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lundi 3 octobre 2011


Hommage à
Arnaud DESJARDINS
Arnaud DESJARDINS
DOSSIER SPECIAL
Réalisé par la rédaction de Meditationfrance
L'enseignant spirituel Arnaud Desjardins, qui est sans aucun doute le plus grand maître spirituel français de ces dernières décennies, nous a quitté cet été, dans la nuit du 10 août 2011 à l'âge de 86 ans.
L'équipe de Meditationfrance veut lui rendre hommage en publiant un dossier spécial sur cet homme remarquable qui a consacré vingt-cinq ans de vie à partir à la rencontre de maîtres orientaux et à faire des films documentaires et des livres relatant cette expérience.
Pendant neuf ans, disciple auprès de swami Prajnanpad, Arnaud Desjardins a ensuite créé plusieurs centres spirituels en France où le message d'éveil y est transmis jusqu'à aujourd'hui et va continuer d'y être transmis.
Arnaud DESJARDINS
Arnaud Desjardins et Swami Prajnanpad
Le centre ou ashram de Hauteville se trouve en Ardèche. Un centre similaire Mangalam existe aussi au Québec sous la direction d'Eric Edelmann. Plusieurs élèves d'Arnaud proposent aussi des conférences, séminaires ou retraites sur le cheminement spirituel.
HautevilleHauteville
L'ashram d'Hauteville
L'homme, le corps nous a quitté mais son message continue… et peut-être qu'il ne fait même que commencer!
Dans le livre La transmission selon Arnaud Desjardins, Gilles Farcet qui est un disciple de longue date écrit :
Au moment de la mort du maître, remarque Arnaud, quelque chose se passe pour les élèves réellement engagés. C'est le moment pour eux de passer du stade d'apprenti disciple à celui de disciple.
Arnaud DESJARDINS
Encore faudrait-il savoir ce qu'Arnaud entend par cette expression appliquée à des élèves déjà considérés comme "réellement engagés". Il s'en explique :
« Cela veut dire que tout d'un coup la pratique en soi devient dix fois plus sérieuse. Non qu'on ait l'impression de se "crever" dix fois plus, que l'on fasse dix fois plus d'efforts; on constate plutôt que la pratique se fait pour ainsi dire d'elle-même dix fois plus intense, et que la relation avec le maître est dix fois plus purifiée. »
Pour "l'après Arnaud", l'évolution de Hauteville, le développement des enseignements, il faudra attendre pour voir ce qui se passe…
L'essentiel est son message qui reste toujours autant d'actualité.
Pour Arnaud Desjardins, nous vivons aujourd'hui une crise de sens et il est plus que jamais indispensable d'ouvrir notre cœur et de remettre de la spiritualité dans nos vies.
"Le but, le seul, c'est de franchir ces limitations, ces contradictions, ces finitudes, pour s'éveiller à la Conscience réelle." Arnaud Desjardins

mardi 9 avril 2024

Gilles Farcet, Qu'est-ce que la transmission spirituelle? (1)

 

Pour écouter l'interview sur RCF, cliquer ici (19 min.)



Gilles Farcet est un écrivain français et enseignant spirituel promoteur d'une spiritualité à la fois inspirée de l'enseignement d'Arnaud Desjardins et de l'énergie de la contre-culture américaine, du Rock et de la Beat Generation. Il a soutenu sa thèse de doctorat sur la Littérature américaine et Thoreau en 1984. De 1984 à 1986, il vit à Montréal où il travaille pour une organisation universitaire internationale et écrit régulièrement des articles de critique littéraire pour la revue Spirale.

De retour en France, il enseigne brièvement à l'université catholique de l'Ouest avant de s’installer à Paris. Producteur à France Culture, il y réalise des émissions sur des thèmes littéraires ou spirituels, notamment dans le cadre des «Chemins de la Connaissance » sous l’égide de Claude Mettra, ou « Une Vie, une Œuvre » sous la direction de Michel Cazenave. Journaliste, il collabore à diverses revues.

Avec Marc de Smedt, il dirige les dossiers Question de littérature, chez Albin Michel, pour lesquels il interviewe longuement des écrivains tels que Lawrence Durrell, Jacques Lacarrière, Allen Ginsberg, Philippe Sollers ou Kenneth White. Il participe à la fondation du magazine Nouvelles Clés auquel il collaborera régulièrement pendant des années.

Il tient aujourd'hui la chronique Ecologie intérieure pour le magazine Kaizen, dans la mouvance de Cyril Dion et Pierre Rabbhi. Éditeur, il fonde à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse » où il publie notamment Christian Charrière, Eric Edelmann et les premiers livres de Daniel Roumanoff sur Swami Prajnanpad. Il est également pour une période de transition directeur littéraire des Éditions Dervy où il publie notamment Bernard Montaud (La vie et la mort de Gitta Mallasz), Jodorowsky, Denise Desjardins…

Son premier livre, une biographie de l’écrivain et philosophe américain Thoreau paraît en 1986, avec une préface d’Arnaud Desjardins et une postface de Kenneth White. Ce livre sera suivi d’une quinzaine d’ouvrages, publiés chez Albin Michel, Dervy Livres, la Table Ronde, L’originel, le Relié. Il a cosigné deux ouvrages avec Arnaud Desjardins et deux avec Alexandro Jodorowsky. L’homme se lève à l’Ouest, paru en 1992 chez Albin Michel, fera notamment découvrir au public français l’existence de Lee Lozowick dont il traduira par ailleurs plusieurs ouvrages. L’Irrévérence de l’Éveil, publié la même année, révélera Stephen Jourdain.

Au début des années 1990, parallèlement à ses activités d'écrivain, journaliste et traducteur, il commence à s’investir dans l’animation de stages (notamment dans le cadre de Terre du Ciel, ainsi qu’en coanimation avec Marie de Hennezel) et fonde des groupes parisiens inspirés de l’enseignement d’Arnaud Desjardins, groupes qui fonctionnent encore aujourd’hui. En 1996, Arnaud Desjardins lui propose de rejoindre l’équipe de Hauteville, le lieu qu’il a fondé en Ardèche où séjournent chaque semaine pour une retraite une cinquantaine de personnes. Il y consacre l’essentiel de son temps pendant près de onze ans, tout en poursuivant l’animation de groupes parisiens, ainsi que son travail d’écrivain et de traducteur. En 2002 parait Le Manuel de l’Anti-Sagesse, puis en 2004, Allen Ginsberg, poète et Bodhisattva Beat, où l'auteur relate ses rencontres et entretiens avec le grand écrivain américain puis La joie qui avance chancelante le long de la rue en 2017, récit d'entretiens avec un Diogène sauvage passé de l'autre côté du désespoir, Hank alias Henry Warshowsky.

Ces deux livres serviront de base au superbe roman graphique spirituel d'Etienne Appert, Au crépuscule de la Beat Generation, paru en 2023. Deux En septembre 2007, il s'installe à nouveau à Paris où il donne un enseignement sous une forme originale dans la lignée d’Arnaud Desjardins et Swami Prajanpad tout en continuant à écrire. Il continue à intervenir à Hauteville. En 2011, parallèlement aux activités régulières organisées à Paris et à la suite d'une impulsion donnée par Arnaud Desjardins, il anime régulièrement avec son épouse Valérie des séminaires dans le beau village d'Angles sur l'Anglin dans la Vienne, où sa famille possède une maison depuis cinq générations. En 2015, il cesse de résider principalement à Paris pour s'établir en Poitou et y développer son école de transmission spirituelle tout en composant du Rock à vocation spirituelle dans des groupes comme Gestion des restes ou Survie, groupe qui interprète des chansons de Lee Lozowick, enseignant spirituel transgressif et subversif qui a marqué son parcours.

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vendredi 5 avril 2024

La rencontre avec Arnaud Desjardins (partie 2)

 Ce second extrait raconte sa rencontre avec son maître, Arnaud Desjardins. (voir la 1ère partie)

Revue Acropolis : Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Arnaud Desjardins ?


Gilles FARCET : À l’âge de vingt-trois ans, j’ai donc rencontré Arnaud Desjardins avec qui je me suis tout de suite senti en confiance. Dès notre premier contact – j’ai assisté à une réunion qu’il animait – je me suis trouvé à ma place et ai eu le sentiment d’avoir essentiellement découvert ce que je cherchais. Tout le travail restait encore à faire, mais il me semblait avoir trouvé mon « école ».

Revue A. : Cela, vous ne l’avez jamais remis en question !

G. F. : Non. Si Arnaud Desjardins a beaucoup d’admirateurs, il a aussi ses détracteurs. Comme toute personne en sa position, il fait l’objet de critiques et de jugements parfois très sévères et tranchés. Je crois avoir toujours laissé monter en moi les doutes et les interrogations, parce que cela fait justement partie de l’enseignement de ne rien refouler et de regarder ce qui monte en soi sans se voiler la face ; mais jamais je ne me suis véritablement posé de « problème » vis-à-vis de sa transmission ou de telle ou telle de ses attitudes. Beaucoup de gens passent leur temps à chercher la petite bête, à se demander si le maître qu’ils prétendent suivre – surtout s’il s’agit d’un occidental ordinaire dont l’existence n’est pas exempte de difficultés courantes – est bel et bien éveillé, bien ceci, bien cela, s’il est « mieux » ou « moins bien » que tel autre, etc.

Pour ma part, j’ai d’emblée ressenti Arnaud comme profondément bon et honnête, enraciné en sa profondeur, animé par le désir non-égoïste de venir en aide à autrui et ne parlant que de ce qu’il avait lui-même vécu et expérimenté. J’ai eu par la suite l’occasion de le fréquenter d’assez près dans des situations diverses et il ne m’a jamais déçu, peut-être parce que mon aspiration de départ était claire et que je ne cherchais ni un super-héros ni un yogi miraculeux mais un maître, un guide en d’autres termes une personne parvenue à la maîtrise et capable de m’indiquer comment moi-même progresser vers cette maîtrise. Le fait de me sentir à ma place auprès de lui ne m’a pas empêché de m’ouvrir à d’autres formes et à d’autres voies, ainsi qu’en témoignent mes articles et mes livres, notamment le dernier, L’Homme se lève à l’Ouest, Les nouveaux sages de l’Occident, paru chez Albin Michel. Lui-même m’a encouragé à rencontrer des Sages, des disciples, et des maîtres. Ni sectarisme ni fermeture, donc, mais un nécessaire enracinement.

Revue A. : Cette relation existe toujours ?

G.F. : Oui, bien sûr. Je crois qu’elle ne saurait être brisée. Encore faudrait-il savoir de quelle relation nous parlons… Si j’évoque « ma » relation avec Arnaud Desjardins, on aura l’impression qu’il s’agit des rapports qu’entretient Gilles Farcet, 33 ans, écrivain et journaliste, avec Arnaud Desjardins, 66 ans (2), auteur de livres et gourou… Or il ne s’agit pas de cela. Certes, ma personnalité entretient effectivement des rapports avec la sienne, nous nous entendons plutôt bien. Je veux bien que l’on me dise que j’ai cherché en lui mon père, c’est tout à fait vrai, d’autant plus que je l’ai rencontré en pleine période de formation, alors que je terminais mes études et ne gagnais pas encore ma vie. Mais là n’est pas l’essentiel. Car après tout, j’ai eu la chance d’approcher beaucoup d’autres personnes remarquables et même susceptibles de me fasciner davantage sur le plan artistique ou humain. Le cœur de la relation est d’un autre ordre.

Il ne s’agit pas tant d’une relation entre deux personnes que d’une relation entre un maître et un disciple, ou un apprenti-disciple, ou un apprenti­-apprenti-disciple, je ne sais pas… quelqu’un qui, en tout cas, essaie sincèrement de suivre le chemin proposé. Et cette relation, finalement, est à la fois extrêmement personnelle et tout à fait impersonnelle.

Si cette relation a vraiment été établie, elle ne peut pas être brisée. Elle ne se situe pas sur le seul plan immédiatement humain, elle transcende les formes transitoires.

Revue A. : Pourquoi dites-vous : « Si cette relation a vraiment été établie… ? »


G.F. : Parce qu’en cette matière, il convient de rester très prudent. Cela se vérifie dans le temps. Voilà une dizaine d’années que je m’expose à cette influence. Ce n’est pas mal mais, en même temps, c’est court et je suis encore jeune. Rendez-vous dans vingt ou trente ans…

C’est à partir de son être essentiel, même s’il n’en est pas conscient, que le disciple va vers le maître.

Revue A. : Peut-on parler de filiation d’idées ? Où se situe d’après vous l’origine de cette relation ?

G.F. : Elle part de l’essentiel pour aboutir à l’essentiel. Dürckheim (3) distingue ce qu’il appelle le niveau essentiel du niveau existentiel. Dans la mesure où le maître a retrouvé au plus profond de lui-même ce qui constitue l’essence, la réalité ultime de tout être vivant, c’est à partir de son être essentiel, même s’il n’en est pas conscient, que le disciple va vers le maître. Tout appel authentique, tout élan vrai vers le maître et ce qu’il transmet procèdent de l’essence. La relation de maître à disciple se manifeste certes sur le plan existentiel : je puis téléphoner au maître, déjeuner avec lui, prendre le train en sa compagnie, avoir avec lui des entretiens… mais ce n’est là que l’apparence. L’important se joue dans l’ordre de l’essence.

Tout maître authentique est véhicule et serviteur d’une essence universelle et impersonnelle, laquelle utilise ses qualités et aptitudes humaines pour se manifester. Aussi le maître s’adresse-t-il de l’essence à l’essence, « de mon âme à ton âme, de mon être à ton être, de mon cœur à ton cœur », comme le dit la belle expression traditionnelle. Sur ce plan, le gourou n’est pas un autre que le disciple.

Mon essence – ce que je suis, au-delà de toutes les particularités et limites de la manifestation transitoire appelée Gilles Farcet – était à la recherche d’elle-même et s’est reconnue en la manifestation transitoire appelée Arnaud Desjardins, cette dernière constituant un véhicule plus purifié et transparent. Lorsque je percevrai : qu’il « n’y a plus deux mais un », lorsque je ne me prendrai plus pour Gilles et ne prendrai plus Arnaud pour Arnaud, l’énergie du gourou aura fait son office. Cela, bien sûr, c’est le « but », si on peut parler de but pour une réalité qui est déjà là, bien que je n’en aie pas conscience. Mais dès le départ, la relation, si elle s’établit vraiment, se noue au niveau essentiel. C’est parce qu’elle relève de l’essentiel qu’elle est impérissable, alors que ce qui ne relève que de l’existentiel sera nécessairement périssable. Arnaud dit souvent que depuis que son maître est mort, jamais il ne s’est autant senti en communion avec lui. Il ne le perçoit plus comme situé dans l’espace et le temps mais le ressent toujours présent.


(1) Derniers ouvrages de Gilles Farcet parus : Le choix d’être heureux, Éditions Entremises, 2021

La Réalité est un Concept à Géométrie Variable, Éditions Charles Antoni-L’Originel, 2022

(2) Arnaud Desjardins est décédé en 2011

(3) Karlfried Graf Dürckheim (1896-1988), diplomate, psychothérapeute et philosophe allemand. Il découvre le bouddhisme zen au japon. 

Édition augmentée du dossier paru dans la revue n° 125 (mai 1992)

Propos recueillis par Laura WINCKLER, cofondatrice de Nouvelle acropole en France

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samedi 11 août 2012

Hommage de Véronique Jannot à Arnaud Desjardins


Arnaud Desjardins fut l'un de mes premiers maîtres.
Avant même que je connaisse l'importance d'avoir un maître, un guide, sur le chemin spirituel, la lecture des chemins de la sagesse fut pour moi une découverte. Aucune religion n'était érigée dans cet ouvrage, mais seules les fondations communes à toutes, à savoir la spiritualité. La religion devait être la courroie de transmission de la spiritualité, mais ce n'est malheureusement pas toujours le cas, loin de là. 

La religion a trop souvent été manipulée, transformée, orientée pour des questions de pouvoir et d'argent et n'a jamais suffisamment rendu l'homme libre. La spiritualité en revanche permet de s'éveiller à une autre dimension et à trouver la sienne. Elle est ancrée dans une réalité, où l’être participe à chaque instant de sa vie en pleine conscience, éveillé à l'instant présent et apte à identifier les choses pour ce qu'elles sont, sans laisser le mental se livrer à la valse de ses interprétations

C'est ce qu'Arnaud Desjardins dans l'ouverture la plus totale a toujours mis en avant. il pouvait parler de toutes les religions, n'en gardant que la quintessence, ressentie vécue et partagée. C'est d'ailleurs ce qu'il a voulu montrer dans ce lieu qu'il a créé, où toutes les religions sont représentées, et que ses plus proches continueront à faire vivre pour tous ceux qui souhaiteront approfondir l'enseignement précieux de cet homme exceptionnel.

Pour moi, arnaud desjardins faisait partie d'une sphère à part comme l'un de ces anges que l'on a à sa pensée pour en avoir reçu une paillette, mais jamais je n'aurais imaginbé le rencontrer.
Peu après la sortie de mon livre "Trouver le chemin", j'ai reçu une lettre de lui me demandant de venir faire une conférence aux "Amis d'Hauteville". Je n'ai tout d'abord pas bien compris ce qui m'arrivait, tant était irréel pour moi. Je me suis empressée de le rappeler aux coordonnées qu'il me laissait, pour lui dire combien j'étais émue par son courrier, mais que je me trouvais dans un terrible dilemme : bien incapable de faire une conférence, et en même temps ne pouvant absolument rien lui refuser. Je l'entends encore sourire et me dire qu'il me suffisait de parler aussi simplement que j'avais écrit et que tout irait bien...

C'est ainsi que j'ai fait la première conférence de ma vie, et que j'ai rencontré Arnaud Desjardins et sa famille, et découvert " les Amis d'Hauteville ". Depuis ce jour nos pensées se sont accompagnées. La vie trop occupée et les actions dispersées ne nous ont pas réunis à nouveau, je le regrette, bien qu'il ait sans cesse été présent à mon coeur...


J’imagine aujourd'hui sa sépulture occupant l'espace si particulier où il a choisi de demeurer, inspirant à ceux qu'il a guidés et aimés, la sagesse qu'il incarnait, la connaissance née de toutes ses expériences et ses voyages, la compassion qu'il a développée toute sa vie durant, et surtout la recherche de cette paix intérieure qui libère de toutes les peurs. Rien ne meure tout se transforme, mais il n'en demeure pas moins qu'Arnaud Desjardins va me manquer comme à tant d'autres. Cela est une réalité.

Merci Arnaud du fond du coeur, pour ce que vous nous avez apporté.


Véronique Jannot

"C’est en nous qu’il y a quelque chose à transformer."

Arnaud Desjardins

vendredi 15 juin 2018

Lâcher-prise ! Entretien avec Arnaud Desjardins (3)


Nouvelles Clés : Votre dernier chapitre insiste d’ailleurs assez radicalement sur ce point.

Arnaud Desjardins : Oui. Beaucoup de personnes qui sont attirées par ce que l’on met sous le vocable « spirituel », et par les différentes formes de psychothérapies à visée spirituelle, ne se contentent pas de soigner tel ou tel symptôme pathologique précis : elles veulent aussi atteindre en elles-mêmes un espace plus vaste. Mais elles ne se donnent pas les moyens de l’atteindre. Il y a là un grand malentendu, car elles continuent à ramener les expériences nouvelles à l’intérieur du système et du cadre ancien délimités par leur égocentrisme.
Il faut donc trouver une pratique qui ne puisse pas être récupérée par l’ego, et celle-ci consiste à s’incliner intérieurement, à reconnaître que ce qui est. Toujours agir à partir de ce qui est et non pas à partir de ce qui, selon moi, devrait être.
Or nous fonctionnons sans cesse suivant le mode du « c’est pas juste, il ou elle aurait dû faire ou dire ceci ou cela, tel fait aurait dû se passer autrement, etc. » Mais le lâcher-prise face à ce mode erroné de fonctionnement n’exclut en aucun cas l’action : celle-ci émane simplement d’une tout autre source.
Ce n’est plus le moi qui veut, c’est la situation qui demande une réponse opportune.

Nouvelles Clés : Vous dites : « Le monde ne correspondra jamais avec votre monde » et concluez sur une double formule très forte que je résume : la psychothérapie guérit l’ego et le mental, la voie guérit de l’ego et du mental.

Arnaud Desjardins : Imaginez le nombre d’amis que je me fais parmi les psy en disant cela ! (rires – Arnaud Desjardins va alors à sa bibliothèque et y prend un livre). Dans Les Dialogues de St Grégoire le Grand, sur la vie et les miracles du Bienheureux St Benoît, qui fut le fondateur des bénédictins et des cisterciens, il est dit ceci : « Chaque fois qu’une préoccupation trop vive nous entraîne hors de nous, nous restons bien nous-mêmes, et pourtant nous ne sommes plus avec nous-mêmes : nous nous perdons de vue et nous nous répandons dans les choses extérieures. » Un texte que ne renierait pas un maître soufi, zen ou hindou !
Faut-il vivre toujours les choses de façon égotique sur fond de vouloir, de refus et de crispation, et faire empirer les choses, ou vivre et agir sur fond de confiance et d’abandon ? Toute la question est là.

Nouvelles Clés : Vous-même êtes passé par là puisque vous racontez qu’après seize ans de pratiques spirituelles, de succès médiatiques et professionnels, lorsque vous rencontrez Swâmi Prajnânpad, il vous fait parler de vos expériences diverses et vous dit ensuite : « It is a status of a slave », c’est un statut d’esclave.

Arnaud Desjardins : Oui, il m’a montré qu’après toutes ces années de travail avec les groupes Gurdjieff, de lectures, de rencontres avec une sainte comme Ma Ananda Mayi, ou avec des maîtres soufis en Afghanistan, des maîtres tibétains ou zen, de grands yogis… j’étais toujours ce petit personnage prêt à s’enflammer, à réagir, à refuser, à râler, à vouloir que les choses se passent comme je le voulais et non comme elles étaient. Je restais en effet esclave de l’ego et de ses limites. Je correspondais toujours à cette autre définition de Swâmiji : « L’homme est une marionnette dont les aléas de l’existence tirent les fils… »

Nouvelles Clés : Une dernière définition sur le lâcher-prise ?

Arnaud Desjardins : Ne ramez plus, ne nagez plus, faites la planche ! (Rire homérique). Je blague : disons qu’il faut à la fois être dans l’action et dans la non-action. C’est un concept mal compris. La formule des bouddhistes est très connue : « Ni refus ni appropriation » de ce qui se présente. Ni rejet ni saisie.

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mardi 1 mars 2011

La Paix toujours présente avec Arnaud Desjardins

Cet ouvrage a été composé à partir de réponses données à différents auditoires en quête du sens de l'existence. L'auteur y prouve qu'au-delà, ou plutôt, en deçà des philosophies et des théologies contradictoires, un dénominateur commun à toutes les voies de transformation personnelle — religieuse ou non — fait l'unité : il s'agit de demeurer dans la paix, la sérénité et l'amour, valeurs qui n'ont pas de contraires. Ce dépassement des opposés (réussite/échec, bonheur/malheur, création/destruction...) demande ce que la tradition chrétienne désigne par « la mort du vieil homme » et « la naissance de l'homme nouveau », ce que le soufisme dénomme « fana » et le bouddhisme « nirvana ». Plus qu'un changement, c'est une véritable métamorphose intérieure à laquelle nous convie Arnaud Desjardins. Le verset le plus célèbre des Upanishad nous concerne tous : « De l'irréel conduis-moi au réel, des ténèbres à la lumière, de la mort à l'immortalité. » Il y a en nous une énergie fondamentale qui ne meurt pas : à nous de la trouver.



Rencontre avec Arnaud Desjardins.

Marc de Smedt - Ce livre me semble fait de réponses très personnelles à des questions qui se posent à tous. Est-ce vrai ?
Arnaud Desjardins - Oui, et j'ajouterai que j'ai décidé que ce serait mon dernier livre, mon testament. Tout a été dit, seule change la façon de le dire. Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter à mon message. A quatre-vingt-cinq ans passés, j'ai juste voulu insister dans cet ouvrage sur la guérison psychique et spirituelle qui se trouve à la portée de chacun, à condition que l'on cherche à connaître un état intérieur de sérénité, de liberté et de plénitude.

Marc de Smedt - Quels moyens préconisez-vous pour y arriver ?
Arnaud Desjardins - Vous savez, toute expérience courante est faite de contraires : la frustration se mêle à la gratification, la joie à la tristesse, la satisfaction à l'insatisfaction... Le tout est de trouver en soi l'état qui n'a pas de contraires. Il n'est pas réservé à une minorité de sages et de libérés vivants ! Dans mon livre, j'explique en détail comment nous libérer de ce jeu d'émotions, de pensées et d'inquiétudes qui nous habite.

Marc de Smedt – Beaucoup de personnes sont actuellement habitées par l'inquiétude écologique, financière, humaine. La perte de sens est générale, la peur de l'avenir occulte tout. Que faire pour contrer cette sinistrose ambiante ?
Arnaud Desjardins - D'abord, chacun doit savoir ce qu'il peut faire personnellement pour agir efficacement dans la réalité et selon les circonstances qui se présentent à lui, afin de réagir avec sagesse à son propre niveau. Et puis il faut trouver en soi ce qui est épargné par la peur permanente. Vivre dans une certaine paix intérieure aide à faire partie de la guérison du monde plutôt que de sa maladie ! Le monde intérieur est vaste : essayons de ne pas y voir que les nuages et trouvons en nous-mêmes le ciel bleu qui sous-tend tout cela !




lundi 17 mars 2025

Dialogue avec un sage

 "Souvenez-vous que la paix des profondeurs est déjà la nature véritable de notre esprit ou de notre conscience. Et nous pouvons tenter, par une acceptation totale, de nous désengager des limitations du moment et de revenir à cette réalité qui est déjà là en nous ou plutôt que nous sommes déjà." 

(Arnaud Desjardins, extrait d'une lettre à Yvon Ginchereau)


Les éditions Accarias L’Originel nous ont habitués à des textes et des témoignages de sagesse d’une richesse remarquable. Ce livre-ci, d'Yvon Ginchereau- "Dialogue avec un sage – Arnaud Desjardins m’a dit…", paru cette année aux éditions de Jean-Louis Accarias et préfacé par Eric Edelmann, qui dirige l’ashram québécois de Mangalam - ne fait pas exception à la règle. C’est d’autant plus le cas qu’il est lié à l’un des rares maîtres occidentaux reconnus, qui plus est un être qui prodiguait l’enseignement reçu de son maître indien, Swâmi Prajnanpad, avec une immense générosité, pour de nombreux apprentis disciples, en France comme au Québec.
 

Tous ceux qui ont connu Arnaud Desjardins de son vivant – jusqu’au 10 août 2011 – reconnaîtront sans peine, dans cet ouvrage, les grands principes de son enseignement. Mieux encore, à la lecture des extraits de l’abondante correspondance qui s’est nouée entre l’auteur, Yvon Ginchereau, et le maître, ils réentendront sa voix, qui véhiculait avec tant de pédagogie, de force et d’amour ce qui lui avait été transmis et dont il avait fait la substance même de son existence. 

Ecrit avec une grande clarté et une précision d’orfèvre, ce livre s’adresse à tous, ceux qui ont connu le maître, ceux qui sont arrivés à l’ashram d’Hauteville ou de Mangalam après sa mort comme ceux qui seraient simplement curieux, aujourd’hui, de découvrir une voie particulièrement adaptée à notre contexte occidental. Il est émaillé de nombreuses lettres d’Arnaud Desjardins contenant des conseils à la fois précis et développés, mais aussi de citations d’autres auteurs, propres à éclairer l’ensemble.

J’ai été particulièrement touchée par la lecture de ce témoignage, qui commence très naturellement par poser le cadre familial où l’auteur a grandi, au travers de difficultés suffisamment fortes pour qu’Yves Ginchereau qualifie son propre « départ » dans l’existence de « peu prometteur », dans la première partie. Par cette plongée dans une enfance et une adolescence douloureuses, nombre de nos souffrances pourront ici se reconnaître, même si chacune d’entre elles prend nécessairement une forme différente. Voilà qui permet de se redire que la qualité d’un cheminement n’est nullement entravée par des conditions initiales malheureuses, a priori peu favorables à l’ouverture spirituelle.

Dès la deuxième section du livre, intitulée « Le début d’un chemin », l’auteur nous fait entrer dans l’accompagnement exceptionnel dont il a bénéficié, après une toute première rencontre assez improbable, en ce qu’elle ne respectait pas le protocole habituel d’entrée dans un centre tenu par Arnaud Desjardins. Yvon Ginchereau ne cache rien de ses conditionnements, préjugés ou résistances, et c’est ce qui nous le rend si proche. En même temps, nous saisissons mieux à quel point il est nécessaire, si l’on veut progresser sur la voie, de s’engager pleinement, avec sérieux et détermination, avec une pleine confiance également, auprès du maître choisi. 

La troisième partie nous ouvre les « nouveaux horizons » que le disciple a découverts dans cette proximité avec le maître, laquelle ne s’est jamais démentie (y compris après sa mort, de cœur à cœur). Son expérience spirituelle nous est alors livrée dans son intensité, son éblouissement même, sans pour autant occulter les difficultés persistantes ressenties à ces occasions – celles qu’Yvon Ginchereau décrit comme une « négativité » issue de son histoire, ou encore la confrontation à certaines formes de malveillance, y compris parmi les apprentis disciples. 


La quatrième section évoque la phase d’assimilation profonde de cet enseignement, au travers notamment de ce que l’auteur appelle le fait de « Servir la grande réalité », dans ce monde : en l’occurrence, il s’agit d’un engagement social particulier dans le domaine de la santé. 

La toute dernière partie, « Une voie pour les temps modernes », plus brève, me paraît précieuse entre toutes : elle propose d’abord un condensé des phrases essentielles du maître, extraites des lettres dont nous avons pu découvrir le contenu au fil de notre lecture ; puis elle expose une méthode en trois points : 1. L’audition, 2. La réflexion, 3. La contemplation, qui s’achève par un magnifique texte de Lao Tseu, à lire et à relire pour une imprégnation profonde. J’avoue qu’à ce stade, j’aurais aimé un développement plus long, tant cette méthode me paraît utile. 

L’ensemble est précédé d’un avant-propos et d’une introduction de l’auteur, puis suivi d’une postface, d’une bibliographie très complète et d’un glossaire des mots sanskrits utilisés dans l’ouvrage, avant de s’achever par des remerciements.

Une fois n’est pas coutume : je ne terminerai pas cette recension par un florilège de citations, tant il me paraît important d’entrer entièrement, de tout son être, dans cet ouvrage si vivant et si complet. Vous l’aurez compris : je vous recommande chaudement la lecture de ce livre !

"Ne doutez pas de vous, ne doutez pas de vous ! Pour se sentir stable et solide, le secret est simple : il faut s'appuyer sur ce qui est et sur ce que nous sommes à chaque instant. Ne soyez nullement découragé." (Extrait d'une lettre d'Arnaud Desjardins à Yvon Ginchereau)

Sabine Dewulf

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lundi 2 novembre 2020

EN COMMUNION AVEC VOUS avec Gilles Farcet

 

En communion avec vous, recueil de lettres à ses élèves d'Arnaud Desjardins, aux éditions Accarias l'Originel


Durant les presque trente années de ma relation avec Arnaud Desjardins de son vivant, j’ai comme tant d’autres souvent été bouleversé de sa consécration envers non seulement ses élèves plus ou moins proches et investis mais même envers toute personne qui d’une manière ou d’une autre s’adressait à lui.
« Cœur d’or » ainsi que l’avait qualifié Swami Prajnanpad, Arnaud ne pouvait pas ne pas tenter dans toute la mesure du possible d’aider son prochain.
Lui ayant moi même régulièrement écrit - je précise à toutes fins utiles qu’aucun extrait de notre correspondance ne figure dans ce volume-, y compris quand je travaillais au quotidien à ses cotés, je suis bien placé pour savoir qu’il prenait systématiquement la peine de répondre avec le plus grand soin à chaque lettre qui lui était adressée , que celle ci encore une fois provienne d’un inconnu ou d’un familier.
J’ai souvent eu, à Hauteville, le privilège de le voir à l’œuvre dans l’exercice du courrier qu’il s’imposait chaque matin. Il arrivait - parfois- qu’il demande à l’un de ses collaborateurs de venir dans son bureau pour évoquer la lettre d’une personne plus particulièrement suivie par le collaborateur en question, voire nous consulter sur un point de la réponse qu’il était en train de rédiger …
Sa concentration à cette tâche était impressionnante et constituait en elle même un enseignement. Je le revois, assis à son bureau tel que le montre la belle photo de couverture du livre. Quand j’entrais dans la pièce à sa demande, je le sentais de tout son être investi dans l’acte de répondre à la lettre qu’il avait sous les yeux. C’était une impression particulière et somme toute assez rare. Il paraissait faire complètement corps avec sa tâche et il était clair qu’il n’y avait à ce moment là place pour rien d’autre. Pas question par exemple pour moi de prétendre en « profiter » pour lui mentionner autre chose. Le regard qu’il m’avait lancé l ‘unique fois où j’avais commis cet impair m’en a dissuadé à jamais…
Arnaud levait les yeux, me demandait la ou les informations dont il avait besoin pour rédiger sa réponse, puis, après un « merci Gilles » qui coupait court à tout autre échange, se remettait à écrire d’un geste ample. Dans la pièce , à ce moment là, il n’y avait plus que lui et la personne à qui il répondait, avec laquelle il était , ainsi qu’il signait chacune de ses lettres , « en communion ».
Cette formule, qui n’avait rien d’une salutation d’usage, donne opportunément son titre à ce précieux livre composé par Véronique Desjardins avec le concours de Geoffroy d’Astier de la Vigerie qui l’assista de près pendant des décennies.
Les lecteurs d’Arnaud Desjardins sont familiers de ses chapitres qui sont autant de développements très élaborés et d’une époustouflante pédagogie sur tel et tel grand thème de la voie spirituelle. Le présent livre a cela de « nouveau » et d’original dans l’ensemble de l’œuvre qu’il ne constitue pas une nouvelle illustration de l’aptitude de l’auteur à traiter de manière exhaustive un aspect de l’enseignement. Il rend pour la première fois publique une autre facette de son expression , nécessairement plus synthétique et condensée puisqu’il s’agit à chaque fois de répondre à une lettre. Chacune de ces réponses constitue ainsi un petit trésor de transmission.
Parmi de nombreuses perles, j’extrais celle -ci :
« Premièrement la non dualité ici et maintenant. Deuxièmement l’action dans l’esprit du lâcher prise »
Ce qu’Arnaud, en une autre occasion, résumait par « yes and do »;
Je suis aussi frappé par la persistance avec laquelle Arnaud revient sans cesse à ce qu’on pourrait appeler « la réponse absolue » quel que soit son interlocuteur et les questions concrètes abordées. Il ne le fait pas de manière abstraite et insensible, tenant toujours compte des difficultés existentielles évoquées que jamais il ne balaie d’un revers de main « métaphysique » et c’est toute la différence entre un enseignement sec et une transmission compassionnelle.
Et, en toute bienveillance, écoute et compassion, il en appelle toujours à la part la plus essentielle de son correspondant, à la possibilité d’un changement radical de positionnement.
En outre, le fait qu’Arnaud s’adresse à une personne en particulier, souvent connue de longue date et en tout cas clairement identifiée par lui, confère une dimension souvent touchante à l’échange. La tendresse paternelle et même maternelle d’Arnaud y est parfois très sensible.
Comme le rappelle l’introduction de Véronique Desjardins, l’un des derniers actes d’Arnaud à Hauteville le matin de l’accident cardiaque dont il devait décéder quelques semaines après fut de rédiger à la main une ultime réponse.
Ce livre nous rappelle aussi encore une fois qu’animer des séminaires, donner des causeries, est une chose ; et qu’accompagner des personnes au long cours en est une autre.

Dans une lettre de 2001, Arnaud écrit ceci à un élève :
« Le plus important n’est pas de savoir ‘ qui je suis vraiment ‘ mais ‘qui vous , Yassine, vous êtes vraiment ‘
Quant à moi , je vais vous le dire : je suis un très brave type qui essaye de rendre les gens autour de lui un peu plus heureux. Partez de là si vous voulez en découvrir un peu plus ».
Répondant à cette invitation d’Arnaud, je suggèrerais de ne pas se laisser abuser par l’absence de prétention de cette évocation du « brave type » : il se pourrait bien que ce soit là une possible définition du boddhistava.
Enfin, il me semble que ce livre nous interpelle, nous tous qui avons reçu des lettres de la main d’Arnaud :
Récipiendaires, de par notre destin et notre demande, de tant d’attention, de compassion, de sagesse, qu’en avons nous fait ? Jusqu’à quel point avons nous et continuons nous à faire fructifier ce trésor ? Telle est bien la question brûlante, tant il est vrai qu’honorer la mémoire vivante d’un ami spirituel c’est cultiver en nous les graines qu’il a semées.
A chacun de nous d’y répondre dans l’intime de nous mêmes, en toute bienveillance, sans complaisance, dans un esprit positif nous incitant quoi qu’il en soit à aller de l’avant, où que nous en soyons ici et maintenant.

Gilles Farcet
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mardi 30 mai 2023

La voie de la vie quotidienne

Emmanuel Desjardins nous donne rendez-vous le samedi 10 juin 2023 
pour un atelier à Bruxelles.

 

Concilier vie quotidienne et voie spirituelle selon les enseignements de Swâmi PRAJNÂNPAD et Arnaud DESJARDINS

La Voie de la vie quotidienne.

Les promesses de la Voie sont très attirantes : l'amour, la joie, la paix, la détente, etc. Mais notre existence est souvent faite d'émotions contrastées, de désirs et de peurs, de succès et d'échecs et d'une confiance en soi fluctuante. Comment utiliser ce champ d'expérience comme la matière première d'une véritable guérison spirituelle ?

La Voie de la vie quotidienne, c'est l'art d'utiliser notre existence telle qu'elle est pour se connaître et se transformer.

Là est la spécificité de l'enseignement de Swâmi PRAJNÂNPAD et d'Arnaud DESJARDINS dont Emmanuel DESJARDINS proposera un approfondissement durant cette journée.

L'approche ne sera pas théorique. Il s'agit de partir de l'implication des personnes présentes, avec des exemples concrets et des situations vécues, pour voir comment un chemin spirituel, réaliste et vivant, peut s'incarner dans notre quotidien.

Le but de cette journée est autant d'apporter une aide précise et concrète par rapport aux difficultés éventuelles que nous pouvons rencontrer jour après jour que de relier ces difficultés à une perspective spirituelle vaste, profonde et illimitée.

Qui est Emmanuel DESJARDINS ?

Emmanuel DESJARDINS est né en 1964. Après des études de sciences politiques et de sociologie, il commence à travailler dans le milieu de la culture à Paris. Depuis 1995, il travaille dans le centre spirituel Hauteville, fondé par Arnaud DESJARDINS, dont il assume aujourd'hui la direction.


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vendredi 28 janvier 2011

A la recherche du Soi de Arnaud Desjardins

Pour la sortie en poche d'Adhyatma Yoga (A la recherche du Soi - vol.1 ), en voici un extrait :


Cette tension permanente – à laquelle remédient bien mal les techniques de relâchement, de training autogène, les postures de yoga, et tout ce qu’on peut utiliser aujourd’hui – se manifeste à travers deux attitudes, exprimées par les mots « prétendre » et « attendre ».
Dans ces deux mots, il y a tendre et tension. « Prétendre » est une forme de tension, « attendre » en est une autre. L’homme ordinaire vit toujours dans l’attente. Quand ce n’est pas l’attente des catastrophes, c’est l’attente de ce que les uns ou les autres devraient faire en conformité avec ce qu’il pense ou ce qu’il désire. Et cette attente est tout le temps surprise. Je m’attends à ce qu’une personne soit gaie, heureuse, quand je prononce un mot aimable, ou que je lui fais un cadeau, et mon attente est surprise. Je m’attends à ce que... Tout le temps. Cette attente est une tension perpétuelle, inconsciente, dont on ne se rend pas compte. S’il  n’y a plus aucune attente, il y a une détente complète, une disponibilité parfaite dans l’instant, dans le « ici et maintenant », pour tout ce qui peut se produire. Si je rentre chez moi, je ne m’attends pas à ce que mon appartement ait été cambriolé. Je m’attends à trouver mon appartement tel que je l’ai laissé. Et parce que je suis dans cette attente, qui n’est pas consciente, je reçois un choc, un stress, comme on dit aujourd’hui, si je vois tous les tiroirs vidés et retournés, les lits défaits, selon la technique habituelle des cambrioleurs qui cherchent où l’on a pu cacher l’argent ou l’argenterie...




Au terme d'une quête spirituelle exceptionnelle, Arnaud Desjardins est devenu le disciple de Shri Swâmi Prajnânpad, gourou hindouiste qui a suscité l'intérêt de nombreux universitaires, philosophes et psychologues. Car son enseignement, indépendant de toute pensée religieuse, est une passionnante exploration de soi : son yoga, l'Adhyatma yoga, vise à retrouver notre essence fondamentale - l'atman - par une démarche qui explique et désamorce les mécanismes de notre égoïsme, au coeur de nos soucis quotidiens.
Dans ce premier tome de À la recherche du soi, Arnaud Desjardins présente quelques notions fondamentales - koshas, samskara, vasana... - sur le mode vivant des enseignements orientaux.
Autrefois grand voyageur, réalisateur pour la télévision, Arnaud Desjardins a fait connaître aux Occidentaux les spiritualités vivantes de l'Orient à travers les films qu'il a tournés en Inde et en Asie. Il a suivi les enseignements de son maître Swâmi Prajnanpad pendant de nombreuses années. En 1974, il fonde un ashram installé aujourd'hui à Saint-Laurent-du-Pape en Ardèche, où il continue de transmettre l'héritage spirituel qu'il a reçu. Très engagé dans le dialogue interreligieux, il est internationalement reconnu, et ses livres sont traduits dans plusieurs pays. Après Spiritualité, de quoi s'agit-il ? : entretiens avec Emmanuel Desjardins, écrit en collaboration avec son fils, paru en 2009 aux éditions de La Table Ronde, il a publié Oui, chacun de nous peut se transformer (Albin Michel, 2010).

mercredi 29 octobre 2014

Transmission avec Véronique Desjardins...

• Comment vous présenteriez-vous ?

Dès l’adolescence, ma vie a été dominée par la recherche spirituelle. Je me suis mise en quête d’une voie de transformation, ce qui m’a conduite à Arnaud Desjardins (1) dont je suis devenue l’élève à l’âge de vingt et un ans. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que cette recherche concernerait également ma vie affective et professionnelle. À partir de l’âge de trente-trois ans, je suis devenue la collaboratrice d’Arnaud puis sa compagne et son épouse en 1996. Parallèlement, et pendant dix-sept ans, j’ai dirigé la collection « Les Chemins de la Sagesse » aux Éditions de la Table Ronde, qui publiait les ouvrages de représentants des différentes traditions spirituelles, entre autres le best-seller de Sogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort. 

• Avez-vous vécu une expérience déterminante qui a modifié, changé votre parcours de vie ? Cette expérience vous a-t-elle amenée à prendre des décisions qui orientent encore votre vie ?
J’ai ressenti très tôt le désir de me transformer. Je savais que si je ne changeais pas, j’allais manquer quelque chose d’essentiel. La parole de Gurdjieff, « Votre être attire votre vie », m’avait profondément marquée. La rencontre, le travail, puis la vie en commun avec Arnaud Desjardins ont infléchi toute mon existence. Son décès en 2011 a également été une étape déterminante dans mon propre parcours – étape à la fois très douloureuse mais aussi salutaire. Dans maintes traditions, il est dit que l’ultime cadeau que le maître fait à l’élève, c’est de mourir, car alors l’élève est acculé à tenir sur ses propres jambes et à faire fructifier comme jamais auparavant ce qu’il a appris de son maître. Donc, oui, aussi bien la rencontre d’Arnaud en 1973 - qui m’a amenée à me structurer peu à peu et à envisager l’existence dans une toute autre perspective - que son décès, presque quarante ans plus tard, m’ont conduite à prendre la plupart des décisions qui ont orienté ma vie, entre autres celle de quitter Paris en 1984 et de me rapprocher du centre qu’Arnaud (2) venait de fonder dans le Gard .
Quand nous abordons l’existence, la plupart du temps nous ne savons pas qui nous sommes vraiment, ni ce que nous sommes appelés à devenir. Nous sommes le plus souvent, exilés de nous-mêmes. Si nous ne voulons pas passer à côté de nous-mêmes, et souhaitons que notre vie prenne toute sa dimension, nous devons peu à peu apprendre à nous connaître, à sortir de notre division, à nous structurer. Ce que nous sommes réellement et ce à quoi nous sommes appelés – notre vocation, si l’on peut dire - se précisent avec le temps. C’est quelque chose à découvrir. Cela ne se fera pas sans passer par certaines crises, ne serait-ce que les inévitables épreuves que chacun rencontre tôt ou tard. Mais nous pouvons développer une nouvelle attitude intérieure nous permettant de faire face aux aléas de l’existence. La vie est une succession d’expériences mais c’est à nous d’en faire quelque chose ou non. Le maître d’Arnaud Desjardins, Swâmi Prajnânpad, avait une formule à cet égard : « Tout ce qui vient à vous, vient à vous comme un défi et une opportunité ». 


Quelle est votre vision du monde actuel ?
Il est bien difficile de répondre à cette question car une réelle appréciation de l’état du monde actuel supposerait d’être suffisamment libre de ses préjugés, des idées de toutes sortes circulant à ce sujet, et surtout de ses propres peurs et projections qui déforment inévitablement notre vision. Il faudrait prendre tant de facteurs en compte et avoir un recul qui permette d’évaluer à la fois les raisons de s’inquiéter et les raisons d’espérer. Personnellement, je déplore la perte des valeurs spirituelles, le manque d’intégrité qui sévit un peu partout, sans oublier la désintégration de la famille et l’absence de repères dont souffrent tant de jeunes. Nous vivons dans un profond climat d’insécurité engendrant beaucoup d’incertitude et de peur. En même temps, des initiatives très positives voient le jour un peu partout dans le monde, un réveil des consciences semble faire peu à peu contrepoids à la dégradation générale. Si nous devons traverser une crise majeure, comme tant d’experts s’accordent à le dire, chacun dans leur secteur, celle-ci nous obligera à développer une autre manière d’être ensemble, fondée sur l’entraide et la solidarité, pour pouvoir affronter d’éventuels temps difficiles. Nous serons obligés de fonctionner différemment, de redéfinir nos valeurs et nos priorités et sans doute de revenir à un mode de vie beaucoup plus simple et authentique.
Mais, outre ces considérations générales, ce qui me paraît important au niveau individuel, c’est de savoir si nous augmentons la souffrance déjà présente dans le monde par nos comportements ou si au contraire nous contribuons à répandre plus de paix et d’harmonie. Est-ce que nous agissons avec une certaine sagesse ou est-ce que nous cédons à des impulsions destructrices – la colère et la violence, par exemple ? Si nous ne choisissons pas nos états d’âme, nous pouvons au moins veiller à ce qu’ils ne polluent pas l’environnement.


Quelles sont les valeurs auxquelles vous êtes attachée ? De quelle manière les rendez-vous vivantes ?
La détermination. Nous ne faisons rien sans elle. Elle est un fil conducteur, à l’arrière-plan de notre existence, une certitude qui nous permet d’avancer, quelles que soient les épreuves que nous rencontrons. Elle est l’orientation donnée à notre vie, une force qui nous pousse de l’intérieur. La vérité, qui commence par l’honnêteté envers soi-même. Cesser de se mentir et oser voir en face ses contradictions et ses ambivalences. Le sens des responsabilités, qui s’allie à l’intégrité, et nous permet d’assumer notre existence dans tous les domaines, entre autres familial et professionnel. Nous devons avoir la force de ne pas succomber à une certaine mentalité moderne, souvent cynique et désinvolte, quand celle-ci va à l’encontre des valeurs qui nous sont chères. Le respect et l’amour des autres. Je suis sûre que c’est à l’aune de notre capacité à avoir pu aimer que se fera le bilan de notre existence. Je veux parler d’un amour vrai, un amour qui voit au-delà des apparences et qui ne fluctue pas au gré des circonstances. Aimer vraiment requiert beaucoup de force et de courage. C’est au quotidien que j’essaye de rendre ces valeurs vivantes, par exemple en m’interrogeant sur la manière dont je suis située quand j’aborde une difficulté : « Est-ce la meilleure part de moi ou une part réactive qui agit en cet instant ? » Nous possédons un certain pouvoir nous permettant de sortir de notre vieux monde de blessures, de notre infantilisme, mais c’est un travail que nous devons chaque jour recommencer, inlassablement.


À ce jour, que désireriez-vous transmettre ?
Je désire transmettre ce que j’ai reçu d’une pratique spirituelle qui, avec le temps, nous permet d’affronter de mieux en mieux les défis de l’existence et de vivre plus consciemment. Transmettre ne peut se faire qu’en rejoignant chacun exactement là où il en est. Après le décès de mon mari et maître spirituel, j’ai senti le besoin d’un temps de retrait non seulement pour vivre le processus de deuil mais aussi pour digérer et intégrer tout ce qui m’avait été transmis depuis presque quarante ans. Mais il est devenu clair que je devais témoigner dans mon style propre. Pour ma part, j’anime des groupes de femmes dans l’optique d’aider celles qui y participent à devenir plus pleinement elles-mêmes, afin d’assumer qui elles sont et de donner leur véritable potentiel. Il ne s’agit pas seulement d’une réalisation personnelle mais d’une autre manière d’être dans leurs environnements respectifs, avec toutes les personnes qu’elles sont amenées à côtoyer. La plupart d’entre elles ont des blessures particulières qu’il est nécessaire de panser pour qu’elles puissent dépasser certaines de leurs inhibitions et retrouver leur pleine stature. Mon activité d’écrivain fait aussi partie de cette transmission. 


À la lumière de votre expérience, que vous inspire cette déclaration : « Nous sommes tous des compagnons de voyage » ?
Qui pourrait prétendre le contraire ? Mais comment faire pour que ces mots ne soient pas juste une jolie formule et qu’ils s’incarnent vraiment dans notre vie ?
Je me souviens d’une expérience toute simple que j’ai vécue il y a une douzaine d’années, et qui m’a fait prendre conscience que nous partageons tous la même humanité. En l’an 2000, à la suite d’un œdème pulmonaire aigu, Arnaud a été transporté d’urgence à l’hôpital. Durant son transfert, je suivais l’ambulance avec ma propre voiture, dans un certain état de choc. À un moment, l’ambulancier tourna à un carrefour, son regard croisa le mien et il me sourit avec gentillesse. Dans l’état de vulnérabilité où je me trouvais alors, ce contact d’être humain à être humain eut un grand impact sur moi. Arnaud a survécu onze ans après cet œdème mais je n’ai jamais oublié cette expérience qui fut un avant-goût de ce qui me soutiendrait le jour où Arnaud disparaîtrait. Depuis sa mort, je pourrais dire qu’en le perdant, j’ai trouvé l’humanité et j’ai découvert, à maintes reprises, ce que signifiait être compagnons de voyage. C’est une réalité vivante dont nous pouvons faire l’expérience au quotidien. Nous sommes tous très différents et, en même temps, nous sommes tous faits de la même pâte humaine, nous connaissons tous la gamme des émotions qu’un cœur humain peut éprouver : espérances, peurs, attentes, désirs … Nous découvrons à quel point nous sommes semblables, le plus souvent grâce aux épreuves qui nous amènent à sortir d’une certaine arrogance, d’un élitisme. L’épreuve nous rassemble, nous fait comprendre que nous partageons une même humanité et que nous sommes tous des compagnons de voyage.


(1) : Arnaud Desjardins (1925 – 2011) était auteur, réalisateur à l'ORTF et l'un des premiers occidentaux à faire découvrir aux Français, au travers de documents télévisés, quelques grandes traditions spirituelles méconnues des Européens : l'hindouisme, le bouddhisme tibétain, le zen et le soufisme (mystique de l'Islam) d'Afghanistan, et ce dès le début des années 1970. 


(2) : Actuellement, association « Les Amis d’Hauteville » connus aussi sous le nom d’ashram d’Arnaud Desjardins, à Saint Laurent du Pape en Ardèche. 
Note : L'intégralité de cette interview peut être lu dans le livre L'avenir est en nous (Ed. Dangles) - Février 2014.

mercredi 19 février 2020

Conférence d'Emmanuel Desjardins à Lille


Emmanuel Desjardins est né en 1964. Après des études de sciences politiques et de sociologie, il commence à travailler dans le milieu de la culture à Paris. Depuis 1995, il travaille dans le centre spirituel Hauteville, fondé par Arnaud Desjardins, dont il assume aujourd'hui la direction.
Il a publié trois livres : Prendre soin du monde, Spiritualité, de quoi s'agit-il ? et récemment VIVRE, La Guérison spirituelle selon Swâmi Prajnânpad.


Qu'est-ce que la spiritualité ? La voie ? La sagesse ?

Comment réconcilier la vie quotidienne avec la perspective spirituelle ? Comment faire de son existence telle qu'elle est un chemin de découverte de soi ?

Emmanuel Desjardins montre comment l'enseignement de Swâmi Prajnânpad et d'Arnaud Desjardins répond à ces questions de façon convaincante et originale. Cette approche, très pratique, très concrète, parfaitement adaptée à notre époque, repose essentiellement sur l'amour de la Vie et une grande tendresse pour la condition humaine.

Notre quotidien est souvent fait d'émotions contrastées, de contrariétés, de succès et d'échecs, de dévalorisation de soi.

Vivre pleinement, se sentir 100 % vivant, embrasser tous les aspects de la vie, aimer les êtres humains tels qu'ils sont, telle est l’essence de la spiritualité pour Swâmi Prajnânpad (1891-1974) connu en France grâce aux ouvrages d’Arnaud Desjardins et de Daniel Roumanoff.

Son enseignement est une puissante invitation à être fidèle à soi-même, à transformer nos faiblesses et les difficultés de notre existence en points d’appui pour devenir plus libres et plus heureux.




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samedi 13 août 2011

Arnaud Desjardins, mort d'un sage...


“La paix toujours présente” : il est à la fois beau et prémonitoire, le titre du dernier livre d’Arnaud Desjardins. L’ancien réalisateur de télévision devenu maître spirituel et qui fit connaître aux Français les spiritualités orientales, s’en est allé ce mercredi 10 août. Il est décédé à l’âge de 86 ans à Grenoble où il avait été hospitalisé dernièrement.
Parcours atypique que celui de ce jeune homme né dans un milieu protestant et, qui, à l’occasion d’un séjour en sanatorium à St Hilaire du Touvet, découvre à l’âge de 17 ans les sagesses orientales. Il n’aura de cesse d’approfondir cette voie, profitant de son métier de réalisateur à l’ORTF pour sillonner, en famille, les terres d’Orient et dresser le portrait de grands maîtres spirituels.
Ses films qui feront connaître aux Occidentaux le bouddhisme tibétain, le soufisme arabe ou les monastères zen du Japon connaîtront un grand succès.
En 1965, au Bengale, c’est la rencontre décisive avec celui qui deviendra son maître, Swami Prajnanpad, et la révélation de l’Adhyatma yoga qu’il importera en France dans les années 70. Au fil de ses livres (une quarantaine au total), Arnaud Desjardins devient lui-même une sorte de “gourou” c’est-à-dire de “sage”. C’est ainsi qu’il crée le premier ashram français, d’abord au Bost en Auvergne puis dans le Gard.
Il y accueille tous ceux prêts pour le grand voyage de la transformation intérieure. L’engouement est tel qu’il lui faudra déménager sa communauté, en 1995, dans un grand domaine de 170 hectares à St-Laurent-du-Pape en Ardèche (près de La Voulte).
À Hauteville, voisinent chapelle tibétaine, mosquée, temple zen dans le respect de toutes les traditions spirituelles. Arnaud Desjardins, rencontré alors par le Dauphiné Libéré, déclarait vouloir “y enseigner le fonds commun de toutes les spiritualités : moins d’égoïsme, plus d’amour du prochain et plus d’ouverture et de tolérance”.
C’est là que devrait se dérouler lundi la cérémonie d’adieu au maître, dans la plus stricte intimité. La rumeur a couru que le Dalaï-Lama - dont il était très proche tout comme de Matthieu Ricard – serait présent.
Une information formellement démentie par les responsables.



Source : le Dauphiné... Libéré (il l'est)

lundi 23 mars 2026

Retour à l’innocence primordiale

 ERIC EDELMANN, Retour à l’innocence primordiale - 21 méditations pour se rappeler qui nous sommes , paru aux éditions L’ORIGINEL Editions L'Originel Charles Antoni (2026).

J’ai eu la chance immense de pouvoir aller écouter Arnaud Desjardins de vive voix pendant des années, de 2002 à 2011, l’année de sa mort : il ne se passe pas une journée sans que je ne savoure ce privilège. Arnaud Desjardins fut en effet un enseignant spirituel d’une envergure exceptionnelle, lui qui se présentait immanquablement comme un disciple de Swâmi Prajnânpad, son maître indien. Il était pourtant lui-même un maître occidental, comme il en existe très peu. Il était de ceux qui ne cherchent qu’à libérer leurs apprentis disciples de tous leurs conditionnements, y compris des mécanismes qui tendraient à rendre ces apprentis dépendants de lui-même.
Un livre composé par le disciple à qui a été offert, par Arnaud Desjardins de son vivant, le flambeau de cet enseignement-là ne peut donc être qu’infiniment précieux. Eric Edelmann, par ailleurs docteur en philosophie, est l’auteur d’une douzaine d’autres ouvrages.
Ce livre est précédé d’une introduction, très intéressante et d’une clarté remarquable, de Sophie Edelmann, avec qui son époux anime le centre québécois de Mangalam. Le reste de l’ouvrage se compose d’un bref avant-propos, d’une première section intitulée « Une question de perspective : guérir l’égo ou guérir de l’égo ? », puis d’une seconde qui a pour titre « Approches méditatives ».
La première partie présente la méditation telle qu’elle se pratique dans cet enseignement et dans d’autres. Il en précise les différents pièges possibles, souvent subtils, et les illusions qui recouvrent sa pratique. Il insiste aussi sur l’importance de s’inscrire dans une lignée cohérente, une tradition authentique de maître à disciple. Il indique enfin les conditions propices à une méditation digne de ce nom :
« Lorsqu’Arnaud Desjardins nous recommande de “spiritualiser nos fonctions”, il invite à rendre celles-ci de plus en plus subtiles afin de nous rendre aptes à appréhender une réalité d’un ordre supérieur qui se situe en deçà de l’apparition des perceptions sensorielles habituelles et des conceptions dualistes. […] S’il y a une progression en méditation, elle va dans le sens d’une plus grande clarté parce que nous devenons plus transparents. […] À la différence d’une approche méditative essentiellement fondée sur une concentration exclusive (one pointed mind, “l’esprit fixé sur un point”), on peut au contraire cultiver une ouverture sans restriction, une conscience-témoin qui laisse passer les pensées et représentations comme un reflet sur un miroir. Ce “lâcher-prise” par rapport à toutes les productions mentales est possible, non pas à partir du seul mental, mais à partir de l’être entier, qui inclut le corps physique, la posture juste et une parfaite stabilité. » (p. 53-54)
La seconde partie nous propose 21 méditations, dont le texte est issu d’enregistrements de méditations réellement menées, dans la fraîcheur de l’instant présent. Chaque méditation demande donc que l’on s’imprègne lentement de chaque phrase, de chaque mot ici retranscrits, afin d’en retirer des fruits qui ne soient pas qu’intellectuels. C’est dans la lenteur et la profondeur de la lecture que la substantifique moelle de cet enseignement a quelque chance de nous parvenir, si nous ouvrons le cœur et le corps à cette parole vivante. L’une de ces méditations, par exemple, qui s’intitule « S’entraîner au “oui“ », commence ainsi : « Déposez-vous, en relâchant toutes les tensions avec une approche bienveillante. Ce regard qui est tourné vers soi-même n’apporte pas la division, le jugement, mais il est tout accueil. C’est une non-opposition, un regard ouvert, englobant, qui inclut votre condition et votre état intérieur. » (p. 79)
Je vous recommande vivement cette lecture !

Sabine Dewulf

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