dimanche 31 décembre 2023

Etre sur son 31


Au premier coup d'œil, l’expression « se mettre sur son trente-et-un (31) » semble simple à comprendre : on se pare des plus beaux tissus de sa garde-robe pour fêter le 31 décembre et la nouvelle année. Sauf que cette interprétation est erronée. On aimerait vous dire que nous savons la vérité, toute la vérité et rien que la vérité mais malheureusement, en ce qui concerne cette expression, nous n’avons à notre disposition que des hypothèses pour expliquer ses origines.

La première théorie, et la plus répandue, voudrait que le chiffre « trente-et-un » ne soit en réalité qu’une déformation d’un mot d’ancien français, « trentain ». Ce terme, désuet aujourd’hui (et qui renvoie plus communément à une série de trente messes dans le domaine religieux) désignait à l’époque un grand drap. Le Cnrtl le définit ainsi : « drap dont la chaîne est composée de trente fois cent fils » (lorsque « le dérivé désigne un drap caractérisé par la trame ; la base indique le nombre de centaines de fils »). 

Ce tissu si particulier est apparu aux alentours du Moyen Âge et sa fabrication coûteuse en faisait un habit que seuls les plus aisés pouvaient s’offrir. On estime donc que c’est par déformation de langage, sûrement par les classes plus populaires, que le mot « trentain » est par la suite devenu « trente-et-un ». Quant à la première partie de l’expression, « se mettre sur », c’est une ancienne tournure voulant dire « mettre sur soi ».

Selon une deuxième hypothèse, beaucoup plus douteuse, l’expression ferait référence à un jeu de carte du nom de « trente-et-un ». Enfin, une troisième explication donne pour origine la tradition des soldats prussiens datant du XVIIIe siècle : tous les 31 du mois, les soldats devaient se présenter dans une tenue irréprochable pour l’inspection de leur supérieur. Ils recevaient aussi ce jour-là une prime.

source : la langue française

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samedi 30 décembre 2023

Aimer l'égo

 


La libération ne sera jamais le fruit de la frustration et de la mutilation, plus on s'oppose par la force aux désirs de l'ego, plus on renforce l'ego. C'est ce qui se passe notamment dans l'enfance, plus on s'oppose à un enfant en essayant de briser ses caprices, ses violences et ses exigences, plus ont renforce son ego. Un ego humilié, un ego qui doute de lui, la tête en bas, les jambes en l'air c'est toujours un ego hypertrophié. La disparition des désirs ne peut se faire que par un minimum d'accomplissement des désirs et une compréhension aiguë de la nature même du désir.

L'ego ne révélera le Soi que s'il est convenablement traité. Un ego brimé dans l'enfance et ensuite brimé dans l'existence ne fera jamais place au Soi. Et s'il y a trop de frustration de l'ego la spiritualité sera viciée, elle deviendra une compensation et elle peut mener à une inflation énorme de l'ego. Pour que la graine se transforme en arbre il faut bien que le grain en tant que grain meurt. Mais cette mort est un accomplissement, le grain portait l'arbre potentiellement en lui-même, c'est pour cela que le chemin commence par l'amour de soi-même et non avec la mutilation et la destruction de soi-même. Et tout une part du chemin consiste à s'occuper avec amour de l'ego, pour lui permettre de s'effacer, de mûrir et de se transformer, d'être moins crispé, moins tendu.

L'ego ne mourra jamais de son plein gré, plus on veut le détruire, plus on le renforce. Pour que l'ego se sente accompli il faut qu'il se sente libre des vieux désirs frustrés de l'enfance. Si les désirs de l'adulte ne sont que la forme mensongère d'un désir d'enfant oublié, ce désir d'adulte ne sera jamais satisfait. Ce qui est important est de trouver ce qui désaltère à tout jamais …

Arnaud Desjardins

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vendredi 29 décembre 2023

La relation Maître-disciple


Entretien avec Gilles Farcet - #1 La rencontre d’un disciple avec son maître

Dans le cadre du 50e anniversaire de notre revue (Acropolis), après Antoine Faivre, nous publions l’entretien réalisé avec Gilles Farcet (1) sur la relation de maître à disciple.

Ce premier extrait raconte sa recherche d’un maître.

Revue Acropolis : Vous parlez souvent dans vos écrits de la relation maître-disciple. Pouvez­ vous nous expliquer ce qui dans votre vie vous a amené à réfléchir et à mettre l’accent sur cette relation ?


Gilles FARCET : Tout d’abord la conscience très claire que, pour progresser, pour croître dans quelque domaine que ce soit, profane ou sacré, humain ou spirituel (les deux étant d’ailleurs à mon sens inséparables) il faut apprendre. Je suis très étonné de constater que beaucoup prétendent aujourd’hui se passer de maître dans le domaine spirituel, alors même que chacun s’accorde à reconnaître la nécessité d’un apprentissage rigoureux dans les autres sphères de l’existence. Si je désire jouer correctement du piano – sans parler d’être un virtuose – il me faudra prendre des cours, m’initier au solfège, m’ouvrir à certaines influences. Je devrai choisir un professeur et ne pas en changer tous les quinze jours.

Tout le monde juge normal et même indispensable qu’un futur médecin aille à l’université et suive des stages à l’hôpital. J’avoue donc être surpris de voir cette nécessité d’une formation sérieuse si peu reconnue aujourd’hui parmi ceux et celles qui disent s’intéresser à « la spiritualité ». Beaucoup « picorent » un peu partout, suivent un stage, puis un autre… Or, je crois que si l’on veut véritablement approfondir il faut, non pas être fermé et ne plus jurer que par une personne hors de laquelle on ne voit point de salut, mais du moins s’exposer de façon durable à une influence, à une « école » – pour reprendre un terme cher à Georges Gurdjieff (2) –, quitte ensuite à pouvoir d’autant mieux s’ouvrir et se montrer disponible.

Donc, pour répondre de manière plus personnelle à votre question, mon intérêt pour le rapport maître­disciple vient de ce que j’ai eu assez tôt conscience de la nécessité de cette relation pour un travail spirituel digne de ce nom. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais disons qu’à l’âge de vingt-trois ans, après avoir beaucoup pratiqué certaines techniques de méditation, fait de nombreuses et longues retraites, je me suis rendu compte de l’omniprésence de cette relation maître-disciple dans toutes les traditions. Qu’il s’agisse de la tradition hindoue, de la tradition bouddhiste, du soufisme, du christianisme des premiers temps et même de la tradition philosophique occidentale, celle de Socrate et Platon, on retrouve toujours et partout cette relation du maître et du disciple. Elle est d’ailleurs source de très belles histoires, vraies ou symboliques, et porteuses de vérités profondes. Par conséquent, je ne pouvais pas prétendre être un génie spirituel capable de tout découvrir par lui­même. Non que les génies spirituels n’existent pas : Ramana Maharshi l’un des grands sages hindous du début de ce siècle, s’est éveillé « spontanément » à l’âge de dix-sept ans, sans avoir suivi d’enseignement. Mais quand on s’engage sur un chemin, on ne saurait partir du principe que l’on est un génie et un nouveau Maharshi… Si l’on aspire à bien jouer du piano et à composer, mieux vaut commencer tôt à prendre des cours plutôt que de se prendre d’emblée pour Mozart.

Revue A. : Pouvez-vous nous parler un peu de votre itinéraire ?


G.F. : Oui, mais à condition de préciser que cet itinéraire n’a rien d’exemplaire ou d’exceptionnel. Il se trouve que l’on m’interroge parce que j’écris des livres et que j’ai effectué quelques activités publiques. Mais il y a, ne serait-ce qu’en France, des personnes bien plus avancées que moi et qui pourraient parler avec davantage d’expérience et de perspective de la relation maître-disciple. Sans doute n’est-ce ni leur fonction ni leur désir. Ceci précisé et puisque je suis distribué dans le rôle du « parleur », allons-y.

Il m’est très tôt apparu – aux alentours de mes vingt ans – que quoique très intéressé par le bouddhisme, l’hindouisme et les spiritualités orientales en général, je me devais de rencontrer un maître occidental. Je me suis toujours senti d’Occident, appelé à une relative insertion dans le monde tel qu’il était, pour le meilleur et pour le pire ; je n’ai jamais durablement cru que ma vocation était de me retirer, d’aller vivre en Orient ou de mener une vie contemplative dans le sens précis de ce terme, c’est-à-dire accorder la priorité à la méditation plutôt qu’à l’action. J’aspirais à une spiritualité dépouillée de tous les exotismes, de tout le côté rituel ; en outre, il était pour moi très important de pouvoir entretenir cette relation avec un être humain bien sûr enraciné dans l’expérience spirituelle mais en même temps passé par les tribulations d’un Occidental moyen.

Comment dire ? Je voulais être guidé par quelqu’un dont les références culturelles au quotidien seraient essentiellement les miennes : quelqu’un à qui la nécessité de payer un loyer et des notes de téléphone ne serait pas étrangère, quelqu’un ayant eu une famille, ayant vécu et travaillé non dans un ashram en Inde, mais à Paris ou New York.

Ceci me paraissait très important, justement parce que la sagesse, si elle existait, devait être possible partout et non dépendante d’une culture ou d’un contexte particulier.

Cela n’enlève rien à la grandeur des cultures traditionnelles ni au fait que certains environnements semblent bien plus propices à la recherche intérieure. Reste que jamais je n’ai voulu rejeter mon héritage, ni même cette civilisation, malade sans doute, folle à bien des égards et cependant très propice à la recherche, du fait de sa folie même…

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Principaux ouvrages de Gilles Farcet

• Arnaud Desjardins ou l’aventure de la sagesse, 1987, Éditions La Table Ronde ; réédition en poche chez Albin Michel en 1992 et à la Table Ronde en 2014

• L’Homme se lève à l’Ouest, Éditions Albin Michel, 1992 ; traduit en espagnol

• La ferveur du quotidien, Éditions L’Originel, 1993

• Regards sages sur un monde fou, avec Arnaud Desjardins, Éditions La Table Ronde, 1997 ; traduction en espagnol

• Manuel de l’anti-sagesse, traité de l’échec sur la voie spirituelle, Éditions du Relié, 2002, traduit en espagnol et en anglais

• La Transmission selon Arnaud Desjardins, 25 ans d’échanges avec un ami spirituel, Éditions du Relié, 2009

• Le défi d’être, entretiens avec Gilles Farcet, de Denis Desjardins et Gilles Farcet, Éditions Dervy, 2017

• Une boussole dans le brouillard, Éditions du Relié, 2019

• Le choix d’être heureux, Éditions Entremises, 2021

• La Réalité est un Concept à Géométrie variable, Éditions Charles Antoni-L’Originel, 2022

Et bien d ‘autres encore…


Participation de Gilles Farcet dans des films

• Sur la route avec Mr Lee, de François Fronty, 1995, Alizé diffusion.

• Stephen Jourdain, La Folle Sagesse, de Carole Marquand, avec Gilles Farcet et Denise Desjardins, 2006, Alizé diffusion.

• Denise Desjardins, de la révolte au lâcher prise, un film de Guillaume Darcq, 2008, Alizé diffusion

• La Frontière intérieure, Gilles Farcet, Images d’un parcours, de Guillaume Darcq, 2013, Alizé diffusion


Propos recueillis par Laura Winckler - Cofondatrice de Nouvelle Acropole en France

Gilles Farcet, écrivain, journaliste, producteur à France Culture, animateur de stages, a également collaboré à diverses revues et a fondé à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse ». Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages et a travaillé aux côtés d’Arnaud Desjardins, qu’il a considéré comme son maître. Il se consacre, dans ses écrits comme dans sa vie, à une meilleure compréhension de la relation maître à disciple, située au cœur de toutes les traditions spirituelles.

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jeudi 28 décembre 2023

Tomber amoureux de la vie...

 Quel serait votre conseil ? 

Eric Baret : De tomber amoureux de la vie, elle est courte. 


On souffre parce qu’on ne se sent pas aimé, pas respecté ou compris. Mais cela ne fait aucune importance qu’on me rejette. 

Si quelqu’un vous rejette et que vous l’acceptez alors vous vivez l’acceptation, alors que si vous ne l’acceptez pas, vous vivez le rejet. Cela vaut à l’égard de ceux qui ne vous aiment pas. 

Si on ne m’aime pas et que moi j’aime, alors cela me rend heureux. 

Les coups n’agressent pas, ce qui agresse est l’idée de résister à ces coups. 

La difficulté de vivre vient du fait de résister à la vie. 

C’est la résistance qui fait mal. 

Pour ceux qui n’ont pas compris cela, les arts martiaux de contact sont la meilleure école pour une expérience directe. 

Le yoga n’est rien d’autre que cette même transposition où tout événement apparait comme grâce et non comme conflit.

On est constamment en train de dire non à ce qui peut nous montrer nos limitations, pour vivre dans une hypothétique sagesse, liberté. 

On ne veut surtout pas se voir dans la peur, dans l’incertitude, surtout pas se rendre compte que l’on ne sait rien, que l’on ne peut rien. 

Donc on ajourne constamment ces opportunités pour vivre dans une image spirituelle, méditer, devenir comme ceci et comme cela, être libre de ceci et de cela. 

Mais un jour on se rend compte du mécanisme ; alors il y a changement. On ne cherche plus à devenir quoi que ce soit, à éviter quoi que ce soit.

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art Antonio Linde - Arjuna


mercredi 27 décembre 2023

Dignité

 


Juge digne de toi toute parole et tout acte qui est selon la nature.

Ne t'en laisse détourner ni par les critiques, ni par les calomnies, dont parfois la critique est suivie.

Du moment que ce que tu as fait, ou ce que tu as dit, est bien, ne crois jamais que ce soit au-dessous de ta dignité.

Les autres ont leur propre raison qui les conduit, et ils obéissent à leur impulsion propre ; ne regarde donc pas à autrui ; mais suis tout droit ton chemin, en te conformant tout ensemble à ta nature particulière et à ta nature universelle; car pour toutes les deux, il n'y a qu'une seule et même voie.

Marc Aurele - Pensées pour moi-même, Livre V

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mardi 26 décembre 2023

lundi 25 décembre 2023

L'Esprit de Noël - La longueur d'onde inconnue


Sur la bande des fréquences humaines, il existe une longueur d’onde, que pas grand monde ne capte . 

Bien peu en connaissent ne serait ce que l’existence. La part  préservée en eux , cependant, la soupçonne sans oser y croire. 

Elle les travaille cette longueur d'onde, elle les tenaille, leur mémoire originelle se souvient qu’elle existe.  

Mais leur "raison" la range sur le rayon des mythes, légendes, contes de fées et idéaux dont le temps est censé guérir. 

Cette longueur d’onde est celle de la bonté ;  celle de la compassion ; celle de la bonne volonté. 

Mais attention ! 

Pas de la bonté mièvre, de la compassion imbécile , de la bonne volonté qui bêle …

C’est une longueur d’onde qui n’émet aucun son du moins aucun décelable à l’oreille de chair. 

Ce qu’elle diffuse n’est audible que d’une oreille intérieure , laquelle, bien qu’elle soit là, ne devient accessible que par un rare travail.  Ouverte par le travail, cette oreille intérieure capte la longueur d’onde en question, et cette longueur d’onde émet un climat. 

Au sein du climat généré par cette fréquence inconnue , il n’y a plus d’argumentations défensives ;  plus de répliques :  plus de "débats" ; plus de vainqueur ni de vaincu. Il n’y a plus d’humiliations  ; plus de règlements de comptes. 

Il y a des paroles. Parfois agréables, parfois pas, du moins de prime abord, justement pour qui se réfère encore aux fréquences connues . 

Il y a des silences. Il peut y avoir des larmes, des larmes bienfaisantes qui ouvrent toujours plus grand. Il y a des rires et des sourires. 


Et tout cela a un goût qui instantanément  rassasie, soulage et détend quiconque s’y relie : le goût de la vérité.  Celle qui ne s'énonce pas, ne procède de personne, celle qui ne participe de rien d’autre qu’elle même. 

Et qui, pourtant, n’est pas une vérité sèche, soi-disant métaphysique, prétendument "non duelle".

Une vérité incarnée, immanente à l’humain ; l’humain, en tant que lui même émanation de cette longueur d’onde si bien cachée 

Toute parole, tout regard, tout sourire,  tout silence, tout geste qui puise sa source dans cette longueur d’onde est investi d’une force qui ne se discute pas . D’une autorité qui en impose sans diminuer et encore moins écraser . 

Cette longueur d’onde, elle est là,  toujours. Elle émet. 

Mais il est si difficile de s’y connecter, si difficile de la trouver et surtout de ne pas la perdre une fois captée. S’y connecter, se brancher sur elle, est en soi un travail, travail rendu possible par tant de nettoyages d’écuries, d’audaces et de périples hasardeux au bord des précipices. Cette longueur d’onde ne prêche pas ;  elle n’enseigne même pas, quoiqu’elle soit condition préalable à toute  transmission digne de ce nom 

Est ce qu’elle prie ? Oui mais pas de la manière connue .

Elle ne demande rien.  Elle confie, elle invite, elle remet,…

Elle est en elle même prière. Cette longueur d’onde n’est pas bon marché.  

On ne s’y abonne pas par quelques slogans psychologiques ou spirituels, ni par des concepts philosophiques, si impeccables de rigueur soient ils .

Elle ne se brade pas à la foire des "éveils". Elle se paie cher. Très cher. 

En unités de prétention, de mensonge, d’illusion, de postures, de déni, de résistance, d’évitement et autres noms donnés à ce qui, au final, n’est rien sinon le faux. 

Elle ne diffuse aucune recette. Elle ne résout rien. Et cependant,  elle éclaire tout , de sa lumière inouïe. 

Elle est l’unique issue. La seule réponse.  

Le vœu que je m’adresse, chaque année et chaque jour, est de me souvenir d’elle, de me connecter à elle et, autant que possible, de demeurer de plus en plus en elle. 

Pas pour m’y protéger. Pas pour mon confort, pas pour « ma » paix , mais pour la paix.  

Afin d’être son serviteur dans la multiplicité complexe du visible . 

Si, derrière la mécanique des « fêtes », la litanie des vœux pieux, des souhaits qui sonnent creux, des prières pour la forme, si il existe un esprit de Noël, c’est en cette longueur d’onde et en elle seule que cet esprit vit. 

Cette fréquence n’appartient qu’à elle même.  Elle n’est à personne. 

Certainement pas à une élite dont je m’imaginerais être, parce que j’ai le front d’écrire pareil texte. Et elle est notre terre commune. 

Elle est l’esprit de Noël , de Hanouka , de Divali, de al -Mawlid al nabawî. 

Amen Om Shalom Salam aleykoum

Gilles Farcet

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dimanche 24 décembre 2023

Des yeux de miséricorde


Tu prendras les mots comme ils te viendront. Mais ce que tu diras reviendra à ceci : dans la crèche il y a l’enfant-roi, l’enfant divin. Autour un père, une mère, des animaux avec des yeux de miséricorde. Un peu plus loin, un peu plus tard, il y a des bergers, des mages, tout un peuple qui vient prendre sa place. Et ce soir, il y a nous, autour de la même crèche, sur le même plan qu’elle. Elle n’est pas un élément du décor. Elle est le centre de nos vies. Le véritable soleil.

À Noël, l’enfance nous regarde d’un regard solaire. L’enfance de Dieu. Dieu comme enfance. À jamais. C’est le seul cadeau qui ne s’évente pas. Qui ne soit pas déjà ouvert. La mort peut venir avec ses hymnes désastreux. Le temps peut frapper à la porte avec ses clichés usés jusqu’à la trame. Le roi-enfant nous donne sa gloire et son regard d’amour. Ici et maintenant. À Noël, l’enfance te regarde. Elle revient de la longue nuit, et tu portes au visage, soudain, tes beaux yeux de toujours.

Emmanuel Godo. Poète et essayiste

(source : La Vie)

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Veillée pour voir mieux...

 

Une journée de lucidité avant une renaissance...




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samedi 23 décembre 2023

Solstice d'hiver...

 Texte de Sabine Dewulf

Solstice d'hiver... nous vivons, comme chaque année, en cette période, le grand seuil, désigné par René Guénon, féru de tradition, comme "la porte des dieux". 

J'aime beaucoup cette formule, liée au  mystérieux pouvoir du dieu Janus, divinité des portes, gardien des deux solstices ou portes de l'année, celle des hommes, en été, sous le signe du Cancer et de la Lune, et celle des dieux, en hiver, sous le signe du Capricorne et de Saturne, dieu des moissons, porteur de la faux tranchante, qui nous délivre du superflu, nous ramène à l 'essentiel, nous permet d'accéder à un niveau de nous-même insoupçonné. 

Le symbole est puissant. (Tout à l'heure, j'étais au rayon  d'une grande librairie, et je me disais : tiens, je ne vois ici aucun livre sur les symboles, sur la force initiatique de ces signes qui rôdent pourtant dans notre inconscient collectif... ) Ranimons un instant ce symbolisme qui tend à s'étioler...


Janus, nous le savons, nous offre deux visages. 

L'un d'eux - le visage de l'été, au moment où, paradoxalement, la graine de l'obscur est semée, où le soleil commence à décliner - se tourne vers la Terre, l'horizon toujours dérobé, où miroitent tant de nos illusions, le désir individuel, le projet d'existence, le goût de l'avenir, le pouvoir, en somme, d'incarnation dans le temps et dans l'espace - qui n'est nullement à négliger, précisons-le. C'est le visage de notre identité, indispensable, incontournable, même si nous le savons prisonnier du miroir, toujours perçu à bonne distance de nous-même et confondu avec ce que nous sommes en profondeur. C'est aussi la branche horizontale de la croix de notre destinée, l'accomplissement de l'ego. 

Son autre face est celle de l'hiver obscur, au coeur duquel renaît la lumière, toute frêle, pourtant invincible : c'est la clef qui ouvre le Ciel, la lumière étrange, secrète, presque imperceptible, constitutive de cet arrière-plan (arrière-pays, écrivait le poète Yves Bonnefoy) invisible qui nous anime tout en nous laissant croire que nous sommes les auteurs de nos actions. C'est le visage très pur (immense et transparent, disait Douglas Harding) de notre conscience, le pôle vertical, primordial parce que premier. Ce visage-là se tourne non pas vers le passé mais vers l'origine, l'essence même de notre être, jamais perdue mais toujours occultée, brouillée par notre vision à court terme, nos projections émotionnelles.  

La lettre Y est le temple de ce dieu si extraordinaire : équilibrée comme le Yin-Yang, elle ouvre ses deux branches, celle de gauche et celle de droite. C'est un arbre grand offert, une lettre double par ailleurs, mi-consonne, mi-voyelle. C'est un signe à deux voies - à deux voix. Ce  n'est pas un hasard si les Pythagoriciens lui accordaient une importance particulière. C'est une lettre hautement spirituelle, initiale du nom imprononçable de Dieu dans la Bible, de l'arbre mythique d'Yggdrasil, du Yoga sacré de l'Inde, dont les enseignements débordent tellement ce que nous croyons en connaître, en Occident. C'est également le Yod des Kabbalistes, le germe sacré par excellence. 

C'est tout simplement aussi là où nous sommes, le "y", le Lieu par excellence. Nous y allons, nous y demeurons, l'espace n'a aucune prise sur lui. Le temps non plus.

Alors, profitons de ce seuil éternel, où la lumière toujours se renouvelle. Puisons-y nos ressources, nos espérances, notre goût de l'ici-maintenant. 

Je vous souhaite de belles fêtes de fin d'année !

Source : L'Oracle alphamythique - Sabine Dewulf et Antoine Charlet. Illustration de la carte : Marie Dewulf.

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vendredi 22 décembre 2023

Etre à l'écoute

 


Aujourd’hui, je vous parle d’un point très particulier, qui n’est pas un point d’acupuncture. 

C’est un tout petit point blanc au milieu d’une immensité noire.

Ce petit point, vous le connaissez tous, il est sur ce dessin : ☯️

Il nous parle de l'incroyable évènement cosmique que nous sommes en train de vivre :

LE MOUVEMENT DANS L’IMMOBILITÉ !

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🟡 21 décembre, solstice d’hiver : 隆冬 lóngdōng

🔹Pour l’esprit occidental : l’entrée dans l’hiver

🔹Pour l’esprit chinois : l’apogée de l’Hiver 冬 dōng

🔹Pour tout l'hémisphère Nord : la nuit la plus longue et la renaissance de la lumière

🔹Pour qui médite dessus : un truc vertigineux, une alchimie bouleversante

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🟡 Que se passe-t-il en terme de Mouvement ces jours-ci ?

Si vous avez déjà eu l’occasion d’observer l’évolution de la place du couchant à l’horizon, alors vous savez qu’aux solstices, pendant plusieurs jours, l’emplacement est quasiment le même, comme si le soleil hésitait avant de changer de sens.

Une sorte d’immobilité vigilante, à l’écoute, pour mieux gérer et suivre le nouveau mouvement naissant.

Cette hésitation, ce retournement profond, on est en plein dedans !

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J’aimerais vous donner quelques exemples de cet instant incroyable.

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🟡 Lorsque vous vous préparez à sauter 🤾, il y a tout le moment de préparation, de repli pour la prise d’élan.

C’est comme un recul à l’intérieur de vous, une condensation.

Puis vient le moment d’initier l’élan pour le saut lui-même. Une ultime flexion des genoux pour l’appui, et le mouvement s’inverse.

🔹C’est ça.

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🟡 Lorsqu’un groupe d’oiseaux 🐦 ou un banc de poissons 🐠 change de direction : on ne saurait pas dire lequel a initié le mouvement, mais on constate une accumulation, une densification et comme un ralentissement, avant de repartir fluidement.

🔹C’est ça.

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🟡 En calligraphie chinoise 🖌, pour tracer un trait droit, on trace en vérité une espèce de 8. On fait une sorte de boucle “sur place” avant de lancer le pinceau.

🔹C’est ça.

Le mouvement est déjà beau en soi, mais c’est encore plus délicieux à vivre avec le résultat visuel de l’encre, qui ne ment pas et nous montrera si c’était bien vécu donc bien exécuté.

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Comprenez-vous ce qui se joue en vous en ce moment ?

Nous sommes dans des jours d'inertie maximale.

Soyez à l’écoute, ressentez ces derniers instants d’immobilité apparente, de repli sur soi avant la poussée, toujours laborieuse au départ, qui permettra au yáng 陽 de renaître des profondeurs du yīn 陰 !

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Alice Korovitch

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jeudi 21 décembre 2023

Partage de connaissance

 — Zen, Yoga, Taï-Chi-Chuan, Aïkido —

Il ne s'agit pas d'enseigner un savoir-faire ; il s'agit de partager sa connaissance.

C'est pourquoi je refuse absolument d'enseigner la voie tracée par Graf Dürckheim à distance par un réseau informatique. Pourquoi ? Parce que dans le face-à-face à distance que permettent les écrans il est impossible de se donner la main ... !

Est-ce vraiment raisonnable ? Ce qui ne serait pas raisonnable est d'imaginer ou de penser qu'à l'occasion de ce contact fictif, virtuel, que permet ce qu'on appelle le progrès dans le domaine de la communication, nous faisons l'expérience d'une rencontre réelle de personne à personne.

L’image de ces deux mains qui se donnent concrètement réanime un souvenir à la fois affligeant et stimulant.

Rütte 1969 — J'entre dans le bureau de Graf Dürckheim. Ce doit être notre troisième rencontre. Il se lève et tend la main. Nous nous donnons la main. Aussitôt ma main en contact avec la sienne, il me dit : « Jacques, ne bougez pas ! Sentez ce qu'on désigne par l'expression se donner la main. Vous sentez ? On pourrait mettre un œuf de pigeon entre votre main et la mienne. Ce qui signifie que vous manquez de contact ; vous manquez de contact humain ».

Tout en maintenant ma main dans la sienne, Graf Dürckheim m'a invité à métamorphoser ce geste, à le libérer de ce qui entravait le contact humain souhaité.

« Voilà ! Vous sentez la différence ? La main n'est pas quelque chose ; la main, c'est l'homme dans sa globalité et son unité. La main, c'est l'homme qui donne, c'est l'homme qui reçoit. Dans le travail que nous allons entreprendre et qui a pour sens l'éveil de l'homme à sa vraie nature, passer de l'idée que "l'homme A un corps, à l'expérience du corps que l'homme EST" ("Leib" dans la la langue allemande) est inéluctable ».

Je n'ai pas pris cette remarque — vous manquez de contact humain, — comme étant un jugement mais comme étant l'implacable diagnostic d'une manière d'être au monde qu'il est possible d'engager dans un processus de transformation.

C'est en contact avec le maître qui propose un chemin d'expérience et d'exercice que j'ai non pas compris mais fait l'expérience sensible, phénoménale du corps que l'homme EST. Leib, le corps vivant, n'est pas la somme des objets qui le composent, parmi lesquels : la main. Leib, le corps-vivant que nous sommes, est l'ensemble des gestes à travers lesquels chacun se présente, devient celui qu'il est au fond ou se manque.

Une telle expérience serait-elle possible lors d'un échange avec le maître par Face Time ou Skype ?

De l'expérience à l'exercice ; de l'exercice à l'expérience !

"Ne tirez pas, laissez cela tirer ... ".

Dans les années 1970 Graf Dürckheim m'a invité à proposer, aux personnes qui séjournaient à Rütte, les quelques exercices qui sont la base de l'Aïkido et les bases du Karaté Shotokan. Je pourrais comparer ces exercices au travail de la barre auquel se soumet tout danseur et toute danseuse dans le domaine de la danse classique. La condition que m’avait imposé Graf Dürckheim était de ne pas enseigner un savoir-faire mais de partager ma connaissance acquise grâce à des années d'entrainement dans ces voies tout à la fois artistiques, artisanales et martiales.


En parallèle, j'ai commencé la pratique du Kyudo, le tir à l'arc traditionnel. Entre les stages dirigés par le Maître Satoshi Sagino s'impose l'entrainement quotidien qui consiste à renouveler deux tirs chaque matin.

Le tir étant un rituel composé d'une séquence de huit gestes qui permettent d'encocher la flèche pour ensuite la décocher.

Lorsqu'on pratique le Kyudo, il est fréquent d'entendre ce rappel prononcé par le Maître de l'art : « Ne tirez pas, laissez cela tirer ! ». Injonction agaçante (si je ne tire pas, l'arc ne va pas le faire pour moi).

Injonction irritante, exaspérante et en même temps provoquante.

"Ne tirez pas, laissez cela tirer ... !".

Participant à un stage de Kyudo, je m'apprête à exercer un tir. Maître Sagino s'approche et prend l'arc en posant ses mains sous les miennes. Expérience inattendue : un tir à quatre mains ! C'est dans ce face-à-face - qui ressemble à celui d'un couple qui valse - que la séquence des gestes est engagée. D'une telle manière qu'il m'est difficile de dire lequel des deux partenaires conduit l'autre ou le suit ?

Etrange sensation de parfaite unité. Comment conceptualiser ce que j'éprouve ?

Le concept contact s'impose. C'est autre chose qu'un effleurement, une proximité ou un rapprochement.

C'est ce non-deux que je sens et ressens lorsque je pratique zazen et que je sens que je inspire. Non, si je conceptualise au plus près ce que je sens, il me faut écrire JEINSPIRE en un mot, parce qu'il n'y a ni distance ni écart de temps entre ce que je nomme "Je" et ce que je nomme "Inspire".

De même, à l'occasion de ce tir à quatre mains, l'action conciliée à celle du maître de la technique me libère de l'ego qui habituellement fait les choses et pense que s'il ne les fait pas, rien ne peut se faire. Et voilà qu'à mon insu ... Cela a tiré ! Maître Sagino s'est éloigné, sans rien dire, me laissant digérer ce que je venais d'avaler et qui doucement entreprenait la transformation si souvent souhaitée : un grand calme intérieur, une manière d'être en ordre inaccoutumée et en contact avec tout ce qu'il est possible d'approcher grâce aux cinq sens.

Les tirs suivants, à deux mains, me semblaient absolument différents ! L'union avec le maître devenait l'union avec la technique. Une telle expérience serait-elle possible lors d'un échange avec le maître de la technique, le maître de l'art, par Face Time ou Skype ?

Je vous suis reconnaissant de ne pas attendre de ma part un enseignement ... à distance.

Je me réjouis de bientôt avoir la chance de vous donner la main.


Jacques Castermane


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