jeudi 14 mars 2024

Pour une naissance sans violence - Frédérick Leboyer

 Texte de Yannick David (du blog si près de l'horizon)

Au début de mes études la vie m'a fait rencontrer plusieurs personnes dans un cheminement dont je n'avais pas encore conscience, en particulier un étudiant en médecine qui m'initia au végétarisme, aux idées de Rudolf Steiner, et à la démarche de Frédéric Leboyer. Son livre "Pour une naissance sans violence" est sorti en 1973 et cet ami me le prêta. J'ai été très touché par ce livre tellement ça me semblait évident, naturel et simple. Quelque temps après nous sommes allés écouter Leboyer en conférence à Paris devant un parterre d'étudiants en médecine. Il montra le film qu'il avait fait sur la naissance, et exposa sa pratique, suite à son cheminement personnel en Inde auprès de Swami Prajnanpad (gourou de plusieurs français dont Arnaud Desjardins). 

Son propos était de maintenir autant que possible l'ambiance qu'avait connu le fœtus dans le ventre de sa mère, au moment de sa naissance. Il a vécu 9 mois dans le noir, le quasi silence sinon les battements du cœur de la mère, l'aqueux, la douceur, la respiration par le cordon, bref un univers complètement différent de l'après naissance. La naissance classique, à l'époque, c'était : on sortait le bébé, on le tenait par les pieds, on lui tapotait les fesses, on coupait le cordon, faisant exploser les alvéoles pulmonaires qui n'avaient jamais fonctionné, d'où les cris (entre autres), il passait de la nuit à la lumière froide d'une salle d'hôpital, on le posait sur une table dure, etc... Il proposait la douceur, le contact, mettre d'abord le bébé sur la mère, pour qu'il retrouve le bruit du cœur, attendre que la respiration se fasse naturellement, puis ensuite couper le cordon...

A ma grande surprise il y eut beaucoup de réactions négatives de la part de ces étudiants qui étaient éduqués dans la non prise en considération du bébé en tant qu'être vivant (hyper) sensible. Je ne comprenais pas leur manque de conscience à ce sujet. Au bout d'un moment, Frédéric Leboyer, qui était resté d'un calme olympien tout du long, ayant compris qu'on ne fait pas changer d'avis des gens obtus et agressifs, clôtura la conférence. Son attitude calme et respectueuse m'ébranla. Comment faisait-il pour rester lui-même, tranquille, patient, non perturbé par ces ignorants imbéciles? C'était la première fois que je voyais un être dont je sentais une telle qualité. J'avais commencé à lire les livres d'Arnaud Desjardins, mais ne l'avais pas encore rencontré.

Dans sa démarche auprès de Swamiji, Leboyer revécut sa naissance, avec des forceps, ce qui l'aida d'autant mieux à comprendre le processus. Je suis aussi né avec des forceps, et ai revécu ma naissance. Ceci explique cela...

Cet ami vécut avec sa femme la naissance de leur première fille à la maison avec une sage femme pratiquant cette méthode.


Quelques années plus tard, j'eus la chance d'assister à la naissance de notre fils dans l'eau, avec un médecin qui proposait ce type d'accouchement dans un hôpital. Lumière tamisée, musique douce à laquelle on avait habitué le bébé, pose sur le ventre de sa mère, grand calme, pas un pleur...

Il a été à l'initiative d'un autre regard sur la naissance et d'un changement dans la pratique auprès de certains collègues dans le monde. Il a aussi fait des films sur le sujet.


Frédéric Leboyer a écrit une bonne douzaine de livres pour partager et transmettre ce qu'il a reçu de l'Inde. Le plus connu est "Pour une naissance sans violence", mais il y a aussi "Shantala" sur le massage des bébés, "L'art du souffle", etc... Il a écrit des livres de poésie et sur son expérience avec Swami Prajnanpad. 

mercredi 13 mars 2024

Se donner à l'instant

 


La mémoire personnelle est un instrument de défense.

Récapituler le passé, projeter l'avenir viennent de la peur, du refus de se donner à l'instant.
Toutes les activités conscientes ou inconscientes de notre organisme tendent à créer une pseudo-sécurité.
Quand cela est clairement vu, la mémoire devient fonctionnelle, non psychologique.
Le passé et le futur apparaissent dans l'instant présent, ils sont ici et maintenant.

le yoga tantrique du cachemire / Eric Baret
peinture de Gérard Beaulet

----------------------

mardi 12 mars 2024

Hommage à Chandra Swami


Q : Affirmeriez-vous connaître votre Être véritable ?
Chandra Swami : Se proclamer soi-même comme tel, c'est le nier. Quand vous vous êtes réalisé, il n'y a rien à proclamer.
Q : Alors vous ne proclamez rien, mais vous dites que vous êtes réalisé...
Swamiji : Je ne dis rien. Quand vous dites que vous vous êtes réalisé, cela semble être une chose du passé.
Q : Non, j'ai demandé si vous vous diriez "réalisé", car je pense que c'est un événement et également un "état d'être".
Swamiji : La réalisation n'est pas une expérience, c'est le fait d'expérimenter. Dans la terminologie hindoue, ce genre de question est appelé "anadhikar cheshta", ce qui signifie inconvenance.
Si vous dites "oui", c'est faux.
Si vous dites "non", c'est faux.
La Vérité/Dieu est quelque chose qui n'est ni connaissable, ni inconnaissable.
Extrait de : Le Chant du Silence
(Arnaud Desjardins signe la préface)
✨ ✨️ ✨
️️Sri Chandra Swami Udasin nous a quittés le 9 mars dernier, quelques jours après son 94e anniversaire.
"Om Hari Sharanam"
(Ô Seigneur, je prends refuge en Toi)
🙏
*****************

(une pensée pour un ami qui est sur place !)

lundi 11 mars 2024

Quand il faut se résoudre à installer ses parents en Ehpad


C'est un passage important dans la vie d'une famille, dans les rapports entre les enfants et les parents vieillissants. Il est temps de solder le passé et de préparer la fin de vie des aînés.

Nicole Prieur, psychologue et essayiste


Si la culpabilité apparaît en premier, tenace et envahissante, elle ne représente qu’un aspect de la tempête psychique et émotionnelle qui s’élève dans la tête des enfants confrontés à cette difficile décision. La question « Suis-je une bonne fille, un bon fils ? » est d’autant plus douloureuse que l’on a eu du mal à voir ses parents vieillir. Fréquemment, elle n’a pas la même acuité pour les femmes et pour les hommes.

C’est souvent par le déni que nous accueillons les premiers signes de fragilisation de nos parents. Une mère toujours vaillante qui se casse le col du fémur, un père à qui on diagnostique une grave maladie… nous n’avons pas envie de prendre la mesure du temps qui passe. Cette forme de déni protège contre une prise de conscience qui serait trop brutale et, à la fois, la préparerait.


Prendre soin de ses parents

Car, déjà, de grands mouvements s’opèrent en profondeur. Un réaménagement des images parentales s’impose devant leur vulnérabilité qui s’installe. Prendre soin de ses parents, alors qu’ils ont été les figures d’attachement de la famille, nous met à une place nouvelle, nous devenons plus ou moins le parent de notre parent. Cela inverse les loyautés, et les remet en question. Ce père ou cette mère dont j’attends peut-être encore une reconnaissance manquante, qui ne m’a pas donné l’affection, le soutien dont j’avais besoin, que lui dois-je aujourd’hui ? La machine inconsciente des comptes et contentieux s’active.

Ainsi, quand l’état des seniors s’aggrave et qu’il faut décider pour eux, souvent contre eux une entrée en Ehpad, nous savons que ce sera leur dernier lieu de vie. La responsabilité est lourde. Au-delà de la tristesse ressentie, nous y enfermons aussi, par ce geste, une partie de notre enfance, surtout si le parent, témoin précieux de ce temps révolu, en a perdu la mémoire et ne nous reconnaît plus. Dans cette absence, quelque chose meurt, déjà. Alors comment faire ?

Le temps de la réconciliation

Pour apaiser sa culpabilité, il est important d’être au clair avec cette décision, même si elle n’est pas validée par le reste de la famille, critiquée souvent par les personnes mêmes qui se contentent d’un rapide et rare coup de téléphone. Reconnaître et admettre qu’il n’y a pas d’autres solutions, que c’est l’unique lieu où ce parent sera en sécurité. S’assurer aussi de la qualité des soins prodigués par l’établissement choisi, ne pas hésiter à faire son enquête, à en visiter plusieurs.

Rien de tel aussi que de considérer ce temps comme particulièrement propice à une réconciliation. « Solder les comptes », ne plus lui en vouloir de ses insuffisances. Grandir, c’est s’affilier aux côtés positifs de ce parent, mesurer ce que l’on a reçu de lui, malgré tout. Ne garder que les bons moments, les beaux souvenirs, les sourires partagés qui continueront à vivre en nous.

C’est aussi une manière de préparer le deuil et d’entrer dans la gratitude. Selon une interprétation rabbinique, tel est le sens du commandement « Tu respecteras ton père et ta mère ». Le verbe hébreu traduit par « respecter » veut dire littéralement, « rendre lourd », « donne du poids à la vie de tes parents, donne du sens, comprends pourquoi ils ont été ce qu’ils ont été ». Peut-être, alors, le pardon n’est pas loin, et l’apaisement adviendra malgré la perte.

---------------- source : La Vie

----------------

dimanche 10 mars 2024

Accompagner la fin de vie

 D’où vous vient cette détermination ?


Elle s’est forgée au fil des années, mais aussi des rencontres avec ce que j’appellerais des “compagnons de route”, qui m’ont aidée tout au long de ce cheminement. Je pense en particulier aux philosophes que j’ai côtoyés, comme Bertrand Vergely, Emmanuel Hirsch, de l’espace Éthique de l’AP HP, ou, plus récemment, Cynthia Fleury. Après nos échanges, il m’a paru évident que l’abandon des personnes vieillissantes ou vulnérables, l’abandon des mourants et le silence sur cette mort qui est notre destin à tous n’étaient pas dignes d’une société des droits humains. 

Cette prise de conscience s’est imposée à moi à la suite d’un rêve survenu durant les années où j’exerçais en tant que psychologue clinicienne dans la première unité de soins palliatifs créée en France, en 1996, à l’Hôpital universitaire '. Ce rêve, survenu alors que j’avais une quarantaine d’années, j’en ai fait le récit dans La Mort intime, et le voici tel que je l’ai raconté : “Je suis dans une cuisine où se dresse devant moi une grande cheminée. Un homme que je ne connais pas se trouve à côté de moi. Il me demande de monter sur un tabouret et de regarder à travers un trou percé dans le conduit. Je grimpe sur le tabouret, jette un œil et vois ce qui ressemble à un conduit de cheminée avec de la suie à l’intérieur. Et là, mon regard est attiré par un filet de miel coulant au milieu de la suie. Je m’interroge : « Du miel dans un conduit de la cheminée ? » Je teste la consistance avec le doigt et goûte : c’est bien du miel. Alors je redescends, bouleversée, puis je dis avec force à cet homme : « Il faut que j’aille dire aux gens qu’il y a du miel dans la suie ! »”Je me réveille alors avec le sentiment d’avoir fait un grand rêve, un rêve qui m’indiquait mon destin. En tant qu'analyste jungienne, j’étais depuis longtemps habituée à travailler sur le matériel onirique de mes patients, et il m’a paru évident que ce rêve me disait en quoi consiste ce “mandat céleste” dont je vous parlais tout à l’heure. Je travaillais déjà sur tous ces thèmes que notre société rejette : la vulnérabilité, la maladie, la dégradation physique, la mort. Tout ce qui fait peur. Tout ce qui dégoûte. Tout ce que l’on cache. La suie, c’est cela. Mais dans la suie coule du miel, ce que j’ai découvert lorsque j’accompagnais des personnes si fragiles. Le miel représente la douceur, la tendresse, le partage, quelque chose de bon et de précieux qui existe au milieu de cela. Tout est parti de là !

Les personnes en Ehpad ou en fin de vie, mais aussi leurs proches, leurs soignants, souhaitent bien sûr qu'on les accompagne, qu'on les écoute, qu’on les comprenne, mais elles attendent également des réponses et des solutions concrètes aux questions quelles se posent pour vieillir décemment, mourir dignement et partir sans souffrir. Êtes-vous en mesure de leur apporter cela ?

Je n’ai pas de recettes toutes faites. En revanche, après avoir beaucoup observé et interrogé de personnes âgées remarquables, je sais qu’il existe des pistes pour se donner les meilleures chances de vivre une vieillesse riche, épanouie, constructive et en bonne santé. Mes dix années d’expérience au chevet des mourants m’ont aussi montré ce qui permet à une personne en fin de vie - même si chaque cas est particulier - de mourir sans souffrance physique ni morale. Mais pour cela, un énorme travail de prise de conscience collective doit être accompli. La génération des boomers - la mienne -, celle qui a prôné dans sa jeunesse l’imagination au pouvoir, doit rivaliser d’imagination, justement, pour ne plus compter sur ses enfants ou sur l’État pour régler ses problèmes de grand âge et de fin de vie, car la solidarité intergénérationnelle a atteint ses limites. Nous sommes les premiers dans l’histoire de l’humanité à vivre aussi longtemps. Il est possible de faire de cette nouvelle donne une chance, une véritable opportunité, ou bien au contraire un enfer. À nous de choisir, et vite, car c’est aujourd’hui, maintenant, que tout se joue. Les solutions existent. Je les expérimente seule ou avec d’autres personnes de ma génération. Reste à trouver la volonté individuelle et collective de les appliquer.

Si la génération actuelle du troisième âge ne prend pas très vite conscience que c’est à elle de se donner les moyens de rester autonome le plus longtemps possible, elle se prépare un quatrième puis un cinquième âges très difficiles. Bien sûr, la perte d’autonomie peut être consécutive à la maladie, à une fragilité chronique ou à un accident, mais si les bonnes pratiques - sur les plans physique et psychique - sont mises en place assez tôt, nous savons que nous avons de grandes chances de parvenir à l’âge de quatre-vingt-dix ans en ayant conservé notre autonomie. Or les gériatres nous disent que celui qui atteint cet âge en étant autonome a huit chances sur dix de le demeurer jusqu’au bout, ce qui contribue grandement à une fin de vie digne et paisible. Prévenir la perte d’autonomie n’est donc pas un vœu pieux mais une réalité possible, et une grande satisfaction lorsqu’on obtient les résultats escomptés. À l’âge qui est le mien, c’est dans cette logique que je m’inscris.

source : extraits de l'Eclaireuse - entretiens avec Marie de Hennezel

--------------

samedi 9 mars 2024

Le réel dans le quotidien

 Q : Que veut dire être dans la vie quotidienne et être dans le réel, dans l'instant ?


Nathalie Delay : C'est la même chose ! La vie quotidienne, c'est le réel. Mais ce qui est important est : Comment j'aborde, comment je vis ce quotidien ? Est-ce que je le vis directement ou est-ce que je le pense ? À savoir, est-ce que je suis tout le temps en train de le commenter, est-ce que je le juge ? Est-ce que mon mental réagit à ce quotidien en pensant qu'il est trop comme ça ou pas assez comme ça ?

Est-ce que je fais aussi une distinction entre le quotidien et des moments à part qui seraient plus extraordinaires ? Est-ce que je crée des catégories : d'un côté l'ordinaire, le quotidien, et de l'autre côté l'extraordinaire ? 

Que veut dire pour vous le quotidien ? 

Quand je parle du réel, ça serait dommage d'ancrer encore quelque chose qui serait "à part" et qu'il faudrait atteindre, comme quelque chose de supérieur. Le réel, la réalité, c'est ce moment, là, maintenant, qu'on est en train de partager : il y a les mots, l'écran, cette image, la pièce, bref tous les aspects extérieurs caractéristiques de ce moment. Mais il y a aussi quelque chose d'essentiel qu'on ne peut pas caractériser. 

Et c'est cela le Grand Réel : c'est cet aspect externe que l'on voit tous et c'est aussi en même temps cet aspect interne, que l'on connaît tous aussi. Mais si l'on est trop attaché à l'extérieur, et que notre regard s'arrête à l'aspect extérieur, et bien on ne goûte pas, on ne reconnaît pas cet essentiel qui est là et que l'on peut ressentir mais qu'on ne sait pas comment nommer. On peut vraiment vivre cette présence, là, maintenant ; et cette présence, on ne peut pas dire "c'est la mienne", on ne peut pas l'enfermer. Quand on la goûte, on sent bien que cette présence est partout, elle est vous, elle est moi. 

Et donc vous voyez, là, en ce moment, c'est un moment complètement ordinaire, c'est un moment du quotidien on peut dire, et en même temps, c'est l'absolu aussi, c'est la totalité. Et ça c'est possible tout le temps, quand on fait la vaisselle, quand on va chercher les enfants à l'école, quand on répond au téléphone... Il n'y a pas de raison de quitter cette pleine présence. Alors bien-sûr, il faut déjà l'avoir goûtée, l'avoir connue. Donc, le chemin spirituel c'est d'arriver dans chaque moment de votre vie, le plus ordinaire comme le plus extraordinaire, et de pouvoir reconnaître cet arrière plan de pure présence, de pure conscience. 

Mais la moindre résistance ou la moindre réaction m'empêche de rester déposée, de me fondre dans cette pleine présence. Et c'est cela qu'il faut découvrir par soi-même. De voir que quand je résiste, quand je refuse le réel finalement, je me coupe de la présence. Et le quotidien de chacun, c'est le terrain d'exploration pour voir là où je vais refuser, là où je vais réagir, là où je vais juger et dire "Ah non, ça c'est négatif, je ne veux pas". Pour voir tous ces mouvements où on ne va pas pouvoir plonger plus profondément en contact avec ce qui est là, parce que ce n'est pas comme on veut. 

Et ce n'est pas de se débarrasser de sa résistance, car ce n'est pas possible, mais c'est de la voir clairement, de voir de plus en plus clairement le phénomène de la résistance, du refus, qui fait que ça me coupe. Il n'y a que cela qui peut libérer en fait. 

~ Nathalie Delay 

(extrait d'une vidéo)

***--***

vendredi 8 mars 2024

Relation du cœur


 « Après 22 ans passés dans les bidonvilles du Caire où la joie de vivre court de cabane en cabane, je rentre en France.

Et là, choc terrible : la morosité court de demeure en demeure, on ne se regarde pas, on ne se parle pas, on ne se connaît pas.

Pendant ce temps, la joie chante là où l’on vit sans eau, sans électricité, sans loisirs, mais dans la fraternité quotidienne.

Bonheur, où loges tu ?

Dans l’abondance des biens ou dans la relation du cœur à cœur ? »

Sœur Emmanuelle

Ode à la Fraternité

Au Coeur du Cœur 💗

------------------------------

jeudi 7 mars 2024

Juste être présent


Mes chers amis,

La méditation est un exercice en vue de la post méditation, c'est à dire en vue de toute notre vie,


de notre vie de tous les jours.

Pour méditer de façon utile, il me semble nécessaire de poser l'intention avec laquelle nous allons méditer. Notre intention de base, à nous tous, est de rechercher le bien-être et d'essayer d'éviter le mal-être. Pourrait-on viser un peu plus haut et poser l'intention "de s'éveiller pour le bien de tous les êtres".

S'éveiller c'est découvrir notre véritable nature, ce que nous vraiment, en essence, et découvrir la véritable nature des phénomènes, c'est à dire de découvrir ce qu'est véritablement ce que nous percevons. 

Découvrir cela amène à une détente car il n'y a plus de tension entre ce que je crois être, ce que je voudrais être, ce que je pense être et ce que je suis vraiment. Il n'y a plus de tensions entre ce que je veux obtenir, ce que je souhaite, ce que je crains, ce que je déteste et ce qui est là.

Cette facette de la sagesse nous libère d'une tension.

Découvrir c'est enlever le voile de ce qui recouvre. Qu'est-ce qui recouvre notre véritable nature, nous empêchant de la voir, de la réaliser : un voile, le voile de nos obscurcissements affligeants, le voile de nos émotions perturbatrices : le désir-attachement, la haine, la colère, la peur, la jalousie, l'orgueil.

L'autre facette qui va permette de nous libérer est celle de l'amour, de la compassion, de la bienveillance qui fait que notre intention de nous éveiller n'est pas que pour nous tout seul, mais pour le bien de tous les êtres.

Il s'agit de comprendre que tous les êtres, tous, recherchent comme nous le bien être, mais sont ignorants des causes du bien être et à cause de cela ils souffrent. A cause de cette ignorance qui est la base de la souffrance, ils posent des actes par la pensée, la parole et le corps qui entrainent la souffrance d'autres êtres.

Nous avons donc tout avantage, si nous voulons goûter une joie authentique libre de toute souffrance de libérer tous les êtres de la souffrance.

Même si nous avons commencé à comprendre cela, nous ne l'avons peut-être pas encore vraiment complètement réaliser.

Puisse notre méditation nous mener vers cela en apprenant à juste être présents à ce qui est là et à nos réaction face à ce qui est là, nos réactions étant le voile qui nous empêche de voir, de réaliser cette lumière que nous sommes.

Philippe Fabri

-----------

mercredi 6 mars 2024

Acceptation du monde

 Dans un monde où la quête du bonheur peut devenir une injonction, le philosophe Alexandre Jollien nous offre une perspective rafraîchissante, privilégiant la joie et l’acceptation du monde tel qu’il est. À travers son expérience personnelle et sa réflexion spirituelle, il nous guide vers une compréhension plus profonde de l’harmonie intérieure.

L’Éventail – Comment définiriez-vous le bonheur ?


Alexandre Jollien – Je me méfie un peu de la notion du bonheur qui, aujourd’hui, tend à devenir une injonction qui jette pas mal de monde sur le bas-côté et qui culpabilise ceux qui n’y arrivent pas. Je préfère parler de joie, d’adhésion au monde. Tordons le cou aux préjugés qui associent le bonheur à la possession. Il s’agit d’un état, d’une activité de l’âme et du cœur, une sorte de béatitude intérieure qui, très humblement, s’incarne dans un mode de vie. Le grand défi, c’est rejoindre, comme diraient les bouddhistes, la nature de Bouddha. Au fond, il n’y a rien à ajouter en soi. Nous sommes déjà équipés de tout ce qu’il faut pour être heureux. En un mot, se libérer et laisser circuler la vie. 

– Vous parlez souvent de la spiritualité comme d’un chemin vers le bonheur. Pouvez-vous expliquer en quoi la spiritualité influence votre perception du bonheur ?

– Le bonheur est avant tout un exercice, une activité de l’être. Rien ne le contrarie plus que l’immobilité, le statique. Comme la vie, il est mouvant, il évolue. À chaque étape, nous sommes appelés à pratiquer les exercices spirituels. Les philosophes antiques se percevaient comme des “progressants”. Chaque jour, ils devaient déraciner de leur âme tout ce qui appesantit, plombe, afin d’évoluer vers une vie vertueuse. À chaque instant, comme dit le zen, nous mourons et nous renaissons. L’important est de composer avec les forces du jour, ne plus être ligoté à des objectifs et s’ouvrir à une vie sans pourquoi. Si nous limitons le bonheur à un état précis et matériel, nul doute que nous allons passer à côté de l’essentiel.

– Quelles pratiques quotidiennes recommanderiez-vous pour cultiver le bonheur et la pleine conscience dans nos vies trépidantes ?

– Dans ma petite pharmacopée personnelle, j’ai quelques ingrédients, quelques potions aptes à me mettre en joie. D’abord, le matin, avec Nietzsche. Dans Humain, trop humain, le philosophe nous conseille de nous lever en ayant à l’esprit et dans le cœur le désir de faire plaisir à quelqu’un ce jour-là. Geste éminemment concret qui nous arrache au narcissisme pour nous inciter à nous donner aux autres, au monde. La pratique du zen et la méditation ne sont pas des baguettes magiques qui nous changeraient illico, mais plutôt un art qui nous invite à descendre au fond du fond, comme dirait maître Eckhart, pour trouver une joie qui nous précède. Ce déménagement intérieur permet de regarder, sans les juger, les émotions, les passions qui nous traversent. Fabuleux outil ! Un ingrédient majeur, c’est aussi le lien à l’autre. Un lien désintéressé, gratuit, donné. En allant au lit, j’ai souvent en tête les mots de Sénèque qui proposait que l’on se demande, à cette occasion, quels progrès nous avons accomplis dans la journée. Très concrètement, dans une société au rythme trépidant, on peut aussi, à tout moment, faire des retraites intérieures. Apprenons à ralentir : à une caisse de supermarché, en attendant le train… Retourner au fond du fond, où nous avons, comme dit Jacques Castermane, infiniment le temps. Voir qu’il y a un immense gouffre entre ce après quoi nous courons et ce que nous désirons réellement. Au fond, l’art de la joie et du bonheur est infiniment plus concret que nous ne le croyons, et les philosophes l’ont bien perçu quand ils nous invitent à adopter un art de vivre, à pratiquer.

– Si vous aviez un message à partager avec ceux qui cherchent le bonheur mais qui se sentent perdus ou découragés, quel serait-il ?

– Lorsque je suis dans la panade, lorsque le désespoir me guette, je me dis souvent qu’il s’agit de mettre la main à la pâte, car rien ne plombe plus que l’immobilisme, la résignation, le fatalisme. Au fond, j’essaie toujours d’inscrire ma vie dans une dynamique et de m’interroger. Quel progrès puis-je accomplir aujourd’hui ? Jusqu’à la fin de la vie, même un mourant peut progresser. Il ne faut jamais, non plus, hésiter à demander de l’aide. De même que dans l’aviation il y a des protocoles en cas de pépins, je me suis aussi fait un protocole en cas de crash existentiel. Quel acte poserais-je si j’en venais à envisager le pire ? À qui téléphonerais-je ? L’important, c’est de viser la grande santé. Nietzsche, dans Le Gai Savoir, nous invite à bien faire la différence entre la bonne santé – être sans handicap, sans maladie, sans traumatisme – et la grande santé qui consiste à intégrer, à faire feu de tout bois, à composer avec tout ce qui nous constitue. Ça m’a changé la vie. Avant, je voulais guérir, liquider tout ce qui n’allait pas bien me lançant ainsi dans de vains combats. Aujourd’hui, plus humblement, j’essaie de trouver la joie au cœur du chaos. C’est d’ailleurs ce qu’écrit Nietzsche dans la préface du  Zarathoustra : “Il faut encore porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse”.

--------------------

mardi 5 mars 2024

L'émotion du métal


- Par Alice Korovitch


Nos émotions se manifestent dans le corps selon un mouvement bien précis. C'est à cela qu'on les reconnaît.

J'aimerais vous parler aujourd'hui du mouvement du Métal.

Le Métal, selon la vision chinoise, résonne avec l'Automne, le déclin, c'est le début du mouvement de contraction du yīn. Sa couleur est le Blanc, et son émotion est la Tristesse 悲 bēi.

-

Je ne parle pas de la tristesse passagère qui peut s'emparer de nous lorsqu'on lit ou visionne quelque chose de triste ou mélancolique, non. Je parle du sentiment qui nous colle à la peau sans relâche lorsque nous avons perdu un être cher, lorsqu'on ne se remet pas d'un traumatisme, lorsqu'on porte un poids trop lourd, que tout nous paraît à la fois vain, futile, immensément difficile, et nous conduit si facilement au découragement ou au désespoir.

-

Comme toujours, la Tristesse est l'émotion archétypale, qui regroupe différentes nuances comme :

🔹Chagrin

🔹Mélancolie

🔹Découragement

Cependant, le Métal exprime également :

🔹Justice

🔹Conviction

🔹Courage

-

La Tristesse, reliée au Poumon, a un mouvement très particulier : elle dissipe.

Or, le Poumon est appelé en médecine chinoise le Maître du Qì, car c'est lui qui diffuse le Qì dans l'organisme à travers la respiration, et il a un lien privilégié avec la peau.

La Tristesse va donc dissiper le Qì, le laisser s'échapper en quelque sorte. Et notre vitalité avec ! Les frontières de notre corps se floutent, nous devenons poreux.

-

Voyez-vous le danger ?

Si un accès passager de chagrin avec grosses larmes nous donne facilement sommeil, une Tristesse installée provoque quant à elle une fatigue chronique, écrasante. 

Apathie, hébétude, plus d'élan pour rien.

La fonction de diffusion du Qì du Poumon est altérée : on ne respire pas bien (les sanglots !), on devient frileux (le Qì ne circule pas de manière optimale) et surtout : épuisé, fatigué en permanence.

La position typique de quelqu'un de triste est le repli sur soi-même, le recroquevillement, comme une tentative de contrer la dissipation, de retenir ce Qì qui s'échappe.

-

Le Poumon ayant ce lien privilégié avec la peau, soyez très au contact avec vos proches atteints de Tristesse !

Le toucher est LA première source de réconfort. En permettant au corps de redevenir conscient de ses frontières afin que cesse l'hémorragie de Qì, en refermant les pores, le toucher ouvre le lent chemin de la guérison.

---------------

lundi 4 mars 2024

L'utopie de la perfection

 

J’écoutais à la messe le prêtre s’adresser aux jeunes venus pendant les vacances scolaires faire une retraite. J’étais admiratif qu’ils consacrent une partie de leurs vacances à leur foi.

Le sermon portait sur le péché et la miséricorde divine. C’était très juste. Le prêtre citait Isaïe. « Si vos péchés sont rouges comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. »

Isaïe, c’est l’Ancien Testament, l’humanité ancienne. Une certaine façon de considérer le péché est facilement culpabilisante. Elle sous-entend : « Je ne devrais pas pécher. »

Oui, certes. L’objectif est de devenir parfait.

Oui, encore. Mais tous les jours, je trébuche. Et parfois je me laisse à penser que je n’y arriverai jamais.

Et si nous considérions que l’idée de devenir parfait présuppose que nous sommes imparfaits ?

Alors ça change tout. Nous naissons imparfaits. Donc je cesse d’être coupable de mes comportements erronés. Ils sont normaux. Et s’ils sont normaux, c’est plus facile d’avoir de la tendresse pour mes erreurs.

Nous sommes – sur terre – définitivement imparfaits. Chaque bêtise est l’occasion de miséricorde (que je m’accorde), d’apprentissage à aimer.

Si nous enlevons l’imperfection, nous n’avons plus d’occasion, de raison de progresser.

Le Plan divin est parfait.

Il est bien normal que les adolescents qui font leurs premiers pas dans la sexualité, titillés par leurs hormones fassent des conneries. L’apprentissage est à ce prix. Inutile d’en rajouter. Au contraire, donnons le droit, oui, le droit à l’erreur pour donner envie de progresser, de s’améliorer au lieu de se désespérer.

Gitta Mallasz* répétait fréquemment, avec un sourire malicieux :

De crise en crise, telle est notre devise

De connerie en connerie, notre chemin de vie.

 Christian Rœsch

 * Gitta Mallasz auteure de dialogues avec l’ange - éd. Aubier-Flammarion

-----------------------

dimanche 3 mars 2024

Sages comme des images ?

 


Il y a trop de croyants à qui on a demandé de se soumettre et d’admettre l’impensable. Adultes, ils vivent leur foi, si elle demeure, sans réfléchir, sans savoir si ce qu’ils disent et célèbrent est juste et bon. Ils s’en remettent totalement à ce qu’on leur a imposé, sans avoir appris la nécessaire distance, la confiance en leur propre jugement, sans prendre leurs responsabilités. Il est clair que les croyants à qui on a demandé d’être des enfants sages deviennent vieux, comme le chantait Jacques Brel dans un autre contexte, sans même avoir été adultes.

L’argile de nos jours

La voie que propose l’Évangile est un chemin tout autre. Il n’appelle pas à s’épuiser pour devenir ce que d’autres voudraient que l’on soit. « Si beaucoup de poètes ne sont pas des poètes, et si beaucoup de religieux ne sont pas des saints, c’est parce qu’ils ne réussissent jamais à être eux-mêmes. Ils n’arrivent pas à être le poète particulier ou le moine particulier que Dieu les a destinés à être. Ils ne deviennent jamais l’homme ou l’artiste qu’ils sont appelés à devenir par toutes les circonstances de leur vie individuelle », écrivait Thomas Merton dans Semences de contemplation (Seuil, 1952).

Les mots de ce moine trappiste nous ouvrent une fenêtre pour vivre le carême. Non pas sur une cour d’école pour garçons sages et petites filles modèles, mais sur un chemin buissonnier où personne n’est appelé à défiler en rangs serrés et à pas cadencés. Il n’appelle pas de grandes ascèses et ne demande pas d’exploits spirituels. Il n’exige pas de renoncements physiques et ne garantit pas des assurances mystiques.

Durant ces 40 jours, il ne s’agit pas tant d’avoir prié que de faire de l’argile de nos jours une prière, de nous tenir en conscience dans le souffle du vivant, dans une prière libre, sans pointillisme : prière et poésie font bon ménage. Il ne s’agit pas tant de jeûner que de consommer moins pour goûter davantage et entrer dans un nouveau rapport avec la Création : jeûne et plaisir ne sont pas incompatibles. Il ne s’agit pas tant de se priver que de chercher avec d’autres des chemins de justice et d’équité pour que chaque être humain puisse vivre dans une vraie dignité.

Plaise à Dieu que sur la route qui nous conduit vers Pâques, nous ne devenions jamais des enfants sages du « il faut », mais (un tantinet rebelles) des enfants libres de l’Esprit.


Raphaël Buyse. Prêtre du diocèse de Lille, il est l’auteur d’Autrement, Dieu et d’Autrement, l’Évangile (Bayard) et d’Il n’y a que les fous pour être sages (Salvator). Il vient de coécrire Visitation(s), vivre la rencontre à l’hôpital (Salvator).

------------

samedi 2 mars 2024

L'éveil en Soi

Le lâcher-prise absolu est de lâcher celui qui lâche prise. 
L'éveil ne signifie pas que vous vous éveillez. 
Ça signifie qu'il n'y a que l'éveil. 
Il n'y a pas de vous qui êtes éveillé, il n'y a que l'éveil. 
~ Adyashanti

L'une des formes les plus sournoises de soi est le soi spirituel. L'identité spirituelle peut être très raffinée et élégante. Et puis un jour, vous réalisez : "J'ai subtilement créé une version spirituelle de moi-même."

~ Adyashanti / A Matter of Maturity (Une question de maturité)

------------