dimanche 12 janvier 2020

Libérez la force de la tendresse


Marie de Hennezel nous fait part de sa réflexion sur cet élan émotionnel, cette éclosion du cœur que l'aventure de vieillir permet de déployer.


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Et si, en ce début d'année, la tendresse était notre nouveau potentiel ? Une émotion à libérer en chacun au fur et à mesure qu'on avance en âge ? C'est la conviction qui est au cœur du livre Et si vieillir libérait la tendresse, écrit à deux voix par la psychologue clinicienne Marie de Hennezel et le psychiatre et psychanalyste Philippe Gutton. La première apporte son expérience d'accompagnement du vieillissement et les nombreux témoignages sur le vécu intime de couples âgés qu'elle a recueillis dans le cadre de séminaires et de groupes de parole. Le second pose le regard conceptuel de l'universitaire sur cet élan émotionnel que Freud a identifié mais que la psychanalyse a ensuite négligé. À l'arrivée, un même regard sur un potentiel d'amour que l'avancée en âge rendrait possible. Et qui touche à tous les plans de la vie. Marie de Hennezel s'en explique.
Pourquoi avoir choisi ce thème ?
La tendresse est au cœur de toute vie et de tout être et nous porte de la naissance à la mort. Mais cet élan émotionnel, s'il est très présent dès le début de l'existence, notamment quand on est enfant et vulnérable, est ensuite mis de côté. Comme si les règles de la société, la place du pouvoir et des contraintes sur la vie adulte rendaient la tendresse incompatible avec la pulsion d'emprise sur le monde qui souvent nous guide. Même la psychanalyse ne lui laisse aucune place à côté de la sexualité et des pulsions. Une ignorance qui, pour mon coauteur, Philippe Gutton, psychanalyste, a contribué à associer la tendresse à une forme de faiblesse, de mièvrerie. 
Pourtant, vous affirmez qu'en vieillissant, nous pouvons retrouver ce sentiment comme un potentiel...

Oui, lorsque nous passons de l'emprise à la déprise, que nous retrouvons une forme de vulnérabilité par rapport au monde, la tendresse peut se faufiler, reprendre sa place et même devenir une force. Car nous libérons en nous une émotion nouvelle. J'ai rencontré bien des hommes qui avaient occupé des postes de pouvoir et découvraient leur potentiel de tendresse, une fois à la retraite avec leurs petits-enfants. « Devant eux, je fonds », me disait l'un d'entre eux. C'est aussi le moment où changent la sexualité et le désir. Les transformations physiques peuvent nous faire évoluer vers plus de tendresse et de sensualité et ce n'est pas un pis-aller ! Le deuil du corps jeune ouvre la voie vers un autre éros. C'est une capacité ignorée, un élan du cœur et du corps qui vient tout seul, si on lui laisse la place. Il peut nous faire désirer, aimer et vivre autrement. Il ne faut pas avoir honte d'un regard tendre... 
Sommes-nous tous aptes à explorer cette émotion nouvelle ? 
Je continue à le constater, les personnes qui acceptent mal de vieillir, de perdre du pouvoir sur les autres, sur la société, et qui veulent garder le contrôle, se ferment à ce potentiel. On observe alors un repli sur soi, voire une forme d'agressivité et de violence. Pour franchir cette porte, il faut accepter le changement, un certain lâcher-prise. Je ne dis pas que c'est facile. Il faut sans doute passer par une prise de conscience, découvrir une forme d'intériorité.
C'est donc un travail à mener en soi et avec soi ?
C'est un chemin qui se fait progressivement et où l'on apprend à tenir ensemble la force et la tendresse. Le voyage vers l'intériorité est une conséquence d'une évolution psychique vers moins de contrôle, un deuil à faire de certaines postures de nous-mêmes. Il faut accepter de laisser partir l'homme extérieur pour mieux accueillir l'homme intérieur. Vieillir est toujours présenté sous forme de perte, de diminution, jamais en positif. Or, si l'on rapetisse sous la toise, on peut grandir sur un autre plan. Se découvrir, par exemple, plus libres, plus disponibles. Le temps est comme dilaté. Une femme me disait qu'en vieillissant et après avoir lâché des obligations professionnelles et son stress quotidien, elle s'était découverte bien plus gaie ! 
Les femmes sont-elles plus accueillantes à la tendresse ? 
La tendresse n'est pas l'apanage des femmes. Ce n'est pas une question de sexe, plutôt de tempérament. On ne peut pas catégoriser. Je vois de plus en plus de jeunes hommes qui sont dans une vraie tendresse, par exemple avec leur bébé qu'ils câlinent tout autant que leur compagne. C'est aussi le résultat d'une évolution de la société, d'un retour aux valeurs dites douces. 
Que voulez-vous dire ? 
Nous nous sommes construits sur l'illusion du progrès constant, vers une société toujours plus performante et dominante. Mais nous devenons de plus en plus conscients qu'il faut chercher d'autres voies d'innovation moins prédatrices de la nature et de la Terre notamment. On peut faire un parallèle avec l'évolution de l'être qui avance en âge et qui doit s'ouvrir à d'autres valeurs. Même les neurosciences l'attestent aujourd'hui : les valeurs de douceur et d'empathie font du bien à l'homme et à la société. La tendresse est un facteur de longévité heureuse. Ce ne sont pas les rapports de pouvoir qui protègent du vieillissement, mais les interactions positives, le plaisir de la rencontre qui agit sur nos gênes. 
Comment cultiver la tendresse et développer cette émotion bienfaisante ? 
Il n'y a pas à « cultiver » la tendresse, il faut plutôt lui ouvrir la porte pour la laisser venir. Comment ? En étant attentif à tout ce qui réveille cette émotion . La main de mon compagnon, la vulnérabilité d'un bébé, la beauté fragile ouvrent à la tendresse et dilatent le temps. C'est à chacun d'être présent à cette émotion en lui. Ma mère avait reçu un livre de photos familiales pour ses 90 ans et, à la fin de sa vie, le feuilleter tous les jours était devenu son rituel de tendresse.

> Comment la réveiller en soi ?

Le soir au coucher, en vous remémorant votre journée, cherchez à repérer ce qui a éveillé cette émotion en vous. Quand ai-je ressenti de la tendresse aujourd'hui ? En prenant la main de mon compagnon, en posant un regard ému sur un enfant au square, sur une personne âgée dans la rue, en découvrant de jeunes pousses vertes sur mon balcon ? La tendresse touche au désir et à la sensualité et peut naître dans l'intimité des rapports amoureux, mais aussi à tout moment de la vie, d'une parole lue ou même d'une seule belle phrase entendue à la radio ! La rencontre de la beauté à travers l'art, la lecture, la photo peut aussi éveiller en soi un élan de tendresse. C'est un autre rapport à l'existence qui se construit et auquel il importe d'être chaque jour attentif. 

> À lire 

Et si vieillir libérait la tendresse,  de Marie de Hennezel, Philippe Gutton, Old'Up. Connivence douce d'un couple comptant 60 ans de vie commune, jeunes amoureux de 70 ans... En partant de témoignages intimes sur la sensualité et la transformation du désir, le livre explore le lien entre la tendresse libérée et l'accomplissement d'une vie.

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vendredi 10 janvier 2020

Entrons en contact avec notre peau


La peau constitue l’organe le plus grand du corps humain : elle représente 16 % de son poids total.  D’un point de vue chimique, la peau comprend en moyenne : - 70% d'eau - 27,5% de protéines - 2% de matières grasses - 0,5% de sels minéraux et oligo-éléments.  Elle est constituée de trois couches de tissus : 
 - L’épiderme, la couche superficielle 
 - Le derme, couche intermédiaire 
 - L’hypoderme, couche profonde 
C'est grâce à la peau que nous avons toutes les informations sur la texture, la température ou encore la consistance. La peau fourmille de terminaisons nerveuses très sensibles. 

La peau est reliée au poumon.

La peau est en relation avec le monde extérieur : elle réagit aux agressions du monde environnant, qu'il soit physique ou psychologique. C'est la peau qui donne les premières indications (avec le nez... !)

La peau est en relation avec le système nerveux : elle est issue du même feuillet embryologique (l'ectoderme). Tous les dermatologues devraient être psychologues et inversement. Quand les relations sont tendues, la peau s'enflamme.

La peau est aussi en liaison avec les organes digestifs, vu sa peau s'altérer après une nourriture trop riche ou après un repas trop copieux. Les laitages semblent exacerber les soucis de peau.

Les grands points en shiatsu
40V (grand point de la peau), 
10RP « mer du Sang »,


17V Shu du Sang.

source : vade-mecum de shiatsu Thérapeutique
de Bernard Bouheret


La peau sépare le monde en deux parties
Côté couleur, côté douleur.
Paul Valéry


jeudi 9 janvier 2020

Emerveillement...


" Le monde ne mourra pas par manque de merveille mais uniquement par manque d'émerveillement."

 Voici des extraits choisis du document de la RTS sur Vincent Munier, photographe animalier :


mercredi 8 janvier 2020

Note de lecture par Gilles Farcet

    Je termine la lecture de ce livre. J'adhère à ce qu'écrit Gilles Farcet. Cet ouvrage nous entraîne sur les pas de Swami Prajnandad et nous décrit la beauté de son chemin qui s'inscrit dans le monde. Suivre sa trace, comme l'a montré Arnaud Desjardins et comme le montre Emmanuel, permet de changer profondément notre marche dans cette existence.


VIVRE, la Guérison Spirituelle selon Swâmi Prajnanpad, 
d'Emmanuel Desjardins
J’avoue avoir entamé le livre d’Emmanuel avec un questionnement : pourquoi un livre « de plus » sur Swâmi Prajnânpad , sa vie et son enseignement , en particulier pour des lecteurs assidus des publications menées à bien par Daniel Roumanoff …

Et dès les premières pages, j’ai été heureux de constater que non seulement le livre captait mon intérêt mais s’annonçait comme précieux, impression qui n’a fait que se confirmer au fur et à mesure de l’avancement de ma lecture.
Passionné par Swâmi Prajnânpad, ayant , je crois, tout lu (où à peu près) des publications parues sous son nom ou à son sujet grâce à l’inestimable travail de Daniel Roumanoff (lettres, entretien transcrits, biographie, témoignages de Srinivasan, Sumangal Prakash …), je n’ai rien appris en termes d’information sur la vie de Swâmiji ou sur son enseignement à la lecture du livre d’Emmanuel qui puise ses sources dans cette abondante bibliographie.
Pourtant, cette lecture m’a captivé et nourri et je la recommande vivement à toutes celles et tous ceux que cette voie interpelle. Je me propose de dire pourquoi à l’occasion de cette recension :
Le grand intérêt de ce livre, outre son sujet en lui même, tient aux qualités de son auteur :
Tout d’abord, le style d’Emmanuel est clair, fluide, concis, d’une lecture plus agréable et abordable que celle des livres de Roumanoff (ce qui n’enlève rien à leur intérêt et à leur immense apport)
Plus abordable et agréable aussi que celle des entretiens retranscrits de Swâmiji, lesquels, si passionnants qu’ils soient pour les pratiquants de cette approche, restent des transcriptions de dialogues, traduits de l’anglais, avec toutes les lourdeurs, répétitions et défauts intrinsèques à une parole retranscrite telle quelle.
La fluidité de l’écriture reflète le grand talent de pédagogue d’Emmanuel. Comme son père (je pense notamment aux trois volumes des Chemins de la Sagesse ou Arnaud donnait un époustouflant résumé de l’enseignement de Swâmiji recueilli à travers ses entretiens avec lui) Emmanuel a l’art de la synthèse. Si bien qu’il réussit une forme d’exploit : donner au lecteur , sous une forme à la fois abordable et fine, sans aucune simplification dans le mauvais sens du terme, un condensé , d’abord de la vie et de la personne de Swâmiji, puis surtout de tous les aspects fondamentaux de ce qu’on peut appeler son enseignement, citations et références à l’appui. Si j’osais une formule, je dirais que ce livre, c’est le Swâmi Prajnânpad sans peine mais en aucun cas au rabais. L’auteur a pour ainsi dire fait le travail pour nous. Avec une grande rigueur intellectuelle et un sens aigu de ce que j’appellerais l’orchestration des concepts, il nous déroule un exposé magistral mais jamais ennuyeux de la perspective spirituelle propre à Swâmi Prajnânpad. Swâmiji, à mon sens, était un génie dans son domaine, si on considère qu’un génie est quelqu’un qui renouvelle sa discipline, la pousse un cran plus loin tout en s’appuyant sur une tradition. La virtuosité pédagogique d’Emmanuel rend le génie de Swâmiji très accessible. Tout est limpide, articulé et ainsi d’autant plus puissant. De fait, si je devais ne recommander qu’un seul livre à un lecteur désireux de se familiariser avec la perspective de Swâmiji, ce serait celui là.
Par ailleurs, si l’auteur a vraiment su se mettre au service de son sujet et donc s’effacer , il n’en apparait pas moins ici et là de manière très juste et pertinente, au travers d’une image de son cru, d’une clarification d’un point délicat, voire d’un trait d’humour bienvenu.
Car, et c’est aussi ce qui fait la qualité de ce livre, Emmanuel est imprégné de son sujet. Ainsi qu’il le rappelle lui même dans les premières pages, Swâmi Prajnânpad a fait partie de sa vie depuis sa naissance. Il ne l’aborde donc pas seulement avec les qualités et compétences d’un universitaire apte à brillamment restituer un enseignement sur la base de sources bibliographiques et d’une affinité intellectuelle ou philosophique. Ce livre est d’un bout à l’autre porteur et véhicule de ce « quelque chose en plus » qui vient de ce que l’auteur a fait de cet enseignement un sujet non seulement d’étude mais de pratique personnelle. A ce titre, l’ouvrage d’Emmanuel transmet cet élément vivant et sensible que seul peut conférer une résonance intime, une compréhension pour ainsi dire « sur le terrain »
Un mot du titre qui me semble particulièrement approprié :
L’enseignement de Swamiji consiste en effet à vivre : vivre le plus consciemment, le plus pleinement possible. Il ne s’agit pas de chercher à éviter l’existence et ses aléas où à s’en extraire « par le haut » mais à jouer le jeu de la vie en beau joueur, en jour lucide, audacieux et digne. Seule le fait de vivre ainsi guérit. C’est bien là le « message » de Swâmiji , « message » que ce livre parvient à rendre admirablement.
Je redirai donc pour terminer que, si ce livre ne m’a rien « appris » au sens linéaire du terme, il m’a profondément nourri et n’a fait que renforcer mon émerveillement face au génie spirituel de Swâmiji. Je recommande et recommanderai sans réserve sa lecture, avec gratitude envers son auteur pour ce si utile cadeau.

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mardi 7 janvier 2020

La vigilance est conscience...


La vigilance est un état de conscience, d’ouverture et de disponibilité à ce qui advient. Etre vigilant, c’est regarder défiler les trains de pensées et d’émotions, sans vouloir les retenir ou chercher à les faire disparaître, sans se laisser captiver par un wagon ou un autre, sans courir derrière. C’est demeurer sur place, tranquille, et les laisser passer. Être vigilant, c’est être conscient de tout.

La vigilance peut se définir comme le fait d’être conscient de ce qui se passe, d’être « présent ». Elle doit s’étendre à tous les domaines de l’existence sans exception. Il n’y a d’ailleurs pas de préhension du réel sans vigilance, celle-ci nous permet précisément de prendre conscience de nos mécanismes intérieurs de refus et de revenir au réel. D’ordinaire, ceux-ci se déroulent dans l’ombre ; nos habitudes, le poids du passé, perpétuent à notre insu un conflit avec l’instant tel qu’il est. Nous ne sommes alors même pas conscients de notre coupure avec le réel.

La vigilance de l’homme en chemin et celle de celui qui est parvenu au terme de sa quête ne peuvent pas être la même. La vigilance de l’être réalisé, entièrement spontanée, est simple vision de ce qui est, la vigilance du débutant est aussi vision de ce qui est, mais celle-ci englobe nécessairement les émotions, les associations d’idées, les humeurs diverses auxquelles il est encore soumis.

Véronique Desjardins


Marie Chantale Forest
Anthologie de la vigilance
Editions Accarias l'Originel

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lundi 6 janvier 2020

Anthologie de la Vigilance


Je mettrai cette année sous le signe de la vigilance.
Il est paru, chez Accarias l'Originel, une anthologie de la vigilance (un chemin vers la lumière) de Marie Chantale Forest dont voici la préface. C'est un recueil de perles qui peut vous fournir un beau collier pour cette nouvelle année... Nous allons être rayonnant de ce présent.



Préface de Eric Edelmann

Il y a de cela bien longtemps, Arnaud Desjardins avait émis le souhait qu’une anthologie de textes concernant la vigilance soit composée. Ce thème étant au cœur de tout chemin de transformation intérieure, il était légitime qu’un ouvrage entier lui soit consacré.

Marie-Chantale Forest a eu la bonne inspiration de répondre à cet appel en recueillant les propos qu’ont pu tenir des maîtres spirituels, des sages, des saints ou tout simplement des auteurs appartenant à toutes les traditions et à toutes les époques. Ce florilège est on ne peut plus bienvenu car il contribue à renforcer la conviction selon laquelle aucune démarche spirituelle digne de ce nom ne peut se dispenser d’un tel travail de vigilance.

Il faut bien le dire, ce terme de vigilance à lui seul est souvent source de grands malentendus et il est même parfois perçu comme une lourde contrainte et une limitation dans notre spontanéité. Il peut être aussi associé à la peur - comme par exemple dans le fait d’être sur ses gardes. Autant d’incompréhensions que ce livre pourra dissiper. Le Bouddha l’a pourtant rappelé de façon laconique et précise : « Ceux qui sont vigilants ont déjà la vie éternelle, et ceux qui ne sont pas vigilants sont déjà morts. » C’est une parole dont on ne mesure pas la portée et qui, néanmoins, résume bien la situation réelle et la seule alternative dans laquelle se trouve chacun d’entre nous.

Le fait de constater cette unanimité chez les êtres spirituels a de quoi nous faire réfléchir et peut certainement nous éclairer sur l’impérative nécessité de cette lucidité accrue - on pourrait dire aussi de cette pleine conscience si cela n’évoquait pas seulement un mouvement actuel à la mode associé à la méditation laïque.

Une histoire empruntée à la tradition zen illustre bien à cet égard l’importance qu’on doit lui accorder :

Un jour, un homme du peuple demanda à maître Ikkyu :

Maître, vous plairait-il d'écrire pour moi quelques maximes de la plus haute sagesse ?

Ikkyu prit immédiatement son pinceau et écrivit le mot « Attention ».

C’est tout ? demanda l’homme. N’ajouteriez-vous pas quelque chose ?

Ikkyu écrivit alors deux fois de suite : « Attention. Attention. »

Irrité, l’homme lui dit :

Je ne vois vraiment pas beaucoup de profondeur ou de subtilité dans ce que vous venez d’écrire.

Alors Ikkyu écrivit le même mot trois fois de suite : « Attention. Attention. Attention. »

L’homme, presque en colère, demanda :

Que signifie ce mot, en fin de compte ?

Et Ikkyu répondit gentiment :

— Attention signifie attention.

Par cette profusion de textes issus de tous les horizons, le lecteur pourra découvrir avec émerveillement que la vigilance n’est pas une fonction de la tête, loin de là!

L’attention véritable n’est aucunement de l’ordre de la tension mais plutôt de l’ouverture aimante d’un cœur éveillé.

Pour tout chercheur sincère qui n’a pas eu encore le privilège et la chance de rencontrer un maître authentique, le livre de Marie-Chantale Forest apporte une lueur d’espoir en montrant sans équivoque dans quelle direction il faut orienter ses pas.


Eric Edelmann

voir aussi : à propos de la vigilance par Arnaud Desjardins

dimanche 5 janvier 2020

Le service des mages...

C’est la fête des Rois Mages …C’est beau la science!

Justement l’histoire des Rois Mages est la rencontre de la Science , et pas n’importe laquelle : l’Astrophysique,  et de Celui qui allait « rompre le Temps » , comme on rompt le Pain, Jésus (avant et après Jésus-Christ , rupture du temps linéaire) . C’est la même réalité : rompre le Temps , rompre le Pain. Rompre le Pain signifiera une solidarité absolue : celle de la Communion . Rompre le temps linaire signifiera un renvoi au temps d’Éternité, celui de la Communion. D’où la fameuse galette des ROIS dans laquelle se cache le mystère du temps... 
Les anciens nous transmettent que le choix de Liberté consiste à se décider pour le Ciel ou l’enfer. La devise de l’enfer selon un grand nombre de cultures, c’est: « je ne servirai pas » , « ne comptez pas sur moi pour « servir » . L’enfer, ce n’est pas plus tard: c’est tout de suite, lorsqu’il y a « non service », ou plus souvent, impression qu’ « on ne sert à rien », «  que ça ne sert à rien ». Une sous devise de l’enfer c’est : « j’asservis : les autres sont « mes choses ». Une autre sous devise de l’enfer c’est : «  je m’asservis ». Enfin une ultime devise de l’enfer c’est : « je me sers ».  Or les sciences les plus avancées nous apprennent que si l’univers existe au moins tel que nous le percevons , c’est en raison des lois dites d’Associativité (Astrophysique ) ou  de Solidarités essentielles  (Botanique Jean-Marie PELT) . Tout est service dans l’Univers, monde des Rois mages. Le « non service »  : l’enfer,  est donc un non-lieu, un endroit qui n’a pas sa place, ni dans le Temps, ni dans l’Espace. Il s’exprime par le non partage,la possession,l’asservissement de soi et/ou de l’autre, l’inutilité,  le désespoir que ça ait servi à quelque chose…


Le « Ciel » ce n’est pas plus tard, c’est tout de suite aussi , quand «  tout »  sert  le « tout est Grâce »  . 
Or avec Noël: l’incarnation de la Parole en Jésus-Dieu (Serviteur) , tout devient service, même le pire: le massacre des Innocents.  On retrouve ces notions en Sciences. Lorsque vous étiez un tout petit embryon , vos mains comportaient des palmes. Votre programme génétique a envoyé  aux cellules qui allaient faire vos doigts  le un message suivant : « Continuez à croître pour être au service de la vie »  et les cellules qui allaient faire vos doigts  ont continué à croître pour faire vos doigts. Tandis votre programme génétique a envoyé un message aux cellules qui faisaient les palmes: «  Acceptez de mourir pour être au service de la vie »  et les cellules qui faisaient les palmes ont accepté de disparaître pour être au service de vos mains. Les mains sont le même "méridien" que le cœur (pour être simple!). Cet exemple , parmi mille et mille autres, montre que l’enfer : le non service, n’est même pas la mort , c’est inclassable , c’est pourquoi ça dépasse le petit être humain.C’est pour cela que ça renvoie à Dieu Lui-même comme Lieu de Mystère.  
Les Rois Mages règnent sur des domaines conduits par l’Étoile... Les constellations… Ils règnent en Serviteurs de la Révélation. Ils sont également les Serviteurs de l’exil vers l’Égypte… sans même le savoir… et même en « Serviteurs »  du pire: le massacre ordonné par Hérode!! Bientôt Jésus, dont le nom veut dire «  Dieu sauve » , permettra que les pires horreurs finissent « au service », finissent par trouver un sens pour ceux et celles qui Le vivent comme Sauveur… car, « solidarités essentielles : «  Nos larmes coulent sur les joues de Dieu »

Prière de Ravensbruck

"Seigneur, ne te souviens pas seulement des hommes et des femmes de bonne volonté mais aussi de ceux qui n'en furent pas. Ne te souviens pas seulement des souffrances qu'ils nous ont fait subir mais aussi des fruits que nous avons portés grâce à ces souffrances : notre amitié, notre loyauté, notre  humilité. Souviens-toi du courage, de la générosité, de la grandeur d'âme qui ont jailli de tout cela. Et quand viendra pour eux l'heure du jugement, permet que tous ces fruits que nous avons portés leur soient comptés en pardon."

Extraite du livre "Le développement de l'homme en huit étapes" de Denis et Matthew LIN et Sheila FABRICANT (DDB)

MTBC

vendredi 3 janvier 2020

La méditation est inqualifiable


« La méditation ne se satisfait pas de son simple énoncé, elle veut qu'on la qualifie ; métaphysique chez Descartes, poétique chez Lamartine, transcendentale chez Kant, la méditation est toujours quelque chose. La démarche zazen ne se qualifie pas. »* 

Cette dernière assertion nous ouvre au caractère très particulier du zen qui a traversé 2500 ans d'histoire parce qu'il a permis à de nombreuses générations, d'actualiser (et non de dogmatiser) à travers une expérience, l'essentiellement humain. L'humain n'appartient pas au laïque ni au spirituel. Au nom de quoi peut-on s'employer à restreindre une activité qui se déploie à travers le vivant, au cadre d'une laïcité ? 

 Ce qui touche précisément sur la voie et qui a touché Dürckheim lui-même, puisqu'il parlait du caractère universellement humain de cette pratique, c'est l'expérience de l'au-delà des contraires, l'expérience d'unité. Préconiser une méditation laïque, c'est induire chez le pratiquant qu'il n'est pas concerné par le spirituel. L'expression « méditation laïque » prive la personne d'un processus de reconnaissance de son « moi naturel » qui n'est ni laïque, ni spirituel. Toute définition de la méditation mène à une aporie, il est nécessaire de lui laisser son caractère insaisissable. 

 La pratique est un moment de reconnaissance de la vie qui nous agit et avec laquelle nous apprenons à entrer en résonance. Une attention privée de cette reconnaissance (qui passe par l'ouverture du corps et une mise à disposition de tout soi-même) resterait une activité auto-centrée. 

 L'expérience, celle vécue pendant la méditation, c'est le résultat d'une compréhension basée sur cette résonance : on entend et on s'entend ; une certaine manière de se connaître et de se reconnaître participant à un tout dans lequel existentiel et essentiel restent indifférenciés. 
 Lors d'un congrès de médecins, Dürckheim pose cette question : « Messieurs, si vous m'entendez parler, qu'est-ce que vous entendez ? Mon esprit, mon corps ? » Silence total. « Répondez-moi. Pour vous, hommes de science, une troisième chose n'existe pas... » Quelqu'un dit : « Votre voix... C'est quelque chose de corporel, de matériel. »... « Mais qu'est-ce que vous entendez ? » Quelqu'un a le courage de dire : « VOUS ! » Exactement, répond Dürckheim, et il ajoute : « La personne est autre chose que ce qu'on veut diviser en deux. » 

Ce vous, c'est un tout, il implique ce qui est de notre fait et ce qui ne l'est pas. La pratique œuvre dans le sens de cette union. C'est bien ce qui nous touche chez les maîtres, non pas ce qu'ils disent, mais ce qu'ils nous montrent par leur manière d'être, cette mise en acte tout à fait singulière de ce quelque chose qui les anime au plus profond. Et qui pourrait distinguer en eux le laïque du spirituel ? 

 Comment le spirituel pourrait-il se manifester, si ce n'est dans la transparence de l'humain, et comment ne pas voir à travers certaines exigences qui prennent naissance dans le corps, les « intentions du ciel » ? 
 La personne a besoin de réaliser que sa présence existentielle est sa propre essence, elle n'a pas d'autre mode d'expression de sa nature profonde. Un crayon n'est dans son essence de crayon qu'à travers le phénomène qu'on appelle écriture. Le crayon en tant que tel n'existe pas, c'est un concept. 

La méditation dite « laïque » risque d'enfermer la personne dans une sorte d'auto-suffisance, la laissant à l'écart du mystère de ce qui l'agit en silence : la vie. 
 Ce VOUS, cette PERSONNE, dont parle Dürckheim, c'est la révélation immédiate d'une indistinction entre « je » et « suis ». Gardons-nous bien de qualifier la méditation et de la réduire à un cadre défini quel qu'il soit, nous risquerions alors de condamner l'humain à une quête éternelle de sa part manquante, très précisément cette part qui ne manque jamais. 

 Dominique Durand

 * Antoine Marcel : « Recueil en mon ermitage »

jeudi 2 janvier 2020

La reprise quotidienne de toujours le même exercice...


Chaque jour, depuis plus d’un demi-siècle, je reprends le même exercice : zazen. La reprise quotidienne du même exercice peut paraître ennuyeuse à celui qui ne pratique pas cet exercice. C’est certainement le cas lorsque le mot répétition conduit, comme mon imprimante, à l’addition de photocopies. Mais la danseuse qui, quotidiennement, reprend l’exercice de la barre, le concertiste qui, quotidiennement, reprend l’exercice qu’est la gamme, n’a pas l’impression de devenir une machine-outil qui, d’heure en heure, reproduit le même objet à l’identique. Dans le domaine artistique, le maître de musique comme le maître de danse impose à ses élèves la reprise quotidienne de toujours le même exercice. Comme il impose — à lui-même — la reprise sans fin de l’exercice qu’il enseigne. 

La pratique du KyuDo (l’art du tir à l’arc) se résume à l’apprentissage des huit gestes qui permettent d’encocher une flèche pour ensuite la décocher. Je n’oublierai jamais l’émotion qui m’a envahi lorsque, pour la première fois, j’ai vu le Maître Satoshi Sagino tirer une flèche. Il est impressionnant de voir à quel point chaque geste inonde le moment présent tout en étant relié à celui qui précède et à celui qui va suivre. Plus impressionnant encore est la manière d’être-là du maître de l’art ; sa verticalité, sa détente, le calme qui semble être le fondement de son action. Parlant de cette émotion à Graf Dürckheim (qui a pratiqué le Kyudo pendant une dizaine d’années au Japon) j’avouais que le mot beau me semblait pauvre pour exprimer ce que je ressentais intérieurement en participant à cette démonstration. 
Après un long temps en silence, Graf Dürckheim me dit : « Vous avez raison. Il s’agit ici du —beau— dans toute sa vérité naturelle, originelle. Ce qui se révèle, à l’occasion de ce rituel qui consiste à tirer une flèche, dépasse la simple beauté ; il s’agit d’une qualité vivante et forte qui n’a rien d’artificiel. C’est ce que j’appelle le geste pur. 
Le geste pur a deux sources : le geste inné et le geste parfaitement maîtrisé. Maître Sagino, comme chacun de ses disciples, a dû apprendre cette séquence de huit gestes. La répétition lui a permis de faire bien ce qu’il a appris. La reprise de cet exercice l’a conduit à maîtriser ce qu’il fait bien. Il s’agit alors de reprendre toujours encore les mêmes gestes afin de maîtriser parfaitement ce qu’on maîtrise. Reste alors au maître de l’art de parfaire ce qu’il maîtrise parfaitement. Jusqu’à cette expérience au cours de laquelle ce n’est plus Moi qui tire … —Cela tire— ! Bascule dans l’inné ; plongée dans ce que j’appelle l’expérience de notre nature essentielle ». 

Voilà donc le sens de la reprise quotidienne de toujours le même exercice. C’est pourquoi on souligne que la pratique de zazen, du tir à l’arc, de l’Aïkido est SANS but. Ce qui importe est l’attitude intérieure de la personne qui pratique et donc, en premier lieu, de la personne qui transmet. J’avoue que je suis saoulé par les mots creux prononcés dans le cadre de la commercialisation de ce mot aujourd’hui tendance : méditation. Les représentations mentales à travers lesquelles chacun pense pouvoir donner réponse à la question : « Pourquoi et comment méditer » posent un voile sur la valeur et le sens des exercices qui ont leurs racines en Orient et en Extrême-Orient. La richesse de ces exercices se révèle à celui, celle, qui quotidiennement reprend le même exercice. Le seul but de la pratique est la pratique ! Quelle pratique ? La présence à « JeSuis » ; la présence à l’acte d’être au moment présent sans se perdre dans les représentations que le mental se fait de « Je suis Moi ». Ce qui nécessite le passage du monde pensé au monde sensible. 

 Jacques Castermane

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mercredi 1 janvier 2020

mardi 31 décembre 2019

Eclairage et ouverture


En ce dernier jour...

Pour éclairer une pièce sombre, la meilleure façon est d'ouvrir les volets. Alors instantanément, la lumière entre dans la pièce et tout est clair.
Peu importe que les volets aient été fermés pendant des années ou même des siècles, la lumière entre par l'ouverture et le jour est là.
De même, peu importe le temps de notre ignorance et de notre sommeil.
Peu importe que pendant des années (ou des vies) nous n'ayons pas été conscient de notre vraie nature.
Si nous ouvrons l’œil de la conscience, instantanément, notre être et le monde sont inondés de lumière.
Mieux encore, il suffit de se rendre compte que jamais, même pour un instant, cet œil a été fermé.
Il est ouvert juste maintenant.
Il est toujours ouvert.
Il est l'espace par lequel le monde est connu.

José Le Roy

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