dimanche 7 février 2016

Présence du Christ avec Philippe Mac Leod

À n'en pas douter, Jésus de Nazareth expérimenta peu à peu la présence du Père en sa chair humaine. Par le silence de la prière, par l'eucharistie ruminée, par la Parole sans cesse méditée, je prends peu à peu conscience de la présence du Fils en moi. Le divin qui m'habite apprendra à composer avec mes origines humaines. Et c'est elle, cette part divine, profondément enfouie, qui finira par prendre le dessus, en maîtrisant le dessous de tous mes comportements. À mon tour, paraphrasant l'Évangile, je pourrai dire alors : « Le Christ et moi, nous sommes un » (Jn 10, 30). Mais pour cela, il me faut apprendre à revenir sans cesse à lui : voir, juger, penser, sentir à partir de lui et à travers lui, sans jamais perdre, au fond de moi, cette assise, ce point d'appui, cette vérité que je devine parfois comme les pieds cherchent le sol dans le vide.
Cette percée du Christ à travers tous mes membres, je peux la sentir presque physiquement, comme une poussée du dedans. Sa lumière veut s'étendre et prendre place au creux de ma chair. Mais il est là chez lui, il la connaît depuis le commencement, il l'a modelée de son propre souffle, elle lui appartient. Il prend seulement possession de ce qui lui revient, comme le jour par degrés reprend tout le ciel en déliant les ombres sans grande consistance. Comment imaginer qu'il puisse l'abandonner, lui qui l'assiste depuis les premiers contours de la Terre, lui qui l'a rachetée en la prenant avec lui pour la retremper aux sources de la vie ?
Notre chair est un jardin où le Verbe de Dieu aime à se promener, quand, à l'heure tranquille du soir, s'apaise la brise dans les lourds feuillages. On n'entend plus alors qu'un murmure, entre l'homme et son Dieu qui n'ont plus besoin pour s'entretenir de longs discours : un tremblement suffit, une vibration, un bruissement entre des fibres comme les cordes d'un instrument.
Ce langage ne s'apprend pas, il nous vient de plus loin que les étoiles, et, au plus intime du veilleur, des mondes se font et se défont, le temps et l'éternité devisent ensemble tout en marchant, sans qu'on entende un pas, sans qu'une trace apparaisse dans le jardin de la chair, puisque tout entière elle est leur empreinte, tout entière elle est l'image et le secret de son créateur. 
Ainsi patiemment le Verbe s'est-il frayé un passage à travers l'histoire, affinant notre regard, notre cœur, avant de paraître au milieu de ses œuvres. Il semblerait qu'il poursuive le même effort pour rejoindre chacun des membres de son corps, attendant, cherchant le profond silence au milieu de nos ténèbres pour prendre pied sans un bruit, comme il a attendu le cœur de la nuit et son silence insondable pour faire sortir son peuple de l'esclavage. Mais il n'est plus besoin pour nous de coûteux déplacements, il s'agit de le laisser venir, prendre toute la place, et déposer au fond de la chair, comme le plomb au fond du bateau, cette pierre angulaire qui assure tout l'édifice de notre devenir.
Le salut ne sera jamais que cet ample développement commencé avec la Création, jusqu'à son accomplissement dans la gloire, progressant de faute en faute et de grâce en grâce. L'amour en est le cœur, la matrice, l'unique loi et l'unique économie, le seul qui sache avancer en se jouant des contraires.
J'ai un modèle désormais, non plus seulement une image de Dieu inscrite en mon tréfonds, mais sa parfaite ressemblance, à laquelle je m'accoutume jour après jour comme elle-même s'ajuste à mes faiblesses.
___________________________
Philippe Mac Leod, écrivain. Il a publié plusieurs livres et recueils de poésie. Son dernier ouvrage, Poèmes pour habiter la terre est paru chez Le Passeur.


vendredi 5 février 2016

Paix du Ciel avec Marie-Elise Larène





Le ciel comme vocable.
Le lieu où tout est dit
En lumière
En idéal.
Le ciel nous enveloppe de sa toile où nos sentiments
En miroir, disent la profondeur
Le mystère et la beauté de la vie.
Le ciel comme un miracle,
Le début, la quintessence
Et la porte vers l'absolu.
Le souffle, le sens, l'ivresse et la Paix.

Marie-Elise Larène


jeudi 4 février 2016

Les conseils de Marie-Élise Larène pour trouver la paix au fond de soi

1. Adoptez des rituels

Réservez un petit moment chaque jour pour prier ou méditer. La régularité fera de ce rendez-vous un élément essentiel de votre journée. Allumer des bougies m'aide à créer une atmosphère propice au recueillement. La méditation quotidienne m'a beaucoup aidée à découvrir un espace en moi, insondable. Elle n'est pas forcément silencieuse et je ne vide pas toujours mon mental. Je rentre dans mon coeur où logent mes rêves, mes désirs, mes capacités à créer ma vie, à visualiser mes voeux. Je me mets en relation avec le divin en moi et me connecte à la source.

2. Ouvrez vos sens

En pleine nature, dans les églises, les musées, dilatez votre être en vous immergeant dans le Beau. La nature est mon église. Je suis en admiration devant le miracle de la Création et la prodigieuse intelligence de la vie. Prenez le temps d'observer afin d'en saisir toutes les nuances : un ciel, un visage, une fleur. L'harmonie et le degré de perfection qui en émanent sont marqués du sceau de Dieu. Vous retrouvez ainsi la juste posture d'émerveillement de l'homme face à son créateur.

3. Vivez au présent

Le Christ a demandé à ses disciples de veiller : soyez attentifs à ce qui advient dans votre quotidien, en écoutant vos émotions, en vivant pleinement les événements de la journée. Ainsi, vous vous placerez dans l'« aujourd'hui de Dieu », et remarquerez, en vous abandonnant à la confiance, toutes les marques de la Providence.

4. Ne vous dispersez pas

L'unité intérieure se travaille, s'apprivoise. Elle compte aussi un certain nombre d'« ennemis » à commencer par nous-mêmes, « éclatés » par nos tâches et fréquentations multiples. Faire des choix implique de renoncer à certaines choses. J'ai choisi d'avoir peu d'amis. Cela me permet d'avoir des relations profondes, d'être sincère et vraie. Apprivoisez également la solitude, elle vous ouvrira un Ciel intérieur dont la source est inaltérable.

_____________________________



mercredi 3 février 2016

Les cieux de Marie-Elise Larène


Peintre et pastelliste, elle crée, depuis près de 30 ans, des ciels. À leur contact, elle a découvert la dimension spirituelle qui l'habitait et qui ne demandait qu'à éclore. ...


Ma dimension spirituelle a mis du temps à émerger. Son fil conducteur était logé en moi, depuis toujours. J'ai été une petite fille fervente, entourée par des parents pieux. Mon père a d'ailleurs voué sa vie à la Vierge par son art. J'ai un souvenir très fort de ma confirmation qui m'a bouleversée. Avec le recul, je considère cet événement comme une expérience de Dieu. Assez jeune, j'avais troqué la pratique religieuse contre la visite de lieux de cultes où je trouvais de quoi épancher ma soif : à l'église Saint-Julien-le-Pauvre (Paris Ve), séduite par la liturgie orientale d'une grande beauté, à Saint-Georges (Paris XIXe), bercée par les chants orthodoxes... Ces rites étrangers me transportaient dans un doux voyage poétique. Ma vie spirituelle s'est créée comme j'ai fait mes dessins : elle a puisé sa source dans mes expériences, mes épreuves, et dans mon coeur. Jusqu'à la cinquantaine, j'en avais une idée très floue. Dans mes tableaux, elle se manifestait sur un plan poétique, mystique, onirique. Ces composantes, retrouvées dans les ciels, m'ont peu à peu permis de rejoindre une sphère bien plus profonde, au goût d'éternité.

L'éternité est dans un écrin qu'il nous appartient à tous d'ouvrir, à tout moment. Il est comme un flocon de neige porté par le vent. Mes toiles fixent cette dimension qui m'habite, avant, pendant, et après l'acte créateur. Le temps est alors comme suspendu, arrêté. L'éternité est ce présent vécu avec intensité, non pas dans l'intelligence, mais dans le cœur. Lorsque je peins, je fais fi de tout le reste. Cette plénitude, je la retrouve dans la méditation, le matin. Descendue dans mon ciel intérieur, j'embrasse alors un peu de cette béatitude dans laquelle j'espère être plongée après ma mort. Nous en avons tellement peur, et si peu de belles choses sont dites à son propos ! Nous ne pouvons certes qu'esquisser une image de l'au-delà. Mais je n'ai aucun doute sur son existence. Je crois que nous sommes un esprit divin dans un corps physique, et que notre enveloppe s'éteint, disparaît, le passage franchi. Je vois la vie comme un terrain d'expériences, d'apprentissages précieux permettant à chacun de se découvrir en vérité et en plénitude. Pour, au final, retourner à un état de perfection, semblable à celui du nourrisson, qui n'a rien d'autre à donner et à recevoir que de l'amour. Mon but est de mourir au plus proche de cet état de confiance et de pureté. Je vois la mort comme les retrouvailles d'un lieu d'accueil fabuleux. Retrouvailles avec le Père éternel et tous ceux que nous aurons aimés. Le ciel sera ma récompense. C'est sur terre que la vie est sans concession !

J'ai fini par comprendre à quel point je l'aimais, cette vie. Il m'a fallu 32 ans. Mes toiles contiennent toujours un horizon de terre car je me refuse à être en apesanteur, suspendue au-dessus du vide : je veux témoigner de la beauté du ciel sur la terre, en tant qu'être humain, à ma hauteur d'1,63 m. J'offre à voir quelque chose auquel les gens ne donnent que peu de temps et d'attention. Or, nous nous rejoignons tous quand il s'agit de beauté, d'équilibre et d'harmonie. L'artiste a pour vocation de proposer d'autres chemins de vie, de visions et de conscience des choses. Depuis peu, je dessine, et brode certaines de mes œuvres au fil d'or, des anges. Par ces créations, je voudrais que chacun prenne conscience qu'un ange veille sur lui à chaque instant. Loin d'être une fuite, le ciel est un tremplin pour aller plus loin, plus haut. Mes tableaux traduisent cet idéal, mais ils sont aussi le reflet de mon état d'être profond, le témoin de ma foi et de mon idéal. Accordé à mon tempérament passionné, le pastel, qui est fait avec des pigments purs, sert mes toiles d'une intensité vibrante.

Le ciel, qui n'est qu'inconstance de par ses mouvements et ses couleurs changeantes, m'a appris à accepter l'impermanence de la vie, sans me sentir pour autant en insécurité. C'est d'ailleurs lorsque j'ai perdu la sécurité matérielle et connu la précarité que j'ai dû apprendre à me forger intérieurement pour gagner ma liberté. Les sécurités que je cherchais à l'extérieur étaient en fait des chaînes. On ne gagne jamais autant sa liberté que lorsqu'on en a manqué : 18 ans durant, j'ai peint des ciels dans une cave. Manquer de lumière me poussait à la désirer ardemment, et donc à la créer.

Je ne demande ni assurances, ni preuves, ni garanties. Je ne cherche pas de réponses, mais des épousailles avec le mystère qui me comble et me remplit. Je crois qu'un dessein divin nous conduit. Et souvent, j'ai été surprise de mon propre chemin. Comment être pessimiste puisque je ne sais rien de l'avenir ? Je fais ce que j'ai à faire pour aider. Je sais que je suis là pour ça.



source : La Vie
____________________________________________

mardi 2 février 2016

Pour une terre fertile...


Un documentaire qui nous présente une terre à sauver, 
avec notamment Claude et Lydia Bourguignon...
Merci à France 2





lundi 1 février 2016

Les conseils de Alexandre Jollien, Matthieu Ricard et Christophe André pour les temps d’épreuve


Matthieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André viennent de publier Trois amis en quête de sagesse. Ils y présentent leur cheminement respectif, comme autant de routes menant vers un même essentiel : la paix et la joie d’être au monde. 

> Alexandre JOLLIEN

Pratiquer au quotidien : ne pas attendre d’être en pleine mer pour apprendre à nager. Commencer, quand tout va mal, à pratiquer une voie spirituelle, c’est comme vouloir marquer un penalty lors du ­Mondial de football sans s’entraîner auparavant. Ne pas surréagir : saint Ignace de Loyola invite, en cas de désolation, quand tout va mal, à ne pas surréagir, mais à rester fidèle au quotidien. En plein tourment, il est périlleux de vouloir tout changer. Et il faut un sacré courage pour ne pas nous agiter dans les vagues et laisser passer l’ouragan.

> Matthieu RICARD

On ne peut pas vouloir à tout prix changer les décors. Le philosophe indien Shantideva écrit : « Comment trouver assez de cuir pour en recouvrir toute la terre ? Avec le cuir d’une simple semelle, on parvient au même résultat. » Si on perçoit le monde entier comme un ennemi, vouloir le transformer pour qu’il ne nous nuise plus est une tâche sans fin. Il est infiniment plus simple de changer notre perception des choses !

> Christophe ANDRÉ

Je vois la souffrance comme la violence dans le monde ; nous rêvons tous qu’elle disparaisse, mais nous savons bien que nous en avons encore pour un bon bout de temps. Plutôt que de nous en affliger ou de nous en révolter, il faut se dire : « Ok, elle est là, qu’est-ce que je peux faire à mon échelle, et puis tout autour de moi ? Qu’est-ce que je peux encourager par mes propres comportements ou par mes actions, par mes dons ? »
La souffrance nous coupe du monde, elle nous prive de ce dont on aurait le plus besoin, le lien avec le monde, la capacité d’aimer, de nous nourrir de tout ce qu’il y a autour de nous, car nous sommes focalisés sur elle, sur l’idée que c’est sans solution. L’entraînement le plus précieux, quand on ne va pas trop mal, c’est de cultiver ce rapport au monde et aux autres.


dimanche 31 janvier 2016

Méditer ! A quoi bon ? avec Jacques Castermane


Lorsque j’ai commencé la pratique de la méditation de pleine attention je m’exerçais animé par une profonde conviction. Mais je dois avouer que, en même temps, je me demandais à quoi cet exercice pouvait bien servir ? Quant à l’attention souhaitée, elle laissait souvent place à des pensées sur tout ce que j’aurais pu faire d’autre au cours de cette heure-là ! C’est en persévérant dans la pratique que j’ai commencé à voir le à quoi bon la méditation. Aujourd’hui, grâce à une pratique régulière j'en vois aussi les bienfaits dans la vie de tous les jours.

Zen veut dire méditer.
Zazen c’est être assis (za) dans la tenue et la forme corporelle les plus justes qui soient pour l’être humain, et ceci, en-deçà des caractéristiques particulières de chacun, par exemple: l'âge, le handicap.
C’est une expérience décisive que d’observer que cette forme vivante - le corps que nous sommes (Leib) - est un mode d’expression de notre vie intérieure. C’est le don du sculpteur que de révéler, à travers son ouvrage; l’état d’esprit, la couleur de la vie intérieure, l’humeur, la disposition affective de son modèle. Souvent j’ai pris le temps d’observer deux sculptures posées côte à côte : le « Penseur » de Rodin et le « Bouddha » pratiquant la méditation.
Le corps vivant (Leib) participe à la connaissance de soi à l’instant; perception de soi immédiate, globale. Il s'agit d'une connaissance de soi qui n’exige pas de faire retour sur soi par la pensée (son enfance, sa relation aux parents, etc.).

Quelle chance que d’avoir été initié et accompagné sur ce chemin de libération du vrai soi-même par un maître. Il m’arrive de penser à Graf Durckheim et à ce qu’il nous proposait comme enseignement au cours de la méditation du matin. Mais aujourd’hui je perçois et reconnaît combien c’était sa manière d’être et de vivre qui était la matière première de son enseignement. Par exemple, il m’a enseigné qu’il est possible de vivre en disposant toujours d’infiniment de temps intérieurement; enseignement qui ne passait pas par des paroles, des discours, des théories mais par sa manière d’être et d’agir.


Nous vivons un moment de l’histoire du monde où tout va de plus en plus vite. S’asseoir dans la tenue juste, dans un bon équilibre entre tension et détente et, tout en exerçant la parfaite immobilité porter son attention sur le va-et-vient du souffle pourrait paraître stérile; certains trouvent cela ... réac ! Mais ce n’est pas le cas. La pratique régulière de la méditation est un chemin de guérison de l’homme contemporain stressé, inquiet, agité, méfiant.
Les intentions de notre vraie nature, de notre être essentiel, se déploient en méditant. Ces intentions innées ne sont autres que le calme intérieur, le silence intérieur, la paix intérieure.
Pratique égoïste, égocentrique, individualiste ? Non. Offrir cette manière d’être inhabituelle à celles et ceux avec qui nous vivons ou travaillons témoigne que le souci des autres n’est pas absent de la pratique méditative.

Jacques Castermane __________________________________________________________________


samedi 30 janvier 2016

Alexandre Jollien : « Il n’est pas meilleur instant que celui qui m’est donné »



« Dans un superbe livre dédié à Platon, le philosophe Alain décape une fausse conception de la liberté. Si je ne peux plus choisir aujourd’hui de m’être par le passé marié avec ma femme, je peux choisir de l’aimer de tout mon cœur d’instant en instant. L’horizon qui se dégage me réjouit. Le défi, c’est d’exercer cette liberté jusque dans les obstacles : je n’ai pas décidé d’être handicapé, mais je peux décider d’en faire un terrain d’exercice, une chance pour progresser. 

Après tout, il n’est pas meilleur instant que celui qui m’est donné, là, tout de suite, pour devenir un mari plus aimant, un père de famille plus attentif, une personne handicapée plus joyeuse... Le regret nous fige dans le passé, vivons plutôt à fond dans le présent. Dans la culpabilité, je décèle aussi une sorte d’intériorisation du regard de l’autre, comme si les reproches que j’avais mille fois entendus avaient fini par générer une auto-accusation, permanente et malsaine. Regretter le passé, croupir dans les remords bouffent une énergie considérable. Pourquoi ne pas simplement prendre acte de nos erreurs et essayer d’en tirer un enseignement ? (…) 

Entre de cruels tiraillements et un laxisme qui passe tout, se dessine un chemin. Pas à pas, nous pouvons avancer dans la non-fixation et dans l’amour. »


extrait de "Trois amis en quête de sagesse".


__________________________________________________________________

vendredi 29 janvier 2016

Christophe André : « Pardonner est un acte de ­libération »



« Il y a tellement de situations où les personnes répugnent à demander pardon, parce que, tout en sachant qu’elles ont fait du mal à l’autre, elles ont le sentiment que l’autre est coresponsable, qu’il a provoqué, et fait lui aussi du mal. Demander pardon ne veut pas dire qu’on est le seul coupable, ni qu’on s’infériorise par rapport à l’autre, c’est juste la reconnaissance du mal qu’on a causé, le souhait que l’autre accepte le pardon que nous lui proposons. (…) 

Pardonner est un acte de libération, qui permet de s’affranchir du ressentiment, de l’envie que l’autre soit puni et souffre à son tour. (…) 
Le travail très spécifique sur le pardon insiste sur le fait que pardonner n’est pas dire : “Ce n’est rien, je te pardonne.” C’est dire : “J’ai souffert, mais je te pardonne.” C’est associer sa souffrance à un mouvement de pardon. Alors que gommer pourrait banaliser le comportement qui a posé problème. »




extrait de "Trois amis en quête de sagesse".


Christophe André : « C’est l’après-guerre qui prépare la paix véritable »



« Quand on a échappé à la souffrance ou traversé des épreuves, on peut se préparer à affronter les souffrances ou les épreuves suivantes (il y en a toujours dans nos vies) : on reste en guerre. Ou bien on peut prendre le temps de savourer l’apaisement et de jeter sur nos existences un regard différent, de construire avec elle un rapport différent : c’est l’après-guerre, qui prépare la paix véritable. Ni amnésie ni insouciance ; juste la conscience que l’adversité nous a appris à mieux savourer la non-adversité. »


extrait de "Trois amis en quête de sagesse".

jeudi 28 janvier 2016

Matthieu Ricard : « Faire de la souffrance un moyen de nous transformer »


 « La souffrance n’est jamais désirable en soi, mais, une fois qu’elle est présente, autant
mobiliser toutes nos ressources et tirer avantage de tous nos liens avec autrui pour faire de cette souffrance un moyen de nous transformer. 
C’est un peu comme lorsqu’on tombe à l’eau et que, au lieu de se laisser couler, on prend l’eau comme support pour nager et revenir sur la berge : on se sert de la souffrance elle-même pour trouver la force de lui faire face. 

 Une fois que l’on a acquis cette résilience, nos futures confrontations avec les épreuves ne seront plus les mêmes. Après avoir rencontré mon maître ­Kangyour Rinpotché en 1967, l’année suivante j’ai traversé quelques bouleversements dans ma vie affective. Je me suis alors aperçu que, si je regardais au plus profond de moi, au-delà de l’atmosphère de tristesse qui dominait mes pensées, je trouvais un espace de paix inaltérable et lumineux, dans lequel je me sentais en parfaite communion avec mon maître. 

Cette expérience a été pour moi une grande ouverture. Elle m’a donné un sentiment de confiance si grand que je me suis dit : “Quels que soient les obstacles que je rencontrerai dorénavant, il me sera toujours possible de revenir à cet espace de paix intérieure.” »


extrait de "Trois amis en quête de sagesse".