jeudi 10 juillet 2014

Rien à faire !

Sans doute avez-vous déjà entendu cette formule de plus en plus populaire dans les milieux spirituels : « Il n’y a rien à faire ». En fait, la phrase intégrale se lit comme suit : « Il n’y a rien à faire pour s’éveiller car nous le sommes déjà ». Fréquemment interrogée à propos de cette affirmation, j’ai été à même de constater qu’elle était souvent mal interprétée, que son sens originel avait été perdu.
Pour nombre de chercheurs en quête de vérité, mais aussi de soulagement, cette solution facile et attrayante est une voie inespérée. Il serait étonnant que la passivité soit soudainement devenue un chemin d’éveil alors que, depuis des millénaires, des sages de toutes confessions ont proposé maintes voies spirituelles exigeant maîtrise et discipline.
N’y a-t-il vraiment rien à faire ?

Le propre du chercheur est de vouloir quelque chose qu’il n’a pas. Il tente d’obtenir ce qu’il veut à coup d’actions volontaires et de stratégies, cherchant ainsi à déjouer le destin.
L’éveil n’est pas le résultat d’une technique ou d’un long chemin parcouru avec succès. Il n’est pas non plus le résultat d’actes volontaires. Le volontarisme de l’ego est une entrave à l’éveil. L’éveil est le résultat d’un abandon total, d’un dépouillement complet de toutes croyances à propos de soi. La réalisation que JE SUIS est la vérité ultime, au-delà de tous concepts.

Cette phrase : « Il n’y a rien à faire pour s’éveiller car nous le sommes déjà » est totalement vraie. Nous sommes tous éveillés. L’éveil est parfois vécu en conscience, mais souvent il ne l’est pas. Une partie de la confusion vient du fait qu’il nous est difficile de distinguer ce que nous sommes de ce que nous expérimentons. L’identification aux expériences génère cette illusion.
Pour se désidentifier, il ne s’agit pas de faire mais de VOIR… de voir le jeu du mental et de réaliser à quel point il nous détourne de la vérité. Souvent lorsque l’illusion est vue, un immense fou rire jaillit ! Les constructions mentales s’effondrent.

Tant que les illusions qui nourrissent l’ego n’ont pas été vues, nous sommes habités par deux maîtres, l’Être et l’ego. Pour retrouver l’Unité, c’est à partir de notre espace Source que des actions seront initiées afin de se libérer de l’emprise d’un ego souffrant et d’un mental indiscipliné.
Issue de la non-action, la principale action à accomplir est un mouvement de la conscience qui se retourne sur elle-même, afin de se reconnaître et d’identifier les phénomènes mentaux agissant à sa place. 
Gratitude d'Être et de rayonner son immense Beauté,

Claudette Vidal

mercredi 9 juillet 2014

La banalité du Bien avec Matthieu Ricard

extrait de:"Plaidoyer pour l'altruisme" de Matthieu Ricard


Un mendiant reçoit deux billets de cinquante roupies- somme relativement conséquente au Népal -, il en donne la moitié à son compagnon d'infortune.
Une infirmière épuisée après une nuit de garde éprouvante, reste néanmoins quelques heures pour assister un mourant qui part seul. Ma soeur, Eve, qui s'est occupée toute sa vie d'enfants en difficulté, n'a jamais hésité à se lever en pleine nuit pour accueillir un enfant qui fuguait.
Dans le métro, un Maghrébin percevant l'état d'angoisse d'une voyageuse qu'il ne reverra jamais, lui murmure: "Ne t'inquiète pas ma fille, ça va passer."
Au terme d'une journée trop remplie, un ingénieur rentre de son bureau et fait cinq cents mètres de plus pour montrer à un étranger perdu dans la capitale le chemin de son hôtel.

On a pu parler de la" banalité du mal", Mais l'on pourrait aussi parler de la "banalité du bien", en se représentant les mille et une expressions de solidarité, de prévenance et d'engagement en faveur du bien d'autrui qui jalonnent nos vies quotidiennes et exercent une influence considérable sur la qualité de la vie sociale. De plus, ceux qui accomplissent ces innombrables actes d'entraide et de sollicitude disent généralement qu'il est bien "normal" d'aider son prochain. S'il est justifié d'évoquer cette notion de banalité, c'est aussi parce qu'elle est en quelque sorte silencieuse: Le bien de chaque jour est anonyme; il ne fait pas la une des médias à la manière d'un attentat, d'un crime crapuleux, ou de la libido d'un homme politique. Et, enfin, s'il y a banalité c'est encore le signe que nous sommes tous potentiellement capables de faire du bien autour de nous.


lundi 7 juillet 2014

Le moi à l'épreuve de la pratique avec Dominique Durand



Nous envisageons souvent la pratique sous l'angle de l'Absolu. Cette position aiguise notre insatisfaction lorsque, après un certain temps d'exercice, nous faisons ce triste constat : rien ne change dans ma manière de gérer le quotidien, je suis toujours aussi colérique, aussi désagréable avec mon entourage, aussi impatient. Mais qui argumente ? Le moi, bien sûr, à partir de son propre système de valeurs, qui lui permet de s'estimer. Le système de valeurs étant souvent une notion de plus ou de moins, de progression par rapport à un moi idéal qui cherche à éviter le « déplaisir » de mettre en faillite sa toute puissance illusoire, résidu d'un sentiment d'omnipotence infantile. 

Transférer dans la pratique ce « fétichisme d'absolu »*, c'est situer la pratique dans une impasse existentielle ». Dürckheim le souligne : « Il y a un dilemme, dit-il, parce qu'il suffit d'avoir goûté à cette expérience intérieure pour désirer retourner dans cet autre monde … à peine s'est-on engagé sur la voie, que l'on échoue de nouveau dans ce monde. »* 
Le dilemme, c'est cet écart entre l'expérience vécue dans l'exercice et le quotidien et qui justifie d'ailleurs le fait que certaines personnes abandonnent la pratique parce que rien ne change. Nous constatons que la difficulté réside dans l'articulation du moi et de l'essence, de l'expérience et du quotidien, vue par le moi dans un rapport d'opposition. Envisager le moi et l'essence comme deux réalités opposées est source d'un problème pour le moi, celui de l'auto- évaluation par rapport à un idéal à atteindre. 
Dürckheim nous fait part des propos de son analyste à ce sujet : « Lorsque le moi resurgit, il y a deux choses à ne pas faire : le combattre, car il est toujours plus fort, et le fuir, car il est toujours plus rapide... il n'y a qu'une attitude valable vis à vis du moi : la vigilance sans détour. » Et Dürckheim ajoute : « Un regard paisible et qui ne se détourne pas est la seule chose qu'il ne puisse supporter. »* 

Accompagner la pratique d'un regard bienveillant mais sans complaisance sur le moi, prendre le moi pour ce qu'il est, sans illusion : une tentative désespérée pour réguler un système complexe qui le met en échec sur la plan du plaisir, de la stabilité, et de l'identité. Cependant, le regard paisible dont parle Dürckheim n'est pas seulement celui d'une certaine bienveillance, c'est cette autre manière de considérer le moi. Ce regard paisible, c'est cette reconnaissance intime du Vivant au cœur du pathos. Ce regard paisible, c'est celui qui est dégagé des classifications et qui englobe tout. Ce regard paisible, c'est une permission donnée au moi, de révéler sa vraie nature dans la glaise de son humanité. Le moi ne peut pas venir à bout de ce qu'il vit comme étant un écart ou un contraste entre son être de nature et son moi historique. Seul l'exercice, inlassablement repris, peut nous familiariser avec l'expérience que existentiel et essentiel ne sont que deux aspects d'une même réalité. Ne vouloir venir à bout de rien, seulement se reprendre et s'exercer.

* Roger Martin du Gard
* « Le don de la grâce », chap. 5

samedi 5 juillet 2014

vendredi 4 juillet 2014

Liberté d'être...


La vie nous manipule... et l'on sent qu'il y un os...


Sans aller jusqu'à des conclusions philosophiques définitives, nous commençons à admettre que cette liberté dont nous rêvions se trouve démentie par les faits, que nous sommes pris dans un immense réseau de causes et d'effets dont nous ne connaissons même pas le commencement et auquel nous sommes sans cesse contraints de nous adapter.
Arnaud Desjardins
(La voie et ses pièges)

*

jeudi 3 juillet 2014

Rencontre bienfaisante...


"Parfois on a fait tout ce qu'il fallait faire et néanmoins la vie ne réponds pas. Ce n'est pas la peine de se demander si on s'y est mal pris car là n'est pas la question. On peut avoir fait tout le nécessaire mais peut-être n'était ce pas le moment opportun ou y a-t-il une cause que nous ignorons. Travaillez donc avec votre existence telle qu'elle est. Souvent, c'est l'attente elle-même qui éloigne la réalisation. Si vous vous contentez d'être un avec ce qui est, avant même de vous en apercevoir vous aurez déjà obtenu ce que vous vouliez depuis toujours. C'est comme si, dès que vous arrêtez de tendre vers quelque chose, cette chose vers laquelle vous tendez vous tombe dans le giron".

Lee Lozowick
(Extrait de "OUI et alors",
 Editions La Table Ronde, 2001)


Tous les jours, à chaque minute, la vie nous pose une demande : la demande d’une action, d’une action juste. La vie nous demande une action comme on nous demanderait combien font 3 fois 5 et notre action sera la réponse adéquate, appropriée, juste, à cette demande, la demande des conditions et circonstances dans l’instant.
Tant qu’il y a mental et émotion, la réponse sera n’importe quoi qui nous satisfasse, que nous croirons juste, et qui ne le sera pas. Que se passe-t-il ? Cette réaction, absolument indigne du nom d’action, qui ne correspond pas à la réalité d’une demande, mais simplement à notre aveuglement, va produire des résultats que le mental n’aura pas su prévoir et qu’il refusera ensuite. 
On moissonne ce qu’on a semé et nos actions ont d’innombrables conséquences. Chacune de nos actions met en jeu une nouvelle chaîne de causes et d’effets, d’actions et de réactions. Ce mécanisme, bien connu de tous ceux qui ont étudié les doctrines hindoues ou bouddhistes, le mécanisme du karma, fait que l’ego, tout en cherchant et en ne cherchant que sa satisfaction et son bien-être, se trouve, de jour en jour et d’année en année, dans des situations difficiles, imprévues, décevantes, et que le bonheur parfait lui échappe toujours. 
Il n’y a dans cette direction aucune espérance de paix ni de joie qui demeure...

Arnaud Desjardins 
(Adhyatma yoga
À la recherche du soi, tome 1)


lundi 30 juin 2014

Existence d'un point de vue...



Toute personne qui existe est une partie de vous-même.


Lorsque vous adoptez le point de vue que tout ce qui existe est une partie de vous-même, que toute personne qui existe est une partie de vous-même, que tout jugement que vous faites est un auto-jugement, que toute critique que vous élevez est une autocritique, vous vous donnez avec sagesse un amour inconditionnel qui sera la lumière de votre monde. 


Lorsque nous serons conscients que la seule différence entre chacun d'entre nous réside dans nos croyances et que ces croyances peuvent être créées et décréées avec aisance, un monde de paix s'ensuivra et tandis que le jeu du bien et du mal disparaîtra, un jeu de co-création verra le jour. 


Henry Palmer  


dimanche 29 juin 2014

La méditation et l’attitude méditative dans le quotidien ? par Jacques Castermane


En 1938, à son maître zen, qui lui demande « Quand pratiquez-vous votre exercice ? », Durckheim répond (non sans fierté) « Cher Maître, je pratique l’exercice de la méditation chaque matin une demi-heure » !
L’air désappointé le maître lui dit « Votre réponse témoigne que vous n’avez encore rien compris ! Etant sur la Voie, il s’agit de pratiquer toute la journée … ! ».
Durckheim ajoute que s’il avait répondu « Maître, je pratique toute la journée ! » Umeji Roshi lui aurait sans doute dit « Votre réponse témoigne que vous n’avez encore rien compris ! Etant sur la Voie, il s’agit de pratiquer chaque jour une demi-heure … ! ».



En 1967, je demande à Graf Durckheim : « Que signifie : pratiquer toute la journée ? » « Il s’agit d’engager les différentes actions qui composent notre vie de tous les jours d’une manière telle que les intentions de l’être puissent se manifester à travers nos gestes et notre façon d’être là ».
Voyant mon air dépité, qui témoignait que je ne comprenais pas grand chose à ce qu’il disait, il me dit : « Ce matin, en faisant du thé, j'ai remarqué que je cognais systématiquement le couvercle contre la bouilloire. Pourquoi ne le mettais-je pas directement dessus ? Et il me vint alors la pensée que sur les vingt-cinq ou trente mouvements nécessaires pour faire le thé, j'en faisais tout au plus cinq sans erreur. Il est incroyable de voir combien il est rare et difficile de manier correctement une chose. En nous habillant, en nous coiffant, en rangeant une chambre, nous faisons sans cesse de petites erreurs qui ne sont pas graves mais rendent tout imprécis. Je ne parle de cela que pour ajouter que quand nous sommes capables de manier une chose sans aucune erreur, que ce soit l’outil pour l’artisan ou l’instrument pour le musicien, quelque chose de merveilleux devient perceptible dans l'atmosphère. Cela vaut pour toutes les tâches quotidiennes. Dans la pratique des exercices proposés dans le zen on apprend que l'exercice ne commence que quand on domine une technique donnée ; au Japon on parle de l’exercice du geste pur.

Qu’est-ce que le geste pur ? C’est le geste purifié de l’ambition ou de la crainte d’échouer qui s’origine dans l’ego. C’est dans le geste inné ou dans le geste parfaitement maîtrisé que se manifeste l’intention de l’être. Naturellement, personne ne peut se maintenir dans le geste pur ; c’est une direction que prend la personne qui s’exerce. » Une bonne raison pour reprendre chaque jour, pendant une demi-heure, la méditation de pleine attention.


samedi 28 juin 2014