Ils ne sont pas en forme actuellement dans mon jardin, alors je leur partage ce message :
Lorsque j'étais enfant, dans le monde végétal, ce n'étaient pas les bouleaux qui attiraient mon attention ; les arbres qui me fascinaient c'étaient les mélèzes et les grands sapins et, parmi les arbustes, le saule des chèvres et le cytise que je recherchais en bordure des prés pour y trouver des fourches de lance-pierres ou des bâtons pour fabriquer l'arc et les flèches de nos jeux.
Les bouleaux, je ne comprenais pas leur beauté ; au printemps nous jouions près d'eux quand la neige fondait, sans même lever les yeux vers leurs célestes branches. Et la coutume de nos ancêtres, qui en mai déclaraient leur amour aux jeunes filles du village en déposant des branches de bouleau à peine écloses devant la porte de leur maison, s'est perdue au contact de la civilisation méditerranéenne. […]
Les populations eurasiennes du Nord aiment cet arbre plus que tout autre, et vont jusqu’à le diviniser ; pour les chamans, pendant leurs manifestations divinatoires, il est l’escalier qui monte au ciel. La berioza est symbole et objet d’amour dans de nombreux chants populaires et, pour Serguei Essenine, le poète archange-paysan qui passa à travers le bien et le mal de l’existence pour nous laisser son doux message, le bouleau est l’arbre-enfant, l’arbre-amour : « …Lève ta cruche, ô lune calme,/pour atteindre le lait de bouleau… », « O sein de jeune fille, /verte chevelure,/pourquoi regardes-tu, ô bouleau,/la flaque noire ? », « Le vent-jouvenceau jusqu’aux épaules/a soulevé la robe du bouleau ».
(Extrait de Arbres en liberté, p.61-64-65, Editions La fosse aux ours, 1998)
Mario Rigoni Stern – Ecrivain italien -1921 - 2008
(traduit de l’italien par Monique Baccelli)
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Silva Betullis (bois de bouleau), tableau de Michal Swider (peintre polonais 1962-2019)
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