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samedi 23 décembre 2017

Goûter de Noël avec Suyin Lamour



"Goûter ce qui est.
Non pas seulement observer et accueillir, mais aussi goûter.
Réveiller l’esprit d’expérimentation, de jeu.
Je suis en colère. J’accueille l’émotion, puis je la goûte. Je goûte ce que ça fait d’être en colère. Pleinement.
Et si ça ne me plaît pas de ressentir de la colère, je goûte et expérimente ce que ça fait d’être en colère et de ne pas aimer ça.
Chaque ressenti qui arrive est goûté. Tout a le droit d’être là.
C’est ok de ressentir ce que je ressens, puisque c’est là. Et qu’est-ce que cela fait de ressentir ça ? C’est comment ? Juste constater ce qui est vécu, sans jugement, comme ce jeu où l’on doit deviner des aliments en les goûtant les yeux bandés.
Mettre l’attention sur le parfum, la saveur, la texture, la densité des émotions et des ressentis. Faire cela, c’est faire en conscience l’expérience existentielle.
Qu’est-ce qui goûte ? C’est le témoin silencieux, la Conscience. Goûter un ressenti est un moyen habile de replacer le point de perception sur la Présence.
Car en réalité, en amont de tous les phénomènes, notre nature fondamentale est présente en permanence et totalement à tout ce qui est vécu. Elle n’en perd pas une miette. Elle est le fait même de goûter, de percevoir, d’expérimenter la vie sous toutes ses formes.
Et quand le ressenti est savoureux, ne pas se priver de savourer ! Goûter ce que ça fait de savourer. Là encore, pas de jugement, de préférence, pour Ce qui goûte. Et comme bien sûr il y a des préférences sur le plan relatif, goûter ce que ça fait d’avoir des préférences ! Tout est bon à prendre pour l’expérience existentielle."
Suyin Lamour, "La Grande Paix du coeur"

vendredi 20 novembre 2015

Souffrance et vision non-duelle : interview de Suyin Lamour

Annick : Au sujet de changer de regard sur les événements et sur le monde, tu dis : « Nous ne pouvons pas changer les événements, nous pouvons seulement changer notre façon de les interpréter, en observant nos croyances et en nous ouvrant à la possibilité de regarder autrement. »
Je peux le comprendre à l’échelon individuel. Mais je ne peux pas le comprendre à l’échelon collectif. Comment peut-on changer de regard sur la Shoa, la barbarie, le terrorisme, la torture, le djihadisme… ?

Suyin : Ton regard sur ces choses-là est toujours personnel. Un terroriste n’a pas du tout le même regard que toi sur la situation. Lui il est convaincu de faire le bien, d’œuvrer pour une grande cause.

Annick : Oui bien sûr, mais moi je ne peux pas changer ma façon d’interpréter ces choses-là. Au niveau individuel, si quelqu’un me fait une vacherie, je peux toujours tenter de comprendre ses motivations. Mais au niveau collectif, avec toutes les horreurs qu’on peut voir dans notre monde, j’ai plus de mal. Mais peut-être que toi tu ne l’appliques pas au niveau collectif ?

Suyin : Si, c’est pareil. Si j’entends par exemple l’annonce d’un acte de terrorisme, je vais avoir sur le coup une réaction de stupeur ou d’horreur, et cela peut générer des pensées du type : c’est injuste, comment de telles choses peuvent-elle exister, etc. Mais je peux aussi essayer de voir quelles sont les motivations de ceux qui font ça, est-ce que dans leur tête ils font le mal ? Non, ils sont convaincus d’œuvrer pour le bien. Sont-ils responsables de leurs actes ? Non, ils répondent à un conditionnement. Est-ce que ma vision est plus juste que la leur, je n’en sais rien, parce que dans l’absolu c’est un conditionnement aussi. Pour eux, leur vision est plus juste que la mienne. En quoi la mienne ou la leur serait plus juste ? Ce sont des conditionnements.
Et aussi, je n’ai aucune idée des conséquences sur le long terme de leurs actions, car je n’ai pas la vision globale de la situation, je n’en ai qu’un aperçu limité. Regarde comment la Shoa a fait par contrecoup se développer considérablement les valeurs humanistes, tolérantes, solidaires, dans la société occidentale. Nous ne savons pas si sans de tels extrêmes qui ont profondément choqué et marqué les consciences, l’Europe et les Etats-Unis ne seraient pas aujourd’hui des pays totalitaires.
Mais la question n’est pas tellement de chercher des bonnes raisons ou d’avoir une pensée positive, car c’est encore entretenir l’idée qu’il y a quelque chose de bien et quelque chose de mal. C’est plutôt d’avoir un regard non-duel, c’est à dire dépouillé de jugement.

Annick : Mais si tu arrives à n’avoir aucun jugement sur la Shoa et sur les choses qui se passent en ce moment, cela veut dire que tu deviens sacrément indifférente au monde qui t’entoure ? Comment peut-on vivre avec un tel détachement ?

Suyin : Ce n’est pas de l’indifférence, le détachement n’empêche pas la compassion. Le vécu de souffrance est réel, et j’ai une immense compassion pour les êtres qui souffrent. Mais est-ce que le fait que je souffre pour eux va alléger leur souffrance ? Si j’adopte un point de vue sans jugement, je peux être remplie de compassion parce qu’en tant qu’être humain je suis touchée, et pourquoi pas agir concrètement pour aider autrui, sans pour autant rajouter de la souffrance à la souffrance. D’ailleurs, sur un plan vibratoire, ce n’est pas la peine de diffuser encore plus d’énergies de souffrance dans ce monde, il y en a déjà suffisamment.

Annick : Concernant la Shoa, je n’en souffre pas, mais je ne peux pas considérer que c’est une chose juste qui est arrivée. On a infligé des souffrances inhumaines à des êtres humains au nom d’une idéologie, et je ne peux pas changer mon regard là-dessus. Je ne peux pas dissoudre ça.

Suyin : Tu ne peux pas dissoudre la croyance que c’est injuste ?

Annick : Non. Et même si je pouvais je ne le voudrais pas.

Suyin : Et bien, si tu ne souhaites pas la dissoudre, il n’y a pas de nécessité à le faire. On est libre de dissoudre nos croyances, et on est libre aussi de ne pas le faire. Je veux juste dire qu’on en a la possibilité. Tout dépend comment on veut se sentir par rapport au monde.
Si je suis très mal à l’aise avec ça au point de ressentir de la haine ou d’avoir des envies de suicide, ça peut être intéressant pour moi d’investiguer cette croyance plutôt que de souffrir de cette façon.
Sinon, il n’y a pas de problème. La croyance que c’est injuste n’est pas plus fausse que la croyance que c’est juste. On peut penser que c’est juste, on peut penser que c’est injuste, les deux sont faux dans l’absolu. Car dire que c’est juste, c’est croire qu’il y a une volonté derrière, que la vie a voulu que ça arrive. Or je ne suis pas sûre du tout de cela. Je pense plutôt que ce sont des phénomènes qui échappent à toute volonté. Et c’est en cela que je ne peux pas juger la vie. Comme je ne peux pas juger un banc de sauterelles qui va tout détruire sur son passage. Quand c’est des sauterelles, on ne les juge pas, elles font un véritable génocide mais personne ne dit que c’est injuste ! Mais dès qu’il s’agit de l’être humain on trouve cela injuste car on prête à l’humain une volonté personnelle et une responsabilité vis-à-vis de l’humanité. Or, l’humain, comme les sauterelles, ne fait que répondre à un conditionnement, plus élaboré certes, et basé sur l’idée que nous sommes des individus séparés, ce qui entraîne toutes les souffrances que nous voyons dans le monde.
Et la seule chose qui pourrait véritablement mettre fin à ces souffrances, ce serait de cesser de croire à cette idée, de cesser de vivre selon cette perspective, cette croyance en la séparation. Ce serait de réaliser que nous sommes Un.

source : site de Suyin Lamour



jeudi 19 novembre 2015

LA JOIE D’ETRE de Suyin Lamour, un livre précieux



Voici un livre dont la simplicité du titre correspond parfaitement à celle du contenu. Une légèreté profonde. Ce récit écrit à la première personne du singulier se conjugue pour l’essentiel au présent de l’indicatif. Le seul temps qui puisse épouser le jaillissement de l’éternel Instant.

Trois grandes parties composent ce bref et dense ouvrage :
-          Le déclic ;
-          La vision nouvelle ;
-          La danse de la vie.

Est ici retracé un cheminement hors du temps, immergé dans le présent - la Présence :

Depuis le « déclic » qui pousse l’auteure à comprendre un jour que son expérience d’éveil, treize ans auparavant, n’était en fait qu’une expérience spirituelle spectaculaire, mais certainement pas la Libération…

...jusqu’à l’installation, peu à peu, d’une « vision nouvelle » de son être profond ; une compréhension plus fine, profonde et juste de ce qu’est le véritable Eveil, avec ses difficultés, ses étapes et la joie de goûter enfin la liberté d’être soi-même : « Je sais maintenant ce qui devait mourir, être dissous. Non pas le personnage-moi, puisqu’il n’existe pas. Mais la croyance en l’existence de ce personnage. […] Tous mes systèmes de croyance s écroulent comme un château de cartes, et je sens que ce n’est qu’un début. »

Quelle vertigineuse aventure intérieure… Et pourtant, cette plongée dans la matière, ce saut dans le vide, cette immense glissade « dans les bras de l’Etreté », tout cela se vit au plus près du simple quotidien, « comme si on ouvrait une fenêtre au petit matin ». Thème après thème – « le jeu », « le personnage », « l’amour », « la foi », « la mort », « les émotions », « le libre-arbitre », « la pratique », etc. -, la « vision nouvelle » de Sunyin Lamour se déroule, de plus en plus vive et assurée, dans la pure joie d’être au monde.      

Alors peut se déployer la « danse de la vie » : danse du je libéré avec le mouvement naturel d’une vie qui ne lui appartient pas mais qui l’emmène vers le meilleur de ce qui est à vivre. Une danse émouvante, lorsque Suyin nous entraîne avec elle dans les bois où elle se promène, parmi ses « amis de sève et de pierre », les buissons et les rochers, toute baignée de larmes d’amour, qui lui lavent le corps et le cœur. Une danse sensuelle et poétique à la fois, lorsque l’auteure se décrit, immobile, « écoutant le vent, sentant l’énergie de la nuit, la vibration de Ce qui est ». Une danse désirante aussi, animale, même, lorsque la narratrice évoque avec gourmandise son « ardente et rugissante envie ». Une danse ludiquement divine, lorsqu’elle coïncide avec le jeu d’un Dieu qui s’amuse comme un enfant à se refléter à travers ses propres formes. Une danse lumineuse et amoureuse comme une « force tranquille qui accueille tout ce qui se vit en nous et nous porte même quand tout   s’effondre »… Une danse voyageuse et miraculeuse : « Tout pétille de conscience » ; « Seul m’intéresse ce qui est dans l’instant, ce dont je fais l’expérience. »

L’une des originalités de ce livre réside dans sa sincérité et sa vivante proximité avec le lecteur. Les mots traduisent le tâtonnement de la recherche. Le lecteur accompagne tout naturellement, sans effort, l’auteure dans sa quête, dans ses croyances peu à peu démasquées, dans l’affinement progressif de sa vision des choses et d’elle-même. Ce qu’on appelle communément "éveil" est volontiers recouvert de notions mal comprises, comme la mort de l’ego. Le texte de Suyin Lamour demeure au plus près de l’expérience vécue ; son langage est clair, dépouillé, sans détours. Le bonheur de vivre est décrit dans l’immersion du quotidien, parfois semé de déceptions utiles, qui font faner les croyances illusoires et refleurir la justesse de l’expérience vécue. Jusqu’à la découverte d’une délivrance réelle, dans la Joie qui demeure.

On ne peut que recommander une telle lecture - revigorante et inspirante. La Joie d’être a le don de nous revitaliser. Et de raviver notre désir, notre quête de Liberté.          

Sabine Dewulf