait empruntée n’était pas la bonne. L’échec, vous en conviendrez tout comme moi, n’est pas agréable. Rare est celui qui parvient à se réjouir d’une défaite. Mais échouer, se tromper, qu’est-ce que cela veut vraiment dire ?

Est-ce une fatalité, un événement contre lequel lutter de toutes ses forces ? Ou, au contraire, une main tendue par la voie du Tao ? N’oublions pas, chers amis, le principe de non-agir. Principe contraire à notre envie de lutter contre les échecs. À nous battre, toujours plus fort, contre les évènements.Lorsque nous luttons contre ce qui nous arrive de plus malheureux, nous nous épuisons inutilement. Nous nageons à contre-courant, dans un torrent vif et impétueux. Au lieu de nous laisser porter par l’eau.

Le non-agir n’est pas de la passivité. Il s’agit simplement de ne pas forcer les choses. Agir en harmonie avec le flux naturel, comme un bateau qui suit le courant plutôt que de lutter contre lui. Avez-vous déjà fait l’expérience d’essayer de nager contre le sens naturel d’une rivière ? Si oui, vous connaissez ce sentiment d’épuisement qui vous gagne. La douleur et la fatigue. Le froid qui commence à ronger votre peau. Si vous avez déjà fait cette expérience, vous savez aussi le soulagement que l’on ressent lorsque l’on cesse de se mouvoir. Lorsqu’on accepte le sens du courant. Lorsque nous nous y abandonnons pleinement. Il ne s’agit pas de résignation, non. Simplement d’un choix de suivre le juste cours des choses. D’accepter l’évidence, au lieu de tenter de plier la réalité à la seule force de notre volonté.

La rivière est le Tao. Accepter son flux naturel est un soulagement évident. 

Quand les échecs guident notre chemin

Peinture de Zhang Lu sur Zhongli Quan, début du XVIe siècle

J’aime voir les échecs, les trahisons et les instants difficiles de notre vie comme des buissons de ronces qui poussent le long de notre chemin de vie. Qui nous empêchent de nous tromper de sentier, et, au final, de nous perdre. Qui nous mènent, avec plus de douceur que l’on pourrait le supposer, vers ce que nous sommes et voulons profondément. Une occasion précieuse de réorienter notre chemin.

Dans le Taoïsme, les échecs et les obstacles sont vus comme des courants invisibles dans le flot de la vie. Plutôt que de les voir comme des barrages, nous pouvons les percevoir comme des signaux subtils qui nous guident vers une voie plus harmonieuse. En accord avec notre vraie nature

N’oublions jamais, ami(e)s du Tao, que la voie est celle qui apparaît sous nos pieds. Sans forcer et sans acte de résistance. Tout comme la maison du vieillard est apparue devant Zhongli, alors que les ronces de ses échecs l’avaient poussé à s’isoler dans la montagne. Les échecs, les trahisons et les déconvenues de l’existence nous indiquent que nous ne nous trouvons pas sur le bon chemin.

Alors, peut-être, nous indiquent-ils où se trouve notre réelle place dans l’univers. Celle que nous connaissons, tout au fond de nous.

Mais à laquelle nous refusons de croire...

Charles Zhang

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mercredi 6 novembre 2024

Ma maison


Il n'y a pas de mur dans ma maison
Pas de brique, ni de cloison
Il n'y a pas de saison dans ma maison
Pas de pluie, pas de moisson
Il n'y a pas de culte dans ma maison
Pas de dieu, pas d'oraison
Pas de mendiant, pas de champion
Il n'y a personne dans ma maison
Il n’y a pas d'illusions dans ma maison
Ni exception, ni projection
Pas de gestion, ni réalisation
Pas de mérite, ni punition
Ma maison est un doux mirage
Sans lieu et sans visage
Elle soupire des milliers de diamants
Pour réjouir mille innocents
- Betty
Extrait d'un texte paru dans le revue 3e millénaire.

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mardi 5 novembre 2024

Malades par repli envers le futur


 NOUS SOMMES MALADES EN RAISON DE NOTRE FUTUR


A cet effet, il importe de noter que Jung ne voyait pas seulement des causes à une maladie. Il disait que nous étions aussi malades parce que nous n’étions pas ce que nous étions appelés à être. Le dérèglement psychique ou physique porte un sens orienté vers le futur. En somme, nous sommes malades parce que nous ne répondons pas au potentiel créateur que notre inconscient abrite. Nous bloquons l’actualisation consciente de ce potentiel dans notre vie concrète. Aujourd’hui, j’entends cela comme le fait de ne pas exprimer ou manifester son essence individuelle, celle qui correspond aux élans naturels qui nous habitent et que nous avons le goût de manifester sur le plan de l’amour ou de la création. En tout cas, il me semble qu’une telle conception complète bien la vision causale. Pour sûr, il y a des causes à nos maux, toutefois, nous souffrons aussi parce que nous ne sommes pas en train de vivre ce qui nous rendrait plus heureux. Il s’agit d’accepter que notre organisme, grâce à l’intelligence qui lui est propre, nous le manifeste spontanément.

Cela étant dit, il n’y a pas d’intérêt à voir dans ces messages des commandes ou des ordres, il est plus juste de les concevoir comme des rappels de notre nature globale. Il y a un déséquilibre et notre être entier l’exprime par la maladie, simplement, directement, sans fard. Notre rôle est d’écouter ces messages, de tenter de les interpréter et d’entreprendre de changer d’attitude ou de comportement...


...Ce que nous sommes venus exprimer ici n’est pas l’ampleur d’un désastre, mais la perfection même qui nous anime de l’intérieur. Nous vivons pour exprimer la beauté de l’univers que nous portons et qui nous entoure. Tel le bourgeon qui contient déjà la feuille repliée en son sein, nous venons du dedans. Nous avons la vie et nous venons créer de la vie en participant au monde. Nous venons animer cette création collective par nos élans. Voilà pourquoi il est important d’écouter les messages de la maladie et de faire de la place à nos tendances créatrices : c'est que la matière même de notre bonheur réside dans leur expression.

Guy Corneau - Revivre !

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lundi 4 novembre 2024

Identifications à travailler

 LA DESIDENTIFICATION EST UN DESEQUILIBRE (SUITE DE LA SERIE AUTOUR DU DESEQUILIBRE SUR LA VOIE)


il ne s’agit pas de travailler sur « l’identification », mais sur les identifications, les miennes, les vôtres. Et cela s’avère bien plus déstabilisant que de prétendre dissiper « directement »  l’illusion de l’ego… 

Nous en arrivons ainsi à cette notion de déséquilibre volontaire sur la voie. 

Il importe de comprendre et constater à travers sa propre expérience que  par nature , l’ego fuit tout déséquilibre et, ne pouvant l’éviter puisque le changement fait son œuvre, cherche constamment et en toutes circonstances à se rééquilibrer. C’est un réflexe immédiat , dès que survient la moindre amorce de déséquilibre, y compris des plus anodins. 

Pour nous en convaincre, observons notre comportement quotidien, non seulement le nôtre mais celui de tous sauf exception. 

Quelques exemples banals suffiront. Si, au volant, je commets une petite erreur qui me vaut un coup de klaxon ou un geste agacé d’un autre conducteur, vais je tout bonnement m’excuser ? La plupart du temps, je vais immédiatement réagir d’un autre coup de klaxon ou d’un autre geste agacé, ce alors même que je me sais en tort - si tant est que je puisse même être assez honnête pour le reconnaitre. 

Si un proche, conjoint, enfant, me fait une réflexion , même très pertinente et bienveillante, à propos d’une maladresse ou erreur domestique, vais je immédiatement et sans broncher l’accepter et le remercier ? Non, la plupart du temps, je vais de suite me défendre, argumenter, dire que ce n’est pas grave, que je n’ai pas fait exprès, etc. etc. 

L’usage des réseaux sociaux et notamment des « commentaires » met ce fonctionnement en évidence jusqu’à la caricature. X, souvent déjà sous le coup d’une réaction émotionnelle non conscientisée, poste quelques lignes exprimant son opinion ; Y, sans recul ni réelle réflexion, exprime de suite son désaccord ce à quoi, X, Z et W réagissent au quart de tour … 

Autant  de manifestations de cette universelle pulsion au rééquilibrage. Cette frénésie de commentaires et de polémique est d’autant plus piquante de la part de personnes se proclamant par ailleurs « éveillées » , suprêmement « détachées » … 

En pratique, l’ego se tient constamment sur la défensive, prêt à bondir à la moindre des remises en question de sa perfection immuable. L’ego et le mental ne sont pas « de mauvaise foi » , ils sont la mauvaise foi. Laquelle mauvaise foi procède d’une tentative de rééquilibrage. Tentative pulsionnelle, aveugle et sourde. 

Naturellement, cette pulsion de rééquilibrage à l’œuvre dans les plus insignifiantes péripéties du quotidien l’est d’autant plus que l’identification touchée s’avère plus importante, plus sensible, l’enjeu plus significatif. 


Si la pulsion à me rééquilibrer suite à une remarque domestique - ou un commentaire sur Facebook- est forte, qu’en sera-t-il lorsque, à travers un échantillon plus sensible, c’est toute l’image que je me fais de moi même qui se trouve remise en cause ? 

Car il s’agit bien aussi d’une question d’image. Chacun de nous avance pour ainsi dire avec un petit miroir tenu à bout de bras devant lui dans lequel il se regarde constamment afin de se rassurer. Miroir, miroir, dis moi que je suis quelqu’un de bien, dis moi que j’ai raison,  dis moi que je sais, dis moi que je contrôle quand même … 

Il nous est en vérité très difficile, sans travail conscient, de supporter tout écorchement de notre si chère image de nous même. 

Notre obsession est de ne surtout pas perdre la face, y compris vis à vis de celui que nous considérons comme notre ami spirituel, sans parler du groupe et, au final, à y bien regarder , principalement de nous même. Le « masque » que « Swamiji arrache », c’est toujours celui de ce que nous prétendons être, d’abord à nos propres yeux. 

C’est là une dimension de ce que Swami Prajnanpâd appelle « vivre dans son monde plutôt que dans le monde ». Le maintien, parfois envers et contre toute évidence, d’une certaine image de moi même parait indispensable à mon « équilibre ». Nous ne nous voyons pas a priori tel que nous sommes, c’est à dire en partie tel que ceux qui nous connaissent de près nous voient, mais tel que nous prétendons être et gare à qui prétendrait démentir cette construction à laquelle nous tenons comme à la prunelle de nos yeux.

Gilles Farcet

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dimanche 3 novembre 2024

Corps et Vedanta


 Première évidence, le corps sera réduit en poussière, en cendres, décomposé. On ne peut donc pas le considérer comme une réalité ultime. Mais, deuxième évidence, ce «précieux corps humain» - ainsi que l'appellent les Tibétains - est indispensable pour progresser sur la Voie de l'Éveil. En fait, le corps est comparable au véhicule qu’on utilise pour faire la route, et qu'on abandonne quand le but a été atteint.

Le paradoxe, c'est que les Chrétiens, pour qui le thème de l'incarnation est fondamental, ont beaucoup plus négligé le corps que les Hindous ou les Bouddhistes qui, eux, insistent sur son impermanence. Pour les Indiens, la conscience doit se libérer par rapport au corps, mais ceci ne les empêche pas de prendre très nettement appui sur ce corps, notamment dans la posture de méditation qui, en elle-même, constitue une relation consciente avec le monde des sensations. Dans l'anthropologie védantique des koshas, le premier des différents revêtements du Soi est le corps physique, fait de toutes les nourritures que nous avons absorbées. Or, tous les niveaux - somatique, psychique et spirituel - étant interdépendants, il suffit de demander au corps physique d'entrer dans la posture de méditation pour intervenir, à tous les autres niveaux. C'est d'ailleurs pourquoi beaucoup de maîtres se réclamant de l'Advaïta Vedanta pratiquent les asanas du Yoga. Cela dit, le débutant, pour sa part, court le risque, presque inévitable, que l'égocentrisme, avec ses peurs et ses désirs, ne récupère à son profit la démarche sur la Voie et développe une véritable idolâtrie de son propre corps, se faisant par exemple photographier dans toutes les postures de Yoga ou de Zazen... comme il peut d'ailleurs également se gratifier avec des idées métaphysiques non-dualistes ou se bercer avec une sentimentalité encore infantile concernant l'amour de Dieu ou de la Vierge Marie...

Le risque existe, mais l'important c'est d'être assez convaincu pour ne pas s'arrêter là, et aller plus loin. Ce risque, en tout cas, ne justifie pas de maltraiter le corps, ni de le négliger. Puisque, de toute façon, le corps existe, ne pas en tenir compte et ne pas l'inviter à la démarche spirituelle revient à en faire un obstacle !

Mais se désidentifier du corps

Si toute démarche spirituelle exclut de négliger le corps, l'Advaïta Vedanta considère aussi comme fondamental de s'en désidentifier, c'est-à-dire d'être de plus en plus lucide quant au fait que le corps n'est que changements, vieillissement, et qu'en fin de compte il se résume à une succession de sensations qui se présentent dans la conscience. Si je regarde un film qui me passionne, j'oublie complètement le corps physique. La perception du corps n'est donc qu'un enchaînement de formes changeantes se succédant à la surface de la conscience. Nous pouvons être tour à tour conscient d'un corps lourd et fatigué, d'un corps léger et plein de dynamisme, d'une douleur ici, d'une raideur là... le corps n'a aucune réalité fixe !

On doit donc cesser de s'identifier à ces perceptions changeantes. A cette condition, peu à peu, se révélera une «conscience témoin» qui ne sera pas affectée par les messages du corps, se contentant d'un simple constat : il y a une douleur ici, une impression générale de fatigue, une impression de dynamisme, une impression de raideur... Du point de vue de la pratique, ces perceptions et conceptions telles que : «je suis trop gros, je suis trop mince, je suis petit et j'aurais préféré être plus grand», sont systématiquement reconnues comme des sensations et des pensées qui se succèdent dans la conscience mais dans une conscience libre, non affectée, qui ne s'identifie plus, ici et maintenant, à ces «formes» limitées et impermanentes.

Cette désidentification suffit, en elle-même, à désengager la vraie nature de l'esprit, laquelle n'a pas de forme particulière et en laquelle se succèdent des sensations pouvant donner naissance à des émotions «oh non, pas encore cette fatigue», et à des pensées «pourquoi suis-je comme ceci et pas comme cela».

Voir et reconnaître tout cela permet de s'établir de plus en plus stablement dans cette conscience sereine qui ne réagit pas en constatant que des réactions se produisent en nous.

Revue Samsara n°18 janv-fév 2000

A lire : Les chemins de la sagesse - Trois tomes. A la recherche du Soi - Quatre tomes. 
Le message des Tibétains. Yoga et spiritualité. Approches de la méditation.

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samedi 2 novembre 2024

Le refus inutile...


Dire non à ce qui est, ne change pas ce qui est !!!
Le refus de ce qui est... est à observer tout au long de nos journées...
Quand l'on veut quelque chose à la place de ce qui est, le corps se met en crise...
C'est ce qu'explique ici Daniel Morin...


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vendredi 1 novembre 2024

Où se cache la soif...



"L’étang s’étale sans se perdre.
Un pointillé de bruits réveille les odeurs,
froisse sans déchirer.
L’écriture des herbes
efface l’avenir
au plus vibrant de l’heure
qui bat comme la mer."

"Où se cache la soif", poèmes de Sabine Dewulf accompagnés par les peintures de Caroline François-Rubino, collection Coquelicot, Editions L'Ail des ours, 2024
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