samedi 12 mai 2018

Cessez de chérir des opinions

(extrait d’un livre en cours ...)
GILLES FARCET, ·LUNDI 16 AVRIL 2018

Un célèbre dicton zen, souvent cité par Arnaud, affirme : « la voie consiste en ceci : cessez de chérir des opinions ». Voilà bien une phrase qui mérite que l’on s’y attarde.

Tout être humain n’a-t-il pas nécessairement des conditionnements et donc des opinions ?

Toute forme est relative, donc conditionnée. En ce sens, un être humain, en tant que forme relevant par définition du monde relatif, est nécessairement conditionné. Parler d’une forme conditionnée est en vérité une manière de pléonasme. Donc, oui, le plus accompli des sages, en tant qu’ être humain, reste dans une certaine mesure conditionné. Cela se traduit par toutes les formes que prend sa manière de se manifester. Ramana Maharshi , vêtu été comme hiver d’un simple pagne, ne l’était pas à la manière d’un soufi , d’un moine chrétien ou d’un Tibétain. Hindou, qui plus est d’une certaine époque, il s’exprimait , outre la langue elle même, selon les concepts, images et usages de sa tradition, même s’il a contribué à la renouveler. Il était végétarien, ne buvait pas d’alcool … En était il pour autant identifié à son monde ? Toutes ces apparences participaient bien de conditionnements relatifs, à moins que, comme le font les intégristes de toute religion ou tradition, on attribue une valeur absolue à telle ou telle observance et coutume et c’est précisément là que les choses se gâtent. Par exemple, un hindou strictement orthodoxe considère comme un grave péché le fait de manger de la viande ou de boire de l’alcool. Selon cette logique, nombre de saints chrétiens ou musulmans consommateurs même modérés de viande seront disqualifiés ! Arnaud Desjardins qui, sans jamais en abuser appréciait le bon vin et l’alcool en général ,serait lui aussi recalé à l’examen selon les normes fanatiques, lesquelles ne sont, notons le bien, jamais loin … Je suis moi même aujourd’hui essentiellement végétarien, mais j’ai vu des végétariens militants très perturbés par le fait que tel ou tel témoin a priori convaincant de la sagesse puisse de temps à autre apprécier la bonne charcuterie , voire commander une côte de boeuf au restaurant …

Ce que tu tends à dire, c’est que certains conditionnements sont inévitables , la question n’étant pas les conditionnements mais l’identification et l’attachement aux dits conditionnements …

Bien entendu, sachant qu’on en revient toujours à la question de la communion. Imagine-t-on un sage authentique juger et rejeter quelqu’un au nom de ses habitudes alimentaires ou autres ? Cet exemple pointe vers un point important : le conditionnement en lui même ne relève pas nécessairement du « mental » ; il participe de la culture, de l’éducation, des usages en vigueur qui peuvent et même doivent souvent être respectés (je ne vais pas servir du porc et proposer du vin à quelqu’un que je sais musulman pratiquant !). Ce qui relève du mental, c’est l’identification au conditionnement, c’est à dire le fait de lui attribuer une valeur absolue et universelle plutôt que relative, valeur absolue au nom de laquelle je ne suis plus en mesure d’être en communion avec l’autre dans sa différence. Cette identification aux conditionnements , manifestation notoire du mental, est à la racine de bien des violences , exclusions et autres discriminations. Ma façon de vivre est la meilleure et puisqu’elle est la meilleure, mon devoir est de vous l’imposer « pour votre bien », au besoin par la force ! Telle est la conviction sous jacente à la colonisation par exemple, dont nous autres Occidentaux subissons aujourd’hui le retour de bâton sous la forme de l’intégrisme , notamment musulman, lequel procède en fin de compte d’une conviction exactement identique.

On peut concevoir un, une sage observant des usages et des règles relevant de conditionnements ; ce fut d’ailleurs le cas de la plupart des grandes figures qui font autorité, loin de ceux qui, affectant un « éveil », revendiquent un mépris des conventions. On ne peut par contre concevoir un ou une sage digne de ce nom emprisonné(e) par ces conditionnements, leur attribuant une valeur absolue et de ce fait les plaçant au dessus de la compassion. Un être spirituellement mûr donnera toujours la priorité à la relation.

D’accord pour les conditionnements, mais qu’en est il des opinions ? Un être spirituellement accompli n’a-t-il plus d’opinions ?

Reprenons le proverbe zen : « la voie consiste en ceci : cessez de chérir des opinions. » J’ai beaucoup médité cette phrase. Elle ne dit pas : « la voie consiste en ceci : n’ayez plus d’opinions », ou « cessez d’avoir des opinions", mais "cessez de les chérir. Que veut dire en pratique « chérir mes opinions » ? Là encore leur accorder une valeur universelle et absolue.

Admettons que je ne chérisse plus mes propres opinions : je peux bien avoir, en tant qu’être humain , certaines opinions, à savoir des goûts, des tendances, en matière d’art, de cuisine, d’habillement … Lesquelles opinions sont le fruit de mes conditionnements, des influences auxquelles j’ai été soumis dans ma jeunesse notamment… Je peux les « avoir » sans pour autant les « chérir ».

Un exemple serait bienvenu …

Pour prendre un exemple qui me concerne, ma sensibilité musicale s’ est développée, comme c’est le cas pour pas mal de gens de ma génération, à partir de ce qu’on regroupe aujourd’hui sous le terme générique de « rock ». Sur ce point parmi d’autres, mon monde est différent de celui d’Arnaud Desjardins et proche de celui de Lee Lozowick. Maintenant, est ce que cette « opinion » - j’aime le rock, plus que le jazz- me fait considérer le rock comme intrinsèquement et soi disant « objectivement » supérieur au jazz ? Est ce que cette « opinion » m’interdit d’apprécier la musique classique, le jazz, la musique folklorique, en fait toute autre forme musicale ? Pour ce qui me concerne, Dieu merci, non … Mais je suis souvent frappé de constater par l’observation des uns et des autres, et notamment de mes élèves , que l’identification aux opinions n’est jamais bien loin. Un tel supporte difficilement le rock, sous prétexte que « c’est du bruit » etc etc … Il ou elle ne réalise pas du tout ce que cela traduit concrètement de son identification.

Tu veux dire que cette personne devrait, pour avancer sur la voie, se mettre à aimer le rock sous toutes ses formes ?

Pas du tout et heureusement ! Elle aurait par contre intérêt, si elle s’y trouve exposée ici et là, à s’y ouvrir de tout son cœur, à sincèrement écouter sans de suite se crisper , à chercher à comprendre cette forme au lieu de d’emblée la juger d’après ses critères plus ou moins conscients , justifiés par des arguments esthétiques, quand ce n’est pas spirituels : « mauvaises énergies, violence , blah blah blah … » Je ne nie pas que certaines musiques charrient des énergies plus violentes que d’autres, et je ne parle pas seulement du rock ou du « metal" : quand j’écoute les œuvres de certains compositeurs classiques , je capte une énergie très proche de celle du « metal » - que je ne connais d’ailleurs pas très bien. Dans certains moments de transmission, je passe délibérément des musiques très diverses, de Mozart au rap en passant par du jazz rock, du folk, de la musique dite contemporaine , de l’opéra, de la variété … A mes yeux il s’agit d’un exercice : je demande aux participants de réellement s’ouvrir à chaque morceau , en passant outre les résistances et opinions, d’en goûter l’énergie spécifique , même si jamais ils n’auront ensuite l’idée de se passer certains de ces morceaux chez eux pour le plaisir…

Donc la question n’est pas de tout aimer mais d’être ouvert à tout …

Je dirais même : il ne s’agit pas de tout apprécier mais d’être capable de tout apprécier ! Sur ce point, je vais partager un souvenir. Arnaud Desjardins, né en 1925, ne connaissait rien au rock. Lee Lozowick, lui, en avait été nourri et avait fondé plusieurs groupes de rock et de blues dans le cadre de son travail avec ses élèves. J’ai souvent vu Arnaud assister à des concerts de l’un ou l’autre groupe de Lee avec une totale ouverture qui lui permettait d’en apprécier la qualité et l’intérêt intrinsèque, même s’il n’aurait a priori pas eu idée d’écouter ce type de musique. Ses goûts et tendances ne l’empêchaient nullement d’être « un avec » et donc d’apprécier, ce qui ne signifiait pas forcément « aimer » ce genre musical.

Laissons l’exemple de la musique , pertinent mais spécifique. Quid des opinions politiques , sources de tant de conflits, jugements, réactions …

Ce que je viens de dire s’applique bien entendu aux opinons politiques, étant entendu que la posture qui consiste à prétendre ne pas du tout s’intéresser à la politique est aussi une opinion à laquelle beaucoup peuvent s’identifier …

Rien de tel que le témoignage direct : tu as des opinions politiques ?

Je suppose que oui, puisque je vote et me tiens raisonnablement informé.

En tant que citoyen, je considère normal de m’intéresser quelque peu à la politique. J’ai dit que je votais, j’ai bien par conséquent certaines « opinions » même si elles ne sont pas arrêtées - de fait je n’ai pas toujours voté du même côté. J’ajoute que si j’ai des opinions, elles n’ont naturellement rien d’extrême., tout extrémisme étant suspect …

Pourquoi suspect ?

Parce que l’extrémisme, qu’il soit de gauche, de droite, religieux ou athée, participe d’une réaction émotionnelle, réaction sous l’effet de laquelle les choses sont considérées de manière simpliste , réductrice et outrancière. L’athée militant réduit tout élan religieux à une aliénation pour esprits faibles , le catho militant réduit l’athéisme à une déviance d’esprits orgueilleux et égarés, et ainsi de suite …

Revenons à tes opinions politiques qui, ont l’aura compris, ne sont pas extrêmes …

Ces opinions participent nécessairement, que je le veuille ou non, de certains de mes conditionnements, de mon expérience de vie, des influences auxquelles j’ai été soumis au cours de mon existence.

Ne pas les chérir veut dire les considérer comme tout à fait relatives , contingentes pour ainsi dire. Si je ne les chéris pas, je suis capable , si nécessaire, de les mettre en question, voire de les abandonner si il m’est démontré qu’elles sont erronées. Et surtout, je n’éprouve aucun besoin irrépressible de les défendre à tout prix, de les faire triompher, de les imposer au reste du monde qui ne les partage pas et donc se trompe.

Tu n’as plus jamais de discussions alors …

Celui qui ne chérit plus ses opinions ne donnera plus , c’est certain, dans la discussion stérile. Il pourra comme tout un chacun exposer , voire parfois argumenter son point de vue , que ce soit en art, en politique , à propos d’un restaurant … Mais pour le jeu, si j’ose dire, et jusqu’à un certain point. Si Il ou elle sent que la discussion s’enlise, tourne à ce qu’on appelle aujourd’hui la « polémique » , il abandonne très vite.

D’aucuns y verraient une fuite …

Certes. Et à quoi bon « débattre » avec quiconque n’est en aucun cas disposé à modifier son point de vue mais entend juste l’exprimer ? Qu’apporte ce sacro saint « débat » à la relation, si ce n’est encore davantage de crispation, de fermeture, d’incompréhension… Et au fait, qui veut débattre, démontrer, « prouver », "répondre » , sinon l’ego ?

Est ce à dire que tu es toujours d’accord avec tout le monde ?

Pas du tout. Par contre, je discute peu ou arrête de discuter dès que je décèle une impasse émotionnelle. Si quelqu’un exprime en ma présence une opinion tranchée que je ressens comme excessive , je ne vais pas tomber dans le piège consistant à argumenter avec lui ou elle mais m’intéresser à ce que cette opinion chérie traduit, à savoir presque toujours une souffrance. Je vais me brancher sur la personne, sa dynamique, la souffrance et les demandes plus ou moins conscientes qu’il ou elle exprime à travers ces opinions, politiques ou autres. Je ne la contrerai éventuellement que si cela me parait pouvoir constituer un « moyen habile « susceptible de lui être en fin de compte bénéfique. Il m’est arrivé d’écouter sans broncher un élève tenir des propos provocants qui, à la télévision, sur les réseaux sociaux ou au bistrot auraient provoqué la curée … Il était à ce moment là important pour cette personne de sentir qu’elle ne pouvait pas m’entraîner à réagir , au contraire de la plupart des gens. Or, je ne pouvais ne pas réagir que dans la mesure où je n’étais pas identifié à mes propres opinions.

Allons jusqu’au bout : tu laisserais quelqu’un proférer en ta présence des opinions racistes ou xénophobes …

Je ne laisserai jamais quiconque en ma présence commettre un acte raciste , xénophobe, homophobe, que sais-je, à l’encontre d’autrui, y compris en paroles si ces paroles portent atteinte à une ou des personnes. Mais il se peut en effet que je laisse quelqu’un aller jusqu’à un certain point de son expression tant que cela ne cause de tort objectif à personne, sinon à celui ou celle qui profère ces opinions. Se sentir vertueux à peu de frais en s’indignant contre telle ou telle opinion jugée intolérable est beaucoup plus facile que d’écouter la souffrance de la personne dissimulée derrière les opinions en question. La limite étant encore une fois le tort causé à autrui.

Tu en reviens toujours à la relation …

Parce que c’est là ce qui importe vraiment.

Si je ne chéris plus mes opinions, elle ne sont plus un absolu qui vaille que je me crispe, me coupe de l’autre, le condamne, le rejette … En pratique, l’identification à mes opinions, à toute opinion, procède d’une émotion. Je dis souvent que la plupart des discussions apparemment politiques sont en vérité une manière non consciente d’exprimer des émotions infantiles refoulées. Dès qu’il y a polémique, défense acharnée d’un point de vue, on tombe dans le registre de l’émotion. A cet égard, les réseaux sociaux avec leur avalanche de commentaires et polémiques à l’emporte clic ont quelque chose de terrifiant. C’est le café du commerce , mais planétaire et sans frein. Au comptoir du bistrot, c’est avec un être humain de chair et d’os que l’on discutaillait. Devant l’écran, les limites reculent, pour le meilleur parfois mais souvent pour le pire. C’est la fameuse « dictature de l’émotion » , l’effarant « tribunal des réseaux sociaux » …

Revenons au mental …

Autour duquel nous n’avons cessé de tourner !

Il ne s’agirait donc pas tant de « détruire » mon monde que d’y être de moins en moins identifié.

Exactement. De même que, dans l’image traditionnelle, l’ego n’est pas la vague mais l’illusion sous l’effet de laquelle la vague se fantasme autonome par rapport à l’océan, le « mental » n’est pas « mon monde », mais l’identification à mon monde, la confusion entre mon monde et le monde , la prétention égocentrique à ce que mon monde soit le monde. Encore une fois en tant que forme je serai toujours conditionné. Jusqu’à ma mort subsistera donc- dans une certaine mesure, même si bien moins affirmée , « mon monde » : dans mon cas celui d’un Français né à une certaine époque, dans un certain milieu, avec une certaine histoire, une certaine psychologie… La question est : vais je vivre, éventuellement vieillir et finalement mourir , totalement identifié à ce monde et par conséquent incapable de communion, incapable d’ «être un avec » l’autre, selon l’’expression de Swamiji, inapte à accepter et comprendre d’autres mondes que le mien ? Ne plus m’identifier à mes opinions signifie ne plus me confondre avec elles. Or, si la plupart des êtres humains chérissent leurs opinions, c’est bien parce qu’ils les ressentent comme constitutives de leur identité. Ils se définissent en grande partie par leurs opinions, de concert avec leur métier, leur rang social, leur nationalité …

Pour ma part par exemple, je me sens à maints égards très français… Mais en tant que forme! Cette forme humaine temporaire que l’on désigne par mes noms et prénoms est française. Elle en a certaines caractéristiques, à commencer par la langue dite maternelle, le goût du fromage, des vins, l’amour des clochers de village et des rues de Paris … Tout cela est parfaitement légitime si cela reste à sa place, c’est à dire à la périphérie de la personne que je suis. Ce qui est à la périphérie et ressenti comme périphérique ne s’imagine pas central. Or, quantité d’êtres humains , sans en être conscients, prennent pour central et revendiquent comme tel ce qui en eux n’est que périphérique.

Là se situe donc l’erreur ?

L’erreur est toujours essentiellement une erreur de perspective : une perspective faussée fait que l’on ne perçoit pas les choses dans leur vraie dimension et à leur vraie place. « Keep it in its own place » dit Swami Prajnanpad , « laissez les choses à la place qui est la leur. » Le ‘mental » français place la France et ses attributs au centre et au dessus de tout. C’est la caricature d’OSS117 joué par Jean Dujardin … Notons aussi au passage l’existence du « mental non dualiste » qui va mélanger les niveaux, prétendre , « au nom du Soi », qu’être français n’a aucune importance … Et ainsi, là encore, ne pas attribuer leur vraie place aux choses.


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jeudi 10 mai 2018

Les rivages de l'Ascension

...Ce courant ascendant de l'Ascension, je le ressens pour ma part avec une grande force sur les rivages en bord de mer. C'est assise en haut ou au pied des falaises, mes yeux contemplant l'horizon, que je ressens le plus vivement l'appel de l'infini. Comme si la terre ferme et la mer vague ne se rencontraient pas seulement pour faire rivage, mais qu'elles ouvraient, à leur point de rencontre et d'épousailles, le Ciel. Comme si elles s'épousaient toutes deux pour ouvrir une troisième dimension, celle du ciel infini.
Et s'il suffisait à chacun d'entre nous de trouver son rivage, sa montagne, sa pleine mer, son désert où « élever son cœur et le tourner vers le Seigneur » ? Notre monde, qui ne connaît plus que des bouts de ciel à des coins de rues, nous demande tellement de marcher à l'horizontal au fond des vallées sans chercher les sommets. Il nous demande tellement de faire, comme les hirondelles, rase-mottes, pour nous nourrir au ras du sol. Mais, comme les hirondelles, nous pouvons aussi, dès ici bas, nous laisser attirer par une nourriture céleste. Nous pouvons prendre goût au Ciel et laisser grandir en nous ce désir de nous élever un jour, pour vivre l'Ascension en toute plénitude.

Charlotte Jousseaume
 (source : La Vie)
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mercredi 9 mai 2018

Destin ou libre-arbitre ?

Cliquez sur les images pour les voir en plus grand (et avec la roulette pour les faire défiler):




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lundi 7 mai 2018

Dansez ! de Poumi Lescaut


Chaque page de ce livre est un trésor. Poumi Lescaut nous met en mouvement pour intéger la vie dans notre corps.

 Extrait :

... Si les pieds sont très ancrés dans la terre, cela permet un contact avec le centre vibratoire au-dessus de la tête. C’est le lien entre les deux qui met en unité. L’appui du talon injecte un courant jusqu au sommet du crâne et au delà vers l’infini, c’est une clé en danse pour donner force et précision à ce qui est exprimé. Appuyer dans les talons permettra d’ouvrir les bras, comme on ouvre le ciel. Si les pieds sont vifs, forts et conscients, cela change toute la façon de voir le monde. Tout passe par des pieds éveillés. Car tout part des pieds, le reste du corps est guidé par les pieds et 1'on va rechercher un envol enraciné...

Le fait de s’ancrer élève car cet ancrage donne l’impulsion au mouvement...

S ’enfoncer dans la terre comme les arbres pour y plonger nos racines très profondément permet d’y puiser la force tellurique. Si les jambes et les pieds sont puissamment ancrés dans le sol, la profondeur des racines accroît la stabilité intérieure qui rejoint celle de 1'arbre. Si l'on prend de la force dans la terre et dans le ciel, on est nourri de ces forces et on les laisse agir en nous. C’est une façon de danser qui recharge l’énergie au lieu de l’épuiser.

Le geste devient véritablement magique lorsque ce n’est plus toi qui fais mais la chose qui se fait à travers toi, te traverse, te porte, te soulève et tout cela part des pieds. C’est l’appui des pieds qui repousse le sol, un appui qui élance le corps vers le ciel et se laisse aspirer par la lumière - processus des végétaux et de tout le monde du vivant. Si les pieds sont comme des ventouses épousant le sol en une poussée vers le ciel, cela déclenche une ouverture vers le haut qui met tout le corps en vie.

Les pieds sont liés au bassin qui contrôle l’équilibre général : tout est lié, interdépendant. 
La confiance est restaurée par les pieds qui se posent comme des empreintes ancestrales, dans un sol plus sûr et en même temps relié aux étoiles. Les sensations de confiance et de stabilité sont salvatrices, elles génèrent une joie intérieure sans cause extérieure car ce sont tes pieds qui indiquent que tu sais ou tu vas...

Une poussée au-dedans comme une plante qui reçoit de l’eau fraîche et retrouve le chemin de l’élévation vers la lumière par les racines. Un mouvement se déroule depuis les pieds pour s’élever en une spirale d’énergie. La vivacité du pied dynamise tout le corps. Si les appuis ne sont pas suffisamment forts dans la terre, tout le reste du corps sera instable et le mouvement incertain. Un appui net des pieds donne une impulsion dans le haut du corps et les bras vidés de matière s’élèvent comme une gerbe... Pour déployer le corps, on appuie dans les racines. La qualité de présence des pieds est déterminante dans la présence à tout ce que l’on fait, un pied posé pleinement le sol peut même modifier notre façon d’être au monde, notre manière de l’appréhender. La vie qui est dans les pieds fait monter la vie jusqu’au delà de la tête, amenant en même temps détente et vivacité. Pas de vélocité sans détente.

Les pieds doivent devenir vifs et souples, aussi habiles que des mains. Les pieds conscients et fermes donnent une sorte d’autorité, de qualité d’affirmation au mouvement. C est en quelque sorte un antidote aux façons de marcher incertaines, comme marcher sur des œufs. Nous avons dit que ce sont les pieds qui indiquent que l'on sait où l'on va : c'est en appuyant nettement sur les pieds que  l'espace intérieur va se libérer.

La puissance de l’enracinement détermine toute la force de la présence.

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dimanche 6 mai 2018

4 conseils pour regarder du bon côté

1. Concentrez-vous sur la bonne part

Quand on traverse un accident, un drame, une épreuve, il y a toujours ce qu'on perd, mais aussi ce qu'on garde. Et même ce qu'on gagne. Allez voir de ce côté-là, sans pour autant occulter ce qui ne va pas et dont il faut prendre conscience au risque d'être dans le déni. Mais j'insiste : concentrez-vous sur l'autre part, la bonne part, et faites-la fructifier. Car de toute manière, vous ne pouvez pas changer le passé ni rembobiner la pellicule. Accueillez votre présent puis allez de l'avant !

2. Allez voir derrière les apparences

Cette attitude, qui devrait devenir réflexe, d'aller chercher les belles choses derrière les apparences parfois déroutantes ou sombres pour les faire fructifier ou les mettre en valeur s'applique aussi bien aux événements de notre vie qu'aux personnes que nous rencontrons. La grâce de mon métier est justement d'aller au-delà des apparences sociales, de langage, de culture ou de niveau de vie pour entrer en relation avec la personne en ce qu'elle a d'unique et de beau. Ce que Jésus fait dans l'Évangile !

3. Ne perdez pas votre part d'enfant

Je crois, finalement, que pour regarder du bon côté, il faut garder comme un trésor sa capacité d'émerveillement. Et comment s'émerveiller devant un paysage, un animal, un évènement ou, a fortiori, une personne si nous ne prenons pas le temps de contempler ? S'émerveiller et contempler : deux attitudes si naturelles à l'enfant que les adultes sont appelés à redécouvrir et à préserver.

4. Soyez attentif à l'amour

Dans la vie de tous les jours, tout est une question d'attention et d'amour, d'attention à l'amour. Le jour de mon accident, j'ai reçu de Dieu et de la vie un don extraordinaire, une grâce dont je vivais déjà, mais qui s'est comme démultipliée : le désir d'aimer les gens et d'oser leur faire partager, d'abondance de cœur, mon amour. Et ça change tout !
 Caroline Puig-Grenetier
(source : La Vie)
Vivre est un cadeau extraordinaire qui engage une grande responsabilité : celle d'aimer. Cette réalisatrice stéphanoise l'a compris dans sa chair, à 51 ans, à la suite d'un grave accident de cheval.

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vendredi 4 mai 2018

Pourquoi cet intérêt croissant pour la méditation ?


Il est vrai que le mot méditation séduit de plus en plus de personnes. La plupart se disent poussées par un malaise intérieur. L'homme occidental est enchaîné à une forme de vie dont le caractère effréné débouche sur ce qu'on appelle le « stress ». Suis-je né pour vivre stressé ?
De nombreux thérapeutes reconnaissent que cette maladie n'a pas pour cause une somme de conditions extérieures, mais l'absence ou le manque de contact de l'homme avec son propre être intérieur ; ce que les bouddhistes désignent comme étant la vraie nature de l'être humain. Le fait que l'être humain n'est plus en contact avec ce qu'il y a d'essentiel en lui est la cause de nombreux maux tels que l'agitation intérieure, un état d'être soucieux, l'insomnie, l'inquiétude latente, une peur souterraine.
L'individu est reconnu dans ce qu'il sait, ce qu'il peut et ce qu'il a, mais il est méconnu dans ce qu'il' EST.
Ce qu'il « est », c'est « l'homme-sujet » qui, afin de s'adapter aux exigences de la mondialisation, de l'augmentation du pouvoir d'achat, de la croissance est transformé en « homme-objet » dont la raison d'être (aux yeux de beaucoup de responsables d'entités de production et des actionnaires) est de fabriquer des objets, de les vendre et d'en acheter ! Aussi bien, l'homme-sujet étouffe, il suffoque.


Dans le mot méditation, il y a comme une promesse : r e s p i r e r !
N'est-il pas vrai que « Je respire, donc je suis ; je suis donc je respire ». A celui qui nie cette évidence je propose d'arrêter de respirer. Quant à cette évidence elle nous permet de concevoir pourquoi l'attention à l'acte de respirer est le fondement de l'exercice qu'est méditer.


La méditation, que j'enseigne et que je pratique depuis plus de quarante ans, donne au corps la place qui est la sienne : la première.
Quoi qu'un homme fasse ou sente, il le sent et le fait en tant que corps vivant (Leib, dans la langue allemande). Voici ce que dit Dürckheim : « Le corps n'est, sur le plan de la personne, ni un organisme physique détachable du sujet ni un instrument fonctionnant plus ou moins bien au service du moi profane. Il est la manière dont l'homme, en tant qu'être (Je suis), est là, dans le monde. Le corps que l'homme "est", est l'unité des attitudes et des gestes dans lesquels l'homme prend forme, et en tant que telle, se réalise ou se manque ».


Je suis corps ! Le tout corps vivant dans son unité est en deçà et au-delà des opposés corps et esprit, corps et âme. Le corps, c'est l'homme entier dans sa manière d'être au monde.

C'est sans doute la découverte le plus importante qu'il m'est arrivé de faire au cours de cette pratique régulière de la méditation de pleine attention : « Le tout corps vivant dans son unité est le domaine du calme, de la sérénité, de la paix intérieure. Alors que le mental est le domaine de l'agitation, du stress, de l'angoisse ».


Jacques Castermane

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jeudi 3 mai 2018

Philosophie du Yin Yang


Raphaël Enthoven explore le vaste continent de la sagesse chinoise 
avec le chercheur Alexis Lavis, et Chen Yi Rhe, maître d’art martial.


"Le monde est un vase sacré qui ne supporte pas qu'on s'en empare et qu'on s'en serve. Qui s'en sert le détruit ; qui s'en empare le perd", 
explique dans le Tao te king, Lao Tseu, le père du taoïsme.

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mercredi 2 mai 2018

Aie, mes Aïeux !


« Notre vie à chacun est un roman. Vous, moi, nous vivons prisonniers d’une invisible toile d’araignée dont nous sommes aussi l’un des maîtres d’œuvre. Si nous apprenions à notre troisième oreille, à notre troisième œil, à saisir, à mieux comprendre, à entendre, à voir ces répétitions et ces coïncidences, l’existence de chacun deviendrait plus claire, plus sensible à ce que nous sommes, à ce que nous devrions être. Ne pouvons-nous échapper à ces fils invisibles, à ces “triangulations”, à ces répétitions ?

Nous sommes finalement, d'une certaine façon, moins libres que nous le croyons. Pourtant, nous pouvons reconquérir notre liberté et sortir de la répétition, en comprenant ce qui se passe, en saisissant ces fils dans leur contexte et dans leur complexité. Nous pouvons enfin vivre ainsi " notre " vie, et non celle de nos parents ou grands-parents, ou d'un frère décédé, par exemple, et que nous " remplaçons ", à notre su ou insu... Ces liens complexes peuvent être vus, sentis ou pressentis, du moins partiellement, mais généralement on n'en parle pas : ils sont vécus dans l'indicible, l'impensé, le non-dit ou le secret.»

Anne Ancelin Schützenberger


Anne Ancelin Schützenberger, née le 29 mars 1919 à Moscou, et morte le 23 mars 2018 est une psychologue française, également psychothérapeute et professeur émérite à l'université Nice-Sophia-Antipolis, où elle a dirigé pendant une vingtaine d'années le laboratoire de psychologie sociale et clinique.

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mardi 1 mai 2018

L'amour... de soi.

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L’amour commence par nous. Ici, à notre propre égard. Posez ce livre. Éteignez la musique ou la télé, arrêtez-vous. Net. Stoppez tout à l’instant et, après quelques respirations profondes, demandez-vous à voix haute : « Que suis-je ? » Et observez. Soudainement vous allez vous rendre compte d’un mouvement de votre esprit qui va être de plus en plus fort ; c’est un besoin, un mouvement fondamental : celui de vous connaître. Ce mouvement est le début de l’amour. Il est là, dans cette envie de se connaître. Tout commence ici. Ensuite viendra l’envie de se réconcilier avec ce que vous êtes en vérité. Se réconcilier, c’est-à-dire comprendre : «Je suis  juste ainsi ; » Puis dans cette révélation, lâcher prise, ouvrir les mains. Dans une main ouverte, tout peut se poser. Tout peut advenir.

Aimer, c’est avant tout se recevoir tels que nous sommes. C’est en ce sens que l’amour commence par nous. Ouvrir grand les yeux sur ce que nous sommes et nous chérir comme une mère pourrait chérir son unique enfant. D’un amour qui n’est ni niais, ni superficiel, ni émotionnel. Une mère est douce, parfois dure. Mais aucune de ces formes ne manque d’amour.

L’amour recentre et donne un sens profond à notre existence ; il la leste en quelque sorte. Comment pourriez-vous vous épanouir dans une maison que vous ne connaissez ni n’aimez ? Impossible si vous ne connaissez pas le moindre de ses recoins. Et puis vous n’y inviteriez pas vos proches à séjourner ; vous tenteriez d’en masquer toutes les imperfections.


What Lies Between by Grazyna Perl
Se connaître, se percevoir tel que l’on est, chaque instant changeant, et se porter une attention aimante sont indispensables à notre existence. Sans cela, tout ce qui découle de nous est approximatif, superflu et, qui plus est, trompeur. L’acte le plus extraordinaire, l’action humanitaire la plus épatante peut être un leurre si nous ne sommes pas profondément ancré dans la connaissance - l’amour - de nous-même.

Qu’a-t-on à donner si l’on ne connaît ni ne vit pas cet amour en nous ? Qui ne s’aime pas profondément ne peut aimer tout court. S’il ne ressent pas ses fragilités, ses doutes, ses peurs tout aussi bien que sa beauté, sa grandeur et son immense complétude, comment pourrait-il percevoir l’autre tel qu’il est, sans le juger ni le réduire à une image, une projection, une apparence ? C’est pour cela que la quasi-totalité de nos mouvements vers les autres est maladroite et insuffisante. C’est pour cela aussi que tous nos efforts sont reçus de façon maladroite et insuffisante. 

Sans cet amour de soi, honnête et naturel, se creuse en nous un vide immense. Si ce vide s’installe en notre existence, les autres ne seront qu’un moyen de le combler, de meubler notre solitude et notre manque d’amour. Mais nous n’avons pas conscience de tout cela; nous croyons vraiment aimer. Nous croyons être altruistes et généreux, ouverts aux émotions sincères et à l’amour. Le plus souvent, nous ressemblons pourtant à des trapézistes maladroits ou peureux qui se suspendent au trapèze tout en gardant les pieds au sol. On sautille, on meut ses jambes : on croit danser... et l’on se contente de cette pâle imitation. Comme lorsque l’on affronte la question « que suis-je ? », aimer demande de se lancer dans l’inconnu, de se jeter dans le vide sans filet. Il s’agit d’ouvrir l’espace de l’expérience ; d’être capable de recevoir tout ce qui advient, sachant que tout peut advenir. De croire en soi, de se laisser grandir. De laisser l’amour s’exprimer.

Grazyna Perl 
"Quand la fleur se fane, où s'en va son parfum ?" 

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