lundi 1 janvier 2024

Voeux pour 2024 : "se transformer soi-même pour mieux servir les autres"




Extrait de Se changer, changer le monde, avec Matthieu Ricard, Christophe André, Jon Kabat-Zinn, Pierre Rabhi, Éditions L’Iconoclaste.

Changer le monde cela revient, de mon point de vue, à se transformer soi-même pour mieux servir les autres. Tout en évitant de changer le monde de manière destructrice, en dévastant notre environnement, en exploitant les animaux et en causant la disparition de nombreuses autres espèces, cela implique d’avoir une attitude responsable à tous les niveaux. Se changer soi-même pour mieux changer le monde, c’est se libérer des toxines mentales que sont la haine, l’avidité, la jalousie, l’orgueil et l’esprit de vengeance qui empoisonnent notre existence et celle des autres. Pour pouvoir changer le monde, il faut d’abord avoir trouvé un sens à son existence, et essayer de le partager.

Du point de vue collectif, ce changement passe par une évolution de nos cultures, de nos attitudes, motivations, valeurs et priorités. Cela implique notamment de passer d’une culture qui prône l’individualisme et le chacun pour soi à un monde qui prend plus en considération l’altruisme et la coopération, laquelle a toujours été au cœur de l’évolution.

L’altruisme véritable existe-t-il véritablement ? Si oui, pouvons-nous le cultiver, l’amplifier comme un talent ou une capacité ? De nombreux travaux de recherche sur les effets de la méditation ont lieu actuellement. Au début, ces recherches ont commencé avec des méditants confirmés, qui se sont exercés entre dix mille et cinquante mille heures, autant d’hommes que de femmes et de pratiquants laïques que de moines et de nonnes. Les résultats de ces études ont montré que la capacité à développer la compassion et l’altruisme ne dépend pas de la culture orientale ou occidentale, ni du genre masculin ou féminin: il s’agit essentiellement d’une question d’entraînement.

Ce qu’il est important de retenir, pour la société, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir médité cinquante mille heures: quelques semaines de méditation, trente minutes par jour ont déjà des effets bienfaisants. Dans une de ces études, un instructeur a entraîné pendant deux semaines, à raison de vingt minutes par jour, un groupe de personnes à penser davantage aux autres, à essayer de se mettre à la place de l’autre, à méditer pour engendrer dans leur esprit l’amour altruiste, la bienveillance, la compassion à l’égard de ceux qui souffrent. Le groupe témoin (il faut toujours faire une comparaison, sinon les études ne sont pas valables) était formé à utiliser une méthode psychologique qui est connue pour engendrer des comportements prosociaux.

Cette méthode consiste à considérer les situations sous un angle différent, un angle plus vaste : si quelqu’un vous a insulté, au lieu de se concentrer uniquement sur l’insulte, sur l’incident et sur les aspects désagréables de la personne, on élargit et on prend en considération ce que vit la personne, ses comportements habituels. Les résultats ont montré que la méditation favorisait encore davantage les comportements prosociaux. Cette étude qui a été réalisée par Helen Weng dans le laboratoire de Richard Davidson (le pionnier dans les études en neurosciences de la méditation) a montré des changements au niveau cérébral, notamment en ce qui concerne l’amygdale (une structure cérébrale liée aux émotions, plus particulièrement à la peur et à l’agressivité).



Un conseil de Matthieu Ricard pour un monde plus humain : 

Pratiquer l’altruisme

Changer notre vision de ceux qui nous entourent
Nous pouvons nous entraîner à comprendre et à voir que la vie est beaucoup plus tissée de coopération que de compétition, d’entraide que d’hostilité, de sollicitude que de malveillance.

Vérifier nos motivations
Il est également utile de vérifier constamment notre motivation « Notre motivation est-elle altruiste ou égoïste ? Recherchons-nous le bien de quelques-uns ou du plus grand nombre ? À court ou à long terme.». Nous devons nous interroger à maintes reprises de cette façon.

Nous engager
Cultiver l’altruisme ce n’est pas simplement dire que l’altruisme, c’est bien. La compassion sans action est stérile. Il faut avoir constamment cet engagement à l’esprit et le traduire en actes dès que c’est possible, dans toutes les circonstances de la vie courante, mais aussi par exemple, en s’impliquant dans des activités bénéfiques aux autres (bénévolat, ONG, etc.).

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dimanche 31 décembre 2023

A propos de changement …

 


2023 … 2024, changement d’année en général fêté dans la joie et à grand renfort d’espérances, de souhaits et de bonnes résolutions … Pour quels changements ?

Au niveau collectif, les mêmes interrogations et attentes, peurs et conflits sont toujours présents et, au niveau individuel, nos bonnes résolutions sont souvent vite dépassées, intenables et oubliées.

A un participant venant le trouver régulièrement lors d’une retraite, et n’arrêtant pas d’être contrarié par les évènements, le maitre dit tout d’abord gentiment :

« - N’oubliez pas d’être heureux.

Le participant, touché, lui répondit :

- Je vous remercie de ce souhait.

Alors, le maitre, plus fermement cette fois-ci :

-Il ne s’agit pas d’un souhait, mais d’une instruction ! »

Autrement dit, arrêtez de vouloir que les choses correspondent à votre attente, et exercez-vous à être en accord avec ce qui est, par la discipline et la pratique.

Sur le chemin de transformation qu’est le Zen, il nous est demandé de nous poser sérieusement la question de la possibilité d’un réel et radical changement.

Changement qui s’inscrit non pas dans une durée définie, une forme précise à atteindre ou dans l’attente d’une situation existentielle plus favorable, mais s’insère dans un processus de transformation universel et continu.

Reconnaitre et redevenir conscient de ce processus à l’œuvre chez l’être humain et tous les êtres vivants, c’est la proposition du Zen.

Dans l’exercice de Za-zen, ce processus de transformation auquel nous sommes invités à nous ouvrir et à pleinement et consciemment participer, est appelé « passage ».

Le passage ne s’inscrit pas dans une durée, mais est atemporel.

« ÊTRE n’est pas présent dans une forme définitivement acquise, mais dans les transformations sans arrêt de la forme. Dès que l’on commence à promettre à ceux qui font un exercice la santé ou les succès dans la vie, cela n’a plus rien à voir avec le zen …

… La méditation doit d’abord être une perception des contraires dans toute leur acuité.

Un effort prématuré vers l’harmonie compromet le résultat de tout travail de transformation.

La perception, le respect, la différenciation et l’intégration des contraires sont les conditions d’une transformation durable. » K.G. Durckheim

Fuite des contraires, préférences, effort prématuré vers l’harmonie : ces souhaits et désirs sont donc des pièges allant à l’encontre de la possibilité d’une réelle transformation.

Notre manière de pratiquer est alors dictée par ce que MOI je veux, MOI je préfère, MOI j’espère,

MOI j’imagine devoir atteindre, et nous renforce dans notre personnalité égocentrée, nous maintient dans une pratique de l’exercice raisonnée et raisonnable, tournée vers un but défini, prémédité, d’amélioration du MOI.

Hirano Roshi : « il y a mille et une façon de pratiquer la méditation, mais il n’y a qu’une manière de pratiquer zazen. On ne pratique pas zazen avec le mental. »

Et Jacques Castermane nous questionne sans arrêt :

« Méditer afin de garantir son besoin de sécurité, d’assurer son confort, d’assurer son désir de permanence et autres vaines espérances, est-ce vraiment zazen ?

Est-ce que je cherche à me transformer, moi, ou à accepter, favoriser, libérer une transformation voulue par la vie » ?

La méditation - Zazen - que je pratique est-elle une rupture avec ma manière d’être habituelle tendue vers une amélioration de l’avoir, du pouvoir ou du savoir, signes distinctifs du mental humain, ou est-elle un retour à l’origine de ma vraie nature ?

Participons-nous à un processus de dépouillement ou d’accumulation ?

Processus de mise à nu qui ne demande ni artifices ni ajouts, et ne peut naturellement se développer, s’exprimer et s’épanouir qu’à l’écoute de cette perpétuelle et éphémère transformation de la forme « qu’est je suis ».

Non pas conscient de cette vie qui m’anime et que je mets à mon service, mais conscient par cette vie qui m’anime, que je partage avec tous les êtres vivants, et devant laquelle je tais mes revendications, je m’incline, pour me mettre à son écoute, à son rythme, à son service.

Za-zen peut ainsi devenir ce moment où le moi habituel s’efface : je n’interviens plus, je ne cherche plus autre chose, je ne tente plus de maitriser, de reprendre le contrôle de l’exercice selon mon entendement.

Etant dignement assis en HARA, le geste vivant que je suis, peu à peu libéré des désirs de l’ego, se révèle, prend forme, se transforme par le souffle.

Un geste qui joue avec l’impermanence, se joue de l’impermanence, par des actions libérées des « contre-actions » issues du moi, se renouvelant en un écoulement de vie.

Za-zen peut devenir simplement, seulement, rien que :

« Accueillir être assis ».

Entièrement, corporellement être assis, et laisser la vie se dévoiler, s’épanouir en ce simple geste, afin de « contempler le corps dans le corps » (Bouddha). Quel mystère !

« Être assis, accueillir ».

Pas d’intervention, pas de refus, pas de but.

Goûter, avaler, digérer ce qui se présente d’instant en instant, porté par le va et vient du souffle, dans la pleine attention, la pleine participation à ce qui est, parfaitement immobile. Sentir que la vie se manifeste dans cette immobilité, ce geste corporel, cette ouverture des sens, ce renouvellement du souffle.

Redécouvrir que ce que K.G. Durckheim appelle « la Grande Vie » est le vrai soutien et sens de mon existence.

2023…2024, avril…mai, lundi…mardi, 8h30 … 8h31, inspir … expir

Où s’opère le véritable changement ? 

Joël PAUL

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Etre sur son 31


Au premier coup d'œil, l’expression « se mettre sur son trente-et-un (31) » semble simple à comprendre : on se pare des plus beaux tissus de sa garde-robe pour fêter le 31 décembre et la nouvelle année. Sauf que cette interprétation est erronée. On aimerait vous dire que nous savons la vérité, toute la vérité et rien que la vérité mais malheureusement, en ce qui concerne cette expression, nous n’avons à notre disposition que des hypothèses pour expliquer ses origines.

La première théorie, et la plus répandue, voudrait que le chiffre « trente-et-un » ne soit en réalité qu’une déformation d’un mot d’ancien français, « trentain ». Ce terme, désuet aujourd’hui (et qui renvoie plus communément à une série de trente messes dans le domaine religieux) désignait à l’époque un grand drap. Le Cnrtl le définit ainsi : « drap dont la chaîne est composée de trente fois cent fils » (lorsque « le dérivé désigne un drap caractérisé par la trame ; la base indique le nombre de centaines de fils »). 

Ce tissu si particulier est apparu aux alentours du Moyen Âge et sa fabrication coûteuse en faisait un habit que seuls les plus aisés pouvaient s’offrir. On estime donc que c’est par déformation de langage, sûrement par les classes plus populaires, que le mot « trentain » est par la suite devenu « trente-et-un ». Quant à la première partie de l’expression, « se mettre sur », c’est une ancienne tournure voulant dire « mettre sur soi ».

Selon une deuxième hypothèse, beaucoup plus douteuse, l’expression ferait référence à un jeu de carte du nom de « trente-et-un ». Enfin, une troisième explication donne pour origine la tradition des soldats prussiens datant du XVIIIe siècle : tous les 31 du mois, les soldats devaient se présenter dans une tenue irréprochable pour l’inspection de leur supérieur. Ils recevaient aussi ce jour-là une prime.

source : la langue française

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samedi 30 décembre 2023

Aimer l'égo

 


La libération ne sera jamais le fruit de la frustration et de la mutilation, plus on s'oppose par la force aux désirs de l'ego, plus on renforce l'ego. C'est ce qui se passe notamment dans l'enfance, plus on s'oppose à un enfant en essayant de briser ses caprices, ses violences et ses exigences, plus ont renforce son ego. Un ego humilié, un ego qui doute de lui, la tête en bas, les jambes en l'air c'est toujours un ego hypertrophié. La disparition des désirs ne peut se faire que par un minimum d'accomplissement des désirs et une compréhension aiguë de la nature même du désir.

L'ego ne révélera le Soi que s'il est convenablement traité. Un ego brimé dans l'enfance et ensuite brimé dans l'existence ne fera jamais place au Soi. Et s'il y a trop de frustration de l'ego la spiritualité sera viciée, elle deviendra une compensation et elle peut mener à une inflation énorme de l'ego. Pour que la graine se transforme en arbre il faut bien que le grain en tant que grain meurt. Mais cette mort est un accomplissement, le grain portait l'arbre potentiellement en lui-même, c'est pour cela que le chemin commence par l'amour de soi-même et non avec la mutilation et la destruction de soi-même. Et tout une part du chemin consiste à s'occuper avec amour de l'ego, pour lui permettre de s'effacer, de mûrir et de se transformer, d'être moins crispé, moins tendu.

L'ego ne mourra jamais de son plein gré, plus on veut le détruire, plus on le renforce. Pour que l'ego se sente accompli il faut qu'il se sente libre des vieux désirs frustrés de l'enfance. Si les désirs de l'adulte ne sont que la forme mensongère d'un désir d'enfant oublié, ce désir d'adulte ne sera jamais satisfait. Ce qui est important est de trouver ce qui désaltère à tout jamais …

Arnaud Desjardins

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vendredi 29 décembre 2023

La relation Maître-disciple


Entretien avec Gilles Farcet - #1 La rencontre d’un disciple avec son maître

Dans le cadre du 50e anniversaire de notre revue (Acropolis), après Antoine Faivre, nous publions l’entretien réalisé avec Gilles Farcet (1) sur la relation de maître à disciple.

Ce premier extrait raconte sa recherche d’un maître.

Revue Acropolis : Vous parlez souvent dans vos écrits de la relation maître-disciple. Pouvez­ vous nous expliquer ce qui dans votre vie vous a amené à réfléchir et à mettre l’accent sur cette relation ?


Gilles FARCET : Tout d’abord la conscience très claire que, pour progresser, pour croître dans quelque domaine que ce soit, profane ou sacré, humain ou spirituel (les deux étant d’ailleurs à mon sens inséparables) il faut apprendre. Je suis très étonné de constater que beaucoup prétendent aujourd’hui se passer de maître dans le domaine spirituel, alors même que chacun s’accorde à reconnaître la nécessité d’un apprentissage rigoureux dans les autres sphères de l’existence. Si je désire jouer correctement du piano – sans parler d’être un virtuose – il me faudra prendre des cours, m’initier au solfège, m’ouvrir à certaines influences. Je devrai choisir un professeur et ne pas en changer tous les quinze jours.

Tout le monde juge normal et même indispensable qu’un futur médecin aille à l’université et suive des stages à l’hôpital. J’avoue donc être surpris de voir cette nécessité d’une formation sérieuse si peu reconnue aujourd’hui parmi ceux et celles qui disent s’intéresser à « la spiritualité ». Beaucoup « picorent » un peu partout, suivent un stage, puis un autre… Or, je crois que si l’on veut véritablement approfondir il faut, non pas être fermé et ne plus jurer que par une personne hors de laquelle on ne voit point de salut, mais du moins s’exposer de façon durable à une influence, à une « école » – pour reprendre un terme cher à Georges Gurdjieff (2) –, quitte ensuite à pouvoir d’autant mieux s’ouvrir et se montrer disponible.

Donc, pour répondre de manière plus personnelle à votre question, mon intérêt pour le rapport maître­disciple vient de ce que j’ai eu assez tôt conscience de la nécessité de cette relation pour un travail spirituel digne de ce nom. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais disons qu’à l’âge de vingt-trois ans, après avoir beaucoup pratiqué certaines techniques de méditation, fait de nombreuses et longues retraites, je me suis rendu compte de l’omniprésence de cette relation maître-disciple dans toutes les traditions. Qu’il s’agisse de la tradition hindoue, de la tradition bouddhiste, du soufisme, du christianisme des premiers temps et même de la tradition philosophique occidentale, celle de Socrate et Platon, on retrouve toujours et partout cette relation du maître et du disciple. Elle est d’ailleurs source de très belles histoires, vraies ou symboliques, et porteuses de vérités profondes. Par conséquent, je ne pouvais pas prétendre être un génie spirituel capable de tout découvrir par lui­même. Non que les génies spirituels n’existent pas : Ramana Maharshi l’un des grands sages hindous du début de ce siècle, s’est éveillé « spontanément » à l’âge de dix-sept ans, sans avoir suivi d’enseignement. Mais quand on s’engage sur un chemin, on ne saurait partir du principe que l’on est un génie et un nouveau Maharshi… Si l’on aspire à bien jouer du piano et à composer, mieux vaut commencer tôt à prendre des cours plutôt que de se prendre d’emblée pour Mozart.

Revue A. : Pouvez-vous nous parler un peu de votre itinéraire ?


G.F. : Oui, mais à condition de préciser que cet itinéraire n’a rien d’exemplaire ou d’exceptionnel. Il se trouve que l’on m’interroge parce que j’écris des livres et que j’ai effectué quelques activités publiques. Mais il y a, ne serait-ce qu’en France, des personnes bien plus avancées que moi et qui pourraient parler avec davantage d’expérience et de perspective de la relation maître-disciple. Sans doute n’est-ce ni leur fonction ni leur désir. Ceci précisé et puisque je suis distribué dans le rôle du « parleur », allons-y.

Il m’est très tôt apparu – aux alentours de mes vingt ans – que quoique très intéressé par le bouddhisme, l’hindouisme et les spiritualités orientales en général, je me devais de rencontrer un maître occidental. Je me suis toujours senti d’Occident, appelé à une relative insertion dans le monde tel qu’il était, pour le meilleur et pour le pire ; je n’ai jamais durablement cru que ma vocation était de me retirer, d’aller vivre en Orient ou de mener une vie contemplative dans le sens précis de ce terme, c’est-à-dire accorder la priorité à la méditation plutôt qu’à l’action. J’aspirais à une spiritualité dépouillée de tous les exotismes, de tout le côté rituel ; en outre, il était pour moi très important de pouvoir entretenir cette relation avec un être humain bien sûr enraciné dans l’expérience spirituelle mais en même temps passé par les tribulations d’un Occidental moyen.

Comment dire ? Je voulais être guidé par quelqu’un dont les références culturelles au quotidien seraient essentiellement les miennes : quelqu’un à qui la nécessité de payer un loyer et des notes de téléphone ne serait pas étrangère, quelqu’un ayant eu une famille, ayant vécu et travaillé non dans un ashram en Inde, mais à Paris ou New York.

Ceci me paraissait très important, justement parce que la sagesse, si elle existait, devait être possible partout et non dépendante d’une culture ou d’un contexte particulier.

Cela n’enlève rien à la grandeur des cultures traditionnelles ni au fait que certains environnements semblent bien plus propices à la recherche intérieure. Reste que jamais je n’ai voulu rejeter mon héritage, ni même cette civilisation, malade sans doute, folle à bien des égards et cependant très propice à la recherche, du fait de sa folie même…

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Principaux ouvrages de Gilles Farcet

• Arnaud Desjardins ou l’aventure de la sagesse, 1987, Éditions La Table Ronde ; réédition en poche chez Albin Michel en 1992 et à la Table Ronde en 2014

• L’Homme se lève à l’Ouest, Éditions Albin Michel, 1992 ; traduit en espagnol

• La ferveur du quotidien, Éditions L’Originel, 1993

• Regards sages sur un monde fou, avec Arnaud Desjardins, Éditions La Table Ronde, 1997 ; traduction en espagnol

• Manuel de l’anti-sagesse, traité de l’échec sur la voie spirituelle, Éditions du Relié, 2002, traduit en espagnol et en anglais

• La Transmission selon Arnaud Desjardins, 25 ans d’échanges avec un ami spirituel, Éditions du Relié, 2009

• Le défi d’être, entretiens avec Gilles Farcet, de Denis Desjardins et Gilles Farcet, Éditions Dervy, 2017

• Une boussole dans le brouillard, Éditions du Relié, 2019

• Le choix d’être heureux, Éditions Entremises, 2021

• La Réalité est un Concept à Géométrie variable, Éditions Charles Antoni-L’Originel, 2022

Et bien d ‘autres encore…


Participation de Gilles Farcet dans des films

• Sur la route avec Mr Lee, de François Fronty, 1995, Alizé diffusion.

• Stephen Jourdain, La Folle Sagesse, de Carole Marquand, avec Gilles Farcet et Denise Desjardins, 2006, Alizé diffusion.

• Denise Desjardins, de la révolte au lâcher prise, un film de Guillaume Darcq, 2008, Alizé diffusion

• La Frontière intérieure, Gilles Farcet, Images d’un parcours, de Guillaume Darcq, 2013, Alizé diffusion


Propos recueillis par Laura Winckler - Cofondatrice de Nouvelle Acropole en France

Gilles Farcet, écrivain, journaliste, producteur à France Culture, animateur de stages, a également collaboré à diverses revues et a fondé à La Table Ronde la collection « Les Chemins de la Sagesse ». Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages et a travaillé aux côtés d’Arnaud Desjardins, qu’il a considéré comme son maître. Il se consacre, dans ses écrits comme dans sa vie, à une meilleure compréhension de la relation maître à disciple, située au cœur de toutes les traditions spirituelles.

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jeudi 28 décembre 2023

Tomber amoureux de la vie...

 Quel serait votre conseil ? 

Eric Baret : De tomber amoureux de la vie, elle est courte. 


On souffre parce qu’on ne se sent pas aimé, pas respecté ou compris. Mais cela ne fait aucune importance qu’on me rejette. 

Si quelqu’un vous rejette et que vous l’acceptez alors vous vivez l’acceptation, alors que si vous ne l’acceptez pas, vous vivez le rejet. Cela vaut à l’égard de ceux qui ne vous aiment pas. 

Si on ne m’aime pas et que moi j’aime, alors cela me rend heureux. 

Les coups n’agressent pas, ce qui agresse est l’idée de résister à ces coups. 

La difficulté de vivre vient du fait de résister à la vie. 

C’est la résistance qui fait mal. 

Pour ceux qui n’ont pas compris cela, les arts martiaux de contact sont la meilleure école pour une expérience directe. 

Le yoga n’est rien d’autre que cette même transposition où tout événement apparait comme grâce et non comme conflit.

On est constamment en train de dire non à ce qui peut nous montrer nos limitations, pour vivre dans une hypothétique sagesse, liberté. 

On ne veut surtout pas se voir dans la peur, dans l’incertitude, surtout pas se rendre compte que l’on ne sait rien, que l’on ne peut rien. 

Donc on ajourne constamment ces opportunités pour vivre dans une image spirituelle, méditer, devenir comme ceci et comme cela, être libre de ceci et de cela. 

Mais un jour on se rend compte du mécanisme ; alors il y a changement. On ne cherche plus à devenir quoi que ce soit, à éviter quoi que ce soit.

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art Antonio Linde - Arjuna


mercredi 27 décembre 2023

Dignité

 


Juge digne de toi toute parole et tout acte qui est selon la nature.

Ne t'en laisse détourner ni par les critiques, ni par les calomnies, dont parfois la critique est suivie.

Du moment que ce que tu as fait, ou ce que tu as dit, est bien, ne crois jamais que ce soit au-dessous de ta dignité.

Les autres ont leur propre raison qui les conduit, et ils obéissent à leur impulsion propre ; ne regarde donc pas à autrui ; mais suis tout droit ton chemin, en te conformant tout ensemble à ta nature particulière et à ta nature universelle; car pour toutes les deux, il n'y a qu'une seule et même voie.

Marc Aurele - Pensées pour moi-même, Livre V

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mardi 26 décembre 2023

lundi 25 décembre 2023

L'Esprit de Noël - La longueur d'onde inconnue


Sur la bande des fréquences humaines, il existe une longueur d’onde, que pas grand monde ne capte . 

Bien peu en connaissent ne serait ce que l’existence. La part  préservée en eux , cependant, la soupçonne sans oser y croire. 

Elle les travaille cette longueur d'onde, elle les tenaille, leur mémoire originelle se souvient qu’elle existe.  

Mais leur "raison" la range sur le rayon des mythes, légendes, contes de fées et idéaux dont le temps est censé guérir. 

Cette longueur d’onde est celle de la bonté ;  celle de la compassion ; celle de la bonne volonté. 

Mais attention ! 

Pas de la bonté mièvre, de la compassion imbécile , de la bonne volonté qui bêle …

C’est une longueur d’onde qui n’émet aucun son du moins aucun décelable à l’oreille de chair. 

Ce qu’elle diffuse n’est audible que d’une oreille intérieure , laquelle, bien qu’elle soit là, ne devient accessible que par un rare travail.  Ouverte par le travail, cette oreille intérieure capte la longueur d’onde en question, et cette longueur d’onde émet un climat. 

Au sein du climat généré par cette fréquence inconnue , il n’y a plus d’argumentations défensives ;  plus de répliques :  plus de "débats" ; plus de vainqueur ni de vaincu. Il n’y a plus d’humiliations  ; plus de règlements de comptes. 

Il y a des paroles. Parfois agréables, parfois pas, du moins de prime abord, justement pour qui se réfère encore aux fréquences connues . 

Il y a des silences. Il peut y avoir des larmes, des larmes bienfaisantes qui ouvrent toujours plus grand. Il y a des rires et des sourires. 


Et tout cela a un goût qui instantanément  rassasie, soulage et détend quiconque s’y relie : le goût de la vérité.  Celle qui ne s'énonce pas, ne procède de personne, celle qui ne participe de rien d’autre qu’elle même. 

Et qui, pourtant, n’est pas une vérité sèche, soi-disant métaphysique, prétendument "non duelle".

Une vérité incarnée, immanente à l’humain ; l’humain, en tant que lui même émanation de cette longueur d’onde si bien cachée 

Toute parole, tout regard, tout sourire,  tout silence, tout geste qui puise sa source dans cette longueur d’onde est investi d’une force qui ne se discute pas . D’une autorité qui en impose sans diminuer et encore moins écraser . 

Cette longueur d’onde, elle est là,  toujours. Elle émet. 

Mais il est si difficile de s’y connecter, si difficile de la trouver et surtout de ne pas la perdre une fois captée. S’y connecter, se brancher sur elle, est en soi un travail, travail rendu possible par tant de nettoyages d’écuries, d’audaces et de périples hasardeux au bord des précipices. Cette longueur d’onde ne prêche pas ;  elle n’enseigne même pas, quoiqu’elle soit condition préalable à toute  transmission digne de ce nom 

Est ce qu’elle prie ? Oui mais pas de la manière connue .

Elle ne demande rien.  Elle confie, elle invite, elle remet,…

Elle est en elle même prière. Cette longueur d’onde n’est pas bon marché.  

On ne s’y abonne pas par quelques slogans psychologiques ou spirituels, ni par des concepts philosophiques, si impeccables de rigueur soient ils .

Elle ne se brade pas à la foire des "éveils". Elle se paie cher. Très cher. 

En unités de prétention, de mensonge, d’illusion, de postures, de déni, de résistance, d’évitement et autres noms donnés à ce qui, au final, n’est rien sinon le faux. 

Elle ne diffuse aucune recette. Elle ne résout rien. Et cependant,  elle éclaire tout , de sa lumière inouïe. 

Elle est l’unique issue. La seule réponse.  

Le vœu que je m’adresse, chaque année et chaque jour, est de me souvenir d’elle, de me connecter à elle et, autant que possible, de demeurer de plus en plus en elle. 

Pas pour m’y protéger. Pas pour mon confort, pas pour « ma » paix , mais pour la paix.  

Afin d’être son serviteur dans la multiplicité complexe du visible . 

Si, derrière la mécanique des « fêtes », la litanie des vœux pieux, des souhaits qui sonnent creux, des prières pour la forme, si il existe un esprit de Noël, c’est en cette longueur d’onde et en elle seule que cet esprit vit. 

Cette fréquence n’appartient qu’à elle même.  Elle n’est à personne. 

Certainement pas à une élite dont je m’imaginerais être, parce que j’ai le front d’écrire pareil texte. Et elle est notre terre commune. 

Elle est l’esprit de Noël , de Hanouka , de Divali, de al -Mawlid al nabawî. 

Amen Om Shalom Salam aleykoum

Gilles Farcet

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dimanche 24 décembre 2023

Des yeux de miséricorde


Tu prendras les mots comme ils te viendront. Mais ce que tu diras reviendra à ceci : dans la crèche il y a l’enfant-roi, l’enfant divin. Autour un père, une mère, des animaux avec des yeux de miséricorde. Un peu plus loin, un peu plus tard, il y a des bergers, des mages, tout un peuple qui vient prendre sa place. Et ce soir, il y a nous, autour de la même crèche, sur le même plan qu’elle. Elle n’est pas un élément du décor. Elle est le centre de nos vies. Le véritable soleil.

À Noël, l’enfance nous regarde d’un regard solaire. L’enfance de Dieu. Dieu comme enfance. À jamais. C’est le seul cadeau qui ne s’évente pas. Qui ne soit pas déjà ouvert. La mort peut venir avec ses hymnes désastreux. Le temps peut frapper à la porte avec ses clichés usés jusqu’à la trame. Le roi-enfant nous donne sa gloire et son regard d’amour. Ici et maintenant. À Noël, l’enfance te regarde. Elle revient de la longue nuit, et tu portes au visage, soudain, tes beaux yeux de toujours.

Emmanuel Godo. Poète et essayiste

(source : La Vie)

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Veillée pour voir mieux...

 

Une journée de lucidité avant une renaissance...




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samedi 23 décembre 2023

Solstice d'hiver...

 Texte de Sabine Dewulf

Solstice d'hiver... nous vivons, comme chaque année, en cette période, le grand seuil, désigné par René Guénon, féru de tradition, comme "la porte des dieux". 

J'aime beaucoup cette formule, liée au  mystérieux pouvoir du dieu Janus, divinité des portes, gardien des deux solstices ou portes de l'année, celle des hommes, en été, sous le signe du Cancer et de la Lune, et celle des dieux, en hiver, sous le signe du Capricorne et de Saturne, dieu des moissons, porteur de la faux tranchante, qui nous délivre du superflu, nous ramène à l 'essentiel, nous permet d'accéder à un niveau de nous-même insoupçonné. 

Le symbole est puissant. (Tout à l'heure, j'étais au rayon  d'une grande librairie, et je me disais : tiens, je ne vois ici aucun livre sur les symboles, sur la force initiatique de ces signes qui rôdent pourtant dans notre inconscient collectif... ) Ranimons un instant ce symbolisme qui tend à s'étioler...


Janus, nous le savons, nous offre deux visages. 

L'un d'eux - le visage de l'été, au moment où, paradoxalement, la graine de l'obscur est semée, où le soleil commence à décliner - se tourne vers la Terre, l'horizon toujours dérobé, où miroitent tant de nos illusions, le désir individuel, le projet d'existence, le goût de l'avenir, le pouvoir, en somme, d'incarnation dans le temps et dans l'espace - qui n'est nullement à négliger, précisons-le. C'est le visage de notre identité, indispensable, incontournable, même si nous le savons prisonnier du miroir, toujours perçu à bonne distance de nous-même et confondu avec ce que nous sommes en profondeur. C'est aussi la branche horizontale de la croix de notre destinée, l'accomplissement de l'ego. 

Son autre face est celle de l'hiver obscur, au coeur duquel renaît la lumière, toute frêle, pourtant invincible : c'est la clef qui ouvre le Ciel, la lumière étrange, secrète, presque imperceptible, constitutive de cet arrière-plan (arrière-pays, écrivait le poète Yves Bonnefoy) invisible qui nous anime tout en nous laissant croire que nous sommes les auteurs de nos actions. C'est le visage très pur (immense et transparent, disait Douglas Harding) de notre conscience, le pôle vertical, primordial parce que premier. Ce visage-là se tourne non pas vers le passé mais vers l'origine, l'essence même de notre être, jamais perdue mais toujours occultée, brouillée par notre vision à court terme, nos projections émotionnelles.  

La lettre Y est le temple de ce dieu si extraordinaire : équilibrée comme le Yin-Yang, elle ouvre ses deux branches, celle de gauche et celle de droite. C'est un arbre grand offert, une lettre double par ailleurs, mi-consonne, mi-voyelle. C'est un signe à deux voies - à deux voix. Ce  n'est pas un hasard si les Pythagoriciens lui accordaient une importance particulière. C'est une lettre hautement spirituelle, initiale du nom imprononçable de Dieu dans la Bible, de l'arbre mythique d'Yggdrasil, du Yoga sacré de l'Inde, dont les enseignements débordent tellement ce que nous croyons en connaître, en Occident. C'est également le Yod des Kabbalistes, le germe sacré par excellence. 

C'est tout simplement aussi là où nous sommes, le "y", le Lieu par excellence. Nous y allons, nous y demeurons, l'espace n'a aucune prise sur lui. Le temps non plus.

Alors, profitons de ce seuil éternel, où la lumière toujours se renouvelle. Puisons-y nos ressources, nos espérances, notre goût de l'ici-maintenant. 

Je vous souhaite de belles fêtes de fin d'année !

Source : L'Oracle alphamythique - Sabine Dewulf et Antoine Charlet. Illustration de la carte : Marie Dewulf.

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