dimanche 11 septembre 2016

L'esprit de répétition...avec Jacques Castermane


« Le Tao est la technique ; la technique est le Tao » 
Umeji Roshi

Kenran Umeji Roshi est le maître qui a guidé Graf Dürckheim dans la pratique du tir à l’arc traditionnel au cours de son séjour au Japon (1938-1947). Au Japon, on parle d’un Tao de la technique dans tous les arts proposés dans le monde du Zen. Tao (Do) c’est l’ordre des choses. Tao, par exemple, est l’ordre des choses qui fait que tout ce qui est vivant devient ce qu’il est. Je suis ! Être c’est devenir selon un ordre des choses. Je suis, et moi, je n’y suis pour rien !

La technique, par contre, nécessite l’engagement du moi, de l’ego. La technique, c’est un exercice qu’il faut apprendre. Plusieurs étapes succèdent à ce point de départ : faire bien ce qu’on a appris ... maîtriser ce qu’on fait bien ... maitriser parfaitement ce qu’on maîtrise. Au cours de ces différentes étapes, moi, j’y suis pour quelque chose ! La technique est donc un savoir faire exercé au sens extérieur du mot ; ce qui peut conduire à une performance extérieure digne d’admiration ; tant dans le domaine du sport, le domaine du développement personnel, ou le domaine de l’art. Cependant, sur la voie qu’est le zen, le caractère extérieur d’une performance est sans intérêt si le savoir faire ne se double pas d’une métamorphose dans la vie intérieure du pratiquant.

Au cours de son séjour au Japon, Graf Dürckheim a assisté à un concours qui opposait les élèves de différentes écoles de tir à l’arc (Kyudo). Un juge regardait la cible : - le point d’impact de la flèche -. Un autre juge regardait : la manière d’être du tireur tout au long de la séquence des huit gestes qui permettent d’encocher puis de décocher la flèche. A sa grande surprise, un troisième juge observait seulement le visage du concurrent. Et si, à travers la moindre crispation du visage, il laissait transparaître un moi ambitieux ou anxieux ... le tir était refusé ! Ce qui est vrai sur le chemin du tir à l’arc, l’art de l’épée ou l’Aïkido l’est également lorsqu’on pratique la méditation de pleine attention : « Le Tao est la technique ; la technique est le Tao ». Aussi, afin de laisser émerger du plus profond de soi-même le grand calme intérieur (je n’y suis pour rien !), n’hésitez pas à reprendre chaque jour la méditation de pleine attention (j’y suis pour quelque chose).

Evitez de pratiquer pour ... après ... en espérant un résultat plus tard ! Pratiquez, dans la plus grande attention maintenant pour maintenant. Pratiquez en ce moment pour ce moment. Ce faisant « J’y suis pour quelque chose » et « Je n’y suis pour rien » ne font qu’un !

Jacques Castermane

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samedi 10 septembre 2016

Exercice avec Gilles Farcet

Aujourd'hui, Gilles m'a beaucoup inspiré... et détendu...

S’exercer à ne plus être « tendu vers » :

Tout d’abord, remarquons comment nous avons pris l’habitude d’être inutilement « tendus vers » dans quantité de situations quotidiennes. 
Au feu rouge, à la caisse du magasin, en attendant le bus ou le métro, en allant d’un point à un autre …Nous sommes comme décalés en avant, tendus vers un « but » situé tout à l’heure, dans le futur. Quand le bus sera arrivé, quand ce sera mon tour de passer à la caisse, quand l’eau bouillira, quand … alors je pourrai me détendre ! 
Une journée ordinaire est jalonnée de moments « perdus » qui pourraient constituer autant de rappels. Moments d’attente, de déplacements… 

Et si, à chacun de ces moments, nous commencions par remarquer cette « tension vers », ce décalage en avant, pour ensuite simplement le lâcher, détendre, respirer et nous ouvrir. 
Pour les citadins, le passage clouté peut fournir une excellente occasion. Au lieu de trépigner, de me tenir à l’affût comme des milliers de piétions tendus vers le fait de traverser, y compris quand le feu piéton est au rouge, pourquoi ne pas me poser tranquillement, respirer, faire de ce moment d’attente un temps de recueillement, d’ouverture, de ressourcement ? 

A une personne qui lui disait ne pas parvenir à méditer tous les jours une demie heure, Arnaud Desjardins répondit : « ne méditez pas tous les jours une demie heure, méditez cinq cent mille fois par jour un instant. »

Extrait du précieux livre de Gilles Farcet, à lire et à relire
"Le choix d’être heureux"
Petit précis de savoir être


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vendredi 9 septembre 2016

Vision fragmentaire...


« Quand votre écoute est globale, chaque instant est neuf, sinon il ne s'agit que de répétition. 

Aussi longtemps que durera le réflexe de vous prendre pour quelqu'un, vous ne verrez que des fragments, et le regard que vous porterez sur votre environnement ne pourra être que fragmentaire. 
C'est la vision fragmentaire qui crée un problème ; sinon il n'y a pas de problème. 
C'est vous seul qui créez le problème... » 

Jean Klein, 
Transmettre la lumière.

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jeudi 8 septembre 2016

mercredi 7 septembre 2016

Cette liberté... avec Tony Parsons


J'ai déjà présenté Tony Parsons sur ce blog. 
Ce tout nouveau livre nous emporte au delà du chercheur, dans un espace libre pour être. 
Un secret ouvert pour exister...


extrait :
"Rien ne change, et pire encore, rien ne se passe. C’est incompréhensible pour le « moi » car le « moi » vit dans un monde de survenues et vit dans un monde qui sait que des choses se passent. C’est totalement illusoire. Il y a des quantités d’enseignements du questionnement de soi qui parlent du résultat final comme de la conscience ou du tout se sachant lui-même. 
« Moi» ne peut échapper à l’espoir qu'en fin de compte « moi » va trouver une réponse. La réponse doit être que la conscience se connaît elle-même. C’est un conte de fées émanant de l’abjecte peur absolue de l’insavoir. 
L'insavoir est horrifiant pour « moi » ; il signifie : «Je vais être absent » et par conséquent l’enseignement dit que le but ultime est de savoir que je suis. Cependant il n’est pas de «je » pour être je suis."


Présentation du livre


La faim du soi séparé est inextinguible car il semble y avoir constamment quelque chose qui manque. « Moi » désire la libération de cette prison, mais il se languit de quelque chose qu’il ne comprend pas.

Ce sentiment de séparation n’est pas simplement une idée, une pensée ou une croyance. Il s’agit d’une énergie contractée incarnée dans la totalité de l’organisme. Ce que partage Tony Parsons est une mise en lumière de la construction artificiel du « moi » qui est toujours en train de chercher quelque chose de plus pour se satisfaire.

Ce livre se démarque de tous les autres ouvrages spirituels par son approche totalement inédite de la problématique du chercheur. Loin de nourrir les affres d’une quête sans fin entretenue par l’espoir illusoire d’atteindre un jour une fuyante illumination, Tony Parsons éveille son lecteur à une toute autre possibilité.

L’insatisfaction existentielle qui habite le chercheur n’est pas fourvoyée ici par la promesse de lendemains qui chantent à force d’efforts et de pratiques. Elle est simplement orientée vers son effacement par la dissipation du chercheur lui-même et de l’histoire dans laquelle il se complaît pour continuer coûte que coûte à exister.

La communication du secret ouvert - c’est ainsi que Tony Parsons nomme son message - ne peut que pointer vers la simple merveille d’être et tenter de mettre en lumière la futilité de toute recherche en ce sens. Toutes les idées éculées d’hier , les croyances, les contraintes et les exigences à propos de transformation ou d’amélioration personnelle s’effondrent simplement dans ce lâcher-prise sans retenue.

Avec humour et bon sens Tony Parsons hausse son lecteur au niveau d’une perspective radicalement nouvelle qui au delà des mots opère une puissante transformation énergétique rendant possible la survenue de la réalisation que le chercheur n’a pas d’autre problème que lui même.

Tout ce qui est est liberté sans borne. Il n’y a seulement que l’inconnaissable mystère de simplement être.


160 pages - 17 €
Éditions Accarias - L’Originel
5 passage de la Folie-Regnault 75011 Paris 
Tel: 01 43 48 73 07
e-mail : accarias@orange.fr 
www.originel-accarias.com


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mardi 6 septembre 2016

L'éclosion des 3 fleurs et les 9 directions du centre par Laurent Chateau


Particulièrement efficaces pour booster les ego en berne ou réduire ceux qui sont surdimensionnés, voici deux techniques inspirées de la tradition chinoise et proposées par Laurent Chateau, spécialiste du tao.



L'éclosion des trois fleurs



L'objectif : identifier les points sur lesquels se concentrer pour « dompter le tigre ». Il s agit de travailler sur son « ego de séparation », à savoir ce qui, en nous, fait obstacle à notre réalisation personnelle. 
Les trois fleurs sont les trois actions à engager à la fin du processus. 
J'identifie : - les situations, relations, phénomènes émotionnellement déplaisants et récurrents dans ma vie; 
- les souvenirs de critiques qui me sont le plus fréquemment adressées ; 
- les critiques dénigrantes que je m’adresse. 

Je trouve les qualités correspondant aux défauts pointés par les critiques. 
Aussi bien les critiques que je m'adresse que celles qui me sont adressées. 
Par exemple, le défaut : autoritaire ; la qualité : le sens des responsabilités. 

Je repère les critiques qui me semblent les plus justifiées ainsi que les défauts sur lesquels je pense être capable et ai envie de travailler pour pouvoir évoluer. 

Je retiens deux défauts sur lesquels je décide de travailler. 

Je choisis trois actions (en lien avec mes défauts) que je m’engage à mettre en oeuvre dès à présent afin de dépasser les obstacles entravant le chemin de ma réalisation. 

Je fais régulièrement le point (tous les mois, par exemple) sur l’état d’avancement de mes résolutions. 


Les 9 directions du centre 


C'est dans la relation aux autres que l’ego dévoile son véritable visage. Pour trouver le point de justesse, conforme à la modération taoïste, il est utile de s'entraîner au quotidien à assouplir son ego. Le conseil : lire et relire régulièrement ces règles, simples à comprendre mais pas toujours faciles à appliquer.

1. Ne jamais croire que l’autre sait ce que l’on pense. Notre évidence n’est pas la sienne.


2. Ne jamais trancher ou donner de réponse lorsqu on est dans un état de perturbation émotionnelle.


3. Accepter le fait que I on est responsable à 50 % de la qualité de toutes nos relations avec les autres.


4. Développer la bienveillance en soi en se gardant de (se) juger et de (se) critiquer en parole ou en pensée.


5. Assumer les décisions que l'on ressent comme «justes » dans son être.


6. Penser à donner avant de recevoir un compliment, un service, un conseil.


7. Se mettre régulièrement à la place de l’autre pour comprendre ses réactions et ses motivations.


8. Pratiquer les cinq vertus taoïstes : harmonie, naturel, simplicité, détachement, recherche de la beauté dans les actes de la vie quotidienne, y compris les plus simples.


9. Accepter d'être aimé et de se faire confiance.


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dimanche 4 septembre 2016

Eveil égocentrique... avec Gilles Farcet

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F.B. : Et « l’éveil ? » dans tout ça ? Voilà près d’une heure que nous parlons et nous n’avons toujours pas prononcé le gros mot…
Gilles Farcet : C’est vrai… La notion « d’éveil » est aujourd’hui très tendance dans le microcosme spiritualiste… Elle a fini par devenir un cliché irritant. S’il faut en croire les vidéos qui prolifèrent sur YouTube, le monde moderne regorgerait d’éveillés… Inutile, je crois, de préciser que la plupart d’entre eux sont autoproclamés… Le phénomène a pris de telles proportions que j’en suis arrivé à éprouver une certaine répugnance par rapport à un terme qui, à force d’être galvaudé, est désormais dépourvu de signification…
F.B. : Le sujet n’en est pas moins incontournable. Après tout c’est tout de même le but de la vie spirituelle…
Gilles Farcet : Je ne suis pas d’accord… J’irais même jusqu’à dire qu’en ce qui me concerne, il n’est pas très important de vivre cette expérience dite « d’éveil ». Ce qui est en revanche essentiel, c’est de travailler à émerger de son égocentrisme et de grandir en bonté, en générosité, en ouverture, en empathie et en compassion… Non, je ne considère pas du tout que l’expérience de « l’éveil », entendue comme un éveil métaphysique à sa véritable nature, soit forcément un pré requis pour un travail spirituel digne de ce nom. Il s’agit certes d’une expérience fascinante, mais elle est en fin de compte très secondaire…
F.B. : Voilà une déclaration qui ne va pas manquer de susciter quelques réactions…
Gilles Farcet : Je n’en doute pas (sourire)… Puisque tu m’as lancé sur le sujet, j’aimerais partager quelques réflexions qui me tiennent très à cœur… Après plus de trente ans de pratique et de réflexion, il m’apparaît clairement qu’il existe deux grandes conceptions de l’éveil. La première de ces conceptions repose en effet sur l’idée que le but de la vie spirituelle est d’expérimenter d’une manière ou d’une autre la réalité de la non séparation. Il s’agit de réaliser une fois pour toute que notre nature essentielle n’est ni séparée ni limitée… Nous ne sommes pas uniquement ce corps et cet esprit périssables… Pour reprendre la métaphore ô combien classique et indémodable, notre identité ne se limite pas à la vague. Elle englobe également la totalité de l’océan. Beaucoup voient dans la réalisation de cette vérité métaphysique la solution globale et définitive à toutes nos problématiques existentielles… Cette conception simpliste est aujourd’hui de plus en plus répandue. Elle en est même venue à représenter le courant majoritaire. Il existe cependant une autre approche de l’éveil. Cette deuxième conception inclue la première tout en considérant qu’elle est insuffisante… Décréter que la dimension métaphysique est réelle alors que le monde dit phénoménal est illusoire revient à affirmer que l’existence de la physique quantique invalide la physique classique. Ce n’est pas parce que le physicien quantique conçoit le monde comme une myriade de particules qui dansent dans le vide qu’il peut se dispenser de tenir compte des lois de la physique classique. Même le plus pointu des physiciens quantiques ne traverse pas les murs. S’il prétend le faire, il comprendra immédiatement qu’il y a un problème…
F.B. : Tu dis que la seconde conception de l’éveil inclue la première… Elles ne sont donc pas incompatibles. Qu’est-ce qui les distingue radicalement l’une de l’autre ?
Gilles Farcet : Ce qui distingue ces deux approches c’est que la première essaie de prendre les choses par le haut alors que la deuxième les prend par le bas c’est à dire de manière beaucoup plus sobre et pragmatique. Quand Swami Prajnanpad dit « vous ne vivez pas dans le monde, vous vivez dans votre monde » ou « Swamiji ne connaît rien d’autre que d’être un avec » il ne fait en rien référence à des expériences sublimes. Il invite tout simplement ses élèves à se familiariser avec leur monde de manière à être peu à peu capables d’en émerger et de s’en détacher. Aux yeux de Swami Prajnanpad, les expériences exceptionnelles n’avaient aucune valeur tant qu’elles n’avaient pas été vraiment intégrées par la personne… Il fallait que celle-ci l’harmonise avec son humanité nécessairement limitée et conditionnée… Pour juger de l’intérêt d’une telle expérience d’éveil, Swâmi Prajnanpad utilisait un critère simple et exigeant : dans quelle mesure cette expérience aidait-t-elle son élève à changer de manière profonde et durable sa manière d’entrer en relation avec les autres… Selon cette conception, un être éveillé n’est donc pas un individu qui expérimenterait en permanence une sorte d’état de conscience supérieur mais une personne s’efforçant d’être de moins en moins soumise à la dictature de son monde donc de son ego, de son mental et de sa stratégie de survie fondamentale. Il s’agit donc de quelqu’un qui est fondamentalement apte à entrer en communion avec lui-même et avec chacun.Dorje-Gotrab-AK3-zentralfigur
F.B. : Que veux tu dire quand tu affirmes que l’expérience de l’éveil doit être harmonisée avec notre humanité ?
Gilles Farcet : Il arrive que certaines personnes manifestent une forme de réalisation hors du commun tout en restant prisonnières de leur stratégie de survie fondamentale. Elles font preuve d’un rayonnement indéniable et tiennent parfois des propos remarquables. Dans certaines circonstances, elles n’en continuent pas moins à se comporter de manière purement égocentrique.
F.B. : Peux-tu développer ton propos ?
Strat10Gilles Farcet : Pour donner un peu de consistance à mes propos, je vais être obligé de te donner un exemple… Il y a quelques mois j’ai lu le texte qu’un physicien indien du nom de Ravi Ravindra, a consacré à Krishnamurti. Élève des groupes Gurdjieff, Ravindra était un ami et un grand admirateur de Krishnamurti Il n’était cependant pas un de ses zélateurs fanatiques. Son témoignage est intelligent… Il est critique tout en demeurant profondément respectueux… Selon Ravi il y avait deux Krishnamurti. Il y avait bien sûr le Krishnamurti transcendant et magnifique habité par une dimension toute autre et émanant ce charisme bouleversant qui a fait sa réputation dans le monde entier… Il existait cependant un Krishnamurti moins inspirant… Un homme qui pouvait facilement être en proie à de très fortes émotions dès qu’il s’agissait de dénoncer les religions constituées, la relation maître / disciple et les hiérarchies de tous ordres… Ravi explique que Krishnamurti se comportait alors comme un être humain ordinaire exprimant des tensions très fortes et non résolues… Il est également intéressant de noter que Krishnamurti n’a pas été très sincère à propos de sa vie personnelle. Il s’est toujours ostensiblement présenté comme un célibataire et a même incité un certain nombre de ses admirateurs à suivre son exemple. Or il se trouve qu’il a vécu toute sa vie une liaison amoureuse intense, compliquée et empreinte de beaucoup de souffrance que ce soit pour lui, pour la femme qu’il aimait mais aussi pour le mari de cette dernière et leurs enfants… Tout cela a été bien entendu soigneusement caché et n’a émergé que de nombreuses années après sa mort…
F.B. : Où veux-tu en venir ?
Gilles Farcet : Je n’ai aucune intention de me placer sur un plan moral. J’ai bien trop d’admiration pour Krishnamurti pour le juger et le condamner. Et d’ailleurs qui suis-je, moi, pauvre pékin, pour prétendre lui faire la morale? Tant mieux pour lui s’il a pu vivre une vie amoureuse et sexuelle… Il le méritait… Ça ne me choque pas du tout. Par contre il est légitime de s’interroger sur les raisons de ce double discours. On peut se demander s’il est légitime de tromper des centaines de milliers de personnes à son sujet. Un tel comportement n’est-il pas né d’une peur, d’un égocentrisme, d’une souffrance ? Il ne s’agit encore une fois pas de juger ce comportement mais simplement de prendre cet exemple célèbre comme base de réflexion. Ce faisant, je me situe dans une ligne que Krishnamurti lui-même n’aurait pas désavouée. Je m’efforce d’utiliser mon intelligence pour essayer d’aller au fond des choses et ne pas laisser les autres penser à ma place. Krishnamurti est l’exemple typique d’un éveil qui n’a pas été complètement intégré… Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples moins fameux dont certains que j’ai eu l’opportunité de côtoyer et d’observer de près… Chez de telles personnes une dimension vaste, transcendante et infinie peut coexister avec des comportements médiocres qui conduisent à la souffrance pour soi-même et pour les autres. Or, j’ai à ce sujet une position très claire : telle que j’en suis arrivé à la concevoir à mon niveau, la vie spirituelle ne peut être qu’au service de l’allègement de la souffrance. C’est un instrument de la compassion. Son but est de contribuer « au bien de tous les êtres sensibles » comme disent les bouddhistes. Elle est par conséquent incompatible avec des comportements mécaniques qui sont uniquement des réactions nées de la peur et de l’égocentrisme.
F.B. : Est-ce que tu ne pinailles pas un peu ? Après-tout ce Krishnamurti passe pour avoir été un homme extraordinaire. Il a changé la vie de milliers de personnes… Yogi Ramsuratkumar lui même le tenait en grande estime. Est-ce qu’on ne peut pas lui passer quelques « faiblesses » ?
Gilles Farcet : Bien sûr ! Il ne s’agit pas d’être idéaliste. « Ô saisons, ô châteaux ! Quelle âme est sans défauts ? » Les saints, les éveillés et les maîtres spirituels restent des êtres humains c’est à dire des créatures nécessairement imparfaites… Toute la question est de savoir si le saint justifie ses failles ou s’il considère qu’elles font partie des faiblesses dont il doit encore se libérer… A ce propos, il est intéressant de noter que les tenants d’un non dualisme radical en arrivent à considérer que les manifestations mécaniques et égocentriques de ceux qu’ils considèrent comme des « éveillés » n’ont aucune importance. Ils en arrivent ainsi à justifier l’injustifiable… Peu leur importe si le comportement de cet « éveillé » engendre beaucoup de souffrance et de confusion autour de lui. Ils vous diront que l’éveil n’est en rien affecté par ces actes qui appartiennent au « complexe corps esprit » de la personne. Cela revient à dire que je peux allègrement écraser un piéton avec ma voiture parce que du point de vue de la physique quantique il n’existe rien d’autre que le vide en train de danser avec le vide. En ce qui me concerne, ce point de vue est indéfendable.
F.B. : De leur côté, les néo-Vedantins dont tu parles reprochent certainement à Swami Prajnanpad de faire la part trop belle à la psychologie…
Gilles Farcet : M. Gurdjieff, qui par bien des aspects était très proche de Swami Prajnanpad,Strat17faisait une distinction entre « l’essence » et « la personnalité ». Il était selon lui indispensable de développer les deux. Certaines personnes peuvent avoir une « essence » exceptionnelle et une « personnalité » très défaillante. Elles peuvent faire preuve d’une innocence bouleversante, avoir de profondes intuitions métaphysiques tout en se comportant comme des gamins stupides et immatures. Est-ce idéal ? Certainement pas… Pour se développer de manière harmonieuse, un être humain doit développer sa « personnalité » tout en restant en contact avec son « essence »… Pour effectuer un tel travail, il est effectivement nécessaire de se confronter sérieusement à la psychologie humaine… Pour ce qui est de Swami Prajnanpad, j’ai souvent l’occasion de répéter que même s’il s’est effectivement beaucoup intéressé à la psychanalyse, il se considérait avant tout comme un maître spirituel s’insérant dans la plus pure tradition du Vedanta. Il était très clair à ce sujet… Quelques-unes de ses formules expriment d’ailleurs un point de vue radicalement non dualiste. Elles restent cependant rares et ne sont pas considérées comme les plus importantes. Il les a prononcées à la toute fin de sa vie à l’attention de personnes comme Arnaud Desjardins qui étaient à ce moment là suffisamment avancées pour en faire leur profit ou en tout cas pour les entendre et les méditer en leur cœur jusqu’à la fin de leur vie… Vu son éducation, son parcours et sa personnalité, Swami Prajnanpad aurait très bien pu se contenter de délivrer un enseignement purement métaphysique sans se donner la peine (et Dieu sait que c’est bien l’expression qui convient) d’entrer dans le monde compliqué, torturé, conflictuel et laborieux de ses élèves indiens et occidentaux. S’il l’a fait, c’est encore une fois que les dimensions psychologique et spirituelle sont inséparables. Elles forment un tout. Swami Prajnanpad souhaitait amener ses élèves à travailler sur leur stratégie de survie parce que c’est la seule manière de les faire émerger de leur monde pour les faire vivre dans le monde. Vivre dans le monde c’est être capable d’être un avec tout ce que l’on y rencontre. C’est ça la non dualité.
Strat18
lire l'interview de Gilles Farcet en entier.

samedi 3 septembre 2016

Lumière miraculeuse... avec Albert camus


"Ce jardin de l'autre côté de la fenêtre, je n'en vois que les murs. Et ces quelques feuillages où coule la lumière. Plus haut, c'est encore les feuillages. Plus haut, c'est le soleil.
Et de toute cette jubilation de l'air que l'on sent au dehors, de toute cette joie épandue sur le monde, je ne perçois que des ombres de feuillages qui jouent sur les rideaux blancs.
Cinq rayons de soleil aussi qui déversent patiemment dans la pièce un parfum blond d'herbes séchées. Une brise, et les ombres s'animent sur le rideau. Qu'un nuage couvre, puis découvre le soleil, et voici que de l'ombre surgit le jaune éclatant de ce vase de mimosas.
Il suffit : cette seule lueur naissante et me voici inondé d'une joie confuse et étourdissante.
Prisonnier de la caverne, me voici seul en face de l'ombre du monde. Après-midi de janvier. Mais le froid reste au fond de l'air. Partout une pellicule de soleil qui craquerait sous l'ongle, mais qui revêt toutes choses d'un éternel sourire.
Qui suis-je et que puis-je faire — sinon entrer dans le jeu des feuillages et de la lumière. Être ce rayon de soleil où ma cigarette se consume, cette douceur et cette passion discrète qui respire dans l'air.
Si j'essaie de m'atteindre, c'est tout au fond de cette lumière . Et si je tente de comprendre et de savourer cette délicate saveur qui livre le secret du monde, c'est moi-même que je trouve au fond de l'univers.
Moi-même, c'est-à-dire cette extrême émotion qui me délivre du décor. Tout à l'heure, d'autres choses et les hommes me reprendront.
Mais laissez-moi découper cette minute dans l'étoffe du temps, comme d'autres laissent une fleur entre les pages. Ils y enferment une promenade où l'amour les a effleurés. Et moi aussi, je me promène, mais c'est un dieu qui me caresse.
La vie est courte et c'est péché que de perdre son temps. Je perds mon temps pendant tout le jour et les autres disent que je suis très actif. Aujourd'hui c'est une halte et mon cœur s'en va à la rencontre de lui-même.
Si une angoisse encore m'étreint, c'est de sentir cet impalpable instant glisser entre mes doigts comme les perles du mercure.
Laissez donc ceux qui veulent se séparer du monde. Je ne me plains plus puisque je me regarde naître. Je suis heureux dans ce monde, car mon royaume est de ce monde.
Nuage qui passe et instant qui pâlit. Mort de moi-même à moi-même. Le livre s'ouvre à une page aimée. Qu'elle est fade aujourd'hui en présence du livre du monde.
Est-il vrai que j'ai souffert, n'est-il pas vrai que je souffre ; et que cette souffrance me grise parce qu'elle est ce soleil et ces ombres, cette chaleur et ce froid que l'on sent très loin, tout au fond de l'air.
Vais-je me demander si quelque chose meurt et si les hommes souffrent puisque tout est écrit dans cette fenêtre où le ciel déverse sa plénitude.
Je peux dire et je dirai tout à l'heure que ce qui compte est d'être humain, simple. Non, ce qui compte est d'être vrai et alors tout s'y inscrit, l'humanité et la simplicité. Et quand suis-je plus vrai et plus transparent que lorsque je suis le monde ?
Instant d'adorable silence. Les hommes se sont tus. Mais le chant du monde s’élève et moi, enchaîné au fond de la caverne, je suis comblé avant d'avoir désiré.
L'éternité est là et moi je l'espérais. Maintenant je puis parler. Je ne sais pas ce que je pourrais souhaiter de mieux que cette continuelle présence de moi-même à moi-même.
Ce n'est pas d'être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d'être conscient.
On se croit retranché du monde, mais il suffit qu'un olivier se dresse dans la poussière dorée, il suffit de quelques plages éblouissantes sous le soleil du matin, pour qu'on sente en soi fondre cette résistance.
Ainsi de moi. Je prends conscience des possibilités dont je suis responsable. Chaque minute de vie porte en elle sa valeur de miracle et son visage d'éternelle jeunesse."

Albert Camus,
Extrait de « Carnets I. — Mai 1935 – Février 1942.

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vendredi 2 septembre 2016

Promenade à Pairi Daïza (2)


“Le langage est source de malentendus.”


 “On ne voit bien qu’avec le coeur. 
L’essentiel est invisible pour les yeux.”



“Quand on s'abandonne, on ne souffre pas. 
Quand on s'abandonne même à la tristesse, on ne souffre plus.”





Saint Exupéry

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jeudi 1 septembre 2016

Promenade à Pairi Daïza (1)


Sur le tard, je n’aime que la quiétude.
Loin de mon esprit la vanité des choses.
Dénué de ressources, il me reste la joie
De hanter encore ma forêt ancienne.

La brise des pins me dénoue la ceinture;
La lune caresse les sons de ma cithare.
Quelle est, demandez-vous, l’ultime vérité?
Chant de pêcheur, dans les roseaux, qui s’éloigne…

Wang Wei



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mercredi 31 août 2016

La colère n'est pas dangereuse, la violence oui...



Mon enfance a baigné dans la violence. Mes quatre frères, mes quatre grands-parents et la quasi-totalité du reste de ma famille ont été déportés et tués par les nazis. C’est d’ailleurs ce qui a orienté mes choix professionnels : j’ai décidé de consacrer ma vie à la lutte contre la violence, en particulier en mettant au point cet outil qu’est la thérapie sociale.

Il nous faut reconnaître la colère. L’institut que je dirige forme les gens à la transformation de la violence. Au cours de ces sessions, ils apprennent à admettre qu’elle existe aussi en eux, ce qui leur permet d’améliorer leurs relations avec les autres. Je n’ai jamais rencontré qui que ce soit qui n’ait pas subi de violence. Nous en sommes tous victimes. Alors, pour parvenir à bloquer le processus, il nous faut réaliser comment nous avons été blessés. En comprenant nos souffrances, nous pouvons réussir à les utiliser de manière positive. 

 Charles Rojzman
source : Psychologies Magazine
adresse de l'institut

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mardi 30 août 2016

Les hommes accèdent à l’unité avec Cyrille Javary

“Yang le matin, yin le soir ”

Dans la culture occidentale, on associe traditionnellement le concept chinois de yang au masculin et celui de yin au féminin. C’est une erreur. Chaque sexe porte en lui les deux principes.

Il n’y a pas de genre dans la langue chinoise, pas de masculin ni de féminin. Les critères esthétiques sont assez proches pour les deux sexes. En revanche, les places des hommes et des femmes dans la société y sont très précisément assignées. Et la sujétion des femmes comme le machisme des hommes y sont une réalité millénaire. Toutefois, les concepts de féminin et de masculin n’existent pas dans les courants philosophiques chinois. Yin et yang ne sont pas des états, des attributs, des sexes ; ce sont des stratégies, des manières d’agir, des vecteurs du changement. Yang regroupe les mouvements centrifuges, dirigés vers l’extérieur, et yin les courants orientés vers l’intériorité. Voilà pourquoi les garçons sont souvent plus sensibles aux stratégies yang, et les filles, aux stratégies yin.

L’âme chinoise a deux versants. Un versant solaire, social, extérieur, masculin, au cœur du confucianisme ; un versant intérieur, lunaire, féminin, mystérieux, au cœur du taoïsme. Un Chinois sera confucéen dans la journée, au bureau : et le soir, taoïste, poète, lunaire.


Les idéogrammes yin et yang ont une partie commune évoquant une colline : l’idée est qu’il est impossible de les isoler car ils sont les deux versants de la même montagne, comme en témoigne leur sens propre : ubac (yin) et adret (yang). 
Chaque être, chaque chose vivante est en même temps et successivement yin et yang. Un jour entier est toujours un jour et une nuit. Cette approche bat en brèche le fameux mythe d’Aristophane, selon lequel homme et femme seraient chacun des moitiés séparées ayant chacune besoin de l’autre pour être complets. “Ces deux moitiés sont en nous et c'est en nous seuls que nous pouvons trouver l’unité, et réaliser nous-mêmes notre plénitude, pour reprendre l’expression de Simon Leys (1). A partir du moment où nous l’avons atteinte, nous n’avons pas besoin d’ajouter ou de retirer quelque chose à l’autre sexe. Nous pouvons l’accueillir tel qu’il est."

1. Simon Leys, sinologue, auteur des Habits neufs du président Mao (Ivrea, 2009). 

Cyrille Javary, sinologue,
est l’auteur de La Souplesse du dragon (Albin Michel, 2014).

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