mercredi 6 août 2025

Les portes...

 


Qu’est-ce que la vie, si ce n’est une succession de portes à franchir?

D’abord celles de l’enfance, des multiples étapes de la croissance physique, celles de l’empilage successif et programmé des connaissances, celles de la découverte des émotions, chaque année d’âge marquant la validation d’une porte franchie.

Jeune adulte, nous croyons avoir triomphé de toutes les portes et nous voilà prêts à conquérir le monde ou au contraire, à nous ranger sagement dans le moule que la société dans laquelle nous vivons nous propose...ou nous impose.

Pourtant encore de nombreuses portes à passer, celles de l’amour partagé, celles du choix d’être parent ou pas, celles de la réussite dite professionnelle et bien d’autres.

Les années passent, d’autres étapes et d’autres portes se franchissent dans la joie ou la douleur et le plus souvent dans la joie et la douleur.

Alors nous réalisons que, certes nous avons servi notre famille, la société, le formatage en vigueur, nos personnalités exacerbées, mais que souvent nous avons laissé l’essentiel sur le bord de nos chemins, ce germe précieux et sacré qui trouvait encore son expression dans nos rêves d’enfants.

Ainsi commence une nouvelle succession de portes à franchir pour détricoter ces cottes de mailles que la vie nous a fait endosser pour nous protéger de tout et de rien et nous éloigner de l’Être précieux et invulnérable que nous sommes véritablement.

Ces portes sont variées, de plus en plus petites et mystérieuses jusqu’à devenir de pures allégories, car derrière, ce n’est plus un être tangible que nous découvrons, mais l’écrin de la Vie sacrée et infinie...

Elisabeth Kuhn

peinture: Claude Monet 1840-1926 - Les portes du jardin 1881

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mardi 5 août 2025

Nature véritable !

 "Lorsque les vagues des pensées

N'affectent pas plus la sérénité de l'esprit

Que les nuages n'altèrent le ciel,

Advient alors la libération des pensées

dans leur nature véritable."

- Mipham Rinpotché, Un demi-siècle dans l'Himalaya. 


Un moine tibétain contemple la vallée du Khumbu depuis un rocher surplombant le monastère de Thangboche.

Obtenir du beurre à partir du lait n'est possible que parce que le lait contient déjà de la crème, mais personne n'a jamais fait du beurre en barattant de l'eau. L'orpailleur cherche l'or parmi les minéraux et non parmi des copeaux de bois. De même, s'efforcer d'atteindre le pur et parfait Éveil n'a de sens que parce que la nature éveillée est déjà présente en chaque être. Sans cette nature, tout effort serait futile.


JAMGÖN KONGTRUL LODRÖ THAYE (1813-1899)


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lundi 4 août 2025

Ressources

 Voici des citations tirées de la BD "Ressources - un défi pour l'humanité " de Philippe Bihouix et Vincent Perriot.


"Qu'est-ce que la vie ?

C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit, c'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans I'herbe et se perd au coucher du soleil."

Dernières paroles d'Issapoomahksika (Crowfoot, 1830-1890), chef amérindien de la nation siksika

"Ôtez à la vie les joies naturelles pour les remplacer par des joies artificielles et l'avenir ne sera plus qu'un écran vide ." 

Gina Lombroso (1872 - 1944)


"Nous payons tous cette nouvelle folie de l'homme, la publicité, avec ses bruits haïssables, ses lumières dévergondées, ses proportions insolentes, ses injonctions cyniques, ses intrusions et ses obsessions...
Georges Duhamel (1884 -1966)

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dimanche 3 août 2025

Aveugle du coeur


 Un homme, brave et impétueux comme un lion, fut épris d’une femme durant cinq années. Cette belle portait pourtant une légère taie à l’œil, perceptible à quiconque l’observait attentivement. Mais cet homme, bien qu’il contemplât souvent sa bien-aimée, ne s’en apercevait pas.

Comment, en effet, aurait-il pu distinguer ce défaut, lui dont l’âme était entièrement absorbée par un amour aussi ardent ?

Cependant, son amour finit par s’éteindre — un remède avait guéri cette passion.

Lorsque les flammes de l’amour s’affaiblirent en son cœur, il retrouva la maîtrise de lui-même. C’est alors qu’il remarqua la tache à l’œil de sa compagne, et lui demanda :

— D’où vient cette blancheur ? Était-elle là auparavant ?

Elle répondit avec douceur et lucidité :

— Dès l’instant où ton amour a diminué, mon œil a commencé à révéler son défaut.

Lorsque ton regard est devenu défaillant d’amour, mon œil est devenu imparfait à tes yeux.

Tu as troublé ton cœur par l’aversion qui t’habite désormais. Mais regarde donc, ô aveugle du cœur, tes propres manquements !

Jusqu’à quand continueras-tu à scruter les défauts des autres ? Préoccupe-toi plutôt de ceux que tu caches soigneusement.

Lorsque tes fautes te pèseront véritablement, tu ne prêteras plus attention à celles d’autrui.

— Farîd-ud-dîn ‘Attâr

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samedi 2 août 2025

Arbre de lumière

 

" Sans doute l'avez-vous remarqué : notre attente - d'un amour, d'un printemps, d'un repos - est toujours comblée par surprise. comme si ce que nous espérions était toujours inespéré. Comme si la vraie formule d'attendre était celle-ci : ne rien prévoir - sinon l'imprévisible. Ne rien attendre sinon l'inattendu.

Ce savoir là me vient de loin. Ce savoir qui n'est pas un savoir, mais une confiance, un murmure, une chanson. Il me vient du seul maître que j'aie jamais eu : un arbre. Tous les arbres dans le soir frémissant. Ils m'instruisent par leur manière d'accueillir chaque instant comme une bonne fortune. L'amertume d'une pluie, la démence d'un soleil : tout leur est nourriture. Ils n'ont souci de rien et surtout pas d'un sens. Ils attendent d'une attente radieuse et tremblée. Infinie. Le monde entier repose sur eux. Le monde entier repose sur nous . Il dépend de nous qu'il s'éteigne, qu'il s'enflamme . Il dépend d'un grain de silence, d'une poussière d'or - de la ferveur de notre attente. Une arbre éblouissant de vert, un visage inondé de lumière.

Cela suffit bien pour chaque jour. c'est même beaucoup."

Christian Bobin - Éloge du rien

peinture: Cuno Amiet 1868-1961

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vendredi 1 août 2025

Aimer


aimer ceux que l’on aime les aimer
comme on les aime
ne suffit pas
car notre amour cet amour si sincère cet amour-là
regorge de trous de recoins négligés de zones mortes
c’est pourquoi il faut les aimer d’un tout autre amour
d’un amour implacable qui ne fait pas de quartiers
d’un amour terrible
qui ne fait pas de sentiments
d’un amour inconnu
de cet amour parfait
dont nous sommes incapables
Gilles Farcet (un poème entre deux concerts ...)

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jeudi 31 juillet 2025

Soleil et Lune, Clarté...

 LA SIGNIFICATION SPIRITUELLE DES CARACTÈRES CHINOIS — LE SOLEIL「日」ET LA LUNE「月」— LUMIÈRE「明」— CHANGEMENT「易」— YANG「陽」

Le caractère ming「明」 est composé des symboles du soleil「日」, à gauche, et de la lune「月」, à droite. Le dicton chinois « Soleil et lune, clarté » désigne précisément le caractère ming「明」. Ming signifie clarté, brillance. Le caractère guang「光」 désigne la luminosité d’une lumière. Ming indique la clarté ou la brillance de l’esprit, l’intelligence et la vertu d’une personne, et se rapporte également à la compréhension.
— Alfred Huang, commentaire de l’hexagramme #36 L’Obscurcissement de la Lumière「明夷」
> L’être humain a tout en lui. J’ai en moi le soleil, la lune, Dieu. Je suis — toute la vie dans sa totalité.
— Gurdjieff, maître du Quatrième Chemin, XXe siècle
L’un des noms du Singe, personnage principal du roman chinois du XVIe siècle Le Voyage en Occident, est Sun Wukong「孙悟空」, ce qui signifie « Singe Éveillé au Vide ». Dans le chapitre 86, il déclare :
> « Ma naissance ne fut pas celle d’un être ordinaire — mon corps fut formé lorsque le soleil et la lune s’unirent. »
Cela montre que le Singe est un symbole de l’esprit du Tao, l’esprit qui applique la conscience tournée vers l’intérieur.
> Le Singe dit : « Tournant mon regard vers l’intérieur, je m’assis pour calmer mon esprit,
Tandis que le Soleil et la Lune, l’Eau ☵ et le Feu ☲, s’unissaient en moi. »
— Le Voyage en Occident, ch.17
Lorsque la conscience「明」 est dirigée vers l’extérieur, sa lumière ne retourne pas à la racine ; des émotions arbitraires surgissent et le sens véritable s’obscurcit. Mais lorsque la conscience 「明」 est tournée vers l’intérieur, sa lumière retourne à la racine ; l’artificiel devient réel, le tempérament se dissout et la nature véritable apparaît.
— Liu Yiming, commentaire de l’hexagramme #38 La Discorde
La signification spirituelle du caractère ming「明」 est liée à la compréhension qui naît de la conscience de soi. Ordinairement, l’esprit humain est plongé dans l’obscurité, privé de lumière intérieure. Mais lorsque la lumière de la conscience de soi émane de l’esprit originel, on commence à voir le monde sous un nouveau jour, découvrant des vérités auparavant cachées.
> Une fois que le yang primordial s’est manifesté chez une personne, le yin conditionné apparaît ; l’esprit originel est obscurci, et l’esprit discriminant agit.
On abandonne le réel pour s’attacher au faux, on utilise l’intellect de manière erronée, ce qui produit toutes sortes d’ingéniosités ;
bien qu’à l’extérieur il y ait de la lumière, à l’intérieur, c’est réellement l’obscurité.
— Liu Yiming, commentaire de l’hexagramme #4 L’Obscurité
Revenir au Tao, c’est d’abord que sa lune intérieure「月」, l’esprit du Tao, commence à s’éveiller, en imitant la lumière de son soleil intérieur「日」, son esprit originel. Lorsqu’on réussit, la lumière de l’esprit originel réapparaît d’elle-même.
> Le Soi en l’homme et dans le soleil ne font qu’un. Ceux qui comprennent cela voient à travers le monde.
— Upanishads



Images : Carte de Tarot #11 La Force — Nikko「日光菩薩」et Gekko「月光菩薩」, Bodhisattvas du Soleil et de la Lune — Plaque murale du jardin Soleil & Lune

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mercredi 30 juillet 2025

Parler


 Parler comme si je n'étais pas encore né mais que je pressentais l'imminence de la naissance, que dans un instant j'allais naître, inexorablement naître.

Parler, oui, puisque c'est cela qui allait me faire naître, naître vraiment, en bondissant, en me donnant sans arrière-pensée à ce qui vient et n'est pas moi, à ce qui n'était ni pressenti ni voulu, à cela dont à jamais le nom est tu. 

Parler en allant au-devant de la voix qui naît de moi et qui n'est pas de moi. 

Jean Marc Sourdillon - N'est pas là - Gallimard


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mardi 29 juillet 2025

Parler




François David / Henri Galeron - Motus Bouche Cousue

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lundi 28 juillet 2025

Le temps du stress

Valérie Roumanoff nous offre une belle représentation sur notre façon de laisser le temps nous mettre la pression.

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dimanche 27 juillet 2025

Déprimé


 Quiconque est déprimé est simplement en train de croire ses pensées stressantes. C'est tout, les amis. C'est tout ! La fin. Et qui est responsable de me réveiller si je suis déprimée ? C'est moi. Tout le reste n'est que bien-être, mais le mental va le dominer aussi longtemps qu'il croit ce qu'il pense. Il va ignorer tout ce qui peut arriver de bon, car le rôle du mental est d'avoir raison. Tant qu'il n'est pas sorti du déni, il essaie de prouver qu'il a raison mais il a tort. Et le moyen de savoir que le mental a tort, c'est que tu es déprimé — ou tu es à fond dans tes addictions. Elles te le feront savoir. 

♡ Croire mes pensées est épuisant. Je n'abandonne pas les pensées stressantes, je les remets en question et elles me lâchent. 

~ Byron Katie

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samedi 26 juillet 2025

Goutte de pluie

 Le vague à larme pour laisser venir l'unité avec la profondeur des éléments...


Je cherche une goutte de pluie

Qui vient de tomber dans la mer.
Dans sa rapide verticale
Elle luisait plus que les autres
Car seule entre les autres gouttes
Elle eut la force de comprendre
Que, très douce dans l’eau salée,
Elle allait se perdre à jamais.
Alors je cherche dans la mer
Et sur les vagues, alertées,
Je cherche pour faire plaisir
À ce fragile souvenir
Dont je suis seul dépositaire.
Mais j’ai beau faire, il est des choses
Où Dieu même ne peut plus rien
Malgré sa bonne volonté
Et l’assistance sans paroles
Du ciel, des vagues et de l’air.

Jules Supervielle

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vendredi 25 juillet 2025

Princes et dragons.

 « Nous n’avons aucune raison de nous méfier du monde, car il ne nous est pas contraire. S’il est des frayeurs, ce sont les nôtres ; s’il est des abîmes, ce sont nos abîmes ; s’il est des dangers, nous devons nous efforcer de les aimer. Si nous construisons notre vie sur ce principe qu’il nous faut aller toujours au plus difficile, alors tout ce qui nous paraît encore aujourd’hui étranger nous deviendra familier et fidèle.

Comment oublier ces mythes antiques que l’on trouve au début de l’histoire de tous les peuples ; les mythes de ces dragons qui, à la minute suprême, se changent en princesses ? Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours, qui attendent que nous les secourions.

Aussi, cher Monsieur Kappus, ne devez-vous pas vous effrayer quand une tristesse se lève devant vous, si grande que jamais vous n'en aviez vu de pareille ; si une inquiète agitation, comme la lumière et l'ombre des nuages, parcourt vos mains et tout ce que vous faites. Il vous faut penser alors que quelque chose se passe en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu'elle vous tient dans sa main ; elle ne vous laissera pas tomber.

Pourquoi voudriez-vous exclure de votre vie quelque anxiété, quelque douleur, quelque mélancolie que ce soit, puisque vous ignorez quel est le travail que ces états accomplissent en vous ? Puisque vous savez bien que vous êtes au milieu de transitions, et que vous ne souhaitiez rien tant que de vous transformer .»

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

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